Nouveau dimanche, nouveau chapitre ! J'ai normalement répondu à vos reviews, si ce n'est pas le cas j'en suis navrée mais sachez que je les ai toutes lues et elles m'ont fait extrêmement plaisir ! Encore une fois, merci à Neliia pour la correction ! Et bonne lecture à vous.


Alors que Stiles se plonge dans un meurtre vieux de onze ans, Derek prend en charge la mission d'espionner Peter et Tom. Mais il prend ça un peu plus au sérieux que Stiles l'aurait anticipé. Les deux premières semaines, se contente d'observer. Regarder leur comportement l'un envers l'autre d'un autre œil.

Stiles avait raison sur le fait que Peter soit très tactile avec le shérif, remarque Derek. Mais il suppose que ce n'est pas entièrement surprenant. En fait, personne dans la famille n'a été étonné de leur amitié croissante. Ils ont des personnalités très différentes, mais ils ont aussi beaucoup de points communs. Leur relation a évolué autour de leur deuil respectif, et leur amour paternel pour Stiles.

C'est drôle, pense Derek, parce que même si les deux sont très différents l'un de l'autre, ce sont les petits détails qui les rapprochent. Ils aiment le même type de film, ils jouent tous les deux aux échecs, ils aiment résoudre les problèmes, même s'ils ont une manière différente de le faire. Aucun des deux ne supporte la stupidité, et chacun est très protecteur avec sa famille.

Derek ne pense pas que Peter ait la moindre idée du comportement qu'il a sinon il aurait, comme le dit si bien Stiles, 'pété un câble'. Mais il ne peut pas s'empêcher de se demander ce que pense Tom de tout ça. Il repense à ce que Stiles a dit, qu'il n'en aurait pas la moindre idée. Mais Derek se demande si le shérif est aussi aveugle qu'il le prétend.

Pour Stiles, c'est très amusant et il a transformé ça en jeu, un exercice mental en quelque sorte. Derek ne veut pas gâcher sa joie, mais il est inquiet. Peter a déjà trop été blessé. Le fait qu'il soit encore en vie est un vrai miracle. Il ne veut pas voir son oncle être blessé à nouveau, il ne veut pas le voir se briser complètement.

Une partie du problème c'est que bien que Stiles a certainement vu Peter dans ses moments plus fous, il n'en a pas vu le pire. Il n'était pas là la première année après le feu, le temps que Peter a passé, complètement incontrôlable. Il s'attaquait à tout le monde, même à Talia, les réveillait tous avec ses cauchemars horribles. Il passait des semaines sans manger, des jours sans dormir. La plus petite chose pouvait le rendre fou furieux où il brisait tout dans la maison. Parfois, il passait des jours assis dans un coin, les genoux remontés contre la poitrine, prisonnier d'un désespoir sombre que Derek ne peut même pas imaginer. Il s'aventurait dans la forêt et personne ne le voyait pendant plusieurs jours et le reste de la meute restait ensemble à attendre ce sentiment horrible qu'était la mort d'un de leur membre.

Le pire est passé petit à petit. Peter a recommencé à vivre graduellement, il les a laissés lui apporter de la nourriture, il les a laissés le toucher à nouveau. Il a toujours des mauvais jours – il en avait encore quand Stiles est arrivé – mais il est plutôt vague et distant quand ça lui arrive.

Stiles n'a pas été témoin de l'état de Peter quand il était à son pire. Même pas un peu. Et Derek est terrifié que ce qui se passe avec Tom va renvoyer Peter là-dedans.

Alors il regarde Tom. Il a l'air d'avoir vraiment de l'affection pour Peter. Il n'a pas l'air de juste le supporter. Son odeur trahit du contentement, même s'il est parfois confus ou inquiet. Il recherche la compagnie de Peter, dit des choses comme « Tu veux regarder un film après ça ? » ou « On se voit au match ce week-end, hein ? ». Alors ce n'est pas simplement que Peter s'est attaché à Tom et que le shérif le laisse faire par peur d'une mauvaise réaction.

Quoi qu'en pense Stiles, Derek va parler à Tom. Si l'autre homme comprend ce qu'il se passe, et est même intéressé par une relation avec Peter, alors ils pourront décider de comment en parler à Peter. Mais il ne peut pas voir son oncle se faire encore blesser, même s'il doit se disputer avec son compagnon.

Au final, il y a très peu de disputes. Derek exprime ses inquiétudes à Stiles pendant l'une de leur sortie et Stiles boude un peu, mais accepte que Derek ait raison. Même si Stiles est très intelligent, il y a certains domaines dans lesquels Derek est meilleur que lui, et Stiles le sait. Le jeune humain est un Cordon bleu, et une Main gauche, mais Derek garde la paix du foyer, comme son père. Il sait lire les émotions et comprendre pourquoi les gens agissent de telle ou telle manière.

« Tu veux que je t'accompagne ? », demande Stiles.

« Non. Je suis presque certain que ton père ne veut pas parler de sa vie sentimentale avec toi. »

« Tellement vrai ! »

Ce que Derek ne dit pas à Stiles, c'est qu'il a l'intention d'emmener le shérif manger un cheeseburger au bacon pour commencer la conversation. Il veut que Tom soit de bonne humeur et il ne veut pas être dans un endroit où la meute pourrait les entendre. Alors il va au commissariat le lendemain midi et propose à Tom de sortir manger.

Il y a un temps, Derek se sentait gêné en présence du shérif – Stiles ne l'aurait jamais accepté sans son aide, mais le fait qu'il couche avec le fils mineur de l'homme n'a jamais été un sujet confortable pour Derek ou Tom. Le temps a changé les choses. Le dix-huitième anniversaire de Stiles a aidé aussi. Maintenant, ça lui semble naturel d'aller manger avec son beau-père.

« Alors, de quoi tu voulais me parler ? », demande Tom.

Derek n'est pas surpris que le shérif ait compris ça. Il est intelligent et Derek ne recherche jamais spécialement la compagnie des gens. « Peter. », dit-il.

Tom grogne. « Qu'est-ce qu'il a encore fait ? »

« Ce n'est pas ça. C'est... vous et lui. » Il se racle la gorge. « Votre relation avec Peter. »

Il ne sait pas exactement la réponse à laquelle il s'attend. De l'amusement, de la confusion, de la colère – rien ne le surprendrait. Tom repose son burger et le regarde d'un air peu impressionné. « Tu réalises que ta mère et moi avons déjà eu cette conversation, il y a six mois ? »

Derek grimace un peu. « Elle porte plus attention à Peter que moi. », admet-il.

« Laisse-moi deviner. » Tom gesticule avec un beignet à l'oignon à la main. « Stiles est en vacances et il a trop de temps libre, alors il a décidé de rejouer À nous quatre(1) avec Peter et moi en rôle principal ? »

Après un moment, Derek répond. « Ça... décrit bien la situation. »

Tom secoue la tête, l'air tendre et amusé. « Tu aurais dû le voir quand Scott et lui avaient douze ans et ont décidé que Mélissa et moi, on devrait se fréquenter. Ça n'a pas été joli. Je crois que c'est d'ailleurs pour ça qu'elle et moi, on ne s'est jamais fréquenté. Elle venait de sortir d'une relation toxique et n'avait aucune envie d'avoir un homme dans sa vie. Si ça avait été quelques années plus tard, ça aurait pu marcher, mais là c'était bizarre. On a décidé que c'était mieux qu'on reste amis, après cette nuit ensemble dans le placard. »

Derek s'étrangle presque sur sa frite. « Je ne veux rien savoir ! Et je promets de faire mon possible pour empêcher de vous enfermer dans un placard, Peter et vous. »

« Parfait. » Tom hoche la tête. « Qu'est-ce que tu veux savoir, Derek ? »

« Est-ce que... » Derek s'interrompt. Il était sur le point de demander « Est-ce que vous appréciez Peter ? » mais c'est évident que c'est le cas, et ils ne sont pas adolescents. Mais il ne sait pas quelles questions sont appropriées. Il aurait peut-être dû penser aux questions à poser avant, mais Tom l'a pris par surprise avec son attitude posée. Il a l'habitude de voir du drama, avec le comportement de Stiles et les exagérations de Cora, ainsi que les émotions amplifiées au quotidien d'une meute de loups.

Tom le voit avoir des difficultés et prend pitié de lui. « J'apprécie beaucoup Peter. » Il prend un autre beignet à l'oignon. « Est-ce que je suis amoureux de lui ? Je ne sais pas. J'aime passer du temps avec lui. Ce serait horrible s'il lui arrivait quelque chose. J'ai toujours hâte de le voir, je n'aime pas passer beaucoup de temps sans lui. Alors, oui, je suppose. Il n'est pas Claudia. Et je ne suis pas Olivia. J'ai conscience que notre relation serait... teintée, par ça. Est-ce que son comportement me dérange ? Non. C'est presque mignon, bizarrement. Est-ce que j'ai la moindre idée de quoi faire ? Non. » Il mord dans son burger avec conviction.

Derek rit légèrement à la dernière phrase. « Oui, je crois qu'on a tous du mal avec ça. »

« Je ne m'inquiète pas, pour être honnête. Je suis heureux de laisser les choses comme elles sont. Peter a des soucis. Peut-être qu'il ne se rendra jamais compte qu'il m'utilise comme un... substitut. Pour quelque chose qu'il ne peut plus avoir. Mais ça ne me dérange pas. Ce n'est pas comme si j'allais sur OK Cupid pour trouver un rencard. » Le shérif hausse les épaules avant de reprendre. « Je ne pense pas qu'on ait besoin de compliquer la situation. On est amis. Peut-être qu'un jour, ça évoluera, peut-être pas. »

« Si Peter se rend compte de ce qu'il fait, ça pourrait... devenir difficile. », s'inquiète Derek.

« Je sais. C'est pour ça que je ne lui en ai jamais parlé. Je sais quelle sorte de comportement il a. Mais je sais que je ne suis pas son compagnon. Je ne pourrai jamais être ce qu'était Olivia pour lui. Comme il ne pourra jamais être ma nouvelle Claudia. Alors je le laisse faire. Peut-être que si je le laisse faire assez longtemps, il sera assez stable pour le supporter quand il s'en rendra compte. »

« Vous pensez que c'est probable ? »

« Oui, si toi et ce petit génie insupportable qui me sert de fils, vous la bouclez. Pourquoi crois-tu que Talia n'a rien dit non plus ? Peter est l'homme le plus intelligent que je connaisse. Il ne se rend pas compte de ce qu'il fait parce qu'il a besoin de ne pas s'en rendre compte. C'est un mécanisme de défense que son cerveau a mis en place. Si personne ne lui dit rien, il ne s'en rendra pas compte tant qu'il n'est pas prêt. »

« J'espère que vous avez raison. »

« Oui, moi aussi. », répond Tom. Il étudie Derek pendant une minute. « Moi aussi, je me soucie de lui, tu sais. »

« Je sais ça mais vous – vous n'avez pas vu, vous ne comprenez pas - », dit Derek avant de s'interrompre en se rendant compte de la bêtise de ce qu'il s'apprêtait à dire. Personne ici ne comprend mieux que Tom Stilinski le deuil que traverse Peter. « Désolé. », marmonne-t-il, le regard fixé sur la bouteille de ketchup.

« Ne t'en fais pas. », répond Tom. « Je sais à quel point ça a dû être effrayant, de voir Peter après la mort d'Olivia. Ça a dû être dur de me voir aussi après la mort de Claudia. J'ai passé six mois au fond d'une bouteille de whisky pendant que mon fils prenait sur lui. Crois-moi, Derek, je ne suis pas fier de ça. Je sais que tu ne veux pas voir ton oncle souffrir encore. Je sais que tu as peur qu'un nouveau coup dur le brise complètement. Je vais faire tout mon possible pour éviter ça. C'est tout ce que je peux te promettre. »

« C'est suffisant. », souffle Derek. « Merci. »

Tom fait un geste de la main. « Ne me remercie pas. Pas pour ça, en tout cas. »

OoOoOoOoOoOoO

Il y a toujours des allées et venues chez les Hale, mais le milieu de matinée est souvent le plus calme. C'est là que Stiles est le plus productif en cuisine. Il adore son emploi du temps l'été ; ne pas avoir à passer le week-end entier aux fourneaux pour pouvoir aller à l'école en semaine. Il peut dormir plus tard, passe une ou deux heures sur son ordinateur et descend émincer des fruits et légumes ou faire des muffins.

Maintenant que Laura et Jonathan ont leur propre maison, c'est calme la journée. Les adultes sont tous au travail, de même que les ados pendant les vacances. La seule à ne pas avoir de petit boulot est Cora, mais elle aide un groupe de théâtre à Redding à préparer une version d'Oliver Twist, alors elle aussi est souvent absente.

Puisqu'il a davantage de temps pour cuisiner, il essaye de nouvelles recettes et il est au milieu de la préparation d'un pain de courgettes quand il entend la porte d'entrée s'ouvrir et se fermer. Quelques instants plus tard, Talia entre dans la cuisine. « Oh, bonjour. », la salue Stiles en lui lançant un regard. « Qu'est-ce que vous faites là, à cette heure ? »

« Une réunion a été annulée. » Talia se passe une main sur le visage, l'air plus fatigué que d'habitude. « J'étais supposée être au tribunal toute la journée mais ma chère cliente a pris peur au dernier moment et a accepté un accord. »

« Oh. » Stiles est surpris. Talia se contente d'aller au cabinet quand ce genre de choses se produit. Elle a toujours plusieurs dossiers en même temps.

« Je me suis battue pendant une heure avec elle et j'étais tellement frustrée que j'ai décidé de rentrer pour travailler sur les plans de la nouvelle maison. Peut-être m'allonger un moment. Mon dos me tue. »

« Vraiment ? », demande Stiles.

Talia lui lance un regard amusé. « Je suis peut-être une louve alpha mais, comme toutes les femmes, je peux avoir mal au dos après une journée en talons. Ou un mal de crâne après une dispute avec quelqu'un qui ne veut pas ouvrir les yeux. Qu'est-ce que tu as mis au four ? Ça sent bon. »

« Oh, j'ai juste fait du thé. », répond Stiles. « C'est à... ces baies rouges. Celles qu'on utilise à Thanksgiving en sauce. J'ai eu la recette sur internet. Vous voulez être mon cobaye ? »

« La canneberge, et oui, avec plaisir. », dit Talia en prenant le mug que lui tend Stiles. Ils sont habitués maintenant à rappeler au jeune homme les mots qu'il oublie et personne n'en fait tout un plat. Il préfère quand on lui dit, ou il va passer les vingts prochaines minutes à essayer de s'en souvenir. Elle enlève une chaussure et frotte son pied contre son autre cheville. « En vrai, c'est parfait. On peut parler de la cuisine. Je suis certaine que tu as déjà mille idées. »

« Et chacune est meilleure que la précédente ! », s'exclame Stiles, faisant doucement rire Talia. Ils en parlent pendant un moment, et elle prend des notes pendant qu'il cuisine. Il lui donne un muffin et des fruits, il n'aime pas son air fatigué, et elle mange sans se plaindre. Il commence à apprendre que la hiérarchie dans une meute est plus compliquée que ça en a l'air. L'alpha est aux commandes, oui, mais la Main gauche et le Cordon bleu sont tout aussi importants et tout alpha censé se repose sur eux.

« Vous savez, Derek m'a dit que vous aviez été impliquée une fois dans une campagne pour un meilleur traitement du rejet de morsure. », dit-il en mettant le pain de courgettes au four.

« C'était il y a longtemps. », répond Talia en grignotant un fruit. « Il y a au moins dix ans. »

« Onze, pour être précis. Qu'est-ce qu'il en est devenu ? »

« Rien. » Talia hausse légèrement les épaules. « Comme beaucoup de propositions de loi. Il n'y a pas eu assez de soutien. Le rejet est si rare, personne ne pense que ça risque de leur arriver. Et pour être franche, il y a peu de risques. Il n'y a qu'une poignée de cas par an. Chaque membre volontairement transformé est conscient des risques et nous sommes donc préparés à réagir si cette réaction se produit. »

« C'est pour ça que les membres sont toujours mordus le jour avant la pleine lune, non ? », devine Stiles.

Talia acquiesce. « C'est un rituel. Mais je suppose que c'est la raison, oui. Plus la pleine lune est proche, moins le rejet est dangereux. »

« C'est vrai. » Stiles connaît bien les mécaniques du rejet et du traitement. « Alors les seules personnes qui ne s'attendent pas à un rejet sont ceux mordus par un alpha incontrôlable, et ça n'arrive que rarement. »

« Et les accidents. », remarque Talia. « C'est rare, mais ça arrive. »

« Huh. » Stiles fait une note mentale. « Eh bien, on devrait relancer une campagne. Mais peut-être que je regarderai les statistiques. Je veux dire, je ne sais pas combien de cas par an il y a et ça serait utile de connaître ça. »

« MM hm. », hume Talia. Elle a l'air un peu distraite, occupée par son téléphone. « Oh, ce foutu entrepreneur – il était supposé me faire savoir la superficie finale et là, je reçois cet e-mail comme quoi il n'est pas au bureau et ne sera pas là avant la semaine prochaine. Comment suis-je censée concevoir une maison si je ne sais pas sa taille ? »

« Euh. », dit Stiles en clignant les yeux.

« Je suis désolée. », s'excuse Talia. « Je ne voulais pas crier, je suis juste – frustrée. Je ne sais pas ce qui cloche, chez moi, en ce moment. »

Stiles l'étudie une longue minute alors qu'une pensée lui vient en tête. C'est une pensée étrange, effrayante mais excitante, à la fois bonne et mauvaise. Il ne sait pas comment le dire. Il tapote plusieurs fois son mug contre la table avant de prendre la parole. « Euh, Talia, est-ce que je peux vous poser une question qui pourrait vous énerver ? »

« Oh, seigneur. », soupire Talia. « Bien sûr, vas-y. »

« Est ce que... est-ce qu'il y a la moindre chance que vous soyez... » Stiles déglutit fortement avant de laisser sortir le dernier mot. « Enceinte ? »

Talia le fixe.

Stiles se hâte d'ajouter : « C'est juste que, j'ai fait un exposé l'année dernière en biologie sur les différence entre les grossesses humaines et lycanthropes, vous savez, la période de grossesse est plus courte et les, euh, les femmes loup-garou sont fertiles beaucoup plus longtemps que les humaines, jusqu'à soixante ou soixante-dix ans, et elles n'ont pas les symptômes traditionnels comme les nausées du matin ou quoi, mais elles ont des maux de dos, elles sont fatiguées et ont des sautes d'humeur à cause des changements d'hormones. » Il dit tout ça très vite. « Alors, euh, c'était juste une pensée, je me trompe sûrement, ne vous inquiétez pas. »

Talia a la main devant la bouche, elle essaie clairement de se reprendre. « C'est... C'est possible. », dit-elle. « Je prends la pilule mais... Ce genre de choses arrive. Et on n'utilise pas d'autre... je veux dire, on n'a jamais pensé que ça pourrait... » Elle s'interrompt et prend une grande inspiration. « Maintenant que tu le mentionnes ça... ressemble. Aux symptômes que j'ai eu avec... les précédentes grossesses. »

« Oh. » Stiles ne sait pas trop quoi dire.

« Je prend une de ces pilules qui fait que je n'ai mes règles que tous les six mois alors... Je ne pourrais pas forcément le savoir tout de suite. » Talia lève le regard, les yeux soudain brillants. « Stiles. Je – je pourrais être enceinte. »

« Est-ce que ça va ? », demande Stiles avec anxiété. Il ne sait que trop bien combien Derek évite l'idée d'avoir des enfants. Qu'il ne voulait pas avoir l'impression de remplacer les gens qui sont morts dans l'incendie. Il imagine que ça a dû être pire pour Talia et Aaron – savoir qu'ils sont encore en âge d'avoir des enfants, mais avoir l'impression que ce serait trahir les deux qui sont morts. De toutes les discussions que Stiles a eu à propos de leurs possibles futurs enfants, à propos de la meute, Stiles n'a jamais même demandé pourquoi Talia et Aaron n'ont jamais eu d'autres enfants. La réponse semble tellement évidente.

« Je – je crois. », dit Talia. « Je n'aurais pas pu – je n'aurais pas voulu essayer d'en avoir. Je n'aurais pas voulu – tu sais. » Elle essuie quelques larmes au coin de ses yeux. « Mais comme ça, un accident. Je crois que ça m'irait. »

« Eh bien, on devrait en avoir le cœur net, non ? », demande Stiles.

« Oh Seigneur, je ne peux pas aller au supermarché acheter un test de grossesse, tu plaisantes ? », demande Talia. « Tout le monde sait qui je suis. Il y aurait toutes sortes de rumeurs et la moitié de la meute serait au courant avant midi. »

« Non, mais je suis certain qu'il y en a encore quelques-uns à l'étage. Laura en a acheté une tonne quand elle et Jonathan essayaient d'avoir leur troisième, mais elle n'a aucune raison de les avoir pris en déménageant. »

« Okay. » Talia souffle. « Allons voir. »

Elle tremble un peu en se relevant et laisse ses talons sur le sol. Ils montent tous les deux à l'étage vers la salle de bain que Laura partageait avec Cora avant de déménager. Stiles cherche dans le placard avant de trouver deux petites boîtes au fond. « Okay, les voilà. », dit-il en vérifiant la date de péremption avant de lui tendre. « Vous voulez que j'appelle quelqu'un ? », demande Stiles. « Aaron, ou Derek, ou Laura ? »

« Non. » Talia lui serre l'épaule. « C'est bien que ce soit toi. » Elle regarde la boîte. « Pour être honnête, je ne sais pas la réponse que je veux avoir. » Elle souffle doucement. « Okay. Juste une minute. » Elle va dans les toilettes et ferme la porte.

Stiles fait les cent pas dans le couloir quelques secondes ; il se demande combien de temps c'est censé prendre. Pas longtemps, apparemment. Une minute plus tard, Talia ouvre la porte. Elle pleure, et il ne sait pas si c'est bon ou mauvais signe. Elle lui tend le test, qu'il prend. Il regarde. « Euh. Je ne sais pas ce que ça veut dire. », confesse-t-il.

« Oh. » Talia étouffe un rire. « Positif. Il est positif. » Elle le pose sur le comptoir et lève une main devant sa bouche. « Je vais avoir un bébé. »

Elle l'enlace si fort qu'il entend ses côtes craquer. Après un moment, il tousse. « T-Talia. Besoin de respirer. »

« Oh ! Je suis tellement désolée, Stiles. » Elle desserre son étreinte afin de ne plus l'étouffer puis, après encore une minute, le laisse complètement. « Comment vas-tu ? »

« Bien, bien. Et vous ? »

« Je crois que je vais bien. »

« Est-ce que vous avez des envies particulières ? Oh mon dieu, je vais tout vous cuisiner. Tout ce que vous voulez, vous n'avez qu'à demander, même si c'est de la glace avec ces trucs acides qui était des concombres avant. » Il la voit sourire et continue à parler. « Et c'est évident qu'on va avoir un beau repas de famille ce soir. Qu'est-ce que vous voulez ? Vous voulez que je vous prépare ce plat Mongole que vous aimez, avec le bœuf ? »

« Ce serait bien, Stiles. Maintenant, si tu veux bien m'excuser, il faut que j'aille voir mon mari. »

OoOoOoOoOoOoO

Quand Derek rentre, la maison est pleine de monde et de bruit. Stiles lui a envoyé un message dans l'après-midi pour lui dire qu'ils mangeaient à 18h, et il est tout juste à l'heure. Il voulait finir son inventaire avant de partir. Quand il arrive à la cuisine, il est étonné de ce qu'il sent. Stiles est excité, heureux, une boule d'énergie nerveuse.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? » demande-t-il en enfouissant le visage dans le cou de son compagnon.

« Je n'ai pas le droit de le dire. », répond Stiles en lui rendant son étreinte. « Ta mère a une annonce à faire. »

Parfois, Derek pense que la vie doit être horrible pour les humains, avec leur odorat sous-développé. Cette phrase de Stiles veut tout dire mais, avec la joie qui s'infiltre dans chaque coin de la maison, Derek n'est pas du tout nerveux. Il se contente de dire : « Okay. » et se penche pour un autre baiser. Quoi que ce soit, c'est important. Stiles ne fait jamais chinois à la maison ; ça implique beaucoup de préparation et prend énormément de temps. Ils se contentent de commander, en général. Mais il maîtrise quelques plats et Derek sait que sa mère adore la cuisine chinoise maison.

Derek va dire bonjour à ses sœurs et les aide à mettre la table. La meute entière est là, même Mélissa, ce qui lui indique encore que l'annonce est importante. Il prend un pichet de thé vert et un d'eau, et Stiles appelle tout le monde. « C'est prêt ! »

Derek regarde sa mère avec attention. Celle-ci fait sonner son couvert contre son verre pour attirer l'attention de tout le monde. Stiles sort de la cuisine et vient enrouler un bras autour de la taille de Derek, souriant comme un idiot adorable. Aaron a une expression similaire sur le visage, debout derrière Talia, le menton presque posé sur sa tête.

« Bon, tout le monde. », dit Talia. « J'ai une annonce à faire. » Elle prend une profonde inspiration et son visage se fend d'un large sourire. « Je suis enceinte. »

Il y a des exclamations de surprise, et Cora couine avant de se jeter sur sa mère. Tout le monde commence à parler en même temps, à poser toutes sortes de questions et la féliciter. Derek se penche vers Stiles. « Comment as-tu su avant moi ? », chuchote-t-il.

« Parce que c'est moi qui savait que Laura a laissé ses tests de grossesse sous le lavabo. », répond Stiles.

Talia enlace Cora d'un bras et, avec son autre main, elle fait un geste pour stopper les questions. « Oui, je suis sûre. J'ai fait un deuxième test pour vérifier et, une fois qu'on me l'a suggéré, j'ai reconnu les symptômes. Non, ce n'était pas volontaire, mais je suis quand même très contente. » Anxieuse, elle ajoute : « J'espère que vous aussi. »

« Maman, bien sûr qu'on est contents ! », s'exclame Laura. « C'est génial ! » Elle soulève Tyler pour qu'il puisse embrasser sa grand-mère. « Tu vas avoir un tonton ou une tata plus jeune que toi, tu te rends compte ? », demande-t-elle en riant.

« À combien de mois en êtes-vous ? », questionne Mélissa.

« Je ne suis pas certaine. »

« Probablement six à huit semaines. », répond Stiles. Tout le monde se tourne vers lui. « La plupart des loups-garous commencent à montrer les premiers symptômes vers six semaines et, à huit semaines, la mère peut entendre le cœur du bébé. » Il voit les expressions sur leurs visages à tous. « Quoi ? J'ai fait un exposé sur le sujet. »

Talia rit. « On dirait que Stiles est notre expert local. Je le laisse répondre à toutes les questions. »

« Les grossesses lycanthropes sont plus courtes, non ? », demande Tom.

« Oui, en général aux alentours de six mois. »

« Je pense que j'ai lu quelque part que ça peut être encore plus difficile que les grossesses humaines. », dit Allison.

« C'est un mythe. », répond Talia. « Une légende urbaine, plutôt. Quelqu'un a commencé une rumeur selon laquelle les humaines enceintes de bébés loups avaient des complications immenses. C'est faux. En fait, elles ont tendance à avoir des grossesses plus faciles, parce que le fœtus lycanthrope booste le système immunitaire et la guérison de la mère. Ce qui est plus difficile, c'est la naissance. », ajoute-t-elle.

« Pourquoi ? », demande Isaac.

« Parce que la médecine moderne n'a pas encore trouvé d'antidouleur qui fonctionne sur les loups-garous. », grimace Laura. « On les métabolise trop vite. S'ils nous donnent des doses assez élevées pour que ça nous fasse quelque chose, c'est dangereux pour le bébé. Alors on a des naissances entièrement naturelles, la chance ! »

« On peut le supporter. », rit Talia.

« Pourquoi vous n'absorbez pas la douleur ? » Scott pose la question.

« Eh bien, on pourrait, et on le fait parfois. », répond Talia. « Mais le travail peut durer des heures, et absorber la douleur ne dure que dix à quinze minutes. Alors sans un flux constant de personnes dans la salle de travail, ce n'est pas vraiment possible. » Elle secoue légèrement la tête. « D'autres questions ? » Elle regarde autour d'elle pour voir qui n'a pas encore parlé. Peter est debout dans le coin, se contente de regarder. « Peter ? Tu vas bien ? »

Derek jette un œil à son oncle. Il marche vers Talia, prend ses mains dans les siennes et dit d'une manière un peu guindée : « Je suis très heureux pour toi, ma sœur. »

Talia l'enlace pendant une longue minute, avant de le relâcher. « Okay. Mangeons. »

Derek garde un œil sur Peter alors qu'il s'éloigne de Talia. Il regarde Tom se pencher et faire un commentaire à voix basse. Peter secoue la tête et s'assoit à sa place habituelle, ce qui pousse Derek à deviner que Tom lui a demandé s'il voulait partir. Puisque Peter s'assoit, Tom fait de même, mais il prend la place à côté de Peter au lieu de s'installer vers Stiles comme il le fait d'habitude. Un moment plus tard, la nourriture est sur la table et les gens se passent les plats. Peter insiste pour faire une assiette à Tom, comme pour s'assurer qu'il a le meilleur de chaque plat. Tom l'y autorise de bonne grâce.

Stiles propose de porter un toast. « À la meute Hale. » Tout le monde trinque et Derek se surprend à sourire à sa mère, à son compagnon, à tout le monde.

À nous quatre : C'est un film dans lequel deux jeunes ados qui ne se connaissent pas se rendent compte qu'elles sont jumelles et ont été séparées à la naissance.