CHAPITRE 4 : Rétrospection
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Allongée, je cherche le sommeil depuis plusieurs heures déjà, mais il s'avère introuvable. Je m'y attendais un peu, car mon excitation est toujours la même. Je me repasse inlassablement, dans ma tête, le film de la journée.
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Après l'arrivée du capitaine, le cours de Kidoh s'était déroulé assez normalement, si ce n'est que les exercices demandés par le professeur étaient d'un niveau global plus élevé qu'habituellement – paradoxalement, le résultat s'était avéré meilleur, sans doute à cause de la grande concentration dont chacun faisait montre. Mais avant le déjeuner, il nous avait retenus, sur la demande du Capitaine, pour que nous fassions démonstration de nos talents en Kidoh sans incantation. A ce moment, en revanche, ç'avait été la débandade : la plupart de mes camarades ne le pratiquaient presque jamais ainsi, et j'avais été la seule à réussir les exercices les plus difficiles. Si bien que le Capitaine, m'ayant rapidement expliqué la théorie d'un sort que nous n'avions pas appris, m'avait demandé de tenter de le réaliser.
Ce que j'avais fait, avec suffisamment de brio pour que Capitaine Glaçon laisse tomber son masque d'indifférence et affiche un air surpris. Ce qui m'avait fait infiniment plaisir : il commençait vraiment à m'agacer, avec ses airs supérieurs.
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Puis j'avais cru mourir lors de l'entraînement au combat armé.
Mais le lieutenant Matsumoto n'avait pas du tout cherché à me battre en réalité, j'avais plus tard réalisé qu'elle ne faisait que me tester pour évaluer mon pitoyable niveau.
Enfin, pas si pitoyable que ça finalement, puisque ça n'avait pas suffi à rebuter Capitaine Glaçon, qui avait demandé à me parler à la fin du cours, alors que tous se ruaient vers le réfectoire – et que j'en aurais bien fait autant.
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J'avais regardé le Capitaine d'un air méfiant alors que les autres partaient.
Que pouvait-il bien me vouloir ?
J'étais à mille lieux de soupçonner qu'il pourrait penser faire de moi une Shinigami.
Et pourtant.
J'étais à mille lieux de penser que Capitaine Glaçon pourrait remonter dans mon estime.
Et pourtant.
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« Votre professeur m'a appris que vous comptez joindre le Corps des Nécromanciens, avait commencé Capitaine Glaçon en me fixant de son invraisemblable regard turquoise, avec une intensité qui me mettait mal à l'aise. Ce qui n'est pas étonnant, votre niveau en Kidoh est vraiment excellent, et vous avez encore beaucoup de potentiel à exploiter. »
Alors que je grommelais un remerciement, ne sachant pas vraiment comment réagir à ces compliments pour le moins inattendus, il avait commencé à faire les cent pas en regardant en l'air, comme s'il cherchait ses mots, tandis que son lieutenant l'observait avec un sourire amusé.
« J'aimerais vous faire une proposition. »
A ces mots, il avait arrêté de marcher et s'était retourné vers moi.
« Je suis venu ici aujourd'hui à la recherche d'un futur 3ème siège pour ma division – le poste a été trop longtemps vacant. Votre niveau actuel de maniement du sabre est loin d'être suffisant pour que je puisse vous le proposer, mais si vous voulez bien que je vous entraîne – je devrais pouvoir me libérer deux ou trois soirs chaque semaine – je crois que vous pourriez beaucoup vous améliorer. »
Je crois que c'est à ce moment précis que mon cerveau avait complètement lâché.
Moi, 3ème siège ?
Si je n'avais pas été aussi ébahie, j'aurais éclaté de rire.
Mais j'étais tout simplement muette, attendant que mes neurones se reconnectent.
« Bien sûr, je comprendrais que vous rejetiez ma proposition, qui n'est pas vraiment en phase avec vos ambitions dans le Corps des Nécromanciens. Mais j'espère que vous y réfléchirez. Je reviendrai demain pour avoir votre réponse. »
Sur ces mots, il s'était éclipsé avec son lieutenant, tandis que j'étais restée figée dans la salle. Attendant toujours que mes neurones se reconnectent.
Puis mes jambes avaient pris, mécaniquement, le chemin du réfectoire.
Puis, progressivement, mes neurones s'étaient reconnectés, ainsi que mes muscles faciaux, et un grand sourire idiot était apparu sur mon visage, alors que je rejoignais mes camarades.
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