Chapitre 33
Paul et moi sommes dans la salle d'attente du service gynécologique de l'hôpital. Pour changer mon implant contraceptif afin de parfaire nos figures acrobatiques sans danger. En plus, comme je n'ai pas pensé au fait que j'aurais peut-être repris les cours, j'ai pris rendez-vous à 14h, ça me fait manquer les maths et peut-être l'anglais, si ça traîne un peu.
L'autre porte de la salle d'attente s'ouvre et je suis surprise de voir Mme Miller, la maman d'Ophie, devant moi, portant sa veste blanche de médecin.
« Lunabell Swan ?
« Oui.
Paul serre ma main pour me donner du courage et m'attend ici parce qu'elle va peut-être trifouiller dans mon jardin secret et je ne veux pas qu'il me voit dans une telle position. J'y ai échappé la dernière fois parce que j'avais 14 ans et j'étais vierge mais cette fois... argh. Je suis Mme... Dr Miller dans son bureau.
« Assieds-toi.
Je m'assois devant elle. Elle clique sur sa souris en regardant son ordinateur.
« Lunabell Swan, née le 13 septembre 2005, c'est ça ?
« Ouip.
« Tu as donc 17 ans, pas de soucis particulier ?
« Non.
« D'accord. Tu es là pour la pose d'un implant contraceptif, c'est bien ça ?
« Ouais, enfin, c'est un changement d'implant, plus précisément, j'en ai déjà un, là.
« Ça dure trois ans, tu le sais ?
« Ouais, je l'ai posé à 14 ans, en décembre. Je me suis dit que ce serait plus sûr de le changer deux mois à l'avance.
Elle me regarde avec un air qui me donne l'impression d'être jugée.
« C'est jeune mais je ne suis pas là pour juger.
Et pourtant, j'ai bien l'impression qu'elle le fait, dans sa tête.
« Je n'ai pas eu de relation sexuelle ou même amoureuse à 14 ans, me défends-je. J'ai choisi l'implant parce que mes règles me filaient des angoisses et des crises de panique. Je voulais une chance de ne pas les voir arriver.
« Oh, fait-elle. C'est la perte de sang qui t'angoissait ? Tu avais peur qu'il n'en reste plus assez dans ton corps ? Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne, tu sais ?
Elle me prend pour une débile ?
« Non, avoir mes règles signifiait qu'un jour, je pourrais avoir un enfant, c'est ça qui me paniquait.
Les conséquences des histoires que j'entendais malgré moi quand ma mère les racontait à ma sœur.
« Mais si tu n'avais pas de relations sexuelles, il n'y avait aucune raison que tu tombes enceinte.
« Bien sûr, je sais mais un jour je pourrais tomber enceinte et être piégée toute ma vie avec ce gosse.
« Je vois. Heureusement, il existe de multiples solutions pour éviter d'avoir un enfant lorsque ce n'est pas le moment.
« Comme un implant contraceptif, agrémenté-je avec évidence.
« Effectivement. As-tu eu déjà eu une ou des relations sexuelles ?
« Oui.
Je me sens obligée d'ajouter que c'est récent parce que franchement, elle me fait peur avec ses yeux remplis de jugement.
« D'accord, on va procéder à l'auscultation gynécologique et faire une prise de sang.
J'ai envie de lui dire que la prise de sang est déjà faite mais je n'ose pas alors je me tais.
« Je te laisse te diriger derrière le paravent, te déshabiller et te peser.
Je me lève, vais derrière le paravent qui cache aussi le siège de torture. Je me déshabille, me pèse, lui donne mon poids.
« Ok, installe-toi sur la table d'auscultation.
Je suis mal à l'aise d'être à poil dans la même pièce que la mère d'Ophie et je pense que ça sera pire quand elle passera de ce côté de la salle. Je la connais, bon sang, c'est censé être une inconnue. Bon, relativisé-je, ça aurait pu être pire... ça aurait pu être le père de mon ex. Je m'installe sur le siège mais ne mets pas mes pieds dans les étriers parce que ça serait trop chelou comme accueil alors je plie mes jambes pour poser mes pieds sur le bord du siège. Dr Miller arrive, elle arbore un visage professionnel, ce qui est quand même rassurant. Elle m'explique ce qu'elle va faire et pourquoi elle le fait avant chaque partie de l'examen, ce qui aide à calmer mon malaise.
« C'est fini, tu peux te rhabiller, je vais faire ta prise de sang, quand tu seras prête.
Elle s'échappe dans la partie bureau, je me rhabille en vitesse et la préviens que je suis prête. Elle me fait rasseoir sur le siège et me fait la prise de sang, elle me retire l'aiguille quand le tube est rempli. Elle me met un coton avec un scotch, je pose ma main dessus pour cacher la lumière.
« Bien, je te laisse attendre à côté, je viendrais te chercher quand ce sera prêt.
« Ok, fais-je.
Je pensais que ça serait fait dans la foulée. Je rejoins Paul dans la salle d'attente, il se lève pensant que c'est fini.
« Attends, c'est pas encore fait.
Il se rassoit, je m'assois à côté. Une femme est arrivée entre temps et attend patiemment son tour.
« Ça a été ?
« Tu as de la chance de ne pas être une fille.
« C'est ce que je me dis tous les jours.
« Tu ne te diras plus ça quand tu seras vieux et que tu devras vérifier que tu n'as pas de cancer de la prostate.
Il grimace.
« Voilà, conclue-je.
15 minutes plus tard, Miller revient me chercher, j'entre à nouveau dans son bureau.
« On va devoir faire une échographie.
« Quoi ? M'affolé-je. Pourquoi ? J'ai un cancer du... d'en bas ?
« Lunabell, respire. C'est juste une échographie pour vérifier que tout va bien et qu'il n'y a pas eu d'erreur dans les résultats.
Je me calme mais je reste suspicieuse. Je sais à quoi d'autre peut servir une échographie, j'espère qu'elle n'essaye pas de me coller un bébé. Je commence un peu à paniquer alors que je sais que je ne peux pas être enceinte, j'ai un implant depuis trois ans et j'ai 17 ans.
« Réinstalle-toi sur la table, inutile de retirer tes habits, cette fois.
Je m'installe, elle remonte mon sweat et mon t-shirt et me met du liquide transparent sur le bas du ventre puis elle passe le truc de sa machine sur ma peau et regarde l'écran avec attention.
« Pitié, si j'ai quelque-chose, faites que ce soit un cancer, marmonné-je.
Elle me regarde interloquée.
« Les bébés t'angoissent à ce point pour que tu préfères un cancer ?
« Un cancer, au pire, ça me tue. Un bébé... ça me piège. Vous ne pouvez pas comprendre, vous n'avez pas grandi avec les histoires de ma mère.
Elle m'envoie un pauvre sourire.
« Je suis désolée Lunabell mais tu es enceinte.
Je me pétrifie. Ma respiration se coupe, je commence à perdre pied. "Peur" me dit mon esprit comme si je ne savais pas que j'étais en train de paniquer.
« Quoi ? Impossible ! J'ai un implant.
« Je suis navrée, parfois ça arrive. L'implant n'a plus été efficace et tu n'as pas dû avoir le retour de tes cycles en tombant enceinte aussitôt.
Je sens que je vais péter les plombs. Le destin ne peut pas être si merdique. Il savait que je ne voulais pas d'enfant, il m'a obligé à en avoir un. Putain !
« Je peux toujours avorter, c'est un petit bidule de rien du tout. Il n'a pas plus de deux semaines, de toute façon.
Je rigole si le moment de sa conception est celui où l'on a utilisé un préservatif. Non, je ne rigole pas, je meurs.
« Calme-toi, Lunabell. Respire. Tu n'as pas remarqué le léger renflement de ton ventre ?
Je regarde, j'ai un tout petit renflement, oui mais c'est censé être du gras.
« Je pensais que c'était à cause des gâteaux, j'arrête pas d'en manger, ces temps-ci. J'adore le sucre, en ce moment.
Je ferme la bouche. Bien sûr. Le sucre, les crises de larme, même en dormant une fois. Putain de merde. Mais non, les crises de larme, c'était avant d'avoir batifolé avec Paul et peut-être une le lendemain de notre première fois. Ça ne colle pas.
« Tu n'es pas enceinte de deux semaines.
Je la regarde confuse.
« Moins que ça ? C'est encore plus petit, le truc. C'est décelable avant deux semaines ?
« Non, Lunabell. Je pense que tu étais en déni de grossesse, ce qui explique la position de ton bébé...
« Truc, la coupé-je. C'est juste un truc.
J'ai envie de dire parasite mais je pense que je la choquerais.
« Il va falloir que tu te prépares à cette idée, changer les mots ne résout rien. Je disais donc : ça expliquerait la position de ton bébé et le fait que ton ventre ne soit pas si enflé qu'à la normale. Tu en es ou tu es sur le point d'en être à ton troisième mois.
Je pense que je perds toute mes couleurs et la regarde pétrifiée.
« Trois mois ?
« Tu as peut-être dépassé la date limite pour l'avortement.
« Impossible !
Les vampires ne peuvent pas faire de bébés, leurs petites graines ne sont pas plantables dans mon jardin.
« Je peux te montrer ton bébé, si tu veux.
« Non, je ne veux pas voir ce truc. C'est impossible que je sois enceinte de trois mois.
Elle éteint la machine et essuie mon ventre pour retirer le produit. Peut-être que les bébés loups-garous grandissent plus vite ? Non, les métamorphes sont avant tout humains, pensé-je défaite. Je suis enceinte... d'Edward. Bordel de merde.
« Je vais te retirer ton implant, m'annonce-t-elle.
Elle prépare le scalpel, la pince et le pansement. Elle retire mon patch anesthésiant que j'ai été cherché à la pharmacie et posé une heure plus tôt. Je détourne le regard et ne sens rien quand elle le retire. Elle me met le pansement et jette ce qu'elle a à jeter dans la poubelle adéquate.
« Allons nous asseoir autour du bureau, propose Miller.
Je me lève pour m'asseoir devant le bureau, Miller s'assoit derrière.
« On ne peut pas savoir la date exacte étant donné que tu n'avais pas de cycle avant de tomber enceinte.
Je réfléchis parce que je pense pouvoir trouver la date. L'anniversaire d'Eddy était le 21 juin, il y a eu les trois jours de sa transformation, il s'est passé huit jours entre ses deux repas. C'était la nuit du lendemain de son écart et de notre grosse dispute.
« C'était dans la nuit du 07 au 08 juillet.
« Tu es sûre ?
« Ouais, il n'y a eu qu'une fois avec mon ex et ça ne fait que 15 jours avec mon copain actuel.
Je suis double piégée. Un lien mystique et un bébé, je vais faire une crise cardiaque.
« Bien, tu as deux jours pour réfléchir à ce que tu veux faire, je te conseille de prendre rendez-vous pour mercredi en fin de journée pour avoir le temps de réfléchir. Il te sera plus facile d'annuler l'intervention que le programmer en dernière minute. Veux-tu que je le prenne pour toi, maintenant ?
« Ouais, s'il vous plaît.
Elle hoche la tête et clique sur sa souris puis pianote sur son clavier.
« Mercredi 17h, me dit-elle. Pour le cas où tu déciderais de le garder, sache qu'il va bien et tu devras reprendre rendez-vous pour le suivi de grossesse. D'accord ?
« Ok.
Elle m'accompagne jusque la porte de la salle d'attente, Paul se lève et s'inquiète immédiatement en voyant ma tête. Je me cale dans ses bras, il m'entoure de ses bras et me serre.
« Qu'est-ce qu'il y a ?
« Je veux sortir de cet endroit, glapis-je.
« Ok, viens.
Il me prend la main et m'emmène à l'extérieur, il m'arrête devant sa voiture et me demande à nouveau ce qu'il y a.
« On doit aller au lycée, dis-je. De Forks.
« Bells ? M'interpelle-t-il en posant ses mains autour de mes bras.
« Je n'ai pas envie de parler maintenant.
Je monte dans la voiture et regarde dans le vide. Je ne peux pas l'annoncer à quelqu'un d'autre qu'à Edward en premier. C'est son... bidule. Paul monte et démarre la voiture sans poser plus de question. Il s'inquiète pendant que j'angoisse.
« Arrête la voiture, lui demandé-je précipitamment.
Alarmé, il met son clignotant et range la voiture sur le bas côté alors que nous nous trouvons à 10 mètres du lycée. Je sors de la voiture et inspire l'air pur, j'avais l'impression d'étouffer dans la voiture. Paul me rejoint et ne sait pas vraiment quoi faire pour gérer ma crise de panique.
« Bells, tu me fais peur. Tu es malade ?
Il s'agite, il ne sait pas quoi faire.
« Pire que ça.
« Tu es mourante ?
Il commence à paniquer, lui aussi.
« Non, c'est le destin qui est mourant.
« Le destin ?
« Ouais parce que je vais le tuer.
« Qu'est-ce qui se passe, Bells ?
Je ne peux pas lui dire à lui, pas en premier... mais de toute façon, je ne vais pas le garder alors ce n'est pas important, de toute façon. C'est juste une complication passagère qui sera terminée dans deux jours.
« Je suis enceinte.
Il devient livide et secoue la tête.
« Je ne peux pas, lâche-t-il d'une voix monotone.
Il tire sur ses cheveux en marchant de gauche à droite devant moi.
« Je ne peux pas être père, putain. Je vais... je vais devenir comme le mien.
« Paul, l'appelé-je.
« Je ne peux pas, Bells ! On est trop jeune de toute façon, on ne peut pas le faire partir... putain, bien sûr qu'on ne peut pas... la lignée, tout ça.
« Tu n'auras pas à être père, lui assuré-je.
Il bloque.
« Tu vas avorter ? Mais tu es censée faire perdurer ta lignée.
« Je n'ai jamais eu l'intention de me reproduire et ce n'est pas parce que je suis la première née, finalement, que je vais changer d'avis. Ils se démerderont comme se démerde le reste de la population mondiale, c'est ma vie et mon corps. J'ai rendez-vous mercredi 17h pour ça, sauf si je change d'avis. Je n'ai que ce temps-là pour réfléchir parce que... je suis enceinte de trois mois. Ça fera trois mois jeudi. C'est Edward, le père.
« Putain de merde, lâche-t-il.
« Je ne pensais pas que c'était possible et Jasper me l'a confirmé y a pas si longtemps, un corps mort ne peut pas produire quelque-chose de vivant. Les petites graines vampiriques ne sont pas censées pouvoir gigoter pour monter dans mon jardin.
« Peut-être que ton pouvoir de guérison les a ravivés ? Comme ce ne sont que des cellules d'ADN.
J'y réfléchis un instant.
« Ça pourrait bien être ça.
« Tu vas le dire à Edward alors que tu veux avorter ?
« Il a le droit de savoir et je ne dois pas être la seule à prendre la décision. Il a son mot à dire, c'est moi qui le porte et qui vais accoucher alors j'ai plus de mots à dire que lui mais il a le droit d'essayer de me faire changer d'avis, c'est aussi son bidule.
« Son bidule ?
« Je suis enceinte d'un bidule, il n'a même pas encore de conscience à ce stade-là.
J'aspire l'air et l'expire, je sens bien que je respire mais j'ai l'impression que ça n'a aucun effet comme si l'air autour de moi était dépourvu d'oxygène. Pourtant je n'étouffe pas parce que tout ça, c'est dans ma tête, parce que je suis en pleine crise d'angoisse. Je me cale dans les bras de Paul, il me serre et je me calme doucement.
"Blup"
Je fronce les sourcils parce que ce mot ne semble pas avoir été prononcé par Paul. C'est peut-être comme pour le mot "peur" de tout à l'heure, mon esprit essaye de me dire quelque-chose. Quoi encore ?
« Tu es prête à faire le peu de chemin qu'il nous reste ? Demande Paul.
« Ouais.
Je me détache de lui et nous remontons en voiture. Il redémarre et entre dans le parking pour se garer dans la première place qu'il trouve. Nous sortons du véhicule, je prends mon portable et envoie un sms à Edward, le prévenant que j'étais sur le parking, qu'il devait venir me trouver dès qu'il pourrait. Je resterai ici deux heures, s'il le faut mais si les horaires sont les mêmes qu'à La Push, il devrait bientôt avoir une pause entre les deux premières heures et la dernière heure de l'après-midi.
Paul et moi nous adossons contre la Nissan en ayant le lycée en vue. Je réfléchis toujours à ce que mon esprit essaye de me dire.
« Tu sais ce que ça veut dire, "blup" ?
« Nan, c'est peut-être un anagramme, genre, Brosse... Lavante... Unilatérale Portative. Où t'as entendu ce mot ?
« Je ne sais pas, je l'ai pensé.
« Blup, prononce-t-il.
Il le répète en faisant une pause plus longue entre le "u" et le "p".
« Ça me fait penser à une bulle qu'on essaye de reproduire avec la bouche.
« Blup, dis-je. Pourquoi mon esprit chercherait à imiter des bulles ? Qu'est-ce qu'il est censé vouloir me dire avec ça ?
« Pourquoi ton esprit chercherait à te dire quelque-chose ? Ton esprit, c'est toi.
« Quand je paniquais, mon esprit m'a dit "peur" pour me prévenir que j'avais peur.
« Tu ne savais pas que tu avais peur ?
« Bah si, difficile de passer à côté.
Paul fronce les sourcils, tout comme moi.
« Pourquoi tu penses que c'est ton esprit qui te l'a dit et pas toi qui l'a pensé ?
« C'était une voix différente de ma voix intérieure.
Le regard de Paul s'abaisse vers mon ventre. J'ai peur de comprendre. Je regarde mon ventre recouvert de mon sweat et pose mes mains dessus.
« Bidule connaît déjà des mots ? Et il nous les envoies par télépathie ? Il n'est pas censé connaître des mots, il n'est même pas censé pouvoir penser. Son cerveau n'est pas développé, il ne peut pas.
« Ses parents sont tous les deux des êtres mystiques.
« Oh merde, tu crois qu'il a entendu que je voulais...
« Je ne pense pas qu'il puisse déjà entendre ce qu'on dit.
« Mais il dit des mots... l'autre jour à la boutique, Edward pensait que j'avais dit "je flotte" mais c'était une pensée qu'il avait reçu. On pensait qu'il avait touché la manche du haut que j'essayais mais... je venais de tournoyer et les bidules, ça flotte, là-dedans.
Je pointe mon ventre.
« C'est peut-être même lui qui avait pensé le "bien" qu'Edward a entendu, ajouté-je, il touchait ma cheville à ce moment.
« Sans doute oui.
Il prend un moment de réflexion.
« La façon dont tu te sens impacte la façon dont lui se sent, je pense. Tu avais peur, il avait peur. Je te faisais un massage des cheveux, tu te sentais bien donc il se sentait bien. Et si tournoies, il flotte, effectivement.
« Peut-être une histoire d'hormones, mon cerveau devait libérer de l'endorphine pendant le massage et de l'adrénaline pendant ma panique. Bidule ne devait pas comprendre ce qu'il lui arrivait.
Je regarde mon ventre et pose mes mains dessus. Bidule est différent des autres bidules, son cerveau de bidule est plus développé qu'à la normale. Est-ce que ça veut dire qu'il est déjà conscient de son existence ? Parce que ça change tout. Cette petite chose n'a rien demandé. Dois-je sauver cette future vie d'un avortement ou dois-je la sauver d'une vie de merde parce que je suis incapable d'être une bonne mère ?
Parce qu'il y a des gens qui ne sont pas faits pour être parents et je pense faire partie de cette catégorie de gens. Je n'ai jamais aimé les enfants, je les ai toujours vu comme des pièges qui t'attachent à eux et qui te mènent la vie dure parce que tu dois t'en occuper, les aimer, leur donner la plus belle vie possible. Si tu ne te sens pas capable d'offrir ça à ta progéniture, tu es censé ne pas te reproduire. Je ne pense pas en être capable.
J'entends la sonnerie étouffée provenir du grand bâtiment en face de moi. Je retire mes mains et cesse de regarder mon ventre, il ne s'agirait pas de s'attacher avant d'avoir fini de réfléchir à tout ça. Il ne faut que quelques minutes de plus à Edward pour franchir les portes du bâtiment, il me cherche du regard et me repère. Pendant qu'il avance, je sens le poids de mon annonce peser sur mes épaules. Il s'approche inexorablement, je pense à Bidule, à ce que ça ferait si je disais non à cette vie, à tout ce que ça changera si je disais oui. Edward s'arrête devant moi, son regard soucieux fait un aller-retour entre Paul et moi puis s'accroche sur moi. Je ne pense pas que je serais une bonne mère mais je suis certaine que :
« Je ne veux pas avorter.
