Derek n'a pas vraiment droit à un bonjour de Rafael McCall. Il a tout juste le temps de dire son faux nom que McCall lui tend une feuille de papier. « J'ai besoin de l'adresse et du numéro de téléphone de tous ces gens. »

« D'accord. », répond Derek, content que Tom ait pensé à lui montrer comment marche le système informatique. Ça ne lui prend qu'une minute pour se souvenir de comment trouver l'information qu'il veut. « Vous voulez que je vous imprime la liste ou alors je vous l'envoie sur votre téléphone ? », demande-t-il en espérant que sa manière de taper à l'ordinateur avec deux doigts ne le trahira pas. Il est jardinier, comme il l'a rappelé plusieurs fois à Stiles ces derniers jours, mais il passe quand même pas mal de temps sur son ordinateur, comme tous les gens dans la vingtaine.

La liste des gens est intéressante. C'est la même liste que pour le meurtre de Paige Krasikeva. Il semblerait que McCall recommence l'enquête depuis le début, répète tout ce que le shérif a fait en 2003. Il peut comprendre la démarche de McCall s'il pense que Tom est incompétent, mais pour Derek, c'est une vraie perte de temps.

« Peu importe. », répond McCall en faisant un geste impatient de la main. « Tu viens avec moi. Je ne connais plus très bien la ville. C'est toi qui conduit. »

« Okay. », répond Derek en envoyant la liste sur son propre téléphone. Il se lève et sort ses clés, demande : « Par où voulez-vous commencer ? »

« Avec les parents de Krasikeva. »

C'est un excellent moyen de rappeler de mauvais souvenirs à ceux qui ont perdu Paige mais Derek est sûr que McCall s'en fiche totalement. Il conduit jusque chez les Krasikeva et se gare à l'extérieur. « Attends-moi ici. », dit-il et Derek est heureux d'obéir. Même si ça pourrait aider Stiles d'écouter la conversation entre McCall et les Krasikeva, il ne veut pas être témoin de leur douleur. C'est déjà assez que McCall creuse dans cette direction.

Par contre, ça lui fait penser à quelque chose. Stiles est inflexible, il veut résoudre le mystère lui-même, mais ça ne le dérange absolument pas de se servir de McCall. Stiles a lâché toutes ses recherches sur Recherches pour un Remède sur McCall en espérant qu'il découvre des choses avec les ressources du FBI. Mais il n'a rien dit sur leur vraie piste – l'idée du harceleur-devenu-témoin dont Cheryl Krasikeva leur a parlé.

Derek regarde la liste des contacts que McCall lui a demandé. Cheryl Krasikeva n'est pas dessus. C'est bien. McCall ne semble pas se rendre compte qu'elle pourrait savoir quelque chose. Ça veut dire que Derek n'a pas besoin de le cacher – il ne doit juste pas la mentionner à l'agent du FBI.

C'est une journée très longue et très ennuyante. Il conduit dans toute la ville et attend dans la voiture. Il a amené son carnet de croquis avec lui, alors il peut travailler un peu. Il aurait aimé pensé à prendre son ordinateur pour avoir son logiciel de design. En vrai, il aimerait être totalement ailleurs, mais quand il pense à toutes les manières dont Stiles va le récompenser, ça le motive.

Il est presque cinq heures quand McCall annonce qu'il a interrogé assez d'innocents aujourd'hui, mais il dit qu'il veut faire un dernier arrêt et donne une adresse à Derek. Elle est vaguement familière mais il ne la reconnaît que lorsqu'il arrive dans la rue. C'est une maison de taille raisonnable avec une jolie pelouse. Il n'y est pas venu depuis longtemps, bien qu'il y soit allé plusieurs fois quand Scott a rejoint la meute. La maison des McCall.

Rafael ne fait pas un geste pour sortir de la voiture. Il reste dans le siège passager et fixe la maison pendant de longues minutes. Derek s'éclaircit poliment la gorge, se demande s'il y a une manière délicate de lui demander combien de temps il compte stalker la maison de son ex-femme.

« Je suppose que tu as déjà entendu l'histoire entière, aussi fausse qu'elle ait pu être. », finit par dire McCall, le regard noir.

« Monsieur ? », demande Derek en feignant ne pas savoir.

« Je suis sûr qu'à chaque fois que Tom ou Mélissa racontent l'histoire, je passe pour le méchant. », continue McCall. « Et oui, je n'ai pas été exemplaire. Ils font comme si c'était facile d'être un père. Comme si j'étais censé toujours savoir quoi faire, comme si chaque petite erreur commise était une attaque sur ma famille. »

« Le shérif n'a pas un fils, lui aussi ? », demande Derek en espérant sonner curieux plutôt qu'accusateur.

« Ouais. », renifle Rafael. « Comme s'il avait fait du bon boulot en élevant ce morveux. »

Derek décide que le silence est la meilleure réponse puisqu'égorger McCall ne va probablement rien lui apporter de bon.

« Putain, après la mort de Claudia, Stiles a pratiquement vécu chez moi pendant six mois, de toute façon. », continue-t-il. « J'ai essayé de lui inculquer un peu de respect mais ça n'a pas tenu apparemment. »

« Uh huh. », dit Derek, essayant de contrôler sa fureur. Il repense à Stiles, la première fois qu'il l'a rencontré, persuadé qu'il ne méritait pas d'être aimé, et il se demande si les six mois passés avec McCall ont quelque chose à voir. McCall n'était plus dans le paysage depuis longtemps mais clairement, personne n'a oublié ce qu'il a dit.

« Et maintenant, ils ont retourné Scott contre moi. Je ne sais même pas quoi faire. Il est dans cette meute de loups-garou et leur chienne d'alpha - »

Derek manœuvre dans la rue et recommence à conduire parce qu'il est sûr que, s'il doit écouter ne serait-ce que deux secondes supplémentaires des conneries que dit McCall, il va lui mettre son poing dans le visage. « Monsieur, je ne connais pas vos problèmes familiaux, et je n'ai pas envie de savoir. », dit-il. « Je travaille pour vous seulement temporairement, et je vais continuer ensuite à travailler pour le shérif Stilinski, alors je ne pense pas que ce soit approprié. Si vous voulez revenir ici, conduisez vous-même. »

McCall ne dit rien. Mais quand ils reviennent au poste de police, il reprend la parole. « Tu as raison. Je n'aurais pas dû t'impliquer dans ma vie personnelle, et je suis désolé. On se voit demain ? »

« Ouais. Je veux dire, oui, Monsieur. À demain. »

McCall sort de la voiture pour rejoindre la sienne. Derek laisse sa tête retomber contre le repose-tête de son siège et se demande comment il va survivre.

OoOoOoOoOoOoO

Stiles lève les yeux en voyant Derek entrer en traînant les pieds, l'air totalement défait. C'est un problème, bien sûr, mais il est aussi distrait par le fait que Derek a l'air si sexy en costume. Il est distrait depuis quelques jours par ce fait. « Hé, chéri, tu es rentré ! », dit-il et Derek renifle d'amusement, vient derrière Stiles pour l'enlacer par la taille et cache son visage dans son épaule.

« Ça sent bon. », dit-il en se penchant pour renifler ce que prépare Stiles. « On mange quand ? »

« Dans dix minutes à peu près. », répond Stiles, puis lui lance un regard. « Mais ne te change pas, d'accord ? Garde ce costume pour moi. »

« Je ne comprends pas ta fascination pour ce costume. », remarque Derek.

« Tu veux me voir dans un costume ? », le taquine Stiles, et Derek y réfléchit. « Non, ne répond pas, tu vas me blesser dans mon égo. », ajoute-t-il.

« Jamais. », répond Derek. « D'accord, je laisse le costume. Rien que pour toi. Mais j'enlève la cravate, par contre. »

« Mais c'est le meilleur élément ! » Stiles se tourne et attrape la-dite cravate, l'utilise pour attirer Derek dans un baiser.

Quand le loup-garou se recule, une minute plus tard, il dit : « Tu marques un point. Mais je la déteste quand même. » Il se dirige vers le réfrigérateur et prend une limonade. « Je suis surpris que tu ne me demandes pas comment s'est passé ma journée. »

« Je ne peux pas. Mon père est déjà là et il a clairement dit qu'il ne voulait rien savoir de ta mission sous couverture. Déni plausible, tu sais. Et Peter rôde par ici. Le moins il en sait à propos de Rafael McCall, le mieux c'est. »

« C'est raisonnable. Tu as besoin d'aide ? »

« Non. Tu as juste à t'asseoir ici et être mignon. »

« Je ne peux pas juste m'asseoir ? »

« Tu es mignon, que tu le veuilles ou non. », dit Stiles, et Derek marmonne. « Désolé, tu préfères peut-être irrésistiblement attirant ? »

« Tais-toi. », répond Derek en rougissant jusqu'à la pointe des oreilles. Stiles se contente de sourire mais, quand Cora et Allison arrivent, il arrête d'essayer d'embarrasser Derek. Il essaie de ne pas le faire devant les autres. C'est difficile, par contre. Un Derek rougissant est vraiment mignon. Il se concentre sur la préparation du repas tandis que les filles embauchent Derek pour mettre la table.

Il fait déjà nuit quand tout le monde est là, le repas est un événement bruyant. Talia fait le deuil de son vin en disant qu'ils ont juste le vin parfait pour aller avec le plat de Stiles. Celui-ci promet de le refaire après la naissance des bébés. Ils parlent de la maison, de leurs jobs et d'une variété d'autres sujets.

Ce n'est que deux heures plus tard que Stiles finit par traîner Derek en haut. Il le regarde de la tête aux pieds en essayant de décider par où commencer. « Okay. Sur une échelle de un à dix, à quel point c'était horrible ? »

Derek réfléchit. « Trois. »

« Trois ? » Stiles a l'air atterré. « C'est tout ? Tu passes un jour entier avec Rafael McCall et ce n'est qu'un trois ? »

« Stiles. », dit Derek, patiemment. « Considère quels événements j'ai, pour comparaison. La barre pour une journée 'terrible' est plutôt haute. »

« Okay, je vois. Laisse-moi reformuler. Sur une échelle quotidienne, et non pas catastrophique, de un à dix, c'est combien ? »

« Sept. »

« Tu vois, c'est mieux ! » Stiles prend la cravate et l'attire à lui. « Alors ça veut dire qu'il faut qu'on ait une partie de jambes en l'air notée au moins sept étoiles sur dix pour compenser. »

Derek se penche et mordille la lèvre inférieure de Stiles. « Coucher avec toi vaut toujours au moins sept étoiles. »

« Ooooh, tu vas me faire rougir. », rit Stiles. « Non, pour de vrai. », ajoute-t-il en retournant le baiser avec des intérêts. « Qu'est-ce que tu veux faire ? Je veux faire ce que tu veux. »

Ils s'embrassent pendant encore de longs moments avant que Derek arrive à se reculer. « Je veux tes mains. »

« Tu veux tout le temps mes mains. », sourit Stiles. Mais il prend son temps pour dénouer la cravate, déboutonner la chemise de Derek. Il sait que Derek le regarde et c'est la chose la plus sexy de la planète. Il déshabille Derek, lentement, avant de le pousser sur le lit et de passer ses mains sur lui. Il laisse ses doigts jouer sur le torse et l'estomac de son compagnon, cherche les zones sensibles qu'il connaît si bien.

Il sait que Derek regarde ; il adore la manière dont Derek le regarde. Ses doigts dansent sur ses clavicules et le long de ses bras, caressent ses côtes. Il met une heure à déboucler la ceinture de Derek jusqu'à ce que le loup-garou le maudisse dans sa barbe. Derek a la tête penchée en arrière, les yeux fermés et Stiles prend un moment pour tracer sa joue et sa mâchoire, laisse ses doigts couler le long de sa gorge, s'attarder sur son pouls.

« Je t'aime. », murmure Derek et Stiles se penche pour lui donner un baiser tendre. Puis il enlève le pantalon et le sous-vêtement de Derek, le libérant de sa prison de tissu. Derek grogne quand Stiles enroule ses doigts autour de lui. Stiles n'a jamais vraiment su exactement pourquoi Derek aimait autant ses mains, mais c'est le cas. Et c'est la chose la plus facile et la plus incroyable de faire Derek se tortiller dans son étreinte.

« C'est bon ? », demande-t-il à l'oreille de Derek.

« Nng. », répond celui-ci avec éloquence. Puis il essaie de prendre le lubrifiant sur la table de chevet. Il le jette dans la direction générale de Stiles. « Tu – tu peux - »

« Oh oui ! », dit Stiles en lâchant Derek pour s'emparer du flacon. Il s'installe entre les jambes de Derek, l'aide à incliner ses hanches, applique une généreuse couche de lubrifiant avant d'insérer délicatement ses doigts. Derek grogne, penche la tête en arrière et Stiles ne peut s'empêcher d'aller attaquer sa gorge avec sa bouche. Il l'a fait un nombre incalculable de fois, mais c'est toujours génial. Il ne se presse pas, mais ça ne prend pas énormément de temps avant que Derek frissonne contre lui et jouisse dans sa main.

Stiles est tellement excité qu'il se retrouve à se frotter contre Derek qui se remet, encore tout habillé contre la cuisse du loup. Derek essaie d'atteindre son pantalon. « Allez, allez. », dit-il et Stiles rit un peu mais ne proteste pas, il étouffe un gémissement quand Derek pose ses mains sur lui. Il a récupéré le flacon de lubrifiant et Stiles ne peut pas résister, il pousse dans la main de Derek. Celui-ci le soutient, il laisse Stiles faire tout le travail, établir le rythme qu'il veut. Stiles se penche pour mordre la clavicule de Derek en éjaculant.

Quelques minutes plus tard, ils sont sur le lit et Derek demande vaguement s'ils se nettoient. « Sept étoiles ? », dit Stiles, à moitié endormi.

« Mm, au moins huit. »

« Bien, bien. » Stiles réprime un bâillement. Alors, ça se passe comment avec l'agent McCall ? »

« Cet homme est un enfoiré. » Derek roule sur le côté, pose sa main sur la joue de Stiles, passe son pouce sur ses lèvres. « Apparemment, il a décidé de recommencer l'enquête du début. Il a passé la journée à interroger les témoins du dossier de Paige. »

Stiles grogne. « Tu te moques de moi ? Je lui ai donné toutes mes notes sur Recherches pour un Remède et il décide de faire ça ? Ce n'est pas seulement odieux, c'est stupide. Il doit savoir que Blake est notre meilleure piste. »

« Oui. », dit Derek. Pour la première fois, il pense vraiment aux raisons du comportement de McCall. « Mais il ne veut pas résoudre le plus gros mystère. Ce n'est pas ce qui est important pour lui. Il veut résoudre le meurtre de Paige. Puis, une fois qu'il aura prouvé que ce n'est pas lié, il aura toutes les raisons de te dire d'abandonner l'enquête. »

« Et , il utilisera toutes les informations que je lui ai données et il m'écartera totalement. » Stiles soupire bruyamment. « Quel enfoiré. »

« Mm hm. Mais il ne sait rien du harcèlement. Cheryl Krasikeva n'était pas sur la liste de contacts et il ne m'en a pas parlé. Elle est toute à toi. »

« C'est déjà bien. » Le visage de Stiles s'éclaircit. Il se rencogne dans la main de Derek, le taquine avec son nez. « Je suis désolé que tu sois coincé avec lui. »

« Je peux gérer. Il y a quelque chose d'autre dont je ne sais que penser. Il m'a fait conduire jusqu'à chez Mélissa, à la fin. Juste pour broyer du noir, je pense. Je voudrais bien le dire à ton père ou à Mélissa, mais... »

« Mais si tu leur dis, ils vont péter un câble. », termine Stiles. « Mélissa va remplir une ordonnance restrictive et ta couverture sera foutue. »

« Oui. »

Stiles y pense. « On en parle à Oncle P. Il est meilleur que mon père pour louvoyer. Il saura comment assurer la sécurité de Mélissa sans révéler nos cartes. Peut-être qu'on peut installer un système de sécurité comme ça, la prochaine fois qu'il y va, Mélissa pourra dire qu'elle l'a vu elle-même. »

Derek acquiesce. Il est soulagé que Stiles ne veuille pas garder ceci secret. « Hé, je peux te demander quelque chose ? »

« Bien sûr que lui. »

« Quand on s'est rencontrés, tu avais des problèmes de confiance en toi. », commence doucement Derek.

« Oh mon Dieu, vraiment ? », demande Stiles. Derek lui lance un regard. « Désolé, continue. »

« Eh bien, McCall a dit quelques petites choses qui m'ont fait me demander quel rôle exactement il a joué là-dedans. »

Stiles roule sur le dos et croise les bras derrière sa tête. Il étudie le plafond un long moment, réfléchit. « C'est drôle, parce que je n'y avais jamais pensé, à l'époque. J'étais juste un gamin. Mais, quand j'y repense, je crois que tu marques un point. Il était dur avec moi, à une période où je n'étais pas au mieux de ma forme. Je veux dire, j'ai commencé à passer beaucoup de temps chez Scott quand ma mère est tombée malade. Elle a juste... son état s'est dégradé si rapidement. Soudain, mon père travaillait à plein temps et devait s'assurer qu'elle aille à tous ses rendez-vous, il devait s'occuper de la maison et il... Il n'aimait pas que je voie ma mère comme ça. Alors oui, j'ai passé beaucoup de temps chez les McCall.

« Mais ils m'ont laissé là-bas tellement de fois que j'ai commencé à faire un complexe dessus, à me convaincre que ma mère ne voulait pas me voir. Après, ma mère me comprenait bien mieux que mon père, et elle a très vite fait taire mes doutes, et à partir de ce moment, je l'ai rarement quittée. Elle me laissait rester avec elle tout l'après-midi, dormir dans son lit, même après qu'elle soit hospitalisée. C'était, euh, c'était trois semaines avant qu'elle meure. »

Derek essuie une larme de son pouce. « Je suis désolé. »

Stiles hoche la tête. « Après ça, j'ai pratiquement vécu chez les McCall pendant plusieurs mois. Mon père était vraaaaaaaaiment retourné. Pas autant que Peter après l'incendie, mais c'était moche. Il travaillait tout le temps parce que la maison lui faisait penser à ma mère. Alors je rentrais de l'école avec Scott et je restais là-bas jusqu'à ce que mon père se reprenne en main. Parfois, il était cinq heures, parfois il était neuf heures. Si, à six heures, il n'était pas là, Mélissa me faisait manger. S'il venait après sept heures, Mélissa lui donnait à manger dans un sac en papier, et le midi il mangeait au fast-food. Et puis, il buvait beaucoup. Genre, beaucoup, beaucoup. »

« Seigneur, je suis surpris qu'il n'ai pas fait de crise cardi - » Derek s'arrête soudain de parler.

Stiles le regarde et lui fait un sourire ironique. « Oui, j'y ai pensé, aussi. »

« Désolé. »

« T'inquiète. Du coup, je passais beaucoup de temps chez les McCall. Et le père de Scott... il a dit beaucoup de choses qui m'ont probablement foutu en l'air. Jamais en face, mais toujours quand je pouvais entendre. Des trucs du genre « Pourquoi on doit tout le temps se le coltiner ? » ou « Je boirais aussi si je devais m'occuper de ce morveux. » »

« Bon sang. »

« Euh, ne le dis jamais à mon père, d'accord ? », demande Stiles. « Parce que je suis sûr que s'il savait, il pourrait tuer Rafael. Et Peter le ferait carrément, alors... »

« Je garderai ça pour moi. Sauf si je n'ai pas le choix. »

Stiles grimace. « Après le premier mois, McCall a commencé à faire semblant d'être mon père et il m'en a fait baver. Il insistait pour vérifier mes devoirs et il faisait des commentaires sarcastiques si je me trompais. Il se plaignait que je laissais traîner des affaires et il me faisait faire des corvées – sérieusement, il me faisait faire plus de corvées que Scott. Scott essayait toujours d'aider mais avec son asthme, il y a des trucs qu'il ne pouvait pas faire.

« Mais bon. La goutte d'eau, ça a été quatre, peut-être cinq mois après la mort de ma mère. », continue Stiles. « Mon père a appelé pour dire qu'il ne pouvait pas venir me chercher. Il a demandé si Mélissa pouvait me ramener, parce qu'il avait trop bu pour prendre la route. Ça arrivait souvent. Mon père buvait énormément mais il ne conduisait jamais quand il était ivre. Jamais. Alors il appelait Mélissa pour lui demander de me ramener. Bref, Mélissa était à l'hôpital pour remplacer une collègue, alors McCall m'a ramené, et il a dit un truc du genre 'Ton père va mourir à force de boire, juste pour ne pas avoir à s'occuper de toi.' »

Derek se rassoit brusquement. « Il n'a pas dit ça. »

« Si. Du calme, Médor. » Stiles pose une main sur le bras de Derek et l'attire vers lui. Derek se laisse faire avec réticence. « Je suis rentré en larmes, bouleversé et je ne voulais pas dire pourquoi à mon père, mais j'ai fait des cauchemars et bon, il m'a fait parler. Je n'ai pas voulu retourner dormir jusqu'à ce qu'il vide toutes ses bouteilles dans l'évier. Beaucoup d'argent a été perdu pour apaiser un gosse de neuf ans. »

« Je suis certain que ton père dirait que ça valait le coup. », assure Derek.

« Oui. Il n'en a jamais reparlé. Il a arrêté, du jour au lendemain. Il n'a plus touché une goutte d'alcool pendant au moins trois ans. Je crois qu'il a décidé qu'il pouvait boire en société à nouveau. Même maintenant, il ne boit presque pas. »

Derek acquiesce. Il a déjà vu Tom avec une bière à la main, mais jamais il ne boit pour se saouler, jamais plus de deux à la suite. « Alors, il s'est passé quoi avec McCall ? »

« Je sais pas. Après ça, mon père a commencé à venir me chercher après l'école et à m'emmener au travail avec lui. Je n'ai pratiquement pas revu McCall après ça. Papa n'aimait pas que j'aille là-bas mais ça ne le dérangeait pas que Scott vienne, alors c'est ce qu'on faisait. Je l'ai vu, de temps en temps, mais j'avais compris que papa le détestait, et j'ai réalisé que ce n'était pas moi, le problème. Alors c'était plus facile de l'ignorer et/ou de l'emmerder. »

« Toi ? Ennuyer quelqu'un ? Je ne peux pas y croire. »

Stiles fait une pichenette sur le nez de Derek. « Et puis, Mélissa l'a mis dehors et il a déménagé, fin. »

Derek acquiesce. Puis secoue la tête. « Je n'arrive pas à croire qu'il t'ait dit ça. Je devrais en parler à Peter. Il pourrait ne pas le tuer. Il pourrait décider que le laisser vivre serait une plus grande punition. »

« Écoute, même si j'adorerais lâcher Peter sur Rafael McCall – et j'aimerais tellement, crois-moi – je suis passé à autre chose. Je suis plus vieux, plus sage, et je peux regarder McCall et voir qu'au fond, c'est un petit primate sans aucune confiance en lui qui se comporte comme un gamin et qui a, très probablement, une toute petite bite. » Stiles hausse les épaules. « Je me moque de ce qu'il pense de moi. »

« C'est très mature. Mais le problème c'est que, même si je me fiche de ce qu'il pense de toi, je me soucie de ce qu'il dit de toi. »

« Rappelle-toi juste que tu m'aides à lui botter le cul. », dit Stiles, avant de grogner. « En assumant que je peux avoir davantage d'infos sur Recherches pour un Remède, vu qu'il ne va pas le faire. Bon sang, je dois tout faire moi-même. »

Derek rit doucement et enfouit son nez contre la gorge de Stiles. « Peut-être que tu peux demander à Peter d'aider. Ça le distraira de McCall. »

« Excellente idée. Je savais que je te gardais pour quelque chose. Tu sais, si on oublie ton corps magnifique, ton talent en horticulture, tes qualités de goûteur, et cætera, et cætera. »

« Tais-toi. », gronde Derek. Puis il pose sa bouche contre celle de Stiles pour renforcer son ordre.

oOooOoOoOoOoO

Peter écoute calmement quand Derek lui parle de la visite de McCall chez Mélissa la veille. Il peut voir que Derek et Stiles sont tous les deux inquiets mais, comme Stiles, il pense que c'est important de ne pas griller la couverture de Derek. Ça semble être la chose à faire, pour une variété de raisons. Alors il dit simplement : « Je m'en occupe. » et il peut voir la tension quitter Derek.

Ce n'est pas vraiment difficile. Mélissa a déjà un système de sécurité décent et il doute que Rafael ait le code. Mais s'ils veulent l'empêcher de rôder, ils doivent le prendre la main dans le sac. Alors il installe une caméra à la fenêtre du salon de Mélissa (McCall n'a pas le code, mais Peter, oui), active la détection de mouvement et part. Il va à l'hôtel où réside l'agent, ce qui a été facile à trouver en le suivant après son second jour de travail. Et puis, il sait aussi quelle voiture il conduit. Il glisse un traqueur GPS dans une des roues et rentre à la maison de la meute en sifflotant.

Sa bonne humeur s'évapore à peine quelques heures après quand il regarde les données du traqueur GPS et voir que non seulement, McCall s'est arrêté chez Mélissa, probablement pour broyer du noir, mais il a aussi rendu visite au shérif. Il est resté devant chez lui au moins vingt minutes. Peter étudie les données en plissant les yeux un long moment avant de décider d'aller chez Tom. Il oublie complètement le fait que c'est bientôt l'heure de dîner.

Tom n'est pas là alors Peter installe une autre caméra de sécurité sous la lampe de la porte du garage avant de rentrer. Tout le monde est en train de manger quand il arrive. Il traverse la cuisine, prend une assiette et va manger dehors. Il se sent étouffé, menacé et il ne veut pas être dans un lieu fermé.

Il court longtemps après manger. Ça le calme toujours. Quand il revient, la famille s'est rassemblée dans le salon, devant un jeu. Talia lève les yeux quand il entre. « Viens t'asseoir. », dit-elle. Il bouge vers elle mais, dès qu'il s'approche, son odeur l'envahit. Il grince des dents, arrive à peine à s'accrocher à la réalité, et recule.

« Je ne préfère pas. », dit-il plutôt que carrément désobéir. Comme toujours quand ce genre de choses arrive, il entend sa voix comme s'il était loin, comme si une part de lui prenait le relais pendant que son côté émotionnel se noie. Il voit le regard de Talia, sent son chagrin et fuit la maison. Il y a des choses qu'il ne pourra jamais avoir. Il ne l'oublie jamais. Il ne peut pas.

Il se dirige chez les Stilinski. Tom est à la maison et il fait entrer Peter, mais il est devenu bon, avec l'expérience, pour jauger l'humeur du loup. Il peut dire que Peter commence à devenir incontrôlable, fuit son toucher. Il laisse Peter faire les cent pas, déchiqueter un oreiller avec ses griffes et lui parle calmement jusqu'à ce qu'il revienne à lui.

Comme toujours, Peter est épuisé et endolori, comme si chaque muscle de son corps était tendu pendant plusieurs heures et ne se relâche que maintenant. Il s'endort sur le sofa, la tête sur les cuisses de Tom, la main de celui-ci passant dans ses cheveux et sur sa colonne vertébrale.

Le matin suivant, il se sent mieux. Il se réveille tôt et fait le petit déjeuner. Il n'a jamais été très bon cuisinier – c'était, bien sûr, le domaine d'Olivia – mais il peut faire des œufs brouillés et des toasts. Il sait que Tom aime la confiture d'abricot. Il aime cuisiner pour Tom, s'assurer que quelqu'un s'occupe de lui. Le voir accepter ses offrandes et manger à sa faim est toujours étrangement relaxant. Tom mange son petit déjeuner et l'enlace rapidement avant de partir. Peter frotte sa joue contre la tempe de Tom, étalant l'odeur de la meute par-dessus celle du savon et de l'après-rasage sans y penser. C'est quelque chose qui lui vient aussi naturellement que respirer.

Il attend environ une heure afin que Tom soit occupé à quelque chose quand il arrive, puis va au commissariat. La femme à l'accueil, qui le connaît bien maintenant, lui lance un regard en biais quand il demande pour Rafael McCall mais le dirige vers une petite salle de réunion. Il trouve l'homme là, à étudier une liste de noms écrite sur un tableau blanc. Derek est là aussi, il trie des papiers et il hausse les sourcils quand il voit Peter entrer. Peter l'ignore puisqu'il ne veut pas griller sa couverture.

« Agent McCall. », dit-il. « Vous avez une minute ? »

McCall se tourne et hausse un sourcil, le genre d'expression qui veut dire 'Est-ce que ça va valoir le coup ?' Peter désamorce cette situation en tendant la main. « Peter Hale. J'ai un peu entendu parler de vous. »

« J'en suis certain. », répond aigrement Rafael, et prend la main tendue. « Vous avez besoin de quoi ? »

Ça amuse Peter. McCall ne veut pas dire 'en quoi puis-je vous aider' ou 'que puis-je faire pour vous', comme le dirait la plupart des gens. Il décide de le faire remarquer. « Eh bien, je ne suis pas là à propos de ce dont j'ai besoin, agent McCall. Je suis là pour vous aider. »

« Vraiment. » McCall n'a pas l'air convaincu du tout. Derek, lui, garde admirablement son visage neutre.

« Mm hm. Je suis certain que vous savez qui je suis. Quiconque a lu un journal dans ce pays sait qui je suis. J'ai pensé que je pouvais venir vous donner quelques petits conseils. »

« Je n'ai pas besoin de conseils venant de la part d'un meurtrier. »

Peter le regarde calmement pendant une minute. « Scott aimerait beaucoup que vous l'appeliez. »

Ce n'est clairement pas ce à quoi s'attendait McCall. Il fronce les sourcils et dit : « Je ne pense pas qu'il me parlera vraiment après que vous l'ayez tous retourné contre moi. »

« Oh, peut-être pas, non. », dit Peter en gardant une voix plaisante. « Mais ça le blesse que vous n'ayez même pas essayé de le contacter. Vous êtes, après tout, son père. Le fait que vous soyez maintenant là depuis une semaine et que vous n'avez pas encore appelé, le fait se sentir indigne d'amour, et malheureux. Et je n'aime pas ça. »

« Vraiment. »

« De la même manière. », continue Peter sans faire attention au ton sceptique de McCall. « Je voudrais vous demander de ne pas contacter Mélissa. Elle pense vous avoir vu devant sa maison hier et elle n'aime pas ça. »

Derek envoie à son oncle un regard incrédule, comme pour lui dire « C'est ça ? On te demande de louvoyer et tu viens l'accuser en face ? » Peter l'ignore, préfère étudier McCall qui a un tic très gratifiant à la joue. « Je n'étais pas - », commence l'agent.

« S'il vous plaît, agent, je sais reconnaître un menteur quand j'en sens un. », le coupe Peter de manière dédaigneuse. « Vous avez vos propres raisons d'être là. Mélissa est une grande fille et elle peut prendre soin d'elle-même, mais elle est contrariée. Scott est contrarié et, quand Scott est contrarié, Stiles l'est également. » Il sourit de toutes ses dents. « Je ne pense pas avoir besoin de vous dire à quoi ressemble un Stiles contrarié. »

« Non, certainement pas. », répond McCall en levant les yeux au ciel.

Peter voit que McCall a compris à l'envers, mais décide de ne pas le corriger. De le laisser penser que Stiles est un morveux turbulent. Être sous-estimé est une bonne chose dans leur profession. « Laissez Mélissa tranquille, agent McCall. Je vous le demande poliment. Et je ne fais ça qu'une fois. » Il continue à sourire, avant d'ajouter : « Bonne chance pour votre enquête, agent. » Puis il se tourne et s'en va.