CHAPITRE 5 : Petit-déjeuner méditatif

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Comme tous les matins, lorsque j'arrive au réfectoire, le seul déjà présent est mon frère, à côté de qui je m'assois machinalement. Nous nous saluons par un grognement et j'attaque voracement mon petit déjeuner.

Une demi-heure plus tard, nos camarades commencent à arriver et je me sens un peu moins endormie – mais toujours dans le brouillard, ce qui continuera sans doute pendant le reste de la journée, vu le peu que j'ai dormi cette nuit.

Au souvenir de ce qui m'a valu des heures à chercher le sommeil, je ne peux m'empêcher de sourire à ma tasse de thé, qui me paraît plus belle que jamais. Je vois du coin de l'œil que mon frère, qui a lui aussi émergé de sa maussaderie matinale, me regarde d'un gentil air un peu moqueur.

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Je me demande bien, maintenant que j'ai surmonté ma surprise (le mot est faible), pourquoi j'ai été choisie, moi, par Capitaine Glaçon – il faudrait que je fasse attention à ne pas m'habituer à ce sobriquet, qui ne plairait peut-être pas à celui qui, comme je l'espère, pourrait devenir mon supérieur. Certes, mon niveau en Kidoh dépasse, et de très loin, celui de tous mes camarades, alors que nous formons la prestigieuse classe 1. Mais comme chacun sait, ce n'est pas vraiment là la compétence principale qu'on attend d'un Shinigami. Je suis vraiment, désespérément mauvaise au combat, que ce soit en corps-à-corps ou avec un sabre dans les mains, et alors que certains connaissent déjà le nom de leur zanpakutoh, je n'ai pas même encore connaissance de mon « monde intérieur ».

Pourquoi pas mon frère ? Il le mérite tellement plus que moi… Malgré ce qu'il essaye de faire croire, il est le meilleur de la classe, et a même commencé à s'entraîner pour maîtriser son shikai. Oui, ce petit génie, que je suis infiniment fière d'avoir comme frère, est celui qui, bien plus que moi, mériterait l'attention de Capitaine Glaçon.

Et pourtant, je sais, rien qu'à la façon dont il sourit de cet enthousiasme que je ne peux réfréner, qu'il ne m'en veut pas, qu'il n'est pas jaloux – que l'idée même d'injustice n'a pas un instant traversé son esprit.

Il est peut-être trop modeste pour son propre bien, finalement.

D'ailleurs, il est déjà arrivé, à plusieurs reprises, que je doive moi-même défendre ses intérêts, alors qu'il laisserait tout couler, préférant s'effacer devant la moindre prétention d'autrui, même absolument illégitime.

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Je soupire dans ma tasse, qui finalement ne me semble plus si belle. Il semblerait que je doive, une fois encore, revendiquer pour lui ce qui lui revient de droit.

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« Kaede ? Ça va ? »

Et il s'inquiète pour moi devant ma mine soudain renfrognée. Adorable, vraiment, à l'excès. Je lui réponds par un grognement avant de finir ma tasse en une gorgée. La journée promet d'être longue.

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