Chapitre 9
Je suis réveillée en pleine nuit par un mauvais rêve. Edward bouge le bras pour mieux me tenir, je réalise alors qu'il n'est pas en plein sommeil.
« Je t'ai réveillé ? M'inquiété-je.
« Je ne dors plus depuis que je suis un vampire.
« Sérieux ? Toutes ces nuits où je dors sur toi, toi, tu ne dors pas ?
« Non, c'est pas faute d'avoir essayé.
« Pourquoi tu ne m'as rien dit ? Tu fais quoi pendant tout ce temps ?
« Je suffoque.
Je me décale mais il m'en empêche.
« Je plaisantais, tu ne pèses rien. J'écoute ta respiration, je sens ton rythme cardiaque contre mon torse et parfois, j'écoute ce que tu grommelles pendant ton sommeil.
« Quoi ? Oh merde, c'est si gênant. Imagine, je parle de mes amants ?
Il me pince la fesse en représailles, je me contorsionne pour éviter une nouvelle tentative en riant.
« C'est la première fois que tu te réveilles en pleine nuit. Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
« Un mauvais rêve.
« Raconte.
« Bof, rien d'exceptionnel, j'étais enfermée dans une boîte et je n'arrivais pas à sortir. Du coup, j'ai commencé à paniquer et j'ai pensé que j'allais mourir... et je me suis réveillée.
« Sûrement la boîte dans laquelle la société veut te mettre, lance-t-il.
« Ça doit être ça, souris-je.
« Allez, retourne dans ta boîte et rendors-toi.
Je lui tape le torse et me réinstalle confortablement sur lui pour me rendormir.
Après le petit-déjeuner, nous remontons dans ma chambre, Edward et moi nous câlinons sagement sur mon lit jusqu'à ce que quelqu'un frappe à ma porte. J'ai presque envie de l'ignorer mais je me lève et vais ouvrir. C'est Lauren, je perds mon sourire. Elle cherche peut-être Tanya ? Merde, putain.
« Edward est là ? Demande-t-elle.
« Ouais.
Il se lève et s'approche quand je me retourne, il se place près de moi.
« Karl m'a demandé de venir te chercher, il t'attend en bas, tout de suite. Il y a une petite brune et un grand blond avec lui, je ne sais pas si ça te dit un truc.
Il secoue la tête parce qu'il ne voit pas. Il me prend la main et m'emmène avec lui, j'ai tout juste le temps de fermer ma porte. Quand l'ascenseur s'ouvre sur le rez-de-chaussée, je vois Karl discuter avec... une petite brune et un grand blond comme prévu. Ce qui ne l'est pas, en revanche, c'est qu'il s'agit des deux qui ont fait fuir notre vampire-agresseur. Les deux nous regardent, le grand blond a le visage impassible tandis que la petite brune sourit à pleines dents. Le mec a les cheveux blond miel qui lui arrive à la mâchoire, la jeune femme a les cheveux noir corbeau qui pointent dans tous les sens autour de son visage. Tous les deux ont la peau pâle et les yeux dorés. J'ai encore ce mélange de peur et d'attirance contradictoire, le même mélange que j'avais ressenti pour l'agresseur.
« Edward ! S'exclame Karl. Viens ici.
Comme si nous allions camper dans l'ascenseur. Edward s'arrête devant eux, je me stoppe derrière Edward. Je ne suis pas une demoiselle en détresse incapable de me défendre mais rien ne m'empêche d'utiliser Edward comme bouclier.
« Tu as gagné un instinct de survie, finalement ? Se moque Edward.
Karl fronce les sourcils, plongé dans l'incompréhension, les vampires sont amusés.
« Je te présente Jasper Whitlock et sa femme Alice, ils se trouvent qu'ils sont de ta famille, Jasper est un cousin au second degré. J'ai bien sûr vérifiés les documents qui le prouvent et tout est en règle. Jasper est le fils du cousin de ton père.
Edward se tend. Je me décale pour me mettre à côté de lui, finalement.
« Mon père a un cousin ? S'étonne-t-il, suspicieux.
« Ils se sont perdus de vue bien avant ta naissance, explique Jasper.
« Nous t'avons cherché dès que nous avons eu vent de... ton existence, enchaîne Alice. Quelque-chose nous a empêché de te trouver plus tôt, nous sommes désolés.
Elle m'a regardée quand elle a dit "quelque-chose". Parce que je n'ai pas emmené Edward chez le docteur Masen comme elle me l'avait conseillé ? Je plisse les yeux.
« Je suis heureuse de te rencontrer ! S'exclame-t-elle en prenant Edward dans ses bras.
Edward se crispe, plus le câlin dure plus il devient bizarre. Malgré nos blagues sur le sujet, je ne suis pas contre la fidélité dans le couple et je commence à être mal à l'aise avec ce rapprochement. Quand elle le relâche, il recule pour s'éloigner de moi et me regarde. Il a l'air effrayé... par moi.
Peut-être que mes cornes sont finalement apparues.
« Je n'ai pas encore acheté mon masque de Scream, le préviens-je.
Edward m'ignore et se tourne vers le couple.
« Vous me laissez le temps de préparer mes affaires... et dire au revoir ?
« Bien sûr, accepte Jasper.
J'arbore une expression mécontente. Comment ça "dire au revoir" ? Edward appuie sur le bouton de l'ascenseur, les portes s'ouvrent et il entre dedans.
« Bells, viens.
Je me rends compte que je suis figée, il empêche la fermeture des portes, je monte et nous allons jusque sa chambre en silence. J'ai plein de questions en tête comme :
Pourquoi dire au revoir ?
Dire au revoir à qui ?
Qui sont ces "cousins au deuxième degré" exactement ?
Dans sa chambre, je me tourne vers lui.
« Ils ne sont certainement pas de ta famille, suspecté-je. Ils sont les gens qui ont fait fuir le vampire qui t'a transformé.
Il soupire mais reste à une bonne distance de moi comme si j'allais le brûler.
« Ils ont menti pour me sortir d'ici... légalement.
« Pourquoi tu as peur de moi, soudainement ?
« Je vais te tuer.
Je le regarde avec dépit.
« On en revient encore à ça ? Tu veux qu'on se dispute de nouveau ?
« Ton sang est plus attirant qu'à la normale, ce n'est pas seulement moi qui déraille quand j'ai soif en ta présence. Tu es un véritable aimant à vampires assoiffés. À se demander comment tu as pu ne pas en rencontrer avant notre agresseur.
« Bon à savoir, grommelé-je.
« Alice dit que c'est temporaire.
Je plisse les yeux.
« Quelle est la DLC de mon sang ?
« Dans l'année qui suit, selon elle. Elle n'est pas certaine, elle a vu ça dans une vision et tu n'avais pas vieilli mais tu rends ses visions floues alors ce n'est pas certain. Elle a le don de clairvoyance, elle savait que j'avais celui de la télépathie.
« Donc...
« Donc elle m'a vu te tuer, c'est pour ça qu'ils sont venus me chercher.
« On est censé faire un break le temps que mon sang se périme ?
« D'après Alice, on se retrouvera mais ce n'est pas un break, c'est une rupture.
« Tu me quittes définitivement ? Tu nous laisses même pas une chance ?
« On n'est pas destiné à être ensemble de cette façon.
Je secoue la tête et fais un geste avec mes bras montrant mon exaspération.
« Je ne suis pas une fille rêveuse et idéaliste qui pense que l'amour est éternel mais quand même, si dans un an ou deux, on se retrouve et on s'aime toujours, je vois pas pourquoi on devrait se priver.
« C'est une histoire compliquée. De plus, il existe apparemment des âmes-sœurs et je rencontrerai la mienne à peu près quand on se retrouvera... grâce à toi.
Je grimace.
« Génial, je suis une appli de rencontre, maintenant.
« Je n'aurais peut-être pas dû te dire ça, je suis désolé. Tu as le temps de passer à autre chose, de toute façon.
« Tout va bien, alors.
« Je ne peux pas rester, Bells. Je ne peux pas te tuer parce que je t'aime et je serais dévasté si j'en arrive à faire ça. Bien sûr que j'aimerais t'aimer pour toujours mais ça ne sera pas le cas, je ne peux pas te faire espérer mon retour de cette façon ou te garder comme option au cas où Alice se trompe. Tu ne mérites pas ça. Mieux vaut se quitter maintenant, avant que je ne te tue, avant que je ne te brise le cœur plutôt que laisser notre relation en suspend et laisser les choses arriver. Tu rencontreras qu... peut-être quelqu'un, toi aussi.
Je sens mon visage se déformer sous la peine, j'ai déjà l'impression qu'il me brise le cœur. Il se rapproche, essuie mes larmes et me prends dans ses bras.
« Je suis désolé, Bells. Je suis obligé de te laisser là, parce que je t'aime et c'est le moindre mal que je suis amené à te faire.
Je le serre, le temps de réussir à arrêter mes larmes. Je ne peux pas lui reprocher de ne pas vouloir me tuer mais je déteste qu'il m'abandonne. Il me donne un dernier baiser et je me recroqueville sur son lit le temps qu'il remplisse ses valises. Je ne regarde pas mais je l'entends déplacer ses affaires puis fermer les fermetures éclairs. Je sens le matelas s'affaisser quand il s'assoit dessus, je sors mon visage de mes mains. Il éloigne mes cheveux en caressant ma joue.
« Tu auras toujours une place spéciale dans mon cœur, chuchote-t-il.
Il se baisse, me fais un baiser sur la tempe et s'en va.
Trois jours sont passés depuis le départ d'Edward, j'erre comme une âme en peine dans les rues de Port Angeles. C'est difficile de perdre son copain et son meilleur-ami en même temps mais je vais m'en remettre, je ne suis presque plus aussi triste que le jour de son départ. Je tourne au carrefour en direction du foyer quand je repère Rosalie semblant avoir des problèmes de parasites. Elle essaye de se débarrasser d'un gros lourdaud, j'accélère le pas alors que le mec lui agrippe l'épaule pour l'empêcher de fuir.
« Allez, fais pas ta pute, donne ton numéro.
« Si elle était une pute, elle te le donnerait contre 50$, interviens-je.
Le parasite recule et me regarde furieux.
« Personne t'empêche de tenter ta chance, mec, ajouté-je. Dans un lieu adapté, avec un comportement correct et avec une femme réceptive mais quand c'est non, c'est non. En l'occurrence, la seule pute ici, c'est toi. C'est toi qui mendie son attention là, respecte-toi un peu.
Le mec est interloqué, je le vois hésiter entre m'insulter ou me cogner.
« De toi à moi, reprends-je, tu penses qu'il se passera quoi si elle finit par te donner son tel sous la pression que tu lui mets ? Même, tu vas lui envoyer quoi ? "Salut, c'est moi le forceur qui t'aie harcelée pour avoir ton numéro, viens on baise." Tu crois qu'elle va te répondre "Let's go !".
« Va voir ailleurs, connasse, rétorque-t-il finalement.
« Non, je regarde où je veux. C'est comme ça que tu veux qu'un mec traite ta mère, ta petite sœur ou ta future fille ? Quoiqu'avec ton attitude, aucune femme qui se respecte n'acceptera de se reproduire avec toi.
« Vas-y, c'est bon, lâche-t-il avant de se tirer.
Je vérifie qu'il le fasse bien et qu'il ne cherche pas à nous suivre et me tourne vers Rosalie.
« Ça va ?
Elle reste un peu apeurée de la situation.
« Ouais... souffle-t-elle.
Elle me regarde.
« Merci, dit-elle sincèrement.
« Pas de problème.
Elle regarde à droite puis à gauche.
« Tu veux bien me raccompagner au foyer ?
« Bien sûr.
Nous marchons côte à côte, en direction du foyer.
« Je suis désolée, finit-elle par rompre le silence. D'avoir traité Edward comme on l'a fait et de t'avoir fait chier à quelques reprises.
« C'est surtout auprès d'Edward qu'il fallait t'excuser, lui fais-je remarquer. Vous ne m'avez pas tant emmerdée que ça, en tout cas, c'était rien par rapport à ce que j'ai déjà connu et ce que vous avez fait à Edward.
« Oui, c'est vrai mais il n'est plus là. On était méchantes, je n'ai aucune excuse, perso.
« C'est bien de le reconnaître.
Nous arrivons devant la cour de l'immeuble, il y a un mec bodybuildé devant les portes, il tient un bouquet de fleurs dans sa main et son visage s'illumine en voyant Rosalie. Je le reconnais, il est au lycée, enfin, il l'était, je crois que c'était un terminal. Il a un nom chelou, Garrett, Emmett ou Cigarette.
« Rose, salut.
Il lui présente le bouquet.
« Pour toi.
Rosalie a le visage souriant, j'en déduis qu'il ne s'agit pas d'un parasite cette fois. Elle plonge son visage dans les pétales pour sentir le parfum des fleurs.
« Merci.
« Mh, Lunabell Emmett, Emmett Lunabell, nous présente-t-elle succinctement.
Oh, ce n'est pas cigarette alors.
« Joli bouquet, dis-je ne sachant que dire d'autre. Je vous laisse, j'ai des choses à faire comme vous laissez parler seul à seul.
Emmett rit de gêne. Mon téléphone sonne à ce moment, je regarde, c'est ma sœur. Je décroche.
« Ouais ?
Je passe mon badge et ouvre la porte. Je traverse le hall.
« Bella, je ne sais pas où t'es, il faut que tu me rejoignes dans le bureau de Karl.
Je fais demi-tour et vais dans le bureau de la secrétaire.
« Attends, je me téléporte.
Je raccroche et me dirige vers la porte de la direction sur laquelle je toque. J'entends le "entrez" de Boher et j'entre. Ma sœur sourit en me voyant arriver si vite mais elle n'est pas seule avec Boher comme je m'y attendais. Il y a un homme et une femme, d'une cinquantaine et quarantaine d'années, je dirais. L'homme a de long cheveux grisonnants, la femme a les cheveux mi-longs, noirs et raides. Le fait qu'ils aient tous les deux la peau caramel ne me dit rien de bon. Un écran s'allume dans mon esprit avec le mot "secte" clignotant en rouge.
« Lunabell, je te présente Harry et Sue Clearwater.
J'ai une impression de déjà-vu avec la façon dont Edward a disparu de ma vie. Il semble que ce soit à mon tour de disparaître de ma vie.
« Peut-être que tu te souviens d'eux, ils viennent de La Push et grâce à ta sœur, nous avons découvert qu'ils sont de ta famille éloignée.
Loona... qu'as-tu fait ?
« Je me rappelle pas vraiment, confié-je.
J'ai envie de hurler sur Loona. J'ai envie de hurler tout court et de fuir en courant avec elle. Je ne le fais pas, cependant, parce qu'après avoir vu mon meilleur-ex-petit-ami devenir un vampire, je ne peux plus fermer les yeux sur l'aspect surnaturel de certaines choses. Peut-être qu'il y a effectivement un truc mystique entre la lune, ma sœur et des loups, humains ou non. Et qui suis-je pour l'empêcher de vivre le destin dont elle a toujours rêvé ? Si ça ne la dérange pas de ne pas choisir son futur mari et d'être obligée de procréer pour perpétuer la lignée, je ne peux pas m'y opposer. Je peux au moins voir et aviser ensuite.
