CHAPITRE 35 : Routine préservée
.
Hitsugaya-san rassemble la vaisselle du dîner avant de partir dans la cuisine, et j'en profite pour réfléchir un peu à la discussion que nous venons d'avoir.
Ça fait quelques semaines que j'ai fini ma formation initiale à la 4ème division et que je travaille avec le lieutenant Kotetsu, qui est ravie de pouvoir passer du temps à discuter soins et Kidoh plutôt que de traiter de la paperasse. Nous sommes en train de devenir assez proches, et je réalise d'autant mieux maintenant à quel point elle admirait le capitaine Unohana. Même si elle ne me dit jamais rien qui puisse me mettre la pression, je suis très douée pour me la mettre toute seule, et je commence à me demander si je pourrais un jour être à la hauteur de ses attentes – et des attentes du reste du Gotei 13, par la même occasion. Mais Hitsugaya-san a raison : je dois arrêter de penser que tout le monde s'attend à ce que je sois la même capitaine qu'Unohana. Et je dois arrêter de penser à ce que tout le monde attend de moi, au passage. Ce n'est pas parce que je serai différente que je serai moins bien – même si je risque fort d'être moins bien quand même, puisqu'elle était apparemment extraordinaire. De toute façon, mieux vaut une capitaine médiocre que pas de capitaine du tout, j'imagine. Et puis je suis encore loin d'être capitaine, donc je suis en train de me prendre la tête pour rien.
Je soupire, fatiguée. Heureusement que mon emploi du temps à la quatrième division prévoit un congé le dimanche après-midi. Ça m'a permis de préserver une routine avec Hitsugaya-san : entraînement, puis dîner. Presque comme avant, si ce n'est que nous prenons plus souvent le temps de nous doucher après l'entraînement, et que nous ne dînons plus dans notre boui-boui préféré mais plutôt chez lui, pour plus d'intimité. Je sais que j'aurai besoin de ces entraînements si je veux devenir capitaine, et j'ai aussi besoin de mes discussions avec Hitsugaya-san : j'aime aussi beaucoup parler à Hiro ou à Takeya, mais Hitsugaya-san arrive à me faire prendre du recul quand j'en ai besoin. Et puis, nous trouvons toujours le temps de nous embrasser, ce qui ne gâche rien.
.
.
Je jette un coup d'oeil à l'horloge : il est déjà tard. Je me lève donc et rejoins Hitsugaya-san dans la cuisine, où je le trouve devant l'évier en train de faire la vaisselle.
« J'ai une grosse journée demain donc je ne vais pas tarder à repartir, même si ça ne m'enchante pas de rentrer dans mon dortoir… »
Alors que j'avais obtenu un logement individuel en devant 20ème siège à la 10ème division, en abandonnant ce poste, j'ai aussi dû abandonner le logement, et je me trouve aujourd'hui dans un dortoir qui, franchement, a vu de meilleurs jours – je crois que tout le budget de la 4ème division passe dans les soins – et après m'être habituée à avoir mon espace personnel… Je n'en suis pas ravie. Hitsugaya-san rince soigneusement sa presse a tsukemono et me propose, avec le ton hésitant qu'il a toujours quand il me parle de notre relation :
« Vous pourriez rester ici. »
Pour la nuit, je complète intérieurement, et l'idée me fait rougir jusqu'aux oreilles. Jusque-là, nous nous sommes embrassés en long, en large et en travers, mais rien d'autre. Heureusement, Hitsugaya-san, qui a fini d'arranger la vaisselle sur son égouttoir, se retourne vers moi et reprend avant que j'imagine des scénarios érotiques trop détaillés :
« Ce n'est pas ce que je voulais dire ! »
Il est à peu près aussi rouge que moi.
« Je voulais vous proposer de vous installer ici, à long terme. J'aime beaucoup nos rendez-vous du dimanche soir, mais… Eh bien, je vous voyais plus souvent avant. »
Cet homme est adorable. Mon sourire ravi le rassure visiblement.
« Ce serait un plaisir. Et puisqu'on en est là, on pourrait peut-être se tutoyer et s'appeler par nos prénoms ? »
.
