Point de Vue Lexa :
Comme avec un air de défi, Luna éclata de rire et accéléra, je secouai la tête et accélérai moi aussi. Nous étions au coude à coude, essoufflées, j'entendais sa respiration saccadée comme elle devait entendre la mienne. Lorsque nous sortîmes des arbres et que le public put nous apercevoir, des cris s'élevèrent des gradins. Un mélange de mon prénom et de celui de ma rivale. Emori s'était levée pour encourager son binôme et je vis Clarke faire de même. Mel se leva, m'apprenant que Maya ne devait pas être loin, mais je ne devais pas regarder derrière, on m'avait toujours dit que cela ralentissait. Luna commit la faute : lorsque Mel se leva, la tête de mon adversaire se tourna pour regarder derrière son épaule, je profitai de cette seconde d'inattention pour accélérer et la devançai de quelques centimètres. Je courus sur les marches de l'estrade, manquant de tomber, et tendis la cravate à Clarke qui la leva dans les airs pour montrer au public qu'il s'agissait du bon objet. Je m'écroulais à genoux lorsque Anya annonça au micro le premier couple gagnant. Le public hurla nos noms, j'entendis même mes amies crier un énorme « Clexa ». Nos noms laissèrent bientôt place aux autres. Luna avait tendu sa partition à sa binôme très peu de temps après moi, nous étions donc les deux couples qualifiés pour les trois dernières épreuves. Maya ralenti de déception, mais accéléra à nouveau lorsque Keenan arriva en face, il ne fallait tout de même pas qu'elle finisse dernière.
Finalement, les quatre cadettes étions essoufflées, à genoux, assises, ou carrément allongées sur l'estrade, nous reprenions notre souffle. Les cris des spectatrices ne faiblissaient pas. Clarke me massait les épaules pour me détendre, je regardais autour de moi. Luna et Emori s'enlaçaient de joie ; Maya était assise entre les jambes de Mel, triste d'avoir perdu d'un rien ; Keenan pleurait dans les bras de Josephone et s'excusait d'avoir été si mauvaise ; le couple président nous regardait, attendant que nous ayons repris nos esprits pour prendre la parole ; et les deux représentantes du conseil… je dirais qu'elles ne servaient pas à grand-chose ici.
Après une bonne dizaine de minutes, Ontari s'empara du micro :
- Un peu de calme s'il vous plaît… Les binômes formés de Mel Phillips et Maya Vie et celui de Josephine Lightbourne et Keenan Mykulak, sont éliminés. Les duos Luna Reynolds et Emori Dixon ainsi que Lexa Woods et Clarke Griffin, s'affronteront donc lors des trois dernières épreuves. Félicitation à vous quatre.
Clarke et moi nous sautâmes dans les bras et Niylah, Gaïa, Raven et Octavia accoururent pour nous féliciter. Certaines filles venaient consoler les deux couples perdant de leur défaite, mais personne ne se dirigea vers Luna et Emori. J'avais déjà remarqué qu'elles étaient des solitaires, mais je pensais qu'elles avaient au moins quelques amies… Elles étaient juste admirées de toutes, les filles devaient être trop timides pour les approcher. Il faudrait que j'en parle à Clarke.
Les gradins désemplirent au fur et à mesure. Une fois que toutes les spectatrices furent parties, les perdantes s'éloignèrent et Ontari et Anya nous réunirent, les deux couples gagnants, pour nous parler.
- Comme vous le savez, il reste trois épreuves. Nous n'allons pas tout de suite vous révéler en quoi elles consistent, vous le découvrirez en même temps que les autres. Mais nous tenions à vous féliciter d'avoir réussi à franchir les deux premières épreuves. Vous passez en quelque sorte à la deuxième étape de l'élection, le duel, commença Anya.
- Vous êtes dorénavant des vraies rivales, mais nous espérons que vous resterez en bonne entente et que vous ne vous ferrez pas la guerre en dehors des épreuves. Le couple président se doit d'être d'une bonté inégalable, continua Ontari.
- Vous pouvez aller vous reposer maintenant, nous afficherons plus d'informations après les vacances.
Nous les saluâmes et nous dirigeâmes vers le dortoir. Luna et Emori étaient derrière notre petite bande et Clarke les invita à se joindre à notre conversation.
- Alors, rivales, vous faites quoi pendant ces vacances ? demandai-je en souriant.
- On va sur la côté Est pour profiter de la plage, et vous ? répondit Emori.
- On a prévu une petite excursion dans la capitale, toutes ensembles. Ah, d'ailleurs, on ne vous a jamais présentées ! Niylah et Gaïa, dis-je en les désignant, Octavia et Raven.
- Enchantée, répondirent en chœur nos adversaires.
Une petite discussion s'ensuivit sur les vacances de chacune et, quand nous fûmes arrivées dans le dortoir, tout le monde se sépara.
Point de Vue Clarke :
En ce lundi, normalement de vacances, nous étions en classe, Alie nous rendait nos copies. Par ordre de placement, mes amies et moi étions au fond de la classe, donc les dernières à avoir nos résultats. Déjà, nous constations qui allait pouvoir partir en vacances dès demain et qui devrait rester. Alie s'approcha enfin de moi et déposa délicatement mes copies sur ma table. La première feuille consistait en un tableau regroupant toutes les notes, la note finale et si nous devions rattraper ou pas. Je m'en tirais avec un 70 sur 100, je ne passais donc pas au rattrapage. Lorsque j'entendis Lexa s'exclamer qu'elle ne passait pas non plus au rattrapage, un sourire s'afficha sur mon visage. Je voulus aussitôt savoir sa note en espagnol. Elle avait eu tout juste au-dessus de la moyenne et était super contente, elle me remercia d'ailleurs un million de fois sous mon regard hilare. À la fin de la classe, nous nous enquîmes des résultats des autres.
- Vous voyez ! Raven est lea meilleure professeure du monde ! J'ai eu trois point au-dessus de la moyenne en maths et du coup, j'ai eu pile 50 sur 100 ! s'extasia Octavia juste après que Raven nous avait appris qu'elle ne passait pas au rattrapage.
- Eh bah ses pouvoirs d'enseignement ne marchent pas sur tout le monde ! s'énerva presque Niylah, je passe au rattrapage…
- Oh zut ! Je suis désolée Niylah ! dit Raven en la prenant par les épaules.
- Bah, c'est pas ta faute ! Au contraire, merci de m'avoir aidée !
- Si tu veux, je peux rester un peu plus pour t'aider à réviser !
- Non, c'est bon, je m'en charge, intervint Gaïa, je ne passe pas au rattrapage, mais je vais rester la semaine pour soutenir Niylah. Vous irez en virée en ville sans nous, c'est pas grave, on ira une prochaine fois !
- C'est dommage, j'avais vraiment envie qu'on aille s'éclater toutes ensemble ! répondis-je, penaude.
- Une autre fois, promis ! sourit Niylah. N'empêche, j'ai la haine de voir mes vacances raccourcies d'une semaine…
- C'est pas vraiment les cours non plus, lui répondit Octavia. Puis, tu devrais être contente, tu vas passer toute ta semaine avec Gaïa, alors que vous étiez censée partir en vacances chacune de votre côté.
- Ah oui, je n'avais pas pensé à ça, effectivement ! Eh bien finalement, c'est pas si nul de rater ses exams' !
Notre petite bande rigola et nous rejoignîmes le dortoir.
Le lendemain, Lexa et moi attendions notre couple d'amies dans le hall. Nous avions rendez-vou 00 pour partir de l'école le plus tôt possible et ainsi profiter au maximum de la journée pour visiter. Nous avions chacune un sac à dos contenant de quoi manger le midi, de la boisson et un peu d'argent. Lorsque nos amies arrivèrent, nous nous saluâmes et partirent en direction de la grille de sortie. Nous n'étions pas en uniforme. Chacune était habillée selon son propre style. Ce fut là que je me rendis compte que je ne les avais jamais vues habillées autrement qu'en uniforme ou en pyjama et maillots de bain. Plus ou moins excentriques, nos tenues contrastaient vraiment en comparaison avec l'uniforme de l'école. Néanmoins, nous portions toutes quelque chose de saison, shorts, jupes, t-shirts ou bien débardeurs, il n'avait pas intérêt à pleuvoir. À la sortie de l'école, il n'y avait pas d'arrêt de bus. Nous marchâmes donc quelques centaines de mètres avant d'en trouver un. Le bus nous mena directement au centre-ville.
Je suivais le rythme tout en observant. Je n'avais jamais visité cette ville, ou du moins pas complètement, j'étais une fille de la campagne. Tout m'émerveillait, ces panneaux lumineux, ces enseignes géantes, ces photos de stars un peu partout.
Nous sillonnâmes les rues avant de changer de quartier pour faire un peu de shopping. Une fois dans le quartier que nous cherchions, il était inévitable de passer dans la Grande Galerie, des étages et des étages de magasins ! Peut-être un peu trop d'étages. À un moment, Raven et Octavia voulurent aller dans un magasin tandis que Lexa et moi voulions aller dans un autre quasiment à l'opposé. Nous ne parvînmes pas à nous mettre d'accord et décidâmes de nous séparer.
- Mais on aurait pu aller avec elles, puis on serait ensuite aller dans celui qu'on voulait, non ? dis-je à Lexa une fois que nous fûmes seules.
- Je les connais, elles vont y passer des heures, alors autant aller dans le nôtre et ensuite, on ira se poser sur une banquette, je commence à avoir mal aux jambes.
- Mmh, bonne idée !
J'étais ainsi seule à seule avec Lexa. La situation me parut étrange. Nous étions amies, quoi de plus normal que de faire du shopping à deux, entre amies. Pourtant, j'avais l'impression que nous ressemblions à un couple. Était-ce le fruit de mon imagination ou bien était-ce l'image que nous dégagions ?
Lexa avait l'air de connaître ce bâtiment par cœur. Une fois avoir quasiment dévalisé le magasin dans lequel nous nous étions rendues, elle se lança sans hésiter dans un long périple qui nous mena dans une espèce d'espace de détente avec plusieurs bancs pour se reposer.
- Comment on va retrouver les autres ?
Effectivement, cette question me taraudait l'esprit depuis déjà un petit moment. Nous n'avions pas de portables, étant interdit à l'école, nous n'avions donc aucun moyen de nous contacter.
- T'en fais pas, je suis sûre qu'elles vont atterrirent ici à un moment ou à un autre.
- À un moment, hein ? On peut attendre longtemps donc…
- Il est presque midi, le ventre de O' va forcément les ramener par là !
- Je peux poser ma tête sur tes genoux ? me demanda Lexa au bout d'une demi-heure.
- B-bien sûr !
Je me sentis rougir, mais secouai la tête pour faire disparaître toute trace de gêne. Elle s'allongea et sa tête vint se lover sur mes cuisses. Après quelques minutes, je passai machinalement ma main dans ses cheveux pour les caresser. Lorsque je m'en rendis compte, je voulu retirer prestement cette dernière, mais au fond de moi, je n'en avais pas envie. La douceur de ses cheveux qui filaient entre mes doigts était si agréable. Forcément, cette position devait faire encore plus couple, mais cela ne me dérangeait pas, l'idée me plaisait presque. Lexa et moi avançant, main dans la main, dans les rues de cette grande ville, pourquoi pas ! Ce fut Raven qui me tira de mes pensées quand elle arriva en rigolant bruyamment avec sa copine. Je pris aussitôt conscience que, non, je ne me baladerais jamais main dans la main avec Lexa, du moins pas dans cette ville. Raven et Octavia ne le faisaient pas à cause du regard des gens, ce n'était sûrement pas moi, alors que je n'étais qu'amie avec Lexa, qui allait faire ce genre de geste.
Nous sortîmes pour aller nous poser dans un parc, afin de pique-niquer sous la brise légère qui rendait la chaleur plutôt agréable.
Je dois dire que l'après-midi me barba quelque peu. Je n'étais pas une aficionada du shopping et ce que nous fîmes les trois quarts de la journée. Heureusement, en fin d'après-midi, à ma demande, nous visitâmes un grand parc qui en cette époque de l'année se préparait pour un festival. Tous ces gens qui s'affairaient à monter leurs stands dans ce paysage boisé, aride, sec et jaune, me paraissait poétique. Ils suaient sous cette chaleur accablante, mais pourtant, ils avaient le sourire aux lèvres. C'était ce type d'activités que je voulais faire plus tard, travailler pour le plaisir et non pour l'argent.
Bien vite, le soleil commença à rougir et nous dûmes retourner à l'école, afin de ne pas rater le couvre-feu. Dans le bus, il n'y avait que nous quatre et un homme assez âgé assit seul devant.
- Merci pour cette journée, dis-je en regardant tout le monde, me rendant finalement compte que je ne m'étais pas autant amusé depuis un bon bout de temps.
Malgré le surplus de shopping, nous avions bien rigolé et puis cela changeait de notre train-train quotidien.
- Mais de rien ! s'écria Raven. Je me suis bien amusée, moi aussi !
Les deux autres approuvèrent.
- Vous partez toutes les deux en vacances ? demandai-je aux filles.
- Oui, mes parents sont en déplacement pour trois mois à l'étranger, alors j'ai invité O' à la maison. Et toi, Clarke ? Tu rentres chez toi, c'est ça ?
- Oui, les dernières vacances, je n'ai pas pu revoir mes anciens amis, là, c'est l'occasion. J'ai hâte de les retrouver !
- Lexa, tu rentres aussi chez toi, comme chaque été, je suppose ? demanda Octavia en regardant par la fenêtre.
- Oui, oui… Je vais s'en doute m'ennuyer, m'enfin bon…
- Tu pourras passer à la maison si tu veux, on n'habite pas très loin !
- Merci, Raven ! répondit Lexa en souriant.
Le bus arriva à son terminus et nous descendîmes en saluant le vieux monsieur et le chauffeur. Les arbres de l'allée qui menait au dortoir étaient tous magnifiques, en fleur et rougeoyant sous le soleil presque couché. Ce paysage était splendide à mes yeux, comme si l'endroit où j'étudiais était en lui-même un lieu de repos, de paix et de vacances. C'était sans conteste, j'aimais cette école et les amies que je m'y étais fait. Je regrettais même de ne pas y être arrivée dès la première année. J'aurais au moins pu connaître Costia et je n'aurais pas besoin d'élucider les mystères qui planaient autour d'elle.
Nous mangeâmes en compagnie de Gaïa et Niylah qui nous harcelèrent de questions. Ce fut avec un entrain bien moins important qu'elles nous racontèrent, elles aussi, leur journée. Niylah avait l'air désespéré de devoir réviser encore et encore pendant trois jours, les examens de rattrapages ayant lieux le vendredi et le samedi. Gaïa semblait très heureuse de passer tout son temps libre aux côtés de sa nouvelle petite amie, à lui susurrer des mots doux à l'oreille entre deux exercices.
Le soir, dans la chambre, une fois toutes les deux lavées, en pyjama et prêtes à nous endormir, Lexa alla à la fenêtre, l'ouvrit, s'accouda au rebord et observa le jardin éclairé par la seule lueur de la lune.
- Quelque chose ne va pas, Lexa ?
- Je n'ai pas envie de retourner chez moi…
- Bah pourquoi ? Ça fait du bien d'abandonner l'école quelque temps pour se prélasser dans la maison de son enfance, non ?
- Cette maison renferme trop de souvenirs…
Effectivement, la maison de son enfance était aussi la maison où elle avait grandi aux côtés de sa jumelle. J'avais encore gaffé en posant cette question. Je me levai pour aller la rejoindre et posai mes mains sur ses épaules, regardant le paysage avec elle.
- Je ne peux pas comprendre ce que tu ressens, Lexa, mais je sais que ça doit être dur. Tu as aussi des souvenirs dans cette école, cette chambre aussi, alors je pense qu'un peu d'air peut te faire du bien.
- Tu dois avoir raison et pourtant, je me sens mieux ici, dit-elle en posant une de ses mains sur une des miennes. Ici, avec toi…
- Ce n'est que pour un mois ! On se reverra vite et puis on passe presque 24h de notre temps ensemble.
- Tu insinues qu'on se voit trop ?
- Ah non, non, pas du tout, ce n'est absolument pas ce que j'ai voulu dire ! Juste qu'un mois ça passe vite et que si tu as besoin de moi à tes côtés, on se reverra vite.
Ce que j'étais en train de dire n'avait aucun sens et j'en avais conscience, mais je m'enfonçais. Je ne voulais pas avouer que moi aussi, j'avais besoin de sa présence et que je ne voulais, moi non plus, pas rentrer chez moi.
- Tu ne comprendras jamais… chuchota-t-elle en se retournant vers moi. Tu es mon issue, mon rayon de soleil, sans toi à mes côtés, je ne suis rien, je redeviens la fille triste et morose que j'étais avant ton arrivée à l'école. J'ai besoin de toi, Clarke.
Je le savais et je n'aimais pas cela. Je ne voulais pas qu'on ait besoin de moi, mais plutôt qu'on m'apprécie simplement pour ce que j'étais. Je ne voulais pas servir de remède à une quelconque blessure. Nos yeux se croisèrent et ne se lâchèrent plus. Ma gorge se noua et de nouveau, je ne pus plus bouger. Lexa s'approcha doucement de moi, répétant une scène que nous avions joué mainte et mainte fois, me semblait-il. Sa main droite se leva pour aller se poser sur une de mes joues. Devais-je réagir ? M'éloigner ou bien avancer ? La repousser ou bien l'accepter ? Parce que depuis le temps, j'avais compris ce qu'elle voulait, elle me voulait moi, toute entière, mes lèvres, mon corps, pour combler je ne savais quel manque. De l'autre côté, il y avait moi, qui la voulais près de moi. Peut-être bien que moi aussi, je voulais ses lèvres, son corps, son être tout entier.
Je décidais de ne pas bouger, je ne voulais pas lui dire, lui montrer, ce que je ressentais, je voulais encore garder ma carapace. La distance qui nous séparait s'amoindrit encore et bientôt, je sentis son souffle chatouiller mes narines.
