- Gaïa, Gaïa, qu'est-ce qui se passe ? Reprends-toi !
Je la serrai dans mes bras en me voulant rassurante.
- Si tu veux parler, je t'écouterai sans juger.
Elle s'éloigna de mon étreinte et essaya de reprendre ses esprits. Elle respira un grand coup et s'essuya le visage.
- Tu me promets de ne rien dire à personne ?
- Motus et bouche cousue ! dis-je en souriant.
Et elle me raconta, pendant presque une heure, toute son histoire. Comment elle avait commencé à coucher avec Niylah, comment elle était tombée amoureuse d'elle, et le pourquoi de leur dispute qui, au fond, n'en était pas vraiment une, vu qu'aucun mots n'avait été échangé. Elles étaient restées sur un non-dit. À la fin de son récit, j'avais les larmes aux yeux, je savais très bien ce qu'elle ressentait, mon cœur souffrait autant pour Lexa.
- Pardon je-je ne voulais pas te faire pleurer, dit-elle en passant sa main sur ma joue pour essuyer une larme.
Elle eut ensuite une réaction qui me surprit. Elle ne décolla pas sa main et s'en servit pour approcher mon visage du sien et coller ses lèvres contre les miennes. Lèvres qu'elle décolla aussitôt d'elle-même.
- Gaïa !
- P-pardon ! Je ne voulais pas ! Je suis bête…
Elle allait se lever, sûrement pour partir pleurer une fois de plus, mais j'attrapai son bras pour l'en empêcher.
- Non ce n'est rien, tu es juste un peu perdue, reste là, parlons encore un peu !
- Merci, Clarke… Mais, pourquoi tu as pleuré ?
- Disons que j'ai aussi eu mes péripéties briseuses de cœur ! répondis-je avec un petit sourire timide.
- Tu ne comptes pas me raconter, n'est-ce pas ?
- Je ne sais pas trop, je préfère éviter le sujet, éviter d'y penser, mais tu m'as racontée tes problèmes, pourquoi ne raconterai-je pas les miens…
- Ne le fais pas si tu n'en as pas envie, je ne veux pas que tu souffres toi non plus ! On en a déjà assez de ma douleur !
Nous rîmes quelques instants et je me rappelai ma mission, je devais l'aider à se réconcilier avec Niylah. Je n'avais pas pensé que l'amour était la cause de leur dispute, mais si Lexa et moi arrivions à rester amies, elles le pouvaient aussi.
- Tu as essayé de parler à Niylah depuis… l'incident ?
- Oui, mais elle ne veut même pas essayer de m'écouter ! Dès que je m'approche, elle s'en va ! Elle a elle-même imposé des distances que je ne souhaitais pas. Dès le lendemain, je voulais aller m'excuser, mais elle me fuit…
- J'espère que Lexa arrivera à la faire changer d'avis…
- Lexa ?
- On s'est mis d'accord, elle et moi, pour essayer de vous réconcilier.
- Oh, c'est gentil… Mais tu sais, Niylah est têtue…
- Vous n'allez pas vous faire la tête indéfiniment quand même ! Ça me choque de ne pas vous voir sourire ensemble, je vous ai toujours vu comme deux meilleures amies !
- J'espère vraiment que je n'ai pas foutu notre amitié en l'air… Même si elle ne veut pas de moi en tant que petite amie, je veux rester son amie…
- De toute façon, ça crève les yeux qu'elle t'adore, crois-moi, elle ne t'abandonnera pas !
- Merci d'être là, Clarke, dit-elle en souriant.
Je bâillai sans retenu et elle rigola avant de me dire que nous devrions aller nous coucher. Je fis un signe de tête et elle prit place dans le lit de Lexa avant de s'endormir. J'eus plus de mal, je pensais à leur histoire, pouvait-elle être comparée à celle que Lexa et moi vivions ? Y avait-il seulement une histoire entre Lexa et moi ? Le baiser que nous avions échangé lors d'une séance d'entraînement, cela faisait maintenant un mois, était-il le début d'une histoire ? De mon côté, il était évident qu'elle ne me laissait pas indifférente, ce baiser m'avait énervée, mais j'avais envie de goûter à ses lèvres, encore. Mais de son côté ? Pour moi, il était clair qu'elle cherchait à remplacer Costia par ma présence, mais je ne comprenais toujours pas comment je pouvais combler ce vide. Elle se servait de moi ? Et si elle ressentait vraiment quelque chose pour moi ? Devais-je lui parler de mes sentiments et tenter ma chance ? Je m'endormis sans réponse à toutes ces interrogations.
Le lendemain matin, nous nous réveillâmes vers 10 h 00 et descendîmes manger. Nous avions rendez-vous avec les autres vers 11 h 00 dans le hall, d'autres groupes de filles faisaient la même chose. Après le petit-déjeuner, nous remontâmes pour nous brosser les dents avant de redescendre. En chemin, nous rencontrâmes Raven et Octavia, main dans la main, sourire aux lèvres. Leur bonheur me fit sourire immédiatement moi aussi. Paradoxalement, Gaïa aussi semblait heureuse, ce couple nous donnait la pêche à toutes. Niylah et Lexa arrivèrent en dernier. Nous allions franchir la porte pour sortir quand Niylah posa sa main sur l'épaule de Gaïa et lui adressa, enfin, la parole :
- Il faut qu'on parle, toi et moi.
- Maintenant ? répondit Gaïa, déboussolée.
- Oui.
Gaïa eut l'air d'hésiter, mais pas très longtemps, elle hocha la tête et elles partirent dans une autre direction que nous, s'enfonçant dans le jardin.
Point de Vue Gaïa :
Je suivais Niylah en silence. Nous sillonnions entre les arbres, dans les allées, pendant un moment, avant de nous arrêter dans un petit recoin du parc, un petit espace vert entouré de quelques néfliers. Il n'y avait pas de banc, nous nous assîmes à même le sol. Il faisait beau en ce mois de juillet et il faisait chaud, l'ombre des arbres n'était pas désagréable. Je me demandais combien de temps nous allions rester là, il était 11 h 30 passé et nous devions normalement manger avec les autres à 13 h 00. Leur ferions-nous défaut aujourd'hui ? Là était la seule question qui me passa par la tête. Mon esprit était tellement perturbé par cette demande de la suivre qu'il n'arrivait pas à s'imaginer ce que Niylah allait me dire. Nous restâmes dix bonnes minutes assises sans parler, nous étions l'une à côté de l'autre et elle continuait à regarder le sol lorsqu'elle prit la parole :
- Tout d'abord, je voulais m'excuser pour mon comportement de ces derniers jours. Je t'ai traitée comme une vielle chaussette, j'en suis vraiment désolée. Ensuite, je voulais te remercier d'avoir accepté de venir aujourd'hui.
- Avais-je le choix ?
- Non, rigola-t-elle. Tu te doutes forcément de ce dont je veux parler.
- Oui… Enfin, j'espère…
- J'aimerais que tu pardonnes ma réaction outrée. J'ai réagi aussi stupidement qu'une homophobe qu'on aurait embrassé de force. C'est pas comme si on couchait ensemble depuis quelques mois !
Un sourire étira mes traits, puis elle reprit.
- Donc, déjà, peu importe mes ressentis, je n'aurai pas dû régir si méchamment en t'envoyant bouler et en te faisant la gueule ainsi, parce que tu es mon amie, mais en plus, au vu de ce que je ressens, c'était d'autant plus débile.
Ce qu'elle ressent ? D'un coup, je descendis de ma bulle d'incompréhension pour revenir à la réalité.
- Ça faisait déjà un petit moment que je rêvais de tes lèvres, reprit Niylah, mais je respectais la règle que nous avions instaurée, parce que je pensais que si on faisait plus que coucher ensemble, toi et moi, cela nuirait à notre relation. Tu es ma meilleure amie, je pensais que nous ne pouvions pas être en couple, que nous n'étions pas faites pour « ce genre de relation ». C'était un raisonnement absurde. Le fait que nous couchions ensemble prouvait déjà que nous n'avions pas une relation commune. Peut-être que je ne voulais pas assumer mes sentiments. Quand tu as proposé qu'on sorte ensemble, j'ai été prise de panique. Je me demandais comment les autres allaient réagir, chose, là encore, bien bête, nous avons toutes bien accepté Raven et O', et la tradition de cette école n'est-elle pas d'échanger les rubans ? Mais quand tu m'as embrassée, je n'avais pas encore pensé à cela, c'est pour ça que je t'ai repoussée. Ma première réaction a été la fuite, puis l'éloignement. Je crois que j'avais besoin de réfléchir. Si tu m'en veux, si tu ne veux plus m'adresser la parole, je comprendrai. J'irai moi-même demander un changement de chambre, si tu le souhaites…
Elle se tut après ce long discours, une larme lui avait échappé. Je restai quelque temps sans bouger. Puis, je tirai sur une des extrémités de mon ruban mauve pour le dénouer. Il glissa parfaitement et se retrouva entre mes doigts, son tissu était doux, mon nom était inscrit en dorée en fin de bande. Je le mis en boule dans ma main droite que je fermai en poing. De ma main libre, je tapotai l'épaule de Niylah qui se retourna. Je lui tendis mon poing. Elle mit sa main en dessous, paume en l'air, et j'ouvris ma main qui laissa tomber le nœud. Dès que ce dernier entra en contact avec la peau de Niylah, elle frissonna. Je vis un large sourire s'inscrire sur son visage, puis à son tour, elle détacha le sien.
- Retourne toi, me pria-t-elle.
J'obéis et je sentis ses mains caresser mes cheveux. Elle enfouit son nez dedans, respira un grand coup, se retira et noua son ruban blanc près de mon oreille. Je me retournai, également tout sourire, lui repris mon ruban, toujours dans sa main, et lui attachai à mon tour, au même endroit qu'elle avait noué le mien, enfin le sien. Je fis ensuite descendre mes mains sur ses épaules et nos regards se croisèrent, à la fois gênés et heureux. Elle se jeta soudainement sur moi, entourant ses bras autour de mon cou et plaqua ses lèvres contre les miennes. Mes yeux restèrent ouverts sous la surprise, mais se refermèrent vite pour apprécier le baiser. Je la fis basculer et nous nous retrouvâmes allongées sur l'herbe, tout en continuant de nous embrasser.
Point de Vue Clarke :
J'espérais que tout allait bien pour Niylah et Gaïa. Nous mangions dans une demi-heure et elles n'étaient toujours pas là, je trouvais que c'était bon signe.
Finalement, elles arrivèrent alors que nous étions dans la queue. Ce fut là que je remarquais qu'elles avaient échangé leurs rubans. Fait facilement remarquable étant donné qu'elles n'appartenaient pas au même pavillon. Je lus sur le visage de Lexa qu'elle l'avait aussi remarqué, elle devait donc, comme moi, être au courant de la situation. Raven et Octavia ne semblaient pas encore avoir vu. Nous nous installâmes à notre table habituelle. Nous parlions au début de choses banales, mais Lexa ne put s'empêcher d'aborder le sujet.
- Alors ça va mieux vous deux à ce que je vois ! lança Lexa en pointant les chevelures de Gaïa et Niylah.
Ce fut à ce moment que l'autre couple de la table remarqua l'échange de rubans.
- Oh ! Mais c'est super ! Félicitation poulettes ! se réjouit Raven.
Les deux intéressées se mirent à rougir.
- Vous auriez eu un ruban de la même couleur, je suis sûre que vous auriez tardé à nous le dire ! dit Octavia.
- Vous auriez fait la même chose, répondit Niylah avec un magnifique clin d'œil narquois.
- Bon, bon, bon… Enfin, tout ceci explique votre dispute ! Je suis contente de vous voir rabibochées !
- Disons que c'est grâce à Lexa, chuchota Niylah.
- Je l'ai tannée pour qu'elle aille parler à Gaïa. Cette gourde ne voulait pas ! Elle avait trop honte, heureusement, mon esprit de persuasion est sans faille !
- Va falloir qu'on t'apprenne la modestie ! rigola Octavia en donnant une petite tape sur le crâne de Lexa.
- Alors, je te remercie, Lexa ! lança Gaïa en souriant. Et toi aussi, Clarke, pour m'avoir consolée !
- De rien, répondis-je à l'unisson avec Lexa.
La conversation continua, l'autre couple voulait des détails de toute l'histoire. Elles leur racontèrent presque tout. Au bout d'un certain tempss j'interrompis la discussion :
- Excusez-moi, mais le devoir m'appelle ! Je dois aller à la réunion concernant la deuxième épreuve !
- Oh, c'est vrai, c'est toi l'aînée ! commença Niylah. Ça fait bizarre, entre vous deux, c'est toi la plus petite en taille, en plus, tu es arrivée après, on jurerait l'inverse en vous voyant !
- Ça donne du piment ! lâcha Raven.
- Si vous le dites ! répondis-je.
Tout le monde se mit à rire de bon cœur et je les laissai pour monter me laver les dents avant de me rendre devant la porte du Conseil. J'en profitai pour réfléchir. Lexa et moi étions les deux seules de notre minibande à ne pas être en couple. Et comble du comble, enfin presque, nous étions celles qui participions à la compétition. J'abandonnai ces pensées une fois devant la porte du conseil. J'étais la dernière. Je pus constater qui étaient les aînées de chaque binôme. Devant la porte attendaient : Emori, Josephine et Mel. Cela me sembla bizarre, j'avais toujours perçu Luna comme l'aînée de son couple et pourtant… Après tout, nous étions toutes de la même année, il était normal que les apparences soient trompeuses. Ontari ouvrit la porte et nous nous installâmes, Josephine et moi en face des deux autres, Ontari et Anya en bout de table, pour présider la séance.
- Je vous remercie d'être ici et je tiens encore à vous féliciter pour votre accession à la deuxième épreuve. J'espère que vous ferez de votre mieux, commença Anya. Nous allons d'abord vous rappeler brièvement les règles pour cette épreuve.
- Vous devrez cacher un objet choisi par vos soins, n'importe où dans l'enceinte de l'école, reprit Ontari, sauf dans votre propre chambre. Votre cadette devra le trouver et s'assurer d'être tombée sur le bon objet. Les deux dernières filles seront éliminées. L'épreuve étant à 13 h 30, nous vous donnons rendez-vous devant le bâtiment scolaire à 12 h 40. Vous partirez toutes en même temps pour aller cacher votre objet. Vous disposerez de vingt minutes, vous serez de retour à 13 h 20, tout retard sera éliminatoire.
- En ce qui concerne l'objet, vous pouvez prendre ce que vous voulez, du moment que ce n'est ni un téléphone ni tout autre objet géo-localisable avec un appareil électronique. Il devra aussi être facilement dissimulable. Vous nous le présenterez, et aux autres aînées, le jour de la compétition. Pour aider votre partenaire à le trouver, vous préparerez un indice, écrit sur une feuille, que nous vous distribuerons. Nous devrons approuver cet indice avant que vous n'alliez cacher votre objet. Votre indice ne doit contenir ni le nom de l'objet ni le lieu de votre cachette, cela va de soi.
- Mmmh, je crois que c'est tout…
Les deux présidentes du Conseil semblaient ne faire qu'une seule et même personne, elles parlaient chacune leur tour, mais leur discours semblait être un monologue. C'était merveilleux, je comprenais mieux pourquoi Lexa convoitait tant cette place. Elle la voulait pour montrer son Amour aux yeux de toutes, non ? Quel sens cela aurait-il si nous gagnions dans ce cas ? À moins que…
- Ah non, reprit Ontari en me coupant dans mes pensées, vous n'oublierez pas de dire à vos cadettes de venir devant le bâtiment scolaire à 13 h 20 pile, nous préviendrons nous même les autres élèves du lieu. Vos partenaires devront rester dans leur chambre de 12 h 45 à 13 h 10, c'est-à-dire pendant le temps où vous cacherez votre objet.
Elles rajoutèrent quelques petits détails, nous distribuèrent la feuille qui nous servirait à écrire l'indice, puis nous libérèrent. J'avais quitté les autres sans trop savoir où les retrouver après, mais je me penchai pour jeter un coup d'œil au hall et je vis qu'elles m'attendaient patiemment sur les banquettes. Octavia la joue posée sur l'épaule de Raven, Gaïa et Niylah les mains enlacées. Lexa semblait seule. J'avais la nette impression qu'il manquait quelqu'un et cette personne n'était pas moi. Certes, à l'époque, Niylah et Gaïa ne sortaient pas encore ensemble, mais elles formaient toutes des duos et j'avais du mal à penser que j'étais le nouveau binôme de Lexa. Il manquait Costia…
- Bon, Clarke, tu vas pas rester planté là-haut ! Descends ! me héla Lexa.
Je descendis en ravalant la boule qui obstruait ma gorge et me forçai à sourire. Après tout, je m'étais jurée d'arrêter de broyer du noir. Mais c'était plus fort que moi, je souffrais...
