CHAPITRE 6 : Complexe d'infériorité

.

Cours d'histoire de la Soul Society. Je m'ennuie mortellement.

A vrai dire, maintenant que j'y pense, je m'ennuie pendant tous les cours. Heureusement que mon cursus à l'Académie se finit bientôt, sinon je finirais sans doute par devenir folle.

Mais aujourd'hui, cela dit, mon ennui se teinte d'angoisse.

Le Capitaine avait dit qu'il reviendrait me voir aujourd'hui pour avoir ma réponse. J'espère que je saurai garder un peu de contenance, cette fois… Pas qu'atteindre les sommets du ridicule me dérange – il faut bien atteindre le sommet de quelque chose, après tout –, mais si cela pouvait se faire devant quelqu'un d'autre que lui, ce ne serait sans doute pas plus mal.

.

Le cours se finit alors que je n'en ai pas écouté une miette, et, tandis que l'ensemble de mes camarades se précipitent hors de la salle, je prends le soin de ranger mes affaires le plus lentement possible, dans l'optique de vainement retarder la fatidique confrontation.

Je remarque, en triant une quatrième fois mes divers papiers, que mon frère ne m'a pas attendue. Ce qui signifie qu'il ne s'inquiète pas pour moi, c'est-à-dire que j'ai réussi à lui masquer mon inquiétude. Et si j'ai réussi à tromper mon frère, je peux mater n'importe qui, même lui, tout capitaine soit-il, me dis-je dans une tentative d'auto-réconfort. Qui, bien sûr, est un échec total d'autant plus que je suis finalement obligée de sortir de la salle, et qu'alors je le vois.

Appuyé sur le mur avec nonchalance – attitude démentie par une froideur que tout en lui semble hurler : ses bras croisés, ses sourcils froncés dans un mécontentement perpétuel, jusqu'à la couleur atypique de ses yeux et de ses cheveux… Pourtant, les précautions qu'il a prises hier pour me faire son offre suffisent à me faire comprendre que Capitaine Glaçon a, tout simplement, des problèmes de communication non-verbale.

.

Mais ce n'est pas vraiment le moment de disserter sur ce sujet : il m'a vu, et se dirige vers moi, puis s'incline respectueusement devant mes yeux ébahis, en me saluant sobrement :

« Sato.

– Capitaine… Hitsugaya, je bredouille en m'inclinant à mon tour, bien maladroitement.

– Vous avez réfléchi à ma proposition ?

– En effet… »

J'inspire un grand coup pour me calmer, avant de continuer :

« Je crois que vous avez choisi la mauvaise personne, Capitaine. De nombreuses personnes de ma classe ont bien plus de potentiel que moi, et ont des compétences plus équilibrées. Je pense que mon professeur a dû vous signaler mon frère il…

– Sato, m'interrompt le Capitaine d'un geste de la main. Je ne vous ai pas demandé de remettre en cause ma capacité à faire un choix. »

Susceptible, hein ? Avant que je puisse commencer à paniquer devant cette interprétation excessivement négative de mes propos, il reprend :

« Je vous ai demandé si vous vouliez entrer dans le Corps des Nécromanciens, avec, je n'en doute pas, une belle carrière en vue, ou si vous préfériez joindre le Gotei 13, auquel cas je m'engagerais personnellement à développer votre potentiel par un entraînement intensif. Ceci, ajoute-t-il en fronçant un peu plus les sourcils, n'a rien à voir avec aucun de vos camarades, qui auront les carrières qu'ils méritent. Me suis-je bien fait comprendre ? »

Je hoche la tête, tétanisée. Rien ne m'a jamais paru aussi limpide, sauf peut-être la couleur de ses yeux rivés dans les miens, vraiment tout à fait magnifiques. Je fonds devant un Glaçon. Cette pensée ridicule me permet de sortir de mon ahurissement, et c'est avec un sourire légèrement embarrassé que je lui réponds finalement :

« J'accepte votre offre, Capitaine. C'est un grand honneur, je…

– Bien », m'interrompt-il une seconde fois. Cette fois encore à mon plus grand soulagement : vraiment, je n'ai jamais été douée en conversations formelles.

« Nous commencerons donc demain. Vous me retrouverez dans la troisième salle d'entraînement après vos cours.

– Oui, Capitaine.

– Une dernière chose, Sato… »

Il me regarde d'un drôle d'air un peu perplexe.

« Vous pourrez remercier votre frère de m'avoir prévenu de votre inquiétant complexe d'infériorité. Ça se soigne, ces choses-là, vous savez ? »

Et il me plante là, tandis que, bouche bée, j'essaye de me refaire une contenance.

Complexe d'infériorité ? Et puis quoi encore ?

Je ne vais pas le remercier, mon frère, je vais l'égorger.

.