Chapitre 36

Edward ne s'arrête pas au panneau de la réserve, il continue à rouler sur la route qui mène au village. Je m'attends à ce que les loups nous sautent dessus mais pour l'instant, je n'en vois aucune trace.

« Il va falloir que tu m'indiques le chemin pour te déposer chez Paul.

Paul a dû lui dire de me ramener directement chez lui. Je lui indique donc la route à suivre et on arrive finalement à destination.

« Il faudra que je vous présente à tout le monde, enfin, à tous les loups pour que vous ne soyez pas embêtés si jamais vous vous croisez. Tu seras probablement épargné vu qu'ils n'ont pas la même réaction avec toi qu'avec les autres, pour une obscure raison.

« C'est peut-être à cause de toi, émet-il.

« Pourquoi ça devrait toujours être ma faute ? Rétorqué-je.

Il me sourit.

« Quand est-ce que tu vois Ophie ? Demandé-je.

« Demain, au lycée, comme d'habitude.

« Super.

« Tu comptes sortir de cette voiture un jour ? Ou comptes-tu encore gagner du temps ?

« Mphf, je pourrais croire que tu essayes de te débarrasser de moi, lancé-je d'un ton accusateur.

« Pas le moins du monde, réplique-t-il. C'est toi qui a voulu partir, je te rappelle.

« Ouais parce qu'il va bien falloir faire face à mon triste sort.

« Tu ne veux toujours pas me dire ce qui te préoccupe ?

« C'est ce que je lui ai dit par sms, pendant que j'étais bourrée et aussi le fait de t'avoir dragué. J'ai peur d'avoir tout gâché.

« Tu n'es pas obligée de lui dire, tu n'étais pas toi-même. Ça ne risque pas de se reproduire si tu ne te mets plus dans cet état. Il ne l'apprendra pas de moi, en tout cas.

Je le regarde et soupire.

« Ouais mais j'ai promis de ne jamais lui mentir et ne rien dire reste un mensonge.

« Je suppose.

« Souhaite-moi bonne chance.

« Bonne chance, Bells.

Je descends et frappe à la porte. Je découvre le père de Paul pour la première fois, il a le nez tordu sous un pansement diffuseur d'analgésique, le même regard sombre que Paul et de longs cheveux noirs. Je fais de mon mieux pour ne pas lui envoyer un regard satisfait.

« Je viens voir Paul.

« C'est donc toi, la fille qui l'a détourné de Rachel ?

« Non, je suis sa petite-amie. La fille qui l'a détourné de Rachel est Rachel elle-même. Maintenant, si vous voulez bien m'indiquer sa chambre ?

Il plisse les yeux mais finit par me répondre. Je monte donc en haut des escaliers et m'apprête à frapper mais la porte s'ouvre avant.

« Tu partais ? Envoyé-je.

« Non, tu arrivais. Je savais que tu étais là, je sais toujours plus ou moins à quelle distance tu te trouves de moi.

Il se décale, je m'avance dans la pièce, l'ordi portable sur son bureau affiche une vidéo mise en pause, il était en train de suivre un cours avant que je ne l'interromps.

« Tu rendrais jaloux n'importe quel harceleur.

« Pas faux, admet-il.

« Du coup, vous savez tous plus ou moins où je suis par rapport à vous ?

« Les autres seulement s'ils te cherchent, ça diffère pour moi, je le sais en permanence.

« Ah... d'accord. J'espère que ça ne te déconcentre pas pour tes cours ou tout ce que tu fais d'autre.

« Continuellement.

Je jette un œil dans sa chambre, elle est assez bordélique mais ça ne me choque pas, je ne suis moi-même pas maniaque. Il a un lit deux places au centre de sa chambre, une télé et une console sur un meuble en face, son bureau est collé au mur près de la fenêtre et une porte ouverte mène à un petit dressing qui ne justifie pas qu'il y aie des fringues un peu partout. Je regarde par la fenêtre pour apercevoir les troncs et un peu de feuillage des arbres environnants. Le silence est tombé et je sens son regard sur moi bien qu'il soit dans mon dos et donc hors de ma vue.

« Je... commencé-je.

Je me triture les doigts en essayant de trouver quoi dire puis me tourne pour lui faire face.

« J'ai relu le message que je t'ai envoyé hier soir, je ne voulais pas écrire ça.

« Ça arrive, balaie-t-il. C'était juste un lapsus, n'est-ce pas ?

Je détourne le regard.

« Ou un lapsus révélateur, lâche-t-il. Tu as toujours des sentiments pour lui.

Ce n'est pas une question mais une constatation ou peut-être énonce-t-il juste l'évidence. Il m'agrippe par les hanches et se rapproche de moi.

« J'ai confiance en toi, Bells.

Mon regard se fixe aux siens, ses iris noires me scrutent mais je n'y vois aucun doute. Il me fait réellement confiance.

« Attends avant de dire ça, marmonné-je.

Il fronce les sourcils alors que la culpabilité me submerge. Je détourne le visage pour ne pas le regarder en face malgré notre proximité qui rend les choses moins évidentes.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? Vous avez...

« Non, le coupé-je, mais ce n'est pas grâce à moi, je lui ai fait une proposition qu'il a refusée. Je suis désolée, je n'aurais jamais fait ça en temps normal.

« Regarde-moi quand tu t'excuses, au moins.

Je remonte mon regard. Son intonation ne m'a pas paru hostile.

« J'ai dû mal à regarder les gens en face pour m'excuser ou révéler mes sentiments. Je m'en veux, j'ai honte de ce que j'ai fait et de te donner des raisons de douter de moi, en sachant que c'est comme ça que Rachel t'a perdu. Je ne veux pas te perdre parce que j'aime ce... je t'aime. Parce que je t'aime.

« Ce n'est pas comme ça que Rachel m'a perdu. C'est différent. Elle m'a menti et elle ne l'aimait pas ou mentait à propos de ne pas l'aimer. Tu peux contrôler ce que tu fais, pas qui tu aimes. Maintenant que tu sais que l'alcool te faire perdre le contrôle de tes paroles et probablement de tes actes, tu sais ce que tu dois faire pour ne pas reproduire ce qui s'est passé hier.

« Mais tu m'en veux quand même ?

« Tu étais saoule.

« Ce n'est pas une excuse...

« Tu t'en veux et j'ai l'impression que tu aimerais que je t'en veuille. Alors, certes, ça ne me fait pas plaisir mais je savais depuis le début que je devrais composer avec tes sentiments pour lui... et les siens pour toi quand j'ai compris que lui aussi en avait toujours.

« Je suis désolée.

« Ne t'excuse pas d'aimer, Bells. Ce n'est pas un choix, c'est comme ça, c'est tout. Ce que tu en fais est un choix.

« Tu ne le prends pas si mal, je pensais que tu serais en colère.

« Tant que tu restes honnête avec moi, je ne serais pas en colère pour ce que tu ressens. Tu ne m'as jamais reproché d'être en colère et ce même contre toi alors que tu étais innocente.

« Ne déteste pas Edward alors que c'est ma faute et celle de l'alcool.

« T'inquiète, je sais que c'est un bon gars. Il a refusé ta proposition indécente alors que techniquement, lui est toujours libre puisqu'aux dernières nouvelles, il n'est pas encore en relation avec son âme-sœur.

« Non, pas encore.

Il me colle à lui et me fait poser ma tête contre lui.

« Ça serait stupide de le détester étant donné qu'il est ton meilleur ami et le père de ton enfant, on va probablement beaucoup le fréquenter. Je sais que malgré tes sentiments pour lui, tu m'aimes et c'est tout ce qui m'importe. Je ne peux pas l'expliquer mais je le ressens, nous avons ce lien et tu es tout ce qui compte pour moi sur cette planète.

« Tu exagères un peu, non ?

« Pas du tout, petite étoile. Petite étoile lunaire, devrais-je dire maintenant.

Je souris et me serre davantage contre lui.

« Si un jour, quelque-chose nous sépare, murmure-t-il. J'aimerais assez recevoir le même traitement que tu as pour lui parce que te perdre complètement serait invivable.

Je me détache et le regarde droit dans les yeux, l'amour et le sérieux de sa déclaration débordent de son regard. C'est ce qui s'appelle un amour indéfectible, je crois. Quelque-chose de définitif, tout ce qui me fait peur mais j'ai un enfant en préparation avec Edward, ce qui est aussi un lien définitif. Alors je peux avoir et accepter ce lien avec Paul.

« Je tuerai tout ce qui essaiera de nous séparer, promets-je.

Il sourit et m'embrasse doucement. Je l'emmène s'asseoir sur le lit parce que j'aimerais parler, plus tranquillement, de Bidule et de ses peurs.

« Je voudrais savoir comment tu te sens par rapport à Bidule. Tu étais si paniqué quand je te l'ai annoncé mais après, tu as été plus serein, je ne sais pas si tu te retenais ou si ça a passé. Tu n'es pas obligé d'être responsable de lui mais il fera forcément partie de ta vie et je sais à quel point tu as peur d'être comme ton père... même si je suis sûre que tu ne le seras pas.

« J'ai paniqué, c'est vrai. Je t'avoue que le fait que ce soit Edward le père m'a rassuré. Ensuite, je me suis dit qu'Edward ne vivrait pas avec nous pour occuper son rôle de père à plein temps. Je ne sais pas comment vous voulez vous débrouiller avec l'enfant, une garde partagée, sans doute. Ce qui veut dire que j'aurais probablement un rôle quand l'enfant sera avec nous parce que je ne vais pas te laisser toute seule à gérer ça mais je pense que ça sera moins effrayant d'être le copain de maman que le père de l'enfant.

« J'aime comme tu penses qu'on va vivre ensemble, toi et moi.

Il plisse les yeux.

« Bien sûr qu'on va vivre ensemble, je ne te laisserai pas le choix. Dès que mes études sont finies, je construirai notre maison avec les gars.

« À moins que je récupère la maison de ma mère ?

« La maison n'est pas occupée ? C'est la maison hantée, c'est ça ?

« Ouais, celle-là même. À moins que Loona veuille l'avoir, il faudra voir avec elle.

« Nous verrons ça, sourit-il. Elle est assez grande, la logique voudrait que tu l'aies. Tu as prévenu les autres pour ta grossesse ?

« Non, personne n'est au courant, seulement toi, Edward et sa famille. Et la maman d'Ophie, bien sûr. Je ne sais pas comment l'annoncer. S'ils savent que le père est un vampire, ça va faire un scandale.

« Je n'avais pas pensé à ça, avoue-t-il. La première née de la fille de la lune sera un bébé vampire... ouais, ça va faire du bruit, c'est sûr.

« Shit.

Nous passons le reste de l'après-midi et la soirée ensemble pour profiter l'un de l'autre, dans notre petite bulle. Paul reçoit un sms d'Ophie et nous passons un moment à nous échanger des messages sur notre groupe de conversations à trois. Nous ne lui parlons pas de Bidule car ce n'est pas quelque-chose que nous pouvons dire par message, surtout que je ne sais pas si la pilule va passer correctement et Edward devrait être présent pour le lui annoncer.


J'entre avec Edward dans la même salle gynécologique que la dernière fois sauf que cette fois, c'est Carlisle qui s'installe derrière le bureau. Nous allons refaire l'échographie du troisième mois, c'est le jour idéal puisqu'en ce mercredi 07 octobre, c'est pile poil les trois mois de Bidule.

« Comment vas-tu ? Demande-t-il.

« Mieux, je pense que mon écart de conduite m'a fait assez peur pour réaliser que je tenais à Bidule. Du moins, assez pour avoir peur de lui avoir causé des problèmes.

« L'alcool est vraiment à éviter pendant la grossesse et pendant l'allaitement. Je pense que tu ne recommenceras pas, n'est-ce pas ?

« Non, promis.

« C'est pour toi et le bébé que je dis ça, tu sais ? As-tu toujours des crises d'angoisse et de panique ?

« Non, je commence à m'y faire, petit à petit. J'ai même parlé un peu d'avenir avec Paul, à propos de Bidule, d'Edward et lui sans me mettre à paniquer. Ce qui est une grande avancée, pour moi.

« Très bien, n'hésite pas à demander de l'aide auprès d'un professionnel qui pourrait t'apprendre à gérer ces angoisses. Tu peux bien sûr compter sur notre soutien et nous pouvons t'aider pour tout ce pour quoi tu auras besoin d'aide.

« Merci.

« Tu as des questions ?

« Quand est-ce que Bidule pourra nous entendre ?

« Dès le 6e mois. Pour l'instant, ton bébé a le sens du toucher et vient de développer celui du goût. Il développera l'odorat à 7 mois et la vue se développera à la fin de la grossesse.

« Ok, c'est tout ce que je voulais savoir.

« Passons à l'échographie, dans ce cas. Es-tu prête à le voir ?

Je hoche la tête, un peu hésitante. Nous nous levons, je m'installe sur le siège et remonte mon sweat et mon t-shirt en-dessous. Carlisle me met le liquide transparent et place le truc sur mon ventre. Il regarde d'abord puis tourne l'écran vers Edward et moi et nous pouvons voir une sorte de gros haricot d'une dizaine de centimètres tapi dans un coin de mon jardin interne, les images sont en noir et blanc et assez peu claire mais on voit la forme, la tête, la petite bosse du nez, les petites mains. Je déplace ma main pour chercher celle d'Edward, il le comprend et la prend dans la sienne.

« C'est réel, bon sang, nous allons avoir un bébé.

Il me semble que c'est la première fois que je définis Bidule comme étant un bébé. J'ai une montée d'émotions que je contiens pour ne pas pleurer. Edward porte ma main à sa bouche pour y déposer un baiser. Il me sourit avec émotions.

« Ouais, on va avoir un bébé, Bells.

Je reporte mon attention sur les images à l'écran. Bidule existe. Il est là. Carlisle appuie sur un bouton et nous entendons le rythme énergique de ses battements cardiaques à travers les enceintes de l'appareil.

« Tout va bien, votre bébé est en pleine forme. Est-ce que vous voulez connaître le sexe éventuel ?

« On peut déjà savoir ? M'étonné-je.

« Le bébé est bien placé pour pouvoir l'estimer, ça ne sera cependant fiable qu'à l'échographie du 5e mois.

Je jette un œil à Edward.

« Je m'en fiche, je l'aimerai pareil, de toute façon.

« Moi aussi. Ça ne sert à rien de savoir de toute façon, nous savons déjà avec la descendance mystique des filles de la lune mais peut-être que nous aurons une surprise. Gardons cette possible surprise.

« Très bien. Je vais imprimer les échos et vous les donner, vous pourrez y aller ensuite.

Je souris. Après avoir eu le dossier contenant les clichés, Edward me ramène chez lui. Nous nous installons sur le canapé, il m'entoure de son bras et me colle contre lui. C'est la première fois que nous avons une preuve réelle et tangible de notre future parentalité. Je vais avoir un bébé, pas un bidule, un bébé qui va grandir et faire tout ce qu'un bébé fait. Dans 6 mois. 6 mois, c'est assez court, quand même. Il faudra acheter des trucs et lui trouver un nom... en attendant, il restera Bidule.

« On va être parent, murmure-t-il.

« Ouais, Bidule existe, il n'est pas une blague de l'univers.