Hello à tous, et surtout bonne année !
Pour bien la commencer et avant de passer au prochain chapitre de cette petite histoire, je voudrais adresser des remerciements tout particuliers à Ladgertha, Lilou, Louille, Hermione79 et Pluwie pour leurs adorables reviews ainsi qu'à ceux qui ont ajouté cette histoire à leurs favoris, vous êtes formidables et j'espère de tout coeur que ce nouveau chapitre vous plaira.
J'en profite d'ailleurs pour répondre aux reviews des guests :
Lilou : Merci beaucoup pour ton gentil commentaire ! Ta théorie n'est pas complètement folle, je ne peux rien confirmer ni infirmer pour le moment, mais tout ce que je peux dire c'est que j'espère te surprendre avec la suite haha. Gros bisous et encore merci d'avoir laissé une trace de ton passage !
Hermione79 : Merci pour ton retour qui m'a fait super plaisir ! J'adore Abraxas, car pour moi il peut prendre plein de formes différentes (un idiot, un séducteur, un horrible personnage…), j'espère que tu aimeras le rôle que je vais lui donner dans cette histoire. Quant à Tom et Hermione, j'espère que cette partie te donnera quelques indices supplémentaires, mais je pense que le plus gros est encore à venir ! ;)
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Comme promis, voici la partie 2 qui, malgré les protestations de ma chère relectrice et talentueuse copine TheWhiteQuill, n'a pas mis tant de temps que ça à arriver !
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« Hermione, est-ce que tu es sûre que tu ne veux pas aller voir un médicomage ? », demande Harry pour la troisième fois en l'aidant à s'asseoir dans son fauteuil de bureau usé. « Après ce qu'il s'est passé avec Dennis Crivey, le ministre et tous les autres, peut-être qu'il vaudrait mieux que tu… »
« Ce n'est pas Malefoy », coupe-t-elle en essuyant d'un revers de manche froissée la sueur qui détrempe son front.
Elle fixe d'un air vide la moquette à ses pieds, nettoyée par Harry d'un coup de baguette approximatif.
« Il aurait pourtant de bonnes raisons de te voir démissionner, tout le monde sait qu'il a une dent contre toi », insiste ce dernier en passant une main anxieuse dans sa tignasse indomptable.
« Je te dis que ce n'est pas Malefoy », répète-t-elle sèchement en levant les yeux vers lui.
Son ancien camarade de classe la regarde, peu convaincu.
« Tu devrais rentrer chez toi, tu as l'air épuisée », dit-il avec prudence, comme s'il craignait qu'elle ne se brise à l'entente de ses mots.
« Je vais bien », ment-elle fermement.
« Si tu le dis… », murmure-t-il.
Hermione déteste l'inquiétude qui déforme ses traits. Forçant un sourire à apparaître sur ses lèvres, elle attrape la main de son ami. Ses doigts lui paraissent froids contre sa peau brûlante et elle les serre avec un simulacre d'assurance.
« Ne t'en fais pas, Harry. Je vais juste travailler quelques heures et je rentrerai tôt chez moi, d'accord ? », dit-elle gentiment.
L'Auror hoche la tête, pressant brièvement sa main dans la sienne avant de la relâcher.
« Fais attention à toi, d'accord ? Les disparitions de nés-moldus se font de plus en plus fréquentes, ce sont maintenant des familles entières qui se volatilisent. Quelque chose se trame depuis la démission de Leach et… je n'aime pas ça. »
Hermione acquiesce, ses maxillaires légèrement engourdis par la fausse expression détendue qu'elle se force à afficher. Lorsque Harry sort finalement de la pièce, non sans un dernier regard soucieux en sa direction, elle verrouille la porte d'un coup de baguette et laisse tomber son front contre le bois de son bureau.
« Allez, Hermione. Ce n'est pas le moment de te laisser aller », se morigène-t-elle à voix basse.
Elle expire longuement, se concentrant pour visualiser une plage déserte au rivage rongé par les vagues et, petit à petit, les murs se construisent à nouveau autour d'elle, anesthésiant ses sens comme si elle venait de passer des heures dans un caisson de privation sensorielle. De hautes dunes s'élèvent devant ses yeux, masquant ses mensonges sous le sable chaud, tandis qu'une mer agitée emporte au loin les vestiges d'une tristesse qui n'aurait jamais dû exister.
Lorsqu'enfin Hermione se redresse, le vide au fond d'elle est de retour et le poids qui pesait dans sa poitrine s'est volatilisé.
Insensible à sa propre culpabilité et indifférente à la tempête qui s'acharne sur les fragiles murs de son esprit, elle attire à elle son encrier et entreprend de répondre, une par une, aux lettres pleines d'espoir envoyées par les loups-garous avec lesquels elle a travaillé ces trois dernières années.
Le reste de l'après-midi se déroule terriblement lentement. Cela fait des années qu'elle n'a pas eu à fermer son esprit aussi longtemps et l'effort que lui demande l'occlumancie pompe presque toute l'énergie qu'il lui reste, lui donnant la désagréable impression de fonctionner au ralenti, engluée dans un marais visqueux et opaque. Barricadée dans son palais mental, elle n'entend rien, ni les pas qui s'arrêtent quelques secondes derrière la porte de son bureau, ni la voix de son assistante qui lui crie à travers le panneau de bois qu'elle rentre chez elle, ni même le bruit de sa propre plume qui crisse sur le papier.
Lorsqu'elle quitte finalement le ministère désert et pousse quelques minutes plus tard la porte de son petit appartement du Chemin de Traverse, la nuit est déjà tombée sur Londres depuis plusieurs heures.
Avec un léger soupir, elle pose ses clés sur la console dans l'entrée et se débarrasse de son long manteau de laine.
Contrairement à son bureau, son appartement est parfaitement rangé. Les tapis sont propres, les fenêtres impeccables et les livres de sa grande bibliothèque murale sont classés selon un système complexe alliant thème et nom d'auteur qu'elle a perfectionné au fil des ans. Hermione ne se rappelle plus exactement depuis combien de temps elle n'est pas rentrée chez elle, pris une douche ou dormi dans son lit. Une semaine, estime-t-elle distraitement. Peut-être deux.
Dans le foyer de la cheminée, plusieurs lettres livrées en son absence l'attendent patiemment et elle se baisse pour les attraper. Entre ses doigts, se succèdent une carte postale des enfants d'Harry et Ginny en vacances chez James et Lily, une publicité pour un répulsif à gnomes super puissant et une lettre de ses parents lui demandant si elle passera les voir à Noël.
Hermione les jette sur la table basse devant elle et se laisse tomber sur son canapé, épuisée.
Machinalement, son regard se pose sur le vieux fauteuil bleu pâle qui trône au milieu de son salon.
Et dans son esprit, la digue cède à nouveau.
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(Quatre mille vingt jours plus tôt)
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Lorsqu'elle ouvre les yeux, le noir a tout envahi.
Il a pourri son sang, contaminé ses sens et dévoré le monde autour d'elle.
Elle ne se rappelle plus comment elle est arrivée ici.
Dans sa tête, s'étend un long tunnel sombre où la lumière est trop faible pour chasser l'obscurité. Un corridor glacial dans lequel une voix murmure à son âme des mots qu'elle a oubliés.
Si seulement elle pouvait s'en rappeler.
Quelque chose se déchire dans son esprit, comme une page de livre que l'on arrache ; l'excision presque chirurgicale d'un souvenir que les ténèbres lui ont volé.
Elle ne sait plus depuis combien de temps elle est là.
Un mois, une décennie, une éternité.
Tout ce qu'elle sait, c'est qu'elle est seule ; que personne ne viendra la sauver.
Quelque chose de lourd pèse sur son corps et entrave ses mouvements. Elle essaie de lever une main pour dégager le poids qui écrase sa poitrine, mais comme toujours, ses doigts restent immobiles. Elle voudrait taper, crier, remuer. Elle voudrait frapper du poing le couvercle au-dessus de sa tête, mais elle sait que c'est impossible.
Il y a des années qu'elle ne peut plus bouger.
L'angoisse engourdit ses muscles et se distille dans ses veines, répandant dans son corps le poison de la peur.
Elle a froid, si froid. Il fait toujours froid dans ce monde où le soleil ne se lève pas.
L'obscurité s'infiltre peu à peu en elle, comprimant sa gorge de ses mains glacées et, abandonnée dans les ténèbres, elle suffoque dans son cercueil de pierre.
À quoi bon hurler, si personne n'est là pour l'entendre ?
Seule dans une nuit éternelle, elle pleure des larmes qui ne peuvent couler qu'à l'intérieur, noyant ses poumons d'un désespoir salé.
Il fait si sombre au royaume de la mort.
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Hermione se réveille en sursaut, une sueur froide collant inconfortablement son pyjama en soie contre la peau moite de son dos. Autour d'elle, le dortoir est sombre, les volets fermés et seul s'élève le bruit régulier de la respiration de ses camarades de chambre dans la petite pièce circulaire.
Un rapide coup d'œil à son réveil lui indique qu'il n'est pas encore minuit. Pourtant, la nuit au-dehors semble plus noire qu'elle ne l'a jamais été. L'angoisse lui noue la gorge et, sans réfléchir, elle attrape la baguette qu'elle garde précieusement sous son oreiller et murmure un Lumos qui illumine instantanément l'espace autour d'elle d'une lumière rassurante.
Dans le lit voisin, Parvati émet un faible grognement avant de lui tourner le dos.
En silence, Hermione se lève, enfile un gilet et, à pas de loups, se dirige vers la sortie du dortoir. La salle commune est elle aussi plongée dans l'obscurité et l'odeur familière du feu de bois flotte encore dans l'air, signe que les derniers élèves qui y étaient présents viennent à peine d'aller se coucher.
Lorsque le portrait de la Grosse Dame s'ouvre devant elle, elle prend une grande inspiration et s'aventure dans le couloir sombre du septième étage, la main crispée sur sa baguette.
Elle sait qu'elle pourrait passer ses insomnies dans la salle commune de Gryffondor, confortablement installée sur le grand canapé rouge qui y trône, mais cela signifierait admettre à ses camarades qu'elle fait encore des cauchemars. De plus, l'atmosphère n'y est pas aussi paisible que dans sa bibliothèque secrète, où elle a installé quelques mois plus tôt un fauteuil bleu ciel, épais et moelleux, qui jure superbement avec l'architecture antique du lieu. Elle est pratiquement certaine qu'elle aurait fini par le remplacer par un meuble plus harmonieux si Tom n'avait pas rendu aussi claire son aversion pour l'inélégant objet à la seconde où il a posé les yeux dessus.
Depuis, elle a décrété qu'il s'agissait de son fauteuil préféré.
Au fil des semaines, elle a pris l'habitude d'aller s'y lover au milieu de la nuit, lorsque les cauchemars la réveillent et que l'obscurité du dortoir l'empêche de respirer. Réfugiée dans les coussins douillets et bercée par la douce lumière des chandelles dispersées autour de la pièce, elle attend que les ombres passent et que le jour se lève sur le château pour rejoindre en silence son dortoir et prétendre se réveiller en même temps que ses camarades.
Rasant les murs, elle accélère le pas, longeant en silence la tapisserie de Barnabas le Follet avant de s'arrêter devant le pan de mur qui dissimule la Salle-sur-Demande. Lorsque l'énorme porte de bois apparaît dans la pierre, Hermione la pousse et pénètre à l'intérieur de la pièce, une vague de soulagement la parcourant de la tête aux pieds lorsque celle-ci se referme derrière elle dans un bruit sourd.
Mais alors qu'elle s'apprête à se diriger vers la section Romans de la grande bibliothèque pour y chercher de quoi bouquiner tranquillement jusqu'au petit matin, Hermione réalise avec stupeur qu'elle n'est pas seule.
Assis à sa place habituelle, derrière la large table en hêtre qui trône au milieu de la pièce, tiré à quatre épingles dans son uniforme malgré l'heure tardive, se trouve…
« Tom », lâche-t-elle, déconcertée de le trouver ici à cette heure.
« Hermione », répond-il poliment en levant les yeux vers elle. « Ne devrais-tu pas être dans ton dortoir à cette heure-ci ? »
« Je pourrais te poser la même question », rétorque-t-elle en promenant ses yeux sur les piles de livres qu'elle peut apercevoir dispersées sur la table tout autour de lui.
« Ce serait raisonnable, en effet. »
Sa voix est calme, dénuée de toute émotion, ses cheveux sont impeccables et son pull gris sans manches n'a pas le moindre faux pli et pourtant…
Pourtant, quelque chose ne va pas.
Quelque chose d'imperceptible, de presque invisible à l'œil nu, mais qui est pourtant là, juste sous ses yeux.
Et maintenant qu'elle l'a remarqué, elle ne voit plus que ça.
Le col de sa chemise est légèrement froissé, ses épaules sont raides et sa lèvre du bas est fendue au milieu, comme s'il l'avait mordue frénétiquement pendant des heures. De légères ombres violacées creusent la peau diaphane de ses paupières inférieures, coulant jusqu'à la lisière de ses pommettes anguleuses.
Il a l'air…
Hermione ne sait pas de quoi il a l'air.
L'unique image qui lui vient en tête est celle d'une vieille maison dont la façade commence à se fissurer à force de contenir la noirceur qui règne à l'intérieur.
Son index frappe un rythme inconnu sur le bois de la table, une symphonie d'angoisse qu'Hermione sent battre dans ses tempes lorsqu'elle s'approche de lui.
« Tom », murmure-t-elle à mi-voix en s'arrêtant devant la table, les sourcils légèrement froncés. « Est-ce que… tout va bien ? »
Tom la fixe durant quelques secondes. Ses yeux sont noirs comme la nuit et elle n'arrive pas à lire quoi que ce soit sur son visage fermé.
« Je suis arrivé à ce que l'on pourrait appeler un… carrefour dans mes recherches », dit-il finalement sans la moindre émotion et Hermione est presque certaine que prononcer ces mots lui inflige autant de douleur que s'il venait de se couper une jambe.
« Tu parles de ton parchemin sur les Horcruxes ? »
Tom hoche la tête d'un air raide.
« Il est dû à la fin de la semaine », fait-elle remarquer sans réfléchir.
« Finement observé », réplique-t-il d'un ton sec en reportant son attention sur le livre ouvert devant lui.
Hermione se mordille la lèvre inférieure, légèrement déstabilisée.
Tom finit toujours ses devoirs avant elle. Qu'il pleuve, qu'il neige, qu'il vente, qu'elle s'y prenne trois semaines à l'avance ou deux heures avant lui, il se débrouille toujours pour la devancer. C'est une règle non écrite, aussi constante qu'insupportable, à laquelle il n'a jamais, jamais dérogé en six ans de scolarité.
Et pourtant…
Ses doigts s'enfoncent nerveusement dans les mailles de laine de son gilet tandis qu'elle parcourt du regard la dizaine de livres étalée autour de lui, son encrier fermé à sa gauche, à côté des vestiges d'une plume à la pointe cassée.
Et pourtant, son propre parchemin sur les Malédictions est terminé et soigneusement roulé au fond de son sac de cours depuis le mardi précédent. Il n'y a aucune raison valable pour laquelle celui de Tom n'est pas d'ores et déjà entre les mains de Rogue.
À moins que…
« Est-ce que… » - elle se racle la gorge - « Est ce que tu as besoin d'aide ? »
Sa voix est hésitante, presque incrédule lorsque les mots franchissent le barrage de ses lèvres.
Les yeux de Tom se lèvent lentement vers elle et pendant une fraction de seconde, elle se demande s'il va l'égorger.
« Oh, Hermione », dit-il, et sa voix traîne sur le « n » d'un air las, comme si elle venait de dire quelque chose de parfaitement absurde. « Je doute sérieusement que tu puisses m'aider. »
Hermione se mord violemment l'intérieur de la joue, déchirée entre l'envie de l'abandonner à son sort et celle de lui prouver le contraire.
Évidemment, et comme toujours avec Tom, la seconde finit par l'emporter.
« Essaye toujours », suggère-t-elle en croisant ses bras contre sa poitrine, un air de défi teintant ses iris noisette.
Tom la jauge en silence, les yeux légèrement plissés et la mâchoire crispée, comme si l'idée même de lui exposer son problème le contrariait prodigieusement.
Puis, finalement, il se redresse sur sa chaise, ajustant sa posture de quelques millimètres et, les lèvres pincées, finit par abdiquer.
« Le processus pour la création des Horcruxes est presque entièrement décrit dans ce livre », explique-t-il sèchement en tapotant le manuel ouvert à côté de lui. « Mais il manque quelque chose. »
Prudemment, Hermione s'avance vers lui, contournant la grande table de bois, avant de s'immobiliser juste derrière son épaule. Ses yeux glissent sur le titre inscrit en haut de la vieille page jaunie et elle ne peut se retenir de froncer les sourcils.
Secrets les plus sombres des forces du mal.
Elle est pratiquement certaine que ce livre ne fait pas partie de leur bibliothèque.
Lorsqu'elle se penche sur la table pour lire la section que Tom pointe de son index, une de ses boucles rebelles effleure sa nuque pâle et elle le sent se raidir imperceptiblement à côté d'elle.
Toutefois, elle est trop sidérée par ce qu'elle lit pour se sentir vexée.
Sous ses yeux, dans une écriture gothique difficilement lisible, s'étalent des mots tracés dans une encre rougeâtre qui tire sur le marron :
De la coupure d'une paume coupable, les runes seront inscrites sur le sol souillé par la Mort, l'homme présentant en retour son âme déchirée, dans la douleur de l'incantation prononcée : Hanc vitam morti offero, pro suo inaestimabili dono: anima dissoluta, quam tangere non potest.
« Sur le sol souillé par la mort », répète-t-elle lentement en tournant la tête vers lui. « Tu veux dire que… tu veux dire qu'il faut tuer quelqu'un pour créer un Horcruxe ? »
Tom l'observe à travers ses longs cils noirs, le visage parfaitement inexpressif.
« C'est un échange », dit-il simplement. « Un sacrifice. L'offrande d'une vie à la Mort pour conserver la tienne. »
« C'est abject ! »
« Peut-être », concède-t-il en haussant les épaules.
Hermione se redresse, écoeurée.
« Je ne comprends pas ce qu'il te manque, Tom. Il me semble que l'intégralité de la petite recette sordide pour créer un Horcruxe est écrite ici. Un meurtre, des runes de sang et un vieux sortilège en latin. »
« Il manque quelque chose », insiste-t-il.
« Quoi ? »
Il l'observe pendant un instant, ses yeux sombres jaugeant les siens avec une intensité qui lui assèche la bouche. Dans l'infini de ses iris, elle ne parvient pas à distinguer la pupille.
« Le meurtre divise l'âme mais ne l'extrait pas du corps », énonce-t-il finalement avec une raideur qui aurait fait rougir Percy Weasley.
Hermione fronce les sourcils.
« C'est pour ça que le sortilège est fait », rétorque-t-elle en tapotant du bout de son doigt le bas de la page écornée qu'elle vient de lire.
Tom secoue la tête de droite à gauche, l'air agacé.
« Le sortilège permet uniquement d'enfermer le morceau d'âme dans le réceptacle, pas de le détacher du sorcier. »
« Qu'est-ce que tu en sais ? »
Tom plisse imperceptiblement les yeux. Peut-être est-ce un effet de la lumière, mais Hermione a l'impression qu'ils sont plus opaques encore que quelques instants auparavant. De là où elle est, elle peut distinctement voir un muscle faire palpiter sa mâchoire et pendant une fraction de seconde, elle se demande si, par mégarde, elle vient de planter le dernier clou dans le cercueil de la patience légendaire de Tom Jedusor.
Pourtant, lorsqu'il lui répond un instant plus tard, sa voix est calme. Trop calme.
Vide.
« Dans l'Antiquité, Herpo l'Infâme, le premier sorcier à avoir créé un Horcruxe, a consigné ses recherches dans un journal. Au fil des années, les pages se sont détériorées et certaines parts du processus ont été perdues, notamment une page manquante entre la partie sur l'inscription des runes et celle sur l'enfermement de l'âme dans l'objet choisi, ce qui me laisse penser que le procédé décrit par ce livre est en réalité incomplet », récite-t-il de cette voix qui n'est pas la sienne.
Dénuée de son habituelle texture soyeuse, elle lui semble presque monotone et Hermione résiste à l'envie de resserrer les pans de son gilet autour de sa taille pour se protéger du frisson qui menace de parcourir sa colonne vertébrale.
« Qu'est-ce qui est arrivé à Herpo l'Infâme ? », demande-t-elle, tentant de ne rien laisser paraître de son malaise.
Tom hausse légèrement les épaules.
« Il est mort lorsque son Horcruxe a été détruit. »
Hermione écarquille les yeux.
« Tu veux dire que même après tout… ça, le créateur peut encore mourir ? »
« Simplement s'il enferme son âme dans le premier objet qui lui passe sous la main. Herpo l'Infâme semble l'avoir appris à ses dépens », répond-il placidement.
Sa voix a repris son timbre normal, calme et velouté et Hermione sent ses épaules se détendre légèrement.
Elle reporte son regard sur le livre ouvert devant eux, croisant ses bras contre sa poitrine.
« Peut-être que la page manquante ne décrivait pas une partie du processus. Peut-être qu'il s'agissait d'une mise en garde sur les terribles conséquences d'utiliser une forme si affreuse de magie ? », suggère-t-elle, pensive.
« Ne crois-tu pas que s'il suffisait juste d'un assassinat, d'un peu de sang et d'une quinzaine de mots en latin, les Horcruxes seraient monnaie courante dans notre société ? », rétorque Tom froidement.
« J'ai tendance à penser que le meurtre est une barrière suffisante à la création de ces atrocités », riposte-t-elle, piquée au vif.
Tom lui lance un regard excédé et Hermione exhale lentement. Absolument rien dans cette discussion n'est productif et quelque chose lui dit que si elle ne se montre pas un peu plus conciliante, son camarade n'aura aucun scrupule à la jeter hors de la pièce comme une malpropre.
A l'idée de se retrouver seule au milieu du couloir obscur du septième étage, elle frissonne légèrement.
« Bon, admettons que tu aies raison et qu'il manque une étape dans le processus… », reprend-elle d'un ton prosaïque. « Qu'est-ce qui extrait une âme d'un corps ? »
Contre toute attente, Tom passe une main sur son front avant de pincer l'arête de son nez entre son pouce et son index et de fermer les yeux, comme s'il tentait de contenir à l'intérieur de lui une immense frustration.
« C'est justement ce que j'essaie de comprendre », explique-t-il finalement d'une voix exagérément lente, à la manière dont on s'adresserait à une enfant particulièrement longue à la détente.
Si elle n'avait pas nulle part d'autre où se rendre à cette heure-ci, Hermione lui aurait balancé son horrible livre à la figure. A la place, elle serre les dents, balayant des yeux les piles d'ouvrages amoncelées tout autour d'eux.
« Tu as peut-être raté quelque chose », suggère-t-elle du ton le moins condescendant dont elle est capable.
« Je n'ai rien raté », assène-t-il sèchement.
« Ça ne coûte rien de vérifier. »
Elle tend la main vers un petit livre à la reliure de cuir marron posé en haut de la pile la plus proche, qui lui semble étrangement familier.
La main de Tom s'abat fermement sur la couverture.
« Pas celui-là. »
Hermione hausse un sourcil.
« Il n'y a rien d'intéressant dedans, juste quelques chapitres de la vie de Herpo l'Infâme sans rapport avec le sujet qui nous importe », déclare-t-il sans la moindre expression. « Tu peux regarder celui-ci, les Horcruxes sont traités au chapitre huit. »
Il lui tend un énorme manuel poussiéreux qui grogne légèrement lorsqu'elle l'attrape.
Avec un haussement d'épaules, elle hoche la tête et part s'installer dans son fauteuil bleu qui trône à quelques mètres de là, le gros livre sous le bras.
Les minutes s'égrènent lentement, tandis que Tom et elle feuillettent en silence ouvrage après ouvrage, à la poursuite de l'unique pièce manquante d'un puzzle macabre qu'Hermione n'aurait jamais pensé avoir à reconstruire.
Toutefois, au bout de plusieurs heures de recherches infructueuses, elle doit admettre qu'elle commence à comprendre la frustration de son camarade. Après des centaines de pages tournées, elle n'a pas découvert la moindre information supplémentaire sur les Horcruxes, la plupart des livres faisant simplement état d'une forme de magie noire particulièrement dangereuse.
Dépitée, elle referme d'un geste irrité Des Grandes noirceurs de la magie et l'antique volume laisse échapper une plainte spectrale, étouffée par son propre soupir agacé.
Ses yeux commencent à la picoter sérieusement, irrités par le sommeil et la poussière qui vient de s'échapper du vieux grimoire qu'elle jette à ses pieds au milieu de ses congénères, avant de lancer un regard circulaire à la bibliothèque autour d'elle. Malgré l'heure avancée, la pièce reste faiblement éclairée par la lumière des bougies qui flottent sous le plafond doré. À sa gauche, une immense colonne de pierre projette sur elle une ombre noire, une silhouette de ténèbres informe qui lui rappelle…
Hermione se lève d'un bond, se ruant vers l'endroit où Tom est toujours assis, occupé à feuilleter sans grande conviction un épais manuel aux pages verdâtres.
« J'ai trouvé ! J'ai trouvé ce qu'il manque ! », s'écrie-t-elle en plaquant ses deux mains sur la table face à lui.
Tom relève les yeux vers elle.
Il a légèrement desserré sa cravate et ouvert le premier bouton de sa chemise, découvrant quelques centimètres d'une gorge blanche comme la neige. Les manches de sa chemise sont soigneusement retroussées au-dessus des coudes, laissant apparaître ses avant-bras pâles sur lesquels serpentent quelques veines bleutées. En dépit de l'heure tardive, il est aussi impeccable que d'habitude, pas une seule boucle ne s'échappant de sa coiffure immaculée.
Toutefois, Hermione est trop survoltée pour s'en offusquer.
« Un détraqueur ! », exulte-t-elle, ses propres cheveux voletant librement de part et d'autre de sa tête.
Tom la regarde comme si elle était demeurée.
« Pardon ? », demande-t-il avec une politesse glaciale.
« Un détraqueur », répète-t-elle sans se démonter.
« Tu ne crois pas que si un détraqueur était requis pour créer un Horcruxe, ce serait mentionné quelque part ? », articule-t-il lentement, comme s'il n'arrivait pas à croire les mots qu'il est en train de prononcer.
« Non, non, tu ne comprends pas ! Les détraqueurs sont des créatures capables d'aspirer les âmes des mortels hors de leur corps, ce sont des… »
« Je sais ce qu'est un détraqueur », coupe-t-il sèchement.
« Le baiser du détraqueur est une des seules manières connues d'extraire une âme d'un corps vivant. Oh, je n'arrive pas à croire que nous n'y ayons pas pensé avant, c'est tellement évident ! C'était écrit là, juste sous nos yeux pendant tout ce temps ! », continue-t-elle précipitamment, sans prêter attention au regard noir de son camarade.
Les lèvres de Tom sont tellement pincées qu'il n'en reste plus qu'une fine ligne en travers de son visage. Pourtant, il la laisse continuer.
« Avant de les embrasser, les détraqueurs aspirent les souvenirs heureux de leur victime. Et lorsqu'il ne leur reste plus que les moments les plus atroces de leur vie, enfin, et seulement à cet instant là, ils parviennent à aspirer leur âme. L'âme préfère se faire dévorer plutôt que de rester dans un corps en telle souffrance. »
« Dans la douleur de l'incantation prononcée », murmure Tom pour lui-même.
Tout vestige de la moindre expression agacée a déserté ses traits.
« Le procédé décrit par le livre est exhaustif ! », acquiesce-t-elle en écho à ses mots. « Le créateur doit lancer le sortilège en se replongeant dans ses pires souvenirs, des émotions négatives suffisamment fortes pour expulser la partie mutilée de son âme hors de lui. »
Hermione s'arrête, tentant de reprendre son souffle. Ses yeux brillent d'excitation tandis que sa poitrine se soulève et s'abaisse dans un rythme irrégulier et Tom…
Tom la regarde comme s'il la voyait pour la première fois.
« Parfois, j'oublie à quel point tu peux être impressionnante », murmure-t-il, ses lèvres remuant à peine.
Si elle ne le connaissait pas mieux, Hermione aurait pu jurer entendre une pointe d'amertume dans sa voix.
Malgré tout, elle sent ses joues la brûler d'un feu vif, partagée entre la gêne face à ce compliment inattendu et la satisfaction d'avoir résolu cette sordide énigme.
Un petit sourire suffisant s'étire sur ses lèvres tandis qu'elle se redresse fièrement.
« À présent qui aura un O à son devoir grâce à l'autre ? », jubile-t-elle.
Tom continue de la fixer d'un air indéchiffrable.
« Je suppose que nous sommes quittes », dit-il finalement à mi-voix. « Je ne vais pas te retenir plus longtemps. Bonne nuit, Hermione. »
La satisfaction qui l'étreignait encore quelques secondes plus tôt s'envole immédiatement, remplacée par une affreuse sensation de malaise.
Dehors, un labyrinthe sombre l'attend patiemment, prêt à l'engloutir dans ses entrailles obscures et Hermione se sent pâlir.
« Est-ce que… est-ce que je peux rester ? Je ne te dérangerai pas, c'est juste que… »
Elle déglutit difficilement.
« Je n'ai pas sommeil », ment-elle en mordant violemment l'intérieur de sa joue.
Tom reste silencieux pendant quelques secondes, la scrutant de son regard impénétrable, avant de hocher la tête.
Lorsqu'il attire à lui son encrier et sort de son sac un morceau de parchemin vierge, Hermione exhale discrètement. Soulagée, elle lui adresse un signe de tête reconnaissant et trottine jusqu'aux rayonnages à l'entrée de la bibliothèque pour en extirper un livre au hasard, avant d'aller se pelotonner dans son fauteuil.
Bercée par la respiration régulière de Tom à quelques pas d'elle et le son de sa plume qui glisse sur son parchemin, elle finit par s'endormir après quelques lignes, succombant sans s'en rendre compte à l'appel d'un sommeil sans rêve.
Lorsqu'elle se réveille quelques heures plus tard, titillée par les premiers rayons froids d'un soleil matinal, la pièce est vide. Tom a disparu.
Hermione se redresse légèrement dans son fauteuil et, alors qu'elle porte une main à son cou pour masser sa nuque fourbue, un pull gris aux couleurs de Serpentard glisse sur ses genoux, laissant dans son sillage une odeur boisée qui lui chatouille les narines.
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Hermione arrache son regard du vieux fauteuil bleu. Les murs du salon tanguent autour d'elle. La nausée a refait surface, plus forte encore que quelques heures plus tôt.
Les yeux clos, elle tente à nouveau de fermer son esprit, de se débarrasser des images parasites qui l'envahissent, mais dans sa tête, les murs restent démolis. Leurs briques invisibles s'étalent à ses pieds, dans un mélange de poussière et de mortier et il n'y a rien qu'elle ne parvienne à faire pour les ériger à nouveau. Sur la plage, l'orage gronde, fouettant le sable dans la mer et découvrant sous les dunes, une multitude de longs coffres sombres.
Les cercueils noirs s'étalent à perte de vue sous le ciel ténébreux et, peu à peu, leurs couvercles commencent à s'agiter. Des poings invisibles frappent à l'intérieur des parois de bois, leurs coups étouffés par le bruit des vagues qui se réveillent et Hermione se relève brutalement du canapé.
Les jambes tremblantes, elle titube jusqu'à la salle de bain au fond de l'appartement où elle allume le robinet du lavabo et asperge fébrilement sa figure d'eau froide, tentant de reprendre contenance.
La sensation glacée contre sa peau semble lui remettre les idées en place et elle maintient son visage sous le jet d'eau jusqu'à ce que ses épaules se couvrent d'une chair de poule bleuâtre.
Lorsqu'elle se redresse finalement, un visage pâle l'observe dans le miroir et elle esquisse un mouvement de recul.
La femme dans la glace semble avoir dix ans de plus qu'elle.
Elle détaille pendant quelques secondes ses cheveux broussailleux, ses traits tirés et ses joues creusées. De larges cernes dévorent ses joues et elle constate en glissant les yeux sur les clavicules osseuses qui émergent de sa chemise froissée qu'elle a dû perdre cinq bons kilos depuis le début du mois de décembre.
« Reprends-toi, ma vieille », grogne-t-elle à son reflet qui lui lance un regard terne.
D'un coup de baguette, elle active les six robinets de la baignoire au fond de la pièce qui se mettent à crachoter une eau multicolore aux effluves de lavande et de jasmin.
Elle se déshabille rapidement, avant de se glisser dans les bulles violettes. L'eau chaude délie ses muscles crispés et elle rejette la tête en arrière avec un soupir d'aise, fixant le plafond de la salle de bain sur lequel lézarde quelques fissures superficielles.
Dehors, le ciel s'encre peu à peu de nuit et la terreur qu'apporte l'obscurité l'écrase au fond de la baignoire.
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(Quatre mille neuf jours plus tôt)
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Hermione avale son troisième verre de whisky-pur-feu de la soirée.
Le liquide lui brûle l'œsophage et lorsqu'il atteint finalement son estomac, elle pince les lèvres pour supprimer le réflexe nauséeux qui contracte sa gorge.
Elle déteste le whisky-pur-feu.
Si elle avait le choix, elle n'en boirait pas.
Le problème, songe-t-elle en promenant un œil amer sur les riches décorations qui ornent les murs des cachots, c'est qu'elle n'a pas vraiment le choix.
Elle n'a pas le choix parce que Harry, son cavalier habituel, a décidé d'emmener Ginny à Pré-au-Lard pour le réveillon du nouvel an et que Ron a proposé un dîner à Lavande Brown. Il lui a annoncé d'un air gêné, presque comme s'il s'excusait et elle ne sait pas comment elle a pu ignorer les signes aussi longtemps. Que ce soit l'intérêt soudain de Lavande pour le Quidditch, le sourire niais de Ron lorsque la blonde passait devant lui au petit déjeuner, ou les messes basses qu'il échangeait avec Harry dès qu'elle avait le dos tourné, tout, tout était là depuis le début et elle ne comprend pas comment elle n'a rien vu.
Elle n'a pas le choix parce que la seule personne qu'elle apprécie un tant soit peu dans les petites soirées données par le maître des potions - cet idiot de Michael Corner - l'a lâchement abandonnée à la seconde où Cho Chang et sa robe bien trop courte ont fait leur apparition dans l'embrasure de la porte des cachots.
Elle n'a pas le choix parce que si elle n'avale pas chaque verre de cet alcool infâme à la minute où un nouveau serveur trop zélé vient le lui placer entre les mains, elle craint de ne pouvoir se retenir de le renverser sur la tête du grand garçon blond qui se pavane devant elle comme un paon depuis plus d'une heure.
« … oncle a bien sûr été d'une aide précieuse pour créer la réglementation sur l'épaisseur des fonds de chaudron. Je serais ravi de te le présenter, si tu m'accompagnais au mariage de ma cousine Agatha au printemps. Je te l'aurais bien proposé plus tôt, mais il semble que nous n'arrivions jamais à nous croiser. A un moment, j'ai même cru que tu m'évitais, hilarant non ? »
« Hilarant », grince-t-elle.
Elle ne sait pas vraiment ce qui lui est passé par la tête lorsqu'elle a proposé à Cormac McLaggen de l'accompagner à la soirée du nouvel an de Slughorn. Peut-être, inconsciemment, espérait-elle que Ron se sente vexé, ou peut-être outré, qu'elle ait invité sa Némésis chez le maître des potions. N'importe quelle émotion négative aurait été la bienvenue, en réalité. N'importe quoi, de la colère au dégoût, qui aurait pu lui laisser croire que, finalement, lui aussi avait un goût amer dans la bouche en l'imaginant sortir avec quelqu'un d'autre. Mais Ron s'est contenté de grimacer légèrement avant de planter un baiser sur sa joue en lui souhaitant bon courage et Hermione ne s'est jamais sentie aussi pathétique qu'à ce moment-là.
Non, vraiment, songe-t-elle, les doigts crispés sur son verre vide. Elle n'a pas le choix.
Insensible à la mine fermée de sa cavalière, Cormac continue son monologue, un large sourire illuminant son visage trop hâlé pour la période hivernale.
« Tu sais que j'ai même failli m'inscrire à ta fichue association pour les elfes, la SALE ou je ne sais quoi… »
« La S.A.L.E., c'est la Société d'Aide à la Libéra… »
« Oui, oui c'est ce que j'ai dit », coupe-t-il distraitement et Hermione pince les lèvres, attrapant un nouveau verre de whisky sur un plateau volant qui passe devant son nez, avant de l'avaler cul-sec comme les trois précédents. « Tout ça pour dire que j'ai été ravi que tu me proposes d'être ton cavalier ce soir, Hermione. Je regrette seulement que tu aies décliné toutes mes précédentes invitations. Nous aurions pu avoir beaucoup plus de temps pour apprendre à nous connaître. Je suppose que c'est de ma faute, Eddie Carmichael a tenté de me convaincre de rejoindre votre SALE depuis au moins deux a… »
« C'est la S.A.L.E. », corrige-t-elle d'une voix pâteuse, mais Cormac ne l'écoute plus, à nouveau parti dans une longue tirade sur son amitié avec Eddie qui remonte apparemment à l'époque où ils ont tous deux fini à l'infirmerie après avoir ingéré trop d'élixir cérébral de Baruffio avant les examens de deuxième année, ce qui était complètement stupi…
Hermione jette un regard désespéré aux alentours.
À quelques pas d'eux, Slughorn discute de manière animée avec deux élèves de Serdaigle qu'Hermione ne connaît pas. Un peu plus loin, Blaise Zabini et Marcus Belby ricanent comme des hyènes, visiblement plus intéressés par l'affreuse robe de soirée de Loufoca Lovegood que par leurs cavalières respectives.
Au fond de la pièce, elle repère la silhouette reconnaissable de Tom qui, dos à elle, discute avec Justin Finch-Fletchley, un Poufsouffle de leur année. Malefoy, quant à lui, fait valser une fille de sa maison au centre de la piste de danse, un air blasé affiché sur son visage pointu.
Perdue dans sa contemplation distraite de l'assistance, Hermione sursaute lorsque quelque chose lui tire subitement les cheveux. Surprise, elle se retourne brutalement avant de pousser un léger soupir en découvrant le coupable. Au-dessus de sa tête, une branche de gui ensorcelée se débat farouchement avec une mèche de ses cheveux bruns entortillée autour de ses feuilles.
Passablement agacée, Hermione tire sur ses boucles pour les arracher de l'emprise de la petite plante, qui, une fois libre, s'empresse de flotter au loin d'un air vexé.
Du gui, songe-t-elle, scandalisée en se tournant à nouveau vers son cavalier, Slughorn ne recule décidément devant rien pour…
Mais qu'est-ce que… ?
Devant elle, le visage de Cormac est en train de s'approcher dangereusement du sien, les yeux clos et les lèvres pressées dans une moue suppliante.
Oh Merlin !
Il va l'embrasser.
Hermione écarquille les yeux et par réflexe, lève une main devant son visage au moment où McLaggen plonge vers elle.
Juste à temps.
La bouche de Cormac s'écrase contre la paroi de son verre vide, s'aplatissant comme un tentacule de poulpe sur la surface transparente.
« Oh, ça alors, mon verre est vide ! », s'exclame-t-elle nerveusement. « Reste-là, je vais en chercher un autre ! »
Et sans laisser au goujat le temps de répliquer quoi que ce soit, elle lui tourne le dos et se précipite vers le bar à l'opposé de la pièce, mettant le plus de distance possible entre elle et les lèvres visqueuses de Cormac McLaggen.
Une fois arrivée devant la grande table sur laquelle sont entreposées plusieurs bouteilles d'alcool et des montagnes de petits fours, elle laisse échapper un soupir de soulagement avant d'attraper un verre empli d'un liquide doré inconnu.
Elle n'a pas le temps de le porter à ses lèvres qu'une voix familière s'élève derrière elle.
« Je ne boirais pas ça si j'étais toi, c'est du vin de fée. Terriblement traître. »
« Tom », soupire-t-elle en se tournant vers son camarade.
« Hermione », la salue-t-il poliment.
Il porte une robe de soirée noire et simple, bien loin des riches tissus satinés qu'arbore fièrement Abraxas Malefoy à quelques mètres derrière lui. Un noeud papillon noir complète sa tenue, soulignant la courbe élégante de sa mâchoire et pendant un effroyable instant, Hermione ne peut s'empêcher de le trouver terriblement séduisant.
De toute évidence, l'alcool commence à lui monter à la tête.
« En train de passer un bon moment, à ce que je vois », reprend-il en levant un sourcil en direction de son verre.
Hermione le repose sur la table à côté d'elle en poussant un léger grognement.
« C'est probablement la pire soirée de ma vie », soupire-t-elle en balayant la pièce du regard, tentant de localiser Cormac, désormais en train de bomber fièrement le torse face à un professeur Slughorn au visage ennuyé.
« Alors qu'est-ce que tu fais encore là ? »
La voix de Tom est tranquille et Hermione reporte son attention sur lui.
« Je ne vais pas partir avant minuit à une soirée du nouvel an », fait-elle remarquer d'un ton cinglant.
« Tu sais que tu ne perdras pas de points pour ça ? », demande-t-il, légèrement amusé.
Il a l'air de bonne humeur, ce qui n'arrange en rien la composition exécrable de sa camarade.
« Ha. Ha. Tu te crois spirituel, je suppose ? »
Pas vexé le moins du monde, Tom parcourt à son tour du regard la foule autour d'eux.
« Je crois surtout que tu fais bien trop attention à ce que les autres pensent de toi. »
Hermione entrouvre les lèvres, scandalisée.
« C'est complètement faux ! »
Tom tourne à nouveau la tête vers elle, aussi impassible qu'elle est exaspérée.
« Ah oui ? Alors prouve-le », dit-il, une légère note de défi teintant sa voix calme.
« Je n'ai rien à te prou… »
« Je t'attends dans dix minutes en haut de la tour d'astronomie », coupe-t-il sans la moindre considération pour ce qu'elle est en train de dire. « Enfin, ceci étant, si tu arrives à trouver le courage de faire ce que tu veux, pour une fois. »
« Tu ne fais ça que parce que tu as envie de t'éclipser ! », proteste-t-elle vigoureusement.
Elle écarte furieusement de sa bouche une mèche de cheveux rebelle venue s'y fourrer.
Tom hausse les épaules.
« Je ne fais ça que pour mettre en évidence ta mauvaise foi flagrante. Contrairement à toi, je passe une agréable soirée. L'hydromel est bon et la nourriture acceptable. Par ailleurs, et toujours contrairement à toi, les convenances ne dictent pas mon comportement. »
« Les convenances ne dictent absolument pas mon… »
« Ah, Hermione ! », retentit une voix grave derrière elle, et Hermione ferme les yeux pendant un instant, sans parvenir à masquer son exaspération avant de se retourner pour faire face au sourire soulagé de Cormac. « Je te cherchais ! Je me disais que mon oncle pourrait peut-être t'aider à obtenir un stage au département de contrôle de régulation des créatures magiques si tu lui parlais de ta SALE… »
« La S.A.L.E. »
La voix glaciale de Tom résonne sèchement juste derrière son épaule et Hermione fait volte-face, éberluée, toute trace de son précédent agacement à son égard aussitôt envolée.
« Ah, Jedusor. Je ne t'avais pas vu », maugrée Cormac - ce qui est absolument ridicule car Tom fait aisément vingt centimètres de plus qu'elle et pourrait être remarqué du bout de la pièce. « Je voulais parler à Hermione, tu permets ? »
Quelque chose passe dans le regard du préfet et, pendant une fraction de seconde, Hermione se surprend à s'inquiéter pour McLaggen. Toutefois, l'instant d'après, Tom esquisse un sourire froid avant d'hocher la tête poliment.
« Bien sûr. J'étais sur le point de partir de toute façon. »
Avec un dernier coup d'oeil appuyé en direction d'Hermione, il fait demi-tour et se dirige vers la sortie. Sans un mot, McLaggen et elle observent sa haute silhouette se fondre au milieu de la foule avant de disparaître par la porte des cachots.
« Bizarre, ce type, tu ne trouves pas ? », demande Cormac en lui tendant un verre de whisky. « Je ne comprends pas ce que toutes les filles lui trouvent. »
Hermione l'observe d'un air désabusé, ce que le Gryffondor doit prendre pour une approbation silencieuse, puisqu'il lui adresse un sourire radieux avant de reprendre d'une voix assurée :
« Je disais donc que mon oncle - je t'ai déjà parlé de lui, non ? - était sûrement … »
Elle baisse les yeux sur le verre qui trône dans sa main.
Si elle avale une goutte de plus de whisky, elle risque de vomir sur les chaussures hors de prix de McLaggen. Non pas que cela soit une énorme perte, songe-t-elle en observant leur bout parfaitement ciré.
Toutefois, quelque chose la titille. L'appel du défi qu'a allumé en elle la voix moqueuse de Tom mélangé à l'envie irrésistible de lui prouver qu'il a tort à son propos.
« … aidé Percy Weasley à trouver un travail l'an dernier. Tu connais Percy, n'est-ce pas ? Il est aimable comme une porte de prison, mais apparemment c'est un bon élém… »
« Désolée, Cormac », s'excuse-t-elle en lui collant son verre dans les mains.
Et, sans lui laisser le temps de répliquer quoi que ce soit, elle attrape une bouteille d'hydromel sur la table à côté d'elle et s'enfuit vers la sortie sans demander son reste.
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« Sept minutes », constate Tom en jetant un œil à l'énorme horloge derrière elle, lorsqu'elle déboule en haut de la tour d'astronomie quelques instants plus tard. « Plus rapide que ce que je ne pensais. »
Il est debout, à proximité d'un des larges télescopes qu'ils utilisent pendant leurs cours d'Astronomie, son visage pâle à moitié éclairé par un rayon de lune timide qui perce à travers les nuages.
« Parfois, je me demande ce qu'a bien pu faire le genre féminin pour mériter un type comme Cormac McLaggen », grogne Hermione, en s'appuyant contre le mur pour reprendre discrètement son souffle.
Il est hors de question qu'il sache qu'elle a couru pour arriver ici, bravant seule le silence inquiétant des corridors de l'école.
« L'inviter à une soirée ? », suggère Tom.
« Touché », concède-t-elle en levant les yeux au ciel, avant de sortir de derrière son dos la bouteille d'hydromel qu'elle a subtilisée dans les cachots.
Tom hausse les sourcils
« Désertion et vol, Miss Granger, je dois avouer que je suis impressionné. »
Le fantôme d'un sourire amusé plane au-dessus de ses lèvres lorsqu'il s'approche d'elle de sa démarche fluide. Ses boucles de jais se fondent presque parfaitement avec la couleur de la nuit froide dans son dos et l'espace d'une seconde, il semble d'une beauté presque irréelle dans l'obscurité.
Pendant un instant, elle oublie de respirer.
Arrivé à un mètre d'elle, Tom s'immobilise et s'accroupit d'un geste souple pour attraper un caillou sur le sol. Mais alors qu'Hermione ouvre la bouche pour lui demander ce qu'il est en train de faire, le morceau de pierre qu'il vient de ramasser scintille brièvement entre ses doigts. La seconde d'après, il a laissé place à un verre de cristal fin et elle écarquille les yeux, estomaquée.
« C… comment est-ce que tu as fait ça ? », balbutie-t-elle.
Toujours accroupi, Tom relève les yeux vers elle.
« Métamorphose, je suppose que tu en as déjà entendu parler ? »
Il se relève prestement, époussetant du plat de la main une poussière imaginaire sur sa robe sombre.
« Tu peux faire de la magie sans baguette ? », insiste-t-elle, à mi-chemin entre le choc et la sidération.
« Seulement les sortilèges élémentaires », dit-il en haussant les épaules.
Il fait un pas en sa direction et Hermione sent sa mâchoire se décrocher.
« Seulement les sor… C'est une plaisanterie ? », gémit-elle, excédée. « Où est-ce que tu as appris ça ? »
Tom se penche sur elle, attrapant gentiment la bouteille d'hydromel d'entre ses doigts crispés.
« Tu es adorable lorsque tu es jalouse », murmure-t-il dans son oreille.
Son souffle chaud effleure sa tempe et Hermione rougit violemment, le juron qui s'apprêtait à s'échapper de ses lèvres mourant dans sa gorge.
« Je te déteste », marmonne-t-elle dans sa barbe tandis qu'il fait volte-face pour aller s'asseoir sur le rebord de la tour, le dos calé contre un pan de mur et les jambes croisées devant lui.
Lorsqu'elle s'installe face à lui, les genoux repliés sous elle, il lui tend le verre qu'il vient de remplir à moitié d'hydromel et elle en avale une gorgée. Le liquide la réchauffe de la tête aux pieds, chassant la fraîcheur du vent hivernal qui fouette son visage.
« J'ai du mal à croire que c'est le dernier hiver que nous passons à Poudlard », soupire-t-elle en observant l'horizon indigo. « Dans quelques mois, nous passerons nos A.S.P.I.C. et tout ça - elle fait un geste en direction de l'immense parc qui s'étale sous leurs pieds - sera terminé. »
« Est-ce que ça t'effraie ? »
La voix de Tom est douce, portée à ses oreilles comme une caresse par la brise nocturne.
« Peut-être un peu », sourit-elle tristement.
« Ne t'en fais pas, je suis certain que tu trouveras un emploi au département de la justice magique. »
Elle tourne les yeux vers lui, médusée.
« Quoi ? », dit-il en haussant les épaules. « C'est bien ce que tu as toujours voulu, non ? »
Hermione pince les lèvres, soudainement agacée.
« Ne prétends pas me connaître, Tom. Ce n'est pas parce que tu as fouiné dans ma tête que tu as la moindre idée de ce que je v… »
« Je sais que tu veux faire ce qui est juste », coupe-t-il. « C'est pour ça que tu as créé la S.A.L.E. et que tu as écrit au ministère lorsque Lupin s'est fait renvoyer de son poste. Je sais que tu veux faire partie d'une société qui valorise ses membres sur la base du mérite, raison pour laquelle tu t'es battue à mes côtés pour maintenir le classement individuel de l'école en troisième année. Je sais que tu aimerais épouser Weasley pour que plus jamais qui que ce soit ne te regarde avec dédain lorsque tu prononces ton nom, car celui d'un traître-à-son-sang vaudra toujours mieux que celui d'un moldu et… »
« Ce n'est pas pour ça que… pas que pour ça que… », s'insurge-t-elle, ses joues devenant à nouveau écarlates.
Tom se contente de lever un sourcil circonspect en sa direction et ses protestations meurent dans sa gorge.
« C'était une idée idiote de toute façon », murmure-t-elle en détournant les yeux vers le parc.
« Pas la plus idiote que tu aies eue. »
Elle le regarde, mi-insultée mi-surprise.
« Les gens comme nous doivent se battre plus que les autres pour obtenir ce qu'ils veulent. Nous devons utiliser les armes que nous avons pour réussir dans ce monde et nous faire accepter par lui. »
Les mots prennent leur temps pour se frayer un chemin dans son esprit légèrement embrumé par l'alcool.
Les gens comme nous, a-t-il dit, et elle ne parvient pas à trouver la moindre émotion dans sa voix.
Bien qu'il n'en parle jamais, tout le monde à Poudlard sait que Tom est de sang-mêlé et qu'il n'a pas de parents. Hermione n'a jamais osé lui demander ce qui leur était arrivé. Tout ce qu'elle sait est qu'il a été élevé dans un orphelinat moldu, loin du monde auquel il appartenait. Comme elle.
Les gens comme nous, a-t-il dit, et pour la première fois de sa vie, elle réalise que peut-être, ils se ressemblent plus qu'elle ne voudrait l'admettre.
« Ce que je n'arrive simplement pas à comprendre, c'est pourquoi Weasley ? »
La question la tire de ses pensées et elle réalise que Tom l'observe désormais d'un air songeur.
Il n'y a pas de méchanceté dans sa voix, seulement une légère note d'incompréhension et Hermione détourne les yeux, déstabilisée.
Elle pense à une grande main chaude qui se glisse dans la sienne, la maintient à la surface, tandis qu'elle ne peut bouger, prisonnière d'une obscurité liquide qui noie ses sens.
« Il a été là. À un moment où… »
Elle s'éclaircit la voix, tournant à nouveau les yeux vers le garçon assis face à elle.
« Il a été là à un moment où personne d'autre ne l'était. »
Et il ne le sait même pas.
Tom la regarde fixement.
« Il t'ennuierait à mourir », dit-il simplement et elle voudrait, elle voudrait se sentir offusquée.
Mais elle n'y parvient pas.
Car au fond, elle sait qu'il a raison.
Ron et elle ne sont pas compatibles, ne le seront sans doute jamais. Il est trop insouciant et elle, trop sérieuse pour que quoi que ce soit de plus que de l'amitié fonctionne entre eux. Hermione le sait, et pourtant, cela ne l'empêche pas de ressentir un léger pincement au cœur face à cette pensée.
« Comme je l'ai dit, c'était une idée idiote », reprend-elle en la chassant de son esprit. « Ce n'est pas à moi de m'adapter au monde, c'est à lui de m'accepter telle que je suis. »
« Et si ce n'est pas le cas ? »
« Je le changerai. »
Tom esquisse un sourire en coin.
« Terriblement présomptueux de ta part. »
Hermione hausse les épaules et baisse les yeux sur son verre, avant d'avaler une longue gorgée de liquide ambré.
« Prendre ou supplier, n'est-ce pas ? », réplique-t-elle en levant la tête vers lui, prête à encaisser une remarque subtile sur le fait qu'après toutes ces années, elle commence enfin à l'écouter.
Mais Tom ne répond pas.
Il se contente de la regarder avec quelque chose dans les yeux. Quelque chose d'indéchiffrable, qui fait se crisper son ventre et embrase sa peau. Quelque chose qu'elle n'a jamais vu auparavant, trop différent, trop dangereux pour ne pas être mis sur le compte de l'alcool.
Les secondes deviennent des années tandis qu'elle se perd dans ses yeux.
Puis sans un mot, il déplie sa main en sa direction et, lentement, Hermione se penche pour lui tendre le verre à moitié plein.
Leurs doigts ne se touchent pas lorsqu'il l'attrape et elle ne sait pas si elle est déçue ou soulagée.
Tom avale d'une traite le reste du liquide qui s'y trouve, sans jamais la quitter du regard. Sa pomme d'Adam roule de haut en bas sous sa gorge pâle avant de disparaître sous son nœud papillon et, pendant une seconde, elle se demande ce qu'il ferait si elle tendait les doigts pour le dénouer.
Elle a probablement trop bu.
Troublée, elle glisse ses mains sous ses cuisses, ses phalanges effleurant la pierre froide du sol sur lequel ils sont assis.
« Et toi, qu'est-ce que tu veux faire, après Poudlard ? », demande-t-elle d'un ton faussement indifférent, brisant le silence qui vient de s'installer entre eux.
Sa voix lui semble étrangement rauque lorsqu'elle franchit ses lèvres et elle se racle la gorge discrètement.
Tom détourne enfin le regard en direction du parc.
« Je ne sais pas. Poudlard est le seul endroit où je me suis jamais senti chez moi. Dans l'idéal, j'aimerais ne jamais partir. »
Ses yeux sont vides alors qu'ils parcourent les cimes des pins enneigés.
Parfois, il ressemble à une statue de pierre, taillée dans un marbre trop dur pour laisser passer la moindre expression.
« Je suis certaine que tu trouveras un endroit où tu seras au moins aussi bien qu'ici. N'importe quel employeur aurait de la chance de t'avoir. »
Tom tourne la tête vers elle, les sourcils haussés.
« Est-ce que je rêve ou tu viens de me faire un compliment ? »
Il a l'air mi-surpris, mi-amusé et Hermione fait la moue.
« Si tu le répètes à quelqu'un, je t'extermine », grogne-t-elle en écartant une mèche de cheveux que le vent fouette devant ses yeux.
« Ce sera notre secret », assure Tom avec un air si sérieux qu'elle ne peut s'empêcher d'éclater de rire.
Elle ne croit pas qu'il l'a déjà fait rire auparavant, ou peut-être l'a-t-elle oublié.
Elle a oublié tant d'autres choses.
Merlin, elle a vraiment trop bu.
Des bruits se font soudainement entendre en contrebas, s'élevant depuis le cloître jusque dans les hauteurs de la tour où ils sont assis.
« Il est bientôt minuit », fait remarquer Tom en jetant un œil à l'immense horloge du clocher.
« À ton avis, combien de temps avant que Slughorn ne réalise que l'on a disparu ? »
« Oh crois moi, il l'a déjà remarqué. »
« Il doit être extatique », grommelle-t-elle en imaginant la moustache du maître des potions frétiller d'excitation.
« Cinq noises qu'il prépare déjà les faire-parts de notre mariage. »
« Dix noises, si tu arrêtes de corriger mes devoirs. »
Il sourit.
Une fossette apparaît au creux de sa joue gauche.
Parfois, il ressemble juste à un beau garçon.
Elle sent son cœur manquer un battement dans sa poitrine.
« Tenu », souffle-t-il en se penchant légèrement vers elle.
À nouveau, il y a ce quelque chose au fond de ses yeux et, malgré elle, Hermione frissonne.
Une menace brûle dans sa cage thoracique, le présage lointain d'un incendie dévastateur qu'elle choisit d'ignorer.
Elle s'avance à son tour pour attraper l'hydromel et remplit à nouveau le verre que Tom tient entre ses mains, avant de le faire doucement claquer contre la bouteille entamée.
« Au futur, je suppose », dit-elle, une pointe de nostalgie teintant sa voix basse.
« Au futur », répète-t-il sur le même ton.
L'aiguille des secondes s'apprête à rejoindre le douze sur la grande horloge derrière eux.
Dans exactement dix secondes, il sera minuit.
L'aube d'une nouvelle année, la fin d'une époque et le début de quelque chose de nouveau.
Un recommencement, pense-t-elle, ou peut-être, une promesse soufflée à demi-mot.
« Joyeux anniversaire, Tom », murmure-t-elle avant de porter la bouteille à ses lèvres.
Elle avale une longue gorgée d'hydromel.
Le premier coup de minuit résonne dans la quiétude de la nuit et elle ne parvient pas à déterminer si la douce sensation de chaleur qui envahit son estomac vient de l'alcool ou du fait qu'il ne la quitte pas des yeux.
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Hermione sort brutalement la tête hors de l'eau, happant de longues goulées d'air pour calmer ses poumons douloureux.
L'eau du bain est devenue froide et elle ne fait plus la différence avec les larmes qui roulent sur ses joues.
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A SUIVRE...
Évidemment, je n'ai pas pu m'empêcher de glisser dans cette fic mes deux chouchous, j'ai nommé Sluggy-Slug-le-matchmaker et Cormac-le-gros-lourd. Time-travel oblige, on voit peu Cormac dans les Tomione, mais sachez que je m'en suis donné à coeur joie (Tirry si tu passes par là… !) Soyons honnêtes, y-a-t-il une seule personne dans HP qui soit plus à l'opposé de Tom que Cormac freaking McLaggen ? Je ne pense pas et j'espère vous l'avoir prouvé :')
Les passages du « présent » de cette partie sont sûrement un peu moins intéressants que ceux de la précédente, mais ils trouveront leur importance un peu plus tard dans l'histoire, c'est promis !
J'espère que ce nouveau chapitre vous aura plu, n'hésitez pas à me laisser votre avis en review, ça me fait toujours extrêmement plaisir, vous n'imaginez même pas ! Par ailleurs et malgré d'excellente théories (qui m'ont conduit à mettre en réserve l'exemplaire dédicacé du livre de Lockhart, en attendant que l'auteur de cette théorie l'affine un peu plus), personne n'a encore trouvé exactement ce qui s'était passé entre Tom et Hermione. Si d'aventure quelqu'un le découvrait, je lui mets de côté une bonne bouteille de vin de fée (l'auteur décline toute responsabilité quant à ce que son ingestion pourrait provoquer).
Dans la prochaine partie : Hermione fait des plans pour la Saint Valentin, Tom est épouvantable en matière de langage des fleurs et Abraxas Malefoy honore une vieille promesse.
