Octobre.

Samara était à la bibliothèque, en train de terminer son devoir de sortilèges. Elle était concentrée, et ne prêtait attention à rien ni personne, si ce n'était son parchemin sur lequel grattait frénétiquement sa plume. Mais, alors qu'elle relisait ce qu'elle venait d'écrire, le bourdonnement revint, et avec lui, le mal de tête, si intense qu'il lui donnait la nausée. Elle se saisit le crâne entre les mains, sans remarquer que du sang coulait de son nez ni qu'elle glissait au sol dans un gémissement de douleur. Il y avait du mouvement autour d'elle, mais elle ne le voyait qu'à peine, obnubilée qu'elle était par cette douleur, qui ressemblait à des poignards rouillés qu'on lui aurait remués dans la cervelle. Elle sentit qu'on la déplaçait, sans reconnaître ni les voix ni les personnes qui l'entouraient. La douleur s'était atténuée, mais était toujours présente, comme sourde. La jeune Serdaigle remarqua qu'elle était sur un brancard, et entendit des voix qu'elle eut du mal à approprier. « Qu'est-ce qui peut bien lui faire ça ? Même à Sainte Mangouste, je n'ai jamais rien vu de tel…

- Elle est Occlumens, répondit une voix masculine qui lui disait vaguement quelque chose. Elle ne le sait pas, et ne contrôle pas son pouvoir… »

Occlumens ? Il faudrait qu'elle se renseigne sur ce pouvoir de protection mentale… Samara en avait déjà entendu parler, mais jamais elle n'aurait cru qu'elle possédait ce pouvoir de manière innée ! Et si il se déclenchait… C'était que quelqu'un tentait d'entrer dans son esprit ! Mais… Qui ? Et pourquoi ?…

Elle ne reprit véritablement conscience qu'à l'infirmerie, après que miss Woodblood ne lui aie administré un antidouleur. Samara regarda autour d'elle, et remarqua le professeur Ammerbach à son chevet. Il lui dit que c'était lui qui l'avait trouvée à la bibliothèque, et qui avait appelé l'assistante de l'infirmière à son secours. Elle le remercia faiblement, n'osant pas parler de peur de faire ressurgir la douleur, bien qu'elle sache désormais d'où elle venait.

Naytsu souriait. Alors comme ça, la sang-mêlée était occlumens ? Pratique… Dommage que son statut de sang ne soie pas celui recherché par son maître… Mais il y avait quelque chose, chez la jeune Serdaigle. Quelque chose d'autre que le potentiel de chair à canon. Elle pouvait leur être utile… Il choisit, pour une fois, de faire un pas vers la jeune fille… Qui sait, peut-être finirait-elle par lui faire confiance ? « Tu as l'air perturbée… lui dit-il doucement. Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour t'aider ? »

D'abord, elle ne répondit pas, et le mangemort crut qu'elle ne lui dirait rien, probablement à cause de l'épreuve qu'elle venait de subir… Mais contre toute attente, elle parla faiblement. « Je… Vous ne pouvez rien faire, professeur… C'est une histoire d'adolescents… J'aime un garçon depuis ce que je crois être toujours, mais il persiste à traîner avec cette vipère… Et à sortir avec tout ce qui bouge… Sauf moi… » Elle sourit faiblement, assommée par le médicament qui lui avait été administré. « Pitoyable, je sais… »

Naytsu, en effet, trouvait cela pitoyable. Mais son sourire charmeur n'était pas quitté son visage, et c'est d'une voix douce qu'il lui dit que non, il trouvait cela normal à leur âge, tout en songeant que cela ne lui était pas arrivé à lui. Jamais, tentait-il de se convaincre en ignorant cette bouffée de chaleur qui l'envahissait lorsqu'il était avec un petit bout de femme… Il chassa immédiatement l'image de cette sorcière qu'il n'aurait jamais, pour se concentrer sur sa tentative d'approche, en en demandant plus à la jeune Serdaigle.

« Il s'appelle Sky Strawberry, souffla Samara, heureuse de pouvoir en parler à quelqu'un. Il est à Serpentard, et traîne souvent avec Lestrange, Sofia et Malfoy… Enfin, surtout Sofia… Et parce que j'aime Sky, ces deux vipères n'ont rien trouvé de mieux que de me torturer à chaque fois que je l'approche, ou même que je le regarde… Elles ont grandi ensemble vous voyez, et du coup ils sont très proches tous les trois… Et comme Lestrange est élémentaire de feu… Enfin bref, j'ai appris à me soigner, mais pas à faire repousser mes cheveux… »

Le Mangemort jubilait. Il voulait justement séparer ce petit serpent de Valérie… Avec Strauss, ils jugeaient qu'il la retenait trop dans ses états émotionnels, au lieu de l'aider à s'en servir pour devenir plus puissante. Et quelle puissance elle dégagerait alors qu'il ne serait plus là ! Mais il ne pouvait pas ouvertement prendre parti pour Samara, bien qu'il en meure d'envie. Heureusement, le renard était rusé. « Je serais plus attentif à leurs écarts, à l'avenir. La torture entre élèves est intolérable. Malheureusement pour toi, je ne peux rien faire pour Strawberry, ajouta-t-il avec un clin d'oeil. Par contre, je peux t'aider pour tes dons d'Occlumens. J'ai quelques livres qui pourraient t'aider, passe me voir dans mon bureau quand tu te sentiras prête et je t'apprendrai les bases. » Il se leva sans attendre sa réponse, entretenant volontairement le mystère, et s'en alla, gracieux et silencieux comme le renard qu'il était.

Le feu ronflait, ensorcelé grâce aux pouvoirs de Lestrange, qui tentait vainement de se débarrasser de l'humidité ambiante pour Sofia, qui avait cela en horreur… En effet, Valérie faisait partie des rares Serpentard à ne pas aimer la salle commune. Elle entendit un bruit derrière elle, à une table où des septième année faisaient leurs devoirs. L'élève qui venait de se lever lui laissait pleine vue sur le beau Chris Perry, batteur de l'équipe de Quidditch. En le voyant, elle repensa à la mission qu'il avait avec Lestrange, et quelque chose lui revint soudain en tête, qu'elle se devait de partager avec son amie. « Alex, lui souffla-t-elle doucement pour attirer son attention sans celle des autres élèves qui les entouraient. Tu es toujours en mission avec Perry ? »

Lestrange hocha la tête silencieusement la tête en jetant un coup d'oeil au Mangemort, avant de revenir vers son amie. « Pourquoi ?

- Mary l'a vu sortir de la salle sur demande avec Patil… La Gryffondor…

- Et alors ? » Demanda Alex, qui ne voyait pas où Valérie voulait en venir avec une rumeur propagée par le fantôme de sa soeur de quatorze ans… Après tout, Perry était populaire auprès des filles, et ce n'était un secret pour personne.

« Tu demandes, en plus ? Dit Sofia, un peu plus fort. S'il est censé faire… Ça avec toi, pourquoi il couche avec des Gryffondors ?

- Et en quoi ça te regarde ? Perry a toujours fait ce qu'il voulait ! Et on est pas ensemble, à ce que je sache ! »

Le feu était devenu plus vif, conforme à l'emportement de la jeune élémentaire. Les haussements de voix et les éclats de flammes attirèrent l'attention de Perry, perdu dans son devoir sur les inferis, et qui ne demandait qu'une distraction. Il sourit en voyant que c'était Lestrange et Sofia, justement en train de parler de lui. « Comment ça, on est pas ensemble ? » Dit-il d'une voix forte en se levant et en s'approchant d'elles. Les deux jeunes filles s'interrompirent immédiatement alors qu'il avançait les yeux fixés sur les prunelles noires d'Alex, balayées par ses innombrables boucles de la même couleur.

Le sourire aux lèvres, l'adolescent se rapprocha du canapé, sur lequel il rampa au-dessus de Lestrange, qui était à présent rouge vif - et ce n'était aucunement dû au flamboiement de la cheminée, bien le contraire. Arrivé au torse de la jeune femme, il leva les yeux vers elle, rivant son regard dans le sien. « J'adore ta poitrine… Faudra me laisser les manier, un jour… » Un sourire aux lèvres en voyant l'effet qu'il avait à présent sur elle, il se colla un peu plus contre son corps, ignorant tout ce qui les entourait. Un chaste baiser plus tard, il murmura, frôlant ses lèvres pour qu'elle seule l 'entende : « Toi et moi ça se fera un jour… Tu verras. Dans pas longtemps à mon avis… »

La salle commune avait les yeux rivés sur eux. Lestrange venait de se faire embrasser par Perry… Et avait, aux yeux de Sofia, mit deux secondes de trop avant de le repousser. Elle avait beau lui dire que c'était beau de rêver, il restait sur elle, et les deux batteurs qui d'habitude étaient une redoutable équipe étaient à présent l'un sur l'autre dans une étreinte presque forcée. Du moins, c'était ce que tentait de faire passer Alex, qui tentait de repousser son coéquipier, qui ne bougeait pas d'un pouce. Il alla même plus loin, et remonta lentement sa main le long de la jambe de la jeune femme, jusque sous sa jupe, s'arrêtant arrivé en haut de la cuisse. « Je sais que t'en as envie… » dit alors Perry avant de l'embrasser à nouveau, puis de soudainement se relever avec un sourire éclatant, balayant la salle commune du regard. « Les filles… A qui le tour ? »

Furieuse, Lestrange invoqua une boule de feu entre ses mains et, avant que qui que ce soit ne l'en empêche, la lança droit vers Perry. Une fois qu'elle l'eut atteint, elle explosa en petites flammèches qui embrasèrent la moquette en un cercle tout autour du batteur. « Que dirais ta mère si elle apprenait que tu es devenu le dépuceleur de ces dames ?

- Et toi, que diraient tes parents en sachant que tu t'offres à tout ce qui bouge ? Répondit immédiatement Perry, sur la défensive dès que l'on parlait de sa Défunte mère.

- Ma mère me connaît assez pour savoir que ce ne sont que des rumeurs. Puis, elle est en vie, sourit Alex, flamboyante, en pénétrant dans le cercle.

- Ma mère serait fière de moi Lestrange… Alors maintenant tu retournes jouer avec tes boules de feu, et tu me fous la paix… Merci.

- Mon pauvre Chris, aurais-tu peur du feu ? » L'élémentaire éclata du même rire dément que sa mère. « Tu sais que pourtant, la danse des flammes te rendrait presque sexy…

- Ecrase, j'ai dit.

- Oh, mais mon cher… Je ne fais que commencer ! » Elle se rapprocha de lui, et augmenta la puissance des flammes lorsqu'elle ne fut qu'à quelques centimètres de son oreille pour que personne ne l'entende lui souffler. « Nous avons une mission, Perry. Cesse donc de coucher avec des traitres à leur sang, et concentrons-nous sur ce qu'on nous a demandé. » Alex plongea ensuite son regard noir et sérieux dans ceux de Chris, puis les flammes s'éteignirent d'un coup, laissant apparaître un cercle de bois à travers la moquette brûlée. Elle se détourna de lui, saisit son sac à quelques pas de là, puis monta les escaliers jusque'à l'extérieur de la salle commune. Il fallait qu'elle brûle quelque chose…

Samara, bien décidée à prendre parti de son nouveau don, se dirigeait vers le bureau du professeur de potions. Il avait dit pouvoir l'aider en occlumencie… Elle espérait que ce soie le cas. Depuis son séjour à l'infirmerie, elle n'avait plus souffert de maux de têtes, mais le souvenir de la douleur était, lui, persistant. Ce n'était toutefois pas une raison pour se reposer sur ses lauriers…

Elle frappa, et attendit l'autorisation d'entrer, puis fit quelques pas dans la petite pièce. Le professeur Ammerbach était derrière son bureau, sur lequel trônait du matériel d'écriture, plusieurs livres, et la bouteille de cristal noir dont il semblait ne jamais se séparer. Il se tenait la tête, pensif, mais la releva bien vite, son sourire énigmatique placardé sur son visage, comme si de rien n'était. « Miss Moriano ! Je me demandais quand vous viendriez me voir !

- Me voici, sourit la jeune Serdaigle. Vous avez dit pouvoir m'aider pour l'occlumencie ?

- Je peux te prêter un ou deux livres sur les bases, en effet. Quant à t'aider dans la pratique même, je te conseille d'aller voir le professeur Rogue… Il m'est peu sympathique, mais c'est le meilleur Occlumens que je connaisse… » Il remarqua l'air de frustration de la sorcière. Il n'en fit rien, et poursuivit, sur le ton de la confidence. « C'est surtout par rapport à ton autre problème que je voulais te parler…

- Mon autre… Sky ? Demanda-t-elle alors incrédule, avant de voir son professeur hocher la tête sans se départager de son sourire.

- Je peux t'aider… Si tu le désire… »

Samara ne savait quoi répondre. C'était inespéré, enfin quelqu'un lui proposait de l'aide ! Mais… Quelle aide cela allait-il être ? Et à quel prix ? Elle prit le temps de réfléchir, bien que la décision soie déjà toute prise… C'était surtout pour se calmer. Après quelques inspirations silencieuses, elle hocha la tête. « Que dois-je faire ?

- Lui donner ceci. » Répondit alors Naytsu en ouvrant un tiroir de son bureau, en sortant une petite fiole contenant une potion nacrée, que Samara ne reconnut pas. « C'est de l'amorentia, ajouta-t-il alors en voyant son regard interrogateur. Quelques gouttes suffiront… Tu auras ainsi droit à plusieurs essais.

- Professeur, je… Comment suis-je supposée l'approcher pour lui administrer un filtre d'amour si à chaque fois que je le regarde, Sofia et Lestrange m'envoient des boules de feu ?

- Je te l'ai dit, je serais plus attentif à leurs écarts. Et crois-moi, elles vont baisser leurs gardes. » Dit le Mangemort, sans expliquer pourquoi il était si convaincu de ses dires.

La sorcière hocha la tête, peu convaincue. Elle n'osait pas se demander ce qui poussait son professeur à briser les règles en lui donnant un philtre d'amour. Pour elle, c'était comme si ses prières s'exauçaient, c'était presque trop beau pour être vrai ! Il ne restait plus qu'à réussir à approcher Sky d'assez près, et il serait à elle ! Elle était maintenant plus près de son objectif qu'elle ne l'avait jamais été.

Oubliée, l'Occlumencie. Oubliée, son amie Alejandra qui passait ses humeurs sur elle. Oubliées, les deux vipères qui la torturaient dès qu'elles en avaient l'occasion. Elle ne pensait plus qu'à Sky. Murmurant un remerciement, elle prit la potion que lui avait donné le professeur Ammerbach et la glissa dans la poche intérieure de sa cape, en sécurité. Elle allait partir, quand il la rappela, lui tendant un grimoire énorme intitulé Les Bases de l'Occlumencie. Elle balbutia un nouveau « merci » et s'en fut, le pas léger, se retenant de sautiller jusque'à la tour des Serdaigles, le coeur sur un nuage.

« Chris, Chris ! » Une horde de première années s'engouffrait dans la salle commune, entourant le jeune Perry, penché sur un grimoire et une liasse de parchemins. Celui-ci leva la tête vers le garçon qui l'avait interpellé, le visage froid.

« Quoi ?

- Regarde ! » Le première année montra du doigts une petite fille appuyée dans un coin d'ombre, les yeux ruisselants de larmes. Toute la salle commune la connaissait… C'était la fille d'un mangemort qui était, jadis, un espion pour le ministère et qui avait livré les parents Perry aux aurors, à l'époque. Chris fronça les sourcils et regarda le petit.

« Et alors, qu'est-ce que tu lui as fait ?

- On lui a pris ses lunettes, et O'connel en troisième année l'a touchée à un endroit où elle n'a pas aimé ! » Le petit s'esclaffa sous le regard noir de son aîné.

A cet instant et à quelques mètres de là, dans la cheminée, le feu gagna en ampleur sous la colère de Lestrange. « Parce que vous n'avez pas assez avec trois maisons à torturer, il faut en plus que tu t'en prennes aux autres Serpentards ? On se demande comment le choixpeau a pu t'amener ici… » Elle se leva, et s'approcha doucement de la petite en larmes, lui prenant la main. Elle l'emmena vers les dortoirs, et l'allongea dans son lit, lui caressant les cheveux jusque'à ce qu'elle se calme et, enfin, s'endorme…

Pendant ce temps, à la salle commune, la conversation ne s'était pas interrompue. « Elle a quoi, elle ? C'est la soeur à l'autre fantôme, non ? Demanda le petit garçon.

- Tu vois pas que je bosse, là ? Répondit alors Perry, que le jeune Serpentard commençait à passablement énerver.

- Pourquoi tu sors pas avec elle ? » Chris releva brusquement le regard de son devoir, les sourcils froncés.

« Attends, avec qui ?

- Bah, elle ! Dit alors le jeune serpent en montrant les dortoirs, d'où Lestrange revenait.

- Dis pas de conneries… » Il chassa le première année d'un geste, le regardant s'éloigner vers les dortoirs, surveillant du coin de l'oeil le canapé dans lequel venait de se rassoir Lestrange, avant de se remettre au travail.

La soirée se déroula sans plus d'esclandres, dans les murmures et les rires. Au coin du feu, Lestrange terminait son devoir de métamorphose, tentant de ne pas se laisser distraire par le crépitement des flammes. Elle ne se demandait même pas où pouvaient être Valérie et Sky, étrangement distants depuis l'annonce de la mort des parents de la jeune Sofia. Ils devaient certainement être quelque part où il faisait moins humide, pensa la jeune Serpentard, vu que son amie préférait les endroits chauds, et secs.

Petit à petit, les élèves se dirigèrent vers les dortoirs - du moins, ceux qui ne s'étaient pas assoupis dans les fauteuils. La salle commune était de plus en plus vide, mais cela, Alex ne le remarquait pas, partagée entre le brasier qui ronflait devant elle, et son devoir, sur ses genoux. Elle ne prêta pas attention aux pas qui s'approchaient d'elle, concentrée. « Je peux te demander quelque chose ? » Alex termina sa phrase, puis leva les yeux vers… Perry. Méfiante, mais à la fois curieuse, elle hocha la tête en regardant ses yeux bleus, comme brillants.

« Je t'écoute.

- Tu sais que ce week-end, il y a la sortie à Pré-au-Lard… Et euh… En fait… Tous les 7e année de Serpentard font une soirée aux trois balais… Tu vas venir ?

- Je suis en 6e. » répondit Alex avec un sourire. Il était rare de voir Perry balbutier de la sorte ! « Je n'ai pas le droit de quitter l'enceinte du château hors du couvre-feu si je ne suis pas accompagnée..

- Ben… Je t'accompagne… Si tu veux…

- Pourquoi pas, sourit la jeune fille. D'accord.

- Bien. Je te dirais l'heure exacte demain matin… A samedi ! » Il sourit, et s'en retourna ramasser ses affaires avant de se diriger vers les dortoirs.

Alex n'avait plus la tête à son devoir. Elle se força tout de même à l'achever, attendant patiemment, comme chaque soir, de n'avoir la salle commune qu'à elle… Et y mit le feu, un sourire aux lèvres. C'étaient des flammes dont elle avait le secret, chaudes mais supportables… Pour qui y était habitué. Elle se sentait bien, au milieu de son brasier. Chris avait fait un pas vers elle, et même s'il était étrangement maladroit, cela les rapprochait l'un de l'autre et ne serait que bon pour l'issue de leur mission…

Le grand hall résonnait de rires, et d'éclats de voix. Un rire, plus fort et plus dément que les autres, se fit entendre, suivi de pas précipités et d'une bousculade. Personne n'avait rien vu. D'un geste mécanique, Samara épousseta ses épaules couvertes de cheveux brûlés, ignorant sa peau rouge et chaude qui ne demandait qu'un peu de fraîcheur pour ne pas dégénérer en une énième brûlure. Elle avait eu le malheur de passer à côté du groupe de serpents en voulant rejoindre Alejandra, près des sabliers. Ce n'était pas encore aujourd'hui qu'elle pourrait approcher Sky… A moins que, peut-être chez Honeydukes… « Allez, pense à autre chose, lui dit sa meilleure amie. On va aller faire le plein de sucreries, boire un coup, et prendre l'air ! C'est pas tous les jours ! » Samara hocha la tête, peu convaincue, regardant toujours le poursuiveur de Serpentard du coin de l'oeil. Elle ne détourna véritablement son attention de lui que lorsqu'elle sentit les mains fraîches d'Alejandra sur sa nuque endolorie.

Petit à petit, les élèves pressés traversèrent le parc, puis se dirigèrent vers le village de sorciers, se séparant en divers groupes. Samara regarda avec un pincement au coeur Sky se diriger avec d'autres Serpentards vers la confiserie… Alejandra voulait aller boire un verre. Elle décida que cela lui ferait du bien, et suivit son amie aux trois-balais. Elles furent accueillies à peine assise par une nouvelle serveuse, blonde aux yeux sombres. « Bonjour ! Je m'appelle Lila, que puis-je vous servir ?

- Deux bièraubeurres, s'il vous plait. » répondit l'élémentaire de glace, sans prêter le moindre coup d'oeil à ladite Lila. Celle-ci s'éloignait déjà avec le sourire, ses cheveux blonds ramenés en un chignon tenu avec sa baguette, comme Alejandra le faisait, nota Samara.

Elles restèrent quelques heures dans l'atmosphère moite et chaude du pub, parlant de tout et de rien, de ce Poufsouffle qu'Alejandra avait remarqué, et devant l'enthousiasme de son amie Samara en oublia même Sky pendant quelques temps. C'était sans compter la bande de Serpentards qui entra en fin d'après-midi aux trois-balais. Evidemment, Sky était parmi eux. Evidemment, il était entouré de serpents, et inapprochable. La jeune fille termina son verre cul-sec, amère, et prit la main de sa meilleure amie. « Viens… On va aller chez Honeydukes avant que ça ferme… » Alejandra lui signifia qu'elle passait aux toilettes, puis qu'elles s'en iraient, compatissante bien qu'elle aurait aimé rester boire. Samara hocha la tête, silencieuse, et resta seule à sa table le temps que l'élémentaire revienne, sans quitter Sky du regard. Quelque chose, elle ne savait quoi, voilait son visage… Comme s'il n'était pas aussi heureux qu'il semblait le montrer. Mais elle mit cela sur le compte de l'absence de Sofia, soupirant tristement lorsqu'Al' revint, et l'entraîna dehors dans l'air frais de l'automne.

Alex Lestrange ne savait pas comment appréhender cette soirée. C'était la première qu'elle passerait en compagnie de Perry depuis la mort de Mary. Certes, ils devaient se rapprocher l'un de l'autre s'ils voulaient capturer Potter, mais à quel point ? Et, surtout, à quel point avait-elle envie de se rapprocher de lui ?

Entrant dans les trois-balais, elle nota la tablée des Serpentards, déjà bien animée. Elle s'approcha, et fut saluée par des cris de joie. Les septième année bougèrent, pour lui laisser une place au milieu de la table. La jeune fille jeta un coup d'oeil autour d'elle, et remarqua qu'elle était la seule de sixième année, mais ne s'en formalisa pas. Elle aimait être avec des plus âgés… Bien que la compagnie de Malfoy, Sofia et Strawberry soie des plus sympathiques, elle trouvait celle de ses aînés préférable par moments.

Elle n'entendit pas ses amis appeler la nouvelle serveuse, mais son regard s'étrécit lorsque celle-ci s'approcha, et que leurs yeux se croisèrent. Elles se reconnurent immédiatement. Il n'y avait qu'une sorcière qui avait grâce, aux yeux de Bellatrix Lestrange : Flore Svaranna. Ou Lila, comme ses camarades de Serpentard venaient de l'appeler. Les deux femmes s'étaient retrouvées dans la même cellule, à Azkaban, et Flore avait profité de l'évasion de la mangemort la plus recherchée au monde pour s'enfuir, elle aussi. La mère d'Alex l'avait alors prise sous son aile, lui apprenant tout ce qu'elle savait - et qu'elle tenait du Seigneur des Ténèbres lui-même. Et à la fin de l'année précédente, lorsque'Alex avait enfin retrouvé son manoir et sa chambre, Flore avait emménagé avec elle et Bellatrix. Le fait de voir un second mangemort - adulte - aux alentours de Poudlard lui indiqua que le Seigneur des Ténèbres ne plaisantait plus, à présent que son retour était public. Entre sa mission avec Perry pour ramener Potter, celle de Drago qui était Merlin savait quoi, et la présence d'Ammerbach et de Svaranna… Les forces du mal étaient en place.

Mais Alex ne s'attarda guère sur le Seigneur des Ténèbres et ses partisans, emportée qu'elle était par la bonne humeur régnant autour de la tablée. Grâce au fait qu'une partie de ses camarades soient majeurs, elle avait droit aux alcools forts, et avec lui était venue l'heure des jeux à boire. Après s'être amusés à compter chacun leur tour en remplaçant un certain nombre par « gobelin », buvant une gorgée s'ils se trompaient, puis avoir joué à se faire deviner une vérité parmi trois mensonges - ce qui l'avait d'ailleurs fait finir une bouteille d'elle ne savait guère quel alcool tant les serpents redoublaient d'imagination pour cacher leurs secrets - ils en étaient à présent à un jeu bien plus puéril et simple au vu de l'état d'ébriété général : une bouteille tournoyant sur la table indiquait au lanceur qui embrasser. Et si voir Perry poser ses lèvres sur celles de Mike Rhemington l'avait fait rire, elle profita grandement de son taux d'alcoolémie élevé pour ne pas se formaliser lorsque vint son tour d'embrasser John Qyburn.

Les heures et les verres avaient défilé sous leurs rires de plus en plus débridés, puis l'heure de rejoindre le château était venue. En tant que chaperon, Perry passa son bras autour des épaules de Lestrange, l'entraînant à travers le village en direction de Poudlard. L'élémentaire, ivre et hilare, se serra contre lui et fit apparaître une flamme dans ses mains pour les réchauffer. Le froid de la nuit automnale était vif, bien qu'ils ne semblent pas s'en rendre compte. « Merci pour l'invitation… Je ne m'étais pas rendue compte que j'avais besoin d'une pause à ce point.

- De rien, répondit Chris avant de marquer un silence, puis de reprendre : Ça fait du bien de penser à autre chose qu'à… Ce qu'on nous a demandé… » La réalité retomba sur Alex comme une douche froide. Pendant quelques heures, elle avait totalement oublié leur mission ! Mais… Perry l'avait-il invitée parce qu'il le désirait, ou juste pour les rapprocher dans leur objectif commun ? Elle ne savait quelle réponse elle espérait, et décida de ne simplement pas poser la question, profitant de son esprit embrumé pour se serrer un peu plus contre lui, et le regarder à la lumière de la flamme.

Il garda le silence lui aussi, la serrant contre son corps sans réaliser à quel point sa proximité l'affectait. Les deux batteurs marchèrent en silence. Ainsi quelques minutes passèrent, durant lesquelles ils étaient à présent sur le sentier reliant Pré-au-Lard et Poudlard, en retrait du groupe qui s'arrêta à l'entrée du parc de l'école, afin qu'ils fassent leur entrée tous ensemble. « Hé ben les amoureux ? On a pas envie de rentrer ? Demanda Qyburn, un sourire aux lèvres.

- On est pas… Commença Perry, aussitôt interrompu par son ami.

- Menteur ! J'ai bien vu comment tu nous a regardés quand on s'embrassait, pendant le jeu de la bouteille…

- Ha ? Et comment tu nous a regardés ? Sourit Alex, en levant les yeux vers celui qui la tenait contre lui.

- N'importe quoi, je trouvais juste que vous iriez bien ensemble… Après tout, Qyburn aime les jolies filles, et toi…

- Quoi moi ?

- … Rien, répondit Chris en détournant le regard.

- Ho non, tu vas pas t'en sortir comme ça, répondit l'élémentaire de feu avec un sourire espiègle.

- Il veut pas te dire qu'il te trouve jolie. » Répondit Qyburn, avant de les pousser à travers le grand hall jusqu'aux escaliers descendant aux cachots. Ils s'étaient lâchés, à présent, tentant de ne pas manquer une marche de leur démarche chaloupée. Aucun des batteurs n'avait répondu après la réplique de leur ami, évitant à présent le regard l'un de l'autre. Alors qu'ils étaient si proches, quelques minutes à peine auparavant.

Une fois arrivés dans la salle commune, Alex et Chris s'accordèrent un dernier coup d'oeil, accompagné d'un sourire qu'ils furent les seuls à voir, avant de se séparer définitivement dans les railleries de leurs camarades et de descendre dans leurs dortoirs respectifs.

Les jours avaient défilé, et les cours avec eux. Samara croulait sous la charge de devoirs, et n'avait plus le temps de penser à Sky, ni au philtre d'amour qu'elle devait lui administrer par un moyen dont elle ignorait tout. Elle avait étudié les livres du professeur Ammerbach, puis avait pris sur elle, et été voir le professeur Rogue pour lui demander des cours d'occlumencie, qui empiétaient à présent sur son temps libre. Le directeur des serpentards, comme à son habitude, était loin d''être tendre dans sa manière d'enseigner, et les migraines de la jeune Serdaigle étaient cuisantes après chaque leçon. Mais elle progressait. Elle savait à présent non seulement détecter lorsque l'on tentait d'entrer dans son esprit, mais était était maintenant capable de repousser l'esprit inquisiteur dans ses retranchements. Et, malgré l'absence de félicitations de son professeur, Samara avait pris cela pour une victoire.

La jeune Italienne grimpait jusque'à son dortoir, tentant de dissiper le bourdonnement qui résonnait à ses oreilles, et passa la porte de la chambrée pour tomber sur sa meilleure amie. Il lui semblait une éternité depuis qu'elles n'avaient pas parlé ensemble… Depuis Pré-au-Lard, si elle se souvenait bien. Elle fut frappée par les traits tirés et les cernes sous les yeux d'Alejandra, immédiatement inquiète. « On peut parler où t'es encore trop occupée ? Demanda l'Hispano-Roumaine d'un ton sec et pourtant plein d'espoir.

- Bien sûr qu'on peut parler, Al', répondit Samara en s'asseyant à ses côtés, ignorant l'haleine alcoolisée de son amie. Qu'est-ce qui se passe ?

- Ben… En vrai, je sais pas vraiment par où commencer..

- Par le début ? Suggéra l'Italienne avec un sourire.

- Le début… Tu te souviens de ma soeur, Flore ?

- Oui, tu m'en as déjà parlé… Elle a disparu quand tu étais petite, c'est ça ?

- Voilà. Bah elle m'a retrouvée… A pré-au-Lard, ajouta Alejandra pour préciser. Elle m'a raconté ce qu'elle avait vécu toutes ces années, et… » Sa voix se brisa. « Je sais pas si je peux t'en parler… Elle m'a bien dit que c'était un secret…

- Al', tu peux tout me dire, tu le sais bien. Et je ne peux pas t'aider si je ne connais que la moitié de l'histoire.

- Je sais bien, mais c'est… Enfin… J'étais tellement contente de la retrouver enfin, quand elle m'a dit qui elle était et tout… Puis elle m'a dit…

- Elle t'a dit quoi ? Demanda Samara qui, fatiguée, commençait à s'impatienter, et tentait de ne pas le montrer.

- Elle m'a dit qu'elle avait une mission. J'ai pas compris tout de suite.. Et alors, elle a remonté sa manche, et… Je l'ai vue. Sa marque des Ténèbres… » Des larmes gelées coulaient sur les joues de l'élémentaire de glace alors qu'elle se remémorait la scène. « Flore est une Mangemort, Sam' ! »

Samara prit son amie dans ses bras, ignorant l'eau glacée qui lui coulait dans le cou. Elle s'en voulait de ne pas avoir vu que sa meilleure amie avait un tel secret, d'avoir dû attendre qu'elle soie dans cet état pour qu'elle puisse enfin se confier. Elle avait été égoïste, ces dernières semaines, elle s'en rendait compte à présent qu'elle voyait l'état déplorable d'Alejandra, qui se dégagea de son étreinte pour se saisir, entre le lit et le mur, d'une bouteille d'alcool roumain déjà bien entamée à laquelle elle but avidement, tentant d'oublier la funeste nouvelle. Moriano la laissa faire, bien qu'elle n'approuve pas ce geste, elle le comprenait. Elle comprenait aussi que son amie ne lui disait pas tout. Mais elle n'insista pas, laissant l'Hispano-Roumaine se calmer et lui expliquer les choses à son rythme, ce qu'elle fit après avoir bu une fois de plus un peu d'alcool blanc. « Elle m'a fait un cadeau… »

L'Italienne garda le silence, voyant pertinemment que sa meilleure amie était loin d'être calmée. Celle-ci s'agenouilla devant sa malle, et en sortit une boîte longiligne, qu'elle ouvrit. Dedans trônait un collier d'argent ciselé et de rubis brillants. C'était un cadeau inestimable. « Il est magnifique, dit Samara. Mais…

- Mais quoi ?

- C'est pas un peu suspect ? Ta soeur mangemort qui refait surface du jour au lendemain, et qui t'offre ce bijou ?

- En quoi c'est suspect ? Demanda Alejandra, soudain méfiante envers son amie. Avec tout ce qu'on a pas pu vivre ensemble… C'est si délirant que ça de croire qu'elle pourrait juste… M'aimer ?

- Ce n'est pas ce que j'ai dit, Al'. Ecoute-moi, juste. Les Mangemorts ne font jamais rien sans intérêt. Si elle est revenue vers toi après toutes ces années et les épreuves qu'elle a dû vivre aux côtés de Tu-Sais-Qui, en effet, c'est peut-être qu'elle veut se rapprocher de toi. Mais dans quel but ? Qu'est-ce qui se cache derrière ce bijou ?

- Elle a dit que je comprendrais…

- Et c'est le cas ? » Alejandra nia de la tête, le regard baissé. « Je ne veux pas te faire peur. Mais on ne sait rien de Flore, ni de ce bijou. Il pourrait être maléfique, pour ce qu'on en sait… Tu ne crois pas qu'il faudrait le montrer au professeur Rog…

- Non ! Je ne suis censée le montrer à personne !

- Dans ce cas… Je vais te proposer quelque chose, mais je veux que tu m'écoutes calmement, et ensuite on prendra la décision ensemble, d'accord ? » L'Hispano-Roumaine hocha la tête, but une fois de plus, puis plongea ses yeux dans ceux de Samara alors qu'elle continuait. « On va sceller cette boîte. Non, attends, laisse moi finir. On va la fermer, jusque'à-ce que tu aies retrouvé assez de calme pour comprendre ce que Flore te veux, et pourquoi elle t'a offert ça. Et ce qu'il a de si spécial, ce collier… On ne sait jamais qu'il soie maléfique, comme je l'ai dit… Dans ce cas, il vaut mieux le mettre en sécurité, non ? Puis, tu ne voudrais pas que quelqu'un ne le trouve alors que tu ne sais rien sur lui ? Que dirait Flore si elle apprenait que tu l'as perdu, ou pire, qu'on te l'a volé ? »

Avec ce dernier argument, Samara vit qu'elle avait fait mouche. Alejandra referma silencieusement la boîte, et la tendit à sa meilleure amie. L'Italienne la prit délicatement, comme si elle allait lui exploser à la figure, puis sortit sa baguette. Elle réfléchit à un sort qu'elle pourrait lancer sur cette boîte, et qui ne serait pas trop difficile à contrer pour son amie. Mais elle ne voulait pas que la réponse soit prévisible pour autant, et pour cela elle devait employer un sortilège informulé, afin qu'Al' ne puisse pas ouvrir la boîte trop facilement lors de sa prochaine crise. Lentement, elle traça les mouvements requis de sa baguette au-dessus du bois patiné, et se concentra sur la formule requise. Lorsqu'elle eut fini, elle tenta d'ouvrir le pan de bois, qui resta clos. Satisfaite, elle rendit le coffret à sa meilleure amie avec un sourire. « Voilà. Quand tu seras plus calme, et que tu auras compris ce que Flore te veux, c'est qu'il sera temps de la réouvrir. Normalement , si tu retrouves le contrôle sur tes émotions, tu ne devrais pas avoir besoin de moi pour la déverrouiller.

- Merci, Sam… Je ne sais pas ce que je ferais sans toi… » Alejandra la prit dans ses bras dans une nouvelle étreinte. Elle ne pleurait plus, mais les parties de sa peau qui touchaient celle de Samara étaient glacées, signe que ses pics émotionnels lui faisaient perdre le contrôle de ses pouvoirs. Elle espéra qu'elle se calmerait vite, et ingurgiterait autre chose ce soir que de l'alcool de basse qualité et une poignée de coupe-faims… Mais qu'y pouvait-elle ? Il fallait qu'elle soie plus présente pour Alejandra, voilà ce qu'elle y pouvait. Son amie était fragile, et avait besoin d'elle maintenant plus que jamais…

Valérie traversait le château à pas lents, le visage tourné vers le sol, disparaissant presque totalement derrière son rideau de longs cheveux noirs. Depuis la mort de ses parents, elle s'était presque complètement renfermée sur elle-même, elle délaissait Sky, Alex et Drago, elle le savait, mais elle n'avait pas la tête à voir du monde. Elle voulait être seule, et que tout s'arrête. Mais même cela, elle ne pouvait pas. En effet, Kreed, son parrain - puisqu'elle avait un parrain - avait décidé que, si elle s'apprêtait à rejoindre les Mangemorts, il lui fallait des défenses. Lorsqu'elle avait dit être douée en sortilèges, il avait balayé sa réponse de la main, puis avait regardé le professeur Ammerbach, avant de la regarder à nouveau. Il lui avait ensuite annoncé qu'elle bénéficierait de cours particuliers avec Naytsu. « Cours de quoi ? Avait-elle demandé.

- Occlumencie. » avait simplement répondu Kreed sans plus de détails, à la lisière de la forêt, avant de la laisser rejoindre le château avec son ''professeur''.

Elle avançait donc en direction du bureau du professeur Ammerbach, comme chaque samedi après-midi depuis à présent un mois. Les premières leçons avaient été simples, il lui avait fait boire une potion de lecture rapide et une autre de mémoire, et l'avait regardée potasser la théorie et les usages dans la vie de tous les jours dans deux de ses propres grimoires. Ensuite, il avait commencé à l'entraîner à bloquer son esprit à toute intrusion. C'était dur, mais elle s'améliorait. Elle en venait même à apprécier la compagnie du Mangemort, ce qui lui posait parfois problème… Il lui était arrivé de revivre certains souvenirs qu'ils avaient en commun lors de l'intrusion du professeur dans son esprit. Des vieux souvenirs, de quand ils étaient enfants, et que Naytsu venait passer plusieurs jours au manoir Sofia lors des missions de ses Aurors de parents. Et à son grand damn, ils revenaient de plus en plus souvent, ces moments de bonheur et de plénitude qui lui manquaient, à l'époque de l'innocence… Du temps où ses parents étaient, lui semblait-ils, immortels…

Quelques coups frappés à la porte, et elle attendit. N'entendant pas de réponse, elle retenta, avant d'ouvrir doucement le battant de bois, passant sa tête dans l'ouverture. « Professeur ?.. »

Il était à son bureau, comme à son habitude, mais quelque chose clochait. Il avait les paupières fermées, et se massait les tempes. C'était la première fois que Valérie le voyait sans son éternel sourire et son air sérieux, et c'était comme découvrir l'humain derrière le masque. Elle le considéra quelques instants, se demandant si elle devait revenir un autre jour, mais sa volonté de faire ses preuves à Kreed et d'avoir sa propre marque était plus forte, et elle fit quelques pas dans la pièce après avoir doucement fermé la porte derrière elle. « Naytsu ? » Appela-t-elle d'une voix basse, tout en s'approchant. Il releva soudain la tête, et son sourire immaculé reprit aussitôt place en travers de son visage.

« Valérie ! Pardonne-moi, j'étais dans mes pensées… Viens, assieds-toi. » C'était comme si rien ne s'était passé, il avait repris le contrôle de lui-même en un temps éclair. La jeune fille s'assit après avoir tressé ses cheveux sur le côté pour avoir plus de liberté de mouvements, puis posa sa baguette sur les genoux, prête à commencer la leçon. « Bien. Nous allons voir si tu t'es entraînée à fermer ton esprit correctement cette dernière semaine… »

Et, sans prévenir, Naytsu projeta son esprit dans celui de Valérie. Celle-ci le sentit, mais trop tard, elle s'était fait avoir comme une débutante ! Et le temps qu'elle se concentre sur sa barrière mentale, sur comment le sortir de là, le mangeront fouillait souvenir après souvenir, après Merlin savait quoi… La jeune femme sentait son esprit être trié et analysé, les évènements défilaient les uns après les autres, et bientôt vint celui qu'elle redoutait le plus. Celui où Kreed lui annonçait la mort de ses parents, puis leurs funérailles…

Les yeux d'un bleu saphir, des larmes dévalant ses joues, elle suppliait mentalement son professeur d'arrêter de lui faire revivre cela en boucle. Mais la seule réponse qu'elle reçut fut la voix de Naytsu dans sa tête, lui disant simplement « Fais moi sortir. », tandis qu'il ne se départageait pas de son sourire, son regard plongé dans le sien. Valérie, malgré les larmes et les tremblements, tentait de se concentrer autant que possible, son poing resserré autour de sa baguette. Elle sentait la présence du mangetout dans sa tête, mais pour réussir à le faire sortir, encore fallait-il le localiser !

Soudain, elle réalisa où exactement il se trouvait dans son esprit. Bien sur. Dans ce souvenir qu'elle n'en pouvait plus de voir et qu'il ne cessait de lui faire revivre. Et, si elle voulait enfin réussir à le jeter dehors et à avoir l'esprit tranquille, elle devait absolument s'y replonger. Ce qu'elle fit, après avoir inspiré un grand coup. Le trouver fut facile, après cela. Il s'était caché derrière le souvenir qu'elle avait de lui, ce jour-là. Derrière ce sourire et ces yeux pleins d'étoiles lorsqu'il lui avait dit que les parents étaient inutiles. Elle sourit, à son tour, et se concentra sur sa rage, envers lui, mais aussi envers ce maudit loup-garou qui avait causé la perte de ses parents. Elle se servit non seulement de ce qu'elle avait ressenti en ce moment là, mais aussi ce de qu'elle ressentait à présent. « Dégage. » Et, d'un mot, elle réussit à le faire sortir, à se débarrasser de cette présence inquisitrice et sadique à l'intérieur de sa tête. Certes, cela faisait plusieurs minutes que Naytsu fouillait son esprit, mais elle avait, pour la première fois depuis le début de ses leçons, réussi à le faire sortir. D'habitude, les exercices en restaient à simplement ne pas le laisser entrer… C'était bien différent.

« Bien. Très bien. Je ne m'attendais pas à ce que tu réussisses… » Il sourit, puis ajouta, voyant l'état émotionnel de son élève : « Tes parents seraient fiers de toi.

- Merci.

- Continuons. » dit Naytsu en se levant et en contournant son bureau pour venir se positionner à côté d'elle. Cela laissa le temps à Valérie non pas de se remettre de ce qu'elle venait de vivre - ou revivre - mais bien de se préparer à la prochaine attaque. En effet, elle le savait, le Mangemort prenait plaisir à la retrancher dans ses limites. Mais c'était loin de lui déplaire. Elle apprenait plus vite, et correctement, en conditions réelles. Cela ne la rendrait que d'autant plus efficace.

Son poing serré autour de sa baguette alors que celle de son professeur était toujours rangée dans son étui, à sa ceinture, elle eut juste le temps de se concentrer assez pour être prête, lorsqu'elle sentit à nouveau la présence d'Ammerbach à l'intérieur de sa tête, cognant contre le mur de pensées sur lesquelles elle se focalisait pour tenter de le repousser. Elle trouvait cela plus simple que de vider son esprit, chose qu'elle ne parvenait pas à faire. Mais contre toute attente, l'attaque s'arrêta aussitôt qu'elle avait commencé, Naytsu pris d'une violente quinte de toux.

Surprise, Valérie se tourna vers lui au moment où il tombait à genoux, la bouche couverte de ses deux mains. Elle ne remarqua le sang qui s'en écoulait que lorsqu'il s'essuya d'un mouchoir brodé à ses initiales, avant de le ranger rapidement.

Le Mangemort se leva en marmonnant une série de jurons allemands. D'une main il s'appuyait sur le bureau, et de l'autre il saisit la bouteille de cristal noire qui y était posée et y but évidemment, sous le regard incrédule de son étudiante. « Professeur ? » Appela-t-elle d'une voix inquiète en le voyant se redresser lentement, puis se tourner vers elle. Il était pâle, ses yeux vitreux, et son sourire l'avait à nouveau quitté. C'était la première fois qu'elle voyait quelqu'un dans cet état. « Vous voulez que je vous accompagne à l'infirmerie ?

- Je n'ai besoin de l'aide de personne, Miss Sofia. » répondit-il immédiatement. Il était hors de question qu'il se fasse escorter par une gamine ! Et il doutait fortement des capacités de qui que ce soit à le soigner. Même si, additionné aux pertes de contrôle de ses pouvoirs, les symptômes qu'il venait de développer étaient inquiétants, ce n'était rien qu'il ne saurait guérir - du moins tentait-il de s'en persuader, tout comme du fait que cet évènement serait le dernier, il en fit le serment ! Il retrouverait une parfaite maîtrise de ses pouvoirs. Et quoi de mieux pour s'exercer que ce jouet innocent assis devant lui ?

Le sourire qu'il arborait en ce moment, Valérie ne l'avait jamais vu. Il semblait fou, presque dément, et encore une fois elle ne comprit que trop tard ce qui allait lui arriver ; Naytsu avait déjà pénétré son esprit juste en la regardant dans les yeux. Elle tentait à présent de reprendre le contrôle de ses souvenirs qui défilaient à la recherche de quelque chose de douloureux à lui faire revivre. Elle cherchait quelque chose qui apaiserait son agresseur, ou le distrairait assez que pour lui laisser le temps de se reprendre, et le faire sortir. Mais la précédente inquisition semblait bienveillante, comparée à celle-ci. Chaque bribe de sa mémoire était analysée pour en retirer ce qui la ferait souffrir. Elle ne savait pas elle-même ce qu'elle revivait que déjà c'était passé à autre chose, la laissant submergée d'émotions en tous genres et d'un sentiment de danger qui ne faisait que s'accentuer alors que le temps passait. Mais il fallait qu'elle le fasse sortir. Qu'elle devienne plus puissante. Qu'elle venge ses parents, puis qu'elle aie sa marque. Elle se concentra sur cela, malgré la vague de tristesse et de rage qui la gagnait en même temps que ces souvenirs. De ses yeux bleus foncés coulaient des rivières de larmes, jamais auparavant dans sa vie elle ne s'était sentie de la sorte, aussi petite et insignifiante, aussi triste, aussi faible, et elle avait horreur de ça. Et plus le temps passait, plus Naytsu devenait inquisiteur dans ses recherches, et plus son sourire s'élargissait et ses yeux devenaient brillants. Il n'avait plus rien du professeur jeune et charmant qui faisait parler toute l'école, à présent Valérie comprenait pourquoi il était Mangemort, et à quel point il aimait faire souffrir, et elle était à sa merci…

Elle savait qu'il n'arrêterait pas. Ses leçons se faisaient de plus en plus dures, mais l'une après l'autre la rendaient plus forte. Ils le savaient tous les deux. Et peu importe l'état de son étudiante, il ne se stopperait que lorsqu'il sentirait une réaction de sa part qu'il jugerait acceptable. Cela aussi, ils le savaient. Ce qu'ils ne savaient pas, en revanche, c'était si Naytsu se contrôlait vraiment, en ce moment, et s'il s'arrêterait effectivement après réaction de la jeune femme. Si elle était encore même capable de réagir. Mais tous deux étaient déterminés à faire leurs preuves, et le cours se poursuivit dans les bruits des sanglots de Valérie, qui plus que tout ne souhaitait plus être seule. Elle savait qu'elle n'aurait eu qu'à se concentrer sur ses amis pour pouvoir le mettre dehors, mais toute tentative de concentration était avortée par un autre souvenir, toujours plus chargé en émotions, qui la retournait complètement. Mais elle savait à présent comment fonctionnait le Mangemort. Il tirait parti de tous les ressentis négatifs de chaque souvenir. Elle n'avait qu'à visualiser le positif à la même vitesse que lui. Ce fut loin d'être facile, mais lorsqu'il lui montra le souvenir de la fois où Alex avait développé ses premiers pouvoirs, bien avant elle, la faisant voir la peur d'être une crackmole, elle se concentra sur les flammes de son amie élémentaire, sur la joie de la voir sourire… Et sur la tête de Sky à ce moment aussi, qui voyait l'un des champs d'oliviers de la propriété de la famille Strawberry s'envoler en flammes plus hautes que lui. Et en revivant ce moment inoubliable en compagnie de ses deux meilleurs amis, elle reprit enfin le contrôle. Elle se concentra sur Alex, qui avait été comme sa soeur toutes ces années. Sur Sky, et leurs âneries. Naytsu tenta bien de la combattre, mais elle était dans sa propre tête, ne se laisserait plus faire, et son adversaire était en état de faiblesse. Elle lui imposa alors un souvenir de leur enfance commune, dans le but de le distraire. Enfin, enfance… Il avait huit ans de plus qu'elle, mais ils avaient passé plusieurs semaines ensemble à l'époque. Elle le força à revivre ce Noël de ses onze ans, lorsqu'elle venait d'entrer à Poudlard. Elle était revenue passer les vacances au manoir, et Naytsu était là. C'était la dernière fois qu'elle l'avait vu, avant de le recroiser, ici au château. Elle se souvenait de ce faucon de chasse qu'elle lui avait offert, et de sa tête, quand il avait découvert la tête de l'oiseau. Elle se concentra sur ce moment, et ce moment uniquement, tentant de ne réduire le champ de vision de Naytsu qu'à ce souvenir précis. Et, enfin, elle le sentit quitter son esprit.

Valérie ouvrit les yeux sans se rendre compte qu'elle les avait fermés. Ils étaient gris, à présent, signe qu'elle était épuisée pour qui la connaissait. Elle essuya ses joues humides d'un revers de main en regardant Naytsu, qui prit la parole, sans se départager de son sourire. « Ce n'est pas ce que j'attendais…

- Mais ça vous a déstabilisé néanmoins, je me trompe ? Dit-elle avec un sourire vainqueur malgré son état de fatigue.

- Tu peux faire mieux que ça. Et plus vite. Exerce-toi, et reviens samedi prochain.

- D'accord. Merci, professeur. » Elle se leva, et fit quelques pas vers la porte, l'ouvrit, puis se retourna. « Vous devriez peut-être aller voir miss Woodblood à l'infirmerie… Pour votre toux. » Sans attendre sa réponse, elle sortit, et retourna à la salle commune dans l'espoir de revoir Alex et Sky.

Halloween. La fête des morts. Mais Alex n'avait pas le coeur à faire la fête. Voir sa soeur si joyeuse pendant le dîner lui avait fait plus de mal qu'elle ne l'aurait cru. Même pas un an qu'elle avait quitté ce monde, qu'elle était devenue Mangemort, que sa mère était revenue dans sa vie… Et malgré son sort funeste, Mary était plus heureuse qu'elle-même ne le serait jamais. Elle était délivrée des contraintes des vivants. Alex n'en pouvait plus, et était allée se réfugier à la lisière de la forêt interdite, devant la rivière dans laquelle elle venait jouer avec ses pouvoirs, à l'époque où Mary était en vie. Elle regardait l'eau couler à la faible lumière de la lune, son don d'élémentaire la réchauffant de l'intérieur et ne ressentant donc pas le froid. Elle repensait à qui elle était, à l'époque. Elle songeait à qui elle était, aujourd'hui. Elle n'avait aucune idée de qui elle serait, dans le futur. « Cette forêt n'est-elle pas considérée comme interdite ? » Elle sursauta, et se retourna soudainement vers l'origine de la voix. Perry. Non, mais il la suivait, ou quoi ?

« Je te retourne la chose… Que fais-tu ici ? » Elle le regarda se rapprocher, décontracté, sa chemise mal boutonnée et sa cravate défaite autour de son cou.

« Il se trouve, chère Lestrange, que j'ai le droit de me promener ici », dit-il en s'asseyant à ses côtés alors qu'elle se retournait à nouveau vers la rivière. Voyant qu'elle ne surenchérissait pas conformément à son habitude, il la détailla dans l'obscurité. « T'as pas l'air en forme…

- Qu'est-ce qui te fais dire ça ?

- Tu as moins d'humour, sourit-il en la regardant.

- Il te manque ? Demanda-t-elle innocemment.

- Pour être franc, c'est limite inquiétant de te voir comme ça.

- Tu es la première personne qui me voit comme ça. Je ne suis pas censée le savoir, soupira-t-elle.

- Savoir quoi ?

- Savoir que quand je suis calme, je fais peur…

- Ah, non. C'est juste étrange, ajouta Chris avec un sourire. Qu'est-ce qu'il y a ?

- Rien. » Mentit alors Alex. Bien sûr qu'il y avait quelque chose. Elle ne voulait juste pas en parler, luttant contre les larmes qui lui montaient aux yeux.

« L'être humain a toujours quelque chose en tête. Ne me dis pas qu'il n'y a rien…

- Je n'en ai jamais parlé à personne… Pourquoi je devrais t'en parler à toi ? Dit-elle alors d'un ton sec en s'essuyant les yeux d'un revers de manche.

- Je ne te demande pas de tout me raconter, mais ne me mens pas en me disant qu'il n'y a rien. J'ai horreur de ça.

- Très bien. Il y a quelque chose. Tu es content ?

- Très. » Ils ne s'étaient pas regardés durant l'échange, fixant tous les deux la rivière. C'était la première fois depuis la mort de Mary qu'ils se reparlaient de la sorte, et aucun des deux ne voulait briser cet équilibre fragile qui se formait entre eux. Les yeux d'Alex débordaient de larmes, qu'elle s'interdisait de laisser couler. Chris reprit soudain la parole. « C'est bon, je te fous la paix, dit-il en se levant.

- Je n'ai jamais dit que tu me gênais.

- Ton silence me le prouve studieusement.

- Le silence est la vertu des gens calmes… Je ne peux pas être sur les nerfs sans arrêt.

- Tu me fais moins peur quand tu l'es, dit-il en s'éloignant lentement.

- Cela signifie-t-il que tu as peur de moi, Perry ?

- Je ne le formulerais pas comme ça, mais si ça peut te faire plaisir de le croire…

- Et alors comment le formulerais-tu ? Lui demanda-t-elle alors en haussant la voix pour qu'il l'entende malgré la distance.

- J'ai horreur des gens faibles, voilà comment je le formule. », lâcha alors Chris, à peine à portée de voix. Instantanément, la tête d'Alex se tourna vers l'origine de la voix, ses yeux emplis de flammes de colère. Elle vit une vive lumière, puis entendit un cri, suivi d'un bruit sourd. La jeune Mangemort se leva, et suivit la direction de sa boule de feu jusque'à un Chris Perry qui se remettait du choc, appuyé contre un arbre.

Alex arriva derrière lui, l'attrapa par l'épaule pour le faire se retourner et le plaqua au tronc. « Alors, qui est faible, maintenant ? » Chris, la sentant contre lui, ne put résister à ce regard flamboyant qui lui était pourtant destiné, et franchit la distance qui les séparait pour lui déposer un baiser sur les lèvres. Interloquée, elle se recula légèrement. « Dis-moi pourquoi tu n'arrêtes pas de faire ça…

- Hum, je dirais parce que l'un de nous deux a rudement envie de sauter sur l'autre… Personnellement, j 'appelle ça une faiblesse… » Le regard du jeune homme pétillait dans la nuit, illuminé par la lune et un sourire provocant. « Et elle se diffuse dans ton aura…

- T'es malade… » Elle le lâcha soudainement, et se détourna de lui. « Je suis venue pour me vider la tête, à la base ! Et toi là, tu débarques… Je suis pas là pour entendre tes contes pour moldus !

- Tu te trahis toute seule, Lestrange… Tu mens si mal que tu en oublies même de me contredire ! Donc… J'ai raison…

- Je ne suis pas faible ! » Cria-t-elle alors en lui faisant face à nouveau, l'atmosphère qui l'entourait dégageant des vagues de chaleur incontrôlées.

« Peut-être, dit-il en s'approchant félinement, son sourire toujours placardé en travers de son visage. Mais en tout cas… Tu as un faible pour moi.. » Chris finit sa phrase à quelques centimètres à nouveau du visage de la jeune fille.

« C'est beau de rêver, Perry…

- Mes rêves sont souvent réels, malheureusement…

- Si tu le dis. Mais pas cette fois. Je n'aurais jamais un faible pour toi.

- Ne dis jamais… Jamais… » Le mangemort ne se départageait pas de son sourire. « Je peux être quelqu'un de très acceptable quand je veux… Mais seulement quand je veux…

- Et qui a dit que je voulais de toi ?

- Ton cul ? » Quelque chose empêcha Alex de répondre. Un grand froid la parcourut, malgré sa chaleur corporelle habituelle, et le regard inquiet de Chris par-dessus son épaule, ayant à peine terminé sa phrase, et ne profitant même pas de son petit effet. Dans l'obscurité tout autour d'eux, les ombres dansaient, et aucun des deux étudiants n'aurait réussi à dire s'il s'agissait là d'arbres, ou de créatures, jusqu'au moment où ils se rappelèrent tous deux ce qu'ils avaient vécu au sein de ce château, trois ans auparavant… « Qu'est-ce qu…

- Des détraqueurs !

- Ils ne devraient pas être ici… Le Maître les a dirigés vers l'Ordre uniquement… Pas sur Poudlard… Pourq… » Ils avaient de plus en plus de mal à penser rationnellement, leurs esprits parasités par le pouvoir des créatures qui faisaient ressurgir les pires sentiments en tout un chacun. Un tigre argenté sortit de la baguette d'Alex, distrayant les créatures.

« Mais qu'est-ce qu'ils font ici alors ?

- Tu crois qu'on m'as mis au courant ? Dis-donc, Chris, on va vous envoyer des détraqueurs en visite au château ! Ha bon quelle surprise, je n'y manquerais pas ! » Oubliant sa colère, le jeune Mangemort se concentra alors sur la personne qu'il aimait le plus au monde, et un loup argenté apparut aux côtés du tigre d'Alex, qui peinait de plus en plus à repousser les attaques des gardiens d'Azkaban et devenait de plus en plus pâle.

« C'est pas drôle, Chris ! » dit la fille de Bellatrix juste avant que son patronus ne disparaisse… Même pas capable de contrôler 15 détraqueurs… Tu parles d'un Mangemort…

La jeune fille n'arrivait plus à se concentrer, et prononçait à présent le sortilège à voix haute, désespérée. Mais seule une fluide brume blanche arrivait à présent à sortir de sa baguette. Chris se plaça entre sa partenaire et les créatures dans un geste protecteur, mais son patronus, lui aussi, faiblissait. Bientôt, les deux adolescents ne furent plus que deux boules d'angoisse à la merci de leurs adversaires. Chris sentit une main glacée s'emparer de son visage, ne réagissant plus, comme acceptant son sort… Mais c'était sans compter sur Alex, qui se jeta sur le détraqueur pour le faire lâcher Perry, lâchant elle-même sa baguette au passage.. « Pars… Je pourrais même plus… Lancer un stupéfix… » Elle s'affaissa contre un arbre, perdue dans ces souvenirs qu'elle tentait d'oublier quelques minutes à peine auparavant… Mary qui se tordait de douleur… Sa mère qui riait…

Chris regardait la pauvre brume blanche qu'était son patronus maintenir les détraqueurs à un mètre d'eux. Il jeta un coup d'oeil à Alex quand il disparut à nouveau, paniqué. Et ces souvenirs qui le hantaient lui aussi… Il revoyait sa mère gisant sur le sol… Toutes ces blessures, qu'il avait reçues, provenant d'armes magiques comme moldues, qui lui faisaient mal comme au premier jour… Il se concentra sur la personne qu'il aimait le plus au monde, ignorant les souvenirs douloureux qui lui venaient avec ces pensées, et se concentra sur les moments de bonheur qu'il avait avec elle. Et le loup revint, avec une nouvelle ardeur, attaquant les détraqueurs et les éloignant sans relâche. Le jeune homme se retourna aussitôt. « Alex ! Alex, ne leur montre pas que tu as peur… Ne te laisse pas faire… Regarde moi ! Alex ! » Il la secouait, mais elle était ailleurs, dans sa tête, dans un combat mental qu'elle perdait à vue d'oeil.

Le froid disparut soudain, au moment où Chris entendit une secousse derrière lui. Il se retourna, Alex toujours dans son dos, lorsqu'il vit un éclair rouge, et sentit la jeune fille se raidir et tomber derrière lui. « Endoloris. » Chaque cellule de son corps sembla alors comme exploser en continu. La douleur était horrible, plus horrible que tout ce qu'il avait eu à subir jusqu'alors. Il se tordait au sol, hurlait… Quand une voix pire encore que la première siffla dans l'air.

« Du calme, Perry… J'ai besoin de lui… » Le sort se stoppa. Chris était face contre terre, suffocant. Il sentit quelqu'un le retourner et lui prendre le visage pour l'examiner. Il papillonna alors des yeux pour connaître l'identité de l'homme, et faillit sursauter en reconnaissant la tête de serpent et les yeux rouges du Seigneur de Ténèbres.

Alex n'était toujours pas remise de l'attaque, à présent stupéfiée et au sol. Elle fut soulevée comme un fétu de paille à peine le sort levé - à moins que ça ne soie le contraire - et se retrouva face à sa mère, sa baguette sur la tempe. « Qu'est-ce que tu fiches ici au lieu de surveiller Potter ? Tu crois que le Maître attendra encore longtemps ? Tu es la honte de ton sang ! Tu crois que c'est un jeu ?

- Je ne… Joue… PAS ! » Alex explosa littéralement. L'adrénaline ne cessait d'affluer dans son sang, et elle en avait perdu le contrôle sur ses pouvoirs, envoyant voler Bellatrix dans une gerbe de flammes. Elle n'avait pas atterri que déjà, le Seigneur des Ténèbres avait réagi :

« Endoloris. » C'était insupportable. Cuisant. Le sort de son Maître était si puissant qu'elle croyait - ou espérait - qu'elle allait mourir de douleur.

Chris, qui entre temps s'était relevé et avait subi de son côté les foudres de son père quant à son retard sur leur mission, regardait à présent Alex se tordre de douleur, à quelques mètres à peine de lui. Il tenta de faire un pas vers elle, mais un simple signe de tête de son père lui signifia de rester à sa place. Sans lever le sort de torture qu'il avait lancé sur sa jeune adepte, le Seigneur des Ténèbres s'avança vers les deux Perry, écartant d'un mouvement de main le père, pour s'adresser au fils. « Tu as pourtant été efficace par le passé… Ne me déçois pas, Chris… Impero… » Et, alors que s'arrêtaient enfin les cris d'Alex, le regard de l'autre batteur se fit vitreux, sa conscience se rebellant contre cette intrusion contre laquelle il ne pouvait rien. « A ton tour… » dit simplement Voldemort, qui le regardait à présent s'avancer vers Alex la baguette levée. Elle eut à peine le temps de le voir arriver que, déjà, c'était au tour de Chris de prononcer le sort de torture à son encontre, une larme solitaire roulant sur sa joue…

Alex aurait aimé mourir. Elle suppliait Chris de la tuer, d'arrêter, mais rien n'y faisait, elle se débattait en tous sens, agitée de spasmes. Elle avait tellement mal que les feuilles mortes brûlaient à son contact, son pouvoir lui échappait complètement, et l'incendie ne tarderait plus à se déclarer… Bellatrix était surexcitée. Elle était derrière Perry, l'enlaçant, lui soufflant à l'oreille de recommencer, un sourire dément sur le visage. Chris s'exécuta, sous les rires de celle qui l'avait autrefois accueilli comme son propre fils, lorsqu'il était sorti avec sa fille aînée, l'an dernier. Mais Cherise était partie. C'était de l'histoire ancienne. Rien ne comptait d'autre que ce moment, les cris d'Alex entrecoupés de sanglots de douleur, les rires de sa mère qui lui disait de continuer en lui embrassant la joue, et cette pression, dans son esprit, qui le faisait obéir à contrecoeur. « C'est bon, Lestrange, tu t'es assez amusée, dit Perry père.

- La ferme, Perry. » répondit alors le Lord. Chris luttait intérieurement, aurait aimé au moins se débattre de l'étreinte de Bellatrix qui lui caressait le cou à présent, mais il n'était pas de taille face à la force d'esprit de son Maître. Mais la leçon prenait fin, de toute manière. « Arrête. », siffla Voldemort, et Chris arrêta, le regard vitreux, sa baguette pendant au bout de son bras mou. « La prochaine fois que je veux vous voir, c'est en compagnie de Potter… »

L'impero fut levé à l'exact moment où les adultes transplantèrent. Chris se jeta alors sur Alex et l'appuya contre un arbre malgré les brulures qui lui tuaient les mains lorsqu'il la toucha… L'élémentaire dégageait une telle chaleur qu'au sol, tout était brûlé là où elle s'était tordue de douleur il y a quelques secondes à peine. « Alex ! Réponds-moi, s'il te plait ! » Mais la jeune fille était au bord de l'inconscience, chacun de ses muscles courbaturé et douloureux, son esprit plus en état de comprendre ce qui se passait alentours. « Je voulais pas je t'en supplie… Par Merlin ne m'en veux pas… Réponds ! Réponds ! »

Chris, malgré la chaleur que dégageait l'élémentaire, la prit alors dans ses bras et marcha en direction du château. Il trébuchait, se prenait des branches, transpirait malgré la fraîcheur automnale, mais avançait. « Parles s'il te plait… Dis moi que tu me hais… » Mais la seule réponse d'Alex fut sa tête qui bascula sur le côté, laissant couler une larme brûlante sur sa joue. Son porteur, d'une main, la redressa correctement et continua à progresser dans l'obscurité jusque'à-ce qu'ils sortent de la forêt et regagnent le parc éclairé par la lune. Progressant à présent plus rapidement, Chris pouvait réfléchir à ce qu'il pourrait bien inventer comme excuse auprès des infirmières. Il ne pouvait pas dire qu'ils s'étaient fait attaquer par des détraqueurs et des mangemorts et s'en étaient sortis vivants. Puis, en auscultant Alex, elles verraient sa marque… Et, comment justifier leur présence dans la forêt interdite ?

Le temps qu'il trouve quoi dire, il était dans le grand hall, désert. Quelques éclats de voix provenaient toujours de la grande salle. Il grimpa la première volée d'escaliers, puis s'engouffra dans un passage secret, où il s'autorisa à faire une pause et à déposer Alex au sol, avant de sortir sa baguette pour éclairer le petit couloir. C'était sans compter sur Mary, qui les avait suivis et qui passa à travers le mur au moment même où le rayon de lumière s'alluma. « Qu'est-ce qu'elle a ?

- Rien, dégage. » Mais la jeune fantôme n'avait pas attendu de réponse, et s'était déjà approchée de sa soeur. Elle lui posa sa main glacée sur le front, et les yeux d'Alex s'ouvrirent lentement. Lorsque ses yeux se furent habitués à l'obscurité, et qu'elle fut en état de comprendre ce qui se passait autour d'elle, elle reconnut Chris. Aussitôt, elle tenta de se reculer, se tassant un peu plus contre le mur. « C'est fini, Alex, lui dit le jeune mangemort. On est au château… Il faut juste qu'on trouve quoi dire à l'infirmière, et…

- Comment ça, quoi dire ? Intervint Mary, furieuse. Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Mais rien, merde ! Alex… Alex, je voulais pas…

- Tu voulais pas quoi ? » Chris n'en pouvait plus. Les sentiments, les détraqueurs, la mission, son père… Bellatrix, derrière lui… Il aurait voulu remonter le temps, et ne jamais avoir rejoint Alex dans les bois ! Mais c'était trop tard…

Démuni et fatigué, il dit simplement à Alex : « Tu sais quoi, tu lui diras toi-même… » puis sortit du passage secret, et rejoignit la salle commune qu'il regrettait d'avoir quittée…

Mary regardait sa soeur, sans savoir quoi dire, ni quoi faire. Elle n'avait jamais vu personne dans cet état, et ne savait rien de ce qui s'était passé. Puis, détail non-négligeable, elle était un fantôme. C'est là que la solution s'apporta à elle toute seule : elle était un fantôme. Elle traversa le château mur après étage, jusque'à l'infirmerie dans laquelle elle entra si vite qu'elle passa à travers Miss Woodblood avant de pouvoir s'arrêter. Sous le choc, la médicomage lâcha les potions qu'elle avait en mains, et qui s'écrasèrent au sol dans une gerbe de verres et de liquides colorés. « Miss Woodblood ! C'est ma soeur, il faut que vous l'aidiez ! »

La traversée du château fut plus longue, pour Mary, qui devait montrer le chemin à l'infirmière sans passer à travers les murs. Elles arrivèrent dans le passage secret obscur, dans lequel Alex était toujours recroquevillée sur elle-même, agitée de tremblements incontrôlés et courbaturée. Elle regarda sa soeur revenir accompagnée de la nouvelle infirmière, sans réellement comprendre comment elle était arrivée dans ce couloir, ni dans cet état. Woodblood fit apparaître un brancard, sur lequel elle l'allongea, avant de le faire éviter jusqu'à l'infirmerie.

Alex se laissa ausculter sans dire un mot, ni même sans un regard pour sa soeur. Dire qu'elle était allée dans la forêt interdite pour ne plus penser à elle, et que c'était elle qui l'aidait, à présent ! Mais elle n'était pas en état de penser à cela pour l'instant. Elle ne pensait plus qu'à la douleur, à ce souvenir trop récent qui lui cinglait chaque parcelle du corps. A sa mère, qui riait, et encourageait Chris… A la voix du Seigneur des Ténèbres, qui leur rappelait bien qu'ils travaillaient pour lui… Et le fait de voir Mary en cet instant, Mary qui avait été le départ de toute cette misérable aventure, lui retournait l'estomac. Elle savait à présent ce qu'elle avait vécu avant de mourir. De quoi elle avait été libérée, une fois le sortilège de mort prononcé. Alex n'avait pas eu cette chance, et ne l'aurait probablement jamais…

« Qu'est-ce qu'elle a ? Demanda Mary, inquiète, après l'auscultation.

- Je n 'ai pas le droit de te le dire, Mary, répondit Miss Woodblood. Ça s'appelle le secret professionnel. Retourne faire la fête, Halloween est la nuit des morts. Je m'occupe d'elle, à présent. Elle est en sécurité, ne t'inquiète pas. » Le ton de l'infirmière était implacable, et n'attendait aucune réponse. Toujours inquiète, mais en partie soulagée que sa soeur soie à présent entre de bonnes mains, la fantômette jeta un dernier coup d'oeil à Alex, puis disparut à travers le mur.

Woodblood avait immédiatement reconnu les signes du Doloris. Déjà de par son statut de Mangemort, de par lequel elle avait déjà assisté plus d'une fois aux conséquences de ce sort, mais aussi de part son métier de médicomage, où elle avait, comme chaque médecin de Sainte-Mangouste, fréquenté de près les plus célèbres victimes du sortilège impardonnable : Les Londubat. Heureusement, l'état d'Alex n'en était pas au même stade que celui des deux Aurors, mais la jeune fille devrait passer plusieurs jours alitée… Et c'était à son infirmière de veiller à ce que son pouvoir ne dégénère pas en un incendie de l'infirmerie, à cause de la douleur de l'élémentaire.

Retranchée, la Mangemort décida qu'il était temps pour les solutions drastiques. Elle savait bien sûr qu'Alex faisait elle aussi partie des partisans de son maître, et connaissait sa mission. Qui traînait un peu trop aux yeux du Lord, visiblement… L'espace d'une seconde, elle se demanda combien de temps elle et les autres disposaient avant de finir dans le même état que l'adolescente… Mais elle balaya bien vite ces pensées intrusives, une seringue en main remplie d'un médicament mordu appelé morphine, et la planta dans la veine d'Alex, qui ne broncha pas d'un pouce. Bientôt, elle s'endormit sur un nuage cotonneux où avaient disparu la pression, la douleur, et les angoisses, et sombra dans un sommeil sans rêves…