Auteur : Lady Zalia

Type : Humour et Romance Drarry fluffy

Disclaimers : Univers appartenant toujours à J.K. Rowling. Drarry (donc relation MxM). Rating M.


Chapitre 3

Lorsque Harry et Drago se séparèrent aux alentours de 12h, le Survivant était encore sur un petit nuage. La vision de son petit-ami en plein orgasme avait été magnifique, et il dû se secouer mentalement pour la sortir de sa tête. Il ne pouvait tout de même pas arriver aux Trois Balais avec un tel sourire niais !

Drago avait préparé une excuse au cas où Cho Chang racontait autour d'elle comment s'était terminé leur rendez-vous, et Harry se la répéta mentalement pour ne pas se tromper : Officiellement, Drago avait essayé de l'entraîner à l'extérieur de Pré-au-Lard pour un duel magique mais il avait réussi à s'enfuir et avait passé l'heure précédente à se cacher. Harry n'était pas très fan avec cette version des faits mais il devait bien reconnaître que c'était la plus facile à justifier.

Lorsqu'il pénétra dans le pub, il mit quelques secondes avant de trouver Hermione, cependant il eut un temps d'arrêt en reconnaissant les deux personnes avec qui elle était assise : À sa gauche se trouvait Rita Skeeter, ex-journaliste à La Gazette du sorcier, et accessoirement l'un des êtres qu'Hermione détestait le plus au monde, et à sa droite se trouvait Luna Lovegood, leur camarade de Serdaigle. Il fronça les sourcils face à cette association pour le moins incongrue et les rejoignit néanmoins alors que sa meilleure amie lui faisait des signes de la main.

- Harry ! Par ici !

- Hermione. Tu peux m'expliquer ?

- À vrai dire, j'attendais moi aussi que la petite Miss Parfaite m'explique la raison de ma venue. Elle m'a simplement dit de venir te retrouver ici.

La journaliste avait perdu son air apprêté de l'année précédente. Elle avait fusillé Hermione du regard, rêvant probablement de ruiner sa vie comme elle avait ruiné la sienne, et la Gryffondor lui répondit avec une voix polaire.

- C'est simple, nous voulons que vous retranscriviez la véritable histoire de ce qu'il s'est passé le 24 juin dernier. Tous les faits, exactement tel que vous le racontera Harry. Il vous donnera tous les détails, il vous révélera les noms des Mangemorts clandestins qu'il a vu là-bas et il vous dira à quoi ressemble Voldemort maintenant. Oh, je vous en prie, ressaisissez-vous !

Au nom de Voldemort, Rita avait tellement sursauté qu'elle avait renversé sur elle la moitié de son whisky Pur Feu. Le visage déformé par une grimace de dégoût, elle épongea le devant de son imperméable vert sans quitter Hermione du regard.

- La Gazette n'imprimera jamais ça. Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, personne ne croit ces histoires à dormir debout. Tout le monde pense qu'il a des hallucinations. Maintenant, si tu veux bien me laisser écrire quelque chose sous cet angle…

Harry grimaça. Il n'avait pas vraiment envie de voir un énième article le faisant passer pour un parfait déséquilibré. Parallèlement, il appréciait assez peu d'avoir été mis devant le fait accompli par Hermione, car qui disait nommer les noms des Mangemorts, disait nommer Lucius Malefoy, autrement dit le père de son petit-ami…

Il n'eut cependant pas le temps de dire le moindre mot que sa meilleure amie répondit à Rita avec le même ton mordant.

- Nous n'avons pas besoin d'un nouvel article pour dire que Harry a perdu la boule ! Nous avons déjà ce qu'il nous faut, merci ! Je veux qu'il ait la possibilité de dire la vérité !

- Il n'y a pas de marché pour une histoire comme ça.

- Vous voulez plutôt dire que La Gazette ne la publierait pas parce que Fudge s'y opposerait.

- D'accord, Fudge fait pression sur La Gazette, mais ça revient au même. Ils ne publieront jamais un article qui montre Harry sous un jour favorable. Personne n'a envie de lire ça. C'est contraire à l'état d'esprit de l'opinion. La dernière évasion d'Azkaban a suffisamment inquiété les gens. Ils ne veulent tout simplement pas croire que Tu-Sais-Qui est de retour.

- Alors La Gazette du sorcier a pour ambition de ne dire aux gens que ce qu'ils ont envie d'entendre, c'est ça ? Quelle information de qualité !

- La Gazette a pour ambition de se vendre, espèce de petite sotte.

Hermione se montrait particulièrement incisive, mais Rita Skeeter lui rendait coups sur coups, et Harry commença à trouver la tension insupportable. Il se leva pour aller chercher une Bieraubeurre au bar, histoire de respirer un peu. Il y avait beaucoup de monde dans le pub, mais cela lui permit au moins de ne pas avoir à assister à la joute verbale entre sa meilleure amie et Rita Skeeter. Lorsqu'il revint à table, elles semblaient avoir trouvé un terrain d'entente, et Hermione s'empressa de lui résumer la conversation.

- Bien, Harry, Rita Skeeter accepte de rédiger ton interview et de la publier dans le Chicaneur, le magazine dont le père de Luna est directeur. Tu es prêt à dire la vérité au public ?

- Euh, oui, je suppose…

Il regarda les trois femmes en présence. La journaliste avait sorti sa Plume à Papote ainsi qu'un parchemin, mais elle regardait régulièrement Hermione avec l'air de vouloir la lui enfoncer dans la gorge. Luna suçait un oignon mariné avec un sourire éthéré, quant à Hermione, elle sirotait son verre avec un air supérieur, signe que tout s'était déroulé exactement tel qu'elle l'avait prévu.

Ils s'installèrent un peu à l'écart pour pouvoir s'entendre convenablement et Harry commença le récit le plus détaillé possible, à partir du moment où il avait été amené dans le cimetière de Little Hangleton via la Coupe du Tournoi des Trois Sorciers transformée en portoloin. Il raconta comment Cedric avait été tué sous ses yeux impuissants avant qu'il ne soit immobilisé contre une statue, contraint d'assister à la renaissance de son ennemi juré. Il parla de Queudver, alias Peter Pettigrow, le véritable meurtrier de ses parents, et de l'apparence misérable de Voldemort jusqu'à ce que le rituel ne lui redonne un corps non moins monstrueux. Il décrivit le rituel, la manière dont on lui avait pris son sang, dont Queudver s'était lui-même tranché la main, mais aussi la raison pour laquelle ils se tenaient dans ce cimetière précisément. Puis il répéta les paroles du mage noir, la manière dont il lui avait avoué avoir tué son propre père, un Moldu, et son véritable nom : Tom Jedusor. Puis il restitua le moment où Voldemort avait convoqué ses fidèles serviteurs, la façon dont ils étaient apparus, leur tenue caractéristique et le masque qui recouvrait leur visage.

Rita Skeeter avait fait son travail avec sérieux, lui demandant avec insistance jusqu'aux plus petits détails, et il s'efforça de rapporter tout ce dont il se souvenait. Il put ainsi nommer Avery, Macnair, Crabbe, Goyle, Nott, ainsi qu'un certain "Lucius" parmi les Mangemorts qui avaient été interpellés par le mage noir. Évidemment, la journaliste ne put que s'étonner de cette différenciation.

- Lucius ? Il l'a simplement appelé par son prénom ?

- Oui. Il semblait plus proche de Voldemort que les autres.

Il fit la moue, et Hermione intervint pour compléter son allégation.

- Mais Harry est persuadé d'avoir reconnu la voix de Lucius Malefoy, n'est-ce pas Harry ?

La journaliste fusilla son amie du regard et se tourna à nouveau vers lui.

- Merci de ne pas intervenir. Tu confirmes, Harry ?

Il se retint de soupirer, l'estomac noué, se demandant s'il n'était pas en train de saborder sa relation avec Drago à l'instant même. Cependant il n'avait pas le choix, il ne pouvait plus faire marche arrière à présent… Il hocha la tête avant de continuer.

- Je n'en ai bien sûr pas la preuve, mais je pense en effet qu'il s'agissait de Lucius Malefoy. Voldemort a fait référence aux méfaits commis lors de la Coupe du Monde de Quidditch, et je sais qu'il y était présent puisque nous l'y avons vu…

Il était difficile pour Harry de revivre ce jour funeste, mais il se fit violence, par crainte de ne pouvoir continuer s'il devait s'arrêter de parler. Il raconta ainsi comment le mage noir l'avait torturé à deux reprises, puis comment il avait voulu prouver à tous qu'il le surpassait à travers un duel magique. Il parla de ses esquives désespérées derrière les stèles funéraires, puis de sa décision de lancer un Expelliarmus lorsque Voldemort avait tenté de l'achever, et du Priori Incantatum qui en avait découlé. Il décrivit les silhouettes qui étaient apparues et l'avaient aidé à s'échapper : Cedric, le vieux moldu, Bertha Jorkins, puis ses parents, et enfin comment le trophée lui avait permis de retourner à Poudlard in extremis.

Il aurait pu s'arrêter là, mais le souvenir de Fudge, de son comportement borné, et de la mort de Barty Croupton Junior lui donna la force de continuer. Alors il raconta comment le Mangemort qui avait pris la place d'Alastor Maugrey l'avait ramené dans son bureau, manquant de peu de le tuer, puis comment Dumbledore l'avait obligé à tout leur révéler. Lorsqu'il s'arrêta enfin, sa gorge était sèche d'avoir trop parlé, mais les yeux de Rita pétillaient derrière ses lunettes d'écailles. Contrairement au mépris affiché à son arrivée, elle s'était retrouvée malgré elle captivée par le récit du Survivant, et sa passion pour les reportages avait pris le dessus.

Elle acheva de rédiger l'interview pour que Luna puisse l'envoyer à son père le soir-même, et Harry fut heureux de constater le professionnalisme dont elle avait fait preuve. L'interview tenait sur plusieurs parchemins, et lorsqu'elle leur remit finalement le fruit de son travail, sa frustration à ne pouvoir être rémunérée se lisait clairement dans son regard.

Rita Skeeter les salua froidement et les trois élèves purent retourner à Poudlard.

Intérieurement, Harry était mitigé. Il se sentait soulagé et satisfait d'avoir enfin pu livrer la véritable version des faits à l'opinion publique, il nourrissait l'espoir que les gens le croient mais il était aussi énervé que Hermione ait organisé cela sans même l'en avertir en amont, et angoissé à l'idée que Drago mette fin à leur relation pour le punir d'avoir dénoncé son père.

Il doutait qu'un article paru dans Le Chicaneur puisse réellement nuire à la réputation de quelqu'un comme Lucius Malefoy, mais il était évident que cela n'allait pas leur plaire…

***/+/***

À peine arrivés à Poudlard, Harry se précipita jusqu'à son dortoir pour chercher sa carte du Maraudeur et la jumelle de la pièce qu'il avait donnée à Drago. Même si le journal n'allait pas sortir avant plusieurs jours, il avait besoin de le voir au plus vite, pour ne pas le mettre devant le fait accompli.

Pour l'heure, il était dans sa salle commune, et donc inaccessible, et il savait par avance que ce soir-là, il devait participer à une ronde en compagnie d'autres membres de la brigade inquisitoriale.

L'estomac noué, il s'installa dans un recoin de sa salle commune pour s'avancer dans ses devoirs, mais il se rendit bientôt compte qu'il était incapable de se concentrer. Ses pensées ne cessaient d'aller vers son petit-ami, et il avait laissé la carte visible pour pouvoir la consulter fréquemment, au cas où Drago déciderait d'aller à la bibliothèque avant de dîner.

Ron était encore à l'entraînement de Quidditch malgré la pluie battante, mais Hermione le rejoignit bientôt, et elle ne tarda pas à remarquer sa nervosité.

Elle avait posé sa main sur la sienne et il avait sursauté si violemment qu'il en avait renversé son livre, révélant la carte du Maraudeur qu'il dissimulait.

- Harry, qu'est-ce qu'il t'arrive, tu as l'air dans tous tes états ? Pourquoi as-tu la carte ouverte, tu cherches quelqu'un ?

- Euh, pas particulièrement… Je surveille Ombrage, c'est tout.

- Tu es inquiet pour l'interview ?

Il haussa les épaules.

- Elle l'apprendra forcément. J'aurais juste aimé que tu m'en parles avant.

- Il fallait le faire. On ne pouvait pas laisser la population dans l'ignorance, pas après l'évasion de tous ces Mangemorts. C'est une bonne chose de l'avoir fait.

- Je le sais bien, Hermione. Mais combien vont croire une interview publiée à côté d'un article sur les Ronflaks Cornus ? Et combien d'heures de retenue je vais récolter grâce à cela ?

La jeune femme soupira.

- Je suis désolé, Harry. Je voulais faire quelque chose de concret. Rita Skeeter a une certaine aura et son talent journalistique est indéniable. J'ai sauté sur l'occasion. Tu m'en veux ?

- Tu m'excuseras, mais pour ça, j'attends de voir quelles vont être les conséquences. Car ce ne sera pas toi qui seras punie, c'est moi. Et je ne parle pas que d'Ombrage…

Il avait rajouté la dernière phrase à voix basse, alors que son amie s'éloignait, vexée par sa réaction. Bien entendu, elle ignorait tout de sa réaction avec Drago. Si elle l'avait su, peut-être n'aurait-elle pas tant insisté pour qu'il nomme précisément les Mangemorts.

D'un autre côté, elle avait raison, cette interview était nécessaire, et s'il n'y avait eu son petit-ami dans l'équation, sans doute n'aurait-il pas protesté du tout. Ce n'était pas tant les retenues avec Ombrage qui l'effrayaient, ni même les potentielles menaces, injures et Beuglantes qu'il allait recevoir de la part de tous ceux à qui l'article n'allait pas plaire. Sa seule crainte était de perdre l'affection de Drago.

Le temps jusqu'au dîner lui sembla passer avec une lenteur exaspérante, et lorsque Ron et Ginny rentrèrent, couverts de boue des pieds à la tête, il ne leur accorda qu'à peine un regard.

Pendant le repas, il ne cessa de fixer Drago dans l'espoir qu'il se tourne dans sa direction, mais il était en pleine conversation avec ses camarades de Serpentard. Sans doute était-il en train de raconter à grands renforts de détails comment il l'avait traîné hors du salon de Mme Pieddodu pour le provoquer en duel…

Lorsqu'il croisa son regard, il ne sembla pas comprendre les signaux qu'il lui envoyait, car il lui répondit par un clin d'œil enjoué, et Harry se sentit encore plus malade qu'au début du dîner. Il n'avala rien et partit se coucher, sans un mot pour ses amis.

***/+/***

Ce ne fut finalement que le dimanche soir qu'il parvint à voir le Serpentard. Ils s'étaient donné rendez-vous dans l'appartement désaffecté et lorsque Harry arriva, Drago était installé sur le canapé, bras croisés.

- Potter. Tu vas enfin pouvoir m'expliquer la tête d'enterrement que tu tires depuis hier. D'autres élèves ont remarqué la façon dont tu me regardais et sont venus me poser des questions. Je leur ai dit que tu m'en voulais sans doute pour la raclée que je t'ai donnée…

- Drago. Il faut que je t'avoue quelque chose. Samedi midi, tu te souviens que j'avais rendez-vous avec Hermione aux Trois Balais ? Il se trouve qu'elle avait organisé une interview entre moi et Rita Skeeter… Une interview pour raconter ce qu'il s'est passé le 24 juin dernier. La renaissance de… Tu-Sais-Qui. J'ai été mis devant le fait accompli, je te jure que je n'étais absolument pas au courant…

Il avait commencé son récit en faisant les cent pas devant la cheminée, et Drago plissa les yeux.

- Par Salazar arrête-ça, tu me donnes le tournis. Et donc ?

- Elle m'a demandé de nommer les Mangemorts présents. Pour prouver ce que j'avançais. Elle m'a posé beaucoup de questions, sur tout ce dont je me souvenais. Je… J'ai dit que ton père y était. Hermione était là, et je lui avais déjà raconté, elle aurait trouvé ça étrange si je ne l'avais pas fait. Je ne pouvais pas le passer sous silence. J'ai voulu te prévenir dès que je suis rentré à Poudlard mais…

- C'est bon, tu peux t'arrêter là.

La voix du Serpentard était polaire, et Harry releva brusquement les yeux du sol. Drago avait perdu tout sourire, sa mâchoire serrée, et il semblait se retenir pour ne pas lui jeter un sort.

- Je suis désolé.

- Bah voyons ! Harry Potter le héros a fait son devoir. Il a dénoncé les méchants Mangemorts. Mettons que des gens te croient, qu'est-ce qu'il pourrait se passer, à ton avis, dans le pire des cas.

Le Survivant avait la gorge nouée par l'émotion.

- Je sais pas.

- Imagine… Imagine que mon père soit arrêté ? Qu'il termine à Azkaban ? C'est pas parce que t'as plus de père qu'il faut infliger ça à d'autres, Potter ! Toi qui as peur des Détraqueurs, est-ce que tu imagines une seule seconde ce que ça peut-être de vivre parmi eux ? Non, bien sûr, tu es bien trop égocentrique pour te soucier des autres, tout est sacrifiable pour obtenir un peu de gloire, n'est-ce pas ?

- Non ! Je n'ai pas fait ça pour la gloire, je n'ai jamais voulu de ça ! Je pensais que tu avais au moins compris ça. C'est ma faute, peut-être, si ton père est un putain de Mangemort ? Qu'il assume ses actes, ça lui changera !

- Dégage, Potter ! DÉGAGE AVANT QUE JE NE CHANGE D'AVIS !

Le pas rageur, Harry quitta la pièce, avant de remettre sa cape d'invisibilité. Il se sentait incapable de rejoindre son dortoir, incapable de trouver le sommeil, pas alors que sa relation venait de s'écraser avec la violence d'un Cognard.

Il aurait tout donné pour un retourneur de temps, pour pouvoir retourner en arrière… Sans même savoir ce qu'il en aurait fait. Quelle avait été son erreur ? Sortir avec le Serpentard ? Donner cette interview ? Était-ce seulement sa faute ?

Sans se préoccuper du bruit qu'il faisait, il ouvrit la grande porte pour accéder à l'extérieur. Il voulait courir, évacuer ce trop-plein de rage et de douleur qui avait envahi son cœur. Il roula sa cape d'invisibilité en boule qu'il dissimula dans un buisson, coincée sous une pierre, et il se mit à courir en direction de la Forêt Interdite avec la force du désespoir.

Arrivé à l'orée des arbres, il était essoufflé, mais il ne s'arrêta pas pour autant. La rage, la tristesse le rendaient aveugle aux risques encourus, et il pénétra dans les bois sans même ralentir. Il ne savait pas où il voulait aller, si ce n'est à l'abri des regards pour laisser libre court à sa fureur, et ce ne fut qu'après plusieurs centaines de mètres qu'il consentit à se stopper. Il venait de pénétrer dans une petite clairière moussue, où les entrelacs de racines noueuses avaient laissé place à un tapis de verdure. Il se laissa tomber sur les genoux, hors d'haleine, épuisé par la distance parcourue. Son arrivée avait fait fuir plusieurs petites créatures et même s'il savait que d'autres pouvaient potentiellement se cacher sous le couvert des arbres, il s'allongea à même le sol, laissant enfin couler ses larmes.

Sa vie était globalement assez merdique et il venait de perdre l'un de ses trop rares éléments positifs. Dumbledore l'ignorait, Sirius était injoignable, il n'envisageait pour le moment pas de parler à Hermione avant plusieurs jours et Ron était généralement trop égocentré sur son propre quotidien pour être d'une quelconque aide.

Il savait que la colère de Drago était légitime, car au-delà de son inquiétude pour son père, il était évident que son propre quotidien allait aussi être impacté. Bien sûr, bon nombre d'élèves de Poudlard ne prêteraient aucune attention à l'article, mais il y en avait d'autres qui allaient croire en ses propos et fatalement montrer du doigt tous les fils et filles de Mangemorts qui fréquentaient l'école.

Il n'était agréable pour personne d'être la source de commérages, il était bien placé pour le savoir. Même quelqu'un comme Drago qui prétendait se réjouir de la peur qu'il provoquait chez les autres…

Pour l'heure, il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même… et un peu aussi à Hermione, mais il restait suffisamment lucide pour savoir que son amie avait voulu bien faire. Il n'avait d'autre choix qu'attendre que l'article sorte… et faire face à la pluie d'emmerdes qui allait immanquablement y succéder.

***/+/***

Les jours suivants, il avait tout bonnement refusé d'adresser la parole à la préfète de Gryffondor. Bien entendu, il ne pouvait pas lui révéler que sa relation avec Drago avait pris fin à cause de l'interview, donc il s'était simplement muré dans le silence, l'ignorant chaque fois qu'elle tentait de lui parler.

Ron s'était étonné de ce comportement qui ne lui ressemblait guère, et même lorsque Harry lui avait expliqué que Hermione avait organisé une interview avec Rita Skeeter sans même le prévenir avant, il n'avait pas compris les causes de son grief.

- Mais, c'était pas ce que tu voulais ? Tu te plaignais que le Ministère et la Gazette du Sorcier racontaient n'importe quoi. Je pense qu'elle a juste voulu t'aider…

- Je sais, mais j'aurais juste aimé qu'elle m'en parle AVANT, pas qu'elle me mette devant le fait accompli, sans même me laisser le temps de réfléchir à quels mots j'allais employer ! C'était tout de même pas compliqué de me laisser le choix, non ?

Son ami avait simplement haussé les épaules, peu convaincu par ses arguments, alors Harry avait abandonné et se contentait désormais de passer ses journées seul, comme une punition supplémentaire pour ses actes.

Le nouveau numéro du Chicaneur parut une semaine plus tard, soit le dimanche 22 février, mais il ne l'apprit que le lundi matin. Plusieurs dizaines de hiboux du courrier des lecteurs avaient débarqué simultanément dans la Grande Salle à l'heure du petit déjeuner, occasionnant un véritable capharnaüm sur la table des Gryffondors. Xenophilius Lovegood, le père de Luna, lui en avait fait parvenir un exemplaire gratuitement, et Hermione en était surexcitée. Sur la couverture, son propre visage était recouvert d'un titre écrit en grosses lettres rouges : "HARRY POTTER PARLE ENFIN : LA VÉRITÉ SUR CELUI-DONT-ON-NE-DOIT-PAS-PRONONCER-LE-NOM ET LE RÉCIT DE LA NUIT OÙ JE L'AI VU REVENIR"

Avec son accord, ses voisins de table se mirent à ouvrir les lettres qui arrivaient par dizaines. Bien entendu, certains lecteurs pensaient qu'il avait définitivement perdu la boule ou lui conseillaient divers traitements pour soigner ses hallucinations, heureusement plusieurs autres le remerciaient pour son témoignage ou disaient avoir été convaincus par son récit.

Bien que sa rancœur envers Hermione soit encore vive, Harry ne s'était pas attendu à un accueil aussi positif, et il ne put s'empêcher de ressentir une réelle fierté lorsque son amie lui fit la lecture de certains courriers.

- En voilà un autre que tu as convaincu, Harry ! "Après avoir lu votre version de l'histoire, je suis bien obligé de conclure que La Gazette du sorcier vous a traité très injustement… Bien que je n'aie pas du tout envie de croire au retour de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer- Le-Nom, je suis forcé de reconnaître que vous avez dit la vérité…" Oh, c'est merveilleux !

- Et bien je suppose que cela aura au moins eu l'effet escompté.

Évidemment, toute cette agitation attira l'attention d'Ombrage qui ne tarda pas à s'approcher de leur table.

- Que se passe-t-il ici ? Pourquoi avez-vous reçu toutes ces lettres, monsieur Potter ?

Fred s'empressa de répondre à sa place, avec son insolence habituelle.

- C'est un crime, maintenant, de recevoir du courrier ?

- Attention, monsieur Weasley, sinon je serai obligée de vous donner une retenue. Alors, monsieur Potter ?

Sachant que de toute façon, Ombrage allait être mise au courant de l'interview quoi qu'il arrive, Harry décida d'en profiter.

- Ce sont toutes les lettres de mes admirateurs. Je suis célèbre, vous savez. Et la dernière interview que j'ai donnée a eu un certain succès.

- Une interview ? Que voulez-vous dire ?

La sorcière rose avait pris une voix suraiguë, et il dut se retenir pour ne pas rire.

- Ça faisait longtemps que je n'avais pas fait la une, et comme le dit si bien le professeur Rogue, j'ai un besoin maladif d'attirer l'attention sur moi. Donc j'ai rencontré une journaliste qui m'a posé des questions et j'y ai répondu !

Il lui offrit son sourire le plus irrévérencieux possible, et Ombrage ne tarda pas à lui arracher le journal des mains, le visage rendu presque violet sous le coup de la fureur.

- Quand avez-vous fait cela ?

- Pendant la dernière sortie à Pré-au-Lard.

- Il n'y aura plus d'autres sorties à Pré-au-Lard pour vous, monsieur Potter. Comment avez-vous osé ?! Comment avez-vous pu ?! J'ai pourtant essayé de vous apprendre à ne pas dire de mensonges mais, apparemment, le message n'a pas pénétré. Cinquante points de moins pour Gryffondor, et une nouvelle semaine de retenue !

Elle semblait véritablement hors d'elle, et ses cris de chouette effraie avaient attiré l'attention de la plupart des élèves de la Grande salle. Lorsqu'elle s'était éloignée en tenant Le Chicaneur entre ses doigts boudinés, son trajet avait été accompagné d'un concert de chuchotements, si bien que dans les heures qui suivirent, tout ne monde ne parla plus que de l'interview.

Avant même l'heure du midi, d'énormes écriteaux avaient été placardés partout dans l'école pour menacer d'expulsion tout élève surpris en possession du Chicaneur, mais cela n'avait pas empêché presque tout Poudlard de le lire. Dans les toilettes des élèves et dans les salles communes, chacun y allait de sa méthode pour dissimuler le fameux magazine, au plus grand plaisir de Hermione qui rayonnait littéralement chaque fois qu'ils passaient devant l'un des écriteaux.

Elle venait une nouvelle fois de s'extasier que des filles étaient venues l'interroger et qu'elle avait achevé de les convaincre, comme si tout le mérite lui en revenait exclusivement, et ce comportement eut finalement raison des nerfs de Harry. C'était la troisième fois de la journée et alors qu'ils ressortaient de leur dernier cours et marchaient en direction de la bibliothèque, il s'immobilisa soudain au milieu du couloir.

- Puisque tu es si fière de toi, Hermione, je t'en prie, va donc dire à Ombrage que c'est toi qui as organisé l'interview ! Après tout, il n'y a pas de raison que je sois le seul à être récompensé ! Une semaine de retenue et interdiction à vie de sortir à Pré-au-Lard. Je t'en prie, partageons la vedette !

Il l'avait plantée là, sous les yeux stupéfaits de Ron, mais lorsqu'il s'était retourné, ça avait été pour croiser le regard glacé de son ex-petit-ami, le rendant plus amer encore. Il était en compagnie de Vincent Crabbe, Gregory Goyle, et Theodore Nott. Goyle passa son doigt en travers de sa gorge avec un air menaçant.

Peu désireux de pourrir un peu plus sa journée avec une bagarre, il s'empressa de faire demi-tour. Il utilisa plusieurs passages secrets pour rejoindre sa salle commune, bien décidé à ne pas en ressortir avant l'heure du dîner.

Évidemment, dans la tour Gryffondor, il avait été accueilli en héros. Fred et George avaient jeté un charme d'agrandissement sur la couverture du Chicaneur et l'avaient accrochée au mur. Ils l'avaient aussi enchantée pour insulter Ombrage et le Ministère, mais même cela réussit à peine à lui arracher un sourire.

Tout au long de la journée, tout le monde avait tenu à le féliciter pour l'interview, mais il avait été incapable de s'en réjouir. Le professeur Chourave lui avait donné vingt points alors qu'il n'avait fait que lui passer un arrosoir, le professeur Flitwick lui avait offert une boîte de friandises et le professeur Trelawney lui avait annoncé qu'il ne connaîtrait finalement pas une mort précoce mais vivrait au contraire jusqu'à un âge avancé et deviendrait ministre de la Magie. Même Seamus avait fini par lui dire qu'il le croyait et allait envoyer le magazine à sa mère. Mais rien ne pouvait effacer son appréhension face aux 6 jours de retenue consécutifs ou le chagrin lié à sa rupture…

Juste après le repas, il se rendit dans le bureau d'Ombrage, la mort dans l'âme, et comme d'habitude elle l'attendait avec une joie non dissimulée.

- Ah, monsieur Potter ! Je n'ai pas encore perdu espoir de vous faire perdre votre mauvaise habitude. Asseyez-vous. J'imagine que vous n'avez pas oublié ce que vous devez écrire…

Les dents serrées, Harry se laissa tomber sur la chaise, déterminé à ne pas laisser échapper le moindre soupir de douleur. Il ne voulait certainement pas lui faire ce plaisir. Ce n'était pas comme si elle lui avait donné un certain nombre de lignes à copier, il prit donc tout son temps, son esprit s'évadant face à la pénibilité de sa tâche.

Peut-être devrait-il acheter quelques pastilles de gerbe aux jumeaux Weasley, histoire de simuler une intoxication alimentaire… Ou demander à Hermione de chercher la recette d'un baume anti-douleur… Après tout, elle lui devait bien ça…

Lorsque 22h sonnèrent, sa main gauche était à nouveau si rouge et gonflée qu'il sentait comme des décharges électriques chaque fois qu'il essayait de bouger les doigts. Il balança son sac sur son épaule et ressortit sans même saluer Ombrage. Contrairement à la dernière fois, Drago n'était pas venu le chercher, et il regagna son dortoir, la mine particulièrement sombre à l'idée de répéter la même chose le lendemain.

Dans la tour de Gryffondor, personne n'était encore couché, cependant il regagna immédiatement son dortoir, la tête lourde de la journée passée.

Depuis qu'il avait rompu avec Drago, il n'arrivait plus à faire le vide au moment de se coucher, tant ses idées noires se bousculaient dans son esprit. Chaque soir, il ne pouvait s'empêcher de penser à son ex-petit-ami, au mois merveilleux qu'ils avaient passé ensemble, et cela l'amenait immanquablement à rêver de cette fameuse porte située au fin fond du Département des Mystères. Mais cette nuit-là, alors qu'il s'était couché avec un mal de crâne lancinant, ce fut d'une autre scène dont il rêva, jusqu'à ce qu'un vif effroi ne l'en réveille en sursaut.

Trempé de sueur, le cœur battant à cent à l'heure et la cicatrice brûlante de douleur, il se dépêtra tant bien que mal de ses draps alors que Ron écartait les rideaux d'un coup sec.

- Harry, qu'est-ce qu'il y a ? Est-ce que quelqu'un s'est encore fait attaquer ? C'est mon père ? Toujours ce serpent ?

Il leva la main pour stopper ses questions incessantes, tentant de faire le tri dans son esprit embrouillé.

- Non… Tout le monde va bien… Enfin sauf Avery. Voldemort est en colère après lui à cause de mauvais renseignements qu'il lui aurait donnés. Mais Rookwood va s'en occuper. Il est à nouveau sur la bonne piste…

- De quoi tu parles ? Tu viens de voir Tu-Sais-Qui ?

- J'étais dans la tête de Tu-Sais-Qui. Il était avec Rookwood, l'un des Mangemorts évadés.

Il se laissa retomber sur le côté en un grognement, peu désireux de continuer cette discussion. Sa cicatrice palpitait comme un second cœur contre ses tempes et il sentait qu'il allait s'évanouir d'un instant à l'autre.

- Harry, il faut que tu le dises à…

- Il faut que je le dise à personne, Ron. Dumbledore, Rogue et Hermione vont me reprocher de ne pas avoir assez travaillé l'Occlumancie, Seamus va encore me prendre pour un fou, et si par hasard Ombrage l'apprend, elle va encore me punir. Je ne sais même pas ce qu'ils cherchent, si ce n'est que c'est au Département des mystères. Et à priori, Dumbledore est déjà au courant. Puisque je ne suis pas censé avoir ces visions, autant que je me taise.

- Bon, comme tu veux.

Il se réinstalla dans son lit, dos tourné, et quelques instants plus tard il entendit le matelas de Ron grincer tandis qu'il se couchait à son tour.

Il aurait aimé dormir d'un sommeil paisible et véritable, ou au moins se rendormir pendant quelques heures. Cependant sa cicatrice continuait de le brûler et il dû mordre son oreiller pour taire ses halètements. Voldemort était sans doute en train de torturer Avery à présent…

***/+/***

Harry passa une nuit proprement épouvantable, et lorsque le soleil se leva, le lendemain matin, il eut un mouvement de recul en voyant son reflet dans la glace. Il était pâle, et ses yeux étaient rouges. Avec un soupir, il s'aspergea le visage d'eau froide et acheva de s'habiller pour rejoindre la Grande Salle. Il espérait que le petit-déjeuner allait le réveiller, mais il savait par avance que sa journée allait être laborieuse.

Il avait bien étalé le baume sur sa main avant de se coucher, mais la peau était encore sensible, et il eut envie de pleurer à l'idée des meurtrissures qu'il allait devoir raviver le soir-même. Le seul avantage dans sa semaine de retenue, c'est qu'au moins il ne pourrait pas aller à son cours d'Occlumancie avec Rogue, mais c'était une bien maigre compensation.

Pris dans sa fatigue, la matinée lui sembla se dérouler avec une lenteur exaspérante. Il avait été à peine attentif aux cours, et même le professeur McGonagall l'avait rabroué pour son manque de sérieux. Cependant, alors qu'il ressortait du cours de Métamorphose, il eut la surprise de voir Cho Chang le prendre par la main pour l'entraîner à l'écart.

- Salut Harry ! Je voulais m'excuser pour la dernière fois. Je n'ai pas essayé de t'aider face à Drago Malefoy. J'étais encore un peu incertaine de ce que je ressentais pour toi… Mais c'est vraiment courageux de ta part d'avoir donné cette interview. J'ai été très émue…

Elle se pencha pour l'embrasser, mais Harry eut un mouvement de recul, et il se sentit obligé de s'expliquer en voyant le regard douloureux qu'elle lui lança.

- Écoute Cho, je suis vraiment désolé… Je ne suis pas intéressé… par les filles en général. Ce n'est pas contre toi, je te considère comme une amie. Et si ça pouvait rester entre nous, je t'en serais reconnaissant.

À sa grande surprise, la jeune femme lui sourit et posa sa main sur son torse.

- Oh ! Je vois… Je comprends mieux. Ne t'inquiète pas, je garderais ton secret. On se verra à la prochaine réunion de l'A.D. À plus tard, Harry !

Soulagé d'avoir dissipé ce malentendu et qu'elle le prenne aussi bien, Harry se sentit un peu plus léger pour la seconde partie de la journée. Le repas du midi avait eu au moins le mérite de lui redonner un peu d'énergie, et il avait attaqué l'après-midi avec une motivation renouvelée.

Vers 17h, alors qu'il se rendait en direction de la bibliothèque pour faire ses devoirs, ce fut cette fois Anthony Goldstein, un Serdaigle de son année, qui lui fit signe de venir discuter à l'écart.

- Salut Harry !

- Salut Anthony. J'imagine que tu viens me demander pour la prochaine réunion de l'A.D. ? Déjà ce ne sera pas cette semaine, je suis collé avec Ombrage tous les soirs. On vous transmettra l'information de la manière habituelle.

Le blond lui offrit un sourire séducteur et posa une main sur son épaule.

- OK, j'ai hâte. Tu m'as vraiment époustouflé la dernière fois. Mais à vrai dire, je ne venais pas pour te parler de ça… Disons que… Je n'ai pas pu m'empêcher d'entendre une certaine conversation ce midi.

- Quoi ?! Quelle conversation ?

Harry écarquilla les yeux, son estomac se nouant à cette idée. Il imaginait déjà l'info en première page de la Gazette du Sorcier : Harry Potter gay : L'Élu fait son coming out. Heureusement, Anthony dû lire son angoisse sur son visage, car il s'empressa de le rassurer.

- Zen ! Pas de panique ! Cho n'a rien dit, il se trouve simplement que j'étais suffisamment proche pour vous entendre. Et quel heureux hasard ! Je pensais honnêtement n'avoir aucune chance face à elle et devoir me contenter de t'observer de loin. Mais maintenant que je suis au courant de la vérité, je peux t'avouer sans crainte combien tu me plais, Harry Potter. Sors avec moi.

Le Gryffondor eut un mouvement de recul, regardant pour la première fois le Serdaigle comme un petit-ami potentiel. Il était blond et plutôt bien fait de sa personne, comme Drago, cependant lui au moins avait des chances d'être accepté par ses amis. Préfet de Serdaigle et membre de l'Armée de Dumbledore, il inspirait immédiatement la sympathie et la confiance. Alors, pourquoi ne ressentait-il aucun enthousiasme à l'idée de sortir avec lui ?

Il lui offrit un sourire timide, mal à l'aise à l'idée de repousser ses avances.

- Oh, euh… Tu me prends au dépourvu. Mais je suis désolé, j'aime déjà quelqu'un.

- Je vois. Et il le sait ?

Harry se sentit rougir.

- Je ne lui ai jamais dit. Ça sonne comme quelque chose d'affreusement mièvre. Mais je n'ai pas encore tiré une croix dessus, et je n'ai pas envie de sortir avec quelqu'un d'autre pour le moment.

Le Serdaigle s'avança d'un pas, et alors qu'il le regardait dans les yeux, Harry vit son regard glisser en direction de ses lèvres.

- Puisque tu es célibataire, tu ne m'en voudras pas si j'essaye de te convaincre…

Immédiatement après, Anthony fondit sur ses lèvres, et Harry sentit son souffle se couper face à ce baiser dominant. Presque par réflexe, il avait ouvert la bouche, et le Serdaigle en avait profité pour l'envahir de sa langue, ne lui laissant aucune possibilité pour se rétracter.

D'abord trop stupéfait pour répondre, Harry faillit abdiquer lorsqu'un frisson le parcourut, le faisant brusquement repousser son assaillant.

- Non, Anthony !

Il avait sans doute parler plus fort qu'il ne l'aurait voulu, mais ce fut surtout en entendant des pas précipités qu'il comprit son erreur.

- Potter ! Goldstein ! Tiens tiens tiens, mais qui voilà donc !

Harry reconnut immédiatement le propriétaire de la voix en question, et il sentit son cœur tomber au fond de son estomac comme une pierre. Anthony s'était détourné, offrant un regard mauvais au préfet de Serpentard.

- Malefoy, le petit toutou d'Ombrage.

- 50 points en moins pour Serdaigle. Et maintenant, dégage de là.

- J'ai encore le droit d'être dans les couloirs que je sache. L'heure du couvre-feu n'est pas passée.

Drago sortit sa baguette de sa poche pour la pointer sur le visage de son rival.

- Ne me fais pas répéter, ou je te retire 50 points de plus. Potter, le professeur Ombrage te cherche, c'est à propos de ta retenue de ce soir. Suis-moi !

Le visage fermé, Harry fit signe au Serdaigle de ne pas insister, puis il suivit le Serpentard, tel un condamné qu'on emmène à l'échafaud. Il ne savait ce que Drago avait vu, mais puisqu'ils n'étaient plus ensemble, il n'y avait aucune raison qu'il le couvre…

Peu attentif à son environnement, son cœur rata un battement lorsque son ex-petit-ami le poussa brusquement à l'intérieur d'une salle de classe avant de le plaquer contre un mur, sa baguette toujours pointée sur lui.

- Alors, Potter, à ce que je vois, on a vite fait de me remplacer ?!

Harry ferma brièvement les yeux et soupira. Il était prêt à recevoir la haine du Serpentard pour l'article de journal, mais il ne comptait pas pour autant se laisser accuser de choses qu'il n'avait pas faites.

- Je ne suis pas avec Anthony. Il m'a pris par surprise en m'embrassant. Tu as bien vu que je l'ai repoussé, non ?

- Il te convoite et je n'aime pas ça…

- Sauf que tu m'as largué, je te rappelle, donc quand bien même je voudrais sortir avec lui, je ne vois pas en quoi ça te regarderait.

Il avait croisé les bras et détourné le regard en disant ça. La rupture lui avait fait bien trop mal pour faire preuve de diplomatie. Cependant cette dernière phrase eut le mérite d'enrager le Serpentard qui laissa tomber sa baguette pour le plaquer au mur, ses deux poings resserrés autour du col de son uniforme.

- Je ne me souviens pas avoir dit que c'était fini entre nous, Potter. J'ai accepté de sortir avec toi, maintenant tu m'appartiens. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut retirer.

Et sans attendre sa réponse, il écrasa les lèvres de Harry avec violence en un baiser étouffant. Hébété par la situation, le Gryffondor n'ouvrit pas immédiatement la bouche, mais il fut rapidement rappelé à l'ordre par Drago qui lui mordit la lèvre. Il poussa un bref gémissement, de surprise et d'excitation mêlée, et s'empressa de lui offrir l'accès tandis que ses bras enlaçaient le Serpentard.

Lorsqu'ils se séparèrent enfin, ils étaient à bout de souffle, mais Harry raffermit son étreinte pour l'empêcher de s'éloigner.

- Tu m'as manqué.

- Ne refais plus jamais ça.

Harry ignorait s'il parlait de l'interview ou du baiser avec Anthony Goldstein, mais il hocha la tête. Il se sentait bêtement heureux, intouchable entre les bras de son petit-ami, et il en soupira de bonheur.

- J'ai envie de rester contre toi.

- Juste rester contre moi ?

Il expira lourdement, alors que Drago profitait de leur proximité pour presser sa cuisse contre son entrejambe. Il laissa échapper un gémissement qui fit rire le Serpentard.

- Ok, j'ai envie de te sucer, Drago Malefoy, et te donner du plaisir jusqu'à ce que tu jouisses dans ma bouche comme la dernière fois.

- Hum. Ce serait sans doute un bon début pour se faire pardonner. Malheureusement, mon crétin de petit ami est en retenue tous les soirs de la semaine. Je me demande comment on va faire…

Réfléchissant à toute vitesse, il chercha un créneau libre dans leurs emplois du temps respectifs.

- Vendredi, on termine tous les deux à 15 heures…

- Hors de question. Je te l'ai dit, je ne prendrais aucun risque. Samedi soir, après ta retenue. Je viendrais te chercher. Prends ta cape d'invisibilité et sois en forme…

- Ce sera ma lumière au bout du tunnel. J'ai hâte.

Ils se séparèrent après un dernier baiser, et Harry eut le plus grand mal à ne pas sourire lorsqu'il retrouva ses amis un peu plus tard. Sans doute était-il temps de leur reparler…

- Salut Ron, salut Hermione ! Alors, comment s'est passée votre journée ?

***/+/***

Bien qu'il ait renoué avec ses amis de toujours, la semaine sembla interminable aux yeux de Harry. Dès le mardi soir, Ombrage avait été presque enragée en constatant que les cicatrices disparaissaient d'un jour à l'autre, et elle s'était montrée plus vicieuse encore que les fois précédentes, lui promettant une retenue supplémentaire si d'aventure il n'écrivait pas assez vite.

Chaque soir ravivait la blessure sur sa main et malgré le baume de Drago pour refermer la plaie, la douleur persistait de longues heures durant. Ainsi, le samedi matin, il était devenu incapable de tenir quoi que ce soit de la main gauche tant ses terminaisons nerveuses avaient été malmenées. Malgré sa compassion manifeste, Hermione n'était jamais allée se dénoncer auprès d'Ombrage, et Ron lui avait dit qu'il était hors de question qu'elle le fasse. Aux yeux du rouquin, Harry ne pouvait pas prétendre être son ami s'il lui demandait de vivre la même chose que lui, et cela avait teinté leurs retrouvailles d'une certaine amertume.

Pour sa part, il avait l'impression d'être sur le point de craquer, heureusement ce soir était le dernier, et son petit-ami avait prévu de le retrouver après…

À 21h, il arriva donc devant la porte de la professeur en se répétant mentalement que c'était la dernière fois, bien décidé d'éviter à l'avenir de la contredire de nouveau. Avec la passivité de Dumbledore, Ombrage était devenue toute-puissante, et si l'article lui avait procuré une certaine satisfaction, désormais il le regrettait amèrement. Même les Dursley, pourtant pas avares en corrections diverses et variées, ne s'étaient jamais montrés aussi désireux de le voir souffrir…

Dès qu'elle l'eut autorisé à entrer, il pénétra dans le bureau en s'efforçant d'arborer un visage poli et lisse de toute expression. S'il pouvait au moins dissimuler à la sorcière à quel point il était désespéré, ce serait toujours ça de gagné. Cependant, il ne put s'empêcher d'avoir un mouvement de recul en voyant la Grande Inquisitrice l'attendre au milieu de la pièce avec un sourire sadique.

- Ah, monsieur Potter ! Je vous attendais. C'est donc notre dernière entrevue, n'est-ce pas ? Je ne peux qu'espérer que vous ayez cette fois retenu la leçon.

- Oui, professeur. Je vous promets que je ne recommencerai plus.

L'estomac noué, il s'était arrêté à un mètre de son bourreau, paralysé par un mauvais pressentiment. Quelque part, elle était presque plus effrayante que Voldemort lui-même… Alors que le mage noir devait se cacher et était réprouvé par la grande majorité des sorciers, Ombrage œuvrait au grand jour, sous un enrobage de moralité et de vertu.

La sorcière tapota la petite table de son ongle verni, attirant son attention sur le matériel apprêté pour sa punition.

- Oui, justement, puisque vous avez la tête particulièrement dure, j'ai pensé à une petite précaution pour m'assurer qu'il n'y ait pas de récidive. Tout ça, c'est pour votre bien, j'espère que vous le savez. Je ne voudrais pas avoir à vous exclure, monsieur Potter. Venez, approchez… Asseyez-vous.

De prime abord, Harry ne vit aucune différence dans la plume mise à disposition… Ombrage était retournée s'asseoir derrière son bureau avec un sourire tel qu'on eut dit que c'était la meilleure journée de sa vie, et malgré sa méfiance, il commença à écrire.

Cette fois cependant il se stoppa immédiatement après, lorsqu'une vive douleur le fit se redresser. Il comprit alors que c'était le parchemin qui était enchanté, car non seulement la plume gravait le message sur sa main gauche, mais les lettres écrites sur le papier disparaissaient immédiatement pour réapparaître sur son dos !

Face au regard scrutateur de la sorcière rose, il reprit rapidement son travail, ignorant tant bien que mal les conséquences du nouvel engin de torture inventé par Ombrage. Rapidement, la blessure rendit intolérable le contact avec ses vêtements, tandis que le moindre mouvement lui arrachait un halètement de douleur. Contrairement à l'effet induit par la plume, chaque nouvelle ligne se gravait désormais dans son dos, occasionnant une nouvelle meurtrissure. Vers la fin de l'heure, il sentit un léger tournis le saisir alors que son sang imbibait sa chemise.

- Et bien monsieur Potter, combien de lignes avez-vous écrites ?

Une brusque nausée l'envahit à la seule idée de faire une heure de retenue supplémentaire. Il n'en pouvait plus, sa volonté annihilée par la douleur et l'angoisse mêlées. Il dut se concentrer pour reprendre son souffle, alors qu'une boule grossissait au fond de sa gorge.

- Je… Je ne sais pas. J'ai perdu le compte.

Il sentit une goutte de sueur glacée descendre le long de sa colonne vertébrale à mesure que la sorcière approchait. Heureusement, lorsqu'elle se pencha au-dessus de sa table, elle dû se rendre à l'évidence que les lignes avaient toutes disparu sous l'effet du sortilège.

- Ah, oui… Bien sûr. Il va falloir que je règle ce petit contre-temps. Bon, je vais vous laisser le bénéfice du doute pour aujourd'hui. Mais n'oubliez pas monsieur Potter, je n'hésiterai pas à vous remettre en retenue si nécessaire. Vous pouvez y aller.

Le cœur battant, Harry ramassa son sac et s'empressa de quitter les lieux. Il voulait fuir loin de l'horrible mégère mais il était incapable de courir et il marcha droit devant lui, l'esprit déconnecté de son corps jusqu'à ce qu'il soit intercepté par Drago.

- Hey, Potter !

Malheureusement le Serpentard avait touché le haut de son dos pour attirer son attention, et Harry poussa un cri avant de se retourner vivement, le corps secoué de tremblements et les yeux au bord des larmes.

- Ne me touche pas ! Je t'en prie, ne touche pas mon dos… J'ai… j'ai si mal.

Drago écarquilla les yeux face à la voix inhabituellement aiguë et la souffrance manifeste de son petit-ami.

- Harry… Qu'est-ce qu'elle t'a fait ?!

- Elle… Je… Il faut que je retire… Mes vêtements.

Le Serpentard le prit par la main avec douceur avant de l'entraîner en direction de la salle de bains des préfets. Ils l'atteignirent heureusement sans rencontrer personne et Drago aida alors Harry à retirer sa cape, son gilet et sa chemise avec une patience infinie. Lorsqu'il eut finalement mis à nu le torse de son petit ami, ce qu'il vit sur son dos lui arracha une exclamation outrée.

- Cette sale gorgone boursouflée… Par Salazar… C'est beaucoup trop étendu, il faut que tu ailles à l'infirmerie. Mon baume ne suffira pas pour tout cicatriser. Il va falloir que tu remettes au moins ta chemise. Je vais t'accompagner.

- Si Ombrage l'apprend…

Son petit-ami l'interrompit avec hargne.

- Arrête ça ! Jamais Pomfresh ne te dénoncera ! Elle préfèrerait mentir à un professeur si ça peut protéger un élève. Et si Ombrage l'apprend, je lui dirais que je t'ai trouvé inanimé dans un couloir et que je t'ai amené à l'infirmerie. En route, Potter !

Drago semblait véritablement furieux, et Harry sourit tristement, à la fois touché par ses attentions et mortifié parce que cela mettait fin, de fait, à leur rendez-vous tant attendu.

Lorsqu'ils arrivèrent à l'infirmerie, la maîtresse des lieux était dans son bureau, cependant elle s'empressa de venir les accueillir à peine Drago avait-il prononcé son nom.

- Madame Pomfresh ! J'ai trouvé Potter dans un couloir, il semble mal en point.

- Oh, monsieur Potter ! Venez, asseyez-vous. Merci monsieur Malefoy, vous pouvez y aller.

Harry jeta un dernier regard à son petit-ami avant que celui-ci ne disparaisse, puis il recommença à déboutonner sa chemise d'une main tremblante.

- Madame Pomfresh… Je suis blessé au dos…

Voyant qu'il peinait à retirer ses vêtements, l'infirmière l'aida, cependant elle ne put retenir un cri en voyant les lettres gravées à même son dos.

- Par Merlin ! Mais… Potter, qui vous a fait ça ! Et votre main aussi !

- C'est le professeur Ombrage. Mais si vous le dites, je vais avoir des problèmes…

- Mais enfin, Albus ne peut pas laisser une telle chose se passer à Poudlard ! Depuis que j'officie ici, jamais je n'avais vu d'enseignant malmener ainsi des élèves ! Vous allez rester ici cette nuit, retirez votre pantalon, je vais vous amener un pyjama.

Le Survivant s'exécuta en soupirant, se retenant de lui rappeler que presque tous les précédents professeurs de Défense contre les Forces du Mal avaient essayé de le tuer à un moment ou un autre. Malgré ses scrupules à venir ici, il était soulagé à l'idée d'être soigné. La souffrance était telle qu'il doutait sérieusement qu'il aurait pu trouver le sommeil s'il était revenu à son dortoir. Madame Pomfresh le laissa enfiler le bas de pyjama seul, et lorsqu'elle revint, elle portait un verre rempli d'un liquide violet, caractéristique des potions de sommeil sans rêve. Un gros pot lévitait aussi à sa suite, et lorsqu'elle en retira le couvercle, Harry vit qu'il contenait un baume verdâtre à l'aspect particulièrement gluant.

- Vous allez boire la potion. Je commencerai les soins lorsque vous serez endormi, ainsi vous ne sentirez rien. Allongez-vous sur le ventre. À demain, monsieur Potter.

***/+/***

Lorsque Harry reprit conscience, le lendemain matin, il avait mieux dormi que depuis très longtemps, et toutes ses blessures avaient été guéries. Après un petit déjeuner au lit et un dernier check-up de la très stricte gardienne des lieux, il eut le droit de rejoindre ses camarades dans la tour de Gryffondor.

Ron et Hermione semblaient occupés à faire leurs devoirs, mais alors qu'il s'approchait d'eux, il eut la surprise d'être accueilli par deux visages fermés. Le Survivant fronça les sourcils, ignorant la raison de l'animosité manifeste de ses deux amis. Il n'eut cependant pas le temps de poser la moindre question que Ron l'attaqua.

- Comment as-tu pu faire une chose pareille ! Je pensais que t'étais un pote, mais en fait tu me dégoûte !

- Quoi ? Mais vous me reprochez quoi au juste ?!

Hermione intervint alors, comme toujours plus modérée.

- Harry, où étais-tu cette nuit ? Pourquoi n'étais-tu pas dans la tour Gryffondor ?

- J'étais à l'infirmerie. Je n'étais vraiment pas bien en sortant de la retenue d'Ombrage. Elle m'a sorti son nouvel instrument de torture. Un parchemin qui écrit sur ton dos. Pomfresh était furieuse.

Il avait baissé la voix, peu désireux que tout le monde pense qu'il était fragile. Avec Drago, ils s'étaient mis d'accord sur cette version des faits, de manière à rester crédible aux yeux de ses camarades tout en cachant la réalité.

Hermione prit un instant une mine soucieuse avant de secouer la tête.

- Harry, Ombrage est venue m'annoncer ce matin qu'elle me donnait trois heures de retenue à cause de l'article. Est-ce que c'est toi qui lui as dit que j'avais organisé l'interview ?

- Évidemment que c'est lui, qui ça peut être d'autre ?

Ron avait répondu à sa place, et Harry le fusilla du regard tout en prenant la parole.

- Certainement pas ! Je ne suis pas mesquin à ce point, mais heureux de voir que vous me pensez capable de ça ! J'aurais apprécié que Hermione prenne conscience des conséquences de l'interview mais jamais je n'aurais été la dénoncer !

Il serra les dents, à la fois furieux par la réaction de ses deux amis, mais aussi vis-à-vis de son petit-ami. Car il n'y avait pas besoin d'aller chercher bien loin le coupable. Drago était l'une des rares personnes à savoir que Hermione avait organisé l'interview, et à avoir un réel mobile pour vouloir le venger. À cause des retenues d'Ombrage, il avait été sérieusement blessé, et cela les avait obligé à reporter leur rencard à plus tard, alors que leurs disponibilités mutuelles n'étaient déjà pas si nombreuses.

Énervé par le manque de confiance évident que Ron et Hermione lui portaient, Harry rejoignit son dortoir pour prendre sa carte du Maraudeur ainsi que ses affaires de cours. Il avait une montagne de devoirs à rendre, mais il était bien décidé à les faire loin de ses deux camarades. Il attrapa aussi Kaliya dans son vivarium et la laissa se glisser sous le col de son uniforme. Il avait envie de passer un peu de temps avec son serpent et puisqu'il comptait s'isoler, autant profiter d'être hors de vue pour le faire. Il n'avait même pas osé révéler à ses amis qu'il possédait un serpent domestique, incertain de leur réaction. Et s'ils le comparaient à Voldemort ? Kaliya était le premier cadeau que Drago lui avait fait, et il y tenait tout autant qu'à Hedwige.

Il quitta donc la tour Gryffondor sans un regard en arrière, direction la Salle-sur-Demande. Il avait aussi pris la jumelle de la pièce donnée à Drago. Avec un peu de chance, le Serpentard allait parvenir à le rejoindre. Il réclama un endroit calme pour travailler, et la porte s'ouvrit sur une confortable salle d'étude avec plusieurs tables agrémentées de fauteuils moelleux. Il y avait aussi une grande bibliothèque contenant une copie de leurs manuels de cours, et une étagère proposant encre, plumes et parchemins. Un feu ronflait dans la cheminée, procurant une douce chaleur, et Harry s'installa sans tarder, Kaliya somnolant sur son épaule. Il utilisa la pièce pour prévenir Drago de sa présence et près d'une heure plus tard, alors qu'il relisait son devoir de métamorphose, la porte s'ouvrit sur le Serpentard blond. Il referma soigneusement derrière lui et posa sa cape sur un dossier de fauteuil avant de s'installer.

- Potter. Tu sembles en meilleure forme.

Harry n'avait pas oublié ses griefs, cependant il lui offrit un sourire lumineux, résistant à l'envie de se lever sur le champ pour aller l'embrasser.

- Drago. Madame Pomfresh a soigné toutes mes blessures, je suis en pleine forme. Merci pour le coup de main hier, en revanche je ne te remercie pas pour ce que tu as dû faire ce matin…

Drago tenta de feindre l'innocence, mais son sourire était bien trop narquois pour être honnête.

- Je ne vois absolument pas de quoi tu parles.

- Tu es allé dire à Ombrage que c'était Hermione qui avait organisé l'interview !

Le Serpentard fit la moue, comme si c'était un détail sans importance, et posa un coude sur la table.

- En effet, et je n'ai fait que rétablir la justice. Granger a organisé ce traquenard sans te prévenir ni te laisser le moindre choix. C'est de sa faute si tu as été puni et que tu as souffert. Sans compter que tu es privé de sortir à Pré-au-Lard ! Je n'ai pas pour habitude de me montrer charitable avec ceux qui m'importunent, encore moins avec les Sss Nés-moldus…

Harry soupira et secoua la tête, bien conscient qu'il ne pourrait faire entendre raison à son petit-ami. Cependant il avait aussi entendu qu'il s'était retenu de l'insulter, et il tendit le bras pour attraper sa main.

- Ne t'inquiète pas. Je n'ai pas besoin d'autorisation de sortie pour aller à Pré-au-Lard, tu le sais, non ? J'ai ma cape d'invisibilité, et je connais des passages secrets pour sortir du château. Ça m'a énervé qu'elle me mette devant le fait accompli mais je ne lui aurais pas souhaité de subir la même chose que moi pour autant. En plus, Ron et Hermione sont tous deux persuadés que c'est moi qui ai prévenu Ombrage !

- Peh ! Ils sont plus stupides que je ne le croyais alors ! L'autre jour, tu as braillé dans le couloir que c'était Granger qui avait organisé l'interview, n'importe qui pouvait t'entendre. Crabbe et Goyle sont trop stupides, mais Nott cherche une manière de se venger, il aurait très bien pu le faire. Mais ça m'arrange bien quelque part, moins tu passes de temps avec eux, plus tu es disponible pour moi.

Il se leva et fit le tour de la table pour venir s'asseoir sur les cuisses de son petit-ami, mais alors qu'il posait ses mains sur ses épaules, un sifflement retentit sous ses vêtements, le faisant arrêter son geste.

Harry retira délicatement son serpent de son col avec un sourire enfantin, et Drago écarquilla des yeux.

- Mais… tu te promènes avec ?

- Oui, je n'ai pas beaucoup de temps pour discuter avec elle comme j'ai préféré cacher son existence. Je n'ai pas vraiment envie que les autres me voient comme un mage noir en puissance. Déjà que le fourchelang les fait flipper…

Profitant que Kaliya ait été posée sur le bureau, Drago referma ses bras autour de la nuque du Gryffondor avant de prendre possession de ses lèvres.

- Tu aurais été à Serpentard, tout le monde t'aurait admiré pour ça. Mais tu as décidé d'intégrer la maison la plus bornée de Poudlard, tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même.

Harry le fit taire d'un nouveau baiser, puis il plongea vers la gorge offerte pour en humer le parfum. Il se sentait si bien entre les bras du Serpentard qu'il resta ainsi immobile durant quelques minutes jusqu'à ce qu'un léger frémissement contre son bas-ventre ne lui fasse reprendre conscience avec la réalité.

Il repoussa doucement son petit-ami avec un sourire sensuel et lui désigna le canapé du menton.

- Et si nous faisions ce que nous avions prévu hier ?

- Enfin une idée intelligente. Mais j'en ai une meilleure, laisse-toi faire. Tu ne le regretteras pas.

D'un mouvement fluide, Drago se leva et l'attrapa par le bras pour l'entraîner à sa suite. Puis, sans lui laisser le temps de reprendre la main, il commença à déshabiller le Gryffondor. Harry ne chercha pas à résister, grisé par la volonté soudain entreprenante de son petit-ami. D'ailleurs, le Serpentard ne s'arrêta pas au haut de ses vêtements, et le Survivant se retrouva bientôt nu comme un ver. Drago en profita pour le dévorer du regard avant de se relever pour retirer ses vêtements un à un avec ses précautions habituelles. Lorsqu'ils furent tous deux dans le plus simple appareil, il rejoignit Harry sur le canapé, ses mains pâles découvrant avec fascination les reliefs du corps du Gryffondor.

Avec douceur, le Serpentard l'allongea sur le canapé avant de se positionner contre lui, leurs deux érections en contact l'une de l'autre. Les deux amants poussèrent un gémissement simultané, renouvelé lorsque Drago s'en saisit pour les caresser en même temps. Harry s'accrocha autour du cou de son petit-ami, vaincu par la puissance du plaisir ressenti.

Ils étaient si proches que le Survivant pouvait percevoir les battements frénétiques du cœur du Serpentard, la chaleur qui émanait de son corps, les spasmes de plaisir qui le traversait, mais aussi les vibrations que produisaient ses gémissements.

- Drago… c'est bon…

Son petit-ami continuait d'appliquer un mouvement de va-et-vient sur leur sexe respectifs et la pression qu'il ressentait menaçait de le rendre fou. Pris dans le plaisir, ils ne cessaient de s'embrasser, leur langue mêlée l'une à l'autre dans un échange fiévreux, et quand finalement ils atteignirent l'orgasme, ils restèrent plusieurs secondes ainsi, immobiles, profitant simplement de la félicité mutuelle qu'ils ressentaient.

Lorsque Harry rouvrit les yeux, Drago l'observait attentivement, les pommettes encore roses et les lèvres courbées en un large sourire. Il lui caressa le visage en un geste doux, fasciné par le bonheur sincère qui émanait du Serpentard.

- Tu avais raison, c'était… fantastique.

- Évidemment ! Et la prochaine fois, peut-être pourrions-nous aller plus loin ? J'ai très envie de te faire découvrir ce que deux hommes peuvent faire l'un avec l'autre et je suis persuadé que cette salle pourrait nous fournir un lit king size et une salle de bain…

Le Gryffondor rougit brusquement et détourna le regard, mal à l'aise face à son ignorance.

- Euh… Tu m'expliqueras avant… Mais pourquoi pas.

Ils ne pouvaient vraisemblablement pas passer toute leur journée ici, et ils se relevèrent bientôt pour se nettoyer et s'habiller.

Harry n'avait pas pris sa cape d'invisibilité, cependant il avait bien sa carte du Maraudeur sur lui. Pris d'un instinct subit, il la consulta juste avant que Drago n'ouvre la porte, et grand bien lui en prit.

Ombrage et Rusard étaient dans le couloir, et ils purent entendre une bribe de leur conversation alors qu'ils passaient devant la porte.

- Vous êtes certain qu'il n'y a pas de pièce secrète par ici ? J'ai entendu les tableaux dire que des élèves venaient souvent au septième étage. Ces petits monstres trament quelque chose, j'en mettrais ma baguette au feu, et je veux savoir ce que c'est ! Vous allez me surveiller ce couloir, chaque nuit s'il le faut. Ils ne nous échapperont pas bien longtemps…

Collés à la porte, Harry et Drago se regardèrent en silence, attendant que les voies se soient éloignées. Finalement, le Serpentard prit la parole après un soupir.

- Bon… Je crois que finalement je vais t'aider à virer Ombrage de Poudlard… Cette vieille carne commence sérieusement à me taper sur les nerfs. Tant pis pour mon père et ses plans tordus. Cette fois, la guerre est déclarée…


Fin du chapitre 3

Alors, qu'en avez-vous pensé ?

Harry est totalement amoureux de son Serpentard, quand à Drago, il est sacrément posséssif, mais finalement, il est tout aussi accro. Ombrage n'a qu'à bien se tenir. ^^ 😏

Je dois vous avouer en toute honnêteté que je n'ai encore aucune idée sur la manière dont il vont s'y prendre. Et puis, il y a aussi un certain jeu appelé Hogwarts Legacy qui sort demain eeeeeeet... il se pourrait que j'y joue... "quelques" heures...

Cela dit, je vous promets que je continuerais à écrire. 😅 C'est pas comme si j'allais reprendre le boulot de sitôt de toute façon, à moins qu'un miracle ne fasse réapparaître ma voix d'ici vendredi... (ce qui est assez peu probable au vu de l'état de mes cordes vocales)

Du coup, je ne vous donne pas de délai, mais vous pouvez faire confiance à une certaine Licorne pour me fouetter virtuellement si je lambine trop. XD Merci encore de m'avoir lue et gros bisous à tous ! 😘

PS : Inutile de m'écrire pour me dire que je suis une horrible transphobe qui soutient JKR parce que je joue au jeu.
1- Ce n'est pas elle qui a fait le jeu
2- Ce n'est pas le pourcentage qu'elle récoltera des ventes qui changeront quelque chose à sa fortune déjà colossale.
3 - Ca fait quand même plusieurs années qu'elle sort des conneries à intervalles réguliers, donc pourquoi continuer à lui accorder le moindre crédit ?! La meilleure chose à faire est encore de l'ignorer.