Coucou mes petits cupcakes ! Je suis ravie de l'accueil que vous avez fait à cette fic, merci beaucoup ! Très contente de vous retrouver :D Merci à vous pour vos reviews, et à Neliia pour la correction. Bonne lecture à vous


Un des avantages à posséder son entreprise, c'est que Derek a pu concevoir son bureau ; il travaille dans une véranda trois saisons par an. Parfois, il fait même assez bon pour rester pendant l'hiver, suivant le temps. Ce jour-ci, il fait du soleil et dans les 25°C. Il travaille torse-nu, boit du thé glacé à l'ombre pendant qu'il dessine des croquis pour une fontaine.

Ce n'est pas que ça le dérangeait d'être toujours désigné d'office pour déplacer des arbres et des pierres pour son précédent travail, c'est simplement que ce n'est pas ce qu'il rêvait de faire. Il adore s'occuper des plantes, mais il aime aussi beaucoup les aspects plus larges du paysagisme, concevoir des ensembles sur une échelle plus grande. Il a hésité un moment, parce qu'il ne voulait pas laisser tomber son ancien patron. Scott a eu l'idée de proposer à Isaac de le remplacer. Isaac a de l'expérience, vu son travail dans le cimetière et il travaille dur (probablement davantage que Derek, qui a tendance à se laisser distraire en essayant de trouver l'emplacement parfait pour cette azalée, et qui déteste s'occuper des clients).

Isaac ira au collège à l'automne mais, d'ici là, le propriétaire de la pépinière pourra probablement trouver quelqu'un d'autre. Et c'est un bon job d'été pour le jeune homme, avec des horaires flexibles et le genre de travail d'extérieur qui lui permet de rester en forme.

Derek est content que Cora ait réussi à convaincre Isaac d'aller à l'université. En tant que loups-garous, ils ne comprennent pas vraiment l'état d'esprit des humains qui ont du mal à laisser la meute payer pour eux. Isaac, avec son histoire, a encore plus de difficultés. Mais Derek s'attendait à ça, vu les problèmes qu'il avait eus quand Stiles s'échinait à payer toutes les courses pour gagner sa place dans la meute. Il se doutait qu'Isaac ferait pareil.

Pendant les longues nuits d'hiver, Cora et lui ont élaboré plusieurs stratégies pour faire comprendre à Isaac que ce n'est ni de la pitié, nide l'obligation. C'est quelque chose que la meute aime faire. Ils mettent les ressources en commun pour que tout le monde puisse être heureux, puisqu'un membre malheureux donne une meute malheureuse. C'est aussi naturel pour les loups-garous que de respirer.

Bien sûr, Cora avait ses propres doutes quand à l'université. Elle a toujours adoré regarder des films avec des costumes élaborés ; elle adore faire des looks avec Allison et Erica, jouer avec les coiffures et le maquillage. Elle était en charge des costumes pour la pièce de théâtre de l'année dernière, et elle avait adoré ça. Beacon Hills n'avait pas de club de théâtre, mais la ville était assez grande pour en créer un. Certaines personnes à qui elle avait parlé, comme le professeur d'arts dramatiques ou le conservateur du musée local, pensent que ça pourrait fonctionner.

« Mais je ne sais pas... », avait dit Cora, couchée sur le dos pour regarder le plafond de la chambre de Derek, un soir pluvieux d'hiver. « C'est simplement que... Je ne veux pas décevoir maman. Je veux dire, elle et papa sont géniaux dans ce qu'ils font. Ils font des vrais trucs, importants. »

Derek avait secoué la tête et l'avait laissée boire son chocolat chaud. « Maman et moi nous sommes beaucoup disputés, et il y a encore des sujets sur lesquels nous ne sommes pas d'accord. Mais elle ne m'a jamais mis la pression pour une certaine université, une carrière particulière. Quand j'avais dix-sept ans, je lui ai dit après avoir travaillé un été à la pépinière que c'était ce que je voulais faire. Et elle était d'accord. Elle était heureuse que j'ai trouvé quelque chose qui me plaise vraiment. »

« Tu penses que ça le fera ? », avait demandé Cora.

« Je pense que si c'est ce que tu veux faire de ta vie, lance-toi. », avait répondu Derek. « Chacun de nous dans la meute te dira la même chose. »

Quand Cora a reçu sa lettre d'acceptation à l'Institut des Arts de Californie, elle a exposé son ambition de se lancer dans la conception de costumes et éventuellement installer une troupe de théâtre à Beacon Hills. Puis, elle a annoncé qu'Isaac irait à l'université pour pouvoir l'aider. Isaac a acquiescé timidement et Derek a soupiré de soulagement.

De toute manière, la jeune génération de la meute a de l'ambition, niveau carrière, même s'ils ne sont pas des Hale de naissance. Scott est en bonne voie pour devenir vétérinaire. Allison fait un stage d'été dans le cabinet de Talia Hale (son père était outré, mais avec le temps, son outrage s'est transformé en résignation et Allison pense qu'il faisait semblant, tout ce temps.) Et Stiles, bien sûr, va devenir le meilleur détective privé de la côte Ouest.

Comme si penser à lui l'avait invoqué, Derek entend un léger sifflotement alors que Stiles descend les escaliers qui mènent à son bureau. « Eh bah, la vue est aussi belle chaque jour ? », demande le jeune homme en haussant les sourcils de manière suggestive, le regard rivé sur Derek. « Parce que si c'est le cas, je vais venir te voir plus souvent au boulot. »

« Il fait trop chaud pour s'habiller. », répond Derek et Stiles se penche pour l'embrasser.

« Oui, c'est pour ça qu'en général les gens travaillent à l'intérieur, l'été, là où il y a de l'air conditionné. »

« Aucun intérêt, puisque je passe au moins la moitié de mon temps dans la serre ou dans la pépinière. Je serais tout sale et transpirant, de toute manière. Mais ne te fais pas d'idées. », ajoute Derek. « Même si j'adorerais prendre une pause, j'ai pas mal de travail. »

« Tu bosses sur quoi ? », demande Stiles en se penchant pour regarder l'écran de l'ordinateur par-dessus l'épaule de Derek. Celui-ci aime dessiner sur papier, mais les logiciels de design sont fabuleux et il peut voir ses créations en trois dimensions. « C'est magnifique. C'est pour quoi ? »

« Un musée à Ukiah refait ses jardins. », explique Derek avant de lever les yeux. « Où est-ce que tu as passé ta journée ? Tu sens tout excité. »

« Oh, oui, je suis allé voir mon père au commissariat. »

« Et comment s'est passé ton espionnage ? », demande Derek alors que Stiles s'assoit sur la table pour le regarder travailler.

« Quoi ? Oh, j'ai oublié. », admet Stiles. « Mon père m'a distrait. »

« Ah oui ? », demande Derek, toujours concentré sur son écran. Stiles explique qu'il a accepté de suivre trois cours le premier semestre et, en échange, son père lui a confié des affaires non résolues. « Quelque chose de bien ? »

« Un meurtre infâme. », dit Stiles. Derek hausse les sourcils et Stiles se calme un peu. « Non, euh, sérieusement. Le meurtre d'une adolescente en 2003. Elle est morte après avoir rejeté la morsure d'un alpha incontrôlable, alors mon père a pensé que ça pourrait m'intéresser. »

Derek reporte son attention sur Stiles. « Est-ce que tu parles de Paige Krasikeva ? »

« Oui, comment tu le sais ? »

« Tous les loups-garous de Californie ont entendu parler d'elle. », répond Derek. « Je la connaissais un peu. Mais, tu sais, les attaques d'un loup-garou incontrôlable sont assez rares. Alors, c'était quelque chose de gros. Je crois que j'avais dans les quinze ans. »

« Oh mon Dieu, tu la connaissais ? Je peux t'interroger ? » Stiles saute de la table. « Tu sais, pour m'entraîner. »

« Oui, tant que tu ne t'attends pas à ce que j'arrête ce que je suis en train de faire. Il faut que je finisse les plans ce soir pour pouvoir commander le carrelage. »

« Okay. » Stiles sort son ordinateur portable du sac qu'il a toujours avec lui. « Après, papa m'a donné le dossier, mais je l'ai à peine regardé. Il est énorme, je pense qu'ils ont fait des tonnes d'interrogatoires. Il a dit que j'aurais peut-être plus de chance que la police vu que j'en sais beaucoup sur les loups-garous, les rejets de morsure et tout ça. » Il installe son ordinateur en parlant. « Okay. Comment est-ce que tu connaissais Paige ? »

« C'était au premier trimestre de ma seconde. », dit Derek. « A l'époque, ils avaient un programme d'échanges étudiants entre les écoles surnaturelles et humaines pour favoriser les relations amicales. Quelques humains passaient un trimestre dans notre école, et quelques surnat' passaient le leur chez eux. J'en faisais partie et c'est comme ça que j'ai rencontré Paige. »

« Hmm. Je me demande pourquoi ils ont arrêté le programme. » Stiles fronce les sourcils.

« Je ne sais pas. », dit Derek. « Ça s'est arrêté après l'incendie, je sais ça, parce que Tyler l'a fait aussi, deux ans après moi. » Sa voix accroche légèrement mais reste stable quand il parle de son petit frère cadet, qui est mort à quinze ans dans l'incendie.

Stiles écrit ça. « Elle ressemblait à quoi ? Paige ? »

Derek réfléchit. « Je ne veux pas dire de mal des morts mais, euh, on ne s'aimait pas beaucoup. Ce qui est probablement plus de ma faute que de la sienne, si je veux vraiment être honnête. Je veux dire, j'étais un loup-garou parmi les humains et j'étais très athlétique et, euh... »

« Très attirant ? », suggère Stiles. « Toutes les filles devaient tomber à tes pieds, hein ? »

« Je suis devenu un trouduc. », acquiesce Derek. « Calme tes esprits. », ajoute-t-il avec un grondement quand il voit que Stiles est sur le point de dire quelque chose. « Bref, de ce que je peux dire, Paige était très intelligente et n'avait aucune patience pour les bêtises des garçons de cet âge-là. Elle jouait du violoncelle, ça je m'en souviens. Elle nous criait dessus si on était trop bruyants quand elle s'entraînait. Je la pensais un peu coincée, tu vois, une rabat-joie. Mais elle était probablement très gentille. »

« Elle avait des ennemis ? »

Derek hausse légèrement les épaules. « Rien qui ne sorte de l'ordinaire. J'avais entendu des rumeurs comme quoi certaines filles la chahutaient un peu parce qu'elle avait soit-disant le béguin pour moi. Mais c'était probablement, tu sais, des rumeurs. »

« Oui, eh bien, on sait tous les deux à quel point cette ville gère bien le harcèlement scolaire. », répond Stiles en prenant quelques notes. « Elle a été trouvée à l'école vers dix-huit heures. Tu sais ce qu'elle pouvait faire là ? »

« Elle restait souvent tard le soir pour jouer. C'est pour ça qu'elle nous criait souvent dessus. Je ne sais pas pourquoi elle ne s'entraînait pas chez elle. »

« Peut-être trop bruyant. », suppute Stiles. « Mais ça n'explique pas comment ou pourquoi un loup-garou alpha l'aurait mordue. Je veux dire, venir à l'école, c'est comme s'il la cherchait elle, spécifiquement. »

« Comment sais-tu que c'est un il ? »

« La taille de la morsure suggère une mâchoire masculine. », dit Stiles. « J'ai vu ça pendant que j'étais dans le bureau de mon père. C'est possible que ce soit une femme, mais improbable. »

Derek tape une minute sur son clavier sans rien dire, puis regarde l'ordinateur générer son œuvre avec satisfaction. « De ce que je sais, le fait qu'elle ait rejeté la morsure a été passé sous silence. », dit-il. « Personne ne voulait que les gens paniquent. Je sais qu'on a dit aux lycéens qu'elle avait eu une réaction allergique grave. Ils n'ont pas dit à quoi. Tout le monde a pensé à des cacahuètes, ou des fruits de mer, un truc du genre. Je sais qu'elle est morte d'un rejet parce que j'ai entendu ma mère le mentionner. » Il modifie quelques éléments de sa conception avant de reprendre la parole. « Elle en sait probablement plus que moi. Il y a eu des ramifications légales après ça. »

« Ah oui ? », demande Stiles en prenant des notes. « Quel genre ? »

« Une législation pour que les ambulanciers puissent avoir les premiers immunosuppresseurs sur eux et aient le droit de les administrer sur le terrain. », répond Derek. « Ils ont dit qu'elle ne serait peut-être pas morte si le traitement avait été administré plus tôt. Tu en sais davantage que moi sur ce sujet. »

« Oui, il faut que je lise le dossier en détails. » Stiles se lève et referme son ordinateur. « Mais c'était un bon début. » Il se penche pour embrasser Derek plus généreusement. « Pour le moment, je vais rentrer à la maison et commencer à préparer à manger. Scott et moi, on a un tournoi très sérieux de Call of Duty qui nous attend et après, j'ai un compagnon à récompenser pour être aussi génial. Alors je ne vais probablement pas m'y mettre avant demain. »

Derek lui sourit, content que Stiles ne commence pas à être obsédé par l'affaire, comme il l'a fait avec tant d'autres. « Okay. On se revoit à la maison vers 17h30 ? »

« Pas de soucis ! », Stiles lui répond avant de s'éloigner en trottinant.

OoOoOoOoOoOoO

C'est facile de voir pourquoi le meurtre de Paige Krasikeva est une affaire non résolue. Chaque question posée a mené à une impasse. En voyant le cas onze ans plus tard, Stiles ne sait même pas par où commencer.

Le crime en lui-même est plutôt simple. Il s'avère que Derek ne se trompait pas sur la raison de sa présence à l'école aussi tard. Elle restait souvent s'entraîner, avait dit le professeur de musique, parce qu'elle avait trois jeunes frères et sœurs à la maison et elle ne pouvait pas avoir assez de calme. Ce jour-là ne sortait pas de l'ordinaire. Une répétition avec l'orchestre jusqu'à seize heures. Certains jours, Paige rentrait avec une amie puisque ses deux parents travaillaient. Ce jour-là, elle avait dit à cette amie qu'elle allait rester répéter, puisqu'elle avait une compétition bientôt. Il n'y avait rien d'inhabituel, et personne ne s'était posé de questions. Le professeur était parti vers 16h30 et avait dit que Paige était toujours en train de répéter en salle de musique. L'école ne fermait généralement pas avant 18h.

Entre 16h30 et 18h – probablement plus proche de 18h – Paige a été mordue par un loup-garou alpha. Son corps a rejeté la morsure et elle est entrée en état de choc. Le traitement a malheureusement été une suite d'erreurs. Les rejets de morsure sont rares, et les ambulanciers ne s'y connaissaient pas vraiment. Dans la lumière faible de l'école presque fermée, les secrétions noires, signes classiques d'un rejet, ont été prises pour du sang et les ambulanciers avaient nettoyé sa bouche quand ils avaient vérifié si elle respirait. La morsure elle-même était sur le torse, sous ses vêtements et n'avait pas été remarquée tout de suite à l'hôpital. Le temps qu'ils se rendent compte de ce qu'il se passait et commencent le traitement, c'était trop tard. Paige était déjà tombée dans le coma, et elle était morte deux jours plus tard.

Rien de ceci n'était malveillant et, au vu de la rareté des rejets, ce n'était même pas surprenant. L'hôpital avait instauré une formation pour apprendre à reconnaître un rejet pour tous les personnels des urgences et les ambulanciers. La plainte avait été réglée hors des tribunaux. Mais personne n'avait trouvé qui l'avait mordue, ni pourquoi il l'avait laissée mourir là.

Les attaques d'alphas incontrôlables étaient incroyablement rares aux États-Unis et, quand ils se produisaient, c'était toujours dans la nature. Stiles ne sait pas ce qui aurait pu pousser un alpha à transformer quelqu'un aléatoirement. Il ne peut pas comprendre pourquoi il aurait voulu ajouter un étranger à sa meute, pas avec tout ce qu'il sait sur celles-ci. Étant donné que la plupart des attaques se passent dans la nature, il pense qu'il y a un composant un peu sauvage aux loups-garous en question.

Alors qu'est-ce qui pourrait pousser un loup-garou alpha à entrer dans un lycée public à 18h et mordre une jeune adolescente ? La famille Krasikeva n'avait aucune relation connue avec des loups-garous. Les alphas des trois meutes qui vivaient à Beacon Hills n'étaient pas sur les lieux le soir de l'attaque, et aucun d'eux n'avait entendu parler d'un autre alpha en ville.

La seule chose qui peut passer pour un indice est l'appel passé au 911. Il a été envoyé du téléphone de Paige à 18h01. L'opérateur avait entendu une respiration lourde, haletante, mais rien d'autre. Elle avait présumé qu'il s'agissait d'une urgence médicale et avait envoyé les secours ainsi que la police. Ceux-ci étaient arrivés trois minutes plus tard. Rien de tout cela n'aurait été étrange, si ce n'est que le téléphone avait été nettoyé de toute empreinte. Paige n'avait aucune raison de faire ça, si elle en avait seulement été capable, alors c'était soit son tueur, soit un témoin qui s'en était chargé.

Pourquoi ? Stiles feuillette le dossier, essaie de trouver une réponse. Si l'alpha a réalisé qu'elle avait rejeté la morsure, pourquoi ne pas rester en ligne et le dire à l'opérateur pour être certain que le traitement soit correctement appliqué ? Pourquoi faire le numéro, poser le téléphone et partir ? Et si c'était un témoin, pourquoi ne pas rester avec elle ? La personne avait-elle peur de l'alpha, celui-ci était-il encore dans les parages ? Le témoin craignait-il d'être accusé s'il était surpris avec une fille mourante ? Est-ce qu'un témoin aurait pu reconnaître un rejet de morsure ?

Rien de tout ça n'était logique et, comme le shérif l'avait prédit, Stiles est amoureux de ce dossier seulement dix minutes après avoir fourré son nez dedans.

En plus des transcriptions, toutes les dépositions sont enregistrées et il y en a beaucoup. Toute personne plus ou moins connectée à la famille Krasikeva a été interrogée. Tout le personnel de l'école. La professeur de musique pleure pendant toute sa déposition en parlant du talent qui a été perdu. Chaque alpha dans un rayon de 160km a été interrogé.

La seule conclusion à laquelle Stiles parvient est que, en dépit de ce qu'il s'est produit, tuer Paige n'était pas l'objectif de l'alpha. Un rejet de morsure est incroyablement rare et il y a des manières bien plus simples de tuer quelqu'un. L'explication la plus probable est que l'alpha voulait la transformer et a paniqué quand son corps a commencé à montrer des signes de rejet. Il a appelé les secours, nettoyé le téléphone et s'est enfui.

Mais la raison pour laquelle quiconque aurait voulu transformer Paige Krasikeva – une jeune humaine sans aucune connexion à une meute – lui échappe. Les seuls loups-garous qui l'ont rencontrée sont Derek et une fille du nom de Karla Reyes, une des sœurs aînées d'Erica Reyes. Et aucun des deux n'avait de lien réel avec elle.

Avec tout ça en tête, Stiles se met à la recherche de sa personne favorite pour parler de ce genre de choses. Il trouve Peter, étonnamment, dans la cuisine. « Coucou, Oncle P. », dit-il. Le loup-garou regarde dans le garde-manger comme s'il contenait tous les secrets de l'univers. « Quoi de neuf ? Tu as faim ? Je pourrais te faire quelque chose. » Peter manque souvent les repas parce qu'il est occupé à autre chose, perd la notion du temps ou oublie de manger.

« Est-ce qu'on a encore ces crackers au bacon ? », demande-t-il.

« Je ne crois pas. Tu veux que je les rajoute sur la liste ? »

Peter fronce les sourcils. « Est-ce que ton père les aime ? »

« Nope. Trop poivrés. » Stiles lui lance un autre regard en coin avant de sortir les œufs du réfrigérateur. S'il reste en cuisine, autant qu'il fasse quelque chose. « Tu sais ce que mon père aime, par contre ? Ces petits Triscuits aux différentes saveurs, genre aux tomates et ceux avec, tu sais, ces trucs verts qui ressemblent à des algues. Tu veux que j'en prenne une boîte ou deux ? »

« Cela me paraît étrange, que ton père n'aime pas quelque chose au bacon. », répond Peter d'un ton pensif.

« Ces crackers n'ont pas vraiment le goût de bacon. », remarque Stiles. Peter continue à regarder dans le garde-manger. Au bout d'un moment, Stiles reprend : « Tu veux que j'achète des Triscuits ? »

« La prochaine fois que tu vas en courses, oui. », dit Peter. Il regarde ce que fait Stiles, à sortir le céleri et les oignons du réfrigérateur. « Tu fais une salade d'œufs ? »

« Ouaip ! Tu as faim ? »

« Hmm. » Peter s'assoit sur le comptoir et regarde Stiles mettre une casserole d'eau à bouillir. « Tu voulais me parler ? »

« Je travaille sur un cas, pour mon père. », explique Stiles. « Tu sais quoi sur les attaques d'alphas incontrôlables ? »

« Autant que sur tout autre sujet, je suppose. », répond Peter, ce qui signifie qu'il en sait cinq fois plus que la plupart des gens.

« Pourquoi elles se produisent ? »

Il s'attend à ce que Peter 'hmm' et 'aaah', alors il est surpris quand il a une réponse immédiate et décisive. « Folie. »

« Est-ce que... C'est fréquent ? », tente Stiles.

Peter reste silencieux un long moment, regarde Stiles rincer et émincer le céleri. « Non. », répond-il finalement. « Ça se produit généralement après la perte d'une meute, ou d'un compagnon ou une compagne. Tu as vu à quel point les alphas peuvent être déterminés à élargir leur meute. »

Stiles acquiesce, repense au comportement de Talia les premiers mois après sa rencontre avec Derek. L'instinct d'augmenter le nombre des membres de sa meute rendait Talia folle petit à petit, sans oublier le traumatisme d'avoir tant de membres tués dans l'incendie. Elle avait presque fait exploser ce qui lui restait de meute avec ses tentatives. Et c'était Talia – une femme forte et intelligente qui avait été un loup-garou depuis sa naissance. « Alors si une meute perd trop de membres... »

« À cause du traumatisme. », précise Peter. « Il y a toujours un traumatisme. Les meutes grandissent et s'appauvrissent, elles... » Il fait un geste d'une main. « Respirent. Inspirent et expirent. C'est un rythme naturel. Les membres peuvent bouger. Aaron a quitté sa meute pour rejoindre la nôtre quand Talia et lui se sont mariés. Si l'un de leurs enfants se marie avec un loup de naissance, peut-être qu'ils quitteront la meute pour en joindre une autre. En général, les deux alphas se réunissent avec le couple et ils en discutent. Ça crée de bonnes alliances et c'est considéré comme une bonne chose. Mais quand des membres de la meute nous sont arrachés, ça crée cette sorte de... blessure mentale, émotionnelle. Perdre quelqu'un de la meute, ce n'est pas comme perdre de la famille. C'est comme si on nous arrachait un membre. »

« Mais ce n'est pas le genre de chose qui se produit régulièrement. », dit Stiles.

« Oh non, pas par ici en tout cas. Il y a toujours des endroits dans le monde où les loups-garous sont chassés. Et il y a des endroits dans le monde où les loups-garous sont vénérés. Mais ici, non. Je serais surpris s'il y avait plus de deux ou trois attaques d'alphas incontrôlables par an. On serait tous enfermés si ça arrivait plus souvent. »

Stiles acquiesce, il sait que c'est vrai, avec toutes les recherches qu'il a faites sur les organisations comme l'OLL. S'il y avait des preuves que les loups-garous étaient plus susceptibles de faire un massacre de masse que les humains, l'OLL aurait gagné toutes ses batailles légales. « Ça doit être pour ça que personne ne sait si le rejet de la morsure est plus susceptible quand c'est un alpha étranger. », remarque Stiles en repensant à sa propre expérience avec Deucalion. « Il n'y a pas assez de données pour analyser ça. »

« Hmm. », hume Peter. Puis il fronce les sourcils. « Rejet de morsure ? Quel est le rapport ? »

« Oh, j'enquête sur un meurtre, pour mon père. Tu en as probablement entendu parler, d'ailleurs. Ça s'est passé deux ou trois ans avant l'incendie. Une fille qui s'appelait Paige s'est faite mordre et en est morte, dû à un rejet. Ils n'ont jamais trouvé qui l'avait mordue, ni pourquoi. »

« Je m'en souviens vaguement. », répond Peter. Il regarde Stiles éteindre le feu pour que les œufs puissent refroidir. « Je n'étais pas vraiment impliqué. Je venais de me marier avec Olivia, au printemps juste avant. On était en lune de miel tout le mois, cet été là. »

Stiles lui lance un regard et sourit. C'est bien d'entendre Peter parler d'Olivia – c'est bien que Peter puisse parler d'Olivia, maintenant. Pas quand il est dans une de ses transes étranges, mais aussi quand il est dans son état normal. Quoi qu'il se passe entre Peter et son père, c'est un avancement pour le loup-garou. « Eh bien, papa a pensé que j'aimerais m'y attaquer. »

« Tu commences par quoi ? », demande Peter.

« Jusqu'à présent, ça a été lis tout, encore et encore, jusqu'à ce que quelque chose saute aux yeux. », répond Stiles. « Puis parle à oncle Peter pour voir ce qu'il pense. Maintenant, ça va être trouve chaque alpha qui a perdu des membres dans les six mois avant le crime. »

« Bon garçon. » Peter saute du comptoir. « Ce robot que tu utilises me fait mal aux oreilles. Je sors. Texte moi quand la salade est prête. »

« Pas avant quinze minutes. », lui dit Stiles.

« Alors je reviens dans vingt. » Peter quitte la cuisine sans rien ajouter de plus. Malgré de nombreux SMS, Stiles ne le revoit pas pendant six heures.