Hello hello ! Me revoilà - non je ne suis pas morte, seulement tombée dans les abysses de ma vie professionnelle qui s'est avérée extrêmement peu coopérative avec mon ambition de terminer cette mini-fic avant fin janvier (m to the d to the r).

Pour me faire pardonner (ou davantage détester, je ne sais pas), ce chapitre est exagérément long, presque 5k de plus que le dernier. Pour être honnête avec vous, je n'avais pas le courage de le diviser à nouveau donc le voici tel quel, j'espère que vous avez une demie-décennie devant vous.

Je ne vous retiendrai pas plus longtemps mais avant de passer à la partie 4, je voudrais absolument remercier Ladgherta, Louille, Clem, LaGuest, Pluwie et Hermione79 pour leurs commentaires sur le précédent chapitre - je me répète mais vous êtes vraiment incroyables et je suis flattée d'avoir des lectrices aussi géniales que vous ! Un énorme merci également à tous les lecteurs de l'ombre qui ajoutent cette fic en favoris, je vous vois et je vous aime, merci merci merci !

Evidemment, je ne peux pas non plus continuer sans témoigner tout mon amour et ma reconnaissance à TheWhiteQuill et RedBlackHeart qui me soutiennent dans ce projet depuis le début.

Quelques RAR pour ceux à qui je n'ai pas pu répondre en direct sur FFnet :

LaGuest : Coucou ! Un grand merci pour ton commentaire qui m'a fait bien rire, Abraxas le bâtard au sang pur, c'est juste génial hahaha ! Je dois avouer que si je devais décrire la relation de Tom et Hermione dans cette fic, "saine" ne serait pas le mot que je choisirais en premier, mais je suppose que le plus important, au final c'est que les démons intérieurs de ces deux personnages se correspondent... Merci d'avoir laissé une trace de ton passage, j'espère que tu aimeras cette nouvelle partie !

Hermione79: Helloooo ! Merci pour ta review sur le chapitre 3, les ""excuses"" de Tom sont en effet... originales, je te l'accorde (pas sûre que je lui aurais pardonné, perso, mais je suppose qu'Hermione a trouvé qu'il avait de bons arguments ;)). En tous cas, tu te poses de très très bonnes questions et j'espère que ce chapitre y apportera (au moins partiellement) des réponses et surtout, qu'il te plaira !

And now, without further ado, let's move on to Part 4!

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Trois mille neuf cent trente-neuf jours plus tôt

Les mots se succèdent sous ses yeux, méthodiquement alignés sur le parchemin et se dispersent sur la page comme des centaines de petites fourmis. Elle les parcourt attentivement, la gorge nouée. L'harmonie des boucles minces couchées sur le papier beige ne suffit pas à cacher la laideur des phrases qui s'étalent devant elle et, lorsque son regard se pose enfin sur le point final, strict et victorieux, qui ferme cette farandole macabre, Hermione exhale lentement.

« Alors ? », demande une voix tranquille à sa droite.

Elle prend son temps pour relever la tête. Ses ongles griffent légèrement les aspérités du parchemin rugueux qu'elle tient entre ses mains.

Elle refuse de les laisser trembler.

Assis à côté d'elle, Tom attend patiemment, bras croisés sur sa poitrine et uniforme impeccable en dépit de l'heure tardive.

« Tu penses qu'il est possible de diviser son âme en sept parties ? », demande-t-elle lentement.

C'est une question qui franchit ses lèvres et pourtant, réalise-t-elle, il n'y a pas d'inflexion dans sa voix. L'interrogation tombe à plat comme un pavé dans une mare boueuse qui s'englue peu à peu dans les profondeurs, tandis qu'elle repose précautionneusement le parchemin sur la table devant elle.

Tom suit paresseusement son geste des yeux.

« C'est la théorie que j'ai essayé de prouver, oui », dit-il calmement.

Hermione se mord l'intérieur de la joue. La pointe de ses dents perce la chair tendre, déversant quelques gouttes d'un sang au goût de fer sur sa langue.

« Qu'est-ce que tu en penses ? », interroge-t-il à nouveau en reportant son regard sur elle.

Il y a une pointe de curiosité dans sa voix, comme s'il n'avait aucune idée de sa réponse et, à cet instant, Hermione réalise qu'elle-même n'a pas la moindre idée de comment répondre à cette question.

La recherche de Tom - si tant est qu'elle peut appeler ces quatre-vingt-dix centimètres de parchemin, une recherche - est complexe et monstrueuse et sublime et elle n'a aucun autre mot pour décrire ce qu'elle vient de lire que…

« Brillant », lâche-t-elle dans un souffle. « C'est brillant, Tom. Absolument terrifiant, mais brillant ! »

Tom humecte ses lèvres pensivement. La pointe de sa langue trace les contours délicats de sa lèvre inférieure, y déposant un voile humide qui brille quelques secondes sous la lumière tamisée des lampes, avant de disparaître rapidement.

Hermione sent sa propre bouche s'assécher.

« Le ministère semble le penser aussi », déclare-t-il finalement.

« Le ministère ? »

Tom décolle légèrement son dos du dossier de sa chaise et plonge deux doigts dans la poche intérieure de son blazer vert foncé avant d'en extirper une enveloppe immaculée, ornée du sceau du ministère. Il la pose sur la table devant lui, avant de la faire glisser en sa direction.

« Rogue et Slughorn ont soumis ma recherche au Département des Mystères, le directeur est un vieil ami de Slughorn. D'après le hibou que j'ai reçu ce matin pour me retourner le parchemin original, une offre d'emploi est sur la table », explique-t-il tranquillement.

Contre toute attente, il n'y a pas de satisfaction dans sa voix. Pas de fierté non plus. Juste un calme froid et stérile, presque chirurgical, qui glisse sur elle comme la lame aiguisée d'un scalpel d'argent.

Hermione relève les yeux vers lui, estomaquée.

« Le Département des Mystères t'a proposé un emploi ? Ils ne recrutent normalement qu'après cinq ans de formation de Langue-de-Plomb ! »

Tom hausse les épaules.

« La lettre parle également d'une bourse de deux cent mille gallions pour approfondir le sujet », ajoute-t-il sans la moindre expression.

Hermione sent un léger vertige lui faire tourner la tête.

« Deux cent m… Tom, c'est incroyable ! »

Impassible, Tom bascule à nouveau ses épaules en arrière dans sa chaise.

« Tourne-la », ordonne-t-il, sans la quitter des yeux.

« Quoi ? »

« Ma recherche », clarifie-t-il. « Regarde le verso. »

Légèrement décontenancée, Hermione attrape le parchemin devant ses yeux et le retourne.

Au dos du papier, dans l'écriture fine et penchée de Tom, trois lignes sont rédigées avec application à l'encre noire.

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À Severus Rogue, pour sa confiance et son ouverture d'esprit.

À Horace Slughorn, professeur et mentor, qui a toujours fait de son mieux pour apporter des réponses à mes questions les plus ardues.

À Hermione Granger, sans qui cette recherche n'aurait jamais existé et dont l'amitié m'est plus précieuse que l'aide inestimable qu'elle m'a apportée.

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Hermione relève brusquement les yeux vers lui.

Il -

Il a -

« Tu as mis mon nom sur ta recherche », souffle-t-elle, incrédule.

Tom hausse les épaules.

« Ce ne sont que des remerciements. »

En temps normal, Hermione aurait grimacé face à la note de condescendance qui teinte son ton calme, mais ce soir, elle se trouve incapable de la relever.

Parce qu'il est là, devant elle, visage stoïque et yeux plus noirs que la nuit, parce qu'il la scrute de cet air impénétrable qu'elle ne sait pas interpréter, parce que ses cheveux impeccables lui rappellent le jour où ils ne l'étaient pas, face à elle, sous une pluie torrentielle et parce qu'il…

« Tu as écrit que nous étions amis », insiste-t-elle, abasourdie.

Il hausse un sourcil.

« Ce n'est pas le cas ? »

Tom la regarde et Hermione rougit et Tom sourit et Hermione se demande quel goût aurait son sourire contre ses lèvres.

L'idée est violente, désagréable. Elle surgit de nulle part et la submerge comme un raz-de-marée brutal qui l'empêche de respirer.

Sans réfléchir, elle attrape sa main, posée sur la table à côté d'elle.

Tom baisse lentement le regard sur l'endroit où ses doigts se referment sur les siens, mais ne les retire pas.

Quelque chose flotte dans l'atmosphère entre eux. Une tension qui, elle l'aurait juré, n'existait pas quelques secondes plus tôt.

Lorsqu'il relève son visage vers elle, ses yeux ont une couleur d'encre et ils tachent quelque chose au fond de son âme. Une marque brûlante et indélébile, qui s'imprime en elle et rend son souffle superficiel entre ses lèvres.

« Je le pense vraiment. Rien n'aurait été possible sans toi », dit-il à mi-voix.

Sa peau est chaude contre la sienne, comme le jour où il l'a touchée pour la première fois en cours de potions, comme la fois où il l'a aidée à enfermer ses plus affreux secrets dans la réserve de son esprit, comme dans ses rêves lorsqu'elle…

Hermione sent quelque chose prendre forme dans sa gorge. Un cri, ou peut-être un soupir, et elle serre les dents pour l'empêcher de franchir la barrière de ses lèvres.

Ils restent quelques secondes immobiles, yeux dans les yeux, unis dans ce contact trop brut, trop intime qui lui donne envie de peler une à une chaque couche de sa peau jusqu'à atteindre ses os, les seuls morceaux d'elle qu'il n'a encore jamais touchés.

Au bout d'une éternité, Tom détache finalement son regard d'elle et le pose sur la grande horloge dans son dos.

« Tu devrais retourner dans ton dortoir. Le couvre-feu est dans dix minutes et je détesterais avoir à te retirer des points. »

Lorsqu'il retire gentiment sa main de la sienne et se lève de sa chaise pour rassembler ses affaires, la perte de la chaleur de sa peau est presque douloureuse et Hermione se mord la lèvre inférieure jusqu'au sang.

Lorsqu'elle se lève à son tour, ses doigts tremblent, son souffle est court et une étrange sensation d'ivresse fait tanguer les murs autour d'elle. Tentant de ne rien laisser paraître, elle balance négligemment son sac sur son épaule, dans un simulacre de nonchalance qui ne lui va pas et qui contraste étrangement avec la raideur de sa nuque.

« Tu ne peux pas retirer des points à un autre préfet-en-chef », réplique-t-elle un peu trop sèchement tandis qu'ils se dirigent tous deux vers la sortie de la bibliothèque, leurs pas résonnant sur le marbre sombre.

À son grand soulagement, sa voix ne vacille pas.

« Non, mais je peux te donner une retenue », suggère Tom d'un ton placide.

Il ne semble pas le moins du monde affecté par ce qui vient de se produire et la normalité de son comportement suscite en Hermione une étrange émotion, à mi-chemin entre la reconnaissance et la déception. Les sourcils froncés, elle se faufile par la porte qu'il tient galamment ouverte, non sans lui jeter un regard sévère.

« La réciproque étant vraie, je te conseille de ne pas tenter le coup, à moins que tu ne souhaites désespérément récurer les chaudrons de potion à mains nues pendant ton temps libre », rétorque-t-elle.

Lorsqu'ils débouchent dans le couloir du septième étage, celui-ci est vide et silencieux. Quelques bougies sont encore allumées au plafond, mais leur lueur est trop faible pour éclairer les entrailles du château. Hermione secoue légèrement sa baguette qui s'illumine d'une lumière dorée, rapidement imitée par Tom.

Depuis que les souvenirs de sa cinquième année sont enfermés à double-tour dans son esprit, elle ne craint plus les longs corridors de Poudlard. Toutefois, dire qu'elle se sent parfaitement à l'aise dans l'obscurité serait mentir.

Après tout, seuls les monstres trouvent refuge dans les ténèbres.

Mais alors qu'elle fait volte-face, prête à s'éclipser en direction de sa salle commune, Tom étend son bras et pose une main contre le mur de pierre du couloir juste devant elle, lui barrant le chemin.

« Telle est donc ta vision de mon enfer personnel ? », se moque-t-il.

La lueur des bougies fait valser des ombres dorées sur ses traits harmonieux, illuminant le côté gauche de son visage. Il ressemble à un ange dans le crépuscule et Hermione sent ses poumons se contracter douloureusement.

« Non, mais puisque je n'ai pas de gnomes de Saint Valentin sous la main, j'ai dû me contenter de la promesse d'un travail manuel et fastidieux ! », riposte-t-elle d'un ton insolent.

Tom lève les yeux au ciel.

« J'ai grandi dans un orphelinat moldu, Hermione. Je crains qu'il ne te faille davantage que la perspective de quelques heures de vaisselle pour m'effrayer. Je ne suis pas Abraxas Malefoy. »

L'image de la mine horrifiée de leur camarade, pétrifié devant une montagne de marmites sales, s'impose dans son esprit et Hermione ne peut s'empêcher de glousser.

« Je suis prête à parier qu'il s'évanouirait à la simple vue d'une éponge », acquiesce-t-elle, son éclat de rire résonnant dans le couloir désert.

Tom se contente de la regarder d'un air amusé.

« Bonne nuit, Miss Granger », souffle-t-il en laissant retomber son bras le long de son corps, le spectre d'un sourire en coin planant au-dessus de ses lèvres.

« Bonne nuit, Monsieur Jedusor, tâchez de ne pas vous perdre en chemin. »

« Je crois qu'il est un peu tard pour ça », murmure-t-il, bas, si bas qu'elle n'est pas sûre de l'avoir entendu.

La lumière des bougies vacille légèrement.

Dans la semi-obscurité du couloir, ses yeux ont la couleur d'une galaxie en guerre contre l'univers.

Hermione entrouvre les lèvres mais les mots restent bloqués dans sa gorge.

Face à elle, Tom se contente de lui adresser un dernier sourire énigmatique et la contourne avant de s'éloigner en direction des escaliers.

Silencieusement, Hermione regarde sa silhouette élancée disparaître à l'autre bout du couloir, le cœur battant. Lorsque le bruit de ses pas se dissout dans les profondeurs du château, elle secoue légèrement la tête et se met en marche en direction de sa propre salle commune, une étrange sensation de chaleur prenant forme dans son abdomen et se diffusant dans tout son corps.

Ce n'est que lorsqu'elle passe le portrait de la Grosse Dame, et se retrouve nez-à-nez avec un Ron furieux, que les derniers vestiges des fourmillements au creux de ses reins se dissipent.

« Hermione ! Qu'est-ce que tu fichais ? Ça fait deux heures que je t'attends ! », s'exclame le rouquin en se ruant sur elle.

« Que… que tu m'attends ? », bredouille-t-elle, décontenancée.

« Tu avais promis de m'aider à m'entraîner au maléfice de Gemino après le dîner ! »

Hermione ouvre la bouche, éberluée, puis la referme, incapable de trouver la moindre justification.

Il fût un temps où la seule perspective de partager quelques heures en tête-à-tête avec Ron aurait suffi à la mettre de bonne humeur pour le reste de la semaine. Et pourtant, réalise-t-elle en observant la mine crispée de son ami, le souvenir du rendez-vous qu'elle lui a donné le midi même s'est évaporé de son esprit à la minute où elle a reçu le hibou de Tom lui demandant de la rejoindre dans leur bibliothèque après le repas.

« Ron je… Je suis désolée, je… Je n'ai pas vu l'heure passer et… », tente-t-elle de s'excuser, penaude.

« Où est-ce que tu étais de toute façon ? », coupe Ron d'un ton bougon. « Je t'ai cherchée partout ! »

« Je… j'étais avec Eddie, nous faisions de nouveaux badges pour la S.A.L.E. », répond-elle sans réfléchir.

Elle ne sait pas vraiment pourquoi elle lui ment.

Après tout, ce n'est pas comme si elle avait quoi que ce soit à cacher et elle a parfaitement le droit de passer du temps avec ses autres amis et… Oh Merlin !

Tom et elle sont réellement amis, n'est-ce pas ?

Comment a-t-elle pu laisser cela arriver ?

« Carmichael ? », demande Harry qui assiste à la scène depuis le canapé, les sourcils froncés. « Je croyais l'avoir vu jouer à la bataille explosive avec Romilda Vane dans le… »

« Non, je l'ai croisé avec Hermione tout à l'heure », interrompt Ginny, assise à ses côtés, Pattenrond sur les genoux. « Superbes badges, d'ailleurs. N'oublie pas de m'en mettre un de côté ! »

La rouquine lui adresse un clin d'œil malicieux et Hermione grimace.

Merveilleux.

Maintenant Ginny va se faire des idées.

Que lui a-t-il pris de mentir de la sorte ?

« Il ne se passe rien entre nous ! » ne peut-elle s'empêcher de lancer à voix haute en lançant un regard appuyé à la jeune fille qui affiche un sourire goguenard.

« Entre toi et Eddie Carmichael ? », demande Ron, visiblement perdu.

« Parfaitement. Entre Eddie et moi ! », confirme Hermione en hochant la tête vigoureusement.

« Ne t'inquiète pas Hermione, personne ici ne doute de la nature de votre relation », susurre Ginny d'un ton mielleux.

Harry, lui, ne dit rien, se contentant de l'observer d'un air suspicieux.

Hermione marmonne quelque chose dans sa barbe et, avec un dernier regard désolé pour Ron, s'enfuit dans son dortoir, sans demander son reste.

Lorsqu'elle se laisse enfin tomber sur son lit quelques minutes plus tard, elle roule sur son dos, les yeux fixés au plafond. Le petit bouquet d'hellébores posé sur sa table de chevet projette sur la pierre une douce lueur bleuté qui l'enveloppe d'une aura apaisante.

Elle ne peut s'empêcher de se demander si Tom a déjà rejoint sa salle commune. Si comme elle, il est allongé sur son lit et observe le plafond, repassant en boucle les dernières heures dans sa tête.

Elle pense à sa plume qui inscrit son prénom dans une écriture penchée sur son parchemin et à son odeur d'été qui lui donne envie de se noyer en lui. Elle pense à son sourire et à la fossette au creux de sa joue qu'elle voudrait tracer du bout des doigts. Elle pense à ses yeux et à ses mains et à la chaleur de sa peau contre la sienne.

Sans s'en rendre compte, elle s'endort avec son image en tête et son prénom sur ses lèvres, murmuré dans l'obscurité du dortoir comme une prière secrète ; une adjuration dans le noir.

Tom, Tom, Tom.

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« Alors ? », demande Hermione anxieusement.

L'homme face à elle l'observe d'un air impénétrable par-delà le bord de la lettre qu'il tient devant son visage.

« C'est une convocation légitime, je le crains », dit-il d'une voix grave en reposant lentement la feuille froissée sur son bureau. « Le sceau est bien celui de Mafalda Hopkrik. »

Les traits d'Hermione s'affaissent légèrement tandis qu'elle accuse le coup. Quelque part, au fond d'elle, elle espérait encore que tout cela ne soit qu'une mauvaise farce, un énième coup en traître de Malefoy pour la déstabiliser. Toutefois, sous le regard que pose désormais sur elle Kingsley Shacklebolt, ses derniers espoirs partent en fumée.

« Les menaces à l'encontre d'un membre du Magenmagot constituent en effet une offense punissable », continue le sorcier de sa voix profonde.

« Oh voyons, Kingsley, vous savez comme moi que je n'ai pas menacé Malefoy ! », ne peut-elle s'empêcher de cracher, l'angoisse et la colère faisant trembler les mots dans sa gorge.

L'Auror pousse un léger soupir. Lorsqu'il fait glisser en sa direction la lettre qu'elle lui a confiée, Hermione se contente de la regarder d'un air écoeuré.

« Je le sais bien, Miss Granger, mais ce que vous et moi savons n'a malheureusement pas d'importance ici. »

Hermione prend une longue inspiration, écartant quelques mèches bouclées de devant son visage.

« Est-ce qu'il y a quoi que ce soit que je puisse faire ? »

Derrière son bureau d'ébène massif, Kingsley caresse distraitement du bout des doigts la broche en forme d'anneau, encerclée d'un S doré qui maintient sa cape violette en place autour de son cou.

La famille Shacklebolt est l'une des plus anciennes familles de sorciers d'Angleterre et l'une des plus respectées. Leur service au sein du gouvernement remonte à plusieurs années et si quelqu'un connait parfaitement les méandres et subtilités des rouages du ministère, c'est bien l'homme qui se tient devant Hermione à cet instant.

« À part vous rendre à l'audience et plaider votre cause, je crains que non », déclare toutefois ce dernier, sans ciller.

Hermione déglutit difficilement.

Elle imagine une pièce remplie d'hommes vêtus de capes rouges, posant sur elle des regards vengeurs et dégoûtés ; une salle emplie de sycophantes, prêts à la réduire en pièce sous les yeux victorieux d'Abraxas Malefoy, et le goût âcre de la peur tapisse sa langue.

« Et vous ? », tente-t-elle, sans même essayer de masquer le désespoir dans sa voix. « Le Magenmagot vous respecte, peut-être pourriez-vous… »

Kingsley secoue légèrement la tête, les sourcils froncés dans un air désolé qu'elle voudrait arracher de son visage.

« Je suis directeur du bureau des Aurors, Miss Granger. Il n'est pas ma place d'interférer dans les affaires de la justice. »

« L'audience n'est qu'en mai. D'ici là, peut-être que… »

Elle s'interrompt lorsque le sorcier lève une paume ferme devant elle.

« Je ne suis pas encore ministre et, déjà, vous cherchez à m'extorquer des faveurs ? », demande-t-il d'un air légèrement réprobateur, sa voix profonde crépitant dans le silence de son bureau.

Hermione rougit violemment.

Shacklebolt est un des candidats favoris à l'élection de ministre de la magie qui doit se tenir au début du mois prochain et il ne se passe pas un jour sans qu'Hermione ne prie le ciel pour qu'il la remporte. Comme tant d'autres, elle apprécie cet homme juste et modéré qui, bien qu'il n'ait jamais côtoyé les familles conservatrices de la société des Sang-Purs, a su gagner leur respect tout en conservant son intégrité.

Depuis qu'Harry lui a raconté dans la confidence qu'il a catégoriquement refusé la proposition de Malefoy de lui offrir une centaine de gallions pour l'aider à soigner sa sœur gravement malade, en échange de quelques faveurs, l'admiration d'Hermione pour Kingsley Shacklebolt n'a fait que se décupler.

N'en déplaise à Malefoy, certains hommes ne peuvent être achetés.

« Non, je… bien sûr que non, je… je n'oserais jamais je… », bafouille-t-elle, absolument mortifiée.

« C'était une plaisanterie », la rassure le sorcier en se penchant par-dessus son bureau pour poser une main réconfortante sur son avant-bras.

Sans qu'elle ne sache pourquoi, Hermione sent ses yeux s'emplir de larmes et elle baisse le regard sur ses pieds. Toutefois, Kingsley n'est pas dupe.

« Que se passe-t-il, Miss Granger ? », demande-t-il d'une voix douce.

Hermione hésite.

Elle pense aux lettres d'insultes qui la pourchassent jusque chez elle, à son incapacité à maintenir une relation sérieuse plus de six mois, et à tous ceux qu'elle avait promis d'aider, de sauver, au cours des dernières années et qu'elle a l'impression d'avoir abandonnés.

Elle pense à l'angoisse de contracter à son tour l'étrange maladie qui gangrène le ministère, à ses parents qui ne comprennent pas pourquoi elle ne leur rend plus visite et aux propositions de Rookwood d'inscrire son statut de sang dans sa chair.

Elle pense à Tom, dans le bureau de Malefoy, au bas de sa fenêtre et toujours, partout, dans sa tête.

« J'ai l'impression que je suis en train de perdre pied », avoue-t-elle à mi-voix. « Ma carrière est en train de couler, Abraxas fait tout pour me faire expulser du ministère et je suis… je suis si fatiguée, Kingsley. J'ai l'impression de me tenir devant un naufrage et de ne rien pouvoir faire pour l'empêcher. »

« Vous êtes courageuse, Miss Granger. Une vraie Gryffondor », murmure Kingsley de son baryton apaisant. « Les épreuves qui se dressent devant vous sont difficiles et injustes, mais n'oubliez pas que ce qui compte est la manière dont vous choisissez de les affronter. »

Hermione hoche la tête, essuyant de sa manche ses yeux humides.

« N'en parlez pas à Harry ni Ron, d'accord, je ne veux pas les inquiéter ? »

Shacklebolt acquiesce et relâche son bras, avant de se lever de sa chaise. Elle en fait de même, attrapant au passage la convocation restée sur le bureau et la fourre dans sa veste.

« Je ne dirai rien, mais, si je peux me permettre un conseil, vous devriez rester proche de vos amis. C'est un étrange monde, que celui dans lequel nous vivons, Miss Granger », soupire le sorcier en la raccompagnant jusqu'à la porte.

« Parfois, je voudrais mettre feu à ce monde pour détruire tout ce qu'il contient de mauvais », confesse-t-elle amèrement. « Embraser cette société corrompue et la regarder brûler jusqu'à sa dernière racine contaminée. »

Kingsley l'observe gravement, ses doigts enroulés autour de la clenche de la porte. Pendant une seconde, elle croit voir un éclair de tristesse passer dans son regard sombre.

« Vous devriez prendre garde à ce que vous désirez, Hermione. Merlin seul sait où cela peut vous conduire. »

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Trois mille neuf cent deux jours plus tôt

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Elle est devant un mur, face à une porte ronde où sept serpents semblent attendre patiemment des ordres. Une porte close, fermée depuis si longtemps que le métal commence à rouiller.

L'anticipation fait trembler ses doigts lorsqu'elle caresse du bout de son index la tête de fer d'un des reptiles. La force ne fonctionnera pas, elle ne fonctionne jamais sur cette porte qui ne s'ouvre que de l'intérieur. Lentement elle s'approche du mur et plaque son oreille contre le métal glacé, tentant de percevoir le moindre bruit qui en émane.

Seul lui parvient l'écho profond et régulier des battements de son cœur.

Face à elle, le faciès sculpté du plus gros serpent l'observe de ses yeux vides, sa langue de fer forgée à quelques centimètres de ses propres lèvres, prête à lui arracher un baiser venimeux.

« Ouvre-toi », murmure-t-elle à l'adresse de la créature.

Une tentative. Subtile, discrète, légère comme une plume.

Des phalanges qui râpent à peine contre le métal.

Elle attend.

Une longue seconde. Puis deux. Puis trois.

La porte reste fermée.

Avec un petit soupir de frustration, Hermione rouvre les yeux.

L'odeur de l'herbe fraîchement coupée et des bourgeons de fleurs est la première à réapparaître, rapidement suivie par la sensation agréable d'un vent tiède sur sa peau. Le bruit du clapotis de l'eau gagne ensuite ses oreilles, et lorsqu'enfin le décor verdoyant du parc de Poudlard se dessine devant elle, Hermione cligne deux fois des paupières avant de poser les yeux sur le Serpentard assis en face d'elle qui feuillette sereinement un livre de potions.

« C'était bien essayé », dit-il tranquillement, les yeux rivés sur son manuel.

Elle n'a pas besoin de vérifier le numéro de la page qu'il est en train de lire pour savoir qu'il n'a pas interrompu sa lecture une seule seconde.

« C'était inutile », grogne-t-elle avec mauvaise humeur en arrachant rageusement quelques brins d'herbe qui lui chatouillent les doigts.

Il sont tous deux assis à l'ombre d'un grand chêne, à quelques pas du lac noir, profitant d'une des premières belles journées que le printemps a à leur offrir.

Tom tourne une page de son livre.

« D'où le terme essayé », souligne-t-il patiemment.

Hermione lui lance un regard noir qu'il fait semblant de ne pas remarquer.

Les feuilles de l'arbre au-dessus de leur tête bloquent les rayons les plus chauds du soleil, projetant sur son beau visage des ombres grises qui ondulent au rythme du vent. Ses boucles sombres sont impeccables en dépit de la brise printanière et Hermione sent ses phalanges la picoter dans une imploration silencieuse d'y glisser ses doigts.

Peut-être lui en voudrait-elle moins s'il n'était pas aussi stupidement séduisant.

Face à elle, Tom relève finalement la tête et hausse un sourcil moqueur, un petit sourire en coin se dessinant sur ses lèvres.

Hermione devient écarlate.

« Reste en dehors de ma tête », siffle-t-elle, mortifiée.

« Tu penses tellement fort qu'il me serait presque plus difficile de ne pas t'entendre ! », riposte-t-il d'un ton léger.

L'envie très nette de se jeter dans le lac noir et de disparaître sur le champ dans ses profondeurs, s'immisce subitement dans l'esprit d'Hermione.

« Je n'y croyais pas une seconde ! », ment-elle, les joues cramoisies.

Le sourire mesquin de Tom s'élargit tandis qu'il repose son livre à côté de lui.

« Bien sûr que non », acquiesce-t-il d'un ton indulgent.

Avec un grognement de frustration, elle laisse son dos tomber sur le tapis d'herbe derrière elle.

Les branches du grand chêne laissent entrevoir des morceaux de ciel bleu à travers leur feuillage et elle contemple pendant un instant le dégradé de vert et de bleu qui s'étale au-dessus de sa tête.

« Dis-moi quelque chose », murmure-t-elle finalement, une fois l'humiliation passée.

À ses côtés, elle sent Tom remuer légèrement.

« Quoi ? »

Sans se redresser, elle roule la tête sur le côté pour le regarder.

Dans cette position, elle peut apercevoir la courbe de sa mâchoire former un angle tranchant avec sa jugulaire et elle se demande distraitement quel genre de blessure elle risquerait en y promenant ses doigts.

« Tu as passé des années à farfouiller dans mon cerveau et moi, je ne sais rien de toi. Dis-moi quelque chose sur toi », intime-t-elle gentiment.

Il reste muet quelques secondes, la fixant à travers ses paupières mi-closes. Aux muscles qui roulent sous sa peau pâle, elle devine qu'il caresse l'arrière de ses dents de la pointe de sa langue, comme s'il hésitait à accéder à sa requête.

« J'ai le nom de mon père », lâche-t-il finalement.

Si son expression n'était pas parfaitement détendue, elle aurait pu jurer avoir entendu une pointe de sécheresse dans sa voix calme.

Hermione se hisse sur ses coudes, lui offrant sa pleine attention.

« Tom Jedusor. Elvis est celui de mon grand-père maternel », précise-t-il, complètement impassible.

L'herbe verte chatouille ses poignets, mais, pour une raison quelconque, elle n'ose pas bouger.

Il n'y a pas la moindre émotion sur le visage de Tom et pourtant, sans réellement savoir comment, elle sait que le terrain est glissant. Dangereux.

« Ton père était un moldu, n'est-ce pas ? », demande-t-elle prudemment.

« Est. »

Elle se redresse cette fois complètement en position assise, repliant ses genoux à côté d'elle. Les yeux de Tom glissent sur ses jambes nues et, l'espace d'un instant, elle croit les voir s'arrêter à la lisière de sa jupe, avant de regagner son visage.

« Ton père est vivant ? », demande-t-elle, légèrement troublée.

Tom hoche brièvement la tête.

Dans les profondeurs de ses iris noirs, elle ne trouve rien. Ni colère, ni ressentiment, ni peine. Juste la surface trop calme d'un lac qui ondule paisiblement sous un ciel menaçant.

« Mais alors pourquoi est-ce que tu… ? », commence-t-elle, avant de se reprendre. « Est-ce qu'il sait que tu existes ? »

« Oh, il sait parfaitement que j'existe. Il préfère simplement l'ignorer. »

Son ton est égal et pourtant il y a quelque chose de différent dans sa voix. Quelque chose d'aérien et de déplaisant qui fait se dresser ses cheveux à l'arrière de sa nuque.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? »

Tom l'observe sans ciller, de son expression parfaitement neutre qui lui rappelle la froide indifférence des statues grecques qui ornent leur bibliothèque.

« Il a quitté ma mère lorsqu'elle était enceinte, la laissant sans argent et sans toit en plein hiver, l'obligeant à accoucher seule dans un orphelinat moldu où elle est morte en couches. Après ça, il n'a jamais une seule fois tenté de savoir ce qu'elle ou moi étions devenus. »

Hermione ouvre la bouche. Puis la ferme.

Pour une raison quelconque, elle a toujours pensé que ses parents étaient morts.

Mais la réalité aime voler à l'imaginaire sa cruauté.

Tom Jedusor n'a pas fait de son fils un orphelin.

Il l'a abandonné et c'est peut-être encore pire.

Elle se rappelle de Tom, âgé de onze ans, trop grand et trop mince pour son âge, les os de ses épaules saillant sous la chemise trop large de son uniforme et elle a soudainement envie de hurler.

« À sa décharge, elle n'a pas levé le petit doigt pour se sauver non plus. Je suppose qu'il était plus facile de se laisser mourir après m'avoir mis au monde, mais évidemment, pas avant de m'avoir baptisé comme l'homme qui l'avait abandonnée », ajoute-t-il d'un ton monotone.

Hermione sent son estomac se nouer.

Il ressemble à une église désaffectée, sombre et vide à l'intérieur et quelque chose se craquèle au fond d'elle, creusant des fissures jusqu'à la surface de son cœur.

« Je ne savais pas », chuchote-t-elle, légèrement nauséeuse.

« Comme tu t'en doutes, c'est un honneur et un privilège de porter son nom », souffle-t-il avec une ironie presque trop détachée pour la situation.

Ses pupilles sont complètement opaques, brumeuses et ternes, signe que son occlumancie est à l'œuvre. Elle déteste le voir comme ça, froid et inhabité, retranché derrière les murs infranchissables de son esprit, intouchable et invulnérable et pourtant tellement, tellement seul.

Elle ouvre la bouche pour dire quelque chose, mais Tom est plus rapide. Un éclair de colère passe dans ses yeux vides et Hermione reste clouée sur place par la hargne qu'elle y lit.

« Garde ta pitié, Hermione ! », siffle-t-il.

Sa voix est sèche, glaciale, et l'atteint en plein visage comme une gifle.

Pourtant, elle ne vacille pas, refuse de vaciller.

Au contraire, elle esquisse un mouvement en avant pour se rapprocher de lui.

« Je n'ai pas pitié de toi, Tom. J'ai pitié de lui », murmure-t-elle doucement. « Il n'aura jamais la chance de te connaître, de voir le garçon que tu es, l'homme que tu es en train de devenir…»

Un muscle palpite dans sa mâchoire mais il ne répond rien, se contentant de la regarder de ses prunelles ombrageuses.

« Vous partagez peut-être un nom, et alors ? », continue-t-elle à voix basse. « C'est tout ce qu'il aura jamais de toi. Et je peux t'assurer que personne ne pensera jamais à lui en l'entendant. Seulement à toi. Grand, brillant, talentueux et… absolument, stupidement, séduisant, Tom Jedusor… »

Elle voudrait poser une main sur son bras, sentir sa peau sous ses doigts à travers la manche parfaitement repassée de sa chemise, ouvrir la porte et le faire revenir à elle, mais pour une raison quelconque, elle se retient.

« Comment pourrait-il en être autrement ? », finit-elle dans un souffle.

Tom la fixe silencieusement

« Je pensais que tu n'y croyais pas une seconde », lâche-t-il finalement.

Ses yeux sont toujours vides mais le gouffre qui s'y trouve semble se résorber légèrement.

Hermione hausse les épaules.

« J'ai menti. »

« Et affreusement mal, avec ça. Tu es une affligeante menteuse », insulte-t-il, légèrement amusé.

En temps normal elle aurait rétorqué quelque chose de cinglant, mais la voix de Tom a retrouvé son timbre normal, lisse et soyeux et Hermione la laisse caresser sa peau comme un drap de satin. Dans son estomac, le nœud d'angoisse se dénoue peu à peu, laissant place à un timide soulagement.

Toutefois, une ultime question lui brûle les lèvres et elle se tortille légèrement sur place, hésitante.

Elle sait qu'elle devrait abandonner, changer de sujet, mais sa curiosité est trop grande et finit par l'emporter.

« Tu n'as jamais essayé de le retrouver ? », tente-t-elle prudemment.

Tout éclat amusé disparaît immédiatement des yeux de Tom.

« Pourquoi faire ? »

Hermione mordille nerveusement l'intérieur de sa joue.

« Peut-être pourrait-il expliquer pourquoi… »

« Il n'y a rien à expliquer », coupe Tom sèchement.

« Mais… »

« Tu as demandé que je te raconte quelque chose sur moi, Hermione, et je l'ai fait », l'interrompt-il à nouveau. « À présent, si tu souhaites d'autres réponses, il te faudra les prendre par toi-même. Alors, à moins que tu ne veuilles me supplier pour les avoir, je te conseille de pratiquer ta légilimancie. »

Son ton est sec, sans appel, et Hermione ne peut s'empêcher de grimacer légèrement.

« Il y a une troisième option, tu sais », grommelle-t-elle, juste pour le principe de le contredire. « Je pourrais juste y renoncer. »

Tom l'observe quelques secondes, évaluant silencieusement ce qu'elle vient de dire.

« Il n'y a pas de troisième option », lâche-t-il finalement, d'une voix douce.

Presque trop douce.

« Ah oui ? Et pourquoi ? »

Lentement, Tom décolle son dos de l'arbre contre lequel il est appuyé et pose une main pâle dans l'herbe, juste à côté de la sienne.

Puis, il se penche vers elle.

« Parce que le problème avec le désir, Hermione, c'est qu'il nous rend faibles. »

Il n'y a pas d'émotion sur ses traits et pour une raison incompréhensible, elle a l'impression que l'air printanier vient de s'épaissir autour d'eux.

« Faibles ? », répète-t-elle en clignant des yeux.

« Renoncer à quelque chose ne veut pas dire cesser de le convoiter », murmure-t-il de cette voix trop grave, trop suave, trop veloutée, qui colle à ses dents comme un bonbon trop sucré. « Et un désir inassouvi a une fâcheuse tendance à se transformer en obsession »

Il y a quelque chose d'étrange dans ses yeux. Quelque chose de brûlant et de gelé à la fois. De la lave en fusion au centre d'un volcan sous-glaciaire prêt à entrer en éruption.

Hermione se retient de frissonner.

« Et il n'y a rien de plus dangereux qu'une obsession. Un désir qui se mue en besoin, une idée fixe, obsédante et cruelle qui te torture jours et nuits jusqu'au bord de la folie. »

Il est penché sur elle à présent, son visage à quelques centimètres du sien, plus proche qu'il ne l'a jamais été et, à cette distance, sa beauté est d'une violence presque insoutenable.

Pourtant, elle est incapable de bouger.

« C'est à bout de désirs que l'on corrompt le monde, Hermione », dit-il à voix basse, et son prénom sur ses lèvres sonne comme un secret inavouable. « C'est une faiblesse humaine, après tout, de désirer ce que nous ne sommes pas censés vouloir. »

Un souffle de vent balaye quelques mèches sur son visage mais elle ne fait pas le moindre geste pour les écarter.

Elle est figée sur place, tel un animal nocturne pris dans les phares d'une voiture, les yeux écarquillés et la respiration saccadée.

Face à elle, Tom continue.

« Il n'y a pas de troisième option, car peu importe les chemins que tu emprunteras, à la fin, tout se terminera comme cela a toujours été censé se terminer. Tu finiras à genoux, souffrant, suppliant, pour avoir ce que tu n'as pas osé prendre en premier lieu. »

Il la contemple quelques secondes et subitement, elle a l'impression qu'elle le voit pour la première fois. Sa peau pâle, son nez droit, la courbe sensuelle de ses lèvres pleines, le minuscule grain de beauté juste à côté de l'endroit où elle sait qu'il se cache une fossette… et ses yeux.

Ses yeux aux pupilles complètement dilatées, qui ne la quittent pas, qui l'étouffent de leur noirceur incendiaire, corrosifs et dévorants et elle les laisse la disséquer en millions de petits morceaux.

Puis, lentement, comme s'il avait tout le temps du monde, il lève une main au niveau de son visage et Hermione retient sa respiration.

« N'est-ce pas de la faiblesse, à tes yeux ? », demande-t-il en écartant tendrement une mèche de cheveux qui barre sa figure

La dureté de ses mots contraste avec la douceur de son geste et elle lutte pour ne pas frissonner lorsque ses doigts frôlent sa joue.

« Je… »

Sa voix s'étrangle dans sa gorge.

« Je suppose que je n'ai encore jamais voulu quelque chose à ce point là. Toi, si ? », articule-t-elle finalement au prix d'un effort surhumain.

« Régulièrement », murmure-t-il, et l'honnêteté dans sa voix lui coupe le souffle.

Sans la quitter des yeux, il replace délicatement la boucle caramel derrière son oreille.

Hermione prend une inspiration tremblante.

Un parfum de nuit d'été envahit ses narines et quelque chose s'embrase au creux de son estomac. Quelque chose d'ardent et de brûlant et d'inextinguible et la violence du désir qui déferle dans ses reins la cloue sur place.

« Il faut que tu m'apprennes ce sort », dit-elle faiblement.

Elle n'est pas tout à fait certaine de savoir comment elle est encore capable de parler.

« J'aime tes cheveux comme ça », murmure Tom.

Il est si proche qu'elle peut presque sentir chaque lettre se former contre sa bouche.

Son souffle chaud s'infiltre dans ses poumons et elle se demande soudainement quel goût a le mot faiblesse sur ses lèvres. Elle voudrait en apprendre la saveur, le lécher sur son palais, tracer chacune de ses boucles sur sa langue, jusqu'à ce qu'il se dissolve entièrement sur la sienne.

Tom laisse retomber son bras et, finalement libérée de son emprise invisible, Hermione s'écarte légèrement.

Le parc tangue autour d'elle et, dans sa poitrine, une désagréable sensation d'oppression lui écrase le sternum, comme si elle s'était retenue de respirer pendant trop longtemps.

Quelques secondes flottent dans l'air, pesantes et silencieuses.

« Tu penses qu'un jour j'arriverai enfin à entrer ta tête ? », demande-t-elle lorsque la douleur dans ses poumons se dissipe enfin.

Sa langue est lourde dans sa bouche et, au fond d'elle, elle sait qu'il peut entendre le tremblement dans sa voix.

Tom hausse les épaules, se redressant à son tour.

Il a l'air aussi indifférent qu'elle est secouée et elle se demande pendant un instant si elle a rêvé ce qui vient de se produire.

« Mieux que ça. »

« Quoi ? »

Il rejette son dos en arrière et la fixe longuement. Même les rayons lumineux du soleil de printemps ne parviennent pas à éclairer ses yeux d'obsidienne.

« Je pense qu'un jour tu me tueras. »

Étrangement, elle ne parvient pas à trouver l'humour dans son regard sombre.

.


.

Hermione sort du bureau de Kingsley, le cœur lourd et la gorge nouée.

Elle descend rapidement les escaliers qui mènent à l'atrium avant de se fondre dans la foule qui se presse de part et d'autre du grand hall du ministère, anxieuse de retrouver le calme de son petit bureau.

Cependant, lorsqu'elle passe devant le point de contrôle des visiteurs, un homme attire son attention. Vêtu d'un costume moldu, il passe frénétiquement sa main dans ses cheveux blonds coupés courts, visiblement en proie à une anxiété immense. A côté de lui, une petite fille aux cheveux cendrés, vêtue d'un anorak rose fluo, l'observe, les yeux écarquillés.

« Puisque je vous dis que ma femme est une sorcière », implore-t-il, face au sorcier roux en charge de la sécurité. « Elle s'appelle Tereza, son nom de jeune fille est Macmillan. Elle travaille au Département des Transports Magiques. Vous pouvez vérifier ! »

« Pour la troisième fois, Monsieur, je me moque de qui est votre femme. Vous ne pouvez pas entrer. L'accès au ministère est exclusivement réservé aux sorciers. »

Hermione s'approche discrètement de la scène, les sourcils froncés.

« Mais elle doit récupérer notre fille ! », s'écrie l'homme en gesticulant en direction de l'enfant à ses côtés. « S'il vous plait, j'ai un train dans moins de vingt minutes, je… »

« Pas d'exception », coupe le portier, sa moustache frémissant par-dessus sa lèvre supérieure. « La petite peut passer, vous non. »

L'inconnu ouvre à nouveau la bouche pour protester, mais Hermione le devance.

« Excusez-moi, je passais par là et je n'ai pas pu m'empêcher d'entendre votre conversation. Je me rendais justement au Département des Transports Magiques », ment-elle sans ciller. « Je peux emmener votre fille jusqu'au bureau de votre épouse, si vous le souhaitez. »

« Ah… c'est très aimable, mais… », commence à répondre le moldu, jouant nerveusement avec les pans de son costume rayé.

« Hermione Granger », coupe-t-elle en tendant une main en sa direction. « Je suis née-moldue, croyez-moi je comprends les… désagréments des nouvelles politiques du ministère. »

À ces mots, un éclair de soulagement illumine le visage de l'homme qui se penche pour serrer sa main par-dessus la limite de sécurité tracée au sol.

« Oh… dans ce cas je vous remercie, mademoiselle. Le bureau de ma femme est… »

Hermione l'interrompt aimablement.

« Je sais où est le bureau Tereza, ne vous en faîtes pas. »

L'homme lui lance un bref sourire, avant de s'agenouiller devant la petite fille.

« Papa reviendra vite », lui souffle-t-il. « En attendant, sois sage avec maman, d'accord ? »

La petite acquiesce silencieusement, avant de le serrer dans ses bras. Son père la presse maladroitement contre lui et se relève rapidement. Puis, avec un ultime signe de tête reconnaissant à l'attention d'Hermione, il bat en retraite en direction de la sortie des visiteurs et disparaît dans la foule.

Non sans un regard noir pour le portier, Hermione prend la main de l'enfant dans la sienne et l'entraîne gentiment vers le couloir qui mène au Département des Transports Magiques.

« Comment tu t'appelles ? », demande la petite au bout de quelques mètres, levant ses grands yeux bleus vers elle.

« Hermione, et toi ? »

« Abigaïl, mais mes parents m'appellent Abbie », déclare-t-elle avec assurance.

« C'est un joli nom. Ton papa travaille beaucoup ? »

« Je n'ai pas le droit de parler de mon papa », réplique la petite fille. « Maman dit que c'est dangereux. »

Hermione fronce les sourcils.

« Dangereux ? »

« Oui, parce qu'il n'est pas comme nous », récite Abigaïl, ses fins sourcils blonds froncés dans une expression concentrée. « Maman dit que si nous parlons de papa, il risque de nous arriver quelque chose de très grave. Alors je n'ai pas le droit d'en parler. »

Hermione baisse les yeux sur l'enfant tandis qu'un goût acide lacère sa langue. Elle ne doit pas avoir plus de six ans, estime-t-elle. Trop jeune, trop fragile, trop innocente pour l'inquiétude qui brille dans ses yeux.

Sans réfléchir, elle s'accroupit au milieu du corridor, attrapant gentiment la petite fille par ses avant-bras.

« Je te promets que rien n'arrivera à tes parents, Abbie. Tu as ma parole. »

Elle sait que sa promesse est creuse. Pourtant, l'expression rassurée qui détend immédiatement le visage d'Abbie suffit à la libérer de toute culpabilité.

« Abigaïl ? »

Une voix résonne derrière elles et l'enfant lève les yeux, avant de se ruer dans les bras d'une vieille femme aux cheveux gris qui sort d'un bureau au fond du couloir. Hermione la reconnaît rapidement comme la secrétaire de Tereza Macmillan.

« Miss Kirkland ! », s'exclame la petite fille en s'accrochant à sa jambe.

La vieille assistante rit avant de se pencher pour poser un baiser sur le sommet de la tête de la fillette.

« Ils ne voulaient pas laisser rentrer mon papa, alors Miss Hermione s'est occupée de moi. »

« C'est bien aimable de la part de Miss Hermione », sourit la femme en relevant vers Hermione un regard reconnaissant. « Tereza est en réunion, mais je prendrai soin de la petite Abbie, n'est-ce pas ma poupée ? »

La petite fille hoche vigoureusement la tête avant de se tourner vers Hermione, lui offrant un sourire édenté.

« Merci, Miss Hermione, de m'avoir accompagnée ! »

Hermione esquisse un sourire attendri.

« Je t'en prie, Abbie. Ce fût un plaisir de te rencontrer. »

Mais alors qu'elle fait demi-tour pour regagner son bureau, la voix de la petite fille s'élève à nouveau dans le corridor.

« Attends ! »

Hermione a tout juste le temps de se retourner pour voir Abigaïl se dégager des bras de Miss Kirkland et courir vers elle.

« Le monsieur m'a dit de te dire de ne pas être nerveuse. »

Hermione fronce les sourcils.

« Quel monsieur ? »

Mais la petite fille ne répond pas, occupée à farfouiller dans la poche de son anorak rose.

« Il m'a aussi dit de te dire que certaines choses ne sont pas faites pour être sauvées. Et il m'a donné ça pour toi », dit-elle en lui tendant quelque chose.

Dans sa main d'enfant, se trouve une plume en sucre à l'emballage froissé.

Et Hermione sent la bile lui ravager la gorge.

.


.

Trois mille huit cent soixante-trois jours plus tôt

.

« Tu n'as pas à être nerveuse. »

La voix de Tom est tranquille, presque amusée et Hermione serre les dents.

« Je ne suis pas nerveuse. »

« Tu ne manges des plumes en sucre que lorsque tu es nerveuse avant les examens. »

« Je te dis que je ne suis pas nerveuse ! », siffle-t-elle.

Elle se lève de sa chaise d'un geste brusque et son coude heurte son encrier qui s'écrase à ses pieds.

Au fond d'elle, quelque chose éclate en écho au bruit sinistre du verre qui se brise en mille morceaux.

« Et si j'oublie la date de la Rébellion des Gobelins ? », capitule-t-elle en commençant à arpenter la pièce de long en large. « Ou pire, si je la confonds avec la Grève des Gargouilles, comme je l'ai fait en deuxième année ? Je n'ai jamais été aussi mortifiée que ce jour-là… »

« Hermione… », soupire Tom en reposant sa plume sur la table.

« … examen d'Astronomie a lieu le mercredi et si le ciel n'est pas assez dégagé, le professeur Sinistra va sûrement le décaler au jeudi, mais le jeudi nous avons l'examen de Runes alorsjenesaispascomment… »

« Hermione. »

« … nuit dernière j'ai rêvé que je confondais la valeur nominale des termes de la suite de Fibonacci avec leur valeur stellaire et le professeur Vector déchirait ma copie devant les autres examinateurs… »

« Hermione. »

« … n'aurais pas dû prendre autant d'A.S.P.I.C, c'était parfaitement déraisonnable je ne sais pas ce que j'essayais de prouver lorsque… »

Sa voix meurt dans sa gorge lorsqu'elle fait volte-face.

Tom est planté devant elle et vient de poser un doigt sur sa lèvre inférieure, interrompant son flot de paroles erratiques.

« Respire ! », ordonne-t-il.

Elle s'exécute, prenant une inspiration fébrile.

L'index de Tom est pressé contre ses lèvres et elle peut sentir le goût de sa peau sur le bout de sa langue, un mélange d'encre et de thé qui remue quelque chose dans son estomac.

« Tu vas t'en sortir admirablement », continue-t-il, ses yeux ténébreux plongés dans les siens. « Tu es la personne la plus intelligente que je connaisse. »

« Plus que toi ? », demande-t-elle d'une petite voix.

Sa peau la brûle à l'endroit où son doigt la touche, envoyant des millions de petits picotements chauds le long de sa mâchoire.

Pendant un hystérique instant, elle se demande ce qu'il ferait si elle ouvrait sa bouche et promenait sa langue le long de ses phalanges pâles.

« Parfois », concède-t-il, légèrement amusé.

Lorsqu'un rire nerveux secoue ses épaules, Tom laisse retomber sa main et ses lèvres pleurent silencieusement leur perte.

« Je ne comprends pas pourquoi tu te mets dans ces états, Hermione », soupire-t-il, l'amusement disparaissant peu à peu de son visage. « Tu sais pertinemment que tu es bien meilleure que tous ces idiots. »

Hermione se mord la lèvre inférieure, sa langue venant lécher presque malgré elle les marques imaginaires que les doigts de Tom ont laissées sur sa peau.

Lorsqu'il suit le mouvement des yeux, elle est presque certaine de voir son regard s'assombrir.

Elle hésite à lui mentir. À lui dire qu'il a raison, que c'est juste l'angoisse des examens qui la rend émotive, qu'elle n'est pas réellement inquiète pour son avenir.

Pourtant, quelque chose l'en empêche.

« Parce que c'est tout ce que j'ai », souffle-t-elle.

Et la vérité lui écorche le palais de ses griffes acérées.

« Mon nom et mon sang n'ont aucune valeur dans cette société où ce sont les seules choses qui importent. Si mes notes ne sont pas absolument irréprochables, alors je n'ai aucune chance d'accéder au poste que je souhaite au Département de la Justice Magique. »

Face à elle, les yeux de Tom se plissent légèrement.

« Pourquoi est-ce que ce travail te tient tant à cœur ? Il y a beaucoup d'autres choses qu'une sorcière de ton envergure pourrait accomplir, Hermione. Des choses qui n'impliquent pas des kilomètres de paperasse et les affres de la bureaucratie. »

Hermione se retient de lui lancer d'un ton cinglant qu'elle n'a rien contre la paperasse et que la bureaucratie est la base de la structure prospère d'une société.

« Parce qu'il faut bien que quelqu'un change les choses », réplique-t-elle à la place.

Tom exhale un long soupir las.

« Tu ne peux pas t'empêcher de vouloir sauver le monde, n'est-ce pas ? »

Il y a une drôle d'amertume dans sa voix, presque un reproche et Hermione pince les lèvres.

« Pourquoi est-ce que tu dis ça comme si c'était une mauvaise chose ? »

« Parce que certaines choses ne peuvent simplement pas être sauvées, Hermione, et il faudra bien que tu l'acceptes un jour », réplique-t-il sèchement.

« Mais toutes méritent au moins que l'on essaye », proteste-t-elle, de plus en plus irritée par la tournure que prend cette discussion.

Un éclair passe dans les yeux sombres de Tom, quelque chose de vif et de violent, et sa peau se parsème d'une chair de poule glacée.

De quoi dois-tu être sauvé, Tom ?

Je te sauverais si tu me le demandais.

« Ta détermination à te battre pour les causes perdues est admirable, mais sans pouvoir, elle ne te mènera nulle part. »

Sa voix est froide désormais, irritée, comme si les ambitions de sa camarade lui causaient un affront personnel.

Dans un coin de sa tête, Hermione note que cela fait des mois qu'ils ne se sont pas disputés de la sorte.

« Je ne veux pas le pouvoir. Je veux la justice », cingle-t-elle en retour, le ton tranchant.

Tom renifle dédaigneusement, comme si elle venait de dire la chose la plus ridiculement absurde qu'il ait jamais entendu et Hermione sent la colère irradier dans ses veines.

« Tout le monde veut le pouvoir. Certains ont simplement moins de scrupules que d'autres à s'en emparer. »

« Le pouvoir sans la justice est tyrannique. »

« Peut-être », concède-t-il. « Mais la justice sans le pouvoir est impuissante. »

« Est-ce que c'est ce que tu veux, Tom ? Le pouvoir ? », demande-t-elle en plissant les yeux.

Face à elle, Tom reste silencieux quelques secondes, la scrutant de son regard sombre, et la température de la pièce semble chuter brutalement de plusieurs degrés.

« Je veux beaucoup de choses Hermione », finit-il par répondre d'une voix douce qui tranche avec la froideur de ses yeux, « mais, contrairement à toi, je suis prêt à faire ce qu'il faut pour les obtenir. »

Et, comme pour prouver ses dires, il se penche et attrape gentiment la plume en sucre qu'elle tient encore entre ses doigts crispés.

Hermione le laisse faire.

Parfois, elle a l'impression que Tom et elle mènent en parallèle deux conversations complètement différentes. Parfois, lorsqu'elle le regarde, elle ne voit qu'une énigme, élégante et complexe et impossible à déchiffrer.

Et parfois…

« Parfois, j'ai l'impression que je ne sais pas qui tu es », admet-elle à mi-voix en le regardant faire tournoyer la confiserie collante entre ses longs doigts pâles.

Plus tard, lorsqu'elle repensera à ce moment, Hermione ne sera pas certaine de savoir comment les choses se sont succédées.

Tom s'avance et, instinctivement, elle recule. Ses cuisses rencontrent le bois dur de la table et elle y plaque ses mains pour se retenir de tomber en arrière.

Toutefois, elle n'a pas le temps de se redresser, que Tom se penche sur elle, posant ses propres mains de part et d'autre des siennes, l'emprisonnant entre la table et lui.

Son torse effleure sa poitrine, leurs hanches uniquement séparées par quelques centimètres d'air étouffant. Son genou gauche se loge entre ses cuisses entrouvertes et elle peut sentir le tissu de son pantalon frôler ses jambes nues.

Acculée, Hermione écarquille les yeux.

Au travers de l'infinitésimal espace qui sépare leurs visages, Tom l'observe attentivement, méthodiquement, comme un chasseur qui étudierait le meilleur angle pour découper sa proie.

Sous son regard sombre, elle ne peut s'empêcher de frissonner. Quelque chose de corrosif, presque fulgurant, part de son bas ventre et se diffuse jusque dans ses reins ; une forme d'anticipation sordide qui l'engloutit sans pitié et l'empêche de réfléchir correctement.

« Tu sais parfaitement qui je suis, Hermione », murmure-t-il d'un ton caressant qui fait se dresser ses cheveux à l'arrière de sa nuque. « Il y a juste une part de toi qui refuse de l'accepter. »

Hermione déglutit difficilement.

Elle peut sentir son coeur battre à quelques centimètres du sien, dans sa poitrine, dans ses oreilles. Entre ses cuisses.

Un pouls brûlant et erratique qui déclenche en elle un instinct primaire de se presser contre lui et de le laisser la dévorer jusqu'à l'âme.

« Pourquoi ? », souffle-t-elle. « Pourquoi je ne voudrais pas l'accepter ? »

Tom sourit.

Puis, lentement, il approche son visage de son oreille, comme pour lui confier un secret qu'elle seule saurait garder. Ses lèvres effleurent l'endroit où sa mâchoire et son cou se rejoignent et elle papillonne des yeux malgré elle, ses doigts crispés à s'en briser les phalanges sur la table de bois.

Lorsqu'elle les ouvre à nouveau, son nez est à quelques millimètres de la peau pâle de la gorge de Tom et une vague d'effluves boisées lui fait tourner la tête.

Elle voudrait -

Elle veut -

Elle -

« Parce que je ne veux pas être sauvé », murmure-t-il au creux de son oreille. « Et que ça te terrifie. »

La respiration d'Hermione se bloque dans sa trachée.

Sans un mot de plus, Tom se redresse.

Puis, il se recule légèrement et, sans cesser de la regarder, porte sa plume en sucre à sa bouche.

Lorsqu'il referme ses lèvres dessus, juste à l'endroit où les siennes étaient posées quelques secondes plus tôt, Hermione a l'impression que c'est son cœur qui est en train de se dissoudre sur sa langue.

.


.

Les doigts crispés sur la confiserie offerte par Abbie, Hermione remonte le couloir du ministère jusqu'au hall où elle appuie nerveusement sur le bouton en métal de l'ascenseur.

Le goût des cendres a remplacé celui du sucre dans sa bouche et quelque chose de froid congèle sa poitrine jusqu'à ses os.

C'est un jeu, se répète-t-elle pour la troisième fois. Ce n'est qu'un jeu pour lui.

Juste un labyrinthe de mensonges aux couloirs étroits et sinueux, dans lequel il l'a précautionneusement déposée, son précieux petit cobaye, qu'il se délecte maintenant de regarder lutter pour en sortir.

Lorsque les grilles de fer de l'ascenseur s'ouvrent finalement pour laisser passer quelques employés, Hermione y pénètre d'un pas chancelant. Toutefois, à peine y a-t-elle mis les pieds qu'une dizaine de personnes en sortent précipitamment, lui lançant des regards apeurés.

Lorsqu'elle reconnaît la longue chevelure noire d'une de ses anciens camarades de classe qui s'apprête à s'enfuir également, Hermione lui barre le passage, les sourcils froncés.

« Cho ? Qu'est-ce qu'il se passe ? », demande-t-elle.

Cho Chang s'immobilise net devant son bras tendu, avant de tourner lentement la tête vers elle, son expression à mi-chemin entre la crainte et l'embarras.

« Hermione ce… ce n'est pas contre toi mais j'ai entendu que… enfin, tu sais ce qu'on dit… »

« À vrai dire non, je ne sais pas. Éclaire ma lanterne je te prie », ordonne-t-elle sèchement.

Cho se dandine sur place, visiblement mal à l'aise.

« On dit qu'il y a une maladie qui s'attaque aux nés-moldus », chuchote-t-elle, presque honteusement. « Une infection qui vous touche car votre sang est… n'est pas pur, mais qui peut également contaminer les autres sorciers s'ils s'approchent de trop près… »

Les mots de Cho lui font l'effet d'un coup de poing dans l'estomac et Hermione vacille sur place, ses doigts se crispant sur la paroi métallique de l'ascenseur.

« Cho, ne me dis pas que tu crois à ces bêtises… », souffle - conjure-t-elle - à voix basse.

« Ce ne sont pas des bêtises ! Même mes parents dans le Derbyshire en ont entendu parler », rétorque quelqu'un derrière elle.

Hermione fait volte-face, pour tomber nez-à-nez avec le visage disgracieux d'Eloïse Midgen, qui fait aussitôt deux pas en arrière, visiblement effrayée par leur proximité soudaine.

Cho profite de cet instant de distraction pour se précipiter hors de l'ascenseur et rejoindre sa collègue, incapable de masquer la vague de soulagement qui détend ses épaules lorsque ses pieds se posent sur le marbre dur du hall.

Hermione sent quelque chose de glacial déferler sur elle.

« Je vois… », murmure-t-elle, son regard oscillant entre ses deux anciennes camarades de classe.

« J'ai des enfants tu sais, je ne peux pas prendre de risque… », s'excuse Cho à voix basse.

A cet instant, les grilles de fer se referment sous ses yeux avec un bruit sourd, l'isolant de la population grouillante de l'atrium qui la regarde désormais comme si elle était une pestiférée.

Pantelante, Hermione recule de quelques pas, avant de s'adosser contre la paroi métallique de l'ascenseur, les yeux rivés sur la jeune femme brune devant elle.

« Je suis désolée, Hermione… », murmure Cho.

Elle n'a pas le temps de répondre quoi que ce soit. La machine se met en route, l'aspirant dans les entrailles du ministère, l'emportant loin du visage embarrassé de son ancienne camarade.

Dans l'ascenseur, seuls sont restés quelques sorciers qui la regardent avec un mélange de pitié et de sympathie et Hermione serre les dents, tentant de les ignorer.

Elle a l'impression d'être suspendue sur un fil, vacillant au-dessus d'un gouffre béant.

Et malgré elle, elle se souvient.

Elle se souvient du jour où elle a perdu l'équilibre.

Et peu à peu, les cicatrices de son cœur se remettent à saigner.

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Trois mille huit cent quarante-sept jours plus tôt

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Hermione se réveille ce matin-là d'humeur aussi radieuse que le soleil qui brille au dehors. Elle s'habille rapidement avant de descendre rejoindre ses amis au petit-déjeuner, fredonnant dans les couloirs un air de sa composition.

Toutefois, lorsqu'elle arrive dans la Grande Salle, Harry, Ron et Ginny sont attablés devant leur assiette vide, tous trois pâles et silencieux.

« Et bien, vous en faîtes une tête ! », s'exclame-t-elle en prenant place à côté de Ron. « Est-ce que c'est encore à cause de l'examen de Sortilèges ? Il était pourtant ridiculement faci… »

« Hermione, sais-tu quel jour on est ? », coupe Ginny.

Son thé a la couleur d'un goudron noir et épais dans sa tasse et Hermione devine qu'elle l'a laissé infuser trop longtemps.

Elle fronce les sourcils.

« Vendredi », répond-elle prudemment, comme si la question comportait un piège qu'elle n'était pas sûre de pouvoir éviter.

« Vendredi combien ? », insiste la rouquine.

« Vendredi trei… »

Quelque chose de fendille au fond d'elle. Le bois d'une porte, pourtant fermée à clé depuis des semaines, qui commence à se fragiliser sous l'assaut répété de poings invisibles.

Un lourd silence tombe sur la table des Gryffondor.

Au bout de quelques secondes, Ginny se trémousse légèrement sur sa chaise, visiblement mal à l'aise.

« Est-ce que tu veux…? », propose-t-elle en jetant un regard furtif à Harry qui les observe d'une mine sombre.

« Non. »

Le mot s'échappe de ses lèvres avant même que son amie n'ait une chance de terminer sa phrase.

Tant mieux.

Elle ne veut pas en entendre la fin.

Elle ne veut rien entendre qui sorte de la bouche de Ginny, ou de qui que ce soit.

Elle veut juste…

Juste…

« Peut-être que ça te ferait du b… »

« J'ai dit non », crie-t-elle en se levant d'un geste brusque.

Ginny semble se ratatiner sur sa chaise, tandis que plusieurs élèves se retournent vers elle, lui lançant des regards courroucés.

Hermione déglutit difficilement. Un goût âcre envahit ses papilles. Un mélange acide de peur et de colère qu'elle n'a pas ressenti depuis des mois et, sans un mot de plus, elle s'enfuit de la Grande Salle sous le regard triste de ses amis.

Elle court dans le dédale des couloirs de Poudlard qui s'étend devant elle, et sans qu'elle ne s'en rende compte, ses pas l'amènent jusqu'au au septième étage, où elle s'engouffre sans réfléchir dans la Salle-sur-Demande.

Les statues de marbre de l'entrée l'accueillent de leur regard bienveillant et, le cœur battant, Hermione se laisse tomber dans son fauteuil bleu ciel, les jambes engourdies par son sprint impromptu.

Les grandes arabesques du plafond se dessinent devant ses yeux lorsqu'elle rejette la tête en arrière sur les coussins moelleux et leur familiarité bienvenue l'apaise légèrement.

Pourtant, elle ne peut se débarrasser du sentiment que quelque chose est en train de se débattre au fond de son être. Le spectre d'une émotion lointaine, emprisonné à l'intérieur d'elle qui cherche désespérément à remonter à la surface.

Si Tom était là, il lui dirait de se ressaisir, de fermer son esprit, tu ne luttes que contre toi-même, Hermione, concentre-toi, je sais que tu peux le faire, ma brillante, brillante…

Hermione...

La voix effleure ses oreilles et Hermione sursaute violemment, se relevant d'un bond.

« Il y a quelqu'un ? », demande-t-elle, les sourcils froncés.

Hermione

D'un geste vif, elle dégaine sa baguette, parcourant du regard la pièce vide alentours.

« Qui est là ? », crie-t-elle d'un ton mal assuré.

Seul le silence lui répond.

La gorge nouée, elle esquisse quelques pas prudents en direction du rayonnage le plus proche, l'adrénaline faisant pulser le sang dans ses tempes.

Puis, à nouveau, le murmure retentit.

Hermione

C'est une voix douce, réalise-t-elle, réconfortante.

Une voix ni féminine, ni masculine, qui appelle, implore, son nom comme une prière.

Inconsciemment, Hermione abaisse sa baguette.

Les halos des lampes nimbent le mur de leur éclat doré et, sans qu'elle ne puisse se l'expliquer, elle sent quelque chose d'irrésistible l'attirer vers le fond de la pièce.

Hermione…

Ses pas résonnent sur le sol de marbre de la bibliothèque d'Alexandrie, tandis qu'elle la traverse, rayonnage après rayonnage, guidée par la voix qui chante inlassablement son prénom dans une mélopée obsédante qui vibre dans l'air, jusqu'à se retrouver devant…

Une porte.

Une porte, similaire à celle derrière laquelle elle a enfermé ses pires souvenirs.

Une porte qu'elle a fabriqué de toutes pièces, dans le palais de son esprit.

Une porte dont Hermione est certaine qu'elle n'existe pas dans la Salle-sur-Demande.

Et pourtant, elle se trouve là, devant ses yeux. Son lourd panneau de bois la séparant du cagibi obscur qu'elle renferme et derrière elle…

Hermione

La voix qui émane de la réserve n'a rien à voir avec les hurlements de terreur qu'elle a entendus lorsqu'elle y a emprisonné ses cauchemars, quelques mois plus tôt. Elle est douce et hypnotisante, souple et onctueuse, et elle voudrait tendre la main pour la caresser.

Après tout, il lui suffirait simplement d'ouvrir la porte…

Hermione…

Lentement, ses doigts se referment sur la clé accrochée au piton de fer dans le mur. Le métal est lisse et agréable sur sa peau et l'objet glisse entre ses phalanges avec aise, comme s' il y avait toujours eu sa place.

Hermione...

« Hermione ? »

Hermione ouvre brutalement les yeux, pour se retrouver pantelante devant un pan de mur vierge de la Salle-sur-Demande.

Lorsqu'elle fait volte-face, la main crispée sur sa baguette, elle se retrouve nez à nez avec Tom, qui l'observe avec une expression curieuse.

« Qu'est ce que tu fais ? », demande-t-il, les sourcils légèrement froncés.

Elle ouvre la bouche, avant de se retourner pour regarder le morceau de mur tout ce qu'il y a de plus normal qui s'étale devant elle.

Il n'y a pas la moindre porte qui se découpe dans la roche et Hermione sent sa gorge se nouer.

« Je... je croyais que… », balbutie-t-elle, les yeux rivés sur la pierre lisse devant ses yeux.

Les mots s'engluent dans sa bouche.

Tom jette un bref regard au mur avant de reporter son attention sur elle.

« Que quoi ? »

Lorsqu'elle se retourne vers lui, ses pupilles la sondent silencieusement, traçant de leur intensité brûlante les courbes de son visage, jusqu'à se plonger dans ses yeux.

Il regarde à l'intérieur d'elle et, subitement, Hermione sent quelque chose s'effondrer dans sa tête ; l'annonce imminente d'une catastrophe qu'elle ne peut arrêter.

Et tandis que Tom la regarde, que la digue de son esprit frissonne, que sa peau se tend sur ses os, comme si elle luttait de toutes ses forces pour se rétracter derrière sa chair, un calme étrange s'empare d'elle.

« Je croyais que j'étais morte. »

Elle entend sa propre voix s'élever dans les airs, sereine, à peine plus haute qu'un murmure, un souffle imperceptible qui fait frémir un fragile château de cartes.

Et l'air semble s'alourdir brutalement dans la pièce.

« Ce jour-là, lorsque j'ai été pétrifiée », clarifie-t-elle tranquillement. « C'était surréaliste. À un instant, j'étais dans la bibliothèque, en train de réviser mes B.U.S.E, et celui d'après, je me réveillais plongée dans le noir total. »

Ses propres mots parviennent lointains et distants à ses oreilles, comme s'ils étaient chuchotés par une voix qui n'était pas la sienne.

« Au début j'ai cru que c'était une plaisanterie de Ron ou d'un des jumeaux, mais j'ai rapidement compris que quelque chose n'allait pas. Ce n'était pas une obscurité normale. Elle était épaisse, étouffante. Je n'avais jamais rien vu d'aussi sombre de ma vie. Et puis, j'ai réalisé que je n'étais pas seule. »

Face à elle, Tom ne bouge pas. Ses traits sont si parfaitement immobiles qu'on pourrait le confondre avec une statue de pierre.

Pourtant, quelque chose au fond d'elle la pousse à continuer.

« Il y avait une fille », murmure-t-elle, presque pour elle-même. « Une fille qui criait, qui suppliait, qu'on la laisse sortir. Elle hurlait et frappait à s'en arracher les ongles sur un mur qui n'existait pas. Parfois, j'essayais de lui parler, de lui dire de se calmer mais c'était comme si elle ne m'entendait pas. »

Un petit rire sans joie s'échappe de ses lèvres, sinistre et incontrôlable.

Elle a l'impression que quelqu'un d'autre parle avec sa bouche, une personne qu'elle ne connaît pas, qui a pris possession de ses lèvres et qui tire les ficelles de son âme comme un marionnettiste obscène.

« Il m'a fallu des jours pour comprendre que, cette fille, c'était moi. »

Il y a quelque chose de dense dans l'atmosphère, une lourdeur presque rance, comme si la pièce cherchait à l'étouffer, pour l'empêcher de vomir ces mots hors de son système.

Et pourtant elle est incapable de s'arrêter…

« Il m'était impossible de dire depuis combien de temps j'étais là. Les heures ressemblaient à des jours et les jours à des mois. La seule chose que je ressentais était le froid autour de moi. Il faisait… il faisait si froid. »

Elle peut encore le sentir. Le froid qui gèle ses os et givre son cœur, cryogénisant des parts de son être dont elle ne soupçonnait même pas l'existence.

« Et puis, un matin, je me suis réveillée. J'ai vu des lumières de l'infirmerie autour de moi et j'ai senti les rayons du soleil sur ma peau et j'étais tellement soulagée que j'ai fermé les yeux et compté jusqu'à dix, pour être certaine que c'était réel. »

Elle s'en rappelle encore.

Elle se rappelle de la joie, de la libération que cela a été, de se réveiller, d'ouvrir les yeux dans cette pièce familière, baignée de lumière, sauvée, miraculée, vivante.

Sauf que…

« Sauf que ça ne l'était pas. Lorsque je les ai rouverts, tout était noir à nouveau et le froid… le froid me dévorait de l'intérieur. Je crois que c'est à ce moment, que les hallucinations ont débuté. »

Elle ne contrôle plus rien des mots qui s'échappent de sa bouche. Ils s'évadent de ses lèvres, dans une course débridée et l'image d'un train lancé à toute vitesse en direction d'un mur de pierre s'impose dans son esprit, violente et inéluctable.

« J'ai commencé à penser que j'avais été enterrée vivante. J'étais persuadée que l'on m'avait enfermée dans un cercueil. J'imaginais que j'étais Antigone dans son tombeau, emmurée dans mon propre corps et que personne ne viendrait jamais me délivrer. Je m'imaginais pourrir de l'intérieur, et pendant ce qui m'a semblé être des semaines entières, j'ai été certaine de sentir mes organes se décomposer. Et puis un jour… »

Sa gorge est sèche. Elle déglutit difficilement pour l'humecter.

« Un jour, Ron est venu à l'infirmerie. Je n'ai su que plus tard que Mrs Pomfresh avait donné ordre de ne pas me toucher, mais il l'a fait quand même, parce que… parce que c'est Ron et parce que c'est un idiot. Mais il m'a pris la main. Je n'entendais rien, je ne voyais rien, je ne savais même pas où j'étais, ni qu'il était là, et pourtant ce jour-là, j'ai senti quelque chose. J'ai senti sa main dans la mienne, et pour la première fois depuis une éternité, j'ai eu l'impression que j'allais m'en sortir. Ce n'était rien pour lui, il ne s'en rappelle même pas, mais pour moi, il… »

Elle s'interrompt, fermant les yeux pendant une seconde.

Ron ne sait pas, n'a jamais su et ça n'a pas d'importance, ça n'a plus d'importance car désormais Tom est là, et désormais Tom sait et il ne dit rien, se contente de l'écouter et Hermione voudrait reprendre ses mots, aller les voler dans ses tympans et les ravaler un par un pour qu'il ne les ai jamais entendus.

« Je croyais que j'étais morte », répète-t-elle en ouvrant à nouveau les paupières. « Et parfois, j'ai l'impression que je ne me suis jamais réveillée. »

Sa voix s'éteint dans sa gorge.

Lorsque les derniers échos de ses paroles se dissolvent dans les hauts plafonds de la bibliothèque, un calme pesant s'installe dans l'immense salle.

Le temps est quelque chose d'étrange, songe-t-elle distraitement. Un concept abstrait, qui devient pourtant tangible tandis que de longues secondes parées de silence s'étirent et se distendent entre les murs d'une pièce qui n'existe que pour eux

Face à elle, Tom l'observe sans un mot.

Il la regarde, ses yeux noirs consumant la surface de sa peau et sa mâchoire crispée à s'en briser les maxillaires et, à cet instant, Hermione fait quelque chose auquel ni l'un ni l'autre ne s'attendait.

Elle éclate en sanglots.

Les larmes jaillissent hors de ses yeux, tandis que sa gorge se contracte violemment autour de hoquets hystériques qu'elle ne parvient pas à contrôler et elle plaque ses mains sur sa bouche pour les empêcher de sortir, tentant de les repousser à l'intérieur, loin, loin au fond d'elle.

Entre les larmes, elle distingue le visage de Tom qui la fixe toujours, muet. Ses yeux sont légèrement écarquillés et sa bouche entrouverte dans une expression étrange, qu'elle n'a jamais vue sur ses traits.

Pour la première fois depuis qu'elle le connaît, il a l'air déconcerté.

Parce qu'elle est elle et qu'il est lui et que jamais encore il ne l'a vue aussi vulnérable.

Parce qu'elle est en train de se briser face à lui et qu'il n'a pas la moindre idée de comment faire pour réparer les morceaux d'elle qui se disloquent sous ses yeux.

Dans le silence de la Salle-sur-Demande, ses larmes dénudent peu à peu son âme jusqu'à ce qu'elle se retrouve entièrement exposée devant lui.

Jusqu'à ce que, finalement, vaincue, elle ferme les yeux.

Elle voudrait disparaître, réalise-t-elle, derrière ses paupières closes. Elle voudrait s'enfoncer dans le sol comme dans des sables mouvants, mourir comme le jour sous l'assaut du crépuscule, replonger dans l'obscurité d'où elle vient et s'effacer comme un souvenir fugace que l'on choisit d'oublier.

Elle voudrait ne plus exister.

Deux mains se posent sur ses joues.

Lentement, Tom essuie de ses pouces les larmes qui roulent sur sa peau humide et elle frissonne sous les doigts qui gravent des sillons brûlants dans sa chair.

« Regarde-moi », ordonne-t-il, et elle ne peut pas, elle ne veut pas, elle ne…

Son diaphragme se crispe brutalement.

« Hermione, regarde-moi », répète-t-il.

Il n'y a pas de vacillation dans sa voix, juste une détermination qui la force à obéir.

Les larmes s'accrochent à ses cils lorsque ses paupières tremblantes s'ouvrent à nouveau, brouillant l'image du visage pâle de Tom qui se dessine à quelques millimètres du sien, son souffle chaud effleurant ses lèvres et asséchant son menton humide.

S'il était un gouffre, elle serait au bord du précipice, les orteils dans le vide et le vertige dans les yeux.

« Tu vas bien. Tout va bien. Tu es vivante. Tu es avec moi. »

Sa voix est ferme, presque dure et il y a dans ses yeux quelque chose qui lui coupe le souffle. Quelque chose de violent, presque féroce, qui cherche désespérément une réponse au fond des siens. Une promesse, une rédemption, quelque chose qu'elle ne comprend pas et qui la fait pleurer de plus belle, sans qu'elle ne sache réellement pourquoi.

Glissant une main dans ses cheveux, Tom l'attire à lui et elle sanglote contre sa chemise tandis qu'il lui murmure des mots rassurants à l'oreille.

Sa voix est grave et ses mains sont chaudes et ses lèvres pressées contre sa tempe calcinent quelque chose au fond de son âme.

Et parce qu'elle n'a plus le choix, parce que, peut-être, ne l'a-t-elle jamais eu, au bord du précipice, elle se laisse enfin tomber.

Réfugiée dans ses bras, elle tombe et tombe et tombe... et dans sa chute, les secondes ont un goût d'éternité.

Après tout, le temps n'est-il pas qu'une collection de moments ?

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« … Hermione ? »

« Mmh ? »

Lorsqu'elle relève les yeux vers lui, Harry l'observe, les sourcils froncés.

« Tu m'écoutes ? », demande-t-il d'un ton courroucé.

Hermione hoche la tête sans conviction.

« Bien sûr », ment-elle éhontément.

« Alors qu'est ce que je disais ? »

Harry a l'air agacé et elle se mord discrètement l'intérieur de la joue.

Comme tous les lundis, il est descendu pour déjeuner avec elle dans son bureau. À sa mine pâle, il a tout de suite deviné que quelque chose n'allait pas et l'a forcée à tout lui raconter. À contrecœur, Hermione lui a rapporté ses déboires avec Cho, prétendant qu'il s'agissait de la seule raison à sa morosité.

Harry est un bon ami, son meilleur ami. Un père de famille aimant, un Auror brillant et pourtant, il est des choses qu'elle ne peut lui raconter.

Des choses que personne, pas même lui, ne comprendrait.

« Ton père veut offrir un balai à Lily pour Noël ? », tente-t-elle, au hasard.

Harry pousse un léger soupir.

« Je te demandais si tu comptais venir ce soir ? »

Hermione fronce les sourcils.

« Où ça ? »

« À la fête de Noël du ministère. »

Hermione fait la grimace. S'il y a bien quelque chose qu'elle n'a pas la moindre envie de s'infliger, c'est bien un de ces banquets ridicules organisés par Cornelius Fudge, l'intendant au poste de ministre, destinés à faire croire à l'ensemble des employés que tout va bien dans le meilleur des mondes.

« Je ne sais pas, Harry », soupire-t-elle en passant une main fatiguée sur son visage. « Quelque chose me dit que je ne suis pas la bienvenue. »

« C'est justement pour ça que tu dois venir ! C'est exactement ce qu'ils veulent », proteste Harry. « Et puis, ça te changera les idées. »

Hermione lui offre un pauvre sourire, sans trouver la force de protester.

« D'accord, mais je ne resterai pas longtemps. Cette journée m'a épuisée. »

Harry se lève du petit tabouret sur lequel il est avachi, et contourne son bureau pour prendre son visage entre ses mains.

« Hermione, je sais que tout cela te pèse, mais lorsque Kingsley sera élu, les choses vont changer pour le mieux. Il faut juste que tu tiennes encore un peu le coup, d'accord ? »

Ses paumes sont fraîches contre sa peau et Hermione ne peut s'empêcher de penser à des doigts tièdes qui effacent les larmes sur ses joues.

Nauséeuse, elle ferme les yeux.

« Il n'y a que deux types de personnes qui pensent pouvoir sauver le monde, Harry », murmure-t-elle d'une voix éraillée. « Les fous et les ignorants. »

Et certains saluts ne passent que par la destruction.

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Trois mille huit cent trente-et-un jours plus tôt

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« Barjow & Beurk, vraiment ? »

« Tu as l'air surprise. »

Hermione hausse les épaules en se hissant sur ses orteils pour tenter d'attraper un gros ouvrage à la couverture colorée, juste au-dessus de sa tête.

« Un poste de vendeur me paraît certainement anormalement… plébéien de ta part, Tom. »

Tom esquisse un demi-sourire.

« Contrairement à ce que tu t'évertues à penser, je n'ai jamais eu de problème à me salir les mains. »

Joignant le geste à la parole, il tend le bras et attrape sans difficulté le manuel qu'elle essaie d'atteindre, avant de le lui tendre.

L'année scolaire touche à sa fin et tous deux sont en train de vider leur bibliothèque, récupérant à gauche et à droite les livres qu'ils y ont entreposés au cours des deux dernières années.

« Je ne comprends simplement pas pourquoi tu vas t'enfermer dans une sordide petite boutique alors que le Département des Mystères t'a proposé un emploi », soupire-t-elle en posant le livre que Tom vient de lui donner sur la petite pile d'ouvrages qui flotte paisiblement derrière elle.

La chaleur estivale colle quelques mèches à sa nuque, le reste de ses cheveux retenus dans un chignon par sa baguette et Hermione souffle légèrement sur une boucle rebelle qui danse devant ses yeux pour l'écarter de son visage.

Face à elle, Tom presse son épaule contre une étagère à moitié vide.

« Il y a beaucoup de choses que tu ne sais pas sur moi, Hermione », déclare-t-il tranquillement.

Hermione déglutit, tentant de se débarrasser du goût amer de la déception qui picote désagréablement ses amygdales.

Elle aurait voulu le croiser dans les couloirs du ministère, réalise-t-elle silencieusement. Pousser la porte de son bureau et le trouver assis, dans son parfait costume sombre de Langue-de-Plomb. Le rejoindre le soir dans le hall et lui raconter sa journée, tandis qu'il l'escorte jusqu'aux cheminées. Le garder là, tout près d'elle, là où elle sait qu'elle pourra toujours le trouver.

Mais Tom en a décidé autrement, choisissant un poste dans un magasin malfamé de l'Allée des Embrumes et elle s'efforce de tout son cœur de ne pas le prendre comme une trahison.

« Tant pis. Je penserai à toi, pendant que je serai en train de changer le monde », lance-t-elle d'un ton pédant.

Tom extirpe un livre à la couverture violette d'une des étagères à sa hauteur avant de le déposer sur sa propre pile, les coins de sa bouche s'incurvant légèrement vers le haut.

« Changer le monde au Département de Contrôle et de Régulation des Créatures Magiques ? »

Il y a une note d'amusement dans sa voix et Hermione pince les lèvres.

« Il faut bien commencer quelque part. »

Bien que le vieux directeur du Département de la Justice Magique, qu'elle a rencontré la semaine passée - courtoisie de Slughorn -, ne se soit pas privé de crier sur tous les toits qu'il la trouvait absolumentdélicieuse, il n'a pas hésité à lui dire honnêtement qu'elle était trop inexpérimentée pour prétendre à un poste au sein de son département, l'invitant avec enthousiasme à postuler à nouveau dans trois ans.

C'est une raison valable, tente-t-elle de se convaincre depuis plusieurs jours. Je n'ai que dix-sept ans. La justice du pays doit être laissée entre des mains compétentes. C'est même un bon signe que le directeur Clarke soit aussi précautionneux. Et puis le Département de Contrôle et de Régulation des Créatures Magiques était mon deuxième choix. Je vais pouvoir réaliser à grande échelle ce que nous avons accompli avec la S.A.L.E et…

« J'ai hâte de tout entendre de tes exploits », raille gentiment Tom à ses côtés, la sortant de ses pensées.

Malgré elle, Hermione ne peut s'empêcher de sourire.

Elle sait que Tom aussi a essuyé son lot de déceptions le mois passé, Dumbledore lui ayant refusé le poste d'assistant du professeur Rogue, au motif qu'il était trop jeune pour enseigner. Bien qu'il n'ait rien laissé paraître, se contentant de hausser les épaules d'un air las lorsqu'elle lui a demandé comment son entretien avec le directeur s'était passé, Hermione le connaît suffisamment pour savoir que cet échec ne l'a pas laissé aussi indifférent qu'il a tenté de lui faire croire.

Quelle ironie, songe-t-elle, que les deux élèves les plus brillants de Poudlard se soient tous deux vus décliner le poste qu'ils convoitaient.

« Je t'enverrai un hibou par semaine », promet-elle en agitant un livre d'Arsenius Bolitron écorné sous son nez.

Tom l'attrape en se penchant vers elle.

« Menaces, menaces », susurre-t-il d'une voix moqueuse.

Lorsqu'elle lève les yeux au ciel, il laisse échapper un petit rire qui fait apparaître de légères lignes autour de ses yeux et Hermione sent son cœur manquer un battement.

« Et toi ? », demande-t-elle courageusement. « Est-ce que tu m'écriras ? »

Face à elle, le visage de Tom reprend son sérieux.

« Bien sûr », dit-il d'une voix douce.

C'est un joli mensonge, pense-t-elle.

Subtil et léger comme une caresse sur sa joue. Il ne cligne même pas des paupières et Hermione se mord la lèvre inférieure.

Tom est là, debout devant elle, chemise immaculée et manches parfaitement repliées sur ses avant-bras, le soleil d'été jouant avec les angles de son visage séduisant et, malgré tout, elle a l'impression qu'il est en train de lui filer entre les doigts.

Ils n'ont jamais reparlé de ce moment hors du temps qui les a réunis deux semaines auparavant, au fond de cette même pièce. Pourtant, depuis ce jour, Hermione ne peut s'empêcher de le sentir peu à peu s'éloigner, comme si les larmes qu'elle avait versées dans ses bras avaient fait fondre quelque chose entre eux.

Elle n'arrive pas à se débarrasser du sentiment qu'elle est en train de le perdre.

Ce qui est parfaitement ridicule, tente-t-elle de se raisonner.

Comment peut-elle perdre quelque chose qui ne lui a jamais appartenu en premier lieu ?

Une étrange tristesse noue sa gorge et elle détourne les yeux, contournant Tom pour s'enfoncer plus profondément dans le rayon Histoire de la Magie de leur bibliothèque. Arrivée au milieu de celui-ci, elle pose une main sur l'échelle qui grimpe jusqu'au plafond et se hisse sur le premier barreau.

« Tu n'es pas trop stressé ? », lance-t-elle distraitement par-dessus son épaule.

Tom, qui vient de la rejoindre, hausse un sourcil.

« Stressé ? »

« Pour demain. Les résultats des A.S.P.I.C. sont annoncés à huit heures. J'ai mis quatre réveils », explique-t-elle, comme s'il s'agissait de quelque chose de parfaitement normal.

Harry et Ron, eux, n'ont pas prévu d'aller consulter les tableaux d'affichage avant le petit-déjeuner et parfois elle se demande comment elle peut être amie avec eux.

Elle grimpe lestement trois barreaux de plus, tandis que, resté en bas, Tom la suit patiemment des yeux. Elle peut sentir son regard brûler ses jambes nues, remontant jusqu'à la frontière de sa jupe d'uniforme, mais choisit de l'ignorer.

Évidemment, cela ne l'empêche pas de rougir.

« Je ne vois pas pourquoi je serais stressé », réplique-t-il tranquillement. « Toi, en revanche… »

Il laisse la fin de sa phrase flotter dans l'air et Hermione lui jette un regard en biais, les lèvres entrouvertes dans une expression hébétée.

« Tu ne crois tout de même pas que tu obtiendras plus d'A.S.P.I.C. que moi ? », demande-t-elle, incrédule.

Tom hausse les épaules, un rictus arrogant titillant le coin de ses lèvres.

« Tu veux parier ? », suggère-t-il en enfonçant ses mains dans ses poches.

Elle éclate d'un petit rire et secoue la tête de droite à gauche avant de se hisser sur la pointe des pieds, pour attraper son édition préférée de l'Histoire de Poudlard, rangée quelques centimètres plus loin, sur sa droite.

« Je n'ai plus de noises à te donner, Tom. Si tu voulais continuer à jouer, peut-être aurais-tu dû me laisser gagner de temps à autres », reproche-t-elle tandis que ses doigts s'étirent en direction du gros ouvrage.

Quelques millimètres de plus, et elle pourra l'attraper.

« Si tu savais combien de fois j'ai eu envie de te laisser me ruiner. »

La voix de Tom s'élève jusqu'à elle, plaisante et détachée, bien qu'une octave plus grave que d'habitude.

Estomaquée, Hermione se tourne brusquement pour le regarder.

Trop brusquement.

Son pied ripe sur l'étroit barreau de l'échelle et, déséquilibrée, elle bascule en avant.

Tom n'a pas le temps de reculer.

Elle le percute violemment, s'écrasant contre lui de tout son poids. Sous la violence du choc, il fait un pas en arrière et bute contre la pile de livres amoncelée derrière lui, s'étalant de tout son long sur le sol et entraînant Hermione avec lui dans sa chute.

Lorsqu'elle reprend ses esprits quelques secondes plus tard, elle réalise qu'elle est allongée sur lui, ses mains agrippées à ses épaules et les courbes de son corps pressées contre les lignes fermes du sien. Ses cheveux se sont détachés au cours de sa dégringolade, tombant désormais sur le visage de Tom dans une cascade caramel qui caresse son front et ses pommettes.

Hermione baisse les yeux sur lui.

Leurs nez ne sont séparés que par quelques millimètres d'un air lourd dont ils partagent les inspirations et une odeur de coton propre et de parchemin neuf la submerge brutalement, accompagnée de cette note boisée qu'elle aime tant et qui lui fait tourner la tête.

Un des bras de Tom est enroulé autour de sa taille tandis que son autre main agrippe fermement le haut de sa jambe nue, juste en dessous de sa jupe. Elle peut sentir ses doigts qui s'enfoncent dans sa peau, à quelques centimètres de sa culotte en coton et cette idée même manque de la faire suffoquer.

Quelque chose de chaud et moite qui n'a rien à voir avec la chaleur estivale s'installe entre ses cuisses.

Allongé sous elle, Tom déglutit difficilement.

Ses yeux sont impossiblement noirs, l'iris entièrement dévoré par la pupille tandis qu'ils glissent le long de son visage. Son regard brûlant s'attarde quelques secondes sur ses lèvres, proches, si proches des siennes avant de remonter à ses yeux.

Sa pomme d'Adam roule le long de sa gorge, un muscle tressautant sous la peau pâle de sa mâchoire et Hermione laisse échapper un souffle tremblant qui vient mourir sur ses lèvres.

Elle pourrait l'embrasser.

Il lui suffirait de se pencher pour que leurs nez s'effleurent, pour que sa bouche se pose sur la sienne, que sa langue se glisse entre ses lèvres et qu'elle emporte avec elle le souvenir d'un baiser qu'elle n'a jamais eu le courage de lui voler.

Son cœur, plaqué contre le sien, joue une symphonie qu'elle peut entendre battre jusque dans ses oreilles.

Elle se demande s'il peut l'entendre aussi.

Tom se racle la gorge et Hermione redescend brutalement sur terre. Elle relâche immédiatement sa prise sur lui, comme s'il l'avait brûlée, et prend maladroitement appui sur ses mains pour se dégager de son étreinte. Elle chancelle légèrement lorsqu'elle se relève, ses pieds peinant à trouver leur équilibre tandis que la pièce tangue autour d'elle.

« Désolée… », marmonne-t-elle, en réajustant rapidement sa jupe retroussée et son chemisier froissé, les yeux résolument rivés sur le sol.

Ses joues la brûlent furieusement. Elle est probablement écarlate, ce qui ne fait absolument rien pour alléger sa gêne.

Tom se relève à son tour et elle lui jette un regard en biais tandis qu'elle se baisse pour récupérer sa baguette tombée en même temps qu'elle.

« Lorsque je disais que tu allais essayer de me tuer, j'admets que ne pensais pas que tu essaierais tout de suite », articule-t-il lentement.

Si son ton se veut léger, quelque chose d'autre suinte à travers les fissures de sa voix. Une intonation rauque dont les inflexions provoquent dans son bas-ventre un pincement si violent qu'il la fait tituber.

Malgré la distance respectable qui les sépare désormais, elle remarque qu'il se tient d'une manière étrangement rigide qui contraste avec sa voix décontractée. Les doigts qui agrippaient sa cuisse quelques secondes plus tôt sont raides et tendus le long de son corps et une légère teinte rose colore le haut de ses pommettes.

Étrangement, elle ne parvient pas à déterminer s'il est furieux ou mortifié.

« Je… je dois y aller », bredouille-t-elle misérablement. « Je te vois demain soir ? »

Comme le veut la tradition, les Poufsouffle organisent une soirée de fin d'année en haut de la Tour d'Astronomie pour célébrer leur dernier jour des septième année à Poudlard. C'est un événement qu'elle a attendu avec impatience depuis des mois et pourtant, le simple fait de le mentionner à cet instant lui tord les entrailles.

« Probablement », dit-il à mi-voix.

« À demain alors. »

Tom ne répond rien et Hermione se rue hors de la Salle-sur-Demande, oubliant ses livres derrière elle.

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La salle de conférence du Département de la Coopération Magique Internationale a été ornée de longues guirlandes vertes et rouges, tandis que des lutins de Cornouailles aux bonnets rayés caquètent au-dessus de la tête des invités, jouant avec les boules colorées du grand sapin qui trône au fond de la pièce.

Assise dans un coin de celle-ci, Hermione sirote sans grand appétit son lait de poule, tandis que Ron et Harry discutent à ses côtés avec animation.

« … pas que Shacklebolt ferait un mauvais ministre, mais je pense simplement que j'ai plus de choses à apporter à ce ministère. Je suis plus jeune et plus dynamique que lui ! »

« Ron, tu ne vas pas recommencer avec ça…», grogne Harry en pinçant l'arrête de son nez entre ses doigts. « Hermione, dis quelque chose ! »

Hermione pousse un léger soupir.

« Harry a raison, Ronald. Tu as encore moins de chance que Williamson de te faire élire », lâche-t-elle d'un ton maussade.

D'un même geste, tous trois tournent la tête en direction de Rufus Williamson, un illuminé, complotiste, candidat au poste de ministre, qui gesticule en ce moment même devant une femme aux yeux globuleux engoncée dans un affreux cardigan rose.

A quelques mètres de lui Kingsley discute, la mine grave, avec un homme vêtu d'un costume grenat hors de prix qui couve l'assemblée d'un regard morne. Hermione le reconnaît comme le fils du vieux Barty Croupton.

Juste derrière eux, Albert Runcorn, un grand type aux épaules plus larges qu'une armoire à glace qu'Harry déteste particulièrement, échange des badineries avec Tiberius McLaggen.

Lorsque ce dernier croise le regard d'Hermione et lui adresse un geste amical de la main, elle s'empourpre violemment, détournant immédiatement les yeux. Fort heureusement, aucun de ses amis ne semble le remarquer.

« Sinon, vous savez ce que j'ai entendu ? », reprend Ron d'un air conspirateur. « Il paraît que Tom Jedusor est de retour à Londres. »

Hermione se raidit instantanément sur sa chaise.

« Ce ne sont pas des rumeurs, je l'ai vu sortir du bureau de Malefoy hier midi », acquiesce Harry. « Je me demande ce qu'il vient faire par ici. »

« D'après Percy, il est après le poste de directeur du Département des Mystères. »

Hermione tourne la tête si brusquement vers Ron qu'elle s'inflige presque un torticolis.

« Quoi ? »

Si Tom avait voulu un poste au Département des Mystères, il l'aurait accepté dix ans plus tôt, lorsqu'il lui a été servi sur un plateau d'argent.

« Apparemment, Gareth Greengrass prend sa retraite dans quelques mois, tu n'étais pas au courant ? », reprend Ron en avalant un, puis deux, puis trois petits fours. « Ce ne sont que des bruits de couloirs, mais Perce est furieux ! Toutes ces années à lécher les pieds du vieux croûton pour se faire doubler par un type qui n'a pas montré son nez à Londres depuis une décennie… Où est-ce qu'il était à votre avis ? »

« J'ai entendu dire qu'il était aux États-Unis », déclare Harry en haussant les épaules.

« Percy a parlé de l'Égypte, mais je crois avoir entendu quelqu'un mentionner l'Autriche, donc… »

« Il était en Albanie. »

La voix traînante de Malefoy résonne derrière eux et les poings Hermione se crispent sous la table. Sa paupière gauche tressaute nerveusement et elle ferme un instant les yeux pour faire cesser ses tremblements.

Sans succès.

« Malefoy », grogne Harry, visiblement aussi ravi qu'elle de l'apparition de leur ancien camarade.

« Toi tu sais probablement pourquoi il est revenu, vous étiez plutôt proches à l'époque, non ? », interroge Ron qui, face aux racontars, semble oublier instantanément la profonde aversion qu'il voue à Abraxas Malefoy depuis leur tout premier jour à Poudlard.

Malefoy lui adresse un sourire carnassier.

« Ah mais mon bon roi Ouistiti, j'étais bien loin d'être aussi proche de lui que d'autres personnes au sein du château, ou même, si j'ose dire, de cette pièce. »

Il pose sur Hermione un regard amusé et celle-ci se lève d'un bond, la gorge nouée.

« Veuillez m'excuser », murmure-t-elle, avant de quitter la pièce.

Restés assis à leur place, ses amis l'observent partir, sidérés.

« On dirait que j'ai touché la corde sensible », commente Abraxas, son rictus mesquin s'élargissant davantage.

« Laisse tomber Malefoy, Hermione a toujours été bizarre lorsqu'on mentionne Tom », soupire Harry.

« Elle ne s'est jamais remise du fait qu'il ait eu un O de plus qu'elle aux A.S.P.I.C. », explique Ron, sans pouvoir contenir un petit ricanement.

Le sourire en coin de Malefoy s'efface immédiatement et il observe ses deux anciens camarades d'un air hébété.

« Attendez… vous ne savez pas ? », demande-t-il, abasourdi.

Harry fronce les sourcils.

« Savez pas quoi ? »

L'expression surprise d'Abraxas se transforme en un sourire incrédule.

« Ça alors… Vous ne savez vraiment pas ! »

« Accouche Malefoy, qu'est ce qu'on ne sait pas ? »

« Oh Potter… », susurre-t-il en s'installant confortablement sur la chaise vide laissée à l'abandon par Hermione quelques secondes plus tôt. « Tu vas te régaler. »

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A SUIVRE…


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Vous l'aurez compris mes amis, la fin est proche. Plus que deux petits (ou longs) chapitres et cette ""mini""-fic touchera à sa fin. Par ailleurs, laissez-moi vous dire que certaines d'entre vous (que ce soit sur Ao3 ou FFnet) sont juste des Sybille Trelawney en puissance et voient les choses avant même qu'elles n'arrivent !

Si vous hésitez encore à me faire part de vos théories (ou à laisser un tout petit mini commentaire pour me dire ce que vous avez pensé), n'hésitez plus, puisque toute review vous vaudra un superbe paquet de plumes en sucre (pré-léchées par Tom en supplément, ça ne se refuse pas voyons) !

Encore merci à tous ceux qui se sont embarqués dans cette petite histoire avec moi, celle qui devait initialement être un OS et qui fait désormais près de 50K, snif.

Dans la prochaine partie : Abraxas tient très mal l'alcool, Tom et Hermione célèbrent la fin des examens et... cette histoire gagne son rating M ! ;)