Coucou mes chatons ! Chapitre du jour, et remerciements habituels ! Merci à vous pour vos commentaire, vos mises en alertes et en favoris, et merci à ma béta Neliia pour la correction ! Bonne lecture.


Attention, discussions sur la maltraitance d'enfants et l'alcoolisme


Tom n'a aucune idée du plan de son fils consistant à faire passer Derek pour un agent des forces de l'ordre quand il rentre chez lui et enlève son holster. La journée a été longue et il est grincheux. Il ne veut pas conduire jusqu'au milieu de la Réserve pour aller dîner chez les Hale. Normalement c'est quelque chose qu'il apprécie mais, de temps à autre, le bruit et la foule deviennent trop pour lui. Il est toujours humain et il a besoin de temps pour lui parfois.

Il ne va pas y avoir droit aujourd'hui. Il prend une bière dans le réfrigérateur et vient juste de l'ouvrir quand Peter dit : « Longue journée ? »

Les premiers mois, Tom sursautait quand Peter apparaissait chez lui comme par magie. Il lui est arrivé de lui demander comment il était entré (ce qui lui rapportait habituellement un regard déçu). Une fois, il a proposé à Peter de lui faire une clé, mais Peter lui a répondu de ne pas se fatiguer. En bref, Peter lui a filé la frousse pendant un moment. Mais maintenant, il y est habitué, il apprécie, même. Il aime avoir quelqu'un quand il rentre chez lui après une longue journée de travail. Ça fait presque un an que Stiles habite de manière plus ou moins permanente chez les Hale et, même si Tom y va quatre ou cinq fois par semaine, il rentre toujours dans une maison vide à la fin de la journée.

« Quelque chose comme ça, oui. », acquiesce-t-il en prenant une gorgée de bière, puis se tourne. « Tu as faim ? »

« Je pourrais manger, oui. »

« Mmkay. », dit Tom en se tournant pour prendre les menus des restos à emporter dans le tiroir. Il n'a jamais été très doué en cuisine. Claudia était très bonne pour ça et elle a transmis le gène à Stiles. Il n'a pratiquement jamais eu à se faire à manger depuis l'université. Après la mort de Claudia, il a essayé pendant un moment mais, après six mois de pains de viande deux fois par semaine et de steaks trop cuits, Stiles a gentiment suggéré de donner un coup de main.

Il doit avouer qu'il aime éviter la maison de la meute une ou deux fois par semaine juste pour pouvoir commander quelque chose de gras. En général, il culpabilise avant de finir son repas, mais il le fait quand même. « Mexicain ? », propose-t-il.

Peter le rejoint et regarde par-dessus son épaule. Ce faisant, il presse sa poitrine contre son dos, le menton sur son épaule, et passe une main autour de sa taille. Ce n'est pas du tout l'étreinte d'un ami platonique, pas même celle d'un ami lycanthrope platonique. Tom lève les yeux au ciel et prie pour avoir assez de patience.

Ce n'est pas que ça le dérange, le côté tactile de Peter. Il n'a pas menti à Derek. Il aime bien. Parfois, il a peur de trop aimer. Il n'a pas eu de relations sexuelles depuis des années et Peter, eh bien, Peter est un homme très séduisant. Avoir toute cette séduction pressée contre lui, enroulée autour de lui, rencognée contre lui – ça fait ressentir certaines émotions. Émotions que Tom préférerait que Peter ne réalise pas, pour ne pas effrayer complètement le loup-garou.

C'est en partie pour ça que Tom est convaincu que Peter n'a pas conscience des connotations de leur relation. Il sait que, même s'il peut contrôler ce qu'il dit, ce qu'il fait, et même dans une certaine mesure son langage corporel, il n'a aucun contrôle sur ses hormones et son odeur. Et maintenant, après une longue journée frustrante, Peter lové contre son dos, il doit irradier des phéromones. Mais Peter n'a pas l'air de le remarquer. Il devrait – Tom sait bien à quel point l'odorat d'un loup est développé – mais ce n'est pas le cas.

Parfois, Tom a besoin de tout son self-control pour ne pas tout simplement empoigner Peter et l'embrasser mais, chaque fois qu'il est tenté, il pense aux inévitables répercussions. Il doit y aller lentement, doit laisser Peter faire avancer les choses – quelles qu'elles soient – à son rythme. Il ne veut pas perdre Peter, son amitié ou peut-être davantage et, pour le moment, ça veut dire qu'il ne peut pas faire le premier pas.

Alors il regarde les menus alors que Peter dit : « Mexicain, ça me va. », et il sort son téléphone pour passer commande.

« Alors. », reprend Peter une fois que c'est fait. Il s'installe sur une des chaises de la cuisine. « Tu es énervé contre quelque chose. »

« Pas vraiment énervé, plus... » Tom cherche un mot qui correspond, mais décide qu'il n'y en a pas. « Je suis frustré, je me sens insulté et je suis fatigué. Mais, surtout, je suis résigné. »

« Mm. L'agent McCall te pose souci ? »

« Apparemment, il va rester un moment en ville. », explique Tom en reprenant une gorgée de bière. « Bien sûr, qu'il va rester. »

« Pourquoi ? », demande Peter, le ton neutre.

« Apparemment, parce qu'il a décidé que le meurtre de Paige Krasikeva pourrait vraiment être lié à son affaire. Mais en vrai, pour m'ennuyer, me dénigrer, et probablement aussi pour harceler son ex-femme. »

« Et on va autoriser ça ? »

Tom hausse les épaules. « On ne peut pas vraiment l'en empêcher. C'est un agent de terrain ; il a le droit de s'installer ici s'il le veut. » Il ignore délibérément ce que Peter pourrait sous-entendre avec sa question.

« Vous avez un passif ensemble. », finit par dire Peter en regardant Tom avec attention.

« Uh huh. »

Peter ne dit rien pendant une minute. « Tu veux en parler ? »

Tom hausse à nouveau les épaules, mais il est content que Peter ait demandé. Il va mieux. « Tu sais, certaines personnes, dès que tu les rencontres, tu sais que ça ne va pas bien se passer. Rafael et moi, on était comme ça. On s'est pratiquement battus la première fois qu'on s'est vus. C'était, pfiou, il y a plus de dix ans. » Il reprend une gorgée. « Tu vois, Scott et Stiles se sont rencontrés en maternelle et sont tout de suite devenus meilleurs amis. Claudia l'a emmené chez Scott quelques fois, et Mélissa a emmené Scott chez nous, mais je n'étais pas vraiment impliqué. Je veux dire, je travaillais à plein temps. J'aime mon gamin, mais c'était le rôle de Claudia à l'époque de s'occuper de lui.

« Alors je suis rentré du boulot un jour après l'école et Claudia fulminait contre quelque chose, ce qui ne lui ressemblait vraiment pas. Elle était en général plutôt relax. Alors je lui ai demandé ce qu'il s'était passé, et elle m'a répondu que Stiles était allé chez Scott et était revenu bouleversé. Apparemment, il avait fait un commentaire idiot sur – bon sang, c'était il y a longtemps – la coiffure de Raf ? Je ne me souviens pas. Quelque chose de stupide. Et Rafael lui a dit que 'personne n'aime les petits malins' et ça a contrarié Stiles. »

« Tout le monde aime les petits malins, en fait. », commente Peter. Il va se chercher un soda dans le réfrigérateur et rapporte une autre bière à Tom.

Tom fait un geste de la main. « Claudia voulait aller ruer dans les brancards, mais je lui ai dit que je m'en occupais. J'y suis allé en m'assurant ne pas porter mon uniforme, et j'ai dit que Stiles était contrarié et que je voulais savoir ce qu'il s'était passé selon lui. Il y a deux côtés à chaque histoire, tu sais ? Et je devrais être un idiot pour croire chaque mot qui sort de la bouche de Stiles, encore plus à l'époque. »

Peter renifle. « Vrai. », murmure-t-il.

« Et Rafael m'a demandé 'si j'étais le géniteur de ce sale gosse'. Ça, je m'en souviens. J'ai gardé mon calme, cependant, et je lui ai demandé ce que Stiles avait fait. J'aimerais m'en souvenir, mais je crois que c'était plutôt inoffensif. Alors je lui ai dit qu'il avait le droit de ne pas aimer mon fils, que ça m'allait, mais que s'il me le renvoyait encore une fois en larmes, on allait en parler d'homme à homme. » Tom hausse les épaules. « Depuis, on a juste essayé de l'éviter. Ce n'était pas très compliqué. Il travaillait beaucoup à cause de son job. Si Stiles allait chez Scott pendant la semaine, Claudia s'assurait d'aller le chercher avant 17h. Le week-end, Scott pouvait venir chez nous mais Stiles ne pouvait pas y aller si Rafael était là. C'était stupide, mais ça fonctionnait. »

« Mm hm. » Peter joue avec sa canette de soda. « Et donc ? Que s'est-il passé ? »

Tom soupire lourdement. « Claudia est tombée malade. » Il voit Peter se raidir légèrement. Ce n'est pas qu'ils n'ont jamais parlé de la mort de Claudia – il en a davantage parlé avec Peter qu'avec quiconque sur la planète – mais ce n'est jamais un sujet joyeux. « Tout d'un coup, j'essayais de travailler à temps plein, emmener mon fils à l'école à temps et m'occuper d'une femme qui était passée d'une santé parfaite à une coquille de ce qu'elle était. Ce n'était drôle pour personne. Stiles s'est retrouvé chez Scott très souvent parce que... il aimait être là-bas. C'était dur, pour lui, de voir sa mère comme ça. Sa santé s'est détériorée si vite... » Tom ouvre la seconde bière ; il sent qu'il va en avoir besoin, mais il s'arrête et la regarde. « Après la mort de Claudia, je buvais beaucoup. Je ne me suis pas très bien occupé de Stiles. Je pensais que je me débrouillais parce qu'il avait l'air d'aller bien, mais ce n'était pas le cas. Bien sûr que ce n'était pas le cas.

« Bref, quelques mois après la mort de Claudia, Stiles est rentré en larmes à la maison, mais au début, il n'a pas voulu me dire pourquoi. J'ai essayé de le faire parler, mais il n'a pas cédé. Tu sais à quel point il peut être têtu. », ajoute Tom et Peter hoche la tête. « Mais il s'est réveillé d'un cauchemar, s'est glissé dans mon lit et m'a demandé d'arrêter de boire parce que le père de Scott lui avait dit que j'allais me noyer dans l'alcool et qu'il ne voulait pas me perdre, moi aussi. »

« Oh, seigneur. », marmonne Peter sous sa barbe.

« Oui. J'étais livide. Ce qui est drôle, c'est que j'avais réalisé juste quelques jours plus tôt que je commençais à perdre le contrôle. J'avais foiré quelque chose au boulot – quelque chose de simple – et j'avais décidé qu'il fallait que je diminue. Enfin bref, j'ai fini par calmer mon fils et lui ai promis que je n'allais pas mourir – ce qui n'a eu aucun impact sur lui, alors je lui ai promis que j'allais arrêter de boire, et là il a bien voulu se recoucher. J'ai dû me débarrasser de toutes mes bouteilles, mais il s'est rendormi. Puis j'ai appelé chez les McCall et je me suis engueulé avec Rafael. Je lui ai dit que s'il parlait encore une fois à mon fils de cette manière, je viendrais lui casser la figure. »

« Probablement pas le mouvement le plus intelligent pour un officier de l'ordre. », mentionne Peter.

Tom hausse encore les épaules. « C'est lui qui avait commencé. »

Peter rit, ravi. « Que c'est enfantin ! Continue. »

« Il n'y a pas grand chose à raconter de plus. Rafael a continué d'être un enfoiré. Au milieu de ça, Stiles est devenu assez mature pour comprendre ça et commencer à le haïr au lieu de croire ce qu'il disait. Il faisait tout le temps le malin avec Raf à chaque fois qu'il était là, de cette manière d'être qu'a Stiles. Rafael a continué à maltraiter verbalement et émotionnellement son fils et sa femme. Une nuit, il s'est bourré – cet hypocrite – il a baffé Mélissa et elle l'a jeté dehors. »

« Bien. »

« Oui. Elle était au bout du rouleau avec lui. Je crois que la seule raison pour laquelle elle l'a toléré aussi longtemps, c'est parce qu'elle pensait qu'avoir un père nul était mieux que pas de père du tout pour Scott. Mais je pense que, cette nuit-là, elle a réalisé que ça n'allait qu'empirer et s'il n'hésitait pas à la frapper, elle - »

« À un moment ou un autre, il commencerait à maltraiter Scott physiquement aussi. », conclut Peter avec un hochement de tête.

« Ouais. Alors elle l'a foutu dehors. Il est arrivé chez moi, toujours ivre, en hurlant que c'était de ma faute et que je baisais probablement sa femme. Je l'ai arrêté et mis en cellule de dégrisement. Apparemment la meilleure nuit de la vie de Stiles à ce moment-là. », ajoute Tom, et Peter rit un peu. « Une fois qu'il a dessaoulé, je lui ai dit que je ne porterais pas plainte s'il demandait une mutation. Ce qu'il a fait. Je ne l'ai plus revu jusqu'à maintenant. »

« Quelle histoire. », dit Peter avant de secouer la tête. « Pas si étonnant, n'est-ce pas ? Juste un enfoiré normal qui cause des problèmes normaux. »

« Eh bien, quelque chose dans notre vie devait être normal. »

« Est-ce qu'il va poser problème ? », demande Peter. « Il a eu l'air de sous-entendre que tu étais incompétent. Est-ce que ça pourrait te porter préjudice ? »

« Non. » Tom lève les yeux au ciel. « Qu'est-ce qu'il peut faire ? Me coincer parce que je n'ai pas résolu le meurtre de Paige ? Il ne peut pas faire ça, il ne l'a pas résolu non plus. Beacon Hills a un taux de criminalité décent, et je suis populaire dans les sondages. Franchement, je me fous totalement de ce qu'il pense de moi ou à quel point il va essayer de me pourrir la vie. » Il regarde Peter, les yeux plissés. « C'est vrai. »

Peter réfute ça d'un geste de la main. « Tu m'as dit de ne pas le tuer, alors je ne vais pas le faire. J'essaie de respecter tes souhaits. »

« Ouais. » Tom s'interroge à ce propos. Il se demande s'il est la seule personne pour laquelle Peter accepterait de ne pas tuer. La sonnerie retentit et il se lève pour aller ouvrir. Quelques minutes plus tard, ils sont installés à la table de la cuisine. « Je ne suis pas très inquiet pour les soucis que McCall pourrait me causer. Je suis plutôt inquiet pour les soucis qu'il pourrait poser à Stiles. »

« Eh bien. », dit Peter, une lueur dans les yeux. « Il faudra s'assurer que ce n'est pas le cas. »

Et cette impulsion meurtrière en est une qu'il peut accepter.

OoOoOoOoOoOoO

Parfois, le père de Stiles a cette expression sur le visage, une que Derek n'arrive pas à décrire. Une qui dit qu'il est au bout de sa vie à cause des actions de Stiles. Il l'a sur le visage à l'instant même mais Stiles continue, ne se laisse pas décourager, comme souvent quand son père porte cette expression. Derek, lui, essaie de se diriger discrètement vers la porte.

« Attends, voir si j'ai bien compris. », finit par dire Tom, avec ce ton qui veut vraiment dire 'sache à quel point je désapprouve'. « Tu veux que je présente Derek à l'agent McCall. Qui travaille pour le FBI. En présumant qu'il ne reconnaîtra pas Derek, et que personne ne lui dira qui il est, tu veux que je lui dise que Derek est l'un de mes adjoints, ce qui est faux, et tu veux que Derek travaille pour lui, comme si se faire passer pour un agent des forces de l'ordre n'était pas un vrai crime. »

« Oui. », acquiesce Stiles en hochant la tête avec détermination. « Oh, mais je lui ai fourni une fausse identité. Enfin, Peter. Il y a un moment. Ça n'avait rien à voir avec l'affaire. » Il tient le permis de conduire, où Derek est appelé Éric Hardy.

« Stiles. », reprend Tom. « Tu n'as pas entendu quand j'ai parlé de crime ? »

« Allez, papa ! », flatte Stiles. « Je sais que tu veux que je résolve ce meurtre avant McCall. Je le sais. Mais il faut que je sache où il en est dans son enquête si je veux rester en tête. »

Tom le regarde avec tant d'intensité que Derek commence à transpirer nerveusement. Enfin, il se tourne vers Derek. « Je vais devoir remplir de la paperasse. Si je dis à McCall que tu es employé ici, ça sera la vérité et assez solide pour qu'il puisse le vérifier. On va juste devoir tricher un peu sur les dates. »

« Génial ! », murmure Stiles.

« Mais. », continue Tom sévèrement. « Tu es embauché en tant qu'assistant administratif, pas officier de police. J'ai déjà dit à McCall que je ne pouvais pas lui prêter d'officier et il a accepté un assistant administratif. Alors j'espère que tu sais trier des papiers et faire du café. »

« Je me débrouillerai. », dit Derek.

« Pas d'uniforme ? », boude Stiles.

Tom ouvre la bouche comme pour ajouter quelque chose, mais se contente de secouer la tête comme s'il questionne sa décision de ne pas les mettre tous les deux à la porte de son bureau. « Derek, avec moi. Stiles, reste là. » Il quitte son bureau et Derek le suit, un peu curieux. Tom s'arrête pour prendre des papiers et s'assoit dans la salle de pause.

« Je veux que les choses soient claires. », commence-t-il. « McCall est un agent fédéral. Nous n'avons pas le droit d'interférer avec son enquête, et si je pense que c'est ce que tu fais, je vais te virer si vite que tu ne vas pas comprendre ce qu'il se passe. C'est uniquement de l'observation. Compris ? »

« Compris, monsieur. »

« Même si Stiles te demande de faire autre chose, comme 'accidentellement' détruire certains dossiers ? »

« Je sais ce qu'est une accusation d'entrave à enquête. », acquiesce Derek.

« Bien. Parce que je ne veux pas perdre mon emploi à cause de cet enfoiré après avoir réussi à le conserver jusque là. S'il s'en rend compte, il va en faire une histoire monumentale. Alors il ne s'en rendra pas compte. Compris ? »

« Oui, monsieur. »

« Il vaut mieux que je t'explique rapidement comment fonctionne notre système informatique, au cas où il en a besoin. »

Ils y passent une heure, pendant laquelle Tom arrange tout, tout en murmurant toutes les cinq minutes qu'il va le regretter. Derek ne peut s'empêcher d'acquiescer, même s'il est quand même un peu excité.

Quand ils ont terminé, Stiles est en train de faire ami-ami avec le nouveau chien de la brigade cynophile. Il jaillit de son siège quand Derek revient. « Ça va être tellement génial, tu vas devoir porter un costume et une cravate, c'est tellement sexy, je suis tout chamboulé, tu peux même pas savoir. »

Derek rit. « Tu m'as déjà vu en costume avant. »

« Ouais, mais pas de manière professionnelle. », répond Stiles et Derek décide qu'il ne va même pas demander ce que ça veut dire.

OoOoOoOoOoOoO

« Hé, besoin d'un coup de main avec ça ? », demande Isaac en entrant dans la cuisine pour voir Scott frotter la poêle que Stiles a utilisé pour faire à manger. Ils ont un lave-vaisselle mais les ustensiles les plus gros ne rentrent pas dedans. L'un des items sur la liste de souhaits de Stiles pour la nouvelle cuisine est un lave-vaisselle avec des rayons ajustables. C'est principalement pour la meute, puisque Stiles fait rarement la vaisselle lui-même. Ils ont une règle qui dit que celui qui cuisine ne nettoie pas, et ils y adhèrent tous.

« Non, je vais bien, c'est juste que - » Scott fait rouler un grondement dans sa gorge et frotte encore plus fort.

Isaac hésite. Il est encore en train d'apprendre tout ce qu'il doit savoir sur les loups-garous. Son odorat est aussi puissant que celui des autres mais il a besoin de temps pour apprendre à distinguer ce que veut dire chaque odeur. Scott est en colère, mais ce n'est pas que ça. Il y a un arrière-goût de culpabilité, de quelque chose – ce n'est pas de la peur, pas de la tristesse – c'est de l'amertume et de la répugnance et un étrange désir étouffé.

Ce n'est pas le tout d'apprendre la signification de chaque odeur, il doit aussi savoir quand il peut en parler ou non. Les autres loups semblent tous avoir cette étrange manière de communiquer à demi-mot qu'il n'a pas encore réussi à saisir.

Mais il apprend des choses qui n'ont rien à voir avec les meutes et les loups-garous et tout à voir avec une famille aimante. L'une de ces choses est la confiance. Alors il prend deux sodas dans le réfrigérateur et les pose sur la table. « Laisse-donc cette pauvre poêle et viens boire quelque chose avec moi. »

Scott le regarde et soupire. « Ouais, okay. » Il rince rapidement la casserole. « Elle est probablement assez propre de toute façon, ça fait dix minutes que je la nettoie. J'aurais bien aimé que Stiles fasse quelque chose de plus complexe pour le dîner. »

Isaac acquiesce et joue avec la languette de sa canette. « Tu veux en parler ? », offre-t-il.

« Je sais pas, mec. », répond Scott. Il se passe les deux mains dans les cheveux et laisse une traînée de savon sur son front. « Ça fait une semaine que mon père est revenu, et il a même pas appelé. Je devrais être content, tu vois ? Parce que je ne veux pas lui parler. Mais en même temps, je veux qu'il ait envie de me parler. C'est pas logique du tout. »

« Ça l'est pour moi. », dit calmement Isaac. Il se souvient encore très bien du procès de son père pour tentative de meurtre. Il a dû se lever devant vingt-cinq personnes différentes pour raconter ce que son père lui avait fait. Il se souvient que l'homme le fusillait du regard, essayant de l'intimider. Il ne pensait pas qu'il aurait été capable de ça. Ses genoux tremblaient et chaque fois que son père regardait dans sa direction, il se recroquevillait.

Mais il l'a fait. Il a surpassé ça parce que, à chaque fois qu'il voulait fuir, il a regardé vers Talia et Cora, assises dans la salle. Il a regardé le visage encourageant de Cora et les yeux rouges de Talia. Le fait qu'elles aient toutes deux été là pour le soutenir a fait toute la différence. Il a l'impression qu'il a fallu beaucoup de retenue à Talia pour ne pas sauter par-dessus la barre et étrangler son père.

Scott lève les yeux et hoche doucement la tête. « Ouais, je suppose. »

Isaac n'a pas adressé un mot à son père depuis que Talia l'a mordu. Ils n'ont été dans la même pièce qu'en présence de la police et de leurs avocats. Après avoir été condamné à vingt ans de prison, son père a perdu son calme et a hurlé dans tout le tribunal qu'Isaac n'était plus son fils. Après ça, ça ne servait à rien d'aller le voir en prison.

Ils restent assis en silence une longue minute, à boire leur soda.

« C'est juste que... Il n'a pas toujours été aussi horrible, tu sais ? », dit Scott. « Quand tu y repenses, tu... tu te souviens des bons moments. Comme le fait qu'il m'emmenait manger une glace après les matchs de baseball. Et il ne s'est jamais moqué de moi pour être mauvais en sport à cause de mon asthme. Mais après, je me souviens des moments où il se moquait des autres enfants. Ou bien qu'il se moquait du nom de Stiles ou de sa maladresse. Et parfois, il disait ces trucs horribles à ma mère. Genre, elle était contente de s'acheter une nouvelle robe et il lui demandait pourquoi elle a pris quelque chose qui la grossit tant. Ou alors, elle lui demandait de vider le lave-vaisselle et il répondait 'Je peux pas croire que j'ai épousé une telle mégère.' Et à chaque fois qu'elle s'énervait, il disait 'oh, chérie, c'était une blague!' Et à chaque fois que ça en venait à l'argent... Il n'a jamais aimé le fait qu'elle travaille. Alors il a insisté pour qu'ils aient un compte commun et il rouspétait toujours à chaque fois qu'elle s'achetait quelque chose. »

« Seigneur. », répond Isaac. Il a toujours fait face à son père qui était horrible avec lui. Mais son père aimait Camden, l'a toujours mis sur un piédestal. Son comportement avait empiré après la mort de Camden en Irak, même si ça n'a jamais été facile de vivre avec lui.

Scott reprend. « Le truc, c'est que ça commence toujours par des petites choses. Tu t'habitues, et tu te rends pas compte que ça empire. Et quand tu y repenses, ça semble évident. Mais ce n'est pas forcément à ça que tu penses, quand tu penses à ton père, hein ? » Scott le regarde et soupire. « Ou alors, ça l'était pour toi. Peut-être que je me plains trop. Je veux dire, comparé au tien, mon père était - »

« Hé ! », l'interrompt Isaac. « Arrête de penser ça. Okay, ton père ne t'a jamais empalé sur un tuyau en métal, mais il y a des niveaux dans la galère, tu sais ? C'est pas parce que c'était horrible pour moi que ça ne l'était pas pour toi. Mieux que le pire, c'est pas non plus bien, tu sais. »

Scott a l'air de se sentir mieux en entendant ça. « Oui, je pense que tu as raison. » Il fronce les sourcils. « Pourquoi je suis content de ça ? »

« Je sais pas, peut-être parce que reconnaître que ton père est un vrai crétin rend plus facile le fait d'accepter qu'il ne t'a pas appelé. Mais je comprends. Je voudrais qu'il m'appelle aussi, à ta place. » Quand Scott se contente de hocher la tête, il continue : « Peut-être que tu devrais l'appeler. »

« Nan, je veux pas. Je ne veux pas lui parler. J'ai juste envie que lui, veuille me parler. C'est tout. »

« Okay. » Isaac se sent gêné, comme s'il n'aurait pas dû faire cette suggestion. Il n'est pas trop doué là-dedans. « Alors ne l'appelle pas. »

« Merci, mec. », dit Scott, le prenant par surprise. « Je me sens mieux. Vraiment. »

« Ah oui ? » Isaac sourit. « Je ne sais pas si je t'ai vraiment aidé. »

« Je ne m'attends pas à ce que tu résolves tous mes soucis ou que tu rendes mon père moins con. » Scott hausse les épaules. « Ça a aidé, tu sais, qu'on me dise que j'ai le droit d'être énervé contre lui. Et ça aide de me souvenir que je ne suis pas seul. »

Isaac acquiesce. « Je connais le sentiment. », dit-il en repensant à son témoignage. Il regarde sa montre et voit qu'il est juste sept heures passées. « Allez viens, il est trop tôt pour rester assis à broyer du noir. Allons chercher nos compagnes pour sortir. Tu sais, voir un film, ou quelque chose. »

« Ouais, tu as raison. Faisons ça. »