CHAPITRE 38 : Réactions
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« Sato-san, voici Kurosaki Karin, la sœur de Kurosaki Ichigo. Karin-chan, je te présente Sato Kaede-san, elle travaille à la quatrième division. »
Nous nous dévisageons avec curiosité. J'ai entendu parler des Kurosaki, et je suis assez intriguée à l'idée de la rencontrer. Et de son côté, eh bien, comme tout le monde qui me regarde bizarrement désormais, elle doit être curieuse de connaître la compagne de Toshiro, j'imagine.
« Enchantée ! C'est vous qui travaillez dans une clinique médicale ?
- Euh, non, ça c'est ma sœur jumelle. Je suis entraîneuse sportive. Enfin, nous sommes toutes les deux retraitées maintenant, de toute façon. »
Ma déception doit se voir, car elle sourit avant d'ajouter :
« Désolée, j'ai vite compris que je n'avais pas la patience pour ça.
- Je ne suis pas particulièrement patiente et je ne m'en tire pas si mal », je réponds, un peu sèchement. J'en ai marre qu'on pense que les soignants sont tous de doux agneaux inoffensifs. C'est en partie à cause de ça que la 4ème division est si peu respectée – les doux agneaux inoffensifs méritent le respect, bien sûr, mais la 11ème division n'a pas l'air de le comprendre. Heureusement, Kurosaki-san ne se vexe pas, au contraire, elle a l'air amusée.
« J'aurais dû m'en douter. Qui se ressemble s'assemble, après tout, et Toshiro est très soupe au lait.
- Toshiro n'est pas soupe au lait », je m'indigne.
Elle ricane.
« Et toi si ?
- C'est quoi ton problème, Kurosaki !? »
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« Kaede-chaaaaaan ! »
Je soupire, épuisée, en entendant l'appel du lieutenant Matsumoto. Ça a commencé hier avec Kurosaki qui m'a fait tourner en bourrique, et depuis, toutes les connaissances de Toshiro défilent, curieuses de me rencontrer ou d'en apprendre plus sur notre relation, et j'ai l'impression d'être une bête de foire. Finalement, Kurosaki, même en étant de loin la plus malpolie, est aussi celle qui avait le plus l'air de vraiment s'intéresser à moi. Cela dit, le lieutenant Matsumoto me connaît déjà, et elle connaît encore mieux Toshiro, donc ce sera peut-être un bon moment à passer ?
De toute façon, elle est inarrêtable, donc je n'y échapperai pas.
« Je suis tellement contente pour vous deux ! Le capitaine s'est tellement épanoui depuis qu'il te connaît ! »
Elle sent fortement le sake, mais son enthousiasme joyeux et sincère me touche et je ne peux pas m'empêcher de lui sourire en rougissant avant qu'elle ne m'étouffe dans une embrassade dont je ne suis pas sûre de réchapper.
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« Sato-san ? Je peux vous parler un instant ? »
Ma supérieure m'autorise à partir d'un geste de la main pendant qu'elle continue à expliquer son diagnostic aux autres, et je quitte la pièce en compagnie du lieutenant Hinamori, qui a l'air légèrement tendue.
« Vous allez bien, lieutenant ?
- Oui, merci, me répond-elle avec un petit sourire crispé. Désolée d'avoir interrompu votre journée de travail.
- Pas de souci. »
Je l'emmène dans le bureau du lieutenant Kotetsu, où je sais que nous ne serons pas dérangées puisqu'elle est en congé aujourd'hui, et nous nous asseyons en face l'une de l'autre. Elle n'hésite qu'un court instant avant de se lancer :
« Ça fait longtemps que Hitsugaya-kun a des sentiments pour vous. »
Oula. Drôle d'entrée en matière. Je plisse les yeux, méfiante.
« Je le connais bien et depuis longtemps. C'est la première fois que je le vois amoureux, et il l'est visiblement beaucoup. Vous, en revanche, je ne vous connais presque pas. Donc je me demande si vous êtes aussi investie que lui dans cette relation. »
J'ai du mal à croire ce que je viens d'entendre. J'aime beaucoup le lieutenant Hinamori, en temps normal, donc je suis un peu choquée par le manque total de civilité dont elle vient de faire montre. Puis l'énervement prend le pas sur la surprise et ma langue se délie :
« Mais de quoi je me mêle ? Même si vous faisiez l'effort d'être polie, je vous signale que la relation que j'entretiens avec Toshiro ne vous concerne absolument pas ! Pourquoi est-ce que, depuis hier, tout le monde se croit autorisé à poser les questions les plus indiscrètes et faire les commentaires les plus désagréables ?! »
Le lieutenant Hinamori, d'abord surprise par mon emportement, prend vite un air coupable, si bien qu'à la fin de ma tirade, je regrette un peu de m'être énervée aussi rudement contre elle.
« Désolée », nous nous excusons en même temps. Ça nous fait sourire, et l'atmosphère se détend légèrement.
« Vous avez raison, je me mêle de ce qui ne me regarde pas, excusez-moi. »
J'accepte ses excuses d'un hochement de tête, et elle reprend après un temps d'hésitation :
« Quand vous étiez encore à la 10ème division, je n'ai pas pu m'empêcher de faire le parallèle entre vous deux et une situation très malsaine que j'ai vécue il y a plusieurs dizaines d'années. Je crois que j'ai laissé mon inquiétude me monter à la tête depuis…
- C'est oublié, je la rassure avec un sourire sincère. Et si ça peut vous rassurer, je suis très ''investie'' dans ma relation avec Toshiro », je conclus d'un ton légèrement moqueur.
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« Je suis content pour toi, Kaede. Tu as l'air très heureuse avec lui.
- Et il a l'air heureux aussi, rajoute Takeya à côté de mon frère. Ça fait trois jours que tous les anciens de la 10ème division expliquent à qui veut l'entendre qu'il est plus détendu depuis qu'il te connaît. »
Je grimace à l'évocation de ces rumeurs : ça ne me plaît pas vraiment que ma vie privée fasse le tour des 13 divisions. Hiro me rassure :
« Ne t'en fais pas, dans quelques jours le Journal du Seireitei va sortir et donnera plein d'autres idées de potins à tout le monde.
- Et tout le monde sera occupé avec les fêtes de fin d'année. »
Je leur souris. Avec Toshiro dans la cuisine qui finit de préparer le repas, mon frère et mon meilleur ami devant moi, toute ma famille choisie m'entoure, et ce dîner devrait être un bon moment.
« Merci, les gars. Vous êtes des sucres. »
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« Grand-mère, je te présente Kaede, dont-je-t'ai-déjà-parlé, Toshiro rajoute en marmonnant, visiblement embarrassé. Kaede, voici ma grand-mère.
- Bonjour madame », je salue, un peu intimidée. « C'est un plaisir de vous rencontrer ».
Elle me sourit chaleureusement.
« Bonjour, Kaede-san. Ça me fait plaisir que vous veniez me rendre visite tous les deux. Installe-toi, Kaede-san, je vais préparer du thé. Toshiro, j'ai acheté de la pastèque pour toi, elle est dans la remise. »
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« Sato-san, je peux vous poser une question ? »
Je lève la tête de la paperasse que j'étais en train de remplir pour me tourner vers le lieutenant Kotetsu. Pendant ses quelques jours de congé, les papiers à signer et formulaires à remplir se sont accumulés, donc nous avons prévu de passer la journée ensemble pour traiter les dossiers les plus urgents.
« Est-ce qu'il s'est passé en mon absence quelque chose dont je devrais être au courant ? Nos shinigamis se comportent curieusement avec vous aujourd'hui. »
Je me passe la main sur le visage, lasse. En effet, je ne peux plus me déplacer dans un couloir sans qu'on me regarde fixement et qu'on murmure à mon sujet. Et c'est sans parler de tous ceux qui semblent avoir oublié comment me parler sans glousser, bégayer ou rougir. Franchement, je préfère ne pas savoir ce qui se dit derrière mon dos pour les avoir mis dans cet état. J'espère juste que le lieutenant Kotetsu ne va pas changer de comportement envers moi.
« Apparemment tout le Seireitei a appris que je suis en couple avec le capitaine Hitsugaya, et tout un tas de rumeurs circulent à ce sujet, dont je ne veux pas connaître le contenu. À ma connaissance, c'est ce qui explique le changement de comportement de ces commères, bien que ce soit parfaitement ridicule. »
Le lieutenant Kotetsu a l'air étonnée et un peu confuse, et ça me fait presque plaisir de contempler cette réaction : enfin une réaction normale. Puis elle reprend :
« Désolée, je ne voulais pas me mêler de votre vie privée. Est-ce que vous voulez que je rassemble la division pour leur dire d'arrêter ?
- C'est gentil, mais je préfère éviter d'attirer encore plus d'attention. »
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