CHAP46 : Combats
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J'aimerais bien maîtriser le Shunko : ça calmerait tout de suite des andouilles de la 11ème. Malheureusement, je ne connais pas encore très bien Soi Fon et je ne veux pas l'énerver en lui demandant quelque chose comme ça… Donc aujourd'hui, mon zanpakutoh devra suffire.
De toute façon, ce n'est que Takahata et je l'ai déjà vaincu en duel, m'a rappelé Toshiro pour me rassurer – même si, cette fois-là, j'avais utilisé du Kidoh, et que je m'en étais sortie salement amochée. Aujourd'hui, il faut que je m'en sorte sans Kidoh, et sans trop d'égratignures : c'est comme ça que la 11ème division me prendra au sérieux. Et c'est d'autant plus important que dans le petit public de shinigamis assemblés pour observer le combat se trouve le 3ème siège Madarame Ikkaku, qui a une influence énorme sur sa division, même s'il se donne rarement la peine d'en faire l'usage.
L'enjeu est donc de taille, et même si je sais que je suis bien meilleure que Takahata, je ne peux pas m'empêcher de me sentir légèrement nerveuse.
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Après une minute d'échanges pendant lesquelles je suis restée très prudente, je suis déjà plus détendue. Visiblement, si Takahata aime se battre, il n'aime pas s'entraîner, ce qui fait qu'il n'a pas énormément progressé depuis notre dernier combat – alors que j'ai sué sang et eau pour devenir capitaine.
Frustré, il semble réfléchir à libérer son zanpakutoh. C'est bien : je dois le battre alors qu'il est au maximum de ses capacités pour ne lui laisser aucune excuse. Mais ça signifie que je vais devoir rester prudente un peu plus longtemps : ce n'est pas parce que je suis meilleure que lui que je vais me jeter sur un Shikai aux effets complètements inconnus.
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Le Shikai de Takahata, comme souvent à la 11ème division, repose entièrement sur de la force brute : une sorte de tronçonneuse, probablement capable de faire du dégât, mais aucune finesse. Pas de mauvaise surprise, donc. Je vais pouvoir mettre fin à tout ça sans avoir à libérer Suchiru no Yoroi.
Je bloque une attaque de Takahata, puis je pivote et le fais reculer d'un coup de talon sur la rotule, qui le fait grimacer. Ce gars est tout dans l'attaque et rien dans la défense : il me sera très facile de l'affaiblir physiquement en visant les tendons, et après ça, je n'aurai plus qu'à le cueillir comme une fleur. Eh oui, ça peut être utile en combat d'avoir des connaissances médicales.
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Alors que le Shikai de Takahata disparaît, laissant place à un sabre scellé, je rengaine mon propre zanpakutoh et cherche parmi les spectateurs les deux soignants à qui j'avais demandé d'être présents pour s'occuper de Takahata – ou de moi, le cas échéant. Mais là, c'est bien lui qui est étendu inconscient pendant que j'ai simplement besoin de reprendre mon souffle.
Madarame est toujours là et me regarde avec un rictus que je trouve honnêtement un peu flippant, mais je ne m'y attarde pas : ma priorité est de m'assurer que des soins soient prodigués à Takahata, et après, je dois retourner à ma paperasse.
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« Kaede ? Madarame-san de la 11ème veut te parler. Je le fais entrer ?
« Ah ? Euh, oui, s'il te plaît. Et je pense que ce serait bien que tu restes, au cas où. »
Au cas où Madarame voudrait parler des violences infligées à mes subordonnés par les siens – je ne vois pas vraiment pour quelle autre raison il serait là, franchement. Grâce au travail de Fuu, les violences ont nettement diminué, et j'en suis soulagée, même si ça m'a valu quelques semaines blindées de combats contre des adversaires de niveaux très inégaux. La diminution des violences implique un vrai gain de temps pour les soignants et de moyens pour la division, et ça valait bien la peine de me battre contre quelques guignols. Cela dit, il reste encore du boulot : les shinigamis de la 11ème vouent un culte à leur capitaine, et visiblement ils sont persuadés que Zaraki souhaite qu'ils se comportent comme des brutes sans cerveaux, alors qu'il est beaucoup plus probable qu'il s'en fiche complètement, voire qu'il préfèrerait éviter la paperasse qu'implique leurs débordements. Va comprendre.
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« Bonjour, Madarame-san. Asseyez-vous, je vous en prie. »
« 'Jour, Cap'taine. »
Il parle respectueusement avec un accent du fin fond du Rukongai, et ça me fait tout de suite penser au lieutenant Abarai, que j'aime beaucoup. Je lui souris chaleureusement et lui présente formellement Fuu avant de lui demander :
« Alors, qu'est-ce que je peux faire pour vous ? »
Il se passe la main sur le crâne, l'air incertain.
« J'ai assisté à vot'combat contre Takahata – un beau combat de vot'part, Capitaine.
- Euh, merci.
- J'aurais bien aimé combattre cont'vous. »
Ah. A posteriori, je me rends compte que j'aurais dû m'en douter. Mais c'est la première fois qu'on vient me demander ça gentiment – j'ai déjà affronté plusieurs shinigamis qui avaient agressé mes subordonnés juste pour pouvoir se frotter à moi. Absurde, vraiment.
« Eh bien, euh… pourquoi pas, j'imagine -
- À une condition », m'interrompt Fuu. « Vous communiquez auprès de votre division au sujet des comportements inacceptables de certains de vos subordonnés. »
Elle perd pas le nord. Je lui souris avec gratitude, tandis que Madarame grimace légèrement.
« Je verrai ce que je peux faire. »
Je signale à Fuu d'un regard que ce n'est pas la peine d'insister. Comme tous ses collègues, Madarame est loyal jusqu'à la dévotion envers son capitaine, et il ne veut pas usurper son autorité.
« Très bien, mais pas sur mes horaires de travail, je perds suffisamment de temps comme ça avec ces âneries. Samedi après-midi ? »
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« Aïe !
- Essaye de te détendre, Kaede.
- J'aimerais t'y voir… »
Toshiro se contente de sourire, amusé, et recommence à me masser le haut du dos avec un baume contre les courbatures. Mon combat avec Madarame était hier soir, et je suis rentrée trop claquée pour penser à prendre soin de moi : du coup, des courbatures ont eu le temps de fleurir sur le moindre de mes muscles. Même saisir une tasse de thé me fait mal aux doigts.
Au moins, je suis sortie gagnante du combat : certes, contre son Bankai de bourrin, mon propre Bankai n'a pas suffi, et j'ai dû recourir à toute ma créativité et tout mon talent en Kidoh pour m'en sortir. Mais au moins, je ne resterai pas dans les mémoires comme la Capitaine qui s'est fait rétamer par un 3ème siège. Et puis Madarame ne m'en a visiblement pas voulu : il a largement eu le temps de s'amuser avant le passage au Kidoh, apparemment. J'ai l'impression de m'être fait un nouvel allié, en fait. Même si ça me laisse un peu perplexe.
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