Chapitre 15

Une semaine est passée depuis le déménagement de Loona chez les Black, les 48h se sont changées en quelque-chose de définitif car elle a bien sûr décidé que Jacob serait le choix idéal pour elle. Son choix est discutable mais que puis-je y faire ? La seule fois où l'intéressé m'a adressé la parole depuis notre petite confrontation, c'était pour me dire que je n'étais qu'une fouteuse de merde jalouse du bonheur de ma sœur. J'ai bien rigolé. Jake ne sera définitivement pas mon nouveau meilleur-pote.

Seth est venu me chercher car lui et le groupe veulent profiter du rare temps ensoleillé pour se baigner et sauter de la falaise. L'idée m'a bien sûr enthousiasmée, je n'ai jamais sauté d'une falaise, ni même d'un plongeoir d'une piscine mais ça me semble quelque-chose d'amusant à faire. Jake et ma sœur font partie de l'aventure, bien sûr, tout comme Rachel et Leah. Cette dernière ne manque d'ailleurs pas de me lancer des regards courroucés dès que je m'approche un peu trop de Sam. Elle est forcément rassurée du fait que ma sœur aie choisi Jake mais elle ne semble pas ravi du choix de mon logement, je pense qu'elle craint un éventuel rapprochement entre moi et le mec de sa vie.

La falaise prend sa naissance non loin du chantier de la maison de Sam et monte assez rapidement dans les hauteurs. Arrivés à peu près à mis chemin sur la falaise, nous déposons nos affaires et nous retirons nos habits pour nous mettre en maillot de bain. Je m'approche du bord pour regarder la hauteur parce que ça me semble haut, tout de même et remarque une corniche en contre-bas

« Il y a un endroit où nous pouvons descendre pour sauter de ce rebord, en bas, m'indique Sam.

« Tu me rassures, souris-je. Pendant un moment, je me suis demandé si le projet n'était pas un suicide collectif.

Il rit.

« On n'en est pas à ce point-là.

La plupart des mecs sont surexcités à l'idée de sauter mais il y a une question qui me traverse l'esprit.

« Sauter a l'air amusant mais la remontée ? Faire le tour semble long et chiant, remarqué-je.

« On peut escalader la falaise facilement, par là, me montre Paul. Il te faudra peut-être une échelle pour gravir les rochers.

Il sourit, fier de sa petite blague, je le traite de crétin en langage des signes, il sait ce que ça veut dire car j'ai fini par le lui révéler après lui avoir fait le geste plusieurs fois lors de nos séances d'apprentissage. Il passe chaque jour à la maison pour une heure de vidéo, nous avons progressé, mine de rien, même si nous ne pouvons pas tout à fait suivre une conversation encore. Je regarde l'endroit qu'il m'a pointé et en effet, cette partie de la falaise forme des sortes de rochers dont on peut se servir comme plate-formes pour descendre et remonter. Nous reculons un peu du bord pour se diriger vers les autres.

« Je vais sauter ! S'exclame-t-il. Non, ne me retenez pas !

« Non, moi d'abord ! Refuse Jake.

« Ouais, comme ça on sera enfin débarrassé de toi, lui lance Paul.

Jake le pousse en riant. Ma sœur s'approche, Paul s'éloigne comme si elle avait la peste. Ce qui me fait bien rire.

« Faites attention, les calme Rachel. On ne devrait même pas vous laisser sauter, c'est dangereux.

« On ne saute pas d'en haut non plus, proteste Paul. Détends-toi un peu et essaye de t'amuser.

« On peut rester safe et se faire chier, sinon, proposé-je.

Je me fais huer, Rachel s'avoue vaincue. Jake descend par les rochers et marche sur le large rebord en dessous de nous, Paul commence déjà à descendre à son tour. Jacob plonge, tête la première, l'eau fait du remous autour de lui quand il percute l'eau. Nous sautons chacun notre tour à plusieurs reprises, sauf Rachel qui n'est pas téméraire. Les plus aventureux plongent tête la première mais la plupart, dont ma sœur et moi, sautons de façon verticale ou en boule pour faire une bombe.

Je fais une pause, fatiguée de remonter la falaise, je m'entoure de ma serviette et regarde les autres continuer à sauter. Ils font finalement un concours de poses pendant la chute, c'est amusant à regarder, de haut. Rachel s'approche de moi, laissant son téléphone de côté.

« Mon frère a l'air sacrément épris de ta sœur, commente-t-elle.

Je la regarde du coin de l'œil puis suit son regard pour voir Jake et ma sœur s'amuser à se couler l'un l'autre.

« Il l'est vraiment ? L'interrogé-je.

Elle doit connaître son frère mieux que n'importe qui, si quelqu'un doit griller qu'il est faux, c'est bien elle.

« Ouais, il a toujours eu, tu sais, des relations désinvoltes jusqu'à peu, je pensais qu'il était intéressé par la petite nouvelle de Forks mais visiblement, je me suis trompée. Après rien n'est fait encore, on n'est jamais trop sûr avant que ça n'arrive.

Je hausse les épaules puis décide de retourner plonger, c'est toujours mieux que réfléchir à quelque-chose sur lequel je n'ai aucun contrôle.

En grimpant par les rochers, je m'érafle devant le tibia, sous le genou, je grimace et regarde les dégâts, ça ne ressemble pas à une simple éraflure, je pisse le sang. Et merde. Je grimpe le reste de falaise qu'il me reste à gravir et ma sœur manque de tourner de l'œil en regardant ma jambe.

« Putain, Bella ! Râle-t-elle sous l'inquiétude.

Je m'assois pour éviter de perdre encore plus de sang même si ce n'est pas au point où l'on devrait s'inquiéter. Je ne peux pas bloquer la blessure avec mes mains parce qu'elles sont couvertes du sel de la mer et de saletés que j'ai dû ramasser sur les rochers. Loona prend sa serviette et une bouteille d'eau, elle s'en asperge les mains et me tapote la jambe avec la serviette. Tout le monde m'entoure comme si j'étais sur le point de mourir.

« Dites à mon mari... commencé-je d'une voix douloureuse. Merde, je n'ai pas de mari.

« Il faut appuyer sur la blessure, conseille Rachel.

Ma sœur pose sa main sur ma coupure, je lui souris.

« C'est l'heure, ma sœur, pour notre pacte de sang. Je promets de te hanter avec mes sarcasmes depuis ma tombe.

« Tu n'es pas drôle, me sermonne-t-elle.

« J'essaye de faire face à la douleur, ça ne ressemble à rien mais ça fait mal, ok ? Laisse-moi gagner mon combat.

« Ok, pardon, s'excuse-t-elle.

Elle fronce les sourcils en regardant ma blessure, je regarde aussi et... sa main fait de la lumière argentée. Sérieusement, de la lumière argentée et scintillante s'échappe entre ma peau et la sienne et je ne sens plus la douleur. La lumière se dissipe finalement.

« Retire ta main, lui demandé-je.

Elle la retire et il semble que je ne saigne plus, il n'y a plus de trace d'une coupure derrière le reste de sang. Elle mouille ma jambe avec son eau et l'essuie avec la serviette, je n'ai pas une seule cicatrice. Loona et moi, nous nous regardons choquées, le reste du groupe reste silencieux. Si on avait un doute sur la véracité des légendes et du don de ma sœur, on n'en a plus.

« C'était quoi, ça, putain ?! S'exclame Leah.

« Comment ? Ce n'est pas possible ! Comment t'as fait ça ? Fait Rachel sidérée.

Les mecs se regardent les uns les autres, on ne sait pas quoi dire aux filles.

« C'est un truc à propos des légendes, ça, non ? Se rapproche dangereusement Rachel. Ça explique vos cheveux et le fait que vous n'ayez pas le teint un minimum mate. Vous êtes les filles de la lune, un truc comme ça ?

« Seulement Loona, corrigé-je.

Sam me fait les gros yeux pour m'inciter à me taire, je hausse les épaules. À quoi ça sert de mentir, maintenant ? Elles ont vu Loona me guérir avec de la magie lunaire.

« Oh mon dieu, alors elles sont vraies ? Demande Leah.

« En partie, répond Sam.

Il essaye de rattraper.

« Mon cul, en partie, réplique-t-elle. C'est pour ça les feux de camps où je ne suis pas invitée mais mon frère, si ? Bien sûr, d'après les légendes, on a tous un ancêtre guerrier-loup. Et je ne suis pas invitée ?

« Moi non plus, se solidarise Rachel.

« Moi non plus, m'ajouté-je. Enfin, pas le premier.

« Donc t'as été au deuxième ? Proteste Rachel.

« J'étais déjà au courant et c'est ma jumelle, me justifié-je en pointant ma sœur. Il faut bien que quelqu'un la protège de ces mecs idiots.

« Et nous, nous la protégeons de sa sœur irascible, rétorque Paul.

« Moi ? Irascible ? Moi ! Et c'est toi qui dit ça ?

« Calmez-vous, intervient Rachel.

C'est comme si elle s'attendait à ce qu'on se saute à la gorge alors qu'on ne fait que s'envoyer des piques amusantes. J'ai l'impression qu'il y a la même sorte de dynamique entre Paul et sa copine qu'entre ma sœur et moi. On dit des trucs amusants, un peu piquants ou autre et elles nous demandent d'arrêter parce qu'on est chiants.

« Bon, et bien, dis-je en me relevant. Il n'y a plus besoin de s'inquiéter, reprenons où nous en étions.

« Parce que tu vas sauter de nouveau ? Me reproche Rachel. Ça ne t'a pas suffit ?

« Comme tu vois, je suis toujours en vie et regarde, nous avons notre super médecin.

« Elle ne pourra rien faire si tu te casses la jambe !

« Je me suis juste coupée avec un bout de rocher, je ne suis pas tombée du sixième étage.

« Et personne ne va nous parler de vous, vous transformant en loups ? Interroge Leah.

« On ne se transforme pas en loup, répond Sam.

Leah lui lance un regard noir.

« Pas encore, ajoute Paul. Ça, ce sera le cadeau d'anniversaire de Loona.

Sam le fusille du regard.

« Oui, bah ça me casse les couilles de risquer de me transformer alors je peux au moins partager ce secret avec ma copine... qui est la sœur de Jake et la fille de Billy, soit dit en passant. Elle a le droit de savoir !

« Tu régleras ça avec les chefs, conclue Sam. On verra ce qu'ils diront.

Paul le regarde mal, ramasse ses affaires et se casse. Ce n'est pas moi qui suis irascible, la preuve. L'ambiance étant au plus bas, nous mettons fin à la sortie plongeon, Sam me demande de le suivre avec ma sœur, Rachel et Leah pour que nous allions nous entretenir avec Billy. Je suis donc le petit groupe jusque la maison en bois rouge des Black. Comme il habite là aussi, Jacob est de la partie. C'est une grande maison de plein pieds isolée dans une plaine herbeuse, une voiture grise est garée devant, appartenant soit à Rachel soit à Jacob, Billy ne pouvant pas conduire.

Jacob nous fait entrer, Billy regarde un match de base-ball à la télé. Comme il est installé sur son canapé, nous nous plaçons devant lui, remplaçant la table basse inexistante.

« Qu'y a-t-il ?

« Rachel et Leah sont au courant, pour les filles de la lune et pour notre future transformation en loups.

« Pardon ? S'effare Billy.

« Elles ont compris que Loona était la fille de la lune, elles se sont doutées pour les loups mais Paul leur a confirmé la chose.

« Je vois, je verrai ça avec lui mais pour Loona ? Comment ont-elles pu savoir ?

« Bella s'est blessée à la jambe, Loona a mis sa main sur la blessure pour stopper l'hémorragie et de la lumière est apparue, il n'y avait plus de blessure quand sa main s'est enlevée.

Billy fronce les sourcils.

« Nokomis ne pouvait pas guérir les autres avant de recevoir la marque, si ? s'intéresse ma sœur.

« Pas que je sache et elle ne pouvait guérir que les métamorphes, répond-il. Je ne sais pas vraiment. Peut-être que le pouvoir de la lune s'intensifie au fil des générations. Tu n'as pas déjà reçu la marque, tu es certaine ?

« Non, je n'ai rien.

« Ok, peut-être que c'est dû à l'approche de la lune d'argent.

Loona sourit, visiblement contente d'avoir un bout de pouvoir en avance. J'ignorais qu'elle aurait ce truc de guérison.

« Les filles, s'adresse-t-il finalement à Leah et Rachel. Je vous demande de ne révéler ce que vous savez à personne, même aux membres de la réserve. Leah, je pense que ton père pourra répondre à tes questions, Rachel, nous en parlerons ce soir.

Puisque la réunion est finie, Sam et moi rentrons à la maison.


« Arrête, entends-je quelqu'un crier. Tu m'énerves !

Je me baladais quand j'ai entendu cette personne hurler. Je crois que je me trouve derrière la maison des Lahote. C'est peut-être Rachel qui crie après Paul, je n'ai pas reconnu sa voix. Je m'approche, curieuse.

« Toi, arrête, Rach' je ne vais certainement pas faire ami-ami avec Loona.

« Tu fais bien ami-ami avec Bella !

« Et alors ?

« Vous faites quoi d'ailleurs, tous les deux, chez Josh ?

Là, comme ça, elle a l'air ennuyeuse.

« On apprend le langage des signes pour parler avec Ophie.

« Pourquoi vous faites ça dans votre coin ?

« On ne pensait pas que toi ou quelqu'un d'autre était intéressé, j'en sais rien. Viens avec nous, la prochaine fois.

« Loona pourrait venir aussi.

« Non, sa proximité risque de me transformer en loup, tu le sais.

« Et alors ? Pourquoi penses-tu que ce soit mal ?

« Ma vie ne sera plus la même et c'est exactement pour ça que les chefs ne veulent pas que je quitte la réserve. C'est à cause d'elle que je ne peux pas suivre mes études à l'université de Pullman.

« Tu as fait les démarches pour suivre les cours à distance, non ?

« Oui, parce que je n'ai pas le choix. J'aurais préféré te suivre, tu vois ? Faire mes études avec ma petite-amie.

« J'aurais bien aimé aussi mais ne pas toujours être sur le dos de l'autre peut être bien, aussi.

« Tu ne reviens que l'été et à Noël, souffle Paul. Et tu repars plus tôt que prévu, cette année. Je ne sais pas pourquoi on se dispute sur ça, je ne veux pas me transformer en loup parce que je veux être avec toi.

« Paul, il y a des milliers de gens qui cherchent un sens à leur vie, on t'en offre un sur un plateau. Tu devrais y penser.

Ça fait huit jours que Rachel est au courant pour les légendes et il semble qu'elle soit partante pour avoir un petit-ami métamorphique.

« Le sens de ma vie est de montrer à quel point vous êtes tous stupides avec vos histoires de loups !

« Merde Paul, tu es impossible quand tu es énervé, on en reparlera quand tu te seras calmé. Je n'vais pas rester là à te laisser m'insulter.

Il y a un moment de silence, durant lequel, j'imagine, Rachel s'en va de façon énervée et dramatique. J'entends un "putain" suivi d'un bruit sourd. Je décide d'aller voir si Paul n'a pas bêtement cogné son poing contre un tronc ou le bois de sa maison. Je le trouve contre le mur de l'habitation, les coudes collés au bois brun, sa tête entourée de ses bras pliés autour, ses mains se rejoignent derrière sa tête. Il s'est auto-mis au coin. Je vois ses jointures rougies sur sa main droite, il a fait exactement ce que j'ai imaginé.

« Une chance que ta maison soit isolée des sentiers de balade et du reste des habitants, lancé-je pour signaler ma présence.

Je ne me voyais pas lancer un simple "ça va ?", je ne sais pas, je pense que ça l'aurait énervé davantage. Il se tourne et s'adosse contre le mur et croise les bras sur son torse.

« Ce qui m'amène à me demander ce que tu fais là. Tu me stalkes ?

« Tu crois que ton cul est si intéressant que ça ? Je me baladais quand j'ai entendu crier.

« Loin des sentiers ?

« Ma sœur est la fille de la lune, je suis la fille d'Indiana Jones.

Il sourit, finalement.

« Vous vous disputez comme un vieux couple, ça fait longtemps que vous êtes ensemble ?

« Ça fait un an techniquement mais si on parle de temps passé réellement ensemble, ça fait moins de deux mois. Elle fait ses études loin d'ici, c'est bientôt sa deuxième année, il en reste une troisième ensuite. Elle a des exams en début d'année sur tout ce qu'elle a appris en première année alors elle repart la semaine prochaine au lieu de la fin du mois.

« Les relations à distance, ça a l'air d'être de la merde.

« Perspicace, sourit-il. Ça me saoule, j'ai l'impression qu'elle préfère que je devienne un loup plutôt que passer les deux prochaines années avec moi.

Je vais pour dire quelque-chose mais il me coupe :

« Je sais, ce n'est que deux ans et ensuite, ça sera bon mais quand même.

« J'allais dire que tu avais raison de trouver ça nul, le rectifié-je. Et l'absence de sens dans la vie veut dire que tu peux décider celui qui te correspond et non pas celui qu'on t'impose.

« Toi, tu sais parler.

« Ça m'arrive, de temps à autre. Qu'est-ce que tu crois ?

« Je crois... qu'on est les seuls à trouver ces histoires de loups stupides.

« Toi et moi contre le reste du monde, on dirait.

« Merde, ça veut dire qu'on est dans le même camp.

« Je sais, c'est terrible d'être dans le même que toi.

« Je suis celui à plaindre dans l'histoire, je dois te supporter.

« Je suis extrêmement supportable, riposté-je en le pointant d'un doigt menaçant.

« On devrait demander l'avis d'une tierce personne, parce que tu ne sais pas être objective.

« Comme ton groupe d'amis que tu évites depuis une semaine ? Le charrié-je.

« Je n'évite pas mes potes, j'évite ta sœur et elle traîne toujours avec Jake et donc... avec mes potes.

« On aurait pu aller voir Ophie mais je ne sais pas si je peux sortir de la réserve. Je sais que ma sœur ne doit pas mais je ne sais pas ce qu'il en est de moi.

Il hausse les épaules.

« Il n'y a pas de raison que tu ne puisses pas, c'est seulement dangereux pour la fille de la lune.

« Ouais, allons-y, on verra bien ce qu'ils nous diront quand ils nous grilleront.