CHAPITRE 17 : Nouvelle routine

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Cela fait déjà plusieurs mois que je suis à la dixième division, et je n'ai pas vraiment le temps de m'y ennuyer. En semaine, mon emploi du temps est partagé entre diverses corvées et missions de peu d'importance – c'est tout ce dont les promotions les plus récentes écopent – et des entraînements avec les shinigamis de ma promotion, malheureusement obligatoires. Notre groupe m'est sympathique, mais après des mois d'entraînement avec le Capitaine Hitsugaya, force m'est de constater que mon niveau est bien supérieur aux leurs. Je continue donc, dans mon temps libre, à m'entraîner seule, aussi bien au Kidoh qu'avec mon zanpakutoh.

Le dimanche, je retrouve mon frère pour le déjeuner, avant de rejoindre le Capitaine dans son bureau. En attendant qu'il finisse son travail administratif – il fait beaucoup de paperasse –, je dispose souvent de quelques heures, pendant lesquelles j'ai pris l'habitude de lire des livres de sa bibliothèque. Puis nous partons vers un terrain d'entraînement en plein air, à la périphérie du Seireitei, où il commence par m'évaluer, avant de me faire enchaîner des exercices jusqu'à ce que je me croie sur le point de mourir. Il me fait alors marcher lentement, en silence, jusqu'à ce que je retrouve un état à peu près normal, puis nous dînons ensemble, toujours au même endroit : un petit boui-boui vendant du poisson grillé – un délice –, juste assez miteux pour que je m'y sente à mon aise malgré mon uniforme encore trempé par la sueur, ma peau et mes cheveux poisseux. Un nouveau rituel, qui a remplacé celui de l'Académie, et qui me plaît tout autant.

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Aujourd'hui est un lundi, et je n'ai pas assez dormi. En partie à cause de mon entraînement puis de mon dîner de la veille avec le Capitaine – la soirée s'est terminée tard – mais aussi à cause de Takahata Hisao, l'abruti fini qui sert de 20ème siège à notre division et qui s'est senti obligé de réveiller mon dortoir avant l'aube pour nous accuser de lui avoir volé… Quoi exactement ? Je ne sais pas. J'étais trop occupée à essayer de me convaincre de ne pas le tuer pour l'écouter.

Je suis donc d'une humeur particulièrement massacrante, et ma corvée de la matinée, qui consiste à passer la serpillière dans les couloirs, ne me rend pas plus joyeuse.

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Autant dire que ce n'est pas le moment de me contrarier.

Voilà ce que je pense en frottant rageusement une tâche trop tenace sur le sol, tandis que mon binôme de tâches ingrates, Takeya, s'échine à frotter le mur où s'étalent des traces dont personne ne souhaite vraiment connaître l'origine.

Je ne suis donc pas dans mes meilleures dispositions quand quelqu'un déboule d'un autre couloir et me fonce dedans.

L'énorme pile de papiers qu'il portait à bout de bras s'effondre alors, et des feuilles s'étalent partout sur le sol mouillé du couloir, ce qui me fait ricaner quand je constate que la personne qui me fait face n'est autre que Takahata, notre 20ème siège. Mais mon rictus s'efface vite quand, l'air exaspéré au plus haut point, il m'apostrophe :

« Toi… Ramasse ça au lieu de me regarder avec cet air abruti ! »

Je suis tellement abasourdie que je reste d'abord quelques instants sans réaction… Avant de me révolter :

« Et puis quoi encore ? C'est pas moi qui t'ai foncé dedans que je sache ! »

Sa rage lui fait contracter les mâchoires, avant de plisser les yeux comme s'il venait de comprendre quelque chose.

« Toi… siffle-t-il. C'est toi qui m'as volé mes bagues ! »

J'ai à peine le temps de comprendre de quoi il m'accuse, et d'émettre un « Quoi ?! » étranglé et scandalisé, que sa main contractée en un énorme poing me fonce dessus.

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