Chapitre 7

Mes gargouillis interrompent le silence de notre câlin, un câlin tout ce qu'il y a de plus sage, bien sûr. Je crois qu'il est l'heure de manger. Je me redresse et regarde l'heure sur le réveil d'Edward. La cuisine vient d'ouvrir, normalement nous attendons la fin parce qu'il y a moins de monde mais la seule chose qui remplisse mon ventre depuis trois jours, c'est le sandwich que j'ai mangé cet après-midi et 50cl d'eau aromatisée à la fraise.

Edward et moi prenons nos plats, Edward ne prend qu'une entrée et un dessert alors que je remplis mon plateau autant que je peux. Nous nous installons à notre table, l'un en face de l'autre. Je mange comme jamais puis remarque qu'Edward n'a pas touché à son assiette.

« Tu ne manges pas ?

Il grimace.

« Je n'ai pas faim et je ne suis pas sûr que je puisse vraiment avaler de la nourriture humaine, répond-il à voix basse.

« Tu t'es si bien adapté à ta nouvelle nature, tu parles déjà comme un non humain.

« C'est seulement pour faire la différence entre la bouffe et le sang, se justifie-t-il.

« Tu aurais pu dire "nourriture" tout court. Je t'assure qu'aucun humain sain d'esprit ne prend le sang pour de la nourriture.

« Certes, admet-il.

« Tu devrais quand même essayer, conseillé-je.

Il me jette un regard noir.

« On ne sait pas, fais-je en levant mes mains devant moi. Peut-être que tu peux. Comment savoir ?

Il prend un carré de fromage de sa salade et le glisse dans la bouche. Aussitôt il grimace et le recrache.

« Beurk, lâché-je, dégoûtée.

« Tu m'ôtes les mots de la bouche. Dégueulasse.

Je souris.

« Au moins, si je deviens vampire un jour, je saurais et n'aurais pas à faire l'expérience.

Il prend un air offusqué.

« Tu me le paieras, Bells, tu ne perds rien pour attendre.

Je lui envoie un sourire fier duquel il s'amuse. Après manger, je préviens Edward que je dois récupérer ma couette et mon oreiller puis faire une machine avec mon drap. Il remonte pour récupérer ses clés et redescend, il s'est de nouveau paré de sa casquette et de sa capuche. Nous sortons, les nuages ont couvert le ciel, alors qu'il met ses mains dans sa poche, je remarque qu'il n'a pas brillé.

« Attends, donne ta main.

Il la sort et en effet, sa main ne brille pas. Je la prends et la tourne.

« Impossible que nous ayons rêvé ça tous les deux, marmonne-t-il.

« Je me disais que tu ne pouvais pas être brillant, c'est moi l'intello de notre couple.

« Ce n'est pas ce que ton C+ a dit au dernier devoir, me pique-t-il.

Edward déverrouille sa voiture, je récupère mes affaires et nous rentrons. Edward appuie sur le bouton de l'ascenseur puis sur le bouton 3.

« Quelqu'un pense à moi, grommelle-t-il.

« Ce n'est pas moi, me défends-je.

Il me regarde puis secoue la tête de dépit.

« Bien sûr, comment fonctionnerais-tu autrement ? Penser à moi te rends incapable de faire autre chose.

« Peut-on en revenir au moment où je t'effrayais ? Réclamé-je quand les portes s'ouvrent.

« C'est à toi d'avoir peur, maintenant, ricane-t-il.

Je laisse tomber l'oreiller et la couette à côté de l'ascenseur puis me dirige vers ma chambre pour prendre le drap.

« Et à quoi pensait ce quelqu'un à propos de toi ?

« Je ne sais pas exactement, j'ai entendu mon prénom, c'est tout. Il y avait beaucoup de brouhaha, tu penses bien.

J'ouvre la porte et récupère le drap que j'avais mis dans le coin. Edward jette un œil suspicieux en voyant les traces de confiture dessus.

« Les trois pestes ? S'enquiert-il.

Je lui envoie un sourire amusé.

« Aucune originalité, elles ont aussi sorti mes affaires des tiroirs et de l'armoire mais ne les ont mêmes pas tâchées, décevant. 03/10 pour l'effort. Je ne sais même pas si ça vaut la peine que je me venge de leur vengeance de ma vengeance. De toute façon, je suis certaine qu'elles en ont fini avec ton harcèlement maintenant que tu as cette gueule d'ange.

Il me sourit, arrogant.

« L'arrogance aussi vient avec le pack vampire ?

« Je suis certain que ça vient de toi, rétorque-t-il.

Je lève les yeux au ciel.

« Quand tu appuieras sur les boutons, veille à bien te concentrer sur les pensées qui te concernent pour découvrir qui pense à toi et quoi, lui dis-je.

Je lâche le drap sur ma couette, tend mon oreiller à Edward pour qu'il m'aide et récupère la grosse boule que j'ai fait avec le drap et la couette. Il appuie sur le bouton d'appel de l'ascenseur qui s'ouvre immédiatement puis sur le bouton 1 où se trouve la buanderie. Il laisse son pouce posé dessus sans appuyer. Il se tourne vers moi et me sourit grandement.

« Lauren et Tanya établissent des plans pour renverser la vapeur et te voler ton petit-ami.

« Non, pas Hayden ! Je l'aime trop.

Il secoue la tête mais rit tout de même.

« Ce qui est drôle, c'est qu'elles font leur plan chacune de leur côté sans savoir que l'autre fait la même chose.

Les portes s'ouvrent, il y a deux filles qui attendent, les deux ont la même réaction que Lauren et Tanya, plus tôt, nous les ignorons alors qu'elles se tournent pour garder Edward dans leur champ de vision. On se croirait dans un film, une version du vilain petit canard devenu un cygne majestueux.

« Tu vas briser leur amitié, lui reproché-je. Tu es fier de toi ?

« Je suis dévasté, sourit-il.

« Première erreur, le sarcasme est beaucoup plus drôle quand les autres pensent que ça n'en est pas.

« Merde, lâche-t-il. Je ferai plus attention.

Je hoche la tête pour approuver. Dans la buanderie, je fais deux machines, une pour la couette et une pour le reste.

« Rendez-vous dans 1h30.

Nous passons par la salle de vie, tout le monde présent tourne la tête vers nous. Vers Edward, précisément. Je repère Tanya assise avec Rosalie, elles mangent mon copain des yeux.

« J'ai presque envie de te laisser seul pour voir ce qu'elles vont faire.

Edward me regarde puis suit mon regard.

« Si tu fais ça, je te jure que je les laisse faire tout ce qu'elles veulent de moi.

Je le regarde, les yeux ronds. Il se moque de ma réaction.

« Alors ne me laisse pas seul, me prévient-il. Pas exprès en tout cas. Évidemment, je n'attends pas de toi que tu me suives partout.

« Remontons, tu attires trop l'attention.

J'appuie sur le bouton d'appel.

« Faut leur laisser le temps de se faire au changement, me dit-il avec sagesse.

Dans sa chambre, il s'assoit sur son lit, adossé au mur, je me place entre ses jambes et fais reposer mon dos sur son torse. Ses mains se posent sur mon ventre, au-dessus de mon t-shirt, je sens sa fraîcheur à travers le tissus mais ne me plains pas, le froid ne m'a jamais dérangée. Étant dans mon dos, il ne peut pas me regarder, j'en profite pour dire des choses que je ne lui aurais peut-être jamais dit en face.

« Merci.

Ce n'est qu'une chose pour l'instant mais le reste est coincé quelque-part entre mon cerveau et ma gorge.

« Pour quoi ?

Je prends une inspiration puis l'expire.

« De m'avoir sauvée... sans toi, je serai morte. C'est injustement stupide parce que sans moi, tu ne serais pas un vampire. C'était ton anniversaire, en plus, j'ai fait de ton meilleur anniversaire, le pire.

« Ce n'est pas toi qui m'a transformé en vampire, c'est le vampire. Et c'est moi qui me suis jeté sur toi pour te sauver.

« Je m'en veux, quand même. Alors je ne redirai probablement jamais ses mots mais je suis désolée.

Il commence à glisser ses doigts sur mon ventre, se voulant réconfortant.

« C'est pour ça que tu restes avec moi alors que je peux te tuer à tout moment ? Tu te sens redevable ?

« Non, ça c'est parce que j'aime te faire chier.

Son rire fait vibrer mon dos.

« J'ai promis de ne jamais t'abandonner, lui rappelé-je. Pas que j'en ai envie, de toute façon.

« Pareil.

« Parce que j'aime te faire chier, hein, n'oublie pas, lui rappelé-je.

« Tu as déjà dit que tu m'aimais. Pourquoi est-ce si difficile de me partager tes sentiments, maintenant ?

« Parce que je ne suis pas sur le point de mourir.

« Donc je dois en revenir à ça pour entendre à nouveau que tu m'aimes ?

« C'est de l'extorsion !

Il rit, me décale, je tourne la tête pour voir ce qu'il veut, il m'embrasse.

« J'aime aussi te faire chier, chuchote-t-il à mon oreille.


Je suis convoquée dans le bureau de Boher, c'est pour ça que j'attends, assise sur l'une des chaises bleu pétant devant la secrétaire. Je ne sais pas ce que j'ai pu faire pour obtenir cette convocation. C'est Mike, un gars du 2e étage qui est venu me prévenir en rentrant du lycée. Je me demande si quelqu'un a senti en son fort intérieur que j'ai dormi sur Edward ou peut-être avons-nous été trop bruyants pendant qu'Edward et moi découvrions nos corps d'une façon intéressante mais je suis sûre que je n'ai pas fait de bruit pendant qu'il explorait mon jardin secret et il n'en a pas fait non plus pendant que j'explorais le sien.

La porte s'ouvre et Boher me fait entrer, je m'assois sur la chaise quand il me le dit, il s'assoit sur son siège derrière son bureau.

« Mélanie, l'agent d'entretien, m'a parlé de ce qu'il s'est passé dans ta chambre.

J'ai une montée de panique jusqu'à ce que je réalise qu'il parle de ma chambre et non de celle d'Edward où nous nous sommes amusés.

« Elle a vu ta chambre saccagée et de la confiture versée sur ton lit. Qui a fait ça ?

« Je ne sais pas.

Il plisse les yeux.

« Lunabell, fait-il avec douceur. Si quelqu'un te harcèle, il faut me le dire.

C'est bien connu, les adultes sont les pros pour ce genre de chose. Preuve en est des profs qui faisaient l'autruche quand mes camarades se faisaient harceler dans la cour, au collège et au lycée d'Oysterville. Au lycée d'ici, je n'ai pas assisté en direct à un quelconque harcèlement donc je ne sais pas comment les profs réagissent face à ça.

« Je ne suis pas harcelée.

Je pourrais dénoncer les pestes pour leur harcèlement sur Edward mais je doute que ça change quoi que ce soit. Je ne vois pas en quoi les choses s'amélioreront si je le faisais. D'autant qu'il prendrait ça pour une tentative d'échapper à leur gardiennage.

« Alors pourquoi ta chambre a été saccagée ?

Je hausse les épaules.

« Un genre de bizutage de bienvenue, qu'est-ce que j'en sais ? Comme je vous ai dit, je ne sais pas qui a fait ça, donc je n'ai pas pu demander.

« D'accord, je suis bien obligé de te croire. Quoi qu'il en soit, si tu as un soucis avec quelqu'un, tu peux venir m'en parler.

Je ne le ferai pas, je me débrouille bien toute seule et de toute façon, maintenant qu'Edward est devenu un futur mannequin, je pense que les filles n'auront plus d'intérêt à le harceler.


Les jours qui passent me donnent raison, c'est dingue à quel point le physique peut avoir du pouvoir sur les gens. Les trois pestes sont devenues les portes-paroles de la gentillesse. Comme Tanya et Lauren sont nos chaperons, nous sommes obligés de faire le chemin aller et retour du lycée au foyer en leur compagnie ainsi qu'avec Rosalie et ma sœur puisqu'elles sont copines. Ma jumelle étant la seule pour qui je n'éprouve pas de l'antipathie, même si notre relation n'est pas tant fraternelle.

Heureusement, on est vendredi et c'est le dernier trajet puisque nous sommes désormais en vacances. La privation de sortie s'arrête lundi pour Edward, la mienne jusqu'au lundi d'après.

« Au fait, on organise une soirée sur la plage pour fêter les vacances et mon dernier jour au foyer, ce sera mardi soir, annonce Tanya. Vous viendrez ?

Lauren lui envoie un regard noir. Soit la soirée vient d'être inventée soit Tanya a pris les devants pour nous inviter. Quand je dis "nous", je veux dire Edward. Dans tous les cas, Lauren n'est pas ravie de l'initiative. Lauren a eu 18 ans au cours de l'année, ils ont attendu qu'elle finisse son année scolaire et l'assistant social du foyer lui a trouvé un appart.

« Bella sera encore privée de sortie, répond Edward.

« Oh, mince, dit-elle avec fausseté, mais toi, tu pourras venir, non ?

« Pourquoi ? Demande-t-il. Ce n'est pas comme si nous étions amis. Vous avez passé votre temps libre à me rabaisser parce que j'étais le petit boutonneux qui refusait tout contact. J'ai peut-être réglé mon problème d'acné mais je suis toujours contre tout contact.

« Mh et bien, on est vraiment désolées, on essaye de se rattraper. On était juste... stupides. Puis, tu as évolué par rapport au contact, non ? Tu tiens la main de ta copine et tout.

« Je suis contre tout contact avec vous trois, particulièrement.

Piquée, Tanya se tait et plus personne ne parle jusqu'au foyer. Ma sœur est bien sûr celle des quatre qui n'est pas incluse dans ce "trois", même si elle n'est jamais intervenue en sa faveur, elle n'a pas participé au harcèlement et n'a pas modifié son attitude depuis qu'il a changé.


Mes jambes sont autour du bassin d'Edward, ses mains sont sous mes fesses, je m'accroche à peine à ses épaules et nous nous embrassons. La position n'est pas très sage mais nous sommes tout habillé. Et bien, si quelqu'un entre, je dirais simplement que nous testons combien de temps il peut soulever mon poids et il ne semble même pas faire d'effort à ce sujet. Il met fin au baiser et ferme les yeux, son visage est crispé comme s'il luttait contre quelque-chose.

« Ça va ? Questionné-je.

Il rouvre les yeux, ils sont couleur onyx. Instinctivement, je sens que ce n'est pas bon. Je suis incapable de dire s'ils sont devenus noirs progressivement sans que je ne le remarque ou si c'est arrivé d'un coup pendant qu'il avait les yeux fermés. Dans les films d'horreur, ça veut dire qu'il serait possédé par un démon. Néanmoins, un vampire possédé par un démon, c'est un peu gros. Un vampire qui a soif, en revanche...

« Tu n'as pas mangé depuis lundi, réalisé-je.

On est mardi soir, ça fait donc huit jours. Il peut donc tenir une semaine sans se nourrir, ça reste une bonne nouvelle pour l'humanité. Je n'ose pas imaginer si un vampire devait se nourrir trois fois par jour plus un goûter.

« Tu devrais...

« Bells, me coupe-t-il.

Je fronce les sourcils, il ferme les yeux à nouveau.

« Tais-toi, je suis à deux doigts de te tuer, ne me déconcentre pas.

Se concentre-t-il pour pouvoir me tuer ou pour ne pas me tuer ? Je ne suis pas tout à fait sûre. Ses yeux me fixent à nouveau, je lui souris.

« Aucun instinct de survie chez cette fille, marmonne-t-il.

Je souris de façon arrogante, cette fois. S'il pense que j'ai peur de lui... je suis certaine qu'il ne me tuera pas. S'il le fait, et bien, j'aurais appris à ne plus jouer avec le feu. Il secoue la tête, désespéré.

« Relâche-moi et éloigne-toi, proposé-je.

« C'est ce pour quoi j'essaye de me décider, figure-toi. Je suis comme un gosse capricieux et tu es le meilleur bonbon du pot.

« Ça t'aide si je pète ?

C'est très rapide, ses yeux se plissent puis il glousse et enfin, je tombe par terre, il est à l'autre bout de la chambre. Tentative de distraction réussie.

« Aïe, lâché-je après coup.

J'entame un mouvement pour me lever mais :

« Ne bouge pas, s'il te plaît. Chaque mouvement m'envoie ton odeur alors ne bouge pas.

Je reste immobile parce que même si je n'ai pas vraiment peur qu'il me tue, je n'ai pas spécialement envie qu'il le fasse.

« Enfin un acte intelligent de ta part.

« Hé.

« Tu sors avec un vampire qui veut te bouffer.

« Je t'ai déjà dit, je te distrais jusqu'à ce que je te fasse entrer dans l'église. J'apprécierai assez le feu de joie.

Il sourit.

« Il faudrait que... tu chasses, proposé-je. Un animal, puisque ça semble marcher. Ça sera plus éthique.

« Ai-je vraiment besoin d'être... éthique ? Après tout, les humains ne sont qu'une espèce animale parmi d'autres.

« Tu veux vraiment débattre sur le meurtre ?

Il penche la tête en me fixant puis un sourire en coin apparaît.

« T'ai-je déjà dit à quel point tu étais belle ?

« Jamais.

« Tu es belle, déclare-t-il.

« Tu essayes de m'amadouer ?

Il rigole.

« Je te fais juste un compliment, ça m'a percuté pendant que je m'imaginais gâcher ton si joli cou avec ma morsure. Je vais chasser avant de planter une paille dans ta jugulaire.

Je plisse les yeux.

« Un animal, je pars en forêt, quelque-part, je trouverais bien.

Il s'en va, me laissant seule sur le sol de sa chambre. Je me lève puis vais me laver les dents, j'enfile mon pyjama puis je me couche. Heureusement qu'il n'a écopé que d'une semaine de privation de sortie. Après, avec la vitesse que je l'ai vu prendre le premier jour et tout à l'heure, il peut probablement sortir en cachette par la fenêtre.

Je suis durement réveillée par des secousses, je lance un regard noir vers l'endroit où je pense que l'importun se situe.

« Bells, prononce la voix d'Edward. J'ai merdé.