Quand Peter se réveille, il n'a aucune idée de l'endroit où il est ni comment il a atterri ici. Son corps tout entier tremble et il entend les hurlements d'Olivia résonner dans ses oreilles. Il essaie de se lever mais ses genoux sont trop faibles pour le supporter et il finit par tomber, pressant son visage contre le sol. L'odeur est familière. Poussière et aiguilles de pin. Il n'y a pas l'odeur de la fumée, ni celle horrible de ses proches en train de brûler vivants.

Ça n'a pas d'importance. Même s'il sait que ce n'est qu'un souvenir, il a quand même l'impression de revivre l'événement. Son corps frissonne, secoué par les sanglots. Il a besoin d'aide. Besoin que quelqu'un vienne le chercher, comprenne ce qui lui est arrivé. Son esprit est embrouillé, alors qu'il essaie de repousser les souvenirs de l'incendie et de comprendre ses alentours.

D'une manière ou d'une autre, il sort son téléphone. Il va dans ses contacts et déroule jusqu'au T pour Talia. Puis il marque une pause. Il ne peut pas appeler Talia. Elle est enceinte. Vulnérable. À la place, il tape le nom de Tom avec des doigts tremblants.

« Shérif Stilinski. », l'accueille la voix familière.

« Tom. », hoquette Peter. « Besoin d'aide. »

« Où es-tu ? », demande Tom et il a cette inflexion dans la voix qui veut dire que, si Peter est blessé, des gens vont le payer.

« Pas sûr. Perdu. »

« Tu es blessé ? »

Peter peut l'entendre taper à l'ordinateur et il se demande ce qu'il fait. « Non. Je ne – je ne crois pas. Perdu. Confus. Je n'arrive pas à me souvenir. »

« Okay, j'ai le GPS de ton téléphone. Reste où tu es, d'accord ? Je te rejoins. Ne bouge pas, j'arrive aussi vite que possible.

« Ne raccroche pas. », dit Peter. « Ne me laisse pas seul. »

Tom marmonne dans sa barbe et Peter se demande ce qui lui a pris de dire ça. Puis le shérif reprend la parole. « Attends, ce foutu Bluetooth que Stiles m'a donné - » Il y a d'autres bruits alors que le shérif bouge et Peter entend une portière de voiture, un moteur. « Okay, j'arrive. On dirait que tu es quelque part dans la forêt. Tu peux regarder autour de toi, me dire ce que tu vois ? »

Ça n'a pas d'importance, si Tom a son GPS, mais il réalise ensuite que Tom essaie de s'assurer de son état psychologique. Il essaie de retrouver un peu de cohérence et regarde autour de lui. « Des arbres... le ciel... » Et des flammes. Des flammes partout. Les arbres sont consumés par le brasier et Peter laisse échapper un autre sanglot avant de se recroqueviller sur son téléphone.

Il peut entendre Tom parler à l'autre bout de la ligne et il n'arrive pas à entendre les mots, mais le son de sa voix est réconfortant. Il s'en imprime et se concentre sur sa respiration. Il sait que l'incendie n'est pas vraiment là, qu'il est terminé. Mais se souvenir de cela n'aide pas, parce que si l'incendie est terminé, ça veut dire qu'Olivia n'est plus là.

« Seigneur, Peter. », dit la voix de Tom, proche maintenant et Peter ouvre les yeux pour contempler les chaussures de l'homme. Tom s'agenouille à côté de lui, attire Peter dans une étreinte. Peter ferme les yeux et laisse le monde disparaître autour de lui.

OoOoOoOoOoOoO

Il faut plusieurs minutes à Tom pour s'assurer que Peter n'est pas physiquement blessé ; il a l'air d'avoir été poussé à bout mentalement. Il essaie de lui demander s'il veut rentrer, mais Peter se contente de s'accrocher à son T-shirt et de marmonner des choses à propos de l'incendie. Après une minute de réflexion, Tom décide de le ramener chez les Stilinski. Quand il pense au feu, en général, ou alors quand il veut se saouler pour oublier, Peter va toujours chez Tom. Il n'aime pas que les autres le voient comme ça.

Peter est lourd et Tom grogne un peu en le soulevant. « Peter, tu peux marcher ? », demande-t-il et le loup-garou parvient à tituber à ses côtés. Tom pense qu'il pourrait probablement le porter s'il y avait besoin mais son dos le regretterait le lendemain. Il ramène Peter à la voiture et lui met sa ceinture, utilise sa radio pour dire aux autres qu'il ne reviendra pas et de l'appeler si besoin.

Quand il fait entrer Peter dans la maison, celui-ci semble revenir à lui. C'est l'odeur, pense Tom ; la familiarité de l'environnement lui remet les idées en place. Il regarde autour de lui, une lucidité dans le regard qui n'était pas là avant. Mais il est toujours pâle et tremblant alors Tom le fait s'asseoir sur le canapé et s'assied près de lui. Il pose un bras autour des épaules de Peter et l'attire dans une demi-étreinte, sachant que le toucher va aider à le calmer. Peter se rencogne dans l'étreinte, comme toujours, frotte sa joue contre l'épaule de Tom.

« Vais bien. », marmonne Peter et le cœur de Tom se serre de soulagement. Il ferme les yeux quelques minutes, essaie de reprendre le contrôle de ses émotions. Peter va bien. Mais ça ne change pas sa panique quand il a cru que ce n'était pas le cas.

Tom soupire et met tout ça de côté pour quand il aura le temps. « Peter, que s'est-il passé ? »

« Pas sûr. Me souviens pas. »

« De quoi te rappelles-tu ? » Tom garde une voix calme et posée. Il a déjà eu à faire à des victimes de traumatismes, à des témoins terrifiés. Il sait qu'il est très important qu'il reste calme, détendu même. Il passe sa main le long du dos de Peter, essaie de le réconforter.

Peter se tait une minute et Tom suspecte qu'il est en train de rassembler ses esprits alors il ne dit rien, ne le dérange pas. « Je suis venu ici. », finit par dire Peter. « Je regardais les enregistrements des caméras de surveillance. »

« Des caméras de – quelles caméras de surveillance ? », demande Tom.

Peter cligne des yeux. « Oh. J'ai mis une caméra sur ton garage. À cause de l'agent McCall. »

« Tu as mis une caméra sur – okay, tu sais quoi, je ne vais pas relever pour aujourd'hui. On reparlera des limites plus tard. »

« C'était à cause de McCall. », répète Peter. Il a l'air de presque bouder.

« Tu aurais pu me dire que tu en avais mis une. Mais continue. Tu regardais les enregistrements. »

« Oui. J'ai vu Jennifer Blake sur l'un d'eux. Elle vient voir ta maison dans l'après-midi. Alors je suis venu voir pourquoi. Je les ai suivies dans la forêt. »

« Les ? », relève Tom. « Elle était accompagnée ? »

Peter se tait. « Je ne me rappelle pas. »

« Okay. Okay, continue. »

« Je me suis garé à l'orée de la forêt et je les ai suivies, et... » Peter frissonne. « Je ne sais pas ce qui s'est passé. Ce dont je me souviens ensuite, c'est... c'est l'incendie. J'avais l'impression d'y être à nouveau, je pouvais le sentir. Je pouvais entendre ma... ma famille pleurer. Ça s'est calmé petit à petit. Pas comme quand je me réveille d'un cauchemar, où là c'est d'un coup. »

« Quelque chose a vraiment dû te déstabiliser. », avance Tom en essayant délicatement de raviver sa mémoire.

« Je... Je ne suis pas certain. Je me demande si j'ai... » Peter prend son téléphone. « Oui, excellent. »

« Quoi donc ? », demande Tom suspicieusement. Il est soulagé de voir Peter retrouver son état normal, mais c'est aussi exaspérant, d'une certaine manière. Il veut prendre le loup-garou par les épaules pour le secouer.

« J'ai enregistré. », explique Peter. « Je le fais souvent, quand je pense me mêler d'une situation dangereuse. L'audio, seulement, puisque mon téléphone était dans ma poche bien sûr. Parfois, être 'capturé' par l'ennemi est un bon moyen d'obtenir des informations. J'ai remarqué que les gens adorent parler. Surtout quand ils ont un public captivé. »

« Ah, je me demande quel effet ça fait. »

Peter ne remarque pas son ton. Il tapote sur l'écran de son téléphone. Quelques secondes plus tard, un audio se met en route. Il y a du silence un long moment, puis des pas. Le son d'une portière de voiture qui s'ouvre et se referme, un moteur, le bruit d'une voiture. Ça dure environ dix minutes. Tom reste là avec Peter, il lui frotte toujours légèrement le dos, mais personne ne le remarque. Le bruit de voiture s'arrête et le grincement d'une portière, encore des bruits de pas et, enfin, des voix. Une voix de femme. Tom ne la reconnaît pas mais il n'a jamais parlé à Jennifer Blake. Il faudra qu'il passe l'enregistrement à Stiles pour savoir, même s'il ne lui a parlé qu'une fois. « Peter Hale. », dit la voix. « C'est drôle de vous voir ici. »

« C'est vrai. Qu'est-ce que deux charmantes femmes comme vous faites ici ? », demande Peter sur l'enregistrement.

Chez les Stilinski, Peter met pause. « Je devais savoir que j'enregistrais. Quand c'est le cas, j'ai tendance à dire des choses à voix haute que je ne dirais pas d'habitude, pour avoir une trace plus tard. Jennifer était avec quelqu'un, une autre femme. »

« Ouais, j'ai compris. », répond Tom, grognon. Il fait signe à Peter de relancer l'audio.

« Pourquoi vous nous suiviez ? », demande Jennifer sans même prendre la peine de répondre à Peter.

« Pourquoi est-ce que vous étiez devant chez les Stilinski ? », rétorque Peter.

Jennifer soupire. « Je voulais parler à Stiles. Il ignore mes mails et ne répond pas à mes appels. Aller chez lui me semblait être l'étape suivante logique. »

« Vous n'êtes même pas sortie de la voiture. », fait remarquer le loup-garou.

« Il n'était pas à la maison. » Jennifer a l'air impatiente.

Une longue pause. « Vous êtes persuadée que Stiles est la clé, n'est-ce pas ? Que quelque chose en lui le rend différent des autres qui ont souffert d'un rejet. Peut-être que vous avez raison. Mais il ne va jamais accepter de vous aider. Et si je vous vois continuer de rôder autour des Stilinski, je vais finir par penser que vous êtes une menace pour ma meute. »

« Je n'ai pas peur de vous. », répond Jennifer.

« Je n'essayais pas de vous faire peur. J'établissais juste un fait. »

« Mm hm. » Jennifer n'a toujours pas l'air impressionnée. « Malheureusement pour vous, M. Hale, je n'accepte pas de non comme réponse. Et j'ai loin d'avoir terminé mon travail. »

Tom ne sait pas trop ce qu'il se passe ensuite. Il y a un bruissement, un halètement et Peter commence à crier. Il crie, hurle jusqu'à s'en casser la voix et cracher du sang. Tom jette un œil au loup-garou assis à côté de lui sur le canapé mais il écoute en silence, à priori imperturbable.

« Intéressant. », finit-il par dire quand les cris de l'audio se transforment en gémissements.

« C'est une manière de voir les choses. », répond Tom, encore une fois pris de l'envie de le secouer.

« Ce doit être une sorcière. », remarque Peter. « Il est clair qu'elle m'a jeté un sort, qu'elle a fait ressurgir mes souvenirs de l'incendie pour m'incapaciter. C'est la seule explication qui me vienne en tête. »

« Peut-être que son amie sans nom était une sorcière. », demande Tom.

« Non, son amie était un loup-garou. La seule manière pour elle de savoir que Stiles n'était pas chez lui, sans quitter sa voiture, c'est qu'elle ait un loup-garou qui ne pouvait entendre personne. Alors Jennifer Blake est une sorcière. C'est déconcertant. »

« Comment peux-tu être si calme ? », finit par exploser Tom. « Elles auraient pu te tuer ! »

« Oh, je suppose, oui. Mais c'était improbable. Une disparition aurait soulevé beaucoup de questions et elles ne veulent clairement pas qu'on s'intéresse de trop près à elles. Sans les enregistrements, on aurait pu croire que je suis allé me promener en forêt et que j'ai succombé à une de mes crises. »

« Seigneur, Peter. Tu ne peux pas, juste – juste te jeter la tête la première dans le danger et espérer que tout le monde soit content. »

« Mon travail, c'est de protéger la meute. »

« Et tu ne peux pas faire ça si tu es mort. », rétorque Tom, les dents serrées.

Peter soupire. « J'ai pris un risque calculé. Pourrais-tu, s'il te plaît - »

« Non, tu sais quoi, tu n'as pas le droit de soupirer et d'avoir l'air irrité et de me traiter comme si c'était moi qui n'était pas raisonnable. », s'exclame Tom en se relevant du canapé pour pouvoir faire les cent pas. Stiles a toujours l'air de se sentir mieux quand il fait ça. « Tu ne peux pas te jeter dans la gueule du loup et t'attendre à ce que ça me convienne. Tu ne peux pas rationaliser ce comportement en disant que parfois, se faire prendre permet de collecter des informations. C'est quoi, ce plan débile ? »

« Eh bien, ça a fonctionné. »

« Tu sais ce qui aurait pu fonctionner, aussi ? Vérifier ses plaques d'immatriculation, ou obtenir un mandat pour ses relevés bancaires, ce que j'aurais pu faire si tu étais venu me dire qu'elle surveillait ma maison, au lieu d'aller au-devant du danger comme ça. »

« Ça ne fonctionne pas comme ça. », remarque Peter.

« Ne raconte pas de conneries, je sais très bien que tu utilises chaque ressource à ta disposition quand tu le peux. Tu faisais ce genre de choses quand Olivia était vivante ? »

Peter tressaille. « Ça ne te regarde pas. »

« Je crois que si, au contraire. Tu m'as dit à moi, tu as dit à mon fils que tu allais rester dans le coin. Je crois que pour ça, il faudrait que tu aies un peu d'instinct de survie ! » Tom voit Peter serrer les mâchoires, prendre cette expression butée, alors il continue. « Tu as choisi de rester. Tu fais partie d'une meute, d'une famille, alors agis en conséquence. »

Là, Peter tressaille à nouveau. « Très bien. », dit-il calmement en levant les mains. « Tu as raison. Je... Ce n'est pas que j'agis sans réfléchir, pas vraiment. C'est juste que je... »

« Ne considère pas ta sécurité comme une priorité. Je sais. Mais si tu penses que les gens pour lesquels tu comptes ne ressentiront rien s'il t'arrivait quelque chose... alors tu es le génie le plus idiot que je connaisse. »

Peter rit doucement. Tom se rassoit près de lui et le serre contre lui. Peter émet un petit bruit de contentement et le cœur du shérif se serre en réponse. Il regarde le plafond, tient Peter, et se dit qu'il est mal parti.

OoOoOoOoOoOoO

Les responsables de Pure Silver ne sont pas très heureux quand ils reçoivent une demande de fournir leurs données des dix dernières années. Ils parlent beaucoup du secret médical mais ils sont clairement plus inquiets pour la régulation de leur produit. Des recherches montrent que la non-régulation des compléments alimentaires comme l'argent colloïdal est très importante.

Le père de Stiles remplit une injonction pour les inciter à révéler ce qu'ils ont mais apparemment, un juge est concerné par le nombre important de personnes qui achètent leurs produits et n'étaient pas ciblés. La roue de la justice tourne lentement et Stiles n'est pas d'humeur à bouger lentement.

Il lui faut trois jours d'appels constants, de messages et d'appels à l'aide sur les forums qu'il modère pour avoir la présidente de la compagnie au téléphone. Il la rassure, lui dit que ça n'a rien à voir avec l'efficacité ou la sûreté de leurs produits, et il lui parle de l'affaire sur laquelle ils travaillent. L'idée que quelqu'un puisse cibler les utilisateurs de leurs compléments alimentaires la terrifie et ils parlent longuement des problèmes de confidentialité et de responsabilité. Au final, ils trouvent un compromis. Elle accepte de lui fournir une liste de leurs clients, mais refuse de lui donner celle de leurs employés si aucune autre victime que Vera Barclay n'utilisait leur produit.

Une heure plus tard, Stiles se bat avec une gigantesque feuille de calculs. Elle est si massive qu'elle a fait bugger son ordinateur. Il efface quelques informations inutiles comme le prix, et réussit à la réduire à une taille plus raisonnable. Il n'a plus qu'à chercher le nom des victimes.

Il en trouve neuf sur dix.

Une recherche rapide montre que les personnes ciblées étaient des consommateurs réguliers du complément. Beaucoup l'ont acheté une fois seulement, ou de manière sporadique. Mais des gens comme Vera Barclay en consommaient de manière régulière.

Même certaines personnes qui ont été attaquées, mais n'ont pas rejeté la morsure figurent sur la liste, ce que Stiles trouve intéressant. Il suppose que ça a un rapport avec la manière dont ils les utilisent – localement ou oralement – ou la possibilité qu'ils l'aient acheté pour quelqu'un d'autre.

Un seul nom n'est pas sur la liste, et c'est Paige Krasikeva.

« C'est tellement frustrant ! », s'exclame-t-il en faisant les cent pas dans la serre de Derek. Celui-ci a un après-midi de libre de sa mission de lécher les bottes à McCall, qui est occupé ailleurs. Il en profite donc pour apporter des soins attentionnés à ses plantes négligées. « Rien de tout ça n'a de sens ! Chaque information supplémentaire ne fait que me perdre ! »

Derek lève les yeux de la fougère qu'il vaporise. « C'est logique, pour moi. Recherches pour un Remède a besoin de victimes de rejet pour pouvoir avoir leurs échantillons. Ils voulaient des personnes dont le rejet est dû à une exposition à l'argent, alors ils ont volé une liste des clients de Pure Silver et les ont ensuite pris pour cible. »

« Pas ça. Paige ! Paige ne fait aucun sens. Je ne peux peut-être pas prouver l'implication de Recherches pour un Remède avec ces autres personnes, et je ne sais pas où ils ont trouvé un alpha, mais tout ça, c'est logique. C'est Paige. Quoi que je fasse, ça ne va pas. Ma théorie sur les harceleurs était fausse. Ma théorie sur l'exposition à l'argent était fausse. Toutes mes théories sont fausses ! »

« Tu trouveras la bonne. », le rassure Derek.

Stiles grogne. « Je commence à croire que cette affaire est impossible à résoudre. J'ai lu une citation il y a longtemps qui disait que les affaires élaborées étaient faciles. Les affaires dures, c'est celle où un mec bourré a jeté une brique sur un autre mec bourré et a laissé son corps au bord de la route. Comment je fais si c'est vraiment un acte aléatoire ? »

« Peut-être que l'attaque sur Paige était aléatoire. », dit Derek. « Mais l'appel aux secours ne l'était pas. Et si tu peux trouver qui a appelé, tu pourras peut-être identifier le tueur. »

Stiles fait la grimace. « Argh, toi et ta logique. »

Le meurtre de Paige mis à part, cette confirmation va lui donner beaucoup de travail pour son affaire contre Recherches pour un Remède. Il rappelle et re-discute avec la présidente de Pure Silver et la persuade de lui donner leurs listes d'employés. Il est certain que la personne qui a obtenu les informations clients travaillait pour eux à un moment ou un autre. C'est l'explication la plus simple. C'est une petite compagnie, moins d'une douzaine de personnes, alors il ne faut pas longtemps pour trouver l'employé le plus suspect : leur dépanneur informatique à mi-temps. Il avait accès à tous les ordinateurs, bien sûr, mais ne souffrirait pas autant si la compagnie venait à fermer.

Une revue rapide de ses relevés bancaires confirme presque sans doute ses soupçons. Chaque fois qu'il y a eu une attaque, l'homme a reçu un virement important venant d'une société écran qui sera difficile à retrouver, mais Stiles s'en fiche.

« Tu penses que je peux interroger ce mec sans que McCall demande pourquoi je veux lui parler ? », demande-t-il alors à Derek.

« Honnêtement, il est tellement occupé à interviewer toutes les personnes à qui ma mère a jamais parlé, qui pensent toutes que c'est un idiot, qu'il ne s'en rendra probablement pas compte. », répond Derek. Il est très grincheux à cause de ça, ces derniers temps, mais est réconforté par les personnes qui doivent venir parler à McCall. Elles reconnaissent toutes Derek, bien sûr, et toutes semblent trouver ça drôle que McCall ne sache pas qui il est.

« Génial. », s'exclame Stiles en envoyant un message à son père. « Allons chercher un mandat. » Il se balance sur ses talons, excité. « J'ai le droit de demander un mandat ! »

Derek lève les yeux et sourit avant de se pencher pour déposer un baiser sur sa tempe. « Je suis content que tu t'amuses. »

Stiles fait les cent pas pendant une minute. « Huh. Papa ne me répond pas. » Il tapote son écran plusieurs fois. Quelques années plus tôt, il n'aurait pas dérangé son père pour quelque chose d'aussi trivial, mais il est plus anxieux depuis ce qu'il s'est passé avec Kate, puis Deucalion. « Hey, papa, tout va bien ? Tu n'as pas répondu à mon message. »

« Tout va bien, Stiles. », répond Tom. « Peter est ici et il m'a fallu une minute pour prendre mon téléphone. »

« Oh, désolé si j'ai interrompu quoi que ce soit d'important. », dit Stiles.

« Non, juste la routine. De quoi as-tu besoin ? »

« Un mandat pour le mec qui travaille à Pure Silver. »

« Okay. Envoie moi les infos par message et je verrai ce que je peux faire. »

OoOoOoOoOoOoO

Il est tard, la maison est calme et Talia se prépare à aller au lit. Elle vient de sortir de la douche et s'étudie dans le miroir. Elle se tourne sur le côté pour voir la courbe de son ventre et sourit. Elle peut sentir le battement de cœur, ainsi que quelques petits mouvements de la vie qui grandit à l'intérieur d'elle, et ça la fait sourire à chaque fois.

Elle est un peu surprise par son bonheur à ce propos, ou au moins, à quel point sa joie est simple. Bien qu'elle ressente parfois du chagrin, elle est juste contente. Ses fils disparus lui manquent, ce malin de Tyler qui adorait jouer des tours à sa fratrie, ainsi que David, si timide, qui était toujours accroché à sa jambe. Mais elle aime ces nouveaux enfants dans son ventre, sans réserve, de tout son cœur.

« À quoi penses-tu ? », lui demande Aaron en l'enlaçant par-derrière, posant sa tête contre ses épaules. Sa barbe lui chatouille la nuque et elle rit.

« Je pensais que je ne voulais peut-être pas savoir leur sexe avant la naissance. », propose-t-elle.

« Ça me va, si c'est ce que tu souhaites. », répond-il.

Talia regarde son mari par-dessus son épaule, qui lui laisse faire ce qu'elle veut ces deux derniers mois. « Tu as le droit d'avoir un avis, tu sais. » Elle pose une main sur son estomac. « Tu as perdu deux fils, toi aussi. »

« Je sais. » Aaron hausse légèrement les épaules. « Mais ça n'a pas vraiment d'importance pour moi. Je veux juste savoir qu'ils vont bien. D'un autre côté, si on ne sait pas le sexe à l'avance, ils risquent de ne pas avoir de noms pendant plusieurs semaines, après ce qui est arrivé avec David. »

« Oh, seigneur. », rit Talia. Ils n'avaient pas pu se décider pour un nom avant la veille de la naissance de David. « Tu as raison. Mais, tu sais... » Elle reste silencieuse un instant, pensive. « Je pensais, si l'un d'eux est une fille, on pourrait... l'appeler Olivia. Et si c'est un garçon, Oliver. Mais je ne sais pas comment Peter réagirait. »

Aaron grimace légèrement. « Il va bien mieux, maintenant, vraiment, mais... Je ne sais pas si je partirais là-dessus. Pour être honnête, je n'ai jamais vraiment compris la tradition d'appeler un bébé comme une personne disparue. Jamais on ne les appellerait David ou Tyler. »

Talia frissonne. « Tu marques un point. Eh bien, on peut continuer à y penser. » Elle lève les yeux en entendant la porte s'ouvrir. « Qui arrive à cette-heure-là ? »

« Tu veux que j'aille voir ? », demande Aaron.

« Non, c'est probablement Peter. Va au lit, je te rejoins vite. » Elle met sa robe de chambre et descend les escaliers. Elle est surprise de voir Tom soutenir un Peter vaseux. « J'ai l'impression qu'il ne vaut mieux pas que je demande... »

« Ma sœur ! », marmonne Peter. Il s'éjecte des bras de Tom pour s'enrouler autour de Talia. « Ma chère sœur. Avec des bébés dedans. Tes bébés vont être géniaux... »

« Ils vont l'être, oui. », soupire Talia. « Peter, tu es ivre. »

« S'pas vrai. », proteste Peter.

Tom repasse son bras autour de la taille du loup-garou. « Viens, Peter. C'est l'heure d'aller au lit. » Il commence à le monter dans les escaliers. Après une minute de réflexion, Talia décide de l'attendre en bas pour lui parler de ce qu'il vient de se produire. Quand Tom descend, il dit : « Je ne pensais pas que tu étais au courant des mauvaises habitudes de Peter, mais tu n'es pas surprise. »

« J'essaie de ne pas juger ses méthodes pour tenir le coup. », répond Talia. « Que s'est-il passé ? »

« Il a croisé Jennifer Blake, qui est apparemment une sorcière, et elle lui a lancé un sort qui lui a fait revivre ses souvenirs de l'incendie. » Talia grimace. « Ça s'est passé aussi bien que tu peux le penser. Il m'a appelé, s'est complètement laissé aller et je suis allé le récupérer. »

« Il t'a appelé ? », s'étonne Talia. « Je suis surprise, même si j'ai l'impression que je ne devrais pas l'être. Il s'appuie beaucoup sur toi. Je suis étonnée que tu l'aies ramené ici, par contre, vu le nombre de fois où il dort chez toi. »

« Oui, eh bien, une fois qu'il était complètement saoul, il a insisté pour que je le ramène, afin qu'il puisse voir que tout allait bien pour toi. » Tom s'assoit lourdement. « J'ai pensé le perdre, aujourd'hui. Ça m'a touché bien plus que je ne le pensais. Seigneur, je suis foutu. Je suis amoureux de ton frère. Je suis foutu. »

Talia fait un bruit de sympathie. « Si ça t'aide, je suis presque sûre qu'il est amoureux de toi, lui aussi. »

« Tu sais quoi ? Non, ça n'aide pas. » Tom se passe les mains dans les cheveux. « Je pourrais gérer un amour à sens unique. Ce serait dur, mais je pourrais. Ce que je ne peux pas gérer, c'est le fait de savoir que notre amour pourrait détruire sa vie. »

Talia soupire un peu avant de hausser les épaules. « Je ne crois pas que tu vas laisser ça se produire. »

« Tu sais, la première fois qu'on en a parlé, je pensais que non, Peter est un ami, un très bon ami même, mais je ne suis pas assez stupide pour tomber amoureux de lui. Mais apparemment, si. Je suis assez stupide. »

« Je ne suis pas certaine qu'on choisisse qui on aime. », fait remarquer Talia.

« Au moins, vous avez vos instincts à blâmer. C'est quoi, mon excuse ? »

« Peut-être que mon frère est tout simplement une personne adorable. », dit Talia. Ils éclatent tous les deux de rire. « Je suis désolée, désolée. », se reprend Talia en secouant la main. « C'était un peu méchant. C'est mon frère, et oui, je l'adore, mais il peut être si énervant. Je veux dire, faire partir les gens au quart de tour est l'une de ses spécialités. »

« Si vrai ! », soupire Tom. « Eh bien, je crois que je vais continuer à faire ce que je fais, et attendre qu'il réalise ce qu'il se passe. »

« Ça va venir. », dit Talia. « Il t'a invité à vivre avec nous. »

« C'est ça que tu appelles une invitation ? », demande Tom avec un reniflement amusé.

« De la part de Peter ? C'est ce à quoi tu pouvais t'attendre de mieux. » Talia secoue légèrement la tête. « Tu sais, je suis vraiment contente que tu sois là pour lui. J'ai été... horrible avec lui, après l'incendie, et j'ai eu peur pendant longtemps qu'il ne se remette jamais. Et le fait qu'il se remette... je pense que c'est grâce à toi, plutôt que moi. Alors merci. D'être patient avec lui. Et de l'aimer. Même si c'est un désastre. »

Tom sourit. « Je suppose que ça va s'arranger, d'une manière ou d'une autre. »

« C'est ça qu'il faut penser. », répond Talia. « Maintenant, je vais aller me coucher. Tu devrais passer la nuit ici – tu peux dormir dans l'ancienne chambre de Laura et Jonathan. Il est trop tard pour conduire. »

« Oui, bonne idée. À demain. »