Le soir de cette première épreuve, Lexa et moi invitâmes nos amies dans notre chambre en vue d'une pyjama party. La soirée fut superbe, entre rigolades et chamailleries, je me sentais à l'aise, heureuse. Le lendemain matin, nous nous réveillâmes un poil en retard, il n'y avait donc plus personne dans le hall, tout le monde était dans la cantine. Heureusement, car nous avions ainsi pu tranquillement lire la nouvelle affiche accrochée au mur :

Élections au Conseil des Étudiantes

Deuxième épreuve.

Type de l'épreuve : Chasse au trésor.

Lieux : Toute l'école.

Date et heure : Dimanche 2 juillet à 13 h 30.

Déroulement : La plus jeune de chaque duo devra trouver un objet caché au préalable dans l'école par son aînée. L'objet ne sera pas connu de la cadette, elle devra deviner, avec sa seule intuition comme alliée, qu'il s'agit bien de l'objet en question. La triche étant très simple dans cette épreuve, nous vous demanderons votre plus grande honnêteté, l'école n'a pas besoin de mauvaises personnes à sa tête.

Perdantes : Les deux derniers binômes à rapporter l'objet seront éliminés.

Les aînées de chaque couple sont priées de se présenter au bureau du Conseil des Étudiantes à 14 h 00, le dimanche 11 juin.

Merci de votre attention et merci à toutes pour votre soutien aux participantes.

Le Conseil des Étudiantes.

- Tu es née quand Lexa ?

- Le 17 octobre, oui, c'est moi la cadette dans l'histoire !

- Alors, c'est moi qui vais devoir cacher l'objet, intéressant !

Nous rîmes et allâmes finalement prendre notre petit déjeuner. À force, nous finirions par être en retard ! Ce ne fut qu'au déjeuner que nous pûmes parler de l'épreuve avec nos amies.

- Une chasse au trésor ? Je vais finir par croire qu'elles vous prennent pour des gamines ! dit Raven.

- Mais tu ne comprends décidément rien ! lui répondit Gaïa. Plus vite la coéquipière trouvera l'objet, plus cela voudra dire qu'elle connaît sa partenaire !

- Gaïa, notre grande analyste de cette compétition ! plaisanta Niylah.

- Vous n'avez pas un esprit assez développé, c'est moi qui mérite de devenir présidente !

- Hé, ne prend pas la grosse tête non plus, dis-je en ricanant. En tous cas, c'est à moi de cacher l'objet.

- Et d'ailleurs, le fait que la cadette cherche quelque chose dont elle ne sait quasiment rien, à part qu'il appartient à sa binôme, renforce le fait de connaissance de l'autre. Quand elle verra l'objet, elle devra se dire « oui, je reconnais bien là ma partenaire ». Ah ! J'aime ça ! renchérit Gaïa.

- Ça va être dur pour vous, non ? demanda Octavia. Vous ne vous connaissez que depuis quatre mois, contrairement aux autres qui se connaissent minimum depuis un an.

- Ne t'en fais ! On va y arriver, on passera nos week-ends à se poser des questions sur nous ! répondit Lexa.

Je supposai que l'objet devrait être personnellement choisi par celle qui devait le cacher. Qu'allais-je bien trouver pour être sûre que Lexa le reconnaisse… Enfin, j'attendrai de voir ce que l'on dirait à la réunion de dimanche prochain. En attendant, notre vie de lycéenne reprenait son cours !

- J'y pense, deux couples seront éliminés, cela veut dire que les trois dernières épreuves seront des duels entre les deux couples finalistes, fit remarquer Niylah.

- Du coup, ça sera encore plus dur pour le couple perdant… S'acharner sur cinq épreuves, dont trois en duel, pour au final perdre… chuchota Raven.

- Eh bien comme ça, nous donnerons le meilleur de nous-même !

- J'aime cet esprit, Clarke ! On va gagner !

Lexa et moi nous tapâmes dans la main.

Aujourd'hui, Alie nous donna les dates des examens. Ils auraient lieux la semaine précédant les vacances et, donc, la semaine précédant la seconde épreuve. Je comprenais alors pourquoi l'épreuve avait lieu le premier week-end des vacances. Toutes les élèves seraient là, car nous n'aurions les résultats que le lundi, premier jour des vacances. Personne ne pouvait partir avant ce lundi, car en cas d'échec, il fallait obligatoirement passer par le rattrapage qui avait lieu le jeudi et le vendredi de la première semaine de vacances. Heureusement pour les filles qui échoueraient, ces vacances-là duraient un mois, il leur resterait quand même trois semaines de repos. De plus, une chasse au trésor ne demandait pas non plus beaucoup de préparation, nous pourrions ainsi nous concentrer sur nos révisions.

Point de Vue Gaïa

La première épreuve s'était terminée trois jours auparavant. Nous en parlions encore, mais la fièvre de la compétition était descendue. Ce soir, comme tous les mercredis et samedis soir, j'étais en compagnie de Niylah, dans sa chambre cette fois. J'étais lavée et en pyjama, elle était dans la salle de bains, je l'attendais patiemment sur son lit, assise en tailleur au milieu, en réfléchissant. Je l'aimais et j'en souffrais. Je voulais continuer à garder mon secret pour rester à ses côtés, mais en même temps, cela m'était insupportable. Il fallait que je lui dise, quitte à ce qu'elle me repousse, au moins je serais fixée. Je voulais qu'elle sache et puis, j'avais peut-être une chance, bien que la dernière fois que je lui avais proposé que l'on se mette en couple, elle avait refusé.

Niylah sortit de la salle de bains et me tira de mes pensées. L'ambiance n'était pas comme d'habitude. Elle était sortie enroulée dans sa serviette, alors que normalement en elle sortait en pyjama. Je compris donc qu'elle était toujours nue sous sa serviette. Elle me lança un regard coquin avant de s'approcher. Niylah se posa à genoux sur le lit juste devant moi et lâcha sa serviette qui dévoila ses épaules, ses seins, son ventre, son sexe, puis ses cuisses. Je pris la serviette, la mis en boule et la jetai sur l'autre lit. Je mis moi-même à genoux et attirai Niylah à moi en posant mes bras sur ses épaules.

J'aurais voulu l'embrasser, mais je me retins. Elle m'y aida, car elle dirigera derechef sa bouche sur ma poitrine. Elle m'allongea doucement sur le lit et plaqua son corps nu et frais sur le mien. Je gémissais, peut-être plus fort que d'habitude, mais elle n'eut pas l'air de s'en rendre compte, ou du moins ne le fit pas remarquer. Son corps tourna et elle alla embrasser mon sexe, de manière que le sien se retrouve près de ma bouche. Je posai mes mains sur ses fesses et fis descendre son bassin pour que ma langue puisse atteindre son but. Au moment même où ma bouche se posait sur son clitoris, la sienne se posa sur le mien. Nous gémîmes à l'unisson. Comme j'étais en dessous, j'essayai d'aventurer une main sur sa poitrine, ce fut avec succès que j'y arrivai.

Nous dûmes rester dans cette position un bon quart d'heure avant de parvenir à la jouissance. Essoufflée, Niylah se posa à côté de moi et, comme à son habitude, se blottit dans mes bras, le front collé contre mon épaule.

- Niylah ?

- Oui ?

Je fixai le plafond, il y eut un long silence, je ne savais pas comment aborder la chose. Mon silence dut l'inquiéter, car elle se décolla de moi pour me regarder. Je tournai alors mon visage vers le sien.

- Ça va, Gaïa ?

- Non… Non !

- Qu-…

Je ne lui laissai pas le temps de parler et appuyai mes lèvres contre les siennes. Elle me repoussa aussitôt.

- Gaïa ! Qu'est-ce qui te prend ?!

Niylah se leva prestement du lit, tout en prenant soin de cacher sa poitrine avec ses bras, et alla enfiler son pyjama avant de se glisser sous les draps du lit de Raven.

- Niylah, je… pardon…

Elle ne répondit pas. Je voulu retenter la discussion, mais je refermai la bouche. Je me retournai dans le lit et essayai de retenir mes larmes avant de m'endormir.

Lorsque je me réveillai le lendemain matin, Niylah n'était plus là, son uniforme non plus. Elle me fuyait. Cette fois, je ne pus retenir mes larmes et décidai de sauter le petit déjeuner.

Point de Vue Clarke :

- Ça va, Gaïa ? Pourquoi tu n'es pas venue manger ce matin ? demanda Lexa alors qu'elle attrapait un morceau de poulet avec sa fourchette.

- Je n'avais pas très faim, c'est tout, mais je crois que je vais mieux maintenant !

- Bon, bon…

Il y eut ensuite une espèce de silence gêné que Niylah rompit en prenant la parole :

- Octavia, Raven, je veux qu'on arrête les roulements.

- Quoi ?! s'étouffa Raven avec son verre d'eau. Pourquoi ?!

- Je n'ai plus envie de dormir dans la même chambre que… elle, fit-elle en montrant Gaïa du doigt.

- Oula, oula, oula ! Il s'est passé quoi entre vous deux ? questionna Octavia.

- Ça ne te regarde pas ! s'énerva Niylah.

- Mais tu ne peux pas nous faire ça ! supplia Raven.

- Oh ça va, toi ! Tu ne penses qu'à baiser ta copine, on ne veut plus, c'est comme ça ! Point.

Octavia lança un regard noir à Niylah et cette dernière se leva de table, n'ayant presque rien avalé, puis s'en alla. Nous n'essayâmes même pas de la retenir.

- Comment ose-t-elle parler comme ça à Raven ?! s'énerva Octavia en enlaçant ses doigts autour de ceux de sa copine.

- Bon, bon, pour vous deux, on peut arranger ça, si vous voulez, on peut faire un roulement, nous, commença Lexa. Samedi, vous n'avez qu'à aller dans la chambre de Gaïa et Octavia, Gaïa viendra dormir avec Clarke dans la nôtre. Moi, j'irai dormir avec Niylah dans la sienne. Ça vous va ?

Le petit couple secoua la tête en signe d'approbation.

- Gaïa, ça te va ? demandai-je.

- Oui…

Une larme coula sur sa joue, mais elle l'essuya aussitôt.

- Quelque chose me dit que tu n'es pas d'accord avec Niylah, ou du moins que vous ne vous étiez pas concertées sur la question.

- En effet, Lexa… Mais, je… C'est mieux comme ça, je suis désolée de vous causer du tort, Raven, Octavia…

- C'est rien, Gaïa ! On a trouvé une autre solution, puis même, on n'en serait pas morte. Mais vous m'inquiétez toutes les deux, t'es sûre que ça va ? s'enquit Octavia.

- Je-je n'ai pas très envie d'en parler maintenant, s'il vous plaît…

- Bien sûr, bien sûr, intervins-je, tu nous parleras quand tu en auras envie !

Le repas se finit dans un silence perturbé. Je me demandai bien ce qui avait pu se passer la nuit dernière. Elle me semblait les meilleures amies du monde, les voir se faire la tête me choquait, mais peut-être était-ce courant après tout.

Pendant de la journée, je réussis à en parler à Lexa qui m'apprit qu'elles ne s'étaient jamais disputées par le passé. Je m'inquiétais vraiment maintenant et Lexa partageait mes pensées. Si l'on se tenait à notre plan, samedi soir, je dormirais en compagnie de Gaïa. J'essaierai de la rassurer et peut-être qu'elle m'expliquerait. J'espérais toute fois que leur dispute serait réglée bien avant.

Malheureusement, cela ne s'arrangea pas. Au dîner, ce fut Niylah qui ne se présenta pas pour manger et vendredi et samedi, elles étaient assises chacune aux extrémités de la table, de telle façon à être le plus éloigné possible. La situation avait l'air de perturber Gaïa plus que Niylah. Celle-ci continuait à prendre part à nos discussions alors que Gaïa ne disait plus rien, toujours le nez dans son assiette ou bien dans ses pensées. Elle faisait peine à voir, elle me fit penser à moi le jour où j'avais pleuré près de la fontaine, était-ce possible que… ? Mmh…

- Clarke ! m'interpella Lexa me tirant de mes pensées.

Nous étions dans notre chambre.

- Ce soir, tu dors avec Gaïa et moi avec Niylah. Écoute, il faut qu'on essaye de faire quelque chose pour les aider.

- Mais quoi ?

- Il faudrait déjà savoir pourquoi elles en sont arrivées là. Bon, elles ne diront peut-être rien, mais on pourrait essayer de savoir. Après, on avisera selon la situation !

J'acquiesçai et nous allâmes manger, Lexa munit d'un sac avec de quoi se changer. Le repas me sembla encore plus tendu que les fois précédentes. Cette ambiance me mettait mal à l'aise. Je me remis immédiatement à faire le rapprochement avec mes anciennes situations vis-à-vis de Lexa. Cette dernière m'avait coupée dans mes pensées tout à l'heure. Gaïa avait la même expression que moi après l'incident qui s'était produit avec Lexa pendant une de nos heures d'entraînement.

Un peu égoïste, mon esprit divagua pour se détacher de Gaïa et revenir sur ma propre situation. Je repensai aux paroles de Raven. Qu'avait-elle dit déjà ? Que depuis mon arrivée, Lexa souriait à nouveau. Qu'avais-je alors de spécial ? Pourquoi ma présence l'avait-elle rendue plus joyeuse ? Peut-être étais-je LA personne qui la ferait oublier. N'empêche, je n'avais pas envie de servir de substitut. Je ne savais pas ce que Lexa attendait de moi, mais je ne pouvais visiblement pas remplacer une sœur. Si elle avait des sentiments envers moi, ce qui pouvait être fort probable vu les baisers que nous avions échangés, quel était le rapport entre mon arrivée régénératrice et ses sentiments ? Ou bien, peut-être qu'elle avait besoin d'amour pour oublier sa sœur défunte. Je n'avais tout de même pas envie de servir de sèche larmes. Je voulais bien l'aider à aller mieux, mais pas en dépit de mon bonheur. Cela pouvait aussi paraître égoïste, mais je n'étais pas venue ici pour souffrir. Je m'étais jurée d'arrêter de me torturer l'esprit, mais mes pensées revenaient toujours vers Lexa. Heureusement, les filles se levèrent pour aller poser leurs plateaux, me tirant une nouvelle fois de mes pensées.

Comme prévu, le petit couple partit dans le pavillon mauve, Niylah et Lexa s'arrêtèrent à la porte B25 et Gaïa me suivit jusque dans ma chambre. Je n'étais jamais restée seule à seule avec elle. J'étais du genre timide et j'avais donc peur qu'il y ait des blancs, des malaises. Mais j'avais une mission à accomplir !

- Euh eum, je n'ai pas eu le temps de me doucher avant le repas, je ne serais pas longue ! dis-je en prenant mon pyjama.

- D'accord, je vais me changer en attendant, répondit Gaïa en essayant d'esquisser un sourire qui ressemblait plus à de la torture.

Lorsque je sortis de la salle de bains, Gaïa était effectivement changée, assise sur la chaise du bureau et contemplant la photo de Lexa et Costia. Je détournai mon regard et me raclai la gorge.

- Lexa t'as expliquée comment Costia était morte ?

Je fus choquée de la question, mais elle avait titillé ma curiosité.

- Euh non, mais tu n'es pas obligée de me le dire… ça doit être douloureux…

- Ça l'est, mais j'estime que tu as le droit de savoir. Surtout que ce n'est en rien un secret d'État. Tu es notre amie, alors je ne sais pas, je me suis dit que tu voudrais savoir.

- Si ça ne te gêne pas d'en parler…

Elle alla s'asseoir sur le lit de Lexa et je l'y rejoignis.

- Mmh, pour les vacances de Noël, l'an dernier, nous avions décidé de passer les deux semaines toutes ensemble, nous étions allées séjourner dans la maison en bord de mer de la famille Woods. Le 28 décembre, nous avions décidé d'aller nous balader en ville, pour découvrir les rues enneigées. Raven et Costia étaient sorties dans la matinée pour aller faire quelques courses. Elles devaient rentrer vers 14 h 00 pour que nous partions ensuite toutes ensemble. 14 h 00. 15 h 00, elles ne répondaient pas au téléphone. Nous avons décidé de partir à leur recherche et, sur le chemin, nous sommes tombées sur l'accident. Leur bus de retour avait percuté un camion qui avait glissé sur la route à cause du verglas. Les pompiers nous avaient dit que nous trouverions sûrement nos amies à l'hôpital. Nous y sommes allées.

Elle marqua une longue pause avant de reprendre.

- On a bien sûr donné les noms des personnes que nous voulions voir. Pour Raven pas de problème, ils nous ont donné le numéro de sa chambre. Mais Costia… elle avait été tuée sur le coup, pas de passage par l'hôpital, direct à la morgue.

Elle avait sorti ça d'une traite. J'en avais les larmes aux yeux.

- Je t'épargne les détails, notamment sur la réaction de Lexa, bref, on s'est séparé en deux groupes, l'un est allé à la morgue, l'autre est allé voir Raven, ensuite, on a échangé À part Raven, personne ne sait ce qu'il s'est passé dans le bus ce jour-là. Elle n'a jamais voulu nous raconter.

Gaïa pleurait à présent. Je la pris dans mes bras et lui caressai le dos amicalement pour la consoler.

- Je vais mieux maintenant, mais Lexa et Raven ont beaucoup de mal… J'aimerais tellement pouvoir les aider. Heureusement que Raven a O' ! Et depuis que tu es arrivée, Lexa a l'air d'aller mieux. Je suis contente !

Je me reculai pour constater qu'elle avait séché ses larmes et qu'elle me souriait.

- Merci de m'avoir expliqué en tout cas !

Il y eut un long silence pendant lequel je réfléchissais à la situation, puis Gaïa fondit en larmes. Je crus en premier lieu que c'était à cause des souvenirs qui venaient de remonter en elle, mais ses pleures me firent penser aux miens le jour où j'avais fui Lexa après notre baiser. Je la pris de nouveau dans mes bras et ses pleures redoublèrent. J'essayai de la calmer, mais rien à faire.