Même à moi, qui pourtant m'en sortais plutôt bien, l'épreuve de maths m'avait parue difficile. Paradoxalement, Niylah et Octavia semblaient tout de même confiantes.

- Enfin les vacances ! cria Niylah en étirant les bras alors que nous regagnions le dortoir pour aller dîner.

- Attends, c'est pas sûr encore, si on a foiré, les vacances, c'est dans une semaine… répond Octavia pour la ramener à la réalité.

- Et puis avant, il y a la deuxième épreuve de l'élection ! rappela Gaïa.

- Tu l'attends presque plus que nous deux ! dis-je.

- J'avais adoré suivre les élections l'an dernier. Cette année, elles sont encore meilleures ! Je dois dire que je me régale, vous avez intérêt à aller jusqu'à la dernière épreuve !

- Oh, mais ne t'en fais pas ! On va même la gagner ! lança Lexa, toujours aussi sûre d'elle.

Nous continuâmes la discussion à table et en remontant dans nos chambres.

Lexa et moi étions dans nos lits quand elle me posa une question qui me parut pourvu d'un double sens.

- Clarke ? Tu fais quoi pendant les vacances ?

- Je retourne chez moi, cette fois, je vais pouvoir revoir mes anciens amis.

- Oh… C'est vrai que tu n'es pas d'ici ! Tu viens du sud, c'est ça ?

- Oui, mes parents habitent tout près de la mer. On voit la plage de la fenêtre de ma chambre !

- Et t'es venue t'enfermer dans la capitale ?

- M'enfermer c'est un grand mot, on est en bordure de la ville ! Et puis cette école fait assez campagne, enfin, on ne se sent pas en ville, j'adore l'ambiance qu'il y règne.

- C'est vrai que c'est dépaysant par rapport à la ville. Personnellement, mes parents habitent à côté du quartier financier, tu vois le décalage !

- En effet ! C'est un quartier plutôt agité, même si ça fait une éternité que je ne suis pas allée en ville.

- C'est vrai ? On devrait profiter des vacances, pas forcément celles-ci si vu que tu vas assez loin, pour y faire un tour, toi et moi, ou nous toutes !

- Je pourrais décaler mon départ d'un jour ce mois-ci ! On n'aura qu'à en parler demain aux autres.

- Ça marche ! Allez, bonne nuit, Clarke !

Je lui souhaitai aussi une bonne nuit et sombrai très vite dans un sommeil profond. Cette nuit, je dormis merveilleusement bien, un peu de détente après cette semaine chargée en réflexion. Je fis plusieurs rêves, mais un seul me marqua : je me baladais main dans la main avec Lexa dans la capitale… Troublant, mais j'essayais de ne pas y prêter attention.

Ce fut dès le déjeuner - en ce samedi d'après examens, la plupart des étudiantes avaient sauté le petit déjeuner pour dormir - que Lexa aborda le sujet de notre projet de visite de la capitale.

- C'est une bonne idée, commença Raven, O' et moi partons mercredi, si aucune de nous ne passe au rattrapage, on pourrait y aller mardi !

- Oui, il y a toujours le problème du rattrapage… chuchota Lexa. Ah ! Mais non ! Je suis confiante pour tout le monde !

- Je suis partante ! lança Gaïa. Je ne rentre que le jeudi dans ma famille.

- De même, ajouta Niylah.

- Alors c'est parfait ! conclu Lexa.

Elles commencèrent à discuter des différents endroits où elles voulaient m'emmener, shopping, découvertes, le programme allait être riche et fort intéressant, j'avais hâte !

Après manger, comme il faisait chaud et que durant cette période de l'année la piscine était ouverte, nous décidâmes, comme beaucoup d'autres filles, d'aller faire quelques plongeons. Je n'avais encore jamais enfilé le maillot de bain de l'école. J'étais dans une cabine de change et je me regardais dans le miroir, n'osant sortir. Le maillot était un une pièce, rouge orangé, il portait l'insigne de l'école sur la bretelle gauche. Je devais dire qu'il moulait vraiment beaucoup, étant extrêmement pudique, je ne voulais pas sortir.

- Bon, Clarke, tu vas pas coucher là, viens ! cria Niylah de l'autre côté de la porte.

- C'est parce qu'elle n'aime pas montrer ses formes sexy à d'autres que moi ! ironisa Lexa.

J'éclatai d'un rire gêné et incontrôlé, avant de sortir finalement de la cabine.

Eh bien ! Je ne vois pas pourquoi tu te caches, dit Gaïa, tu es parfaite !

- Merci, répondis-je en rougissant.

Sur ce, nous nous dirigeâmes vers le bassin. Tout le monde posa sa serviette autour des grillages. Je n'aimais pas trop l'eau chlorée, mais fit quand même un effort. Je restais cependant à bonne distance de Lexa et Niylah qui se liguaient pour essayer de noyer tout le monde.

Alors que je dorais au soleil, Lexa revint pour se reposer un peu. Elle en profita pour essorer ses cheveux au-dessus de mon dos, ce qui me fit frissonner et râler, puis elle s'allongea à mes côtés. Nous étions sur le ventre et nous parlions quand l'ombre d'un corps cacha le soleil, nous nous retournâmes pour nous asseoir.

- Lexa, Clarke, bonjour ! nous salua Emori, accompagnée, en toute logique, de Luna.

- Bonjour ! répondîmes Lexa et moi à l'unisson.

Nous les invitâmes à s'asseoir à nos côtés.

- Prêtes pour demain ? demanda Luna, s'adressant à Lexa.

- Plus que prête ! Je trouverai l'objet avant toi !

- Nous verrons bien ! En tout cas, j'espère que tu nous as préparé un objet, un lieu et un indice intéressant, dit-elle cette fois en s'adressant à moi.

- Aussi bien que celui de ta partenaire, n'en doute pas ! répondis-je sur un air de défis, mais tout en souriant.

Nous discutâmes brièvement des vacances et elles partirent se baigner. Lexa ne tarda pas à les suivre, me laissant de nouveau seule.

Je ne remis pas les pieds dans l'eau et vers 16 h 00 nous partîmes.

Le soir, sous l'eau chaude, je réfléchissais. Si nous gagnions, pas seulement l'épreuve de demain, mais la compétition dans sa totalité, que se passerait-il ? Les liens qui nous unissaient seraient-ils plus forts ? Serions-nous poussées, comme par une espèce de règle invisible, à former un vrai couple ? Cette question me prenait vraiment la tête, je ne savais pas si je voulais être avec elle. Je prenais peu à peu conscience de mes sentiments, mais je ne savais pas encore si j'étais prête à vivre quelque chose à ses côtés. De plus, il y avait quelque chose en Lexa qui faisait penser que son cœur appartenait déjà à quelqu'un, mais je ne voyais absolument pas à qui. Le pire, c'était que l'objet et le lieu que j'avais choisi pour demain étaient très suggestifs, rappelant nos moments de confusions, ils poussaient même presque à la discussion. Je me jetai dans la gueule du loup. Si une discussion s'ensuivait, sur quoi porterait-elle ? Sur les événements passés et les possibles événements futurs ? J'avais l'impression de m'être déjà interrogé sur tout cela et je m'étais juré plusieurs fois de ne plus y penser. Je profitai du bruit de l'eau pour lancer un long râle de désespoir.

En sortant de la salle de bains, je me jetai sur mon lit.

- Prête pour demain ? me demanda Lexa.

- Oui ! Mais c'est toi qui vas fournir la plus grande partie du boulot. Toi, tu es prête ?

- Mmh, je crois… Je n'ai vraiment aucune idée de l'objet ou de l'endroit où tu vas le mettre, mais j'ai confiance en toi, je sais que je trouverai ! Et puis j'ai juré de trouver avant l'équipe d'Emori et Luna, je ne faillirai pas à ma mission !

Je rigolai, puis, après une conversation sans grand intérêt, nous finîmes par nous endormir.

Enfin le jour de la deuxième épreuve. Lexa et moi avions fait la grasse matinée histoire d'être en forme. Au déjeuner, le couple président avait rappelé aux élèves l'heure et le lieu de rassemblement. Après le repas, nous étions toutes remontées dans nos chambres pour attendre patiemment le début de l'épreuve. À 12 h 30, je partis pour arriver au rendez-vous à 12 h 40 précise. Sur le chemin, je croisai Mel et nous fîmes la route ensemble en échangeant quelques banalités. Elle avait l'air vraiment sympa et ce fut avec un sourire authentique qu'elle me souhaita bonne chance au moment où nous arrivâmes devant le bâtiment scolaire. Le couple président était déjà là, il ne manquait que les deux représentantes au Conseil et Josephine.

Des gradins étaient installés devant le bâtiment des cours, afin de pouvoir accueillir les spectatrices. Il y avait aussi une estrade avec huit chaises, les quatre du milieu pour le Conseil et les quatre aux extrémités pour les aînées qui attendront le retour de leur cadette. Un micro trônait au milieu. Une fois tout le monde présent, Ontari nous invita à former un cercle, puis Anya prit la parole :

- Merci d'être toutes arrivées à l'heure, on va pouvoir procéder à la vérification de vos objets, lieux et indices. Lorsque j'appellerai votre nom, vous sortirez votre objet, me donnerez le lieu où vous comptez le cacher et me lirez votre indice. Ainsi, toutes les participantes sauront où sont cachés les objets des autres. Commençons par Mel Phillips, mmh ?

L'intéressée sortie un chouchou noir de sa poche ainsi que la feuille qui contenait l'indice.

- Eum, donc mon objet est ce chouchou, je compte le cacher dans ma salle de classe, la 2-C. Et mon indice est « Au soleil couchant, tu m'as défendue ».

- Bien, cela ne me semble pas trop évident, ton indice est validé, dit Ontari.

- Emori Dixon, demanda Anya.

- Mon objet est cette partition de musique, je vais la cacher au pied d'un certain cerisier dans le parc et mon indice est le suivant : « Symbole pour symbole, ce fut là notre échange ».

J'eus tout de suite envie de savoir ce que signifiaient les indices des autres participants. Leurs phrases étaient étranges et je voulais connaître leur sens caché. Malheureusement, je n'aurais sans doute jamais la réponse. Ontari valida tout cela et appela Josephine Lightbourne qui tint le discours suivant :

- Cette boucle d'oreille sera l'objet que je vais cacher, dans le réfectoire, avec cet indice « Je m'étouffe ! Pas étonnant ! »

Cet indice me fit sourire, assez incongru tout de même. Ce fut ensuite à mon tour de m'exprimer. Ontari, comme pour les trois autres, approuva mes choix, puis elles nous donnèrent une trentaine de minutes pour aller cacher nos objets. Je partis dans la même direction que Emori qui allait, tout comme moi, dans le jardin.

- Je me doutais que tu allais cacher ton objet là-bas, dit Emori alors que nous accélérions le pas.

- Eh bien, j'espère que Lexa aura les mêmes pensées que toi ! Une partition de musique, c'est original comme objet !

- C'est grâce à ce morceau que Lu' et moi nous sommes rencontrées, répondit-elle en souriant, il s'agit de La Lettre à Élise de Beethoven.

- Un peu plus romantique que mon objet…

- Pourquoi une cravate ?

Je n'eus pas le temps de répondre, car nous devions séparer nos chemins, mais j'eus tout de même le temps de lui adresser un clin d'œil qui la fit ricaner. Je marchai quelques minutes seule et arrivai enfin à mon but. La Fontaine aux Orchidées. Là où Lexa pleurait, là où j'avais pleuré. Il n'y avait pas de vent, je posais donc la cravate sur le rebord de la fontaine, la laissant pendre dans le vide. J'avais fait ma partie du boulot, il ne restait plus qu'à espérer que Lexa comprenne mon indice. Je fis demi-tour en direction du lieu de rassemblement, j'arrivai la dernière, ma cachette devant donc être la plus loin. C'était risqué, Lexa devrait se dépêcher, je ne serais pas surprise que la fin de l'épreuve se joue sur un sprint.

À 13 h 30, toute l'école était là. Les aînées étions assises sur l'estrade, nos cadettes étaient en ligne, sur le sol, face à nous, et Anya expliquait au micro le déroulement de l'épreuve.

La seconde épreuve commença enfin. Chaque cadette monta sur l'estrade pour venir récupérer l'indice des mains de son aînée. Lorsque je donnais le mien à Lexa, nos doigts se frôlèrent, légèrement frémissant, nous échangeâmes un regard pour nous rassurer. Les cadettes redescendirent et se remirent en ligne. Ontari donna un coup de sifflet et elles jetèrent à l'unisson un regard à leur indice. Il s'écoula cinq minutes avant qu'un second coup de sifflet retentisse et qu'elles partent, presque en courant, dans différentes directions. Luna et Lexa partirent dans la même, j'étais rassurée.

Point de Vue Lexa :

Au premier coup de sifflet d'Ontari, j'ouvris la feuille contenant l'indice. Mes yeux et mon esprit effleurèrent à peine le texte que je savais déjà dans quelle direction me diriger. « Les orchidées y sont témoins de biens des torrents », la Fontaine aux Orchidées évidemment. Je ne savais pas Clarke poète, son indice était vraiment bien formulé. Ce lieu me pinça le cœur. Je n'y allais que pour pleurer depuis la mort de Costia, cela serait la première fois que j'irais pour autre chose. J'avais peur, je n'avais pas envie d'aller là-bas, j'allais bien, je savais que ce lieu ferait monter mon chagrin. Pourvu que je ne fonde pas en larmes et vois ainsi nos chances de gagner s'effacer. Mon désir de gagner serait-il plus fort que ma tristesse ? J'avais des doutes, je n'avais pas si soif de victoire que cela. Quoique, il fallait que je gagne pour Costia, comme je lui avais promis. Depuis quelque temps, n'était-ce cependant pas pour Clarke que je voulais gagner ?... Costia… Le deuxième coup de sifflet fit bourdonner mes oreilles et me tira de mes pensées. Je couru en direction de la fontaine, étant sûre que l'objet se cacherait là. Luna courait à mes côtés au début et lorsque nous nous séparâmes, elle m'offrit un clin d'œil auquel je répondis en souriant.

J'arrivai près de la fontaine en un rien de temps, j'étais essoufflée et la vue de cet endroit ensoleillé me coupa encore plus le souffle. Une boule se forma dans ma gorge et mon estomac. Je sentais les larmes me monter aux yeux quand, soudain, je la vis. Une cravate blanche posée tout près de l'eau. Mon visage se fendit d'un énorme sourire, je m'emparai de l'accessoire et rebroussai chemin en me précipitant. Alors ces « incidents » avaient eu de l'importance pour Clarke ? Ou bien était-ce la seule chose qui nous liait toutes les deux… Peut-être qu'elle ressentait quelque chose pour moi, peut-être que cette cravate était un message, peut-être… Mais moi… je pensais toujours à Costia, n'était-ce d'ailleurs pas ce qui m'avait attirée chez Clarke en premier ? Sa flagrante ressemblance, de dos, à Costia. Clarke me servait-elle à oublier Costia ? Ou bien, je ressentais vraiment quelque chose pour Clarke ? Pourtant j'aim-

Je fus interrompu dans mes pensées, car je manquai de percuter Luna à l'embranchement même où nous nous étions quittées quelques minutes plus tôt.

- Rapide ! souffla-t-elle en m'évitant, mais voyons si tu cours plus vite que moi !