-AvA-

CHAPITRE 1

- OU -

LE CHAPITRE QUI MONTRE QU'IL FALLAIT BIEN COMMENCER QUELQUE PART,

MÊME SI CE QUELQUE PART SE RÉVÈLE ÊTRE LE PIRE ENDROIT QUI PUISSE EXISTER.


Le crissement métallique des chaînes résonnait dans l'espace confiné de la cabine. Les poulies rouillées s'activaient avec démence. Des lumières folles dansaient devant mes yeux larmoyants. Est-ce que tout allait vite ? Ou est-ce qu'il n'y avait que mon estomac qui bougeait ? Toutes ces formes qui m'encerclaient… Je n'arrivais plus à réfléchir. Les sons se répercutaient contre les parois de l'ascenseur pour me transpercer de part en part.

Quand est-ce que j'ai commencé à crier ? Peu importe, je ne criais plus, je hurlais. Il faisait froid. Tout était trop palpable. Trop présent. Je crois.

Peut-être qu'il n'y avait que mes hurlements, ou peut-être qu'il n'y avait que le bruit de l'appareil. Allongée contre le sol grillagé, je sentais la machine s'élever de plus en plus rapidement, avant de s'arrêter brutalement. Le choc me coupa le souffle et c'est à peine si j'eus le temps de basculer sur le côté pour vomir. Tout ralentit, s'éteignit, j'étais maintenant dans le noir. Seule.

Je crois que c'est à ce moment que j'ai commencé à m'entendre. Ou peut-être que le monde autour de moi n'avait jamais fait de bruit.

La gorge en feu, les joues inondées de larmes, j'attendis. Longtemps. Certainement une éternité.

Il n'y avait pas de calme dans ma tête. Tout bougeait, sifflait sous mon crane. Peut-être que j'allais de nouveau vomir. Une multitude de questions me tordaient l'esprit. Où ? Quoi ? Pourquoi ?

Est-ce qu'il y avait la nuit ? Est-ce qu'il y aura le jour ?

Je fermais les yeux. L'intérieur de mes paupières me semblait moins sombre encore que cette cage. Je pouvais passer le bout de mes doigts à travers le grillage dans mon dos. Mais l'idée que quelque chose d'horrible puisse les trancher me traversa et je les retirais vite.

Je commençais à suffoquer. J'allais manquer d'air. J'allais manquer d'air et j'allais mourir comme ça. Tant que je gardais les yeux clos, rien ne viendrait me frapper. J'essayais de m'accrocher à cette idée, mais chaque tressautement de la cabine m'arrachait un couinement d'effroi.

La peau de mes joues tirait, les sillons de larmes commençaient à sécher. Mon pantalon devenait froid. Je passais une main tremblante sur mon entrejambe. Tout était humide. Je n'avais pas envie de bouger. Ça rendrait la situation irrémédiablement réelle. Mais je n'avais pas non plus envie de rester immobile. Au moindre mouvement, le tissu mouillé se décollait et se recollait à mes cuisses.

Je tentais de me redresser, complètement groggy et avec l'impression d'utiliser mes jambes pour la première fois. Pourquoi j'étais persuadée que le plafond était plus bas ? Un flash bleu m'aveugla soudainement et je retombais sur les fesses, me râpant le dos contre quelque chose de bien plus solide que moi.

Une douleur vive me traversa aussitôt l'échine m'arrachant un cri. La rage arriva aussitôt après. Je décidais de rester assise pour l'instant, cherchant la source de lumière. Est-ce que ça avait brûlé mes yeux ? Je ne distinguais rien de nouveau autour de moi. Peut être que j'avais imaginé l'éclair. L'intérieur de mes joues semblait râpeux, ma langue âpre. Une migraine commençait à s'installer.

Je me tordais les mains, tentant de calmer mon souffle. Respire, une chose à la fois.

Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix. Tous mes doigts étaient à leur place. Mes ongles étaient courts. Coupés récemment ? Je pouvais serrer les poings, sentir mes paumes. En tendant les bras vers le haut, un poids glissa de mon poignet gauche à mon coude. J'y portais ma main droite et trouvais une surface lisse, glacée. Une sorte de bracelet métallique assez lâche, suffisamment pour le retirer sans peine.

C'était lourd, une sorte de montre à en croire le bouton cranté que je sentais sous la pulpe de mon pouce. J'appuyais quelques secondes, le cadran s'illumina d'un vert pâle, m'obligeant à plisser les yeux. Une suite de quatre zéro immobiles apparue, elle n'était pas réglée…

Aucune idée de l'heure qu'il pouvait être. Et elle n'était pas assez puissante pour éclairer l'endroit. Parfaitement inutile.

Quel intérêt de me donner ce truc-là ? Si les concepteurs de cette montre étaient les mêmes que ceux de l'ascenseur, je comprenais pourquoi rien ne fonctionnait. L'idée resta cocasse le temps de réaliser que j'étais dans l'ascenseur en question. Rien ne m'informait des intentions ou de l'identité des personnes qui m'avaient mise là-dedans. Mais on m'y avait mise, je le savais.

J'essayais de ne pas penser à l'importance du vide qui devait séparer la cabine du sol actuellement, si sol il y avait.

Réfléchir renforçait ce mal de crâne vicieux déjà bien installé. J'essayais encore de distinguer les formes qui m'entouraient à la faible lueur du bracelet. Il suffisait de rester calme et d'attendre. C'était peut être juste une erreur. On allait venir me chercher. Quelqu'un allait me retrouver et me ramener… Là où j'étais avant d'être ici. J'imagine.

Je n'avais pas réalisé que je pleurais de nouveau avant de renifler bruyamment. J'essuyais un mélange chaud de morve et de larme qui coulait vers ma bouche et donnais un coup de pied dans ce qui devait être une caisse non loin.

Ma tête bourdonnait constamment. Si elle explosait, est-ce que j'aurais la paix ? Je ne voulais plus penser, juste respirer et enfoncer ma tête lourde dans quelque chose de doux. Je baillais à m'en décrocher la mâchoire et évitais avec soin l'endroit où j'avais vomis plus tôt pour trouver une paroi contre laquelle m'appuyer. Le front contre les genoux relevés, je fermais les yeux.

Éreintée, me fondant doucement dans un état second, végétatif, je jouais mollement avec la montre. Son tintement était agréable. Je n'avais aucun souvenir d'avant ces dernières minutes, ni même le sentiment de devoir me rappeler de quelque chose. Juste cette impression parfaite d'absence, une grande page blanche.

Je ne savais pas quel âge je pouvais avoir, ni même d'où je pouvais tenir mon vocabulaire. Il y avait ces connaissances dans ma tête sans pour autant pouvoir mettre une image dessus.

Je me grattais la nuque, pensivement, quand l'appareil reprit son ascension avec lenteur. Les ampoules rouges clignotaient de nouveau avec frénésie, et les grincements insupportables du mécanisme étaient là pour les soutenir. Plusieurs néons que je n'avais pas remarqués jusqu'à présent s'allumèrent difficilement, éclairant par moment la scène d'une lueur morne et glaciale.

Déboussolée, j'essayais de me relever, cognant mon coude dans quelque chose au passage. Un bruit sourd me répondit. Le plafond se divisa en deux, laissant entrer une lumière aveuglante.

Éblouie, je me cachais le visage entre les mains. Une chaleur nouvelle se répandit sur ma peau, ranimant peu à peu mes membres froids. J'attendis que les battements désordonnés de mon cœur ralentissent, ou qu'ils s'arrêtent pour de bon. Puis fébrilement, j'écartais un à un mes doigts crispés, tentant un rapide coup d'œil en l'air.

Le ciel était d'un bleu pur, du moins à travers le grillage qui fermait la cabine. Pas une ombre, pas un nuage. Je me redressais péniblement, mon coude saignait mais je m'en moquais. Rien ne comptait plus que ce carré de liberté au-dessus de ma tête.

Redoutant une chute précipitée de l'appareil, je sautais sur mes pieds. Mes jambes, si elles tremblèrent quelques secondes, tinrent le coup. Autour de moi se trouvaient de nombreuses caisses, toutes de tailles différentes. Certaines devaient faire ma hauteur, d'autres m'arrivaient aux genoux. Je me hissais sur la plus proche d'entre elles, poussant de toutes mes forces une des portes grillagées et m'extirpais enfin de là.

Ébahie, à demi consciente, les mots m'échappèrent d'eux même.

« Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? »

C'était… Tout simplement impensable. Devant moi s'étendait une vaste étendue d'herbe sublimée par le soleil. Quelques roches et buissons solitaires venaient de temps à autre ponctuer le paysage que je détaillais avec attention. Derrière moi, une gigantesque forêt à perte de vue. Les arbres y étaient immenses et menaçants, parfaitement immobiles comme tout ce qui se trouvait ici.

De là où j'étais, on devinait un étang à l'orée du bois. L'air était chaud, sans pour autant se faire étouffant et il régnait sur les lieux un silence parfait.

Mais le plus incroyable, c'était ces murs. Quatre grands murs plus hauts que je ne pouvais l'imaginer. Bien plus haut que cette forêt déjà suffisamment effrayante.

Où est-ce que j'étais…

Confuse et terrifiée, je passais une main tremblante à travers mes cheveux courts. Du vomi y avait séché. Cette simple constatation eut raison de mon calme passager. Je craquais une fois de plus, me laissant tomber sur la terre molle. Je ne me souvenais de rien ! Pas même de mon nom. J'étais vide.

Une vague de panique me submergea violemment. Et bien que je me sentais respirer véritablement pour la première fois, me rouler en boule et disparaître définitivement s'imposait comme l'unique solution.

Il me fallut quelques minutes de plus pour apaiser les battements de mon cœur. Pendant ce temps, le soleil ne faiblissait pas, au contraire il semblait bien décidé à brûler ma peau tremblante.

Chassant les sensations d'étranglement provoquées par la situation, je m'assis sur le rebord de l'ascenseur, les pieds au-dessus du vide. À quoi servaient toutes ces caisses empilées ? Et pourquoi faisaient-elles partie du voyage ? Je me penchais un peu pour décrypter les inscriptions sur le bois sombre . ''W.I.C.K.E.D''. Ça ne me disait rien.

Je soupirais, j'étais sale et fatiguée mais le pire c'était l'odeur et ça s'empirait avec la chaleur. Je pris mon courage à deux main, ignorant le haut-le-cœur qui me faisait tourner la tête et me relevais pour faire une fois de plus le tour de la zone du regard. Cet endroit ne m'inspirait rien de bon.

Alors que je fixais un coin de prairie, un éclat soudain attira mon attention. Quelque chose fila alors à toute allure dans un léger sifflement. Déglutissant, je défis lentement ma chaussure gauche et la tins fermement au-dessus de ma tête. Ainsi armée, je m'approchais en silence du coin d'herbe que je venais de voir s'illuminer. Mon cœur tambourinait contre ma cage thoracique, sur quoi allais-je encore tomber ?

Deux bons mètres me séparaient de la chose. Je pouvais voir d'ici qu'il ne s'agissait que d'une simple sculpture argentée, une sorte d'insecte géant ou de petit reptile fait de métal. Un peu plus confiante, j'abaissais mon bras pour franchir l'espace qui me séparait de l'étrange objet.

Ça ressemblait à un scolopendre, ou plutôt à un gros lézard avec trois grandes billes rouges et lumineuses en guise d'yeux. Il y avait une petite inscription sur le dos de la bestiole.

Je pivotais la tête pour lire quand soudainement la bestiole sauta sur elle-même et fila à une vitesse ahurissante sous un buisson épais. Je couinais de surprise dans un brusque mouvement de recul et tombais en arrière, atterrissant sur les fesses.

« Sale bête ! » criais-je vexée en jetant ma chaussure vers l'endroit où avait disparu l'immonde reptile.

Bien évidemment, celle-ci ne fit que voler sur quelques mètres avant de s'écraser mollement au sol dans un nuage de poussière, et ce sans toucher sa cible initiale. Je me relevais tout en époussetant mon pantalon. Quel air misérable je me trainais… Et cette odeur, je puais la mort à des kilomètres.

Rageuse, je récupérais ma foutue chaussure et marchais d'un pas ferme et rapide en direction de l'étang. Je ne savais strictement rien de cet endroit de malheur et pour le moment je ne voulais rien savoir. Et si le monde avait fini de m'humilier et qu'il me l'accordait, j'aimerais retirer cette couche de crasse qui semblait couler par tous les pores de ma peau. J'étais incapable de quoi que ce soit et être couverte de vomi, de terre et de sueur ne m'aidait pas.

Se laver, réfléchir à tête reposée et oublier mon arrivée catastrophique, rien de plus. J'examinais ma chaussure toujours en main sur le chemin. C'était une chaussure excessivement banale, mais plutôt résistante. Légère et fonctionnelle elle semblait faite pour marcher de longues distances. Prise d'une soudaine intuition, je la retournais et inspectais la semelle mais n'y trouvais rien. Un peu plus frustrée, je l'ouvris pour en scruter l'intérieur, rien non plus. Il n'y avait ni inscription, ni marque ou indice qui m'aurait permis de l'identifier. Absolument rien ! Rien n'avait de sens.

Je m'arrêtais un instant pour retirer ma deuxième chaussure, même constat pour cette dernière. Dépitée, je sentis mes yeux se remplir une nouvelle fois de larmes. Non ! J'essuyais mon nez à travers ma manche rendue rugueuse par la morve qui y avait séché. Je calmais mon souffle saccadé, j'avais bien assez chialer pour aujourd'hui.

Faussement sereine, je repris ma marche en direction du petit lac, une pompe dans chaque main. Mes pieds s'enfonçaient doucement dans l'herbe grasse et je pouvais voir des reflets de lumière briller un peu plus loin. Il fallait l'avouer, l'endroit avait quelque chose d'agréable, de reposant. Tout était si différent de la cabine, dommage que ce soit pour silencieux comme la mort.

Peu à peu la végétation laissa place aux galets, et de minces vaguelettes vinrent rapidement me lécher les orteils. L'étang m'avait paru bien plus petit qu'il ne l'était en réalité. Large d'une vingtaine de mètres, l'étendue d'eau se prolongeait à la lisière de la forêt. Certains espaces étaient protégés par l'ombre des arbres. Je retirais mes vêtements un à un, les tenant à bout de bras. Ecœurée par l'odeur, je décidais de les jeter à l'eau. Ce qui, me dis-je, n'était peut-être pas une si bonne idée quand je les vis commencer à couler lentement.

Je me précipitais dans une grande gerbe d'éclaboussures pour les récupérer, les ramenant sur la berge. Il serait toujours temps de les laver plus tard. Une fois chose faite, je fis quelques pas jusqu'au au milieu de l'étang. L'eau était froide et m'arriva bien vite aux épaules. J'inspirais profondément avant de m'immerger totalement. Le changement fut si brusque qu'il me fendit le crâne. Les eaux du lac étaient aussi tranquilles qu'à l'extérieur, et ce calme allait finir par me rendre dingue.

Mais plus le temps passait et plus je sentais mes muscles se détendre. Être là, au milieu de l'eau, avait quelque chose d'étrangement rassurant, presque familier. Comme si l'endroit ne faisait pas réellement partie de la zone. La surface s'illuminait de milliers d'éclats sous le soleil. Je nageais mollement quelque temps, secouant mes cheveux sales pour en retirer la bile et les morceaux non identifiés qui s'y trouvaient. C'est très étrange comme le silence et la solitude peuvent nous faire prendre conscience du vacarme que l'on produit rien qu'en respirant.

Lorsque je me décidais enfin à sortir, le soleil frôlait les hauteurs du mur à ma gauche. Combien de temps étais-je restée à barboter ?

Assise sur une pierre du rivage, je dépliais la boule trempée et informe de vêtements sales. Sans vraiment y croire, je cherchais une étiquette qui aurait pu me mener à une piste quelconque. L'odeur pestilentielle du tissu me retournait l'estomac, me rappelant que je n'avais rien avalé depuis mon arrivée ici. Ou peut-être encore avant… Mes souvenirs n'allaient pas plus loin qu'aujourd'hui.

Résignée, j'abandonnais mes vêtements sur place, la journée semblait bien avancée pourtant l'air restait particulièrement chaud. Et puis la nudité avait quelque chose de grisant, peut-être parce que c'était la première chose que je choisissais jusqu'à présent.

Je longeais le bois depuis l'étang jusqu'à l'autre bout de la zone sans jamais rien trouver. Il n'y avait ni fruit, ni légume, pas même le moindre champignon. Feuilles, brindilles et autres saloperies qu'on trouvait habituellement par terre semblaient également avoir déserté. Est-ce que quelqu'un venait régulièrement balayer le sous-bois ? Les lieux étaient pour ainsi dire vierges et les plantes ne semblaient avoir qu'un but décoratif.

Le plus étonnant dans tout ça, c'était l'absence totale d'animaux. Pas un seul poisson dans le lac, aucun oiseau ne venait survoler les arbres. Si dans un premier temps, la quiétude m'avait surprise, le fait qu'il n'y ait pas la moindre trace de vie m'inquiétait. Quel genre de monde pouvait se développer sans faune ? Mais surtout, qu'est-ce que j'allais bien pouvoir bouffer ?

Au bout de quelques minutes, j'atteignis un premier mur. La forêt s'y arrêtait nettement. Le béton était lisse à l'exception de quelques petits défauts ça et là. L'idée de poser la main dessus me faisait peur, mais pour une raison inconnue je n'avais pas envie de le dévoiler. Je levais les yeux pour en chercher le sommet et fut immédiatement prise de vertige face à l'immensité de la structure. Ma vision se flouta momentanément, conséquence de mon état et je fis demi-tour sans un mot. C'était idiot mais j'avais l'étrange sensation que faire preuve de faiblesse aurait été une erreur fatale. Et tandis que je m'éloignais pour rejoindre mon point de départ, je me mordis la joue, luttant pour ne pas partir en courant.

Le temps d'arriver au centre de la prairie suffit au soleil pour décliner encore. Il était maintenant à moitié caché par le mur qu'il touchait tout juste plus tôt. La lumière commençait à se dissiper, bientôt elle disparaîtrait complètement et tout serait de nouveau plongé dans le noir.

Accompagnée du sentiment de n'avoir fait que gaspiller mon temps, je cherchais un coin de mousse sur lequel je pourrais m'allonger. Il était plus qu'évident que la prochaine étape serait de passer la nuit dehors. Entre quatre murs… Mais à ciel ouvert.

Par chance la température baissait difficilement, il avait fait vraiment chaud et l'édifice qui entourait la zone devait empêcher les courants d'air. Les yeux rivés sur le sol à la recherche d'un endroit plus accueillant que les autres, je laissais mes pensées vagabonder. Quelqu'un ou quelque chose avait pris la peine de construire tout ceci. Est-ce que j'étais destinée à vivre ici ? Il y avait de la place, peut-être un peu trop pour une personne seule… Ou alors pas assez si on pensait aux remparts qui cloisonnaient les lieux. Il existait peut-être une sortie quelque part. Ou la cabine grillagée qui m'avait amené été l'unique moyen de rentrer. L'idée d'y retourner ne m'enchantait pas vraiment.

L'obscurité envahit la plaine à une vitesse folle si bien qu'il devint rapidement impossible de se repérer.

À travers la pénombre, je ne pouvais plus que sentir le tapis herbeux sous mes pieds. Il était à présent trop tard pour chercher de quoi manger. Dépitée je m'allongeais sur la pelouse tiède, cogitant quant à ma situation. Dès demain, je trouverai de quoi me nourrir ! On ne pouvait décidément pas m'avoir envoyée ici pour me voir mourir de faim, du moins l'espérais-je.

Sentant des brins me chatouiller le dos meurtri, je me pris à regretter d'avoir laissé mes vêtements à l'étang. La première chose que je trouvais à faire en territoire inconnu était de me baigner toute la journée avant de me coucher nue dans l'herbe. J'arrachais une touffe de trèfles et les portais distraitement un à un à ma bouche pour les mâchonner.

Je soupirais. À ce rythme-là, je serai morte d'ici un ou deux jours. J'inspirais profondément tout en fermant les yeux. La terre sentait bon et le temps ne semblait pas vouloir se rafraîchir. Au moins la nuit sera agréable me dis-je.

Elle fut tout, sauf agréable.

Le ciel était d'un noir d'encre, pas une seule étoile ne venait percer les ténèbres. Cette tranquillité qui régnait sur la zone était plus angoissante à chaque instant. J'entendais ma respiration s'accélérer et mon ventre se nouer. Il m'arrivait de m'endormir durant de brefs périodes, mais ce n'était que pour rêver d'éclairs azurs traversant l'ascenseur de part en part. Les lumières bleues rebondissaient en tous sens et venaient me piquer la poitrine comme des aiguilles. Je ressentais les tressautements de la cabine qui s'élevait à une vitesse vertigineuse. L'impression d'être enterrée vivante, la Boîte était mon cercueil et ces lieux ma tombe. Et je me réveillais tremblante, serrant mes mains contre mon buste avant de me rendormir pour quelques minutes.

Et si on venait me tuer dans mon sommeil ? Étais-je persuadée de n'avoir vu personne ? Je n'avais fait que longer les bois après tout… Je confondais les périodes d'éveil et les périodes de rêve, me voyant tantôt chasser le lézard de métal, tantôt me faire chasser par celui-ci. Qui était la tête de pioche qui avait imaginé cette saleté ? Peut-être que c'était la seule bestiole qui existait… Peut-être que j'avais imaginé les autres.

Tout était pourtant si vivide dans ma tête quand je pensais aux animaux et au monde. Je voyais les brebis dans les pâturages pâles et des renards tuer les petits sans surveillance. Quand les prédateurs mouraient, un grand vautour sortait une tête rouge de leurs entrailles. Peut-être que seul les lièvres étaient assez malins pour ne pas se faire attraper puisque les éperviers avaient déjà mangé tous les oiseaux.

Plus les heures passaient et plus les courbatures se faisaient sentir. Les premiers rayons du matin me trouvèrent là, recroquevillée sur moi-même, claquant des dents et serrant mes bras contre ma poitrine. Le creux de mon ventre n'avait fait que s'élargir. J'étais épuisée, j'aurais donné n'importe quoi pour une nouvelle nuit du moment qu'elle ne ressemblait pas à celle que je venais de passer. Le ciel se teintait doucement de bleu et d'orange.

Les membres douloureux, je me relevais en m'aidant de mes mains. Mes genoux craquèrent tandis que j'essayais de ne pas basculer en arrière. Rester dans l'herbe et me transformer en pierre pour toujours m'aurait comblé mais maintenant il fallait manger.

Je décidais de revenir sur mes pas pour chercher quelques indices. La Boîte était mon unique piste et marcher me donnait l'impression de vaincre la fatigue. Les caisses étaient toujours parfaitement rangées dans le monte-charge. Obéissant aux lamentations de mon estomac, j'y descendis, non sans appréhension. Aucun mouvement, aucune lumière… Si l'ascenseur était resté bloqué ici depuis hier, il y avait peu de chances pour qu'il reparte maintenant. Je me tenais tout de même prête à fuir si jamais.

Tout était fabriqué dans ce même bois foncé, certains caissons semblaient vraiment lourds. Hypothèse qui se vérifia lorsque je tentais d'en soulever un. L'insomnie de la veille n'arrangeait rien mais par manque de force il me faudrait, de toute façon, les ouvrir et les vider sur place.

J'inspectais les alentours, cherchant un moyen d'ouvrir ces foutus boîtes, une barre ou un marteau ferait l'affaire. Je ne fus pas surprise de ne rien trouver de tel dans la cabine. Si mes intuitions se révélaient exactes, j'étais une parfaite imbécile, tout était à l'intérieur et je n'avais survécu que par chance ou malédiction.

Je sortis aussi rapidement que possible en ignorant les courbatures pour me mettre à la recherche d'une pierre aiguisée.

J'en trouvais une de la taille de ma main aux abords de l'étang. Je ne pouvais pas avoir une prise parfaite dessus mais elle avait l'air suffisamment tranchante. Je glissais une nouvelle fois dans l'ascenseur et, dans un élan d'espoir, abattis violemment la roche sur une des caisses. Cette dernière se fissura légèrement sans toutefois céder. Je continuais de frapper avec force, visant des rainures. Chaque coup écartait un peu plus les planches du couvercle, jusqu'à ce que l'une d'entre elles finisse par se rompre.

Le boîte céda brutalement, la pierre s'enfonça profondément et un morceau de bois vola près de ma joue. Je du forcer encore un peu pour extraire mon outil de là mais le résultat était concluant. Le trou était assez grand pour que je puisse y glisser la main, ce que je fis sans beaucoup d'assurance. Je sursautais lorsque mes doigts rencontrèrent une surface dure et glacée. Je m'en saisis et sortis l'objet : une cisaille. Il existait plus pratique mais j'allais enfin pouvoir ouvrir les caissons.

Le premier couvercle sauta, vivement suivi d'une exclamation de joie. Des rouleaux de corde, une scie, une pince, une hachette, un pied de biche, de longs clous brillants, une bâche et une pelle. Cette sensation de nouveauté, de trop plein... C'était jouissif ! J'avais là de quoi me faire un abri. Rudimentaire certes, mais un abri tout de même. Je m'efforçais d'envoyer le contenu de la première caisse hors du monte charge. Il serait toujours temps après de trier mes trouvailles.

Déballer la totalité des boîtes me pris bien plusieurs heures. Le soleil tapait de nouveau sur mes épaules nues et j'avais manqué plusieurs fois de tomber d'épuisement. Parmi les caisses les plus larges, j'avais découvert des vivres. Beaucoup de denrées sèches, des sacs de graines, d'autres de céréales et en plus petite quantité des fruits secs sur lesquels je m'étais jeté.

Toutes ces choses sous mon nez depuis le début. Il y avait de quoi constituer un camp correct. De la nourriture, des outils, quelques couvertures taillées dans une matière épaisse et des vêtements que je m'empressais d'enfiler. Rien n'était à ma taille, j'aurais pu passer ma cuisse dans l'une des manches du t-shirt, mais au moins j'étais habillée.

Et dire que je n'avais même pas pensé à risquer un coup d'œil, quelle tocarde… Au simple souvenir de la nuit précédente et à l'idée que j'aurais pu l'éviter, une immense lassitude me saisissait et me donnait envie de tout abandonner pour finir ma nuit quelque part à l'ombre.

Je m'appliquais à démonter le maximum de contenant et lançais planches et morceaux de bois cassés vers l'extérieur, priant pour qu'aucun débris ne se disperse trop. Je n'avais pas particulièrement envie de m'enfoncer un clou dans le pied en marchant dessus par manque d'attention. Je pris soin de garder une caisse vide intacte pour sortir.

La situation devenait de plus en plus étrange, pourquoi m'envoyer seule dans cet endroit avec autant de ressources ? Ce n'était pas le monde, je savais que ce n'était pas ça. Mais peut-être que je me trompais.

Lorsqu'il n'y eut plus qu'une carcasse de caisse pour me servir de marchepied, je m'y hissais et sortis enfin. Ma nouvelle tenue était imprégnée de sueur, mais j'avais terminé.

Je passais ma main dans ma nuque pour y décoller quelques cheveux. Exténuée, je me laissais tomber dans l'herbe au milieu de mon joyeux bazar, j'avais besoin de boire. Je cachais mes yeux dans le creux de mon coude. J'avais aussi besoin de me laver, de dormir et peut-être de remanger encore un peu. Et bordel, j'allais étouffer avec cette chaleur…

Soudain, un puissant vrombissement remonta le long de la Boîte. Le sol trembla faiblement et la machine se mit à gronder de plus en plus fort. Le cœur battant, je me redressais dans un craquement pour reculer rapidement. Les images de mon arrivée me revenaient plus nettes que jamais. Il était hors de question de revivre ça.

Les grilles se rabattirent et claquèrent dans un bruit assourdissant. Des portes métalliques, jusqu'à présent invisibles, glissèrent hors de terre, recouvrant le trou de l'entrée. En quelques secondes, l'ascenseur avait disparu, emportant avec lui ses odeurs rances d'huile et de renfermé ainsi que son atmosphère lugubre. Ne restait plus qu'un large carré de métal rouillé, délimitant la taille de la cabine.

Plus jamais je ne mettrais les pieds là dedans, plus jamais. Est-ce que je m'étais extirpée à temps ? Est-ce qu'on avait attendu que je récupère les caisses ? Ça n'avait pas de sens, si c'était le cas c'est qu'on pouvait me faire quitter cet endroit, pourquoi on aurait voulu m'y faire rester ? Est-ce que c'était une sorte de punition ? Est-ce que j'avais fait quelque chose de mal ? Difficile de se défendre sans souvenir, peut-être que ça avait un lien. Peut-être qu'on me les avait juste pris, est-ce que c'était seulement possible ?

Encore sous le choc, j'essayais de donner un sens à tout ça. Je m'accroupis lentement, persuadée que le moindre geste brusque pouvait réveiller la machine endormie. Parvenant à détacher mon regard des grandes plaques grises qui bouchaient maintenant le puits, mon attention se porta sur le contenu des caissons. Je sentais mes lèvres s'étirer sur un sourire satisfait. Posée au centre d'un amas de ressources en tout genre, je m'appliquais à faire l'inventaire et ainsi tenter d'oublier ce qu'il venait de se passer.

Il y avait là essentiellement des outils, de quoi couper, bêcher, tailler, percer, enfoncer et d'autres petites choses. J'allais enfin pouvoir creuser des toilettes quelque part. La plupart des ustensiles étaient en double et surtout l'intégralité était estampillée des initiales "W.I.C.K.E.D" ce qui avait le don de me faire grincer des dents.

Un tel soin était mis dans l'objectif de me faire vivre un enfer, et ce "W.I.C.K.E.D" était pour l'instant mon seul indice. Je ne me rappelais pas avoir vu ce nom sur les vêtements que je portais en arrivant. Je tirais sur mon pantalon pour voir si ces lettres se dissimulaient dans un pli de tissu, c'était le cas.

« Je pense avoir compris l'idée, inutile d'en rajouter », marmonnais-je excédée par ce qui ressemblait à un étalement stupide d'autorité.

Mon ventre grogna bruyamment et je passais à l'observation des denrées consommables. J'avais déjà vu le sac de riz, je découvrais ceux de haricots, de lentilles, il y avait aussi quelques noix. Du maïs, du blé et ce qui me semblait être de l'avoine se trouvait en plus grande quantité emballé dans un tissu fin. Le sachet de fruits secs était bien attaqué, je le gardais à proximité pour y plonger la main de temps en temps.

De grosses cassettes métalliques contenaient des cubes de poudre odorante verte ou orange, des pastilles blanches qu'il fallait visiblement mettre dans l'eau selon les dessins gris imprimés sur le sachet. Des blocs de viande séchée à l'allure un peu rebutante et des bouteilles de vinaigre, de miel et d'alcool se trouvaient également dans les coffres.

Des bols en acier froid, des fourchettes à trois dents, des couteaux et des petites cuillères venaient compléter le tout. Des bocaux empilés les uns sur les autres et tachés de sang me rappelèrent ma chute en arrivant. Peut-être que la blessure était plus grave que ce que j'imaginais. Je ramenais mon coude sous mes yeux, ça ne faisait pas particulièrement mal.

Une caisse ne concernait que les plaids et les vêtements. Si je comptais en plus ce qui m'habillait à présent, nous avions deux hauts, deux pantalons et deux petits shorts élastiques que je comprenais comme étant des sous-vêtements. Il faudra faire avec.

« Génial… », soupirais-je. « Plus question d'abandonner ses fringues n'importe où désormais. »

Il ne fallait pas se plaindre, encore ce matin je me baladais cul nu sans rien à me mettre sous la dent et avec la certitude que j'allais y passer. Cette journée avait fait naître en moi une forme d'espoir. La situation ne prêtait pas à un optimisme absolu non plus, mais ce nouveau confort était prometteur pour la suite.

Je levais la tête vers le ciel, qu'est-ce que je n'aurais pas donné pour une bonne pluie rafraîchissante. M'agiter toute la journée sous les rayons puissants du soleil m'avait exténuée. J'avais la gorge sèche comme du papier. Une goutte de sueur glissa sur l'arête de mon nez. J'étais bonne pour une nouvelle baignade, ce serait aussi l'occasion d'utiliser ces pastilles blanches qui sentaient fort.

Il était également hors de question de passer la même nuit qu'hier, mes muscles avaient suffisamment souffert. Il allait me falloir un peu d'organisation, dénicher un endroit sûr et à couvert, tout déplacer, entreposer les choses proprement. Une cabane ferait parfaitement l'affaire. Je préférais ne pas me faire d'illusions, trouver un abri convenable dans cet endroit de fou serait vraiment trop beau. Si cabane je voulais, j'allais devoir m'y coller.

Quoique… Ça ne devait pas être si compliqué. J'avais les planches, j'avais les clous et de la ficelle pour faire tenir le tout.

J'attrapais une bâche et la dépliais afin de recouvrir les aliments. J'avais conscience de la superficialité de mon geste, un simple morceau de toile n'empêcherait personne de venir me voler. Mais cela me permit de partir un peu plus confiante.

En contournant les eaux, on trouvait des endroits plus que convenables. La totalité de la zone semblait plane, pas une colline, pas une grotte. Rien qu'un gigantesque carré d'herbe et un morceau de forêt, sinon tout était vide, mortellement plat.

Il faisait frais près des sous-bois, un espace plutôt dégagé attira mon attention, c'est ici que je m'installerais. Après quelques allers retours durant lesquels je me dépêchais de rassembler mes affaires, je suspendis la bâche à trois arbres tordus. Le soleil déclinait doucement lorsque je fis un tour à l'étang. Je retirais mes vêtements et, ayant retenu la leçon, les fit tremper avant de les étendre sur les pierres encore chaudes du rivage. Je rentrais à mon tour dans l'eau, le ciel se teintait doucement de couleurs sanguines. La journée avait été difficile mais je pouvais être fière de moi. Je me laissais flotter quelques minutes, profitant du calme du lac. Je ne sais pas depuis combien de temps mon corps était tendu. L'idée d'un vrai repas me traversa et je rejoignis la terre ferme. Mes vêtements n'étaient pas parfaitement secs, je les laissais sur place. Il me faudrait aussi m'occuper du tas de haillons que j'avais abandonné la vieille.

L'esprit léger, je rentrais à mon camps de fortune pour me rhabiller et y allumer mon premier feu. C'était grisant de me sentir avancer. Dès demain, je construirais quelque chose de plus solide. Mais ce soir je n'avais qu'une envie, manger quelque chose de chaud et de consistant.

Il y avait un nombre limité d'allumettes, j'allais devoir entretenir le foyer ou apprendre à m'en sortir autrement, mais inutile de s'en préoccuper pour l'instant.

Je remplis une coupelle d'eau et vint la déposer au plus près du feu. M'attaquant au premier sac que je trouvais, j'y plongeais la main, non sans une immense satisfaction et un air que je devinais stupide, pour en sortir une poignée de riz que je jetais dans le récipient. L'odeur pâteuse qui s'en dégagea me mit l'eau à la bouche et fit s'agiter mon estomac un peu plus fort. Avisant d'un coup d'œil le reste des ressources, j'ajoutais des haricots et du maïs à la préparation. Puis, me parant dans l'une des couvertures, j'attendis impatiente de dévorer le résultat.

Je luttais pour ne pas m'endormir avant. Cette soudaine tranquillité me permit de penser sereinement à la situation. Les choses n'étaient peut-être pas trop mal en fin de compte.

La mixture était tout juste tiède lorsque la nuit tomba totalement. Je poussais du pied le bol en métal au centre du feu, en espérant voir s'accélérer la cuisson. Mais une partie de la coupelle, pleine à ras bord, se renversa sur les braises. Annihilant au passage mes chances de manger rapidement. Frustrée, j'attrapais l'écuelle à deux mains. Je criais lorsque celle-ci me brûla. La douleur fut brève et aiguë et la coupelle m'échappa, se renversant sur le sol.

Tremblante de colère, je frappais le bol du pied. Celui-ci vola sur quelques mètres et cogna une branche haute dans un tintement sonore. Bon débarras !

Mes mains me faisaient atrocement mal, en y regardant de plus près, de larges tâches rouges s'étalaient sur mes doigts. Des morceaux d'épiderme avaient dû restés collés à l'écuelle métallique. Je serais les poings, des cloques commençaient d'ors et déjà à gonfler sur mes paumes.

C'est pas vrai, qu'est-ce que j'avais fait pour mériter ça ? Me retrouver dans cet endroit paumé au milieu de nul part ne suffisait pas ? Il fallait en plus que je me démerde pour survivre sans aucunes autres indications que celle de ces foutus caisses ? Quel bordel…

Je me secouais la tête entre les mains, soufflant bruyamment. Non, il ne fallait pas se laisser aller. Inspirer, expirer, je n'arriverais à rien si je n'étais pas calme. La première chose à faire était de rallumer le feu. Mais avec quoi ? Il faisait bien trop sombre pour que je puisse retourner chercher du bois. Certaines braises étaient encore un peu rouges, peut-être qu'en jetant un peu d'alcool dessus, le feu repartirait. Il fallait essayer, après tout je ne risquais pas grand-chose avec l'étang aussi près…

Je me saisis de la petite bouteille laissée de côté et en versa généreusement une partie sur le foyer. Le crépitement des braises me fit sursauter. Une immense flamme bleue jaillit du foyer, provoquant un afflux d'air chaud. La bâche suspendue au-dessus de ma tête se gonfla brusquement avant que le feu ne l'atteigne. Celle-ci s'enflamma et l'incendie naquit dans une pluie d'étincelles.