Chapitre 30
Paul est rentré chez lui hier soir, Edward est en cours, j'erre dans la villa comme une âme en peine. Je finis par me décider pour une séance lecture et me dirige donc vers la bibliothèque. Jasper s'y trouve, assis derrière une petite table ronde au centre de la pièce, il semble en train d'étudier un livre car il note des choses sur un calepin. Chaque mur est recouvert de bibliothèques remplies de livres et un fauteuil est disposé dans l'un des angles.
« Tu lis quoi ?
« Le journal d'un homme qui pourrait être un vampire.
« Mais tu n'es pas sûr ?
« Je ne sais pas vraiment si l'auteur était vraiment un vampire ou non. Ça peut tout aussi bien être un roman fantaisiste écrit sous forme de journal intime.
Je m'assois sur la chaise à ses côtés.
« Je suis un passionné d'histoire, après avoir étudié l'histoire humaine, il m'a semblé normal d'essayer d'en apprendre plus sur celles des vampires. C'est assez difficile, cependant, de tirer le vrai du faux entre ceux qui se prennent pour des vampires, ceux qui le sont, ceux qui le sont mais font croire qu'ils ne le sont pas.
« Je vois le topo. Tu vas peut-être pouvoir m'aider avec une question que je me posais : comment ça se fait que nous ne sommes pas au courant de l'existence des vampires ? Nous avons bien des films et des romans sur eux mais personne ne sait qu'ils existent vraiment.
« C'est instinctif, me répond-il. On ne fait pas de bruit car une proie qui ne sait pas qu'elle est chassée est une proie facile. Ça n'est pas le cas partout, cela dit. Il y a quelques villages et tribus reculés où nous les retrouvons dans des légendes encore ancrées au sein des habitants... comme les Quileutes.
« C'est super intéressant. Je me demande comment le tout premier vampire est apparu.
« J'ai lu quelques recueils sur le sujet, dans l'un est fait mention d'une femme éplorée nommée Sulpicia ayant perdu son époux, Aro Volturi. Elle était si éperdument amoureuse qu'elle a été voir une sorcière pour demander de le ressusciter, ce qu'Athénadora, la sorcière, a fait mais il y avait un prix à payer pour qu'il reste en vie : boire du sang humain et éviter la lumière du jour. Un autre dit que c'est la sorcière elle-même qui était amoureuse de l'époux, l'a tué puis l'a ressuscité après l'enterrement pour le garder pour elle par la suite. Un autre dit que l'épouse était la sorcière et a accusé une autre femme de son méfait. Je ne sais quelle version est la bonne mais tous parlent d'une sorcière.
« Comme la chamane a fait naître la première fille de la lune, chez les Quileutes.
Il hoche la tête.
« Tu as dit qu'il devait éviter le soleil mais à part vous faire briller, il ne vous fait rien.
« Ça n'a pas toujours été le cas, m'informe-t-il. Autrefois, le soleil les brûlaient, même à travers les nuages. Soit nous avons évolué au fil du temps, les nouveaux vampires se voyant attribuer de nouvelles spécificités soit un ou plusieurs vampires ont eu recours à la magie d'une sorcière ou d'une chamane pour les faire évoluer afin d'à nouveau voir la lumière du jour et tous leurs descendants ont gardé les nouvelles spécificités.
« Les vampires peuvent avoir des enfants ? Fais-je, abasourdie.
Il rit.
« Non, ils ne peuvent pas. Un corps mort ne peut pas produire quelque-chose de vivant, pas qu'ils n'aient pas essayé... quand je dis descendants, je veux dire ceux qu'ils ont transformés et ceux transformés par ces derniers, etc... les vampires femmes n'ont pas de cycle reproducteur et même si les vampires hommes semblent éjecter leur patrimoine génétique normalement, les petites bêtes à l'intérieur sont mortes donc elles ne remontent pas jusqu'à l'ovule d'une femme humaine.
« C'est trop d'informations, Jasper.
« J'ai essayé de préserver tes chastes oreilles d'adolescente, tu noteras l'effort.
« 6/10, tu aurais pu utiliser la métaphore des petites graines, des choux et des fleurs. Cela dit, tu es une vraie mine de connaissances, je pourrais te faire passer mes devoirs d'histoire et de bio à ma place .
Il rit légèrement.
« Je pense que les profs verront la supercherie. C'est plus facile quand on est passionné mais je ne fais pas toutes ces recherches uniquement pour alimenter ma curiosité.
« Ah non ?
« Alice et moi cherchons un moyen d'annuler la transformation, une sorte de remède.
« Vous voulez redevenir humains ?
« Humains ou alors au moins des vampires d'autrefois.
« Pourquoi ? S'ils étaient moins bien ?
« Ils pouvaient dormir et manger normalement.
« Juste pour ça ?
« On désire toujours ce que l'on n'a pas, lance-t-il avec sagesse. Manger et dormir nous manquent. Dormir surtout, tu n'imagines pas à quel point c'est une chance de pouvoir déconnecter durant quelques heures.
« Je n'avais jamais vu le sommeil de cette façon. Pour moi, c'est juste un moment pour récupérer, un moment durant lequel tu ne contrôles rien, même pas tes rêves.
« Tu veux tout contrôler ?
« J'aime assez avoir le pouvoir sur mes faits et gestes et ma vie en général.
« D'où le refus qu'on décide à ta place sur ce qui t'arrive.
Je hoche la tête.
« Alors, manger et dormir, du coup, énoncé-je. Rien d'autre ?
Il sourit.
« Il y a une autre chose, moins... joyeuse. On peut très difficilement mourir dans l'état actuel où nous nous trouvons. Il faut nous décapiter et nous brûler mais, à moins d'être pris par surprise, il y a peu de chance d'y arriver.
« Vous voulez mourir ?
« Non mais nous aimerions avoir le choix, l'éternité c'est long. Sans compter que ça deviendra un problème quand le système solaire commencera à s'effondrer, la vie sur Terre finira par être invivable pour toutes les créatures vivantes qui la peuplent. Nous n'aurons plus de quoi nous nourrir et deviendrons éternellement assoiffés, incapable de bouger car plus aucune force.
« Déprimant.
« Ça n'est pas un événement imminent, bien sûr, ça se compte en milliards d'années, tu ne seras plus de ce monde depuis un moment.
J'allais dire que je ne vieillirai pas et serait immortelle tant que Paul continuera de se transformer mais il y a plus de chance qu'il décide rapidement d'arrêter les transformations dès que ça lui sera possible. La sonnerie de mon portable retentit dans la pièce, je m'excuse auprès de Jasper en sortant l'appareil de ma poche et vois "Sam" à l'écran. Je me lève puis décroche en sortant de la pièce.
« Hey, dis-je.
« Salut Bells.
Je me trouve dans le couloir et me dirige vers la salle du piano.
« Tu m'appelles de la part des chefs pour me convaincre de revenir ?
« Non, je t'appelles de ma part pour savoir comment tu vas, ta sœur et les gars se le demandent aussi, par ailleurs.
« Excuse ma parano, ça va, je suis juste en colère contre Billy, principalement.
« Tu vas donc rester dans ton coin encore un moment, j'imagine ?
« Ouais, tant que je n'ai pas envie de revenir, je ne le ferai pas.
« Je comprends même si tu manques à la maison.
« J'imagine, ta vie doit être ennuyeuse depuis que je suis partie.
Je l'entends rire dans le téléphone.
« La maison avance bien ? L'interrogé-je.
« Elle a bien avancé mais je fais une pause aujourd'hui. Comme tout le monde, j'ai besoin de repos, de temps à autre. Je commence un peu trop à tirer sur la corde.
« Tu fais bien, 80% de notre temps devrait être des pauses.
« N'exagère pas, petite fille.
« Un jour, je te ferai payer ce surnom.
« Maintenant que tu as tes pouvoirs, tu es plus crédible quand tu me menaces... petite fille.
« J'ai envoyé Jacob dans le décor, fais gaffe.
Il rigole.
« Il faudrait que tu remettes les pieds à la réserve pour te venger, d'ici là, je suis tranquille. D'ailleurs, où est-ce que tu crèches ?
J'hésite à répondre, il le remarque.
« Promis, je le garde pour moi, personne ne viendra te chercher.
« Chez Edward, dévoilé-je finalement.
« Ton meilleur ami-vampire-géranium ? Qui est aussi ton ex, je ne sais pas si Paul le vivrait bien, s'il savait.
« Il sait, il a passé un jour et demi avec moi, ici.
« Il l'a bien pris ?
« Ouais, en tout cas, il ne m'a pas fait de remarque.
« C'est que c'est bon, il te l'aurait fait savoir, autrement. On parle de Paul.
« C'est vrai qu'il n'a pas l'habitude de ne pas râler à propos des choses qui le font chier.
« Exactement. Bon, il va falloir que je te laisse, je suis épuisé, je vais faire une sieste, n'hésite pas à m'appeler ou les gars si besoin, on est tous dèg' que tu sois partie et pas pour ces trucs de loups.
« Merci, je ne fuis pas pour toujours, je reviendrai.
« J'espère bien, bisou Bells.
« Bisou.
Je range mon tel et retourne à la bibliothèque pour lire, laissant Jasper à son étude de livre. Je lis jusqu'à ce qu'il soit bientôt l'heure de notre rendez-vous, à Paul et moi. Je range donc le livre et descends pour l'attendre dehors. Nous allons au laboratoire d'analyse médicale greffé à l'hôpital pour faire une prise de sang pour tout ce qui est IST. On a vu plus sexy comme rencard mais, au moins, on n'aura plus de problème d'approvisionnement pour nous protéger. Être la fille de la lune ne m'éloigne malheureusement pas des maladies, ayant déjà eu des rhinopharyngites, la grippe une fois et quelques intoxications alimentaires à cause des fruits de mer. Ah, et bien sûr, quelques séduisantes gastro.
La Nissan de Paul arrive dans l'allée, je monte et l'embrasse en guise de bonjour. Il me retient par la nuque alors que je me recule pour m'embrasser une seconde fois. Je souris quand il me relâche et mets ma ceinture.
« Je t'ai manqué, à ce que je vois.
« Pas du tout. Ma solitude triste et amère me manque quand je suis avec toi, m'annonce-t-il en faisant faire demi-tour à son véhicule.
« Oh, je vois. C'est elle que tu t'imagines embrasser quand tu m'embrasses ?
« Évidemment.
Je pouffe.
« Je te laisserai bien retourner avec ta solitude mais ça voudrait dire que je veuille te faire plaisir.
Un grand sourire amusé barre son visage. Sa main reste posée sur le manche des vitesses alors j'y pose la mienne par dessus.
« Tu as chaud ou alors j'ai les mains froides.
« Tu as les mains froides, m'indique-t-il.
Nous arrivons sur le parking de l'hôpital, qui n'est pas un grand bâtiment comme on peut le voir dans les grandes villes, j'imagine que les cas les plus graves ou nécessitant un matériel spécifique sont envoyés à Port Angeles ou encore Seattle. Paul se gare et nous nous dirigeons vers le laboratoire d'analyse. Il y a un accès de l'extérieur pour les visites externes alors c'est par là que nous entrons.
Une infirmière vient rapidement à notre rencontre et nous demande de la suivre dans un petit cabinet.
« Vous venez pour une prise de sang pour détecter d'éventuelles infections sexuellement transmissibles, c'est ça ?
Nous confirmons.
« Très bien, on va commencer par vous, monsieur.
Paul s'assoit et présente son bras, l'infirmière pose un garrot autour de son bras pour couper provisoirement la circulation et nettoie la zone avec une lotion et un coton. Elle prend la seringue, tient son bras et pique dans une veine.
« Vous avez chaud, vous faites un peu de fièvre, je pense, dit-elle en desserrant le garrot.
Qui vient faire une prise de sang pour savoir s'il n'est pas malade en étant déjà malade ? Paul fait une tête bizarre et me regarde, ça ressemble à de la peur ou au moins, une forte inquiétude. Soit il a une peur exagérée de la maladie soit... la chaleur corporelle est le signe avant coureur de la transformation. Ce qui m'inquiète parce que s'il se transforme dans le cabinet, ça va être difficile à expliquer. Je ne pense pas que l'infirmière goberait une histoire de loup-garousite aiguë soignable avec du paracétamol.
Une fois que les deux tubes sont remplis de sang de futur loup-garou, elle retire l'aiguille et scotch un morceau de coton sur le point d'entrée. C'est mon tour, Paul me cède sa place et je m'installe sur le siège. Je me demande si notre sang va être différent et s'ils vont le remarquer. J'ai peur de finir dans un tube géant au milieu d'un laboratoire militaire expérimental remplis de chercheurs intrusifs. Elle fait le même scénario avec mon bras et quand elle me tient le bras, elle s'arrête avant de me piquer.
« Et vous, vous êtes en légère hypothermie, lance-t-elle en fronçant les sourcils. Je ne saurais que vous conseiller de consulter rapidement, tous les deux.
Elle me pique tout de même le bras, remplis le premier tube. Je n'y ai pas pensé mais... j'espère que ma magie ne va pas se déclencher pendant que j'ai l'aiguille dans le bras ou même rapidement après. Normalement, ça prend un peu de temps mais comme l'aiguille reste le temps de remplir deux tubes... Elle retire l'aiguille et me colle un coton là où elle a piqué. Je me lève et garde ma main sur le pansement pour cacher le point lumineux qui va apparaître pour fermer la mini blessure de l'aiguille.
Elle nous fait nous asseoir devant son bureau et remplit les fiches qui accompagnent les tubes. Elle prend nos coordonnées, je donne l'adresse de Josh même si je ne sais pas si j'y serais quand nous recevrons les résultats mais c'est la seule adresse que je connais. Au pire, je demanderai à Sam de donner l'enveloppe à Paul qui me l'amènera. Je ne demande pas à l'envoyer au même endroit que Paul car je ne veux pas prendre le risque que le père de Paul ouvre ma lettre.
« Voilà, c'est fini, vous recevrez vos résultats sous 48h. Bonne journée à vous.
Paul est particulièrement silencieux quand nous entrons dans la voiture, je n'ose pas parler de l'éléphant sur la banquette. Je ne suis pas tout à fait sûre que la montée de température soit synonyme de future transformation parce que je ne connais pas les signes avant-coureurs, ni même s'il y en a mais au vu de l'attitude de Paul, il y a des chances que ce soit le cas. Je touche mes bras mais ne sait pas vraiment interpréter ma propre température, je ne me sens pas malade ou quoi que ce soit donc peut-être que ma température est plus basse depuis que j'ai eu la marque. Il y a une certaine logique après tout, si le soleil est chaud, la lune représente plutôt le froid. C'est peut-être pour ça que le froid ne m'a jamais dérangée.
Il se gare devant la villa et vient me chercher de l'autre côté de la voiture alors que je referme la portière, il me prend la main et m'emmène à l'intérieur, sans dire un mot. Je ne pose pas de question et le suis. Il me traîne jusque ma chambre et referme la porte, quand il se retourne, il me prend dans les bras alors je le serre. Il se recule et prends mon visage entre ses mains, c'est vrai qu'il a chaud, il m'embrasse et me fait reculer. On finit sur le lit à se câliner et s'embrasser.
« Tu veux en parler ? Demandé-je doucement alors que je suis à moitié sur lui, dans ses bras.
« Je vais me transformer, c'est une question de jours, Billy nous a dit que notre température commencerait à monter avant la transformation et qu'elle se stabiliserait à 42° juste avant qu'on se transforme.
« J'aurais préféré que tu y échappes. Ou qu'on aie au moins un peu plus de temps pour se préparer.
« On n'a pas toujours ce qu'on veut dans la vie. Je te mordrai les fesses pour me remonter le moral.
« Maiiis, gémis-je.
Il pouffe.
« Tu sais si c'est normal que je sois en hypothermie par rapport à la norme ? lui demandé-je.
« Ouais, les chefs nous ont fait un cours sur les loups et la fille de la lune lors du premier feu de camp. Notre température restera à 42° et nous ne vieillirons pas jusqu'à trois mois après la dernière transformation. Tu ne vieilliras pas non plus tant que je continue les transformations, vu que nous nous sommes unis... à moins que ça ne compte pas tant que je ne me suis pas déjà transformé ? Ta température corporelle est censée être à 35° depuis la lune d'argent parce que la magie de la lune coule dans tes veines.
« Tu vas me réchauffer en hiver et je vais te rafraîchir l'été, on est fait l'un pour l'autre.
« Regarde comme la vie est bien faite mais ça veut aussi dire que je vais te donner chaud en été et tu vas me donner froid en hiver.
« Comme la vie est mal faite.
Il me chatouille les flancs en réponse, me faisant rire malgré moi.
« Ah, oui ! Reprend-il. Il faut que je te prévienne, tu vas devoir nous aider avec la transformation, la première fois. Nous aurons besoin de toi pour redevenir humain plus facilement. Tu devras poser la main sur nous.
« Je ne sais même pas comment je réagirai la première fois que je verrai un loup géant. On verra comment nous allons gérer ça. Autre chose que je dois savoir ?
« Tu as le don de guérison pour les loups et toi-même et, il faut t'attendre à peut-être avoir quelque-chose en plus ou un don de guérison plus efficace puisque la magie est censée se renforcer au fil des générations de ta lignée.
« Ouais, j'ai projeté Jacob dans la salle de réunion.
« Oh ? Il a encore été un crétin, je parie ?
« Il a essayé de me frapper.
Il se redresse vivement, me basculant en arrière, il me surplombe maintenant.
« Il a fait quoi ?
Il a les traits du visage contractés.
« Du calme, je me suis déjà auto-vengée. Je pense que j'ai une sorte de bouclier lumineux qui me protège en cas d'attaque. Peut-être que j'ai aussi un bouclier psychique qui me protège des dons de vampires, puisqu'ils sont nos ennemis... à part les gentils, bien sûr.
Il caresse ma joue de sa main libre.
« Tu aurais dû me le dire.
« Pour que tu te battes avec lui ? Même si l'idée me paraît alléchante, je préfère que tu passes ton temps avec les mains sur moi.
Je lui lance un sourire lascifs. Il répond à ce sourire et m'embrasse.
« On a oublié d'acheter les capotes, soupire-t-il après le baiser. Fais chier.
« Mh, c'est vrai. On n'avait plus la tête à ça, je crois.
« Est-ce que ça vaut le coup ? On va recevoir les résultats mercredi. Vu que ta protection anti-bébé est en marche, nous serons tranquille.
« S'il faut attendre deux jours de plus, je pense que je vais pouvoir survivre mais me faudra beaucoup de câlins.
Il rit et se rallonge pour m'entraîner sur lui.
