Allison lance un regard de travers à son père quand il bouge sur sa chaise, clairement inconfortable. Elle est surprise qu'il ait accepté et, d'une certaine manière, il doit vouloir se rattraper pour ce qui est arrivé aux Hale. Elle sait que son père ne connaissait pas la vraie nature de Kate, tout comme elle-même ne le savait pas. Kate était une psychopathe, elle était charmante et manipulatrice et très peu de personnes ont vu son vrai visage.
Alors quand elle a eu besoin de son père dans l'enquête sur Recherches pour un Remède, il a accepté, bien qu'un peu réticent. Il n'y a pas vraiment de mauvais côté pour lui, en vrai. Si Recherches pour un Remède est légitime, alors une grosse donation rendra beaucoup de gens heureux. Et s'il s'avère que c'est vraiment une organisation anti-lycanthrope comme Allison le suspecte, ça n'a pas d'importance. Tous ceux qui ne voulaient pas apparaître comme soutenant les mouvements anti-lycanthropes ont déjà fui après le scandale de l'OLL. Tous les clients et contrats restants de Chris pensent que l'OLL a fait des bonnes choses, des actions nécessaires. Une organisation comme Recherches pour un Remède ne leur fera pas peur.
Jennifer arrive dans la salle de réunion quelques minutes plus tard, lisse des plis invisibles sur son costume. « Merci de me rejoindre. », dit-elle en serrant la main de Chris. « Et, bien sûr, merci pour votre généreux don. »
Chris hoche légèrement la tête. « Ma fille m'a dit beaucoup de bien de vous. »
« Elle semble être une femme remarquable. », répond Jennifer en souriant à Allison. « Je ne pense pas avoir été autant intéressée par la politique à son âge. J'étais surtout intéressée par les filles. »
Chris jette un œil à Allison. « Elle est comme ça depuis qu'elle a dix ans. », sourit-il. Allison lui rend son sourire, parce qu'elle est contente que son père puisse en sourire maintenant. Dix ans, c'est l'âge auquel elle a commencé à remettre en cause la rhétorique anti-lycanthrope de sa famille, grâce à un instituteur. À treize ans, ils avaient déjà de grosses disputes à ce propos. Ce n'est qu'à la mort de Kate que son père a admis que, peut-être, il s'était trompé sur certaines choses.
« Eh bien, le monde a beaucoup changé, ces dernières années. », répond Jennifer. Elle prend une gorgée de sa bouteille d'eau. « Mais, comme votre fille vous l'a sûrement dit, nous ne travaillons pas majoritairement en Amérique. »
« Vous ne sauvez pas les loups-garous en Amérique, mais vous les hébergez ici. », remarque Chris. « Combien de communautés avez-vous maintenant ? »
« Cinq. », sourit Jennifer. « Nous avons secouru presque deux-cents loups-garous. »
« C'est beaucoup. Allison dit que celle qu'elle a vu en Oregon semblait abriter seulement une vingtaine de loups. »
« C'est l'une de nos plus petites, même si c'est la plus proche de notre siège. », acquiesce Jennifer. « La plus grande est dans le Minnesota et abrite une soixantaine de loups. Puis nous en avons une dans le nord de New-York, ainsi qu'une dans le Kansas et une en Géorgie. »
« Est-ce que chacune d'elle a un alpha ? », demande Chris.
« Oh, non. Tous nos loups secourus sont des omégas. Nous n'avons aucun alpha. Nous en avons rencontré, bien sûr, mais ils ne peuvent pas vivre dans les communautés. Leurs instincts sont trop puissants. Ils doivent se bâtir leur propre meute ou ils ne peuvent pas faire face, mentalement ou émotionnellement. »
Chris acquiesce légèrement et Allison retient qu'ils ont rencontré quelques alphas, ce qui est important. Elle espérait qu'ils en aient secouru et qu'elle pourrait trouver les rapports mais, si ce n'est pas le cas, ils sont temporairement dans un cul-de-sac.
« Alors, combien d'études sont en cours pour trouver un remède à la lycanthropie ? », demande Chris.
« Des études légitimes ? Seulement quelques-unes. C'est l'un de ces domaines si difficiles à étudier, puisque le phénomène n'est présent dans aucune autre espèce. Comme vous le savez sûrement, la majorité des médicaments est testée sur des souris ou des rats, puis sur des singes, avant même qu'il n'y ait d'essais cliniques sur les humains. Mais puisque la lycanthropie n'affecte que les humains, ça peut être impossible de l'étudier. La plupart des recherches que j'ai vues sont rétroactives – elles se concentrent sur des choses qui se sont déjà produites. »
« Sponsorisez-vous des recherches en ce moment ? »
« Une, seulement. » Jennifer reprend une gorgée d'eau. « Il y a des recherches très prometteuses sur le fait que les personnes ayant rejeté la morsure pourraient être la clé d'un remède. »
Chris fronce les sourcils. « Je pensais que ça avait été étudié et que tous les participants étaient morts. »
« Eh bien, nous nous concentrons sur les personnes ayant rejeté la morsure dû à une exposition antérieure à l'aconit ou à l'argent. »
« Ça me paraît être plus dangereux, pas moins. »
« Oui et non. », dit Jennifer. « La théorie, c'est que les anticorps produits par ces personnes sont différents de ceux produits par des personnes faisant un rejet naturel. Et qu'ils pourraient avoir un effet différent sur la lycanthropie – détruire le virus sans détruire le corps. »
Ça n'a pas beaucoup de sens pour Allison. De ce qu'elle sait, le virus en lui-même ne survit que jusqu'à la prochaine pleine lune. Sinon, les personnes souffrant de rejet devraient être sous immunosuppresseurs pour le reste de leur vie. Mais elle ne s'y connaît pas vraiment en médecine ou en science et elle ne veut pas débattre avec Jennifer. Son père semble sceptique, lui aussi, mais il hoche la tête et répond qu'ils sont en faveur de tout remède possible.
« Un point intéressant que nous avons découvert est qu'un ancêtre loup-garou pourrait avoir un effet, pourrait rendre l'anticorps moins mortel. », continue Jennifer.
« C'est intéressant ! », s'exclame Allison. « À quand doit remonter l'ancêtre ? »
« Nous n'en sommes pas encore certains. Vous comprenez, le rejet est déjà un phénomène rare. Trouver des personnes qui correspondent à un profil spécifique peut être difficile. Nous avons déjà réussi à déterminer qu'un enfant avec des parents loups-garous ne rejette jamais la morsure. Mais des grands-parents, des arrière-grands-parents... Il semble y avoir un effet, bien que la signification statistique soit encore débattable. »
« Je serais vraiment intéressée de voir vos recherches. », dit Allison en pensant que Stiles a mentionné une fois que Peter pense qu'il pourrait avoir des ancêtres loups-garous. Peut-être que c'est en partie pour ça que Jennifer s'intéresse tant à lui.
Il y a, bien évidemment, le problème plus large que si Recherches pour un Remède n'a pas trouvé assez de personnes correspondant à leur profil, ils en aient eux-mêmes créé. Mais comment pourraient-ils prédire qu'un groupe de personnes rejette la morsure, Stiles ne le sait pas encore. S'il y a un lien entre les dix personnes de sa liste, il ne l'a pas encore trouvé.
Alors qu'ils terminent la réunion, Allison dit : « Oh, comment va Isaac ? Est-ce qu'il s'intègre bien à la communauté ? »
Jennifer sourit. « Oui, il se sent bien ici. Je lui dirai que vous lui passez le bonjour. »
« Merci. » C'est intéressant que Jennifer ne veuille pas qu'ils sachent qu'Isaac est resté moins de vingt-quatre heures. Mais c'est une bonne chose que Jennifer ne pense pas qu'Allison l'ait positionné en tant qu'espion dans la communauté. Elle prend ce qu'elle peut. Elle se lève et renverse 'accidentellement' la tasse de café que son père buvait. Pendant le chaos, elle échange sa bouteille d'eau avec celle de Jennifer, faisant attention de la tenir par le bouchon. « Désolée, je peux être vraiment maladroite, parfois. », s'excuse-t-elle.
Jennifer la rassure, les remercie de leur don, et ils s'en vont. Chris regarde Allison de travers quand ils vont dans la voiture. « Le petit manège, à la fin, c'était pour quoi ? »
« Je voulais ses empreintes. », répond Allison en faisant un geste avec la bouteille. « On ne sait jamais ce qui peut être utile. »
Chris la fixe, ce qu'elle prend pour un signe de fierté qu'il n'ose pas montrer de peur d'encourager son comportement. Elle lui sourit. C'est du progrès.
OoOoOoOoOoOoO
Derek sait qu'il a des problèmes dès qu'il voit le sourire sur le visage de McCall. Il fait du café calmement et souhaite pouvoir être dans ses jardins pendant que l'homme tape sur son ordinateur. Puis il le ferme et prend la parole. « M. Hardy, ça va être un jour très intéressant. »
« En quoi ? », demande Derek en maintenant une expression neutre. Il se demande si les oscars sont aussi pour les personnes travaillant sous couverture. Il va devoir trouver quelqu'un pour lancer la pétition.
« Eh bien, j'ai reçu un appel anonyme ce matin disant que Paige Krasikeva et Derek Hale étaient beaucoup plus proches que ce que les Hale ont dit. », répond McCall et Derek le regarde en clignant des yeux. « Apparemment, ils étaient le couple phare à l'époque et mon informateur dit que Paige aurait pu être assassinée due à sa connexion avec la famille Hale. »
« Oh, euh, wouah. », dit Derek. Il se demande si c'est l'une des trois personnes que Stiles a menacé de manière anonyme. S'ils ont réalisé que le message n'était pas la blague d'un ami, ils auraient pu vouloir jeter la famille Hale aux loups pour éviter d'être suspectés.
« Du coup. », continue McCall. « Nous allons interroger Derek Hale aujourd'hui. »
« Ça devrait être, euh, intéressant. », répond Derek, l'esprit en panique.
« Je dois éviter sa mère à tout prix, si possible. Elle va probablement insister pour que j'aie une citation à comparaître. Quand j'ai fait une recherche google, j'ai trouvé une adresse pour le bureau de Derek Hale. Allons-y. »
« Okay. » Il suit McCall sur le parking et se met au volant de sa voiture de location. Il demande à McCall de lui donner l'adresse à laquelle il va presque tous les jours. Puis il suit les instructions du GPS, même s'il connaît au moins un raccourci.
Pendant que McCall va frapper et appelle quelqu'un qui n'est pas là, Derek envoie un SMS à Stiles. 'Quelqu'un a informé McCall que Paige et moi étions 'ensemble'. Il veut m'interroger.'
'oulah', répond Stiles.
'Je fais quoi ?'
'Rien, pour le moment. Quand il ne te trouvera pas, il viendra à la maison.', envoie Stiles. Puis, quelques secondes plus tard. 'je m'en occupe'.
Ça semble un peu inquiétant pour Derek, mais il accepte et met son téléphone en silencieux. Si McCall a trouvé son numéro sur internet et décide de l'appeler, il n'a pas besoin que son téléphone se mette à sonner alors qu'ils sont tous deux dans la voiture.
C'est une bonne chose qu'il y ait pensé parce que c'est ce que fait McCall. Il grogne quand personne ne répond, et laisse un message. Derek les conduit au commissariat et envoie un message à Stiles pour lui laisser savoir ce que McCall a fait et où il est. McCall commence immédiatement les papiers pour obtenir une citation à comparaître pour interroger Derek puisque « Sa chienne de mère ne pourra pas me barrer la route cette fois. »
Il se passe environ une demi-heure avant que le téléphone de l'agent ne sonne. Derek peut très bien entendre la voix de l'autre côté, même s'il s'assure de paraître ne pas y prêter attention. C'est difficile, puisque c'est sa mère. Elle ouvre la conversation avec : « Agent McCall. Mon fils m'a appelé pour me dire que vous vouliez l'interroger sur sa connexion avec le meurtre de Paige. »
« Oui, c'est correct. Je suis en train d'obtenir la citation à comparaître à l'instant. »
« Pas besoin. Ça ne dérange absolument pas mon fils de discuter avec vous. Il n'a rien à cacher. Est-ce qu'onze heures trente vous convient ? Il travaille sur le terrain actuellement. »
« Ça me va. », dit McCall. Il dit au revoir et raccroche, puis lance un regard suspicieux à son téléphone.
Derek est tout autant perplexe. Quand il vérifie son téléphone, il a un message de Stiles. 'Jonathan va être toi. T'en fais pas. Ta mère et moi on le prépare'
Ils violent tellement de lois que le cerveau de Derek lui fait mal rien que d'y penser, mais il doit avouer que c'est une bonne stratégie. Jonathan n'a que deux ans de plus que lui et peut facilement se faire passer pour un Hale. Stiles peut lui indiquer quoi dire parce qu'il n'y a aucune information que Derek pourrait donner à McCall. Il se demande si c'est pour ça que sa mère fait son mouvement avant que McCall puisse avoir son assignation à comparaître. C'est probablement toujours illégal, mais un peu moins.
Quand sa mère arrive avec Jonathan, McCall insiste pour les recevoir dans la salle d'interrogatoire, ce qui semble irriter Talia. Mais elle ne proteste pas, probablement parce qu'elle est au-dessus de ça. Derek va dans la salle de l'autre côté du miroir pour pouvoir regarder, mais ce n'est pas très excitant.
« Quelle était votre relation avec Paige Krasikeva ? », demande McCall.
« Je la connaissais de l'école. », répond Jonathan. « On ne s'est pas beaucoup parlé, on ne fréquentait pas les mêmes personnes. »
« Mm hm. Elle semblait être du mauvais côté de la barrière, métaphoriquement parlant. Mais beaucoup de sources affirment que vous étiez plus proches que ça. »
Jonathan cligne des yeux. « Je ne sais pas vraiment pourquoi. Je ne pense pas qu'elle m'appréciait beaucoup. »
« Vous savez comment sont les adolescents. », dit McCall. « Si un garçon tire les couettes d'une fille, ça veut dire qu'il l'aime bien, non ? »
« Je n'ai jamais adhéré à l'idée que les garçons doivent être mesquins envers les filles parce qu'ils les apprécient. Ou que les filles devraient avoir à supporter ça. »
« Alors vous et Paige n'aviez aucune sorte de relation ? », demande McCall.
« Non. Je la connaissais à peine. »
« Elle n'avait pas le béguin pour vous ? »
« Si c'est le cas, je n'étais pas au courant. »
« Alors elle n'avait aucune raison de vouloir être un loup-garou. », dit McCall et Jonathan se contente de le regarder, le visage vide. « Eh bien, la Cérémonie de Recherche approchait. Ça ne l'aurait pas aidée ? »
« Euh, je ne sais pas si vous avez fait attention, mais des humains sont tout le temps choisis pendant la Cérémonie. J'ai choisi un humain. Que Paige soit un loup-garou n'aurait fait aucune différence. »
« Peut-être qu'elle le pensait. »
« Je ne sais pas pourquoi. »
Derek commence à s'ennuyer, à regarder la conversation tourner en rond. McCall refuse d'accepter un non et continue à insister sur le sujet pendant que Jonathan reste calme et répète encore et encore qu'il n'a rien à voir là-dedans. Dix minutes plus tard, Talia intervient. « Nous avons répondu à toutes vos questions. Cet interrogatoire est terminé. Si vous avez besoin de parler à un autre membre de ma meute, faites-le moi savoir. » Elle se lève et part, Jonathan sur les talons.
McCall sort de la salle d'interrogatoire, les sourcils froncés. « Eh bien, c'est évident qu'ils cachent quelque chose. », dit-il et Derek pense à se taper la tête contre les murs. « Mais je suis sûr que Stilinski n'a pas insisté à l'époque. »
« Monsieur ? », demande poliment Derek.
« Je suis sûr que s'il s'y était vraiment intéressé, il aurait pu trouver des connexions entre les Hale et Paige Krasikeva. Maintenant, ça fait onze ans, ça sera beaucoup plus difficile. »
« Euh, je n'essaie pas de vous contredire, mais pourquoi le shérif aurait fait ça ? », demande Derek. « Je veux dire, je peux voir pourquoi vous penseriez ça aujourd'hui, puisque son fils fait partie de la meute Hale, mais c'était longtemps avant que Stiles ne soit choisi par Derek Hale. »
« Oui, mais qui sait depuis combien de temps ils ont prévu ça ? », répond McCall. « Maintenant que j'y pense, ça aurait été un coup de génie de la part de Stilinski, de se débarrasser de son morveux en le refilant à une meute de loups-garous. »
Cette affirmation est offensante à tellement de niveaux que Derek sent ses griffes sortir. Il fronce les sourcils et fourre ses mains sous la table en se rappelant qu'il doit garder son calme. Heureusement, McCall ne s'en rend pas compte. Il déblatère toujours sur le fait que Stilinski et les Hale sont dans le coup depuis le début. « Peut-être que c'était la condition de Stilinski. Tu sais, il ne dit rien sur leur implication dans la mort de Paige s'ils le débarrassent de son fils quand il est assez vieux. Il est manifestement très impliqué dans la famille, regarde comme leur Main Gauche le protège... »
« Oui mais. », dit Derek en prenant une grande inspiration. « Ça ne nous dit toujours pas comment Paige a été mordue. Je me souviens que dans le dossier, Talia a un alibi en béton. Elle était au tribunal ce jour-là. »
« Elle doit avoir des dizaines d'amis alpha. », répond McCall avec un geste de la main. « Elle en a probablement appelé un, lui a demandé de s'en occuper et ils ont appelé les secours quand ça a mal tourné. Comment savoir qui, par contre... On va avoir besoin d'une liste de tous les alphas que Talia Hale a pu côtoyer. », annonce-t-il en sortant de la pièce.
Derek lève les yeux au ciel, prie pour avoir un peu de patience. Au moins, pense-t-il, pendant que McCall perd son temps avec cette piste, ça donne plus de temps à Stiles pour trouver le vrai coupable. C'est un maigre réconfort.
OoOoOoOoOoOoO
Derek est habitué au fait que Stiles n'est jamais silencieux quand il enquête, qu'il se parle à lui-même, qu'il gesticule et a parfois des conversations entières avec Derek sans que Derek ne dise un mot. Mais c'est étrange, même pour lui, de dévaler les escaliers en brandissant une photo et de crier « Argyrie ! » si fort que Cléopâtre se sauve de sa chaise.
« Algérie ? », demande Derek en relevant les yeux du croquis de jardin sur lequel il travaille.
« Non, pas Algérie, argyrie. », dit Stiles. Il pose la photo sur le dessin de Derek. « Tu vois les ongles, et la peau autour, qui sont un peu bleus ? »
« Oui. » Derek prend la photo et l'étudie. « Est-ce que je regarde la main d'un mort ? »
« Euh, oui, photo d'autopsie. Désolé. » Il fait un geste. « Au début, j'ai cru que ce n'était pas très important. Je veux dire, manque d'oxygène, tes lèvres et tes doigts deviennent un peu bleus. Je n'y ai pas vraiment pensé jusqu'à ce que je voie le mot. C'est différent de l'hypoxie, qui est un manque d'oxygène dans les tissus de l'organisme. Argyrie. »
« Okay. », dit Derek.
« Argyrie ! », répète Stiles en prenant la photo pour l'agiter dans tous les sens. « Du grec ! Argyros ! Argent ! »
Derek reporte son regard sur la photo. « Alors, ils ont été exposés à l'argent, et c'est pour ça qu'ils ont rejeté la morsure ? »
« Oui. » Stiles lui montre d'autres photos. « Il y a au moins deux autres gens qui ont la même décoloration, quand j'ai regardé les photographies. C'est juste que ça n'était pas noté dans leur dossier du tout. Je suppose qu'ils avaient autre chose à s'inquiéter. »
Derek réfléchit. « On connaissait tous leur métier. Ce n'est pas comme s'ils étaient bijoutiers, ou métallurgistes, ou quelque chose comme ça. Pourquoi ont-ils de l'argent dans leur système ? »
« Je sais pas ! Tu veux le découvrir ? », ajoute-t-il et il sort son téléphone, tape plusieurs fois sur l'écran. Le téléphone sonne plusieurs fois avant qu'une femme ne décroche. Il ne met pas le haut-parleur mais Derek entend assez bien pour suivre les deux côtés de la conversation. « Mme Barclay ? C'est Stiles Stilinski. On s'est parlé il y a quelques semaines de ce qui vous est arrivé en 2009, vous vous souvenez ? »
« Oh, oui, mon petit. », répond la vieille femme. Derek en sait beaucoup sur Mme Vera Barclay, pour avoir vu Stiles travailler sur le dossier une centaine de fois. Elle a été mordue en allant à sa voiture après un rendez-vous chez le coiffeur, un soir. Elle a fait un rejet mais il n'était pas grave et elle est sortie de l'hôpital quelques jours plus tard. « Comment vas-tu ? »
« Je vais très bien, et vous ? » Après avoir écouté sa réponse, Stiles enchaîne. « Écoutez, je travaille encore sur le cas et je voulais savoir si vous aviez été exposée à l'argent dans les semaines précédant la morsure ? »
« À l'argent ? », demande Vera. « Oh, oui, bien sûr ! J'en prend pour mon système immunitaire. »
« Vous le prenez pour – quoi ? »
« Ça s'appelle de l'argent colloïdal, mon chou. C'est un remède naturel remarquable ! Avant, ils utilisaient l'argent comme antibiotique, tu sais. L'argent colloïdal, c'est une solution de très fines particules d'argent suspendues dans de l'eau. »
« Vous l'utilisiez beaucoup ? », demande Stiles.
« Oh, bien sûr, ça fait des années. Je l'ai dit aux docteurs à l'hôpital, tu sais, quand j'ai fait la liste des médicaments que je prenais. Mais beaucoup de médecins ne pensent pas que ça marche vraiment, alors je suppose qu'ils ne l'ont pas noté. »
« Ce n'est probablement pas le genre de choses qu'on peut acheter au supermarché, non ? Cela vous dérange si je vous demande où vous vous le procurez ? »
« Oh, j'achète le mien seulement chez Pure Silver, mon chou. Ils font les meilleurs produits. Tu devrais essayer ! »
« Je vais me renseigner ! », dit Stiles. Il la remercie, dit au revoir et raccroche. Puis il sourit à Derek. « Tu crois que je peux avoir des infos sur Pure Silver sans que l'agent Crétin réalise ce que je manigance ? »
« Si quiconque peut faire ça, c'est toi. », répond Derek. « Mais sérieusement, quiconque peut faire ça. Il est aussi idiot qu'une brique. »
Le sourire de Stiles se transforme en rictus et il se jette sur les cuisses de Derek sans un mot. Mais, avant qu'ils ne puissent aller plus loin, son téléphone sonne. Il le prend et regarde l'écran, puis fronce les sourcils. « C'est Mme Barclay qui me rappelle. » Il décroche. « Allô ? »
« Stiles, mon chou, c'est Vera. Je n'ai pas pensé à te le demander avant que tu raccroches. Est-ce que ton enquête a un rapport avec cette gentille dame qui est venue me voir pour me parler d'argent ? Elle a dit que je pourrais les aider à trouver un moyen de guérir la lycanthropie. »
« Euh, est-ce que cette dame travaillait pour une organisation appelée Recherches pour un Remède ? », demande Stiles.
« Je crois, oui. C'était il y a déjà quelques années. Elle était très gentille. Elle s'appelait Jessica, ou Jennifer, un prénom comme ceci. Je lui ai dit qu'elle pouvait prendre mon sang quand elle le souhaitait si ça aidait ces pauvres gens infortunés, mais elle n'est venue qu'une seule fois. Est-ce que c'est important ? »
« Ça pourrait l'être, oui. Merci de me l'avoir dit ! »
OoOoOoOoOoOoO
Peter navigue dans les images de la caméra qu'il a placée chez les Stilinski, un peu amusé. Il n'arrive pas à savoir si Rafael McCall est un énorme idiot, ou s'il veut juste qu'ils pensent ainsi. Il a appris à ne pas sous-estimer les gens avec les années, mais il a aussi appris que les gens, parfois, sont réellement stupides.
Derek lui a dit que l'agent pensait que Tom a couvert leur implication dans le meurtre de Paige s'ils le débarrassaient de Stiles. C'est tellement ridicule qu'il n'arrive pas à s'en énerver, même si Derek n'a pas ce problème. Personne n'a parlé de cette théorie au shérif ou à Stiles, et Peter pense que c'est bien si ça continue comme ça.
Si l'agent McCall continue à fourrer son nez partout, ça risque de poser problème. Mais Peter est content de prendre les choses comme elles viennent. Pour le moment, McCall fourre son nez là où il n'y a rien, alors Peter s'en fiche. Qu'il se perde dans tous les cul-de-sac qu'il veut, s'il ne les importune pas.
Au moins, il n'est pas retourné chez les Stilinski, ce qui étonne Peter. Il aurait pensé que l'agent continuerait à rôder dans les environs et que ça deviendrait un souci. Mais c'est le second jour où il n'y a aucune trace de lui à la caméra.
À moins qu'il n'ait changé de voiture, pense Peter. Il a vu une Sedan rouge foncé à plusieurs reprises. Peut-être une coïncidence, ou un nouveau voisin. Mais il garde un œil sur cette voiture pour le visionnage du troisième jour. Elle apparaît encore, garée dans la rue. Il met pause et zoome pour voir le conducteur, mais ce n'est pas Rafael McCall. C'est Jennifer Blake.
« De plus en plus curieux. », murmure Peter. Il regarde l'heure et voit que c'est la même à chaque fois, vers le milieu de l'après-midi. C'est dans une heure. Il met son ordinateur de côté et quitte la maison.
Après l'incendie, il n'a pas pu conduire pendant longtemps. Son emprise sur la réalité était trop fragile. Il devenait confus, ou perdu et se retrouvait dans des endroits où il n'avait pas prévu d'aller, ou il perdait le contrôle de son véhicule. Talia lui avait confisqué ses clés et lui avait fait promettre de ne pas démarrer une voiture sans clé, sauf en cas d'extrême urgence. L'année après la mort de Kate, il a lentement réappris et, quand Seth est venu mettre le bazar dans leur vie, il s'en sortait bien.
La maison des Stilinski est calme quand il arrive, et vraisemblablement vide. Il se gare à quelques maisons de là, et attend. La Sedan rouge arrive, comme il s'y attendait, reste environ trente minutes et repart. Personne n'en sort ; Jennifer Blake n'essaie pas d'aller à la porte. Quand elle le dépasse, il voit une autre femme dans la voiture avec elle, une qu'il ne reconnaît pas. Il démarre la voiture et les suit.
Jennifer conduit jusqu'à la lisière de la ville et se gare dans un petit parking pensé pour ceux qui veulent faire une randonnée dans la forêt. Quand ils ont quitté les grandes routes, Peter a dû mettre un peu de distance entre eux alors elles ne sont plus là quand il arrive, mais il peut encore les pister à l'odeur. Il commence à marcher dans la forêt, laisse son esprit vagabonder. C'est un beau jour d'été, ensoleillé avec une petite brise. Il pourrait marcher pendant des heures.
Mais il n'a pas besoin de marcher pendant des heures. Après quinze minutes, l'odeur disparaît. Intéressant. Il commence à marcher en spirale, s'éloigne du dernier endroit où il peut situer Jennifer Blake, il la traque tranquillement dans la forêt.
Des nuages ont recouvert le soleil quand il entend un autre battement de cœur, et il s'immobilise. Une femme sort des arbres, pas Jennifer mais sa compagne. Elle a la peau et les cheveux plus foncés, et des yeux rouges d'alpha. Ses lèvres sont retroussées sur un grondement silencieux.
Peter lui sourit alors qu'elle s'avance vers lui, les crocs et les griffes s'allongeant. « Pas besoin de ça. », dit-il en levant les mains en signe de capitulation. « Mais si ça ne te dérange pas, je ferais mieux d'appeler ma famille pour lui dire que je serai en retard pour dîner. »
Petit rappel, si on trucide la traductrice, on ne peut pas avoir la suite ^^
