CHAPITRE 41 : Menace

.

Je me compose une expression aussi sérieuse que possible avant d'entrer dans le réfectoire où quelques lève-tôt prennent déjà leur petit-déjeuner.

« Kojima ? Je peux te parler une minute ? »

Il finit rapidement sa boisson puis me suit à l'extérieur du réfectoire, et je l'emmène dans le bureau du lieutenant Kotetsu, dans le but complètement assumé de l'impressionner en lui rappelant que je suis dans les petits papiers de notre supérieure. Nous nous asseyons, puis je le fixe quelques secondes droit dans les yeux, jusqu'à ce qu'il soit légèrement gêné, avant de prendre la parole.

.

« Dis-moi, Kojima… ça fait combien de temps que Fuu a intégré ton équipe de soin ?

- Euh… À peu près 3 ans, je crois », me répond Kojima, l'air confus.

« Hmm. Et ça fait combien de temps que tu essayes de l'inviter à dîner ? »

Il fronce les sourcils et ses oreilles rougissent : je commence à l'énerver.

« Je ne fais rien de mal ! »

Je reste parfaitement calme et continue d'un ton purement factuel :

« Ce n'était pas ma question. Admettons que tu as commencé quand je vous ai rejoint, puisqu'à ce moment-là j'en ai été témoin. Ça fait un peu moins de 2 ans, disons 80 semaines, à la louche. En estimant à la baisse que tu l'invites à dîner une fois par semaine, ça fait 80 invitations à dîner qu'elle refuse. C'est vrai qu'elle le fait toujours poliment, et qu'elle a toujours une bonne excuse, mais quand même, ça fait 80 bonnes excuses sans qu'elle prenne une seule fois la peine de te retourner l'invitation. Tu ne t'es jamais dit qu'elle n'était pas intéressée ? »

.

Il est absolument furieux, d'autant plus qu'il n'a rien à répondre, et me lance un regard assassin. Je le laisse mijoter quelques secondes de plus avant de reprendre.

« Admettons que ça ne t'ait jamais traversé l'esprit. Je vais t'expliquer quelque chose : tu ne penses peut-être pas à mal, mais elle, elle craint le jour où elle n'aura plus de bonne excuse, où elle se sentira obligée d'accepter et où tu commenceras à insister pour passer à la prochaine étape. Elle déteste que tu l'invites à dîner. »

Je passe sous silence le fait qu'il s'agit de mon interprétation, que Fuu ne m'en a jamais vraiment parlé et que je mène cette conversation de ma propre initiative. Je n'ai pas envie de casser mon petit effet : Kojima n'a déjà plus tellement l'air énervé mais plutôt incertain et légèrement honteux.

.

« Je pense que désormais, la situation est claire. Je te préviens donc : si tu ne la laisses pas tranquille à partir de maintenant, je te casse la gueule. À chaque fois que tu insisteras, je ferai en sorte que tu ne puisse pas te lever pendant une semaine. »

Il passe de rouge à blanc puis légèrement vert, et je suis très contente de mon effet. Kaede m'a dit qu'il avait peur de moi depuis que je me suis battue avec Iemura-san, et je vois qu'elle avait raison. Encore une fois, je laisse s'écouler un un moment, puis je conclus, toujours aussi calmement :

« Ce sera tout. »

Il quitte très rapidement le bureau, me laissant extrêmement satisfaite. Je suis à peu près sûre qu'il va arrêter, et j'ai même bon espoir de l'avoir poussé à remettre son comportement en question. Comme quoi, décidément, cette « stratégie du conflit » a du bon.

.