Je mis quelques secondes avant de comprendre, qu'une nouvelle fois, mon visage, non, mes lèvres, étaient toutes proches des siennes. Mon esprit avait envie de crier, je n'aurai jamais dû participer à cette compétition, cela allait forcément créer ce genre de problèmes. Mais voilà, c'était moi qui l'avais embrassée la dernière fois, je n'aurais jamais dû, jamais. Je vis sa tête bouger, mais je ne fis rien, peut-être ne voulais-je pas la blesser.
Toujours était-il que, fatalement, je sentis sa bouche se poser sur la mienne. J'avais, encore une fois, envie de hurler, d'autant plus que nous étions attachées et que je ne pouvais pas me lever d'un bon et m'éloigner. J'étais coincée, j'avais besoin de son aide pour me lever. Rouge, de rage ou de gêne, je ne savais même plus, je me laissai faire. Au début, ce fut seulement elle qui m'embrassa, mais mon cœur craqua et je me vis obligée de lui rendre ses baisers. Je sentais que nos langues allaient se rencontrer quand le pire, selon moi, arriva.
- Costia… chuchota Lexa.
Mon corps qui s'était détendu se crispa de nouveau. Qu'avais-je fait au bon Dieu pour qu'à chaque fois qu'elle fut avec moi, elle pensait à cette fille ? Je ne voyais aucun rapport entre elle et moi, de plus, je trouvais cela vraiment blessant que de chuchoter le nom de sa sœur quand c'était elle qui me collait, elle qui me faisait du charme. Sauf exception de la fois où je l'avais embrassée, ç'avait toujours été Lexa qui s'était trop approchée de moi. J'aurais voulu détruire Costia si elle n'était pas déjà morte. C'était extrêmement cruel, mais j'avais l'impression de passer pour le dindon de la farce. J'étais sûrement en train de tomber amoureuse d'elle et j'avais une désagréable impression qu'elle se payait ma tête. La haine m'avait regagnée. Je réussis à reculer mon visage du sien, je levai une main et lui donnai une gifle monumentale. Bien sûr, pour enfoncer le clou, ce fut ce moment que choisirent les autres pour débarquer. Là, ce fut vraiment la pire chose de la journée, du moins, j'espérais que la honte, la rage, mais aussi la tristesse qui s'abattaient sur moi aujourd'hui allaient cesser. Je ne pensais pas qu'elles viendraient nous voir.
- Eh bien ! Qu'est-ce que Lexa a fait de si terrible pour mériter une telle baffe ? s'étrangla presque Niylah en rigolant.
- Aidez-nous à nous relever au lieu de rigoler, dis-je sèchement à l'attention de nos spectatrices qui se tordaient toutes de rire.
- Oh, là, là, du calme, répondit Gaïa en se ressaisissant.
Elle s'approcha de nous en se raclant la gorge, enleva la corde qui attachait encore nos jambes et me tendit sa main pour m'aider à me remettre sur pied. Octavia, quant à elle, aida Lexa à se relever.
- T'es toute rouge, Clarke ! lança Raven. Lexa a vraiment dû te faire chier pour en arriver là !
- La ferme ! criai-je en attrapant ma veste.
Je posai cette dernière sur mes épaules et partis à grandes enjambées, entendant les autres m'intimer de les attendre. Je savais néanmoins qu'elles ne me suivraient pas et qu'elles se contenteraient de demander des explications à Lexa. Je me fichais qu'elle leur dise la vérité ou non. Pour le moment, j'avais simplement besoin d'évacuer ma rage.
Je tournai dans le jardin quand, entre deux arbres touffus, je déboulai sur une fontaine. Le lieu me paraissait familier. Ce fut lorsque je remarquai la multitude d'orchidées différentes que je compris que j'étais dans l'endroit dont Niylah m'avait parlé. Celui dans lequel Lexa venait sécher ses larmes. Il n'y avait personne. Ayant marché depuis longtemps, ma montre indiquait 18 h 00, je m'assis, exténuée, sur le rebord de la fontaine. Je me calmai peu à peu et je me rendis compte que j'avais vraiment crié sur Raven, il allait falloir penser à m'excuser. Je sentis soudain des larmes rouler sur mes joues. Jusqu'ici, j'étais énervée, la rage m'avait donc empêché de pleurer, maintenant que j'étais calmée, une grande souffrance me submergea. Je voulu me retenir, mais je n'y arrivai pas, mes larmes continuèrent de s'échapper de mes yeux tristes. Des sanglots me gagnèrent et je cachai mon visage dans mes mains. J'avais l'impression que quelqu'un pressait mon cœur pour le réduire en miette, la douleur était si grande que je dus m'asseoir sur le sol, afin de pouvoir rabattre mes jambes contre mon ventre et enfouir ma tête dans mes genoux. Je ne savais pas qu'une telle souffrance mentale était possible. J'étais tombée plusieurs fois, dans un escalier, en courant, en faisant du sport, mais jamais je n'avais eu autant mal. Je ne comprenais rien. Pourquoi cette douleur ? D'où venait-elle ? Je ne comprenais pas vraiment non plus ce que je ressentais pour Lexa. L'Amour, je ne connaissais pas vraiment, mais cette fille, c'était comme si une force me ramenait toujours vers elle, aussi bien physiquement que psychiquement. Mes larmes ne cessaient pas.
- Je passais dans le coin et tes sanglots m'ont alertée, ça va ? dit une voix qui me semblait familière.
Je relevai la tête, honteuse qu'on me trouve dans cet état, et passai mes mains sur mes joues pour les sécher un peu. Je constatai enfin qu'il s'agissait d'Emori Dixon, une des concurrentes. Je ressenti encore plus de honte, montrer ses faiblesses à un adversaire n'était pas vraiment conseillé.
- Je… je suis désolée… d'avoir troublé ton chemin, réussis-je à bafouiller en regardant le sol.
- Je me baladais sans but précis, ce n'est pas grave, mais c'est toi qui m'inquiète, tu as besoin d'aide, ou, euh, d'autre chose ?
Soudain, la scène qu'elle m'avait offerte quelques jours de cela, quand elle avait embrassé sa partenaire, tendrement, amoureusement, langoureusement, et sans gêne devant moi, me revient en mémoire. Une bouffée de jalousie m'envahit. Comme si je les enviais, comme si je voulais vivre la même chose. Je pensais que raconter mes problèmes à cette inconnue ne servirait à rien, qu'elle ne me comprendrait pas de toute façon puisqu'elle avait l'air de vivre le parfait Amour. Je n'en pleurai qu'encore plus.
- Je n'ai jamais été très douée pour consoler les gens, mais là, je ne peux décemment pas te laisser toute seule, on dirait que tu en mourrais si tu continuais à pleurer comme ça, réagit Emori en s'asseyant à mes côtés, passant un bras autour de mes épaules. Je sais qu'on est rivale maintenant et qu'on ne se connaît pas, c'est peut-être ça qui te gêne d'ailleurs, mais je peux peut-être t'aider ? Enfin, non, je ne peux sûrement pas, mais je pourrais au moins essayer ! Je suis un peu maladroite, j'ai l'impression de passer pour une débile, comme si je m'accrochais à un but sans fin, mais je veux juste que tu arrêtes de pleurer. C'est triste, une si jolie fille qui pleure, non une fille qui pleure, même moins jolie, c'est toujours triste, mais bref ! Alors, raconte-moi tout, ou rien, ou invente, n'importe, je n'irai pas vérifier de toute façon, mais ça te soulagera sûrement !
Son débit de parole me cloua, je tournai la tête vers elle, ouvris de grands yeux et la fixai. Elle m'offrit un immense sourire et j'éclatai de rire.
- Je suis si drôle que ça ? demanda-t-elle en se grattant le crâne.
- Tu as sorti tout ça tellement vite, avec un tel entrain, je ne sais pas, ça m'a fait rire ! Je ne voulais pas te vexer !
- Mais non, pas du tout, au moins tu as arrêté de pleurer ! Et c'est ce que je cherchais !
Effectivement, mes larmes s'étaient arrêtées.
- Tu veux parler ou tu veux que je te laisse tranquille ?
- J'ai juste une question… Toi et… Luna, c'est ça ?
- Oui.
- Ça s'est toujours bien passé entre vous ? Je veux dire, vous dégagez une telle chaleur, un tel rayonnement quand vous êtes ensemble, on peut sentir le bonheur irradier de vous à des kilomètres ! Alors, je me demandais si ça avait toujours été le cas.
- Ah ! Tout amour connaît ses difficultés ! Ça n'a pas été rose dès le début, nous aussi, on est passé par les larmes, les crises.
- Nous « aussi » ?
- C'est bien de cela qu'il s'agit, non ? Tes larmes sont bien pour quelqu'un ? Autrement, je ne vois pas de raison de pleurer autant. Enfin, je ne voulais pas mentionner les causes de tes pleures, pardon…
- Non, non, de toute façon, il va bien falloir que j'aille retourner voir mes amies et fatalement, elle, sera là…
- Ta binôme, hein ?
Je ne répondis pas, si je me mettais à parler maintenant, je risquai de repartir dans mes larmes.
- J'espère que ça va s'arranger, j'ai envie que l'élection se fasse dans la bonne humeur, qu'on s'amuse même si on perd, ce serait bête que tu passes à côté de ça !
Son sourire était tellement authentique et magnifique qu'il en devenait contagieux.
- Eum, il va falloir que j'y aille, j'ai rendez-vous avec Lou', tu veux que je t'accompagne jusqu'au dortoir ? proposa-t-elle en regardant sa montre.
- Non, merci…
- Bon, eh bien, j'y vais, j'espère que tu iras mieux, eum…
- Clarke !
- Alors, bonne chance pour la première épreuve, Clarke ! Même si, évidemment, c'est nous qui allons gagner ! lança-t-elle avec un magnifique clin d'œil.
- À toi aussi, rivale !
Ce fut en rigolant qu'elle s'éloigna. Je dus avoir un sourire bêta pendant quelques minutes, puis je me mis en tête de m'amuser. Emori avait raison, il ne fallait pas que je passe à côté de mon année et des élections, il fallait que je m'amuse ! Tant pis pour Lexa, le problème se réglerait forcément au bout d'un moment. Je présumais qu'elle garderait le silence sur les événements de cet après-midi, comme d'habitude. Je me relevai, regardai mon reflet dans l'eau de la fontaine pour y constater que j'étais assez présentable et me dirigeai vers le réfectoire, malheureusement toujours en survêtement, pour ne pas arriver en retard au dîner. Je n'avais pas envie d'affronter le regard de mes amies. Que leur dirai-je une fois arrivée à leur table ? Et surtout, je n'étais pas assurée de ne pas fondre de nouveau en larmes en croisant Lexa.
Mon deuxième problème fut vite réglé. Lorsque j'arrivai dans le réfectoire - étant un peu en retard, tout le monde était déjà installé - Lexa n'était pas là. Je ne voulus pas poser de questions, mais Gaïa, réglant ainsi mon premier problème, me donna une explication.
- Lexa ne se sentait pas très bien, alors elle est restée dans sa… dans votre chambre.
- Oh, d'accord !
Un silence s'installa et j'avais peur qu'elles remarquent que j'avais pleuré.
- Je suis désolée d'être partis comme un voleur tout à l'heure, m'excusai-je.
- Ce n'est rien va ! Avec Lexa, on en a vu d'autres de ce genre, me répondit Octavia en souriant.
À ce moment, je croisai le regard de Raven que je fuis aussitôt, je ne m'étais toujours pas remise de lui avoir parlé comme je l'avais fait. Voyant ma gêne, les filles essayèrent de changer de sujet et nous parlâmes des futurs contrôles et interros prévus. À la fin du repas, alors que nous nous apprêtions à emprunter les escaliers, je tirai Raven par la manche en lui demandant si je pouvais lui parler quelques instants. Elle dit aux autres de monter sans nous et sa copine s'approcha d'elle pour lui souhaiter une bonne nuit. Octavia s'attarda quelque peu sur la bouche de Raven, je me demandai alors depuis quand elles avaient pris l'habitude de s'embrasser librement devant moi. Cette scène me pinça le cœur. Une fois seules, je pris la parole :
- Je suis désolée pour tout à l'heure, je ne voulais pas m'énerver contre toi…
- Ce n'est rien, Clarke…
Il y eut un silence, je n'avais pas prévu quoi dire après, mais elle y mit fin :
- Je suis arrivée une trentaine de secondes avant les autres, trente secondes avant que tu ne gifles Lexa. Elle ne nous a pas donné la vraie version, mais moi, j'ai vu.
- Je…
- Après, l'histoire ne me dit pas si vous étiez toutes les deux consentantes, si c'est elle ou toi qui a commencé. Je veux juste que tu saches que Lexa est un être fragile, si elle te blesse par ses actes, ne lui en veux pas, s'il te plaît. Elle ne pense pas mal, c'est plus fort qu'elle, c'est tout, c'est Lexa, elle est comme ça. Mais tu n'es pas non plus obligée d'accepter ce qu'elle te fait subir et surtout, tu n'es pas obligée d'endurer ça toute seule. Sache que si tu veux parler, si tu as besoin d'aide, je serai toujours à ton écoute, Clarke.
- Merci… C'est vrai que je ne sais pas vraiment comment réagir, je ne veux pas lui faire de mal, j'ai cru comprendre qu'elle avait déjà beaucoup souffert…
- Tu l'aimes, hein ?
- Je ne sais pas trop, je suis un peu perdue et ses réactions ne m'aident pas vraiment…
- Je comprends, j'ai vécu aussi des moments difficiles avec Octavia, mais regarde-nous aujourd'hui. Depuis que tu es arrivée, Lexa a changé. Je ne l'avais pas revue sourire depuis… la mort de… Costia.
Elle eut du mal à le dire.
- Tu as quelque chose de spécial, tu n'es pas n'importe qui pour elle, alors j'espère que ça se finira bien.
- J'espère aussi…
- Vous devriez peut-être parler de ce qu'il s'est passé aujourd'hui, c'est mal de rester sur des non dits.
- Je verrai, si mon cœur en est capable… Merci, Raven…
- Mais de rien ! Les amies sont faites pour ça, non ?! dit-elle en souriant.
Tout le monde avait été si gentil avec moi aujourd'hui, toutes souriantes. Je me sentais presque coupable de leur servir un visage triste. Finalement, nous montâmes les escaliers et rejoignîmes nos chambres respectives. Mon cœur se mit à battre anarchiquement lorsque je poussai la porte de la chambre. Heureusement, Lexa s'était endormie, encore en survêtements, sur son lit. Des vestiges de larmes demeuraient aux coins de ses yeux clos. Je décidai d'aller prendre une douche. L'eau chaude m'apaisa vraiment. Lorsque je retournai dans la chambre, Lexa m'attendait, assise sur son lit.
- On peut parler ? chuchota-t-elle.
Elle n'avait donc pas décidé de faire comme si rien ne s'était passé. Je n'avais pas prévu de discussion, je ne savais pas trop quoi dire, mais je ne pouvais pas refuser.
- Bien sûr… répondis-je en m'essayant sur mon lit en face d'elle.
- En premier, je voudrais dire que je suis désolée, je ne voulais pas te rendre triste. Je t'ai vue pleurer près de la fontaine. Je m'y rendais pour y faire la même chose que toi, mais quand j'ai vu, avec surprise, que tu étais là, je suis allée dans la chambre. Enfin bref, je ne veux pas que tu sois malheureuse, je ne veux pas te blesser. Je ne sais pas ce qu'il m'arrive, mais quand je suis avec toi, je me sens tellement bien, je revis, comme si Costia était toujours à mes côtés. C'est peut-être égoïste, et j'en suis également désolée, mais c'est comme si tu pansais mes blessures. Tu m'hypnotises, quand je me retrouve si proche de toi, je n'arrive plus à me contrôler, j'ai essayé d'éviter ce genre de situations, celle-là était vraiment imprévue, elle m'a pris au dépourvu, je n'ai pas pu résister. Voilà mon point de vue. Mais c'est le tien que je veux connaître. Pourquoi ? Pourquoi es-tu si gentille avec moi ? Pourquoi mets-tu toujours autant de temps à me repousser ?
- Tu appelles ça de la gentillesse ? Te faire languir pour ensuite mieux te faire souffrir, je ne vois pas d'actes positifs là-dedans. Je ne veux pas te faire souffrir moi non plus, Lexa. Je sais, enfin pas vraiment, mais je me dout, que tu as vécu des périodes difficiles. En tant qu'amie, je veux t'aider. Je sais que je te trouble, il faudrait que je trouve une solution pour arrêter ça.
- Alors, c'est comme ça que tu vois les choses ? C'est toi le monstre et c'est moi qui souffre ? Je voyais plutôt l'inverse…
- C'est vrai que c'est toi qui as commencé, dis-je en rigolant.
- Et ces baisers, pourquoi ? Pourquoi m'en avoir donné et pourquoi en avoir accepté ? demanda-t-elle en restant sérieuse.
- Je ne sais pas, tu me troubles, tu es belle, on ne va pas se mentir, tes lèvres sont attirantes, mais je ne sais pas pourquoi je fais ça.
Hors de question que j'évoque mes possibles sentiments.
- Bien, je suppose que cette réponse me convient. Et que fait-on maintenant ?
- Profitons !
- Pardon ?
- Je veux dire, de notre année scolaire, donnons-nous à fond dans cette compétition et essayons d'oublier les moments douloureux que nous avons passés ensemble. Amusons-nous !
Un immense sourire fendit son visage.
- Enfin, tu souris ! C'est comme ça que je te préfère ! dis-je en riant légèrement.
- Disons que c'est grâce à toi ! Merci, Clarke.
- Je ne vois pas très bien pourquoi tu me remercies, mais si ça te fait plaisir !
Nous rigolâmes, encore et encore, et je me rendis enfin compte que cette journée avait fini par s'arranger.
