Cette fic a été écrite dans le cadre de la nuit du FoF (Forum Francophone) pour le thème « Galette ». Le principe, on a une heure pour écrire sur un thème donné. Cet OS a été écrit en décaler de la nuit et en une heure.

J'ai eu du mal à trouver un titre pour cet OS. J'ai eu une illumination en me rappelant cette phrase qu'on a plusieurs fois dans la série, à savoir que, un mari et sa femme sont un seul cœur et un seul corps. Puisque le véritable OTP de cette série, c'est sans doute Sheng Ming Lan/Gu Ting Ye/La bouffe (ouais, galette, çe me fait penser à bouffe, que voulez-vous…), le titre de cet OS est donc devenu : Un seul estomac.

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Un seul estomac

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Une Maison était comme un organisme vivant. Elle avait des jambes et des bras mais aussi un esprit et des humeurs variables. N'importe quel serviteur le savait, qu'il soit bon ou mauvais. Une Maison avait un rythme qui lui était propre, celui de ses maîtres le plus souvent, et qui variait au grès de leurs humeurs et des évènements extérieurs. Un serviteur savait reconnaitre ce rythme. Il s'y conformait s'il était loyal. Il essayait de le perturber s'il ne l'était pas. Les serviteurs des Jardins Cheng l'avaient bien vu quand ils avaient commencé à servir le général Gu et sa femme, dame Sheng, peu après leur mariage. Les nouveaux mariés avaient créé le scandale dans la capitale en décidant de vivre séparément du reste de la famille du général mais quand on voyait les serviteurs que le manoir principal leur avait envoyé, on pouvait les comprendre. Ces derniers n'avaient pas eu de cesse de perturber la vie de tout le monde mais heureusement leur dame était intelligente. Bientôt, tous les gêneurs envoyés par l'autre Manoir les quittèrent et les jardins Cheng purent commencer à vivre à leur propre rythme, sans s'inquiéter de ce que l'autre Manoir faisait.

Une Maison avait un rythme et un bon serviteur savait très vite reconnaître quel était le meilleur indicateur de ce rythme. Le plus souvent, on surveillait attentivement la chambre que le maître du Manoir décidait d'occuper pour la nuit. Le maître avait-il dormi seul ? Avait-il eu de la compagnie ? Si oui, avait-il dormir avec sa femme ou l'une de ses concubines ? Et s'il était allé dormir chez l'une de ses concubines, laquelle ?

Ce n'était pas du tout l'indicateur que les serviteurs des jardins Cheng suivaient. De toute façon, le serviteur qui aurait décidé de surveillait l'endroit où le général dormait pour connaître son humeur aurait été bien en peine puisque le général passait toutes ses nuits avec son épouse. Une chose qui ne changerait sans doute pas au cours des années à venir. Les serviteurs des jardins Cheng l'avaient très vite compris. L'autre Manoir pouvait bien leur envoyer toutes les femmes qu'il voulait. Ils avaient tous vu la manière dont le général dévorait des yeux sa jeune épouse. Oh bien sûr, après que le général ait hérité du titre de son frère et soit devenu marquis de Ningyuan, l'autre Manoir avait réussi son coup et ils avaient dû ouvrir un nouveau pavillon pour la concubine qui venait d'arriver mais jamais, au grand jamais, le marquis ne s'approcha d'elle.

Les serviteurs des jardins Cheng disaient entre eux que l'autre Manoir devait être peuplés d'idiots. Il suffisait de passer quelques instants avec le marquis et sa femme pour se rendre compte qu'ils étaient l'un des couples les mieux assortis et les plus amoureux de la capitale.

Puisque le marquis passait tout son temps avec son épouse, les serviteurs avaient cherchés un autre indicateur à suivre pour connaître le rythme de leur Maison et ils l'avaient très rapidement trouvé. Cet indicateur, c'était, à la grande surprise de tous, la consommation de nourriture du marquis et de son épouse.

Bien sûr, tout le monde avait entendu les bruits qui avaient couru peu après le mariage entre le second fils de la Maison Gu et la sixième fille de la Maison Sheng. Pendant sa nuit de noce, le marquis, qui n'était alors que général, avait été vu dans les rues de la capitale en train de transporter de quoi manger jusqu'au manoir de sa famille. Personne n'avait vraiment voulu croire que c'était parce qu'il apportait à manger à sa jeune épouse mais il fallait bien se rendre à l'évidence, c'était bel et bien le cas. Les semaines suivantes, tel un vulgaire garçon de course, le général rapportait presque tous les jours un plat, un dessert, une simple petite douceur ou parfois même un repas entier, aux jardins Cheng pour sa femme.

C'était donc la nourriture qui devait être surveillée avec un soin tout particulier aux jardins Cheng. Les serviteurs observaient quels plats on demandait aux cuisines de préparer mais aussi quels étaient ceux que leur maître rapportait de l'extérieur. On faisait aussi attention aux plats que leur dame elle-même préparait souvent.

Et puis un jour, à la grande surprise de tous les serviteurs des jardins Cheng, il y avait eu une catastrophe. On avait rapporté en cuisine des plats qui n'avaient pas été touchés ou presque. Les jours qui suivirent cette anomalie furent bien tristes. Les serviteurs remarquèrent bien vite que le marquis ne rapportait plus rien de l'extérieur et leur dame ne cuisinaient plus guère par elle-même. Pire même encore ! Ils mangeaient séparément ! De plus, l'une comme l'autre ne touchait guère aux plats qu'on leur servait. Les jours passèrent. Rien ne changea. Les serviteurs des jardins Cheng commencèrent sérieusement à s'inquiéter. Ils avaient de bons maîtres et il était tellement évident que ceux-ci s'aimaient tendrement. Ils avaient dû avoir une dispute. Les serviteurs se mirent très vite à prier pour qu'elle ne soit que passagère…

Et puis, une nuit, Qian avait débarqué dans les cuisines et avait annoncé d'un ton triomphal que le marquis avait rapporté de quoi manger à leur dame. Tout le monde poussa un énorme soupir de soulagement puis fêta la nouvelle abondamment.

Les jours heureux furent de retour mais il y eut bientôt une plus grosse catastrophe. Des plats auxquels on avait à peine touché revinrent aux cuisines et le marquis cessa à nouveau de jouer les garçons de course. Leur dame ne cuisina guère par elle-même. La crise était même plus grave cette fois car les serviteurs des jardins Cheng se rendirent vite compte que le marquis avait déserté la chambre qu'il avait toujours partagé avec son épouse. Pour son bureau, ce qui était une bonne nouvelle. La concubine que l'autre Manoir leur avait imposée essaya bien sûr d'en profiter. Comme si une chose pareille était possible ! Leur marquis et leur dame ne faisaient qu'un de corps, de cœur et d'esprit. Tout le monde le savait bien !

Au moins, les tentatives de séduction de la concubine envoyée par l'autre Manoir les distrayaient en ces heures sombres…

Et puis, un soir, à leur grand plaisir et alors que les serviteurs des jardins Cheng avaient recommencé à prier mais avaient aussi commencé à discuter du meilleur moyen de rapprocher leur marquis et leur dame, le bruit courut que le marquis avait retrouvé la place qu'il n'aurait jamais dû quitter, c'est-à-dire le lit de leur dame. Les serviteurs des jardins Cheng auraient presque remercié l'impératrice douairière pour avoir ordonner de donner ces coups de canne à leur marquis. Ils n'auraient sans doute pas dû être aussi heureux. Leur maître avait offensé la mère de l'empereur et c'était mal mais en même temps, ils ne pouvaient que se réjouir, la situation dans leur Manoir était redevenue normale.

La chose n'avait pas duré. Ils auraient dû s'en douter. Encore une fois, leur marquis cessa de jouer les garçons de course et les habitudes alimentaires de leur dame changèrent. Mais il n'y avait eu aucun conflit cette fois. Leur marquis ne jouait plus les garçons de course parce qu'il était parti en mission pour l'empereur. Leur dame mangeait différemment parce que des cris et des pleurs d'enfants résonneraient bientôt entre les murs de leur manoir. Les serviteurs des jardins Cheng étaient tristes et heureux à la fois. Ils priaient maintenant pour le retour sain et sauf de leur marquis tout en prenant grand soin de sa dame.