Chapitre 21
Quand je me réveille, je me rappelle que je suis en couple avec Paul. Je souris la tête toujours collée à l'oreiller. Paul est mon petit-ami. Je suis comme une adolescente qui vit son premier amour. Sauf que je suis une adolescente mais c'est mon deuxième amour. Je soupire d'aise. Je me frotte la nuque et me lève, je fais vaguement mon lit puis me dirige vers la salle de bain. J'essaye de ne pas faire de bruit parce que Josh et Sam doivent encore dormir vu qu'ils ne sont pas dans la cuisine. La soirée d'hier a dû s'éterniser et ils ont du mal à sortir du lit.
Je prends ma douche et m'habille. Je fais une halte près de la commode pour noter sur un post-it d'acheter de la crème et de nouvelles taies d'oreiller avec un meilleur tissus. Je vais ensuite à la cuisine me préparer mon petit-déjeuner et m'installe. Josh rentre, par la porte d'entrée, il était dehors, en fin de compte, et il a l'air soucieux.
« Ta sœur n'a pas eu sa marque, m'annonce-t-il.
Je fronce les sourcils.
« Quoi ? Mais... c'était pas hier soir, la lune d'argent ? Tu crois que c'est ce soir, finalement ?
« Non, c'était hier soir, la lune avait repris sa luminosité normale quand je me suis réveillé, ce matin.
« Bah merde.
« Tu as reçu une marque ?
Je fronce les sourcils.
« Non mais je n'ai pas vraiment fait attention, j'ai rien vu quand j'ai pris ma douche, c'est à quel endroit ?
« Sur le côté de la cheville droite.
Je remonte mon jean et baisse ma chaussette, rien. Je vérifie de l'autre côté, rien non plus. Je suis soulagée, pendant un moment, j'ai vraiment eu peur. Je me redresse.
« C'est peut-être sur une autre partie de son corps. Elle m'a guérie alors ce n'est pas moi, c'est sûr.
« Elle a tout vérifié, Jake a regardé son dos etc... et elle n'a pas ressenti les picotements que Nokomis a ressenti durant les heures qui ont suivi l'apparition de la marque.
Je blêmis. Des picotements ? Je pensais que c'était de l'eczéma dû au frottement de l'oreiller mais si c'était...
« Quoi ? S'inquiète-t-il.
Une excuse, vite.
« J'ai cru que mon envie de vomir revenait... mais c'est bon.
Il hoche la tête. Je file à l'étage en vitesse. Mon téléphone, vite. Ne le voyant pas sur ma table de chevet, je le cherche sous ma couette. Mais qu'est-ce que mon tel ferait sous ma couette ? Il est à sa place, dans ma poche. Je le sors, décale mes cheveux et me contorsionne le bras pour prendre une photo de ma nuque. Appuyer sur le bouton à l'aveugle se révèle être difficile. Je prends plusieurs photos au cas où. Je regarde les photos, la dernière prise est floue comme pas possible mais je vois une marque, je bascule vers la photo suivante et je la vois. Un croissant de lune argenté se démarque de ma peau de porcelaine. Le téléphone ne fait que bouger tellement ma main tremble. C'est moi. C'est moi, la fille de la lune. Pourquoi moi ? Je suis la deuxième.
À moins que ma mère soit assez stupide pour accoucher à la maison comme toutes les femmes de la tribu et que les femmes qui l'ont aidée ont inversé les bébés. Je suis censée être Loona-Isha. Bruhhh, non, je ne peux pas être autre chose que Lunabell. Impossible de changer mais c'est extrêmement perturbant de se dire qu'on n'a pas le bon prénom ou qu'on n'est pas le bon bébé. Même mon nom, je devrais être une Leika et non une Swan. Merci la vie de nous avoir échangées et me permettre d'être du côté de mon père.
Putain de merde, ma sœur va se rendre compte qu'elle n'est pas la jumelle spéciale.
Bordel de... putain de merde. Paul.
J'essaye de déterminer si j'ai passé plus de temps avec Sam ou avec Paul mais je n'ai pas l'impression que l'un emporte sur l'autre, pas si je ne compte que le temps éveillé mais si ma proximité la nuit change quelque-chose alors Sam devrait être l'alpha, dormant dans la même maison que moi. Déjà que Paul ne veut pas être un loup, si je le fais devenir l'alpha avec toutes les responsabilités que ça doit engendrer, il va péter un câble et me détester à vie. Sauf s'il n'y a que le temps après avoir reçu la marque qui compte ?
Je sursaute quand mon portable sonne. C'est Edward.
« Il faut que je te parle ! Annoncé-je en décrochant.
Je l'entends ricaner.
« J'appelle au bon moment on dirait, je voulais te proposer de se voir, ce soir après les cours. Histoire de voir si la DLC était vraiment hier. Tu veux en parler maintenant ou en face à face ? Ça a l'air important.
« En face à face, c'est mieux. Je ne peux en parler qu'à toi.
« Très bien.
« Je n'habite plus à Port Angeles, je suis...
« À la réserve, me coupe-t-il. Je sais. Alice. Penses-tu pouvoir venir à Forks ? Je pense que ce serait un peu trop jouer avec le feu de me pointer à la réserve même s'il n'y a pas encore de loups-garous. Il n'y en a pas encore, n'est-ce pas ?
« Non, pas encore.
« Ça a l'air grave, tu es... bizarre.
« Ouais, j'ai de quoi, on se rejoint chez Bessie ? C'est le seul resto, tu peux pas le louper.
« D'acc, à ce soir, envoie-moi un sms quand t'y es.
Je raccroche et replace bien mes cheveux, j'ai tellement d'épaisseur qu'ils ne devraient pas me trahir. Je ne veux pas le dire aux autres, surtout pas aux chefs sinon je peux dire adieu à ma liberté. Je dois garder ce secret pendant un an, je ne sais pas comment je vais faire, ils vont se rendre compte qu'ils se transforment quand même en loups quand ça arrivera. Je redescends, Josh me souhaite une bonne journée avant de sortir de la maison, je m'étale dans le canapé en attendant l'heure de partir en cours même si je n'ai pas envie d'y aller.
Je me redresse en me rappelant de ma blessure, Loona m'a pourtant soignée. Elle a aussi un pouvoir, alors ? Je me lève, il faut que j'en ai le cœur net. Je vais à la cuisine, prends un couteau et me fais une coupure sur la paume de ma main. Je tiens ma paume en l'air pour regarder, j'allume l'eau de l'autre et rince le couteau que je laisse dans l'évier. Le sang s'échappe de ma coupure mais rien à signaler. Ma sœur sera donc guér... une lumière scintillante argentée sort de la coupure et ma peau se recolle, cicatrise et la cicatrice disparaît. La lumière ne venait donc pas de la paume de ma sœur.
Je fais le chemin de la maison au lycée dans un état second, incapable de ne pas trouver la situation effrayante. Quand j'arrive au lycée, dans la cour, je repère Loona qui se fait réconforter par Jake.
« Hé, l'interpellé-je. Josh m'a dit.
« T'es contente, non ? Crache Jake.
Je le regarde de travers.
« Mais arrête, hurle Loona. Tu crois que c'est le moment de faire chier le monde ? Je t'ai dit d'arrêter d'emmerder ma sœur.
Elle s'en va, énervée.
« Loona, l'appelle Jake mais elle ne l'écoute pas.
« T'es vraiment un crétin, tu crois quoi, en fait ? Que le malheur de ma sœur me plaît ? Si c'était le cas, je n'aurais rien dit pour Ophie et toi et je l'aurais regardée se casser la gueule. Je ne peux pas l'empêcher de faire ses erreurs et tu es une erreur mais tout ce que je pouvais faire, c'était de la prévenir et la soutenir quand le moment de merde arrivera.
Je le pointe du doigt.
« Ce moment n'a pas l'air d'être loin, le préviens-je.
Je me retourne et rejoins Loona qui s'est isolée de l'autre côté de la cour, elle s'est assise par terre, adossée au muret, les jambes pliées et la tête enfouie dans ses bras. Je m'assois à côté d'elle et l'encercle avec mon bras pour la réconforter. J'essaie d'ignorer les picotements de ma nuque.
« Ça va ?
« Je crois que je me suis trompée.
« Sur Jacob ?
Elle hoche la tête dans ses bras puis se redresse et essuie ses larmes. Putain, c'est vraiment la merde, alors ?
« Je ne sais pas pourquoi je n'ai pas eu la marque mais tu sais quoi ? Ce n'est pas le seul truc qui déraille dans ma vie. Tu avais raison, c'est un crétin. Je crois qu'il est toujours amoureux d'Ophélia.
« Quoi ?
« J'ai... fouillé son téléphone avant-hier soir, je voulais savoir ce qu'il avait prévu comme cadeau, il en avait p'tet parlé à l'un de ses potes. Je suis tombé sur la conversation avec Ophélia. Il lui a envoyé un message il y a deux semaines auquel elle n'a jamais répondu. Il lui disait qu'elle lui manquait, qu'il craignait d'avoir fait une connerie mais que tout ça le dépassait.
Quel enfoiré, putain. Ophie ne m'a rien dit à ce propos. Elle ne voulait peut-être pas qu'on soit de nouveau en position des filles qui foutent la merde.
« Il a dit quoi, à propos de ça ?
« Rien, je ne lui en ai pas parlé. Je ne sais pas comment gérer les choses, tu es plus douée que moi pour rentrer dans les gens.
« Je peux le faire pour toi, si tu veux. Depuis le temps que ça me démange.
Elle ne répond pas, ne montre ni son approbation ni son opposition.
« C'est trop tard, maintenant. Je n'ai pas la marque mais j'ai forcément reçu les pouvoirs, je pouvais déjà te guérir. Il va être l'alpha et je suis coincée avec lui.
« Non, hors de question que tu sois coincée avec lui. Tu ne vas certainement pas être piégée avec lui. Je ne vais pas le permettre. Tu n'auras même rien à faire, je me charge de lui et des chefs.
Elle hoche la tête et tombe sur mon épaule, je l'enserre. Il n'y a aucune raison qu'elle reste coincée avec lui, dans les faits, puisqu'elle n'est pas la fille de la lune. Seulement, ils pensent que c'est elle qui m'a guérie et donc sont toujours convaincus qu'elle l'est. Je ne peux pas la sortir de ses obligations sans avouer que c'est moi mais elle ne saura jamais s'opposer seule face à eux. Je ne sais pas quoi faire.
La sonnerie retentit, nous nous levons et entrons dans le bâtiment pour rejoindre notre classe. Je ne porte pas vraiment attention au cours, je réfléchis à comment nous dépêtrer de cette situation.
« Loona, range ton téléphone, demande le prof.
Je regarde ma sœur ranger son portable. Mr Tanda fait un hochement de tête avant de reprendre le cours. Je reprends mes réflexions. Il va falloir que j'établisse un plan en plusieurs étapes. Déjà, m'assurer que Loona veuille vraiment rompre, ce qui, je suppose, devrait être le cas. Ensuite, faire preuve de violence à l'encontre de ce crétin pour lui remettre les idées en place. Faire rompre ma sœur. Faire avaler aux chefs que ma sœur rompt avec lui. Les forcer à abandonner l'idée du mariage parce que c'est complètement con comme idée. Me barrer d'ici puis envoyer un mail qui dirait :
Je suis la fille de la lune, pas Loona, vous pouvez donc la libérer. Vous ne me retrouverez jamais. Mwahahaha !
Elle devra juste supporter tout ça le temps que j'envoie le mail. Et enfin, dernière étape : dominer le monde.
Facile.
D'abord, je dois savoir pourquoi Ophie ne m'a pas parlé du sms de Jacob. Je prends discrètement mon tel et envoie un message à Ophie :
Tu m'avais pas dit que Jake t'avait envoyé un sms, y a 15 jours !
Je pose mon tel sur mes genoux de sorte qu'il soit caché sous mon bureau et attends une réponse. Je suis prévoyante, j'ai programmé mon tel pour qu'il passe en mode vibreur automatiquement pendant les heures de cours. Je me frotte la nuque, me rappelle que je dois éviter de le faire quand c'est trop tard. Reste naturelle, ne regarde pas si quelqu'un t'as vue, il y a plein de gens qui se grattent la nuque tous les jours. Je sens mon portable vibrer, je lis la réponse :
Je l'ai bloqué alors je ne l'ai pas reçu. Tu sais ce qu'il disait ?
Que tu lui manquais, qu'il avait peur d'avoir fait une connerie, que tout ça le dépassait.
Loona est tombé dessus en fouillant son tel.
Oh non mais quel con !
Son autre réponse survient tout de suite après :
Merde, j'espère qu'elle va le larguer comme la merde qu'il est.
J'esp...
« Bella, gronde Tanda.
Ce qui me coupe dans mon message, je relève le visage.
« Range ton téléphone et tu auras une heure de colle mercredi après les cours.
Attends, quoi ? Je range mon téléphone et proteste :
« Pourquoi, moi, je suis collée pour la même chose que Loona ?
« Parce que Loona a des responsabilités pour la tribu, même si nous ignorons lesquelles, Billy nous a demandé de ne pas la stresser davantage.
Je ne peux pas, vraiment pas, m'empêcher de sourire machiavéliquement. Parce que ces responsabilités, c'est moi qui les aie, en fait. Mais je perds mon sourire en me rappelant que je ne peux pas m'en servir pour éviter que ce prof me stresse. Ça aurait été trop cool de lui clouer le bec, pourtant.
J'envoie le sms à l'intercours :
J'espère aussi. Désolée, je me suis fait griller par le prof. Dis, tu seras chez toi ce soir ? Je voudrais passer te voir.
Je me suis doutée vu que tu étais censée être en cours, comme moi. Oui, ma mère est de garde donc on sera tranquille.
Parfait, ne m'ouvre pas en lingerie, stp, je serai accompagnée.
Tu es impossible.
Je souris et range mon téléphone avant que Mme Smith, qui vient d'entrer, ne me donne une deuxième heure de colle.
À la fin des cours, j'envoie un sms à Sam pour lui demander où il se trouve puis me dirige vers la maison.
À la maison.
Ok, j'arrive.
Il est dans la cuisine, debout, en train de boire un café et réfléchir aux choix qu'il a fait dans sa vie. Il me sourit.
« Tu as besoin de moi ?
« Comment tu le sais ?
« C'est la première fois que tu me demandes où je suis, répond-il.
« Ouais mais d'habitude, j'ai le temps de te chercher. J'ai besoin d'un chauffeur pour Forks, je dois voir Edward.
« Edward ?
« C'est un interrogatoire ? Mon meilleur ami, ex et vampire mais je le définis plus en tant que géranium.
« Il doit être heureux d'être ton meilleur ami, souligne-t-il.
« Bien sûr, qui ne le serait pas ?
« Je me le demande. Tu as une idée du temps que ça prendra ?
« Aucune, je me ferai raccompagner jusqu'à la frontière, vu qu'on ne va pas se moquer de vous en le faisant entrer sur vos terres.
« C'est aussi tes terres, tu sais ?
« J'ai du mal à m'y faire, avoué-je.
« Si tu rentres à la nuit tombée, j'aime mieux venir te chercher donc envoie-moi un sms si tel est le cas.
« Tu es un frère si attentionné.
« Ne te moque pas de moi, petite fille.
« Ok, ok.
Sam m'amène donc chez Bessie, je le remercie et rentre dans le restaurant puis m'installe à une table. Je prends mon tel pour prévenir Edward.
Je suis chez Bessie, je t'attends telle la belle au bois éveillé.
Je suis là dans cinq minutes.
Je sais qu'il est rapide mais Port Angeles – Forks en cinq minutes ? Il est fort. La salle n'est que peu remplie, un groupe de mecs discutent et rient dans un coin et quelques adultes prennent une pause café. L'unique serveuse vient à ma rencontre et me demande ce que je souhaite, je regarde vite fait la carte et demande un milk-shake fraise. Elle me sourit et s'en retourne derrière le comptoir pour me préparer ma commande. Edward entre dans le resto au moment où la serveuse sort du comptoir, elle le regarde un peu hébétée puis lui offre un grand sourire mais il passe devant sans la voir. Quel snob.
Il s'assoit sur la banquette d'en face et me sourit, ses yeux sont dorés et semblent le rester, il n'y a peut-être plus de risque pour mon cou. La serveuse pose mon milk-shake devant moi.
« Et voici, sourit-elle.
Elle se tourne vers Edward, son sourire s'agrandit.
« Que puis-je vous servir ?
« Rien, merci.
« Il va prendre un milk-shake chocolat.
Edward fronce les sourcils.
« Je t'invite, discute pas avec moi.
Il sourit et acquiesce à l'intention de la serveuse. Je regarde la serveuse s'éloigner. Edward me sourit quand je reporte mon attention sur lui.
« Salut, souris-je.
« Salut. Comment tu vas ?
« Je suis en digestion difficile, j'attends de trouver le bouton qui règle tous mes soucis.
« Ce bouton existe, bien sûr.
« Évidemment, j'ai vu le tiens.
« Ah ouais ?
« Je l'ai cassé, pas pu m'en empêcher.
Je hausse les épaules et souris en buvant un peu de glace.
« Alors ?
« Alors quoi ? S'enquiert-il.
« Tu veux un milk-shake de mon sang ?
« Non, merci, souffle-t-il. La DLC était bien hier, tu es effectivement périmée. Ton sang est devenu aussi appétissant que... de l'herbe. Même le sang animal me paraît plus attirant.
Je souris, voilà une bonne nouvelle. Je vois la serveuse revenir avec le milk-shake d'Edward, elle le lui pose avec un sourire aguicheur auquel il ne répond pas. Je prends sa coupe, la colle avec la mienne, je fais rejoindre les deux pailles et aspire les deux glaces en même temps. Il me regarde, amusé.
« Ils ne te nourrissent pas, à la réserve ?
« Tu vois bien que non. J'adore les milk-shakes, me juge pas. Donc, ça veut dire que tu peux de nouveau traîner avec moi.
« Et tu ne pourras plus te débarrasser de moi, m'annonce-t-il.
« Je trouverai un moyen.
J'aspire le mélange chocolat-fraise et les pailles finissent par faire le bruit caractéristique quand il n'y a plus rien à aspirer. J'écarte les coupes sur le bord le plus éloigné de nous et pose mes mains à plat sur la table, prête à entamer le sujet épineux qui me chiffonne. Il se rend compte que la discussion est sur le point de devenir sérieuse, il se redresse. Il va pour poser ses mains sur les miennes mais s'arrête en cours de route.
« Je peux ?
Je me souviens que je suis la seule qu'il peut toucher sans être harcelé par une voix intérieure. Je hoche la tête même si je sais que c'est une mauvaise idée. Il pose ses mains à moitié sur les miennes et fait de légers mouvements avec ses doigts, ce qui me détends. Je relâche la position de mes mains, il en profite pour s'y accrocher.
« Tout le monde s'est trompé, commencé-je.
Il relève les yeux de nos mains.
« Je suis la fille de la lune, pas Loona. On a du être échangée à la naissance.
Je soupire.
« Ce n'est pas la fin du monde, j'imagine, mais ça veut dire que c'est moi qui hérite des obligations mystiques. Je déteste l'idée même qu'ils essayent de diriger ma vie. Personne ne sait, pour le moment.
« Tu ne te laisseras pas faire, j'ai confiance en toi sur ce point, me dit-il.
« Ouais, bien sûr que je vais les faire chier mais je suis en panique totale depuis que je sais.
« Tu es forte et tu n'es pas toute seule, ça va aller.
Il regarde mes mains.
« C'est joli.
Je regarde de quoi il parle, sa main droite me relâche, son index joue avec mon bracelet.
« Mon cadeau d'anniversaire.
Il hoche la tête comme s'il comprenait son importance.
« Il pense à toi, en ce moment, sourit-il.
Je recule mes mains, le forçant à me lâcher. Je vois le regret passer dans son regard, il semble que je ne sois pas la seule à avoir un problème de sentiments qui refusent de s'en aller. Si j'avais eu l'espoir de le retrouver pour moi, peut-être que je n'aurais pas laisser de place à qui que ce soit d'autre mais j'ai fini par développer des sentiments pour Paul et les choses ne peuvent plus reculer.
« Stalkeur, lancé-je pour détendre l'atmosphère.
Il ricane. Je le fusille du regard.
« Ce n'était pas volontaire, m'assure-t-il.
« Ça doit être un enfer, tout ce que tu touches t'envoies les pensées des autres.
« Seulement ce qui touche ma peau et les choses qui n'ont pas été lavées avant mon passage. Acheter des fringues est un enfer, les poignées de portes aussi. Cette table n'a pas été lavée depuis trois clients. Ça ira sans doute mieux en hiver, les gens porteront des gants.
« Je ne pense pas être celle à plaindre de nous deux, au final.
« Je ne dois pas épouser un loup-garou, moi.
« Oh, ne me le rappelle pas. Je ne vais épouser personne. J'ai tellement envie de me barrer.
« On peut fuir, lance-t-il avec un demi-sourire.
Je souris mais refuse la proposition.
« Tu dois rencontrer Ophie et il y a Paul... j'ai toujours... des sentiments pour toi mais j'en ai aussi pour Paul. Je pense que le problème vient du fait que nous n'ayons pas rompu parce que nous ne nous aimions plus, c'est une histoire inachevée, en quelques sortes. Ça devrait se calmer pour toi quand tu auras ton "quelqu'un", j'imagine que le lien d'âme-sœur prévaut tout le reste. C'est mieux, j'imagine, de te laisser rencontrer Ophie, on sera tous contents, à la fin.
« Paul, donc ? Sourit-il.
« Oh, fais pas comme si tu ne savais pas, tu as reçu ses pensées.
« C'est assez rare de s'appeler par son propre prénom, en pensée, m'apprend-il.
J'y réfléchis et c'est vrai que je ne pense pas à mon nom très souvent.
« Quand rencontrerai-je Ophie ? Réclame-t-il.
« Tout à l'heure, avant que 8e merveille ne l'obtienne avant toi. Même si apparemment, il a déjà pas mal d'autres filles accrochées à son cul.
« 8e merveille ? "Du monde" tu veux dire ? Il me semble... que c'est moi ça.
Je lève les yeux au ciel.
« Quel vantard, le traité-je. La 800e, à la limite.
« J'imagine que tu as vu les 799 premières pour en juger ?
« J'avais du temps à tuer. Es-tu prêt pour les cœurs et les hirondelles bleues ?
