Bonjour à tous !

Aujourd'hui, c'est le cinquième chapitre qui est à l'honneur ! Normalement, il devait être plus long mais j'essaie de garder des chapitres de taille égale — et j'essaie aussi de tenir un rythme de publication régulière — donc j'ai coupé les événements en deux !

Étant adepte de hurt/comfort, on est ici sur le hurt mais le comfort arrivera au prochain chapitre ! (Mais ne durera pas.. hehe)

Bonne lecture !


On tira ses rideaux, laissant un flot de lumière s'engouffrer dans sa chambre. Peter grommela, cherchant à se réfugier sous sa couverture. Il avait l'impression de ne pas avoir fermé l'oeil de la nuit ; son corps l'élançait, des courbatures criblaient ses épaules et ses jambes et une migraine menaçait son hémisphère droit.

— Pas maintenant, May, marmonna-t-il d'une voix ensommeillée. Le réveil a pas encore sonné.

Un rire grave, très différent de celui de sa tante, s'éleva juste à côté de sa tête.

— Tu as assez dormi, marmotte. Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt ! répondit la voix de James alors qu'on arrachait sans ménagement la couette dans laquelle il était blotti.

Un frisson grignota sa peau sous l'étoffe légère de son pyjama Captain America.

— Allez, Pete ! Ce n'est pas le moment de se rendormir. Tu as cours dans une heure !

— Une heure ? Mais c'est dans si longteeeemps, bâilla l'adolescent en se hissant difficilement sur son coude droit. Et d'abord, qu'est-ce que tu fais dans ma chambre ?!

— Je suis resté dormir ici, petit génie, dit-il — mais Peter nota, à travers les affres de la fatigue, qu'aucune malice n'appuyait ce dernier qualificatif ; seulement une ironie que James avait à peine cherché à dissimuler.

L'adolescent fronça les sourcils. L'air frais de sa chambre faisait courir des frissons sur sa nuque et il se sentait un peu fébrile. Son épaule blessée le tiraillait.

— Je... je crois que je ne me sens pas très bien, marmonna-t-il en passant une main légèrement tremblante sur son front, qui lui sembla moite.

James rit :

— C'est la même chose pour tout le monde, mon grand : ça s'appelle le réveil.

Pourtant, Peter n'avait pas l'impression d'être dans son état normal. Il frissonna à nouveau et regretta amèrement la chaleur de sa couette.

— James, je ne me sens vraiment pas —

James l'interrompit, ses traits se durcissant imperceptiblement :

— Hey, pas de ça avec moi, champion. Ta comédie marche peut-être avec May, mais n'a aucun effet sur moi, alors habille-toi et viens prendre le petit-déjeuner. Ta tante a tout préparé, elle n'attend que toi.

— Quelle comédie ? s'insurgea faiblement Peter en se forçant à poser un orteil sur le parquet froid.

— Celle du pauvre enfant trop malade pour aller à l'école et affronter ses responsabilités. Tu n'es plus un bébé, Peter, alors tu ferais mieux de te lever et de te préparer pour le lycée.

James n'avait pas tort, essaya de se convaincre Peter en enfilant un jean, un t-shirt gris et son sweat-shirt Star Wars préféré. Il n'était plus un bébé. Il n'était plus un enfant non plus. Il était un super-héros, il pouvait très bien se débrouiller tout seul, quoi qu'en pensent Happy, Tony et leurs protocoles de surveillance intrusifs ! Et ce n'était pas une baisse de régime passagère qui allait l'en empêcher !

Dans la cuisine, May buvait du thé en regardant la télé, visiblement absorbée par la chaîne d'informations. En l'entendant arriver, elle détourna son attention de la télévision et eut aussitôt l'air inquiet.

— Oh, mon cœur, tu vas bien ? Tu es si pâle…

— Ça va, lui assura l'adolescent en versant une généreuse rasade de lait sur ses corn-flakes, malgré le noeud qui serrait son estomac. Juste une mauvaise nuit, mais ça ira mieux après un bon petit-déjeuner !

— Ne t'inquiète pas, ma chérie, ajouta James en se penchant pour embrasser May sur le front. Ton neveu va bien, il n'est pas en sucre — et au pire, un bon trajet en métro le requinquera !

May n'était pas convaincue. Elle repoussa James et tourna de nouveau son regard soucieux vers Peter.

— Tu es sûr que tu ne veux pas rester à la maison, mon cœur ? On pourrait passer la journée ensemble, toi et moi, à regarder des téléfilms idiots en mangeant des pop-corn. Ça fait si longtemps...

— Je…

Derrière May, les yeux de James ressemblaient à des blocs de glace. Peter s'empressa de répondre, essayant d'adopter un ton léger :

— Ne t'en fais pas, je vais bien, May. De toute façon, je ne peux pas rater les cours, j'ai un examen très important en espagnol en début d'après-midi !

— Tu me promets que tu m'appelleras si tu ne te sens pas bien ?

— Bien sûr, je t'appellerai, prétendit-il.

Soulagé, il la vit hocher la tête et reporter son attention sur sa tasse de thé — sans toutefois cesser de lui adresser des regards en coin légèrement anxieux. Peter lui sourit en engloutissant une cuillerée de corn-flakes ; ceux-ci tombèrent dans son estomac avec la légèreté de morceaux de ciment.

Au moment de quitter l'appartement, il constata que James lui avait emboîté le pas. Lorsqu'il eut posé la main sur la poignée de la porte, l'homme se pencha vers lui et lui murmura, trop bas pour que May l'entende :

— Je compte sur toi pour ne pas déranger May. Ta tante mérite de se reposer, pas de courir à droite et à gauche pour te récupérer à ton lycée parce que tu auras voulu échapper à un examen d'espagnol. Mais tu ne l'appelleras pas, car tu es un grand garçon, n'est-ce pas, champion ?

Un grand garçon et un super-héros, songea-t-il, sans pourtant parvenir à croire en ces mots. Ils sonnaient étrangement… creux.

— Ouais, marmonna-t-il. Bien sûr.

Oui, corrigea James. C'est important de s'exprimer correctement, Pete.

Il se retint de lever les yeux au ciel.

— Oui, James.

OOO

Peter avait l'impression que la matinée se déroulait dans un brouillard sirupeux. Agité de tremblements incontrôlables, il refusa d'abandonner son sweat et finit par rabattre sa capuche sur sa tête, cherchant désespérément un peu de chaleur sous le tissu épais. Il ne savait pas comment il était possible d'avoir aussi froid, alors qu'il transpirait abondamment et qu'à travers le reflet de son écran de téléphone, ses joues lui semblaient anormalement rose foncé.

— C'est un nouveau look ? s'étonna MJ en le dévisageant de haut en bas, l'air sceptique, pendant la récréation. Tu essaies de ressembler à un Nazgûl ?

— J'aimerais bien être un Nazgûl, geignit Peter. Au moins, ils n'ont pas froid, puisqu'ils ne sont pas humains. Bon sang, qui a allumé la clim ? Il doit faire moins huit mille dans le coin !

— Il n'y a pas de clim.

MJ fronça les sourcils et ajouta, d'une voix inquiète à laquelle il n'était pas habitué :

— T'as vraiment une mine épouvantable. Tu devrais aller voir l'infirmière avant de nous faire une syncope, Parker.

— Non ! protesta-t-il en songeant à James. Non, pas la peine, je survivrai jusqu'à la fin des cours. Et je n'ai rien de grave, ça doit juste être un rhume, le chauffage n'est pas encore allumé à l'appartement.

Elle plissa les yeux :

— Okay, si tu le dis…

— Tu ressemblerais presque à ma tante, sourit Peter en la voyant l'examiner comme si elle craignait qu'il se mette soudainement à vomir sur ses souliers.

— Je prends ça comme un compliment, répliqua MJ en redressant le nez d'un air digne.

Toutefois, il regretta de ne pas avoir suivi le conseil de son amie lorsqu'arriva le cours de sport. Si d'ordinaire, il devait redoubler d'efforts pour ne pas trahir ses capacités physiques hors du commun, il n'avait cette fois-ci aucune difficulté à être à la traîne. A côté de lui, Ned ressemblait à un champion olympique. De l'autre côté du gymnase, Flash ne cessait de lui décocher des sourires moqueurs en faisant rebondir le ballon de basket sur le parquet ciré.

Courir ressemblait à une nouvelle forme de torture. Les couinements de ses chaussures l'assourdissaient, la sueur coulait dans ses yeux et il manqua trois fois de suite de recevoir le ballon dans la figure — MJ le rattrapa de justesse, non sans lui couler un regard qui voulait très clairement signifier « Je te l'avais dit, tu aurais dû aller à l'infirmerie ! »

Mais le pire était son épaule blessée. Chaque geste lui donnait l'impression qu'une nouvelle lame s'enfonçait dans son épiderme, et il se faisait l'effet d'une motte de beurre que l'on raclait encore et encore, avec une régularité implacable. Sa tête tournait de plus en plus vite et il réalisa que la question n'était pas tant de savoir s'il allait vomir que quand.

La fin du cours sonna comme une délivrance et il fut l'un des premiers à se précipiter dans les vestiaires. Il retira avec soulagement son maillot de basket.

— Peter ? demanda soudainement Ned derrière lui, d'une voix que faisaient vaciller des accents de panique. T-ton t-shirt... tu saignes...

Surpris, Peter se dévissa le cou pour examiner son épaule. Une sueur froide se répandit sur sa nuque et les battements de son cœur s'accélèrent en voyant la tache rouge foncé qui s'épanouissait sur son t-shirt.

— Oh, merde…

Par chance, personne ne faisait attention à eux. Peter se hâta d'enfiler son sweat pour dissimuler le sang et, dès que la cloche sonna, courut jusqu'aux WC les plus proches. Là, il retira précipitamment ses vêtements et arracha lentement le pansement de fortune qui recouvrait sa blessure. Son utilité avait été réduite à néant par la quantité de sang qui l'imbibait, rouge, épais et dégouttant sur le carrelage blanc des toilettes.

Serrant les dents pour réprimer un haut-le-coeur, il fouilla dans son sac à dos jusqu'à trouver un mouchoir et une bouteille d'eau. Après avoir tant bien que mal nettoyé sa blessure — la douleur l'électrisait dès qu'il la frôlait, lui donnant envie de tourner de l'oeil — il l'enveloppa d'un nouveau pansement. Il n'avait pas de vêtements de rechange, mais son sweat-shirt lui permettrait de dissimuler l'aquarelle macabre qui obscurcissait le tissu gris clair de son t-shirt.

Sa tête se remit soudainement à tourner et il dut s'asseoir sur la cuvette fermée pour reprendre ses esprits. La vision floue, il attrapa son téléphone portable et hésita longuement. Les paroles de James n'avaient pas quitté son esprit, mais May comprendrait s'il l'appelait… May le comprenait toujours.

Son pouce appuya fermement sur le prénom de sa tante.

Bip… bip… bip…

— Allô ? demanda finalement une voix masculine de l'autre côté du fil, une voix qui lui donna l'impression d'avoir avalé un sac de cailloux. Pete, c'est toi ?

— J-James ? Pourquoi tu as le téléphone de May ?

— Ta tante est sous la douche, elle m'a demandé de répondre. Que lui veux-tu, mon grand ?

Sans attendre de réponse, James renchérit, d'une voix amusée qui ne dissimulait pas une pointe de méfiance :

— J'espère que tu n'as pas trouvé une bonne excuse pour sécher ton examen d'espagnol et déranger ta tante par la même occasion ? On a déjà eu cette conversation ce matin, n'est-ce pas ?

— Euh…

Il se mordit nerveusement la langue, avant de répondre, abandonnant les armes :

— Nan, nan, bien sûr. Je voulais juste… euh… lui dire… que je pensais à elle.

James rit à nouveau :

— C'est très gentil de ta part, Pete. Je lui ferai passer le message. Tu as besoin d'autre chose ? Je vais bientôt faire les courses, tu voudrais des glaces pour ce soir ?

— Euh... Ouais, ouais, okay.

— Parfait. A ce soir, champion.

— Salut, James.

OOO

A midi, il rejoignit Ned et MJ dans le réfectoire mais fut incapable de toucher à son plateau. La simple vision de son assiette d'épinards remuait quelque chose de désagréable dans son estomac. Il se contenta de jouer avec la mie de son pain, hochant de temps à autre la tête pour faire mine de s'intéresser à la conversation de ses camarades.

Sur le chemin du cours d'espagnol, le sol sembla brusquement tanguer sous la semelle de ses baskets. Il avait l'impression d'avoir embarqué sur une montagne russe — sauf que son lycée n'avait rien à voir avec un parc d'attraction. A côté de lui, Ned et MJ discutaient à voix basse, mais il n'avait aucune idée de ce qu'ils racontaient. Les sons étaient étouffés, ils semblaient provenir de très loin… Le couloir ondulait, les murs se refermaient dangereusement autour de lui…

Tout à coup, le monde devint noir.

— Peter ? Peter !

— Qu'est-ce que…

— Oh mon Dieu ! Appelez l'infirmière, dîtes-lui qu'un élève a fait un malaise !

— Poussez-vous ! Poussez-vous, bon sang ! Parker, tu m'entends ?

Il eut vaguement conscience d'une main douce, fraîche, contre sa joue.

— Peter, réveille-toi, je t'en prie…

C'était la voix de MJ. Elle semblait paniquée.

— Peter ?

Il s'efforça de papillonner des paupières et grimaça sous l'assaut des lumières trop blanches du couloir du lycée. Lorsque son champ de vision se fut stabilisé, il constata que MJ était agenouillée à côté de lui ; derrière elle, il devinait les silhouettes de Ned mais aussi des camarades que sa chute avait attiré et qui chuchotaient frénétiquement en le dévisageant. Il crut reconnaître, ça et là, les formes caractéristiques de leurs téléphones portables. Étaient-ils réellement en train de le filmer ?!

S'il ne s'était pas senti aussi confus, il aurait probablement été mortifié par la honte.

— De la place, faîtes de la place ! tonna soudainement la voix d'un surveillant, et bientôt les silhouettes se dispersèrent, remplacées par celle d'un adulte qui l'enveloppait d'un regard préoccupé. Laissez-le respirer, pour l'amour du ciel ! Toi aussi, Jones.

— Certainement pas. Je reste avec Peter, rétorqua farouchement MJ.

Sa main était toujours nichée contre son visage, et c'était la sensation la plus douce que Peter n'avait jamais connue.

Le surveillant tergiversa quelques secondes avant de hausser les épaules.

— Okay, alors rends-toi utile, Jones, et aide-moi à le relever et à l'amener au deuxième étage. L'infirmière l'attend.

— J-je vais bien…, marmonna Peter, mais MJ secoua la tête :

— Tu viens de tomber dans les pommes, bien sûr que tu ne vas pas bien ! Tu as besoin d'un médecin, Peter. Et de rentrer chez toi. Le lycée tournera très bien si tu restes dans ton lit, tu sais ; personne ne t'en voudra.

— Je suis d'accord avec Jones, approuva le surveillant en lui tendant la main pour l'aider à se redresser. Pas question de te laisser retourner en cours dans cet état-là. C'est notre responsabilité qui est en jeu.

MJ se hâta de glisser un bras sous son épaule pour le soutenir. Il lui en fut infiniment reconnaissant ; ses genoux chancelaient dangereusement et ses jambes semblaient taillées dans de la gelée à la framboise.

— Tu peux marcher, Parker ? s'inquiéta le surveillant.

Il acquiesça en rougissant.

— Je le tiens, dit fermement MJ. Il ne risque pas de tomber.

Et ils s'avancèrent, formant une étrange procession qui clopinait à une vitesse d'escargot dans les couloirs du lycée.

— Mon sac... où est mon sac ? s'affola soudainement Peter alors qu'ils étaient à mi-chemin de l'infirmerie.

Outre son costume, il y avait aussi son téléphone et son portefeuille dans son sac. Le perdre aurait été catastrophique... mais MJ le rassura aussitôt :

— Ned l'a apporté à l'infirmerie.

— Oh... merci.

Rassuré, il se laissa guider jusqu'à la porte de l'infirmerie. Ils furent presque instantanément accueillis par une jeune femme blonde en jean et chemise rayée, loin du cliché de l'infirmière en robe blanche — et armée d'une seringue géante — que Peter s'était représenté.

— Un malaise, c'est ça ? Installe-toi, jeune homme, on va t'examiner avant d'appeler tes parents, ordonna-t-elle sans autre préambule.

Le surveillant s'éclipsa aussitôt, mais MJ n'accepta de le lâcher que lorsqu'il fut assis sur l'un des lits blancs de la pièce, à côté d'une fille qui vomissait bruyamment dans une corbeille en plastique, et ne le laissa seul qu'à contrecœur.

— Croisons les doigts pour que tu ne sois pas contagieux, dit-elle avant de déposer un rapide baiser sur sa joue. Soigne-toi bien, Peter.

Il était encore rouge vif lorsque l'infirmière se pencha vers lui et glissa un thermomètre dans sa bouche.

— 'espere que 'ous 'avez dé'in'ecté, marmonna-il en se retenant de mâchouiller l'embout en plastique du thermomètre, comprenez : « J'espère que vous l'avez désinfecté ».

— J'espère aussi, répondit l'infirmière en roulant des yeux. Tiens toi tranquille, s'il te plait.

Il s'efforça de rester immobile.

— Oh, laissa-t-elle finalement échapper en lisant le chiffre qui s'était affiché sur le petit appareil. Effectivement, tu as de la fièvre. Tu as mal quelque part ?

— Juste un peu à la tête, mentit Peter en ignorant tant bien que mal les battements douloureux dans son épaule.

— Qu'as-tu mangé aujourd'hui ?

— Euh...

Elle fronça les sourcils.

— Tu n'as pas déjeuné, n'est-ce pas ?

— ... Non ?

— Pas étonnant que tu aies fait un malaise. Je vais appeler tes parents pour qu'ils viennent te chercher. En attendant, prends du jus de fruit et allonge-toi un peu.

— Euh, à propos de mes parents... c-c'est ma tante qui est ma responsable légale. Et euh e-elle travaille aujourd'hui, elle ne voudrait pas être dérangée...

— Je dois prévenir ta famille, c'est le protocole, répliqua l'infirmière en s'asseyant derrière l'écran de son ordinateur centenaire. Rappelle-moi ton nom… ?

— Peter Benjamin Parker.

Les touches de l'appareil firent le même bruit qu'une pluie battant contre les carreaux d'une fenêtre.

— Effectivement, May Parker est l'une des personnes que nous devons contacter en cas d'urgence.

— Il y en a d'autre ?

— Oui, un certain…

Elle haussa un sourcil.

— Han Solo ? C'est une blague ?

Peter aurait éclaté de rire s'il ne s'était pas senti aussi nauséeux. Il se souvint soudainement qu'il y avait très longtemps — avant l'Eclipse — Tony avait insisté pour figurer parmi ses contacts d'urgence. « Tu n'es pas un humain normal. Certaines blessures doivent être traitées avec une attention particulière, une attention que des médecins ordinaires n'auront pas — alors si tu devais être blessé au lycée, je préfèrerais être prévenu. » « Vous avez peur qu'un prof m'attaque d'un coup de critérium dans l'oeil ? » s'était amusé Peter, mais M. Stark était resté inflexible. « On n'est jamais trop prudents, petit. » « Alors… je vais vraiment avoir votre nom dans mon dossier ? » « Nan, je donnerai un pseudonyme crédible. »

Un pseudonyme crédible, répéta intérieurement Peter en parvenant à esquisser un sourire.

— Oui, c'est mon… euh… un ami de May. Quelqu'un de confiance. Mais il préfère passer inaperçu, alors euh…

L'infirmière soupira, visiblement peu égayée par la plaisanterie.

— Très bien, j'appellerai ce « Han Solo ». Toi, allonge-toi et ferme les yeux. Un peu de repos te fera du bien.

C'était plus facile à dire qu'à faire. Peter avait toujours froid, et il se sentait incroyablement inconfortable dans ses vêtements qui l'étouffaient — sans compter son épaule qui irradiait de douleur et les déglutitions de la fille qui vomissait dans le lit voisin…

Chaque seconde semblait durer des heures. Il entendit vaguement l'infirmière téléphoner, puis les bruits lointains du lycée — cavalcades dans les couloirs, claquements des casiers que l'on refermait sans ménagement, sonneries des téléphones portables… Son esprit allait et venait, dérivant au milieu des couloirs mais ne parvenant pas à se défaire de la douleur et du mal-être qui s'étaient glissés sous sa peau.

Mais finalement, peut-être avait-il réussi à s'endormir brièvement, car il n'eut conscience d'une nouvelle présence dans la pièce que lorsqu'une main se posa avec mille délicatesse sur son front, repoussant les mèches que la sueur attachait à ses tempes.

— Hey, Pete, murmura Tony d'une voix préoccupée. C'est l'heure de se réveiller, petit.