Une fois la lecture faite, Lexa et moi nous regardâmes, puis nos regards se dirigèrent vers nos deux adversaires.

- Une course à trois pattes, facile ! s'exclama Emori.

Elle attrapa la main de Luna et l'amena à elle pour l'entourer de ses bras. Leurs nez se touchèrent et elles s'embrassèrent, langoureusement, là, en plein milieu du hall, là, devant nous. Lorsqu'elles se lâchèrent, Luna nous adressa un splendide clin d'œil avant d'emmener sa partenaire dans le réfectoire. Lexa et moi nous regardâmes une nouvelle fois, stupéfaites et quelque peu gênées. Heureusement, les élèves commencèrent à affluer avant que nous ayons le temps de repenser au passé qui ne nous aurait que gêné davantage. Nos amies descendant plus tard, nous mangeâmes sans elles et ne les vîmes qu'en classe. Avant que les cours ne commencent, nous parlâmes brièvement de l'épreuve. Ce fut au déjeuner que nous eûmes une vraie discussion.

- Alors, j'avais raison, en première épreuve, une course ! se réjouit Niylah.

- Enfin, une course à trois jambes… dit Octavia.

- Trois pattes, corrigea Lexa. Enfin oui, c'est la même chose.

- Non mais une course à trois pattes, mais c'est ridicule ! C'est tout ce qu'elles ont trouvé ! Hé bah, ça va être long ces élections ! se lamenta Raven.

- Mais non ! T'as rien compris, lança Gaïa. Cette épreuve sert à évaluer la coopération dans le couple. Dans une course à trois jambes, si les gestes sont désordonnés et que les deux partenaires ne bougent pas leurs membres quand et comme il faut, tout s'écroule ! Plus les deux filles feront preuve de soutien, d'écoute et d'attention, plus elles iront vite.

- C'est bien beau tout ça, mais je me sens un peu bête là, c'est quoi une course à trois pattes ? demanda Lexa, à ma grande surprise.

- Oh même moi je sais ça ! répondis-je. Les deux coureuses se mettent côte à côte, on leur attache ensemble leur jambe intérieure, du coup, il ne leur reste que leur jambe extérieure respective et la double jambe attachée. D'où le besoin de coordination comme l'a si bien expliqué Gaïa.

- Aaaah mais bien sûr ! Pardonnez ma bêtise…

Tout le monde rigola de bon cœur et nous continuâmes la discussion. Lexa voulu que l'on s'entraîne chaque dimanche avant l'épreuve, soit trois dimanches. Ne trouvant pas cela suffisant, je proposai d'y rajouter les samedis soirs, après les activités de club.

- En parlant de club, lança Lexa, après les cours, je t'emmène au cinquième étage pour ton inscription et, dans l'élan, on ira ensuite au Conseil des Étudiantes.

- Pas de problème !

- Oh, tu as choisi quel club finalement, Clarke ? demanda Octavia.

- Le club de tennis !

- Une recrue de plus pour le club de tennis, une recrue de moins pour le club de musique ! plastronna Niylah.

- Tu te vantes trop toi ! rigola Raven qui était membre du club de musique.

- T'es jalouse c'est tout, dit Niylah en se levant pour aller déposer son plateau.

Raven se leva à son tour et fit mine de suivre Niylah. Cette dernière accéléra le pas, toujours suivit de Raven. Une fois leurs plateaux déposés, Raven se lança à la poursuite de son amie. Les autres et moi nous hâtâmes pour sortir, afin de ne pas manquer une miette de ce spectacle.

- Deux-zéro pour le club de tennis, cria Niylah alors qu'elle avait plaqué sa camarade contre le mur, lui bloquant un bras derrière le dos.

- Mais quelle violence Niylah ! rigolai-je.

- O', à l'aide ! supplia Raven, le visage écrasé contre le mur.

- J'arriiiiiive ! cria à son tour Octavia, comme si elle répétait un texte qu'elle aurait appris par cœur, me faisant penser que ce genre de scènes arrivaient souvent.

Octavia, d'un pas lent, mais assuré, avança en direction de Niylah qui commença à déchanter. Une fois à sa hauteur, Octavia encercla Niylah par la taille et tira de toutes ses forces pour l'obliger à reculer. La joueuse de tennis ne pouvait visiblement pas aller contre la force de son nouvel adversaire et dut se résigner à se laisser tirer jusqu'à en lâcher Raven qui se décolla derechef du mur. Nous autres, spectatrices, ne pouvions plus nous empêcher de rire. La mascarade continua de plus belle lorsque Niylah se baissa soudainement pour se glisser hors de l'emprise d'Octavia, lui sauta dans les bras et qu'elles tombèrent dans un grand fracas sur le sol, sous le regard hilare de plusieurs étudiantes. Niylah s'allongea de tout son long sur son adversaire vaincue.

- Trois-zéro pour le club de tennis ! chanta Niylah sur un air de victoire et avec des étoiles dans les yeux.

- Voilà, maintenant je sais que j'ai fait le bon choix, réussis-je à placer entre deux rires.

Finalement, NIylah se releva, tendit la main à Octavia pour l'aider à se relever et elles se passèrent mutuellement un bras sur les épaules, Raven rejoignant le duo. Le trio partit en tête en direction de la salle de classe et nous le suivîmes, quant à nous, bras dessus bras dessous.

Comme prévu, après la fin des cours, Lexa, et Niylah qui s'était jointe à nous, m'emmenèrent dans le bureau du club de tennis. Nous étions censées y trouver la responsable administrative du club. Lexa toqua à la porte et une voix nasillarde lui intima d'entrer.

- Ah, Woods, Murphy, que puis-je faire pour vous ? demanda une fille aux cheveux châtains courts coupés au carré, installée derrière un ordinateur.

- Bonjour, nous voudrions un formulaire d'inscription pour la deuxième année transférée, Griffin Clarke.

Elle ouvrit un tiroir à sa droite, fouilla dedans et en sortit deux feuilles agrafées entres elles. Je m'approchai pour les prendre et la remerciai. Elle nous salua et nous sortîmes aussi discrètement que nous étions entrées.

- Tu as fait le bon choix, dit Niylah, tu verras, il y a vraiment une bonne ambiance et nous avons des groupes de niveaux pour que les matchs soient plus agréables !

- À vrai dire, j'hésitai avec le club de musique, mais j'avais peur d'être de trop ou bien exclu avec la présence de Raven et Octavia. Elles sont tellement collées l'une à l'autre, on dirait presque des jumelles !

Je regrettai vite ma fin de phrase quand je vis le regard de Lexa s'assombrir.

- R-rentrez au dortoir sans moi, je vais faire un tour, dit-elle en baissant les yeux.

- Allez Lexa, elle a pas fait exprès, viens !

Mais elle s'éloignait déjà.

- Je serai à l'heure pour la réunion, lança-t-elle derrière son épaule avant de s'enfoncer dans le jardin.

- Hé mince, c'est la deuxième fois qu'elle fuit par ma faute…

- La deuxième fois ? demanda Niylah.

- Quand elle est sortie de table la dernière fois, c'est parce que je lui avais posé des questions sur la photo qu'elle a sur son bureau.

- Celle de Lexa et Costia…

- Je suis désolée, elle m'avait dit d'éviter d'en parler, pardon…

- Non, c'est bon, moi je vais mieux depuis… sa mort, mais bon, c'est pas vraiment le cas de Lexa. Un rien la met en colère ou la rend triste, mais on n'y peut rien. C'était bien plus qu'une sœur pour elle. Enfin, tu ne pouvais pas savoir que seul le mot « jumelle » pouvait lui renverser l'esprit.

- Je devrais peut-être aller lui parler ?

- Tu sais, dans ces moments-là, il vaut mieux la laisser seule. C'est d'une part pas jolie à voir, la dernière fois que je l'ai vu pleurer pour Costia ça m'a arrachée le cœur, mais en plus, rien ne peut mieux la consoler que la solitude, aussi paradoxal que cela puisse paraître.

- Bien, bien, après tout, tu la connais mieux que moi ! Mais elle va où comme ça ?

Niylah émit un petit rire.

- J'allais te parler de cet endroit quand tu m'avais demandé s'il y avait un endroit réservé aux orchidées. Mais Lexa n'aime pas qu'on parle de ce lieu devant elle, ça provoque ce qu'il vient de se passer. Dans un coin bien caché du jardin, se trouve une fontaine. Elle est dissimulée par plusieurs arbres, on l'appelle la fontaine secrète ou fontaine aux orchidées. Tout autour de cette fontaine, se trouvent des parterres d'orchidées, de chaque variété existante. On ne sait pas qui entretient cet espace, c'est aussi un secret. Si Lexa redoute l'évocation de ce lieu, c'est parce que c'est le lieu, on dira « officiel », pour les rendez-vous secrets. C'est sans doute là-bas qu'elle va calmer sa peine, même si je pense que, de prime abord, ce lieu à un effet négatif sur elle.

Je ne savais plus quoi répondre. Son histoire m'avait presque bouleversée. Heureusement, nous étions arrivées au dortoir. Je regardai ma montre qui indiquait 18 h 30, il me restait une demi-heure avant la réunion.

- Vu qu'il te reste du temps, tu veux venir dans ma chambre ? Gaïa, Raven et O' doivent être là-bas.

- C'est gentil, mais je suis fatiguée, je pense que je vais aller m'allonger un peu…

- Comme tu voudras, si tu changes d'avis, tu sais où nous trouver !

Elle s'arrêta devant sa porte et me salua quand elle entra. À l'intérieur, j'entendis effectivement la voix des filles, mais je me dirigeai vers ma chambre. Une fois dedans, je retirai mes chaussures et m'affalai sur mon lit. Quel rapport y avait-il entre la jumelle de Lexa et ce lieu de rendez-vous pour les retrouvailles secrètes ? Je ne voyais vraiment pas, mais après tout, cette fille renfermait sûrement plus de mystère que je ne pouvais l'imaginer.

À 18 h 50, Lexa n'était toujours pas rentrée. Cinq minutes plus tard, je me résignai à l'attendre et allai seule à la réunion. Lorsque j'arrivai proche de l'escalier, toutes les candidates faisaient la queue devant les portes du Conseil. Presque aucune n'adressait la parole à leurs adversaires, elles ne se parlaient qu'entre elles. Juste deux couples semblaient se connaître et s'apprécier. Sinon, il régnait vraiment un climat de conflit. Le fait que je sois seule n'arrangea rien, les autres me jetaient de temps à autre des regards interrogateurs, se retournant immédiatement pour chuchoter à l'oreille de leur binôme.

À 19 h 00 pile, les portes s'ouvrirent, dévoilant Harper, tout sourire. Je tardai le pas, espérant que cela fasse venir Lexa et, au moment où mon corps franchit les deux portes, une main se posa sur mon épaule. Je me retournai, Lexa était-là, sourire aux lèvres, comme si de rien n'était, légèrement épuisée après avoir sûrement couru dans les escaliers. Nous entrâmes et prîmes place sur les deux chaises restées libres en bout de table côté pavillon blanc.

Ontari se racla la gorge avant de prendre la parole sur un ton doux et apaisé.

- Je tiens tout d'abord à vous féliciter pour votre entrée dans cette élection. J'espère que vous prendrez cette compétition au sérieux et que vous ferez de votre mieux, elle marqua une pause et reprit, comme vous avez pu le lire, il vous faudra être présentes dans les vestiaires une bonne heure avant la première épreuve. Cela peut vous paraître long, mais nous ne sommes jamais à l'abri d'un problème quelconque. Cela pourra aussi vous permettre de créer des liens, pourquoi pas. Vous êtes certes rivales, mais vous n'en restez pas moins des élèves de cette école. Je compte sur vous pour être ouvertes d'esprit, mais surtout, n'oubliez pas de vous amuser !

Pendant qu'elle parlait, j'examinai discrètement les participantes. Elles avaient l'air un peu stressées, mais bien sûr fières d'être là. Luna et Emori étaient assises devant moi. Je les fixai, me rappelant l'arrogance dont elles avaient fait preuve en s'embrassant devant nous. Quand Emori planta son regard dans le mien, sa beauté et son orgueil me frappèrent, si bien que je détournai les yeux en rougissant.

Anya et Ontari continuèrent les explications et, une fois la réunion finie, alors que tout le monde se levait, Anya nous apprit que nous pouvions nous adresser directement à elles, ou bien sûr par l'intermédiaire des deux représentantes, si nous avions des questions ou des problèmes concernant les épreuves et le déroulement de l'élection.

Il était 21 h 00 quand Lexa et moi rejoignîmes notre chambre. Je voulais m'excuser, mais je ne savais pas si c'était une si bonne idée de revenir sur l'incident qui s'était produit en fin d'après-midi. Je ne voulais pas qu'elle reparte je ne sais où dans le jardin pour la nuit. Son visage triste juste avant qu'elle ne s'enfuie m'avait vraiment touchée, je m'étais presque senti concernée. Soudain, une idée me traversa l'esprit. Alors qu'elle s'avançait vers la salle de bains pour aller se brosser les dents, je l'attrapai par la taille, de dos, et nichai mon visage dans ses cheveux, resserrant mes bras autour d'elle pour la câliner. Elle eut un petit hoquet de surprise, mais se laissa faire et pausa ses mains sur les miennes.

- Je voulais m'excuser pour tout à l'heure, dis-je quand même, n'étant pas convaincue que cela soit une bonne idée.

- Non, c'est moi qui devrais m'excuser, je n'aurai pas dû partir comme ça, encore une fois…

Elle réussit à se retourner dans mon étreinte et pausa son menton sur mon épaule.

- Merci d'être là en tout cas, Clarke.

Je sentis qu'elle voulait en dire plus, mais elle recula et alla finalement dans la salle de bains. Pendant qu'elle faisait sa toilette, je me mis en pyjama et, une fois que je fus propre moi aussi, je me glissai habillement sous mes draps. J'allais m'endormir quand Lexa parla.

- Clarke, dis… Je peux dormir avec toi ? Je sais que la dernière fois, au réveil, ça s'est mal passé, mais c'était ma faute, je ferais gaffe cette fois, juré !

J'hésitai à répondre, je n'avais en effet pas envie que ce qu'il s'était passé la fois précédente se reproduise. Mais après tout, je lui devais bien cela et si elle me le demandait, c'est qu'elle n'allait sûrement pas très bien, je ne pouvais pas la laisser sans rien faire. Je me retournai, soulevai mon drap et tapotai à côté de moi pour lui dire de venir.

- Merci, chuchota-t-elle à mon oreille en prenant place près de moi.

Je ne savais pas si je devais l'entourer de mes bras, lui prendre la main ou bien ne rien faire. Elle résolut mes soucis en enlaçant sa main dans la mienne.

- Dis-moi si je fais quelque chose qui te gêne ! dit-elle.

- Non, pour l'instant, tu es en règles, Lexa !

Elle rigola et bâilla.

- Allez, bonne nuit, soufflai-je.

- Bonne nuit, Clarke… Merci.

Je sombrai.

Cette nuit, je rêvai. Un songe assez perturbant. Il faisait beau, le ciel était d'un bleu limpide, aucun nuage. J'avançai dans un champ d'orchidées blanches qui me faisaient presque mal aux yeux. J'arrivai près d'une fontaine, le soleil se reflétait dans l'eau claire, renforçant ma sensation d'éblouissement. Je m'assis sur le rebord et posai ma main dans l'eau quand des petits bruits attirèrent mon attention. Je me levai, fis le tour de la fontaine et découvris une fille, assise par terre, la tête enfouie dans ses bras croisés sur le rebord de la fontaine. Elle pleurait, à en juger par les bruits qui émanaient de son corps. Pensant que cette fille était Lexa, je m'approchai encore et lui posai la main sur l'épaule. Aussitôt, elle se retourna et je découvris avec stupéfaction qu'il ne s'agissait pas de mon amie, mais de moi-même. Cette fille qui avait l'air si triste, c'était moi.

Je me réveillai en sursaut. Je regardai à droite pour voir si je n'avais pas réveillé Lexa, elle avait encore l'air de dormir. Je me levai doucement et allai dans la salle de bains, histoire de me rafraîchir un peu. En passant, je vis que le réveil sonnait déjà dans vingt minutes. Je décidai de ne pas me recoucher.