Note préalable
Merci Darylan pour ta review ! Grâce à toi j'ai revu le passage où Hitsugaya se dispute avec Hiyori et j'admire beaucoup son talent pour le faire tourner en bourrique à un moment aussi sérieux haha !
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CHAPITRE 23 : Forteresse
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« Kaede. Bienvenue. »
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Je souris en entendant la voix maintenant familière de mon zanpakutoh, qui m'accueille toujours ainsi dans mon monde intérieur. Mais quand j'ouvre les yeux, rien ne va. D'habitude, nous sommes toutes les deux assises l'une en face de l'autre au centre d'une petite pièce ronde aux murs en grosses pierres mais je me trouve maintenant debout, seule, au pied d'un piton rocheux en haut duquel trône une forteresse.
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« Viens, je t'attends. »
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C'est la première fois que mon zanpakutoh me défie ainsi, et j'ai hâte de relever le défi. La première difficulté sera évidemment de parvenir en haut du piton, mais je me doute déjà que pénétrer dans la forteresse, puis y retrouver cette pièce ronde ne sera pas évident.
Avant de commencer mon ascension, j'essaye de prévoir un chemin et de le retenir. Je n'ai jamais escaladé quoi que ce soit sans shunpo, donc j'ai intérêt à avoir un itinéraire en tête, pour éviter les passages les plus difficiles et pouvoir me reposer régulièrement dans des endroits pas trop escarpés. Puis je finis par me lancer.
La roche est incroyablement glissante et irrégulière, et je profite de ma première pause pour m'enrouler les mains et les pieds dans des bandes de tissus arrachées à mon shihakusho. Je sais que j'aurais dû y penser avant même de partir, mais heureusement je n'ai pas encore les mains trop abîmées. Il me faudra seulement être prudente et renouveler régulièrement ces bandages de fortune. Je reprends mon ascension.
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Au bout de ce qui me semble être une éternité, je finis par arriver au pied des murs de la forteresse. Je sais intuitivement qu'aucun adversaire ne m'empêchera d'y entrer, mais ça ne veut pas dire que je dois me précipiter… Et de toute façon, je n'en serai pas capable : j'aimerais pouvoir dire que je ne sens plus mes bras et mes jambes, mais malheureusement le moindre mouvement me fait grimacer de douleur. Sans parler de mes mains. Chaque pause lors de ma montée était presque pire que la montée elle-même, et j'ai bien failli ne pas repartir de nombreuses fois. Il ne faut donc pas non plus que je tarde trop à m'attaquer à cette forteresse…
Après en avoir fait le tour pour l'observer, je m'arrête devant la monumentale porte de bois cloutée qui en marque l'entrée. Cette forteresse est mon monde intérieur, après tout pourquoi devrais-je y entrer comme une voleuse ? Et puis, ce n'est pas comme si j'avais trouvé d'idée brillante par ailleurs : malheureusement, ou heureusement peut-être, la pierre dont l'enceinte est faite est trop lisse pour que je puisse l'escalader.
Je m'avance donc vers la porte, lève le poing pour frapper, mais me reprend au dernier moment et pose plutôt la main à plat sur le bois. Un frisson me parcourt alors que le bois frémit sous mes doigts, comme vivant. Je sens le pouvoir de mon zanpakutoh à portée de main, enivrant au point que j'en oublie un instant mes souffrances. Pleine d'une assurance nouvelle, j'ouvre calmement les deux battants de la porte en les poussant sans difficulté.
Devant moi, le début d'un labyrinthe.
L'espace d'une seconde, je me sens soulagée que cette nouvelle épreuve ne soit pas physique, qu'il ne s'agisse que d'un labyrinthe mais cette même pensée me fait tiquer. Ça ne sera pas si simple que ça… Et pour savoir ce qui m'attend, je n'ai qu'un moyen : entrer là-dedans.
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Sans avoir un excellent sens de l'orientation, je sais que quelque chose cloche. J'ai essayé d'être méthodique malgré ma fatigue, mais rien n'y fait, les fausses pistes se suivent et deviennent de plus en plus longues, comme si ce labyrinthe était infini.
Réfléchissons. La première épreuve, celle de l'escalade, était physique. Celle-là aurait logiquement pu être intellectuelle : mon zanpakutoh n'était sans doute pas du genre à ne vouloir que je prouve ma valeur qu'en faisant jouer mes muscles. Mais un labyrinthe classique n'est pas vraiment une épreuve intellectuelle puisqu'une simple méthode suffit à s'en sortir à la longue. Il me faut donc réfléchir pour trouver la solution… C'est une énigme. Sauf qu'avant de trouver la solution, je vais devoir trouver l'énigme elle-même. Quels indices ai-je pu avoir ? Je continue de penser que l'escalade était une épreuve distincte. Le tour de la forteresse ne m'a rien appris…
Avant le labyrinthe, il n'y a eu que la porte. La sensation de pouvoir.
C'est ça : je ne dois pas chercher la sortie du labyrinthe, je dois chercher ça. Je l'ai appelé pouvoir, mais ça ne correspond pas vraiment, en fait, maintenant que j'essaye de le revivre. Non, c'était bien plus que du pouvoir. Je me suis sentie complète.
Alors que je commence à toucher du doigt j'ai ressenti à l'entrée de la forteresse, je sens immédiatement que je suis pas du tout au bon endroit. Je sens que je dois revenir sur mes pas jusqu'au dernier carrefour.
Je recommence alors à marcher dans le labyrinthe, les yeux fermés pour mieux sentir, me laissant guider par ce qui est comme un entêtant parfum.
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Je ne saurais pas dire combien de temps m'a été nécessaire pour me sortir de ce labyrinthe. L'état d'envoûtement dans lequel je l'ai parcouru me semble avoir duré une éternité, et pourtant j'ai à peine l'impression d'avoir marché cent mètres. Mais ça a peu d'importance, puisque je sais que je suis arrivée.
Et en effet, quand je rouvre les yeux, je suis dans la petite pièce rond habituelle, et elle est en face de moi, souriante. Elle s'appelle…
Suchiru no Yoroi.
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