Bonjour à tous !

Voilà le chapitre 2 ! J'espère qu'il vous plaira !

Un gros gros merci aux revieweuses qui m'ont motivée comme jamais quand je galérais à trouver l'inspiration pour le finir !

Sur ce... ENJOY !


Avant même d'avoir ouvert les yeux, Yami sut que le moindre geste le ferait souffrir. Assis contre le mur de la cellule, sa tête retombée en avant contre son torse, il avait l'impression que son corps était paralysé de douleur et qu'il ne le réaliserait qu'au moment où il essaierait effectivement de bouger. Lentement, il essaya de se souvenir de ce qu'il s'était passé. Yugi qui lui jurait qu'il tiendrait le coup et posait le Magicien des Ténèbres sur son disque en espérant alerter Kaïba. Panik qui entrait et soulevait Yugi du sol avant de le jeter contre un mur. Yami avait fermé les yeux et espéré qu'il s'arrêterait là, avant de comprendre qu'il n'en avait nullement l'intention. Il avait juste eu le temps d'enfermer Yugi à l'intérieur du puzzle et de prendre sa place avant d'être à nouveau soulevé de terre. Les coups ciblés et les impacts dans tout son corps s'étaient enchaînés par la suite jusqu'à ce moment où Panik l'avait jeté vers le sol et qu'il s'était senti tomber dans un grand trou noir. Il hésita un instant à rejoindre tout de suite Yugi à l'intérieur du puzzle mais se ravisa. Yugi lui en voudrait probablement d'avoir pris sa place et insisterait pour revenir aussitôt dans son corps, le moins qu'il puisse faire était d'être capable de lui dire dans quel état était exactement ce corps.

Il inspira profondément plusieurs fois. Son cou lui semblait compressé et ses côtes le lançaient mais pas au point de l'empêcher de respirer. Il rouvrit les yeux et tenta de relever la tête. Il grimaça quand sa nuque raidie et endolorie protesta mais il parvint à retrouver une position normale. Il fut plus inquiété par un cliquetis métallique qui stoppa son mouvement quand il essaya de tourner la tête de différents côtés. Le même cliquetis résonna au niveau de ses poignets quand il tenta de se redresser contre le mur. Chacun de ses bras était retenu par une chaîne fixée au mur derrière lui et la pression sur son cou lui laissait clairement comprendre qu'une chaîne identique avait été attachée à son collier en cuir pour achever de l'immobiliser. Son poignet droit était rouge, gonflé et compressé dans l'anneau métallique qui le retenait et il revit soudainement le moment où Panik l'avait jeté au sol et que son poignet s'était tordu sous l'impact en tentant d'amortir sa chute. Son débardeur était déchiré à de multiples endroits, laissant son torse éraflé à l'air libre. Il avait toujours mal partout, son corps lui paraissait être en miettes. Il avait toujours l'impression d'avoir un pic de métal enfoncé dans le crâne à partir de l'endroit où sa tempe était devenue noire.

Un cliquetis dans la serrure de la porte résonna et le pilleur de l'ombre habituellement contrôlé par Marek entra. Yami hésita une seconde avant de simplement rouvrir l'accès du puzzle du millénium, permettant à Yugi d'entendre également ce qu'il dirait.

- Yami, qu'est-ce que…

Yugi se tut en voyant le pilleur de l'ombre qui lança :

- Bien le bonjour, Pharaon ! Je ne te demande pas si tu as passé une bonne nuit, j'ai cru comprendre que Panik, lorsqu'il était en colère, s'assurait que ses victimes dorment pour un bon moment…

- Tu vas payer pour tout ça Marek, je te le promets, souffla Yami sans réussir à mettre dans sa voix autant de hargne qu'il l'aurait voulu.

- Tu ne me parais pourtant pas en état de me faire payer quoi que ce soit, nota Marek. J'ignore à quel point le petit Yugi t'avait prévenu de ce qu'il comptait faire mais transmets-lui le message : C'était stupide. Je recherche justement Kaïba car il possède quelque chose que je souhaite, Obelisk le Tourmenteur. Je n'ai pas de temps à perdre avec lui pour l'instant, c'est pourquoi mes fidèles pilleurs de l'ombre ont emmené ton disque de duel pour lui faire faire quelques petits tours de la ville, afin de brouiller les pistes. Et si jamais il lui venait à l'esprit de venir directement ici, je trouverai malgré tout le temps et les moyens de l'accueillir comme il se doit.

- NON ! cria Yugi à ses côtés.

- Ne touche pas à Kaïba, souffla Yami, c'est moi que tu veux.

- Ça il fallait en parler à ton hôte avant qu'il ne fasse une telle bêtise. Enfin bref, dans tous les cas, tu n'es plus en état de tenter quoi que ce soit. Afin d'être sûr que Kaïba ne viendra pas m'importuner, j'ai légèrement revu mes plans et accéléré mon arrivée, je serai à BatailleVille pour t'affronter et te battre avant ce soir. Profite bien de cette journée aux côtés de Yugi ! C'est la dernière.

Le pilleur de l'ombre ressortit et un silence de quelques secondes tomba avant que le regard lourd de reproches de Yugi ne tombe sur lui.

- On avait un accord, Yami ! Tu l'as entendu ? Comment veux-tu être en état de le combattre ce soir après ce qu'ils t'ont fait ?

- Et toi, tu aurais été dans quel état si tu avais encaissé tout ça ? demanda Yami. Je suis désolé d'avoir trahi ta confiance et notre accord, vraiment. J'ai juste… Je n'ai plus supporté de te voir endurer tout cela pendant que je restais caché. De fermer les yeux pour essayer d'ignorer ce qu'il te faisait.

Yugi parut touché par ses dernières phrases et son regard se baissa légèrement.

- Merci… souffla-t-il.

Yami hésita une seconde avant de demander prudemment :

- Tu n'es vraiment pas en colère contre moi ?

- Si, approuva Yugi. Parce que tu viens peut-être de gâcher toutes tes chances d'être en forme ce soir et de remporter ce duel. Mais… Enfin je sais ce que c'est. De refuser de fermer les yeux au point de préférer tout prendre sur soi. Et… Oui. Merci.

- Tu as déjà connu ça ? s'étonna Yami.

Yugi parut hésiter quelques secondes avant de soupirer :

- C'est une longue histoire et tu as assez souffert comme ça. Laisse-moi reprendre la place et je te raconte.

- D'accord. N'hésite pas à me dire si ça ne va pas.

Yugi reprit possession de son corps et grimaça en ressentant à nouveau la douleur lancinante dans chaque centimètre carré de son corps. Il prit quelques secondes pour s'y habituer avant de relever les yeux vers Yami dont il percevait la silhouette translucide à côté de lui.

- Je ne t'ai pas menti, tout à l'heure. Ou hier, je sais pas. Quand je te disais que la douleur était supportable alors que tu me jurais que non. Aucun de nous ne mentait. Juste… J'y suis plus habitué que toi, c'est tout.

- Quoi, tu as déjà vécu ça ? s'inquiéta Yami.

- Pas dans ces conditions ni aussi longtemps, reconnut Yugi. Mais avant de reconstituer le puzzle du millénium… Je n'avais pas franchement d'amis au lycée. Et pas mal d'ennemis. Des passages à tabac, j'en ai connus, beaucoup même. Parfois jusqu'à deux fois par jour.

- Pourquoi te faisaient-ils ça ?

- Pour passer le temps. Pour jouer les durs. Je n'étais pas le seul, mais soit tu frappais, soit tu étais comme Joey ou Tristan qui savaient riposter suffisamment pour qu'on te fiche la paix, soit tu étais frappé. Un jour, j'ai été bousculé et j'ai percuté Tristan dans ma chute. Ils m'ont pas mal charrié et Joey a jeté une pièce du puzzle dans la piscine de l'école, mais ils m'ont pas touché. Plus tard, une brute leur est tombé dessus. Je… J'aurais eu toutes les raisons de me dire que c'était bien fait pour eux, qu'ils le méritaient… J'ai pas réussi. J'aurais été incapable de juste fermer les yeux et de partir dans la direction opposée. Je crois que j'ai réalisé ce jour-là à quel point, ce qui m'avait manqué pendant tous ces passages à tabac, c'était de quelqu'un à mes côtés pour me réconforter après. J'ai pas réussi à juste les regarder prendre cette raclée seuls. Je me suis interposé. Je n'étais plus à une près. Après ça, Joey s'est excusé et a plongé pour rechercher la pièce du puzzle. Il m'a plus jamais lâché, et il n'a plus jamais laissé personne poser la main sur moi. La raclée de cette brute, ça a été la dernière. Joey et Tristan tombaient sur tous ceux qui essayaient de s'en prendre à moi et tout le lycée a rapidement compris qu'il valait mieux éviter. J'ai fini de reconstituer le puzzle du millénium pas longtemps après ça et… Du coup tu connais la suite.

- Je suis désolé… souffla Yami.

- Tu n'as pas à l'être. Enfin pas pour ça, ajouta-t-il avec une ombre dans son regard. Mais au moins tu comprends pourquoi je le supporte mieux que toi. Alors s'il te plaît… Promets-moi de ne plus prendre ma place comme ça. Repose-toi et garde les forces qu'il te reste pour ce duel.

Yami acquiesça d'un hochement de tête.

- Excuse-moi encore d'avoir trahi ta confiance. Je te promets de gagner ce duel. Si Marek n'a pas menti et qu'il est là avant ce soir, cela signifie que tu seras libre avant la fin de la journée.

Yugi confirma d'un léger sourire avant de se rappuyer lentement contre le mur. Ses chaînes l'empêchaient de s'allonger ou même de trop ajuster sa position. Son regard se posa sur le verre d'eau vide que Panik lui avait ramené la veille. La soif le tiraillait et lui rendait la bouche pâteuse, mais il savait qu'il ne pourrait plus avoir d'autre eau sans prendre une raclée dont il ne se relèverait pas. Est-ce que c'était une si mauvaise chose ? Son estomac le lançait autant à cause de la faim que des coups qu'il avait pris dans le ventre et il doutait de parvenir à avaler quoi que ce soit. Il devait tenir encore quelques heures, juste quelques heures avant que Yami ne puisse les sortir de là. Et espérer que son corps tienne le coup d'ici là. Peu importait à quel point Yami ne ressentirait la douleur qu'au dernier moment et aurait plus de résistance mentale que lui, l'état de son corps n'y changerait rien. Yami serait tout autant que lui affamé, assoiffé, il aurait le même poignet rouge et gonflé et serait tout autant incapable de faire un geste sans déclencher de violentes vagues de douleur dans tout son corps. Il soupira légèrement. Yami avait toujours gagné, dans les pires circonstances, même contre Panik qui le menaçait avec des flammes. Il devait y croire, croire en lui et en sa capacité de les sortir de là – même si lui-même commençait à en douter de plus en plus sérieusement.


- Oui monsieur, confirma l'opératrice, le disque de duel de Yugi Muto a réapparu peu de temps après qu'il ait tenté de jouer le Magicien des Ténèbres. Il se déplace dans tout BatailleVille, probablement en voiture vu sa vitesse.

Kaiba garda le regard fixé sur le point clignotant qui arpentait les rues sur son écran avant de se retourner vers Makuba.

- Tu as une réponse de Wheeler ?

- Oui, à l'instant ! Il me confirme que Yugi est toujours injoignable, son téléphone portable ne sonne même pas…

- C'est bien ce qu'il me semblait.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Yugi était isolé depuis hier dans un endroit qui ne laissait passer aucune onde, ni son téléphone ni son disque de duel n'était joignable. Et maintenant il arpente les rues en voiture ? Ça ne colle pas. A mon avis, ils ont compris ce qu'il avait essayé de faire en jouant cette carte et ils ont ressorti son disque pour nous attirer sur une fausse piste. Pendant que lui est toujours enfermé et coupé du monde.

Kaiba se détourna vers la sortie de la salle et Makuba s'exclama :

- Tu vas où ?

- Le chercher. Si j'ai raison alors il n'a pas bougé depuis que son disque nous a transmis ses coordonnées.

- Seto attends !

Makuba le rattrapa en trois foulées et s'interposa entre son frère et l'ascenseur dans lequel il s'apprêtait à monter.

- Écarte-toi Makuba.

Makuba sembla réfléchir quelques secondes avant de déclarer :

- Je viens avec toi.

- Hors de question, trancha Seto, c'est beaucoup trop dangereux ils seront probablement des dizaines…

- Et toi tu ne vois pas le problème à te jeter tout seul là-dedans ?

Seto marqua un instant d'hésitation, comprenant où son frère voulait en venir. Makuba reprit :

- On est d'accords Seto. C'est beaucoup trop dangereux, ils seront nombreux, ils connaîtront les lieux… Et on sait qu'ils veulent ta carte de Dieu Egyptien. Tu ne feras que leur livrer encore plus facilement ce qu'ils désirent.

- Qu'est-ce que tu veux que je fasse, que je garde les bras croisés en sachant que celui qui m'a sauvé la vie est séquestré là-bas depuis deux jours ?

- Seto, s'il te plaît. On a tous envie de le sortir de là dans la seconde mais… Tu me l'as dit toi-même hier, agir de façon stupide ne l'aidera pas. Si tu te jettes là-dedans, la seule chose que tu obtiendras c'est d'être maîtrisé par ces types et enfermé avec lui. Sois réaliste grand frère. Il a besoin de toi, oui, mais il a besoin de toi libre pour l'aider.

- Mais on ne sait pas combien de temps il a, c'est maintenant qu'il a besoin d'aide…

- Non. Ces cinglés ne le retiennent pas pour rien. Tôt ou tard, ils le feront sortir et c'est à ce moment-là qu'il aura besoin de toi. Seto, je…

Makuba prit une inspiration avant de reprendre :

- Je sais que tu veux le sortir de là tout de suite mais s'il te plaît, prends le temps de regarder les choses posément. Ils ont ressorti le disque de duel de Yugi. Le système informatique pirate qui permettait de faire fonctionner les disques de duel sans que notre satellite en soit informé et qui se trouvait précisément à côté des quais a été désactivé hier soir. Depuis que Yugi a joué cette carte, ils agissent – et donc ils paniquent. Ils savent que tu vas les retrouver, ils ont abandonné l'idée de le faire jouer isolé du monde pour que tu ne puisses pas intervenir et annuler leur duel en toute discrétion. Tu peux être sûr qu'ils sont prêts à ce que tu interviennes, ils s'y attendent. Ne te jette pas dans la gueule du loup tout de suite. On sait qu'on sera avertis dès qu'ils le feront combattre et on pourra intervenir à ce moment-là.

Le regard de Kaïba était resté fixé sur l'écran. Il luttait pour contenir ses tremblements de rage mais il savait que Makuba avait raison. Sans leur système pirate, ils seront obligés de laisser sortir Yugi et de l'obliger à combattre en public. Pour l'humilier un peu plus ? Pour l'obliger lui-même à intervenir publiquement pour annuler ce duel ? Peu importe. Il serait prêt.

Plusieurs points rouges clignotèrent sur l'écran de suivi, attirant à nouveau son attention.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda Makuba.

- J'ai repris tes recherches sur les duels déloyaux qui avaient eu lieu à Bataille Ville et j'ai activé un suivi de près de tous les vainqueurs de ces duels. Si tu as raison alors il y a de fortes probabilités qu'il s'agisse des pilleurs de l'ombre. Depuis hier soir, la majorité d'entre eux étaient nichés dans les entrepôts près des quais, là où le disque de Yugi a émis un signal. Mais visiblement, ils se mettent en route en nombre vers un autre point…

- La gare ? demanda Makuba en reconnaissant le bâtiment autour duquel ils se massaient. Pourquoi ils iraient prendre le train, ils ne vont pas quitter la ville ?

- Ce n'est pas logique effectivement.

- On n'a toujours pas identifié leur chef. Tu crois qu'il arriverait en train et qu'ils viendraient l'attendre ?

- Ils ne se seraient pas déplacés à autant pour accueillir quelqu'un. A moins que…

Un éclair de compréhension, puis de frayeur traversa le regard de Seto. Sans un mot de plus, il s'empara de son téléphone portable et enfonça la touche rapide lui permettant d'appeler son service de sécurité.

- C'est moi. Ecoutez-moi attentivement…


Yugi s'efforça de ne pas trembler quand Panik fit claquer violemment la porte de la cellule. Celui-ci esquissa un rictus moqueur en le voyant enchaîné au mur et demanda :

- Tu as soif, Yugi ?

Le regard de Yugi s'arrêta une seconde sur le verre qu'il tenait à la main. Bien sûr qu'il mourrait de soif, qu'il ne parvenait plus à supporter ni la chaleur, ni la sensation de sa bouche desséchée. Après une fraction de seconde d'hésitation, il acquiesça d'un léger hochement de tête gêné par la chaîne autour de son cou. Panik ricana :

- Je t'ai connu plus loquace. Si tu veux me convaincre de te donner à boire, je vais te demander une réponse orale.

Yugi aurait voulu pouvoir foudroyer Panik du regard, mais ses yeux se teintèrent juste de désespoir. Il savait très bien ce que Panik était en train de faire. Un coup pour chaque mot que tu prononceras. Echapper à la soif ou échapper à des coups.

- Yugi… souffla Yami dans son esprit.

- Hors de question que tu interviennes, lui répondit aussitôt Yugi. Reste à l'abri, je peux le gérer.

Le temps de formuler cette pensée à Yami, il avait pris sa décision. Tant pis pour sa soif, depuis qu'il était enchaîné aussi sévèrement sans possibilité de poser sa tête ou de s'allonger, la douleur était devenue encore plus vive, plus insoutenable. Il se sentait juste incapable d'encaisser encore un coup de plus. Il resta silencieux et Panik haussa les épaules.

- Tant pis pour toi.

D'un geste, il jeta le contenu du verre d'eau à la figure de Yugi qui eut juste le temps de fermer les yeux. Il ne put s'empêcher de laisser sa langue passer sur ses lèvres pour récupérer les quelques gouttes d'eau qui coulaient dessus. Il entendit intérieurement Yami lâcher une exclamation choquée mais n'eut pas le temps de lui répondre. Panik s'était accroupi devant lui et, d'un geste, sa main se referma sur ses joues pour le forcer à le regarder tout en lui donnant l'impression de lui broyer la mâchoire sous ses doigts. Yugi étouffa un gémissement de douleur sous sa poigne et Panik reprit :

- Je m'attendais à plus de résistance de ta part, mon petit Yugi. Après tout, c'était toi, au Royaume des Duellistes, qui m'avait proposé de te maltraiter toi plutôt que tes amis… A l'époque vous paraissiez tous tellement soudés, tellement amis et prêts à vous soutenir… Alors dis-moi, où sont-ils maintenant ? Réponds ! ordonna Panik en renforçant sa poigne sous sa mâchoire.

- Ils vont me retrouver, souffla doucement Yugi. Tu peux compter sur eux, que ce soit Kaïba ou Joey ou Tristan, ils vous le feront payer…

Panik ricana légèrement et se releva en repoussant violemment la tête de Yugi contre le mur. Il ferma les yeux le temps qu'une vague douloureuse finisse de vriller à l'intérieur de son crâne et Panik reprit :

- Crois-moi, je les attends de pied ferme. Je suis impatient de voir si, dans ton état, tu me proposeras encore de passer mes nerfs sur toi quand je briserai Joey en deux sous tes yeux.

Panik ressortit sans prêter attention à l'exclamation de désespoir de Yugi. Son regard était resté tremblant, fixé sur la porte derrière laquelle Panik avait disparu.

- Ne l'écoute pas Yugi, souffla doucement Yami. Il joue avec tes nerfs.

- Ça fonctionne bien, commenta laconiquement Yugi.

Il referma les yeux pour tenter de gérer la sensation de tournis générée par le dernier coup de Panik sur sa tête. Celle-ci s'empira violemment et, étouffant un gémissement de douleur, Yugi ramena ses genoux contre lui pour appuyer son front dessus. La pression de la chaîne autour de son cou s'intensifia sur les derniers millimètres mais il parvint à poser sa tête et soupirer de soulagement en sentant le décor arrêter de tourner. Le collier l'étranglait un peu plus que d'habitude, rendant sa respiration sifflante, et Yami souffla :

- Yugi, tu vas te faire mal.

- J'ai déjà mal, répondit-il simplement.

- Ça suffit on s'alterne, déclara Yami. Tu n'es plus en état de supporter cela, tu as besoin de repos, de souffler dans le puzzle là où tu ne ressentiras plus la douleur.

- On ne peut pas. Marek sera là d'ici quelques heures, tu ne peux pas commencer à puiser dès maintenant dans ta propre endurance à la douleur. Je peux tenir je te le jure.

- On était d'accord pour arrêter de se mentir, Yugi, nota amèrement Yami.

Les yeux fermés, la tête enfoncée contre ses genoux dans une position toujours aussi inconfortable, Yugi ne répondit pas.


Tristan et Sérénity sortirent du hall de la gare. Leur trajet vers Domino s'était passé relativement bien et calmement, mais Tristan restait sur ses gardes. Il savait que c'était ici, à Domino, que les pilleurs de l'ombre les attendaient, plus déterminés que jamais après que Joey ait mis en fuite ceux qui s'en étaient pris à Makuba. Il n'en avait pas touché un mot à Sérénity pour ne pas l'inquiéter, mais ne comptait pas pour autant traîner longtemps en ville. Il devait s'en tenir à sa promesse faite à Joey, prendre le premier bus qui les emmènerait dans le centre-ville, puis rentrer chez Joey et y rester.

- L'arrêt de bus est vers notre gauche, indiqua Tristan à Sérénity après avoir reconnu les lieux. Tu viens ?

Il lui reprit la main pour la guider mais s'immobilisa avant d'avoir fait un pas. A travers la vitre du bus qui attendait son horaire pour partir, il avait nettement distingué l'un des passagers portant une cape sombre. Un coup d'œil plus attentif lui confirma son impression. Le chauffeur aussi était habillé en noir et ne cessait de jeter des coups d'œil dans leur direction.

- Qu'est-ce qu'il y a, Tristan ? s'étonna Sérénity.

- Rien ! assura-t-il. J'ai parlé un peu vite, j'ai un doute sur la direction qu'on doit prendre…

Tristan réfléchit à toute vitesse. Le bus qu'il avait prévu de prendre était à l'évidence un piège. Si les pilleurs de l'ombre les attaquaient, Tristan pourrait se défendre mais pas s'ils étaient trop nombreux. Il serait seul avec Sérénity temporairement aveugle et sa valise trop lourde pour qu'ils puissent courir. Il ne pouvait pas prendre de risque, pas quand Joey lui avait confié la sécurité de sa sœur. Son regard se reporta vers la file des taxis qui attendaient les passagers devant la gare. Avant qu'il n'ait pris la décision d'en rejoindre un, il remarqua que le premier chauffeur refusait catégoriquement de laisser monter un jeune couple. D'abord surpris, ceux-ci essayèrent plusieurs autres voitures avant de trouver un chauffeur qui acceptait de les prendre. Il y avait probablement plusieurs raisons, peut-être que ces taxis avaient été commandés par une personne spécifique… Mais la présence des pilleurs de l'ombre dans le bus ne l'incitait pas à laisser tomber sa garde. Avant qu'il n'ait pu trouver une autre alternative, il remarqua que plusieurs personnes également habillées en noir se rapprochaient autour d'eux, lentement et sans les fixer mais en les entourant de manière à ce qu'ils ne puissent pas s'enfuir. Tristan posa par terre la valise de Sérénity et son poing se serra légèrement. Il devait tenter quelque chose, maintenant, avant qu'ils ne soient définitivement cernés par une dizaine de malfaiteurs… Mais quoi ? Sérénity et lui étaient seuls et à pied, et eux étaient des dizaines contrôlant des bus et des taxis… Alors que sa respiration s'accélérait pendant que le cercle de pilleurs de l'ombre se resserrait encore plus, une voiture noire aux vitres teintées s'arrêta net devant eux et deux hommes en costume-cravate en sortirent.

- Monsieur Taylor ? Mademoiselle Wheeler ? demanda l'un d'entre eux.

- Qu'est-ce que vous nous voulez ? répondit Tristan sans pouvoir s'empêcher de sentir sa voix trembler.

L'homme sortit un badge de sa poche et présenta le logo KC imprimé dessus.

- Service de sécurité de la Kaïba Corporation. Notre patron Monsieur Seto Kaïba avait des raisons de penser que vous étiez en danger ici et que des malfaiteurs pourraient vouloir s'en prendre à mademoiselle Wheeler. Nous avons pour mission de vous escorter dans un lieu où vous serez en sécurité. Si vous voulez bien nous suivre ?

Tristan n'eut pas le temps de réfléchir. L'irruption de la voiture avait fait accélérer les pilleurs de l'ombre autour d'eux. Il acquiesça d'un hochement de tête et guida Sérénity dans la voiture pendant que l'un des hommes prenait leur valise.


Le claquement de la porte arracha Yugi au sommeil dans un sursaut et une vague de douleur vrilla dans chacun de ses membres, le faisant grimacer violemment. Il releva la tête vers la personne qui venait d'entrer et fronça les sourcils en ne la reconnaissant pas. Pourtant, même sans avoir jamais vu ce visage bronzé aux cheveux clairs, presque blancs, il fut persuadé de savoir qui il avait face à lui. Son intuition fut confirmée en voyant la baguette du millénium attachée à sa ceinture.

- Bien le bonjour, petit Yugi ! lança Marek avec un sourire en coin.

Yugi aperçut Panik et deux autres pilleurs de l'ombre attendre derrière lui mais refixa son attention sur Marek qui reprit :

- J'espère que tu es en forme, nous avons un duel à livrer, depuis le temps que tu réclames de m'affronter en face ! Est-ce que le Pharaon est lâche au point de te laisser également combattre toi-même ?

- Yugi, c'est bon je prends le relai, souffla Yami.

- OK, répondit Yugi. Merci.

Yugi savoura la sensation de la douleur qui disparaissait quand son esprit se dissocia de son corps, restant à côté de Yami qui répondit :

- Qui est lâche dans cette histoire Marek ? Lequel de nous enchaîne et torture l'autre pour venir à bout de ses forces ?

- Pharaon ! Ravi de t'avoir enfin en face de moi ! Alors, dis-moi, prêt pour le duel le plus important de ta vie ?

- Rends-moi mon disque de duel et je te jure que je te ferai regretter tout ce que tu nous as fait, souffla Yami.

- Avec plaisir ! répondit Marek. Cet endroit est un peu exigu pour un duel, et je me suis dit que tu ne serais pas contre un peu de lumière naturelle, depuis le temps que tu es ici.

Marek adressa un signe de tête à Panik qui se rapprocha de Yami. Celui-ci se crispa dans un réflexe mais Panik se contenta de détacher ses poignets, le laissant ramener ses bras devant lui. Il constata à quel point son poignet droit était noir, gonflé et douloureux.

- Tu te penses toujours en état de combattre ? lança Marek d'un ton ironique. Je peux encore te donner quelques jours de repos si tu préfères…

Yami fit prudemment bouger ses doigts et son bras. Son poignet était hors d'usage mais il porterait son disque de duel et tiendrait ses cartes de son autre main. Tout ce qu'il aurait à faire avec sa main blessée était de prendre une carte et la poser sur le disque de duel, il y parviendrait s'il faisait attention à ses gestes. Et Yugi souffrait depuis trop longtemps. A présent qu'il avait repris le contrôle, il réalisait à quel point sa gorge était desséchée, son corps entier douloureux et affaibli par le manque de nourriture, et ses jambes tremblantes. S'il avait encore une chance de remporter ce duel, c'était maintenant.

- Ne t'inquiète pas, je suis prêt, répondit Yami.

Panik décrocha également du mur la chaîne attachée à son collier de cuir, le laissant se relever péniblement. Au moment où il se redressa, la cellule devint floue autour de lui et il tituba légèrement pour reprendre son équilibre. A côté de lui, Panik ricana :

- Tu fais pitié, mon petit Yugi. Quand tu auras perdu ce duel, rappelle-moi de te ménager. Je n'ai pas envie que tu me lâches dans les bras au bout de deux secondes.

Yami fronça les sourcils et Marek reprit :

- Ah oui, j'ai oublié de te dire. Panik a demandé à garder le petit Yugi comme esclave après ta défaite. J'aurais presque été prêt à l'épargner mais après le coup de son magicien sur le disque de duel, je ne pouvais plus refuser à Panik le plaisir de le punir pour ça.

- NON ! s'écria Yami. C'est moi que tu veux, laisse-le partir…

- Il fallait y réfléchir plus tôt Pharaon. Si tu avais accepté ma proposition de te rendre, il serait déjà libre. A présent, quand tu auras perdu et que le puzzle du millénium sera autour de mon cou, tu ne pourras plus faire grand-chose d'autre que de voir Panik l'achever en le brisant en deux.

Yami pâlit violemment mais Yugi souffla à côté de lui :

- Ne l'écoute pas.

A sa voix, Yami devina à quel point Yugi était encore à bout de forces après le traitement qu'il avait subi mais celui-ci reprit :

- Il essaie de te déstabiliser, ne te laisse pas impressionner. Tu vas gagner Yami. Joue comme d'habitude et ne t'inquiète pas pour moi. Et tout ira bien, je te le promets.

Yami acquiesça d'un hochement de tête sans parvenir à faire totalement disparaître l'inquiétude de son regard. Il aurait aimé être aussi confiant que Yugi sur ses chances de victoire, mais l'état de son corps le perturbait bien plus qu'il ne l'aurait imaginé. Il s'obligea à prendre une lente inspiration, gênée par la pression de son collier toujours retenu par la chaîne que tenait Panik. Il devait gagner. Yugi supportait cette douleur sans discontinuer depuis près de deux jours, il devait réussir à tenir encore une heure ou deux pour venir à bout de Marek et gagner leur liberté.

- Aie confiance en toi, Yami, reprit Yugi d'une voix tremblante. Tu vas y arriver, comme toujours.

Yami esquissa un pâle sourire et acquiesça d'un hochement.

- Je te promets de gagner, souffla-t-il. Tu devrais rentrer à l'intérieur du puzzle du millénium, même maintenant que j'ai repris le contrôle, rester à mes côtés t'épuise trop.

- Tu es sûr ? Tu vas avoir besoin de soutien, tu ne vas pas rester seul face à lui…

- Je t'ai promis que je nous sortirai de là et je tiendrai ma promesse. Tu as tout affronté jusque là c'est à moi de prendre le relai. Rentre dans le puzzle, tu ne sentiras plus la douleur et tu pourras souffler un peu.

- Très bien, confirma Yugi, semblant soulagé par cette idée. Merci. Tu sais où me trouver si tu as besoin d'aide.

- Repose-toi. Tu en as largement assez fait.

Yugi disparut, le laissant seul face à Marek et une pression sur son cou lui rappela la présence de Panik à côté de lui. S'il l'avait détaché du mur, il avait gardé la main resserrée sur la chaîne attachée à son collier et il tira plus sèchement dessus, l'obligeant à avancer de quelques pas vers Marek.

- Si tu es prêt, Pharaon, je te laisse me suivre vers l'endroit que j'ai choisi pour notre duel.

Panik tira à nouveau sèchement sur la chaîne, l'étranglant plus que jamais et Yami eut un réflexe de recul.

- Détache-moi, souffla-t-il. Ce n'est pas nécessaire, je te suis. Crois-moi je n'ai pas l'intention de me défiler.

Marek laissa échapper un ricanement moqueur :

- Je pense qu'au contraire, c'est nécessaire. Habitue-toi dès maintenant à m'obéir comme un chien, le choc sera moins violent quand le puzzle du millénium sera à moi et que je briserai ta volonté en deux.

Une pression plus violente sur son cou l'obligea à avancer de quelques pas et il s'efforça de suivre Marek dans un dédale de couloirs au rythme imposé par Panik. Ses jambes tremblaient et le lançaient douloureusement à chaque pas et des à-coups réguliers semblaient vriller à l'intérieur de son crâne en provenance de l'hématome sur sa tempe. Alors que la douleur s'amplifiait, son rythme ralentit légèrement et Panik tira plus violemment sur la laisse pour le faire avancer. Surpris et déséquilibré, il trébucha et eut juste le temps de fermer les yeux avant de s'écrouler sur le sol du couloir. Le choc lui arracha un gémissement de douleur et il garda les yeux fermés une seconde pour tenter de l'appréhender.

- Je comprends mieux comment la civilisation Egyptienne a pu s'effondrer avec un roi aussi pathétique, lança Marek.

Sa remarque fut accueillie par un éclat de rire des pilleurs de l'ombre et Yami serra imperceptiblement son poing de rage. Il se doutait qu'il paraissait pitoyable, incapable de tenir debout, ses vêtements déchirés laissant apparent la moitié de son corps criblé de marques de coups. Mais il ne pouvait pas s'effondrer, pas maintenant, pas avant d'avoir gagné ce duel.

- Relève-toi, ordonna Marek. Crois-moi, tu n'as pas envie que je demande à Panik de te remettre debout lui-même.

Sur une lente inspiration, Yami parvint à mobiliser son bras valide pour prendre appui dessus et se redresser. Ses jambes tremblèrent violemment mais il parvint à tenir debout et avancer quand il ressentit à nouveau la pression de la chaîne s'exercer sur son cou. Après un moment qui lui sembla interminable, Marek atteignit une porte devant laquelle deux pilleurs de l'ombre montaient la garde. Yami sentit Panik se rapprocher de lui, prêt à l'arrêter s'il tentait quoi que ce soit.

- Je vais te faire une fleur et t'épargner l'humiliation de la laisse devant les spectateurs de Bataille Ville, lança Marek. Profites-en, tu n'auras plus cette chance après ta défaite.

Il adressa un signe de tête à Panik qui détacha la chaîne et, de sa main valide, Yami massa rapidement son cou endolori. Son collier était encore trop serré mais il ne pourrait pas le détacher sans ses deux mains. Tant pis, au moins, Panik ne le traînait plus au bout de cette chaîne et il parvenait presque à respirer normalement. L'un des pilleurs de l'ombre lui tendit un disque de duel.

- Tu auras besoin de ça je suppose.

Yami étouffa un gémissement de douleur quand le poids du disque qu'il venait de prendre pesa sur son poignet blessé. Il parvint cependant à le caler contre lui le temps de le refermer sur son autre bras. Un jeu de cartes était déjà chargé à l'intérieur du disque et Yami prit précautionneusement quelques-unes d'entre elles au-dessus du deck. Elles étaient bien à lui. Mais comment être sûr que Marek ne lui avait pas enlevé de cartes ou rajouté d'autres indésirables ?

- Pour le coup, tu vas devoir me croire sur parole quand je te dis que je n'ai pas touché à ton jeu. C'est bien le tien, identique à celui que tu avais en affrontant Arkana. Je n'aurais aucun mérite à te battre en te faisant jouer avec un jeu auquel tu ne connais rien. Je veux voir s'effondrer le Pharaon et son deck invaincu.

Yami le foudroya du regard mais acquiesça d'un hochement de tête. Ce n'était pas comme s'il avait le choix, il ne pourrait pas vérifier l'intégralité de son jeu sans mobiliser son poignet blessé, et celui-ci serait déjà beaucoup trop mis à contribution pendant leur duel. La douleur en piochant quelques cartes lui était déjà parue insupportable, inutile d'en rajouter.

- Maintenant, reprit Marek, si tu es prêt je te laisse me suivre. Inutile de te préciser que dans ce coin, mes pilleurs de l'ombre sont à chaque coin de rue. Tu n'irais pas très loin si tu essayais de t'enfuir.

Marek ouvrit la porte. La lumière du jour lui éclata au visage et il ferma précipitamment les yeux. Derrière ses paupières closes, des étoiles dansèrent subitement et il se sentit perdre l'équilibre en titubant. Il se raccrocha à l'encadrement de la porte, ouvrant lentement les yeux pour reprendre ses esprits en s'habituant à la lumière.

- Ce n'est pas très recommandé de fermer les yeux quand on fatigue, tu sais, lança ironiquement Marek.

Panik poussa légèrement Yami dans le dos pour le forcer à suivre Marek sur une grande esplanade goudronnée à quelques mètres des quais. Une brise légère à l'odeur de sel les balaya et Yami savoura cette sensation. Maintenant que ses yeux s'y étaient habitués, il réalisait que rien n'aurait pu lui faire plus de bien que de revenir en extérieur, de respirer de l'air frais et de sentir le vent sur sa peau. Le soleil était déjà bas mais encore chaud. 16 ou 17 heures, pensa intérieurement Yami. Mais de quelle journée ? Combien de temps s'était écoulé pendant sa captivité ? Un nouveau vertige le saisit et il s'obligea à se ressaisir. Inutile d'y penser, il devait consacrer toutes les forces qu'il lui restait à combattre Marek – et à gagner. Marek se positionna face à lui.

- Profite bien de ton dernier duel, Pharaon, lança-t-il. Et de tes derniers instants de libre arbitre. Dès que le puzzle du millénium sera à moi, les seules fois où tu auras le droit de voir ce qui se passe à l'extérieur du puzzle, ce sera quand je t'obligerai à regarder Panik s'amuser avec le petit Yugi.

La main valide de Yami se serra de rage.

- Dans tes rêves Marek. Je t'ai juré de te faire payer ce que tu nous as fait et je tiendrais ma promesse. C'est l'heure du duel !

Ils piochèrent chacun cinq cartes, Yami plus lentement que Marek. Son poignet le lançait terriblement et il ne put retenir un soupir de soulagement quand il finit de piocher ses cartes et put laisser son bras retomber à côté de lui.

- Je vais t'épargner l'effort de mobiliser à nouveau ton bras tout de suite et prendre la main, lança Marek avec un sourire un coin. J'invoque la Renaissance de Jam en mode attaque ! Ce sera tout pour ce tour, à toi !

Yami dévisagea la créature bleue gélatineuse face à lui. 1500 points d'attaque et rien d'autre sur le terrain de Marek. Il parcourut son jeu du regard. Il avait plusieurs cartes légèrement plus puissantes qui pourraient en venir à bout. Mais elles ne lui prendraient qu'à peine deux ou trois cents points de vie. Le soleil chaud lui tapait sur le visage, rendant encore plus pénible la sensation de sa gorge desséchée. Une brise fraîche l'apaisait de temps en temps mais pas assez pour réduire la douleur lancinante dans ses tempes, dans tout son corps, ou atténuer les vertiges qui le saisissaient. Il n'avait pas le choix, il devait frapper fort et en finir vite. 4000 points de vie à lui prendre. Rien d'insurmontable. Son regard se posa sur la carte Force Miroir qu'il tenait dans sa main. S'il parvenait à détruire d'un coup tous les monstres de Marek, il aurait ensuite le champ libre pour attaquer. Sur une inspiration à peine gênée par son collier trop serré sur son cou, il mobilisa à nouveau son poignet blessé pour la prendre le plus délicatement possible.

- Je pose une carte face cachée. Ensuite, j'invoque Alpha Le Guerrier Magnétique, en mode attaque ! A toi !

Des murmures étonnés retentirent autour d'eux et Yami remarqua qu'une foule d'observateurs s'étaient mêlés aux pilleurs de l'ombre autour d'eux. Il se doutait qu'il faisait pâle figure face à Marek avec son corps tuméfié et ses vêtements déchirés. Tant pis. Il devait gagner ce duel. Le reste n'avait que peu d'importance.

- Tu penses vraiment pouvoir m'appâter en jouant un monstre plus faible que le mien, Yugi ? lança Marek. Si tu joues aussi lamentablement alors m'emparer de ton puzzle va être encore plus facile que prévu ! Je joue le Typhon d'Espace Mystique, qui va détruire ta carte face cachée !

- Non ! lança-t-il instinctivement.

- Oh si !

La carte de la Force Miroir vola en éclats et Marek reprit :

- Ensuite j'invoque Gil Garth ! Renaissance de Jam, attaque Alpha !

Yami se crispa et parvint à encaisser l'onde de choc quand son monstre disparut avec 100 de ses points de vie.

- Gil Garth à toi ! Attaque-le directement !

Le choc le secoua beaucoup plus violemment et il lâcha un léger cri de douleur. Ses jambes tremblèrent et il posa un genou par terre pendant que ses points de vie tombaient à 2100. Il s'obligea à respirer lentement pour calmer la sensation de tournis qui le secouait de plus belle, avant de mobiliser toutes les forces dont il était capable pour se redresser.

- Gil Garth ne totalise que 1800 points d'attaque, nota Marek, s'il parvient à te mettre à genoux j'ai hâte de voir ta réaction face à Sliffer le Dragon du Ciel !

- Encore faut-il que tu parviennes à l'invoquer, répondit Yami.

Son regard se posa sur ses cartes. Il avait fait une erreur en tendant un piège aussi grossier à Marek, et il ne pourrait pas se permettre d'en faire une autre. Autant jouer la défense – et des valeurs sûres.

- J'invoque Gardna, le Bouclier Géant, en mode défense ! déclara-t-il. Ensuite je joue mes Épées de Lumière Révélatrice ! Elles empêchent tes monstres d'attaquer pendant trois tours complets.

Marek rigola légèrement :

- Ta stratégie change du tout au tout, tu es déjà obligé de te replier derrière tes monstres et des barricades éphémères… Qu'à cela ne tienne, aligne autant de défense que tu veux, aucune de tes cartes ne résistera à Sliffer ! Pour l'instant, je fais passer ma Renaissance de Jam en mode défense, et je pose une carte face cachée. Ensuite je joue la Carte du Retour Assuré ! Désormais, à chaque fois qu'un monstre reviendra de mon cimetière, je serai autorisé à tirer une carte supplémentaire ! Puis je joue la Machine Reproductrice de Jam ! A chacun de mes tours, elle créera un jeton de Jam ! Tu devines ce que je vais en faire ?

- Tu vas en créer suffisamment pour les sacrifier et invoquer Sliffer, souffla Yugi. C'est bien vu. Sauf si je parviens à détruire tes jetons avant !

- C'est ce que nous verrons. Je termine mon tour !

- Parfait !

Yami souffla légèrement en regardant ses cartes. Il ne pouvait plus se permettre une erreur aussi grossière que la première. Mais Gardna protégeait ses points de vie et, pour l'instant, Marek n'avait que sa Renaissance de Jam sur le terrain. Il réfléchit à nouveau plusieurs secondes. Même si Marek parvenait à invoquer un autre monstre, il restait lui-même suffisamment sur la défensive pour pouvoir prendre le risque de l'attaquer.

- J'invoque Bêta Le Guerrier Magnétique ! Il a 1700 points d'attaque, assez pour venir à bout de ta Renaissance de Jam ! Vas-y, attaque-le !

Son monstre se rua sur la créature gélatineuse qui vola en éclats avant de se reformer aussitôt.

- Quoi ? s'écria Yami.

- C'était bien essayé, sourit Marek. Renaissance de Jam se reforme sur le terrain à chaque fois qu'il est détruit et grâce à ma carte du Retour Assuré, je peux piocher une carte !

Le regard de Yami se brouilla légèrement en faisant face à la Renaissance de Jam, qu'il croirait ne jamais avoir attaqué. Indestructible, inatteignable. Et pendant ce temps, la Machine Reproductrice continuerait à lui fournir des jetons. Comment était-il censé gagner contre quelqu'un dont il ne pouvait pas passer la défense ? Son regard revint sur ses cartes. Regarde bien tes cartes et réfléchis à toutes les possibilités. C'était l'une des premières leçons que son grand-père lui avait apprises. Il aurait probablement trouvé un moyen, quelque chose, une façon de jouer une carte, si son regard ne se troublait pas autant dès qu'il tentait de se concentrer. Le soleil lui tapait sur le visage, renforçant l'impression que sa peau était en train de bouillir et sa gorge le brûlait tellement elle était desséchée. Si seulement il avait pu boire quelques gorgées d'eau, peut-être qu'il aurait pu avoir les idées plus au clair – et trouver un moyen de passer la défense de Marek. Mais pour l'instant, il ne voyait rien. Tant pis. Au moins ses monstres protégeaient ses points de vie pour l'instant.

- Je termine mon tour.

- Excellente décision ! Ma Machine Reproductrice de Jam va donc pouvoir créer son premier jeton !

Une goutte gélatineuse apparut sur le terrain en mode défense.

- Ensuite je joue les Cartes Infinies ! Désormais le nombre de cartes que je peux tenir en main n'est plus restreint !

- Quel est l'intérêt ? demanda Yami. Tu n'as que deux cartes en main, tu es loin d'atteindre le maximum autorisé…

- Tu constateras bien assez tôt l'utilité de cette carte, crois-moi Yugi ! D'ici là, estime-toi heureux que tes épées empêchent Gil Garth de détruire Alpha. Mais ce n'est que partie remise. Je termine mon tour, c'est à toi !

- Parfait.

Yami laissa son regard parcourir le terrain de Marek. La Renaissance de Jam se reformait à chaque destruction. Aucun monstre dans sa main n'était assez puissant pour venir à bout de Gil Garth. Et avec son jeton de Jam, Marek avait trois monstres sur son terrain. Est-ce qu'il n'avait pas encore tiré Sliffer ou est-ce qu'il espérait pouvoir créer assez de jetons pour ne pas avoir à sacrifier ses deux autres monstres ? Peu importe. Ses épées le protégeaient encore pour l'instant, il devait en profiter pour attaquer, ne plus lui laisser l'occasion d'aligner trois monstres… Et continuer à étoffer sa défense au cas où. Sa gorge le brûla plus férocement que jamais quand il tenta de déglutir et sa vision se brouilla pendant un court instant. Il inspira profondément et, quand les monstres de Marek furent redevenus nets face à lui, il lança :

- Je joue Kuriboh en mode défense et une carte face cachée. A présent, Alpha, détruit son jeton de Jam !

Son monstre s'élança mais, avant d'avoir atteint sa cible, Marek s'écria :

- Je retourne ma carte face cachée, Bouclier de Jam ! Elle permet à Renaissance de Jam d'intercepter n'importe laquelle de tes attaques !

- Quoi ?!

Comme pour illustrer son propos, le monstre de Marek se jeta devant Alpha et vola en éclats gélatineux qui se reformèrent aussitôt, comme si Yugi n'avait jamais attaqué.

- Et comme il vient de se reformer de mon côté du terrain, cela me permet de tirer une carte supplémentaire !

Yugi cligna lentement les yeux en voyant le terrain de Marek se brouiller à nouveau. Mais, quand il redevint net, il fut forcé de constater que ce qu'il avait en face de lui n'avait rien d'une hallucination. Un terrain imprenable, avec des monstres indestructibles. Et Sliffer qu'il ne tarderait pas à invoquer. Il soupira lentement. Il avait déjà invoqué un monstre et lancé son attaque. Peu importe qu'il existe ou non une solution pour vaincre Marek, ce ne serait pas à ce tour qu'il pourrait la mettre en place.

- A ton tour dans ce cas.

- Très bonne idée !

Marek piocha une carte et sembla réfléchir quelques secondes avant de décréter :

- Tes épées m'empêchent d'attaquer et cette carte sera beaucoup plus utile dans ma main que sur le terrain. Ma Machine Reproductrice va produire son deuxième jeton de Jam mais je vais être magnanime et t'offrir un dernier tour de répit avant que Sliffer ne te réduise en poussière ! Vas-y, à toi ! Et en terminant mon tour, tes épées de lumière révélatrices disparaissent !

Yami haussa les sourcils de surprise et sa vision se brouilla légèrement à nouveau. Depuis qu'il avait joué les Cartes Infinies, Marek semblait faire son possible pour économiser ses cartes et en avoir un maximum en main. Pourquoi ? Rien ne pouvait expliquer cette stratégie, rien dont il ne soit au courant en tout cas. Peu importe, si vraiment il avait un intérêt à avoir des cartes en main, alors il devait se préparer à contrer ses projets – et à faire face à Sliffer. Il grimaça de douleur quand son poignet le lança violemment et il s'obligea à piocher sa nouvelle carte le plus lentement possible. Un pâle sourire rassuré apparut sur ses lèves craquelées par la soif. Au moins, l'âme des cartes ne le laissait pas tomber. Il avait encore une chance d'aligner suffisamment de monstres puissants pour affronter Sliffer, peu importe quels pouvoirs celui-ci posséderait.

- Je sacrifie Bêta pour invoquer Berformet !

Son poignet blessé trembla légèrement quand il inséra sa carte et, au moment où son monstre apparut sur le terrain, il serra les dents avant de continuer :

- Il me donne le droit d'invoquer automatiquement Gazelle, le roi des bêtes mythiques !

Sa grimace s'accentua quand il dut prendre son jeu de cartes pour trouver sa carte mais il parvint tout de même à le sortir le temps de le prendre dans sa main valide. Il eut besoin de près de trente secondes pendant lequel sa vision se troubla plusieurs fois sous l'effet de la douleur mais il finit par se saisir de sa carte et remettre le reste de son deck dans son disque. Une fois Gazelle invoqué, il reprit :

- Ensuite, je joue ma carte Polymérisation ! Mes monstres vont fusionner pour former Chimère, la Bête Volante Mythique !

Face à lui Marek éclata de rire :

- Tu t'infliges une telle souffrance pour un monstre qui atteint tout juste 2100 points d'attaque ? Après tout, c'est vrai que l'état de ton corps t'importe peu… Quand tu auras perdu ce duel, ce n'est pas toi qui aura à faire face à Panik avec un corps détruit et poussé à ses limites…

Le poing valide de Yami se crispa légèrement de colère autour de ses cartes. Yugi… Il avait juré qu'il remporterait ce duel pour lui. Peu importe le prix à payer, sa souffrance, sa peau brûlante ou ses vertiges, il devait en finir avec Marek et assurer sa liberté. De colère, il avait été sur le point de lancer Chimère à l'attaque de son Gil Garth. Mais Renaissance de Jam intercepterait l'attaque et permettrait à Marek de tirer une carte, ce qu'il devait éviter au maximum, qu'importe la raison pour laquelle il faisait cela. Il reposa son regard sur ses cartes en main. Si vraiment Marek avait un intérêt à accumuler les cartes dans sa propre main, alors il devait être prêt à le contrer – et lui en faire perdre.

- Je pose une carte face cachée et je termine mon tour.

- Parfait ! A présent c'est à moi de jouer, je vais pouvoir tirer une carte et faire apparaître un troisième jeton de Jam ! Le moment est venu, Yugi ! Toutes mes félicitations, tu auras réussi à tenir debout suffisamment longtemps pour avoir l'honneur d'être pulvérisé par un Dieu Egyptien ! Je sacrifie mes trois jetons de Jam et j'invoque Sliffer le Dragon du Ciel !

Au moment où Marek brandit sa carte, le ciel s'assombrit et il se zébra d'éclairs à la seconde où il la posa sur son disque de duel. Plusieurs flashs lumineux éblouirent Yugi sans qu'il ne soit en mesure de dire s'ils étaient provoqués par l'apparition de Sliffer ou par son cerveau sous l'effet de l'épuisement. Lentement, un immense dragon rouge descendit du ciel et rugit face à lui. Il frissonna instinctivement et une vague de douleur se réveilla dans tout son corps. Autour de lui, les spectateurs avaient lâché des cris terrifiés ou impressionnés et commentaient avidement entre eux

- Permets-moi de te présenter Sliffer le Dragon du Ciel ! Sa puissance d'attaque est égale au nombre de cartes que j'ai en main, multiplié par 1000. Cela lui donne donc dès à présent un total de 5000 points d'attaque !

- C'est pour cela que tu cherchais à avoir un maximum de cartes en main… comprit Yugi.

- C'est exact, et maintenant que tu as compris cela, deviner la suite devrait t'être facile… Sliffer, attaque Chimère la Bête Volante Mythique et réduis les points de vie de Yugi à zéro !

- Non ! s'exclama Yugi. Je retourne ma carte face cachée, l'Épée de Force Lumière ! Elle te prive pendant quatre tours d'une carte aléatoire dans ta main !

L'épée frappa la main de Marek et le priva d'une carte à l'instant où la boule de feu jaillie de la gueule de Sliffer faucha le monstre de Yugi. La force de l'impact le fit tituber et le décor autour de lui tangua violemment. Il se laissa tomber au sol, posant un genou par terre en tentant de reprendre son souffle et ses esprits. Au-dessus de lui, Marek lança :

- Félicitations ! Ton épée de force lumière t'a permis de ne perdre que 1900 points de vie, ce qui t'en laisse tout juste 200, et alors ? Tu es bien conscient que ta défense ne tiendra pas beaucoup plus longtemps ? Laisse-moi te montrer ! Gil Garth, détruis son Kuriboh !

Sans se relever, Yugi activa une carte posée face cachée et son Kuriboh se démultiplia à l'infini.

- Ma carte Multiplication permet à Kuriboh d'absorber ton attaque ! Ce duel n'est pas terminé Marek !

- Tu te rends compte que tu me dis ça en étant à genoux, en luttant pour respirer ou même tenir debout et en ne possédant plus que 200 points de vie ? lança Marek. Tu es pitoyable et si tu pouvais te voir dans un miroir, tu abandonnerais sur le champ !

- Jamais… J'ai promis de te vaincre… Et je tiendrai ma promesse.

Sur une inspiration gênée par son collier qui lui compressait la gorge, Yami réunit ses forces et se redressa. Il tituba et le décor autour de lui tangua violemment mais il parvint à garder son équilibre. Marek ricana légèrement :

- J'hésite à qualifier cela de courage ou de stupidité… Enfin, si tu tiens à être pulvérisé en même temps que tes monstres, libre à toi ! Tu n'as plus que ton Gardna Le Bouclier Géant et Kuriboh pour te protéger et mes monstres se feront un plaisir de les achever dès le prochain tour ! Regarde, je joue ma carte magique Marmite d'Avidité ! Elle me permet de piocher deux cartes, élevant ainsi la puissance de Sliffer à 6000 ! Que dis-tu de ça ?

- J'en dis que chaque monstre a ses faiblesses et que je trouverai celle de Sliffer, répondit simplement Yami. A moi de jouer !

Il fronça les sourcils quand son poignet le lança douloureusement en piochant une carte. Le Typhon d'Espace Mystique. Parfait. Elle lui permettrait de détruire une carte magique ou piège de Marek. Son regard remonta sur les cartes qu'il avait sur le terrain et celles-ci se troublèrent un instant. Quand elles redevinrent nettes, Yami les détailla. Le Bouclier de Jam, qui empêchait tout monstre d'être détruit. Les Cartes Infinies, qui permettaient à Sliffer d'augmenter sa puissance au-dessus de 6000. Le Retour Assuré, qui augmentait sa puissance à chaque fois qu'un monstre revenait sur le terrain. Ces trois cartes rendaient Marek invincible, comment pouvait-il en choisir une seule à détruire ? Brider la puissance de Sliffer, le rendre attaquable, ralentir le rythme auquel il élevait sa puissance ? En tentant d'y réfléchir, son regard se troubla à nouveau et un violent vertige le fit tituber.

- Si tu n'es plus en état de jouer une carte, finis ton tour et laisse Sliffer t'achever Yugi, le résultat sera le même de toutes façons !

Yami soupira légèrement. Il n'était à l'évidence plus en état de réfléchir et ne pouvait pas se permettre de gâcher une carte aussi précieuse.

- Je pose cette carte face cachée sur le terrain. Ensuite je pose un monstre en mode défense.

Son regard détailla ses autres cartes. Deux cartes pièges qui augmentaient la puissance d'attaque d'un monstre. A elles deux, elles pourraient peut-être… Mais comment ? Et avec quel monstre ? Kuriboh, Gardna… Tous ses monstres le défendaient mais leur puissance d'attaque était ridicule. Le décor tangua à nouveau dangereusement et il donna toutes ses forces pour ne pas tomber et rétablir son équilibre. Tant pis si seul son instinct lui soufflait que ces cartes l'aideraient sans que son esprit ne parvienne à comprendre comment.

- Et encore deux cartes faces cachées. A toi.

- A la bonne heure ! Prépare-toi à être soufflé par les attaques de mes monstres. Je pioche une carte et augmente ainsi la puissance d'attaque de Sliffer à 7000 ! Ensuite je fais passer la Renaissance de Jam en mode attaque ! Vas-y, Renaissance de Jam, attaque son monstre face cachée !

En attaquant, le monstre de Yugi fut révélé.

- Tu viens d'activer la faculté spéciale de mon Morphojarre ! Lorsqu'il est attaqué, nous devons tous les deux jeter toutes les cartes que nous avons en main et en repiocher cinq ! Ton Sliffer vient de perdre 2000 points d'attaque !

- Et toi tu viens de t'infliger une douleur inutile, tu arrives à peine à tenir tes cartes et tu voudrais en piocher cinq ? Laisse-moi rire.

Ils jetèrent leurs cartes et Yugi étouffa un gémissement de douleur en piochant. Marek avait raison, il était dans un tel état d'épuisement que chaque geste le faisait souffrir. Des étoiles dansèrent brièvement devant ses yeux quand son poignet protesta mais il parvint à se saisir de ses cartes.

- Et comme je te l'ai dit, reprit Marek, cela était inutile. Sliffer a toujours 5000 points d'attaque ! Gil Garth, détruis son Kuriboh, et toi Sliffer, attaque son Gardna le Bouclier Géant !

L'impact des deux attaques simultanées souffla Yugi qui tituba et tomba au sol. Il lâcha un cri de douleur en se réceptionnant intuitivement sur son poignet et se força à se relever immédiatement. Le mouvement brusque fit jaillir plusieurs flashs devant sa tête et sa sensation de tournis s'empira brutalement mais il parvint à garder son équilibre. Malgré tout, il fut forcé de reconnaître qu'il n'avait plus la moindre force. Il ne parvenait même pas à se tenir droit, tout son corps était douloureux et tremblant, protestant violemment contre la chaleur et la déshydratation. Si seulement il avait pu boire une ou deux gorgées d'eau… Bientôt. Tenir le coup. Vaincre Sliffer. Et gagner sa liberté. Rien que d'y penser, il réalisa à quel point ces étapes lui paraissaient inaccessibles, inatteignables. Il n'avait plus que 200 points de vie, aucun monstre sur le terrain et ses trois cartes faces cachées ne le protégeraient pas d'une attaque directe. Son regard parcourut les cartes qu'il tenait en main et un pâle sourire rassuré apparut sur son visage. Peu importe à quel point la situation lui avait parue désespérée. C'était la dernière chose que Yugi lui ait dite avant que Panik ne le massacre : Certaines cartes ne le laisseront jamais tomber.

- Je joue le Rideau de Magie Noire ! En échange de 100 points de vie, il me permet d'appeler automatiquement sur le terrain mon Magicien des Ténèbres !

En voyant son monstre apparaître, Marek ricana :

- Il est très impressionnant ! Dommage qu'il le soit beaucoup moins quand il aura été soufflé… Ah oui, j'ai oublié de te parler de la faculté spéciale de Sliffer ! Lorsque tu invoques un monstre, il l'attaque automatiquement en le privant de 2000 points d'attaque !

- Quoi ?!

- Ton Magicien est suffisamment puissant pour y survivre bien sûr, mais il sera aussi pathétique que toi d'ici quelques secondes ! Vas-y Sliffer, utilise ta deuxième paire de mâchoires et ridiculise son Magicien des Ténèbres !

Yami tenta de se crisper en voyant Sliffer préparer son attaque mais ses jambes tremblèrent encore plus violemment. Il ferma les yeux une seconde avant que la boule de feu ne les fauche, son Magicien et lui, le vidant de ses forces dans un cri de douleur. Ses jambes se dérobèrent sous lui, incapable de fournir un seul effort supplémentaire, et il s'effondra sur le sol. A l'instant où son visage toucha le bitume et que son corps acheva de se relâcher, il sut qu'il ne se relèverait pas. Il était étendu par terre, les yeux fermés, sentant à peine le goudron sous ses mains, le soleil cognant douloureusement dans sa nuque. Le sol paraissait tanguer sous lui et, loin, très loin, Marek lança une phrase qu'il ne parvint même pas à comprendre. Est-ce qu'il proclamait sa victoire ? Il serait légitime à le faire. Il n'avait plus aucune force, il ne parvenait même plus à ouvrir les yeux ou comprendre quoi que ce soit. Et il avait mal. Sa chute sur le sol avait relancé de plus belle la douleur dans son poignet, dans ses côtes, dans sa tempe, et il se sentait incapable de trouver la force d'esquisser un seul geste en sachant que cela le ferait à nouveau souffrir. Au-dessus de lui, d'autres éclats de voix qu'il ne comprit toujours pas résonnèrent. Il devait se relever, il allait perdre le duel sinon… Mais il en était tout simplement incapable. Ne te laisse pas intimider, tu vas gagner Pharaon ! La voix de Yugi avait retenti dans ses souvenirs, presque aussi clairement que s'il avait été à côté de lui. Yugi… Il était toujours recroquevillé au fond du puzzle, sans plus de forces que lui-même, mais croyant à sa victoire… Il se trompait. J'ai autorisé Panik à ramener et massacrer le petit Yugi après ta défaite. Un sanglot lui monta à la gorge mais il était trop déshydraté pour pleurer. Yugi… Non, ça ne pouvait pas finir comme ça, il ne pouvait pas le livrer à Panik… Focalisant ses pensées sur lui, il amorça un mouvement pour se redresser. Et retomba aussitôt dans un gémissement d'épuisement. Son corps entier lui paraissait brisé de douleur et refusait de lui répondre.

Deux mains le prirent par les épaules et le retournèrent précautionneusement sur le dos. La personne qui l'avait retourné avait glissé son bras derrière ses épaules et son cou pour le soutenir et il sentit sa tête s'appuyer instinctivement plus confortablement dans le creux de son coude. Un mouchoir imbibé d'eau froide passa sur son front et ses tempes et il soupira de soulagement en ressentant la fraîcheur apaiser son tournis et sa peau arrêter de brûler.

- Yugi tu m'entends ? demanda une voix à côté de lui.

Il ne parvint pas à reconnaître la voix, pourtant il fut persuadé qu'elle dégageait une sensation agréable. Celle de ne plus être seul face à Marek. Il ne trouva pas la force de répondre. D'autres voix s'élevèrent, sans qu'il ne parvienne à comprendre le sens des mots qu'ils prononçaient. Un BIP sonore résonna et le poids de son disque de duel disparut de son bras. Pourquoi lui enlevaient-ils son disque ? Est-ce que le duel était fini, est-ce qu'il avait véritablement perdu ? Quelqu'un prit le puzzle du millénium autour de son cou et le souleva pour le lui enlever. Non… pensa-t-il. Ça ne pouvait pas finir comme ça… Pas en cédant son puzzle à Marek, pas en lui livrant Yugi… Dans un réflexe désespéré, son bras valide remonta vers son puzzle, cherchant à le retenir. Une main ferme sans être douloureuse pour autant bloqua son poignet et arrêta son geste. Avant qu'il n'ait eu le temps de tenter de se débattre, une autre voix – qu'il reconnut, cette fois-ci – s'éleva.

- Fais-moi confiance, souffla Kaïba. Je te le ramène dès que j'en ai fini avec lui.

Kaïba… Il n'avait aucune idée de ce qu'il faisait ici, de pourquoi il lui avait enlevé son puzzle, de ce qui était en train de se passer de l'autre côté de ses paupières incapables de se rouvrir. Mais, en effet, il lui faisait confiance. Il laissa Kaïba lui relâcher doucement le bras et achever de lui prendre son puzzle du millénium.

Assis sur les marches qui constellaient l'intérieur du puzzle du millénium, Yugi ignorait tout de ce qu'il se passait. Il supposait que le duel n'était pas encore terminé, faute de quoi Yami serait venu le lui dire. Il ne pouvait que croire en lui et attendre en savourant la sensation de ne plus souffrir. Le traitement de Marek l'avait poussé au bout de ses forces et de sa résistance à la douleur et il ne pouvait qu'espérer que Yami parviendrait également à tenir le coup le temps de gagner ce duel. Soudain, le décor devint flou autour de lui. Il cligna des yeux plusieurs fois, cherchant à comprendre ce qui se passait, mais le décor continua de s'assombrir jusqu'à devenir entièrement noir. Une vague douloureuse parcourut son corps, lui arrachant un gémissement. Il était allongé sur le sol, sa tête tenue par quelqu'un qui avait passé son bras sous ses épaules pour le soutenir légèrement. Il avait les yeux fermés. Et il avait mal. Toute la douleur à laquelle il avait cru échapper lui était revenue sans signe avant-coureur et, à cet instant précis, il se sentit incapable d'y faire face. Il ne ressentait plus ni la présence de Yami à ses côtés, ni le poids du puzzle du millénium, et il comprit. Il était seul, privé de son puzzle. Cela signifiait-il que Yami avait perdu ? Il devait se redresser pour le savoir, se relever, affronter à nouveau Marek dans une revanche pour récupérer son puzzle… Il tenta de bouger mais son corps se crispa à peine avant de se relâcher, incapable de faire un mouvement de plus.

- Hey, Yugi, souffla la personne qui le soutenait à côté de lui. C'est bon, c'est fini mon vieux, ça va aller. Tu peux lâcher prise. Kaïba s'occupe de Marek et nous on s'occupe de toi. C'est fini Yugi, je te jure que je les laisse plus poser la main sur toi.

Une main se posa sur la sienne et il parvint à la serrer légèrement, comme pour se raccrocher à cette sensation indéfinissable mais si apaisante : Il n'était plus seul. Sans lâcher sa main, il se laissa bercer par la voix de Joey pendant qu'il sombrait lentement dans l'inconscience.


- Monsieur Kaïba ? appela l'une des opératrices. Nous avons retrouvé le signal du disque de duel de Yugi Muto. Il vient d'être activé pour livrer un duel.

- Quoi ? s'écria Kaïba. Montrez-moi ça !

Un plan de BatailleVille s'afficha sur l'écran géant, pointant en rouge l'endroit où il était. Les quais de Domino, à côté du bâtiment d'où Yugi avait envoyé son appel à l'aide.

- On a des caméras de surveillance à cet endroit ?

- Oui, je suis en train de me connecter.

Quelques secondes plus tard, l'image fut remplacée par l'esplanade goudronnée au bord des quais, sur laquelle deux personnes s'affrontaient. L'un d'eux était de taille moyenne, à la peau bronzée et aux cheveux clairs, presque blancs. Et face à lui…

- Yugi…

Il s'était attendu à ce que Yugi ait été malmené. Pas à ce qu'il ait été détruit à ce point. Plusieurs ecchymoses et plaies criblaient son visage et il semblait lutter pour garder les yeux ouverts. Son débardeur noir était déchiré à de multiples endroits, ne cachant rien de son torse criblé sur lequel plusieurs éraflures saignaient encore légèrement. Ses jambes tremblaient et le poignet qui lui servait à jouer ses cartes était noir et gonflé, l'obligeant à manipuler ses cartes avec précaution. Sa peau était rouge et il semblait avoir chaud, mais aucune trace de transpiration n'était visible sur son visage. Déshydraté, pensa-t-il aussitôt. Et s'ils ne s'étaient pas donnés la peine de le laisser boire en quantité suffisante, il pouvait supposer qu'il n'avait pas non plus pu manger depuis sa disparition.

- Qu'est-ce qu'on a sur son adversaire ? Qui est cet homme ?

- On ne sait pas grand-chose, il fait partie des personnes inscrites dans notre système il y a une semaine sans que nous nous en apercevions. On a juste son nom, Marek Ishtar.

- Un pilleur de l'ombre ? s'exclama Makuba.

- Probablement, confirma Kaïba. Ou leur chef. Je doute qu'ils se soient donnés la peine de le séquestrer aussi longtemps pour finalement lui faire affronter un sous-fifre.

Le duel s'engagea et Marek joua la Renaissance de Jam en mode attaque. Yugi parcourut ses cartes du regard puis, lentement, en semblant s'efforcer de ne pas raviver la douleur dans son poignet, posa Alpha le Guerrier Magnétique en mode attaque et une carte face cachée. Kaïba fronça les sourcils et Makuba souffla :

- Mais…

Marek détruisit la carte face cachée de Yugi, la Force Miroir, avant d'invoquer un autre monstre et d'attaquer. Yugi tituba quand Alpha fut détruit mais s'effondra à genoux sous l'attaque directe qui lui enleva près de la moitié de ses points de vie.

- Seto, je ne comprends pas ! protesta Makuba. Poser un monstre plus faible en mode attaque et une carte face cachée est le piège le plus grossier du jeu, même moi je ne me ferai pas avoir ! Pourquoi Yugi a-t-il joué ça, ça n'avait aucune chance de marcher ?! Seto ?

Le regard choqué de Kaïba était resté figé sur l'écran mais il finit par répondre :

- Parce qu'il est à bout de forces. Duel de Monstres est un jeu qui demande de la patience, il faut pouvoir accepter de perdre un, trois, parfois dix tours pour mettre une stratégie en place. Mais Yugi tient à peine debout. Miser sur le long terme lui paraît inenvisageable, il veut en finir vite avant de s'effondrer. Ca le pousse à faire des erreurs d'amateur, et ça ne va pas aller en s'arrangeant, il est possible qu'il soit tellement affamé et déshydraté que ses capacités mentales en aient pris un coup.

A côté de lui, l'opératrice souffla avec une pointe d'hésitation :

- Monsieur. Vu l'état de Yugi Muto, ce duel enfreint la moitié des règles de BatailleVille. Souhaitez-vous que je fasse désactiver leurs disques à distance pour l'annuler ?

Annuler le duel. L'idée était tentante, très tentante. A un détail près.

- Non, trancha Kaïba. Si on arrête ce duel maintenant, ils le remmèneront en attendant de trouver d'autres disques. On ne peut pas prendre le risque qu'ils le renferment à nouveau. Je vais me rendre sur place. Faites préparer notre hélicoptère et continuez à me tenir au courant de chaque action qui se passera. Makuba, préviens Wheeler. S'il y a bien un duel où Yugi aura besoin de ses amis, c'est celui-ci.

Ils montèrent dans l'ascenseur et, pendant que Makuba finissait de pianoter un SMS à l'adresse de Joey, les pensées de Kaïba revinrent vers Yugi. Une part de lui s'en voulait d'avoir écouté Makuba et de ne pas être intervenu directement près des quais. Il aurait au moins été sur place dès le début pour arracher Yugi à ce duel. Maintenant, il ne pouvait qu'espérer qu'il tiendrait suffisamment longtemps pour qu'il puisse arriver et le sortir de là. Ils atteignirent le toit de la tour et montèrent dans l'hélicoptère qui les attendait, prêt à décoller. Au moment où ils s'élevaient dans le ciel, Makuba s'exclama :

- Seto regarde !

Un peu plus loin vers leur direction, le ciel s'était assombri et un monstre gigantesque apparaissait entre plusieurs éclairs.

- Monsieur, entendit Seto dans son oreillette, Sliffer Le Dragon du Ciel vient d'être joué contre Yugi.

- C'est pas vrai… souffla-t-il. Accroche-toi Yugi. Accélérez, ordonna-t-il au pilote, nous devons arriver avant que Yugi ne perde ce duel.

Le regard de Kaïba se posa sur le dragon rouge qui était apparu et surplombait Bataille Ville. Et je doute qu'il tienne encore très longtemps.

Seto et Makuba sautèrent de l'hélicoptère dès que celui-ci se posa au sol et ils se ruèrent vers le cercle de spectateurs formé autour du duel.

- Eh ! cria quelqu'un à côté d'eux.

- Salut ! lança Makuba en s'arrêtant devant Téa et Joey.

- Merci pour le message, on arrive tout juste, souffla Joey en luttant pour reprendre son souffle.

- Je t'en prie. J'espère juste que ce n'est pas trop tard.

Ils rejoignirent le lieu du duel et fendirent la foule au moment où Marek s'exclamait :

- Vas-y Sliffer, ridiculise son Magicien des Ténèbres !

Une deuxième bouche s'ouvrit et souffla le Magicien de Yugi. Celui-ci s'était crispé pour encaisser l'attaque mais la boule de feu le faucha et, quand celle-ci se dissipa, Yugi tomba en avant et s'effondra au sol. Face à lui, Marek éclata de rire :

- Te voir t'effondrer est encore plus plaisant que tout ce que j'aurais pu imaginer ! Relève-toi ! Tu dois encore finir ton tour pour que je puisse t'achever et te rattacher ta laisse autour du cou !

Joey avait laissé échapper une exclamation choquée et ses poings se serrèrent.

- Attends un peu espèce de…

Il voulut s'avancer mais Kaïba l'arrêta en tendant son bras devant lui. Il s'avança lui-même et cria :

- Ça suffit ! Je suis le président de ce tournoi et j'ordonne que cette mascarade soit arrêtée !

- Seto Kaïba, lança Marek avec un sourire. Je dois dire que je m'attendais à te voir intervenir plus tôt… Dis-moi, qu'est-ce qui te motive à faire annuler arbitrairement un duel de ton tournoi ?

- Un duel ?! rugit Kaïba en s'efforçant de ne pas trembler de rage.

Son regard se posa sur Yugi, allongé sur le sol, ses vêtements déchirés et son corps tuméfié, avant de reprendre :

- J'appelle plutôt ça une exécution. Yugi n'est pas en état de combattre et ce depuis le coup d'envoi. Ce duel enfreint toutes les règles de respect de l'adversaire de ce tournoi.

- Il a pourtant accepté ce duel de son plein gré, fit remarquer Marek. Mais si tu tiens à prouver devant la moitié de Bataille Ville ton favoritisme et ton arrangement avec les règlements, libre à toi. Yugi n'a plus que 100 points de vie, j'en ai 4000. Il est étendu au sol à la limite de l'inconscience alors que je suis bien debout. Si tu arrêtes ce duel, il paraît logique que ce soit pour proclamer la défaite de Yugi. A moins que tu ne veuilles montrer à tous les participants de ton tournoi qu'ils n'ont pas la moindre chance, et ce depuis le début, parce que tu joues avec les règles pour avantager tes favoris dans la course ?

Les poings de Kaïba se serrèrent violemment de rage. Toujours étendu par terre, Yugi sembla amorcer un mouvement pour tenter de bouger mais il s'immobilisa à nouveau après un tremblement. Joey souffla à côté de lui :

- Kaïba, laisse-nous au moins aller voir Yugi, il a besoin d'aide…

Il hésita un instant avant d'acquiescer d'un signe de tête. Avec ses pilleurs de l'ombre, Marek serait en supériorité numérique, surtout s'ils décidaient de le remmener. La présence de ses amis à ses côtés ne pourrait que lui être bénéfique. Joey, Téa et Makuba se précipitèrent vers lui et, pendant que Joey s'agenouillait auprès de Yugi et le retournait délicatement sur le dos, Kaïba reprit :

- Dans ce cas je te propose un accord. Tu l'as dit, il reste 100 points de vie à Yugi. Je prends son disque de duel et je termine ce combat pour lui, avec son jeu, là où vous en étiez restés.

- Pourquoi j'accepterai de compliquer un duel quasiment gagné, dis-moi ?

- Parce qu'il me semble que j'ai quelque chose qui t'intéresse.

Kaïba sortit de son jeu la première carte sur le paquet et la montra à Marek dont les yeux s'écarquillèrent.

- Obélisk le Tourmenteur. Je crois savoir que tu désires posséder les trois cartes de Dieux Égyptiens, pas vrai ? Termine ce duel contre moi et gagne, et tu possèderas tout cela. En plus d'une carte de localisation de ma part et de celle de Yugi. Deux cartes de localisation et celle d'Obélisk, ça ne te donne pas envie de terminer ce duel contre quelqu'un qui tient debout ?

- C'est mon jour de chance, nota Marek avec un sourire. Effectivement, ta proposition est tentante. Je vais même m'aligner, vu que ce sont deux cartes de localisation que je gagnerai quand cela sera terminé, je monte également l'enjeu à deux cartes de mon côté.

- Entendu. Laisse-moi faire évacuer Yugi et ce duel continue.

- Avec plaisir. Oh, juste une chose. Yugi avait également misé son puzzle du millénium. Si tu le fais emmener à l'hôpital, son puzzle reste ici pour que je puisse m'en emparer dès la fin de ce combat.

Seto eut une seconde d'hésitation. Enlever son puzzle à Yugi alors que celui-ci n'était plus en état de s'y opposer… Il reposa son regard sur lui et, agenouillé à côté de lui, Joey acquiesça d'un hochement de tête. Il a beaucoup trop besoin d'aide, comprit aussitôt Kaïba.

- Très bien.

Il se rapprocha de Yugi. Celui-ci avait toujours les yeux fermés mais il semblait apaisé par le mouchoir d'eau fraîche que Téa lui passait sur le front. Il avisa une seconde la bouteille d'eau restée ouverte que Téa avait sortie de son sac. Yugi aurait eu tellement besoin de boire… Et ils étaient arrivés trop tard, quand il n'avait même plus eu la force de garder les yeux ouverts.

- J'ai déjà appelé notre centre médical Seto, l'informa Makuba, l'ambulance ne devrait plus tarder à arriver. Il sera mieux pris en charge qu'à l'hôpital.

Seto acquiesça d'un hochement de tête et s'accroupit auprès de Yugi. Il détacha son disque de duel de son bras et le posa à côté de lui avant de prendre délicatement la chaîne de son puzzle du millénium. Dans un réflexe, Yugi releva son bras pour tenter de l'arrêter et Seto l'immobilisa le plus délicatement possible. Il devinait aisément que Yugi était terrifié – et qu'il n'était plus en état de comprendre la moitié de la situation.

- Fais-moi confiance, souffla-t-il. Je te le ramène dès que j'en ai fini avec lui.

Yugi ne répondit rien – Seto doutait qu'il en ait la force – mais ne se débattit pas lorsqu'il relâcha lentement son bras et acheva de lui enlever le puzzle. La sirène d'une ambulance retentit, se rapprochant rapidement, et le véhicule parvint rapidement sur l'esplanade à côté d'eux. Yugi laissa échapper un gémissement de douleur. Kaïba se demanda un instant si c'était dû à l'absence de son disque ou de son puzzle, mais il lui paraissait à présent plus que jamais vulnérable – et terrifié. Son regard se reposa sur les marques de coups qui criblaient son corps. Dans son état, la seule chose qui le soulagera, c'est de s'évanouir, remarqua-t-il intérieurement. Joey semblait être arrivé à la même conclusion. Il renforça légèrement son étreinte autour de lui et souffla :

- Hey, Yugi. C'est bon, c'est fini mon vieux, ça va aller. Tu peux lâcher prise. Kaïba s'occupe de Marek et nous on s'occupe de toi. C'est fini Yugi, je te jure que je les laisse plus poser la main sur toi.

Joey lui prit doucement la main et Yugi la serra comme pour s'y raccrocher. Les médecins de l'ambulance les rejoignirent avec un brancard et, quand le corps de Yugi s'affaissa un peu plus dans les bras de Joey, celui-ci releva les yeux vers Kaïba.

- Je vais rester avec lui. Tu as intérêt à l'écraser et lui ramener son puzzle.

Kaïba avait relevé la note de méfiance dans la voix de Joey et sa phrase avait achevé de le persuader : Il ne le lui pardonnerait jamais s'il perdait ce duel. Mais cela ne lui posait pas de problèmes.

- Contrairement à toi Wheeler, quand je livre mes duels, perdre n'est pas une option.

Kaïba se retourna vers son frère et ordonna :

- Rentre avec eux également.

Makuba parut vouloir protester mais le regard de Seto l'en dissuada. Avec l'esplanade remplie de pilleurs de l'ombre, il pouvait comprendre que Seto ait besoin de le savoir loin d'ici et en sécurité pour terminer ce duel sereinement. Après que Joey ait fait glisser Yugi sur le brancard, ils montèrent dans l'ambulance à la suite des médecins et celle-ci s'éloigna rapidement. Téa avait gardé son regard inquiet fixé sur le véhicule mais, quand il eut disparu de leur champ de vision, elle se retourna vers Kaïba :

- Fais voir ton propre disque et le puzzle, je peux te les garder pendant le duel.

Kaïba acquiesça d'un hochement de tête et les lui remit avant d'accrocher le disque de Yugi à son bras et de reprendre les cartes qu'il tenait en main.

- Très bien, souffla-t-il. A nous deux.

- Ce sera la carte de Dieu Egyptien la plus facile à conquérir, lança Marek avec un sourire moqueur. Tu te rends bien compte que tu as mis ta carte la plus rare en jeu pour finir la partie de quelqu'un qui n'avait qu'un monstre de 500 points d'attaque sur le terrain et 100 points de vie ?

- Ne crie pas victoire trop tôt, souffla Kaïba, Yugi aurait déjà gagné ce duel si tu lui avais laissé une chance de tenir debout.

Le regard de Kaïba se reposa sur le terrain. Il aurait aimé être aussi assuré qu'il le paraissait, mais il était forcé de reconnaître que Marek n'avait pas tort. Il avait face à lui Sliffer le Dragon du Ciel qui totalisait 5000 points d'attaque, Gil Garth qui en avait 1800 et Renaissance de Jam à 1500. Et il n'avait pour résister que le Magicien des Ténèbres, affaibli à 500 points d'attaque. Son regard se posa sur les trois cartes faces cachées que Yugi avait posées un tour avant de s'effondrer. Son disque de duel lui indiquait qu'il pouvait les activer tout de suite, ce n'était donc pas des pièges faits exprès pour contrer une attaque adverse. Mais quelles étaient ces cartes ? Comment pouvait-il être sûr de ne pas gâcher leur potentiel en les activant maintenant ? Yugi avait-il vraiment eu un plan en les posant, ou son esprit s'était-il déjà effondré au point d'être incapable de monter une stratégie viable ? Yugi… Dans un flash, il le revit étendu sur le sol, essayant de l'empêcher de prendre son puzzle dans un réflexe désespéré. Fais-moi confiance. Il ne pouvait pas nier que ces mots avaient paru l'apaiser. Yugi lui avait fait confiance. Il pouvait bien lui retourner la pareille et croire en lui, en ses compétences quand il avait posé ces cartes. Un dernier regard sur Sliffer acheva de le convaincre. Ce n'était pas comme s'il avait le choix, il perdrait ce duel s'il finissait son tour sans rien faire.

- Je retourne les trois cartes que Yugi a posées !

Elles se révélèrent les unes après les autres et un éclair de soulagement traversa le regard de Kaïba. Yugi tu es un génie, pensa-t-il furtivement.

- Ma première carte, le Typhon d'Espace Mystique, permet de détruire une carte magie ou piège sur ton terrain !

Il parcourut du regard les trois cartes de Marek. Le Bouclier de Jam. Les Cartes Infinies. La carte du Retour Assuré. Rendre Sliffer attaquable, brider sa puissance d'attaque, faire évoluer celle-ci moins vite. Il ne mit qu'une seconde à prendre sa décision.

- Il va détruire ton Bouclier de Jam !

La carte de Marek vola en éclats et Kaïba reprit :

- Ensuite j'active la Ferveur Ardente ! Cette carte ne peut être activée que s'il y a sur ton côté du terrain un monstre dont la puissance initiale a été augmentée, et Sliffer convient parfaitement ! Cette carte piège permet donc de multiplier par deux l'attaque d'origine de l'un de mes monstres !

- La belle affaire, ricana Marek, ton Magicien va obtenir 1000 points d'attaque au lieu de 500 ? Ça ne te sauvera pas…

- Tu m'as mal écouté. Peu importe à quel point tu l'as affaibli, c'est bien son attaque d'origine qui va être multipliée par deux ! Mon Magicien augmente donc sa puissance d'attaque jusqu'à 5000 ! Et ce n'est pas fini ! Je l'équipe avec ma troisième carte piège, Métalmorphe ! Elle lui donne 300 points d'attaque supplémentaires instantanément, et lorsqu'il se lance à l'attaque, elle augmente encore sa puissance de la moitié du monstre ennemi. Ainsi, quand il s'élancera à l'assaut de Sliffer, il gagnera encore 2500 points d'attaque et totalisera une puissance de 7800 points ! Et n'oublie pas, ton Bouclier de Jam ne pourra plus le protéger…

- NON ! s'exclama Marek.

- Et si ! Vas-y Magicien des Ténèbres, attaque et détruis Sliffer le Dragon du Ciel !

Un rayon partit de la baguette du Magicien et, lorsqu'il toucha Sliffer, une explosion noire retentit autour du Dieu Egyptien qui s'effondra sur le sol pendant que les points de vie de Marek tombaient à 1200. Marek avait fermé les yeux pour encaisser l'onde de choc, mais Kaïba garda son regard fixé sur le dragon couché par terre qui se volatilisait petit à petit. Autour de lui, les cris effrayés ou impressionnés des spectateurs retentirent.

- Je n'y crois pas, vous avez vu ça ?

- Un Magicien des Ténèbres qui vient à bout du monstre le plus puissant qu'on ait jamais vu…

- Et c'était Yugi qui avait posé ces cartes ! Il aurait pu le battre lui-même s'il ne s'était pas effondré !

Kaïba n'entendit pas les autres commentaires autour d'eux. Ils avaient parfaitement raison. Son regard dériva vers la rue par laquelle l'ambulance avait disparu de l'esplanade. Tu avais réussi Yugi. Tu avais trouvé comment le vaincre, il t'a juste manqué la force de retourner tes cartes… Face à lui, Sliffer avait disparu du terrain mais, au travers du nuage de fumée, Marek laissa échapper un léger rire.

- Toutes mes félicitations Kaïba ! Cela faisait une éternité que je n'avais pas vu Sliffer être mis en échec. Mais devine quoi ? Cela ne change rien au déroulement du duel ! Ferveur Ardente n'est activée que lorsqu'un de mes monstres a sa propre puissance augmentée, et seul Sliffer répondait à ce critère ! Avec sa disparition, ta carte est également hors-jeu et ton Magicien redevient tout aussi pathétique qu'au début ! Et tu n'es toujours qu'à 100 points de vie de la défaite !

La Ferveur Ardente vola en éclats sur le terrain et le Magicien retomba à 800 points d'attaque.

- Il garde toujours le bonus conféré par Métalmorphe, nota Kaïba. Je pose une carte face cachée et je termine mon tour.

- Parfait ! La vraie puissance de Métalmorphe n'est atteinte que lorsque ton Magicien attaque, pas quand il est attaqué ! Mon Gil Garth a donc 1000 points d'attaque de plus que lui et va clôturer ce duel ! Félicitations, tu as tenu plus longtemps que je ne le pensais ! Vas-y Gil Garth, achève le Magicien des Ténèbres et Kaïba par la même occasion !

- Non ! s'écria Kaïba. Je retourne ma carte face cachée, les Chapeaux Magiques !

Quatre chapeaux volèrent au-dessus du Magicien pour le cacher et, lorsque Gil Garth en détruisit un, celui-ci était vide.

- Tu as gagné un tour c'est bien vu, nota Marek. Mais tu ne gagneras guère plus de temps. Je fais passer ma Renaissance de Jam en mode défense. Et ton Magicien est toujours trop pathétique pour se lancer à l'assaut de Gil Garth. Joue ce que tu veux, Kaïba, mes points de vie sont absolument imprenables !

Kaïba soupira légèrement. Marek n'avait pas tort, les Chapeaux Magiques lui avaient donné le coup de chance dont il avait besoin. Mais la chance n'a jamais fait gagner de duel. Son regard se reposa sur le jeu de Yugi. Yugi avait toujours eu l'art de tirer la bonne carte au bon moment. Est-ce que cela pouvait être dû à son jeu, est-ce que lui-même pourrait être capable de tirer une carte capable de renverser ce duel ? Fais-moi confiance. Son regard devint plus déterminé que jamais. C'était le deck du Maître du Jeu. Bien sûr qu'il ne pouvait pas perdre avec lui. Il tira une carte et son regard s'éclaira. Oui. Il éclata de rire :

- Ce duel est terminé Marek !

- Quoi ? Tu espères me faire croire que tu vas passer sur deux monstres dont l'un indestructible avec ton pauvre Magicien des Ténèbres affaibli ?

- Oui mais pas que ! Je sacrifie le Magicien des Ténèbres pour appeler la Magicienne des Ténèbres !

La Magicienne apparut sur le terrain, lumineuse, enjouée, et Kaïba eut soudainement l'impression de comprendre comment Yugi pouvait être aussi assuré de gagner tant que ces deux monstres étaient en jeu.

- Ensuite je joue la Renaissance du Monstre, qui va ramener du cimetière mon Magicien des Ténèbres ! Et ainsi il recouvre sa toute-puissance ! Je n'ai pas fini ! Je joue les Mille Couteaux ! Équipée avec le Magicien des Ténèbres, elle permet de détruire instantanément et de façon définitive n'importe quel monstre sur le terrain ! Ta Renaissance de Jam n'est plus !

La multitude de couteaux se plantèrent dans la créature visqueuse qui, cette fois, ne se reforma pas.

- Non ! s'exclama Marek. Ma Renaissance de Jam ne peut se reformer qu'après avoir été attaquée au cours d'un combat !

- Exactement ! Maintenant ma Magicienne des Ténèbres va en finir avec ton Gil Garth. Vas-y, attaque de magie noire !

Le Gil Garth de Marek se désintégra dans une explosion noire, emportant 200 de ses points de vue.

- NON !

- Et celle-là, elle est de la part de Yugi ! conclut Kaïba. Magicien des Ténèbres, attaque directement ses points de vie et anéantis-le !

Une deuxième explosion noire retentit autour de Marek, faisant s'effondrer ses points de vie à 0.


J'espère que ça vous aura plu !

N'oubliez pas que seules les reviews, même courtes, permettent de savoir ce que vous en avez pensé !

A bientôt, je fais au mieux pour finir le chapitre 3 au plus vite !