Chapitre 3

- Sinon on met fin au défi de suite !

Law venait de jeter sa dernière carte sur table. Depuis ce matin, l'appartement était envahi par des cris venant de toutes parts. Devant la saleté, encore plus apparente au grand jour, le maniaque était en train d'obliger sa colocataire à ranger son bordel. La menace semblait enfin avoir eu l'effet escompter puisque la jeune femme tira la moue, soupira un grand coup et s'en alla chercher sac poubelle et autre produit d'entretien. Le grand la regardait faire, fier de lui. Il avait enfin trouvé comment avoir le dernier mot, la menace n'était pas réelle, il était hors de question pour lui d'abandonner quelque chose qu'il avait commencé, mais ça, son « âme sœur » n'était pas censé le savoir. Le balai commençant à être passé, Law enfila ses chaussures.

- Je pars travailler. Tout doit être nickel pour ce soir.

Alors qu'il ne prit pas la peine de rajouter quoi que ce soit, il put entendre à travers la porte fermée une simple phrase qui le fit sourire.

Passe une bonne journée

Seul son père lui souhaitait de passer une bonne journée quand ils habitaient encore ensemble. Voilà maintenant bien des années que personne ne lui avait dit ces simples paroles mais pourtant qui le faisaient sourire. L'esprit un peu plus léger malgré sa dispute, il partit en direction du grand Hôpital Central.

En dépit du jour férié, le personnel de l'hôpital fourmillait dans tous les sens. Certains infirmiers s'étaient installés dans la salle de pause afin de boire un café et discuter des dernières informations de la semaine, d'autres visitaient les patients pour vérifier si la prise de médicament avait bien été effectuée. Au fond du troisième couloir du rez-de chaussé, se situait les cabinets spécialisés, les portes ouvertes montraient un médecin ou un chirurgien travaillant sur un dossier en attendant leur prochain patient. Au passage de Law, quelques-uns levèrent la tête de leurs feuilles intriguées par les bruits de pas au sol, avant de saluer le nouvel arrivant d'un signe de tête et de se remettre le nez dans leurs dossiers, sans le moindre mot.

L'homme aimait cette ambiance, tout était calme mais aussi frénétique, chacun savait parfaitement ce qu'il devait faire sans empiéter sur le travail des autres. Law finit par arriver dans son cabinet, une simple salle au mur blanc et au parquet de bois clair. De part et d'autre de la pièce, des armoires de stockages contenaient les documents des patients classées ainsi que quelques livres de chirurgie. Le bureau, parfaitement rangé, trônait au milieu de la salle, seules les quelques feuilles des futures consultations et opérations venaient déranger la parfaite organisation. Le brun s'installa confortablement dans son siège en cuir noir qu'il avait laissé à l'abandon l'avant vieille. A peine eut-il le temps de consulter son programme de la journée que sa porte s'ouvrit dans un grand fracas :

-Je t'avais bien dit que ce bourreau des cœurs était arrivé ! Alors petit cachottier on ne nous appelle pas pour nous dire comment s'était avec la femme de ta vie ?

Le chirurgien lança un regard noir à ses deux amis qui firent mines de ne rien voir.

-Dire qu'il nous a laissé en plan à la fête pour la voir, sans même nous dire au revoir.

Sachi et Penguin se regardèrent avant de se mettre à rire soudainement. Pouvoir se moquer du chirurgien était un de leur passe-temps favori bien que ce dernier ne laissait que très peu d'occasion de se payer sa tête.

- Vous n'avez pas du boulot ?

Sachi stoppa en premier de rire avant de lui répondre plus sérieusement :

- On est justement là pour ça, pas que pour tes beaux yeux.

- Madame Nakamura voulait te voir, elle avait un peu mal au cœur cette nuit. Elle voulait savoir si l'opération était toujours impossible, continua Penguin sans se rendre compte que sa casquette lui cachait désormais l'intégralité de son visage.

- Tu dois aussi te préparer pour l'opération de Kaya Kouda qui se déroulera cet après-midi dans le bloc Est, termina de résumé Sachi en ajustant sa blouse d'infirmière.

Le brun claqua sa langue avec tout ce qu'il s'était passé, il en avait totalement oublié cette opération importante. Même s'il en avait l'habitude, il aimait se préparer et planifier pour éviter le moindre risque.

-Très bien. Ça sera tout ?

- On voulait savoir… Tu es en mode love love avec elle ?

Le regard que lança l'homme aurait pu glacer le sang de n'importe qui mais fit glousser de rire ses deux comparses qui repartirent sans rien ajouter. Voilà maintenant que même au travail, cette soi-disant âme-sœur trouvait un moyen pour venir le déranger même sans le vouloir. Il ne voulait pas y penser, cet hôpital était son monde à lui, sa bulle où il pouvait se reposer. Son travail demandait une grande concentration et parfois l'échec le guettait, mais c'était sa passion, ce pourquoi il avait travaillé toute sa vie. Son taux de succès était tel qu'on l'avait surnommé « Le chirurgien de la mort », titre partie d'une simple blague de Pingouin qui disait que si la mort avait un problème, elle viendrait le voir pour se faire opérer. Son travail était sa vie, Eri n'avait pas sa place dedans.

Sans perdre plus de temps, Law enfila sa longue blouse blanche avant de récupérer le dossier de sa patiente qui l'attendait dans sa chambre. Madame Nakamura était une dame âgée mais possédant encore toute sa tête, quand sa famille venait lui rendre visite, il n'était pas rare de l'entendre rire dans les couloirs. On pouvait également l'apercevoir de temps à autre se déplacer à l'aide de sa canne, lentement mais sûrement, ne manquant jamais par la même occasion de rendre visite aux chambres à côté de la sienne pour aller papoter. Bien qu'il ne s'attachait jamais aux patients, Law avait du respect pour cette dame qui se battait contre sa maladie depuis le premier jour, elle était toujours d'un calme réconfortant. La voir lui donnait envie de se surpasser pour la guérir et qu'elle puisse de nouveau vivre une vie en dehors de ces murs austères comme elle aimait les qualifiés.

- Vous venez quand même voir la vieille dame que je suis alors que vous avez rencontré votre âme-sœur ? Je me sens flattée.

Le chirurgien fut quelques peu surpris de cet accueil, à moins que ses deux amis ne se soient amusés à le crier dans tout l'hôpital, cette femme n'avait aucun moyen de savoir qu'il avait rencontré la personne de l'autre côté du fil rouge.

- On lit en vous comme dans un livre ouvert, très cher. Le destin à fini par vous attraper, j'imagine déjà toutes les jolies filles à qui vous allez briser le cœur maintenant, s'amusa la patiente tranquillement installée dans son lit.

- Si je croyais en une quelconque fatalité je ne serais pas un aussi bon chirurgien, et si on passait à votre état de santé plutôt qu'à mes histoires d'amour ?

- C'est bien là votre plus grande force, mais n'oubliez pas que le destin fait souvent des choses formidables. (Devant le regard de son médecin insistant la vielle femme soupira et changea de sujet.) J'ai senti ma poitrine se contracter pendant plusieurs minutes cette nuit. La douleur était telle que je me suis réveillée suffocante. J'ai pensé à un arrêt cardiaque mais la sensation est partie comme elle est venue.

- Vous continuez à prendre vos médicaments à chaque repas ?

- Oui.

-Bien alors je vais augmenter les doses de Kardegic, je vais aussi demander à ce qu'on vous promène dans le parc, un peu d'exercice physique pourra vous faire du bien. Si vous continuez à ressentir cette gêne, rappelez moi sur le champ pour refaire une échographie. Une infirmière viendra dans l'après-midi pour refaire une prise de sang.

La patiente hocha la tête tout le long des indications du chirurgien, même si elle ne le laissa pas paraître, sa maladie lui faisait peur, terriblement peur. Le fait qu'on ne puisse l'opérer dans l'immédiat lui donnait l'impression de se voir mourir à petit feu. Elle savait que Law était un médecin réputé dans son domaine, cependant son regard froid et sévère ne pouvait pas lui enlever cette impression que la mort la guettait, seul son air embarrassé au début de la conversation lui avait fait oublier cette impression, elle avait eu l'espace d'un instant une conversation humaine.

L'homme brun finit par partir de la chambre de sa patiente donnant au passage ses indications à l'infirmière chargée de Madame Nakamura.

Une fois retourné à son bureau, il prépara le dossier de sa prochaine opération. Il devait connaître les radios par cœur afin de les avoir en tête au moment où il ouvrirait sa patiente, et s'assurer, une ultime fois, qu'aucune anomalie ne se présenterait. Bien que son esprit fût entièrement consacré à la tâche, ses pensées finirent par divaguer sur la conversion qu'il avait eu quelques minutes plus tôt. « Le destin faisait des choses formidables », avait dit la vieille femme, connerie ! Le destin n'était qu'une chose inventée par les gens n'ayant pas le courage d'avancer par leur propre moyen, il le prouverait pour sûr en ne finissant pas avec cette fille grossière qui s'était imposée dans sa vie.

Trois heures d'opération. Law était affalé sur sa chaise se reposant les yeux tant qu'il le pouvait. Il avait bien failli perdre sa patiente suite à un arrêt cardiaque dès l'ouverture. Le corps n'avait pas accepté l'anesthésie, il avait donc fallu lui mettre un cœur artificiel le temps de s'occuper de l'aorte boucher puis le retirer et s'assurer que tout refonctionne normalement. Le chirurgien essayait de se rappeler de tous ses gestes dans les moindres détails, visualiser pour optimiser la prochaine fois qu'un cas de figure similaire ferait face. Son téléphone vibra sur son bureau le réveillant de ses réflexions. Un simple message abordant le prénom de Eri, apparaissait comme notification, ce qui le mit en colère : « Tout est bien rangé, je t'attends ! » finit par d'innombrables smileys avec des cœurs dans les yeux. Sans plus de réflexion, le brun se leva de son bureau les mains sur le bois, cette petite peste avait osé fouiller dans son téléphone, qui plus est, s'enregistrer sans lui demander son avis. Sans était trop pour lui, personne n'avait le droit de fouiller dans sa vie privée et encore moins un pseudo « âme-sœur ». Furieux, il partit de l'hôpital sans voir ses amis qui lui faisaient des grands signes de l'autre bout du couloir.

Le trajet lui sembla long, et plus le temps se prolongeait, plus il pensait à ce qu'il allait dire à cette imprudente qui fouillait dans ses affaires et qui ne cessait de s'imposer à lui depuis qu'ils s'étaient rencontrés.

Cette fois-ci il ne s'attarda pas sur la façade délavée du vieil immeuble et grimpa une à une les marches jusqu'à arriver devant la porte de l'appartement qu'il ouvrit dans un grand fracas. Devant lui, s'étendait le salon propre avec une délicate odeur de javel, preuve que tout avait été désinfecté dans les règles de l'art. Le parquet avait été soigneusement ciré et un tapis propre avait été installé sous la table à manger. Son attention finit par se focaliser sur la personne endormie sur le canapé, qui, pour une fois, portait des vêtements parfaitement normaux : un simple jean délavé avec un t-shirt noir sans aucune inscription. Ses mains cependant étaient parsemées de petites coupures et éraflures encore rougeâtre qu'elle avait dû se faire tout au long de sa journée de ménage. Son instinct de médecin reprenant le dessus, il la réveilla sans aucune douceur lui tirant la joue jusqu'à ce qu'elle se réveille en sursaut.

- Suis moi dans la cuisine maintenant.

La jeune femme se leva tout en baillant sans prendre la peine de couvrir sa bouche, avant de suivre Law tout en se massant la où elle avait été pincée.

Dans la pièce, l'homme lui attrapa les mains avant de les mettre sous l'eau et de les frotter avec du savon.

-Tu es irrespectueuse, sans gêne, profiteuse et manipulatrice. Tu viens te glisser dans le lit quand je dors, tu fouilles mon portable pour avoir mon numéro et t'enregistrer. Je ne veux même pas savoir comment tu as eu mon code ! Depuis que je te connais, c'est le bordel ! (Après vérification que toutes les coupures avaient bien été désinfectées il les sécha à l'aide d'un sopalin) Tu dis être mon âme sœur mais tu me fais juste chier et là je me retrouve à te faire un bandage à la con pour t'éviter de te chopper une quelconque maladie dans cet immeuble piteux.

Cette dernière phrase sembla sortir Eri de sa léthargie, toute sourire comme si elle n'avait pas entendu tout le début du monologue.

-Tu t'inquiète pour moi ? C'est les premiers signes de l'Amour ! C'est ce que disait ma sœur.

Law n'en croyait pas ses oreilles, la seule chose qu'elle avait retenu c'était ça et encore elle l'avait déformé de la manière qu'elle désirait, Comprenant que quoi qu'il dirait, il n'aurait pas le dernier mot, il préféra soupirer bruyamment avant de lui donner une forte pichenette sur le front.

»»—- —-««

Anecdote : Eri a réussi à voir le code de Law en passant discrètement derrière lui au moment où il tapait son code. Elle a ensuite pris le téléphone quand elle s'est infiltrée dans le lit pour y enregistrer son numéro et inversement.

Anecdote 2 : La miss en a profité pour se prendre en photo et s'installer dans la galerie portable de Law

»»—- —-««

J'espère que ce nouveau chapitre vous a plu ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en penser, cela m'aide grandement à m'améliorer.

A bientôt