CHAPITRE 9 : Ce serait trop facile

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« Kaede. Bienvenue. »

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Au moment où, entendant mon prénom, j'ouvre les yeux, je comprends immédiatement où je suis, et qui est cette femme en face de moi qui me semble si familière.

« Salut. Je suppose que tu ne souhaites pas me dire ton nom ?

– Tu ne le souhaites pas non plus, n'est-ce pas ? Ce serait trop facile… »

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Elle n'a pas tort.

Depuis que je m'entraîne avec le Capitaine Hitsugaya, j'en bave quotidiennement pour m'améliorer, même en dehors de nos séances. Je ne prends plus prétexte de mon piètre potentiel pour ne pas travailler mes techniques de combat, et pour ce qui est du Kidoh, je ne me contente plus de mon niveau actuel, comme j'avais pu le faire avec prétention.

En fait, à bien y réfléchir, c'est dingue ce que j'ai pu être stupide, bornée, et… Bref. Une raison de plus pour vénérer Capitaine Glaçon, je suppose.

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Alors que j'en arrive à cette conclusion, la femme aux longs cheveux gris, qui semble avoir suivi le cheminement de mes pensées, me sourit d'un air amusé. Je la regarde en retour d'un air interrogateur, en haussant les sourcils.

« Ton intérêt pour lui devient quelque peu obsessionnel, Kaede. »

Son sourire s'agrandit en me voyant rougir soudainement, et grommeler un vague « De quoi je me mêle » dans ma barbe inexistante.

« Tu n'as pas tort, ceci dit. Ce garçon a une très bonne influence sur toi. Par ailleurs, ce qui ne gâche rien, il est plutôt agréable à regarder, n'est-ce pas ? »

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Je réalise à la lueur malicieuse de ses yeux qu'elle se fout ouvertement de ma gueule. Et moi, je fonce tête baissée dans ces pièges qu'un gamin de trois ans aurait repérés. Je souris légèrement et réplique alors :

« Et après ça, c'est moi qui ai un intérêt obsessionnel pour lui ?! »

Elle rit doucement, et j'en profite pour l'observer plus en détail. Je ne peux pas vraiment juger de sa taille, puisqu'elle est comme moi assise en tailleur, mais elle est certainement d'un gabarit plus imposant que le mien – ce qui n'est pas étonnant : je suis plutôt fine, et même Capitaine Glaçon, qui ne doit pas atteindre le mètre 65, me dépasse d'une bonne tête.

C'est vrai que je pense tout le temps à lui, finalement.

Bref.

Elle est vêtue d'une sorte d'armure, qui m'évoque les chevaliers européens du Moyen-Âge, dans un métal argenté et absolument impeccable, à un tel point que je vois mon visage déformé se refléter sur son poitrail. Etrangement, ses cheveux semblant faits du même métal, si bien qu'on la croirait entièrement recouverte de son armure – alors que celle-ci, qui recouvre certes ses mains et pieds, s'arrête en bas de sa mâchoire.

Son visage souriant dégage force, assurance, confiance, sérénité et malgré tout, humilité.

Elle inspire le respect.

On dit qu'un zanpakutoh est une partie de l'âme de son maître… Je ne me suis jamais sentie aussi fière et honorée qu'en ce moment. Je réalise aussi qu'il va me falloir être à la hauteur.

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« Que dois-je faire pour mériter de savoir ton nom ?

– Tu ne t'attends tout de même pas à ce que je te donne une recette de cuisine, j'espère ? »

A son sourire à la fois amusé et réprobateur, je réponds par une moue appréciative. Bien sûr que non, je ne m'y attends pas. Plus encore, comme tout à l'heure, je ne le souhaite pas et elle le sait parfaitement. Ce serait trop facile, après tout, et désormais, j'aime les challenges.

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