Regina n'arrivait pas à trouver le sommeil. Elle se retrouvait assise à même le sol devant sa cheminée à observer la bûche qui y craquelait. Téléphone à portée de main, elle attendait aussi patiemment que possible.
La neige n'avait cessé de tomber sur StoryBrooke si bien que le peu de route qui avaient eu le temps d'être délivrées étaient de nouveau impraticable. Elle avait passé la journée à recevoir des appels de Graham qui la tenait informé de la situation en temps et en heure.
Elle avait donc, presque immédiatement, était mise au courant lorsqu'il avait retrouvé un enfant coincé sous un bloc de glace. Selon les dires de ses parents, le petit Jack s'était enfui de la maison en courant lorsqu'il avait vu les premiers flocons tomber sur la ville.
Sac à dos sur l'épaule, il s'en était allé sans écouter sa mère – ni même son père – pour rejoindre son petit coin de paradis. Depuis quelques temps, il avait apparemment découvert un nouvel endroit depuis lequel il pouvait observer toute la ville en contrebas. L'idée de voir StoryBrooke se vêtir de sa robe blanche depuis cette hauteur que lui seul semblait connaitre l'avait sans doute ravi de plaisir, ce qui pouvait expliquer pourquoi il avait jugé bon – du haut de ses 14 ans – de quitter le domicile familial à la tombée de la nuit sans informer personne de l'endroit exact où il se rendait.
Son père avait bien tenté de le suivre en voiture pour l'obliger à revenir au chaud – il l'aurait même trainé de force s'il l'avait fallu – mais la neige continuant de tomber avait fini par recouvrir les traces laissaient par ses pas. N'ayant aucune visibilité, il ne pouvait continuer de s'enfoncer dans la ville au risque de s'y retrouvait pris au piège alors, à contre cœur, il avait arpenté le chemin de la maison. Avec sa femme, ils passèrent l'entièreté de la nuit devant la fenêtre à attendre le retour de leur fils, en vain.
Ils avaient appelé le shérif un nombre incalculable de fois – même si Graham était de garde ce soir-là, il n'avait pas fermé l'œil une seule seconde tant il avait passé la nuit à fouiller les rues de StoryBrooke pour retrouver ledit Jack qui ne donnait de nouvelle.
Le soleil s'était levé sans que le ciel ne cesse de pleuvoir de la neige et tous les adultes commençaient sincèrement à s'inquiéter pour l'enfant qui n'était pas revenu de la nuit. Au cours d'une énième patrouille dans le froid, l'homme avait enfin prévenu la mairesse de la disparition du petit – il avait constitué un petit groupe d'homme vaillant qui avaient acceptés de l'aider dans ses recherches.
En milieu de matinée, Ruby – qui montait la garde au poste de police afin d'assurer le transfert d'information tout en permettant au shérif d'être sur le terrain – reçu un appel des plus troublants. Une mère de famille, totalement en panique, dont le discours était tout sauf cohérent. Selon elle, sa petite fille – Elsa – était victime de somnambulisme et durant son sommeil, sans que personne ne s'en rende compte, elle était sortie de la maison. Elle avait remarqué son absence que très tard dans la nuit mais, au moment même où elle avait réveillé toute la maison pour partir à sa recherche, sa petite fille était tout simplement revenue en leur expliquant que l'ange de la neige lui avait dit de retourner au lit sans plus tarder.
Pensant qu'elle avait tout simplement rêvée, la jeune femme ne s'était pas attardée sur la question. Sa fille était à la maison, il ne lui était rien arrivée durant sa virée nocturne alors tout allait bien – même si elle n'avait pas hésité une seule seconde avant de s'en prendre à son mari qui avait laissé son trousseau de clé sur la porte arrière, ce qui avait permis à leur enfant de rejoindre l'extérieur. Seulement, au petit matin, lorsqu'elle reçut la visite du shérif qui cherchait à savoir si qui que ce soit avait pu apercevoir Jack durant la nuit, elle se mit à questionner sa petite fille.
A peine réveillée, Elsa avait du mal à comprendre de quoi il était question – d'autant plus qu'elle ne gardait jamais aucun souvenir précis de ce qu'elle faisait durant ses crises – et pourtant, à peine l'ange de neige évoqué, que son visage s'illumina. Avec empressement, elle avait raconté à sa famille comment elle s'était réveillée sur la glace qui craquelait sous ses pieds, elle avait hurlé à l'aide mais personne – sauf un petit garçon – n'était venu à son secours.
Celui-ci était descendu par le côté de la falaise – elle ne savait pas comment il avait fait pour passer par là alors qu'elle n'y avait vu aucun chemin mais il était bel et bien apparu dans son dos. Alors qu'Elsa craignait pour sa vie, celui-ci était resté très calme et lui avait proposé de jouer à la marelle en laissant ses pieds glisser sur la glace comme si elle patinait – la petite fille avait accepté de jouer et, arrivé à une courte distance l'un de l'autre, il lui fit attraper l'autre extrémité de son morceau de bois pour l'attirer et la renvoyait vers la rive.
La fillette avait immédiatement obéi lorsqu'elle reçut l'ordre de rentrer chez elle mais, une fois sur la terre ferme, elle s'était retournée pour voir son sauveur qui avait disparu. Ce fut ainsi que l'ange de la neige lui avait sauver la vie.
Un détail avait totalement terrorisé sa mère cependant, la description qu'Elsa avait fait de son ange était la même description que celle qu'avait fait le shérif pour l'enfant disparu un peu plus tôt dans la matinée. Ni une, ni deux, les chercheurs s'étaient immédiatement tournés vers le pas si petit lac qui bordait la falaise, l'eau n'avait pas encore complètement gelé ce qui créait une glace des plus fragiles qui risquait de se briser à chacun de leur pas pourtant, ils n'avaient pas abandonné.
Ils avaient arpenté le danger – certain s'en était même allé chercher ledit chemin qu'aurait pu emprunter Jack pour rejoindre la fillette sur la glace et, tous ensemble, ils se retrouvèrent tout bonnement horrifié devant le corps de l'enfant qui se trouvait dans l'eau. Personne ne savait expliquer comment mais, une fois de retour à la surface et malgré son corps complètement gelé et lourd, le jeune garçon s'était remis à respirer. Bien que les médecins n'étaient pas vraiment favorables quant à sa survie au vu du temps que l'adolescent avait passé dans l'eau – tout le monde était bien d'accord sur le fait qu'il s'agissait d'un véritable miracle.
Regina se sentait tout bonnement impuissante face à la situation. L'allée de sa maison n'avait pu être déblayée puisque tous les renforts avaient été réquisitionné pour la recherche du garçon donc elle ne pouvait prendre sa voiture pour rejoindre cette petite famille à l'hôpital. Elle avait passé l'après-midi accrochée à son téléphone, à appeler sans cesse Graham mais aussi les parents de l'enfant afin d'en savoir plus mais personne, aucun d'entre eux n'avaient plus d'information à lui fournir pour le moment.
Pendant un instant, elle avait imaginé être à la place de cette mère de famille. Sa petite Emma était également du genre téméraire et, malgré son jeune âge, elle ne lésinait jamais sur aucune nouvelle aventure. Bien que la blonde fût encore un peu trop jeune pour quitter la maison de cette manière, sans la présence et l'autorisation de sa mère, la brune s'était tout de même imaginé les pires scénarios possibles. Elle comprenait parfaitement l'angoisse, l'inquiétude et le désespoir qui devaient habiter les parents de ce jeune enfant, elle se sentait inutile face à leur souffrance qu'elle ne pouvait aveulir.
Alors elle restait éveillée, elle attendait de recevoir le moindre appel, le moindre message lui faisant savoir que ce jeune Jack était sorti d'affaire. Elle s'était même retrouvée à prier pour sa survie alors qu'elle n'avait jamais cru en l'existence possible d'un Dieu.
Cette nuit, elle avait particulièrement pris conscience d'ô combien elle avait changé, d'à quel point Emma l'avait rendu meilleure. Sans sa si douce petite fille, elle serait sans aucun doute restée un être vil et cupide qui n'avait d'intérêt que pour sa propre personne. Sous son règne de méchante reine, elle avait causé le désespoir et la mort d'un grand nombre de ses sujets – la liste était si longue qu'elle était incapable de se rappeler de toutes les personnes qu'elle avait fait souffrir pour arriver à ses fins – elle avait même ignorer les maux de son père alors qu'aujourd'hui, assise à même le sol dans son salon, elle était en proie à l'inquiétude pour un enfant qui n'était pas le sien, un enfant dont elle ne connaissait rien, un enfant victime de sa vengeance et pourtant si innocent.
« Bon sang. » Marmonna Regina en déchirant l'emballage d'un nouveau chocolat.
Face à la peur qui lui tiraillait l'estomac, la seule réponse qu'elle avait trouvée était la nourriture. Elle mangeait, non pas par faim mais pour s'occuper, pour combler le vide. Au départ, elle avait opté pour une pomme, puis une clémentine, un yaourt, une autre pomme et finalement, elle avait plongé la main dans la bonbonnière et les boites de chocolat pour les manger par grosse poignée. Elle n'était pas du genre à être gourmande, ni même de celle qui aimait grignoter tardivement mais pour ce soir, elle pouvait aisément se permettre une entorse à son régime habituel.
Les minutes passèrent et les papiers s'accumulèrent sur le sol, sa patience diminuait petit à petit si bien qu'elle n'arrivait plus à tenir en place. Elle se remit à faire les cent pas en grommelant contre elle-même pour son incapacité à aider cet enfant, contre Graham qui avait été incapable de protéger les habitants de la ville, contre cet adolescent qui n'avait pas écouté ses parents et même contre les parents qui n'avaient su le retenir. Elle avait besoin d'un coupable à blâmer mais elle ne pouvait en choisir qu'un alors elle répartissait les tords entre tous, chacun d'entre eux avaient pris une mauvaise décision à un moment donné ce qui avait mené à cette situation.
Finalement, son téléphone se mit à sonner et elle se jeta dessus comme un noyé sur une bouée de sauvetage. Son interlocuteur n'eut pas l'occasion de dire quoi que ce soit qu'elle se lança :
« Comment va-t-il ? Que se passe-t-il ? A-t-il survécu ? »
« Bonsoir à vous aussi Madame le maire, vous ne dormiez pas ? » S'exclama le shérif.
« Répond. » Grommela-t-elle en levant les yeux au ciel.
« Selon les médecins, Jack est un véritable miraculé. Il a vraiment eu une bonne étoile au-dessus de la tête, s'il parvient à passer la nuit alors il s'en sortira. » Annonça-t-il avec soulagement.
Tout d'un coup, la brune se sentit beaucoup plus détendu, son cœur devint bien plus léger et les larmes lui montèrent. Pourquoi se mettait-elle dans un tel état pour un enfant dont elle ignorait l'existence hier encore ? Elle n'en avait pas la moindre idée mais, ne voulant pas montrer sa faille, elle raccrocha sans un mot en plus.
Rassurée quant à son état de santé, la fatigue naquit dans son corps en lui arrachant un bâillement. Il était grand temps pour elle d'aller au lit mais avant, elle devait préparer la bêtise des lutins pour Emma qui allait se lever dans quelques heures seulement, elle n'avait n'aucune idée ni même le cœur à l'ouvrage.
Sans grande conviction, elle attrapa Pimprenelle qu'elle installa au pied de la cheminée auprès du petit tas de déchet, elle disposa des emballages de confiserie aux quatre coins du salon jusqu'au hall d'entrée où elle abandonna Mininours au niveau du meuble à chaussure. Elle espérait que ce serait suffisant pour satisfaire sa petite fille, elle se rattraperait les prochains jours mais ce soir, elle ne pouvait décemment pas faire mieux.
« Ça ira comme ça. » Soupira-t-elle.
Regina revint sur ses pas pour entrer dans la cuisine où elle se servit un grand verre d'eau, de cette manière, elle n'aurait pas à redescendre avant le réveil en cas de soif nocturne. Elle vérifia les fenêtres du rez-de-chaussée, éteignit les guirlandes du sapin et se dirigea vers les escaliers. Au moment de monter, elle s'arrêta net en fixant sa porte d'entrée.
Mininours, qu'elle était persuadée d'avoir posée au sol contre le meuble de chaussure, se trouvait à présent dans l'une de ses bottines avec plusieurs papiers de chocolat coincé entre ses deux mains de tissus. Elle n'avait aucun souvenir de l'avoir mis dans cette position, elle ne l'aurait tout de même pas oublié en si peu de temps ?
Elle resta de longue seconde dans cette position avant d'hausser les épaules. Le mythe racontait que les lutins prenaient vie à la tombée de la nuit, et si tout cela était réel ? Après tout, qui était-elle, elle, la méchante reine – personnage principal d'un conte de fée – pour renier leur possible existence ?
« Je deviens folle, c'est sûr. Prier, croire au Père-Noël, rien de tout ça ne me ressemble. » Souffla la jeune femme en retrouvant sa chambre pour les quelques heures qui lui restaient à dormir.
