Et tout de suite, la suite ! (J'en profites, je peux rarement le dire...)

J'espère que ce chapitre vous plaira et vous aidera à tenir pendant cette longue période d'isolement qui s'annonce assez longue.

Bonne lecture !


Marco regardait la mer, non loin de son père. Thatch était encore inconscient à l'infirmerie, et Marco avait été jeté dehors. Apparemment, tout le monde voulait des nouvelles du cuisinier au pompadour. Et, en tant que premier commandant, Marco devait montrer l'exemple. C'est-à-dire, devait attendre en dehors de l'infirmerie pour des nouvelles. Le Phœnix comprenait l'idée. L'infirmerie, bien que très grande, ne pouvait pas contenir tous les pirates de Barbe Blanche. Déjà, leur vaisseau mère avait des difficultés, alors inutile d'expliquer pourquoi l'infirmerie ne pouvait pas tous les accueillir.

Marco entendit un autre pirate de la quatrième division tomber accidentellement des escaliers et demander à ses amis de le porter à l'infirmerie. Ses derniers sortirent une civière avec une rapidité époustouflante.

Impossible de prétendre que rien n'avait été prévu à l'avance.

« Et de seize. » compta Izou avec un faible sourire en s'approchant du blond, « Si Thatch reste encore dans le coma deux bons mois, il aura toute sa division à ses côtés lors de son réveil.

— Tu ne crois pas que les infirmières vont finir par les mettre à la porte ? » se rapprocha Joz pour aller s'appuyer contre la balustrade.

« Non, elles n'ont pas le droit de mettre à la porte des blessés, c'est contre leur code de l'éthique. » Se rajouta Rakuyou.

Marco jeta un vague coup d'œil aux trois commandants qui venaient de le rejoindre.

« Comment va Haruta, yoi ? »

— Jiru a rempli une assiette de viandes et de gâteaux et s'est mis dans la tête de la lui faire avaler. » répondit Izou en levant la tête vers leur Père, qui avalait une gorgée de saké sous les cris révoltés de l'infirmière de service. Puis il se tourna vers la mer.

Ces derniers jours avaient été mouvementés. Ace avait disparu, décidant de partir seul à la recherche de Teach. Et leur père avait refusé que quiconque aille le chercher. S'il avait décidé d'ignorer les ordres de leur père, alors il en serait ainsi. Ils ne ramèneraient pas Ace par la peau des fesses, bien que beaucoup auraient aimé. Ils allaient attendre. Attendre qu'Ace décide de rentrer, ou qu'il attrape Teach, que ce dernier ait un accident ou autre chose. Mais les autres choses ne faisaient que terrifier d'autant plus l'amateur de kimonos. Izou savait qu'ils devaient être heureux, qu'ils étaient des pirates, qu'ils seront probablement tous morts demain et qu'il devait profiter de ses frères et de son père, qui se faisait vieux, maintenant. Mais, dans l'état actuel des choses, c'était difficile. Si le pirate qui était de garde cette nuit-là n'avait pas eu une envie pressante, Thatch serait mort dans la flaque de sang qui repeignait sa chambre. Si l'incident n'avait pas été aussi grave et n'était pas mêlé à la trahison de l'un de leurs frères, Izou était sûr que Thatch en aurait ri jusqu'à la fin de ses jours.

Mais non. Maintenant, les voici, avec deux commandants qui manquaient à l'appel et un traître en liberté. Au moins, la quatrième division gardait le sourire. Ils avaient nettoyé la chambre de leur commandant, rajouté des photos idiotes d'eux pour lui remonter le moral, et jouaient en ce moment avec une brouette qu'ils avaient ramenée pour promener leur commandant partout sur le navire une fois qu'il reprendrait conscience. D'autres essayaient aussi de lui faire un baldaquin de roi. Tout était bon pour remonter le moral. Après tout, ils savaient que leur commandant n'apprécierait pas de les voir porter son deuil. Alors, sachant qu'il n'était même pas mort, ces derniers s'agitaient dans tous les sens. Ils devaient se montrer dignes de leur commandant pour que ce dernier soit fier d'eux à son réveil.

Izou en était presque jaloux, mais il était sûr que sa division ferait pareil. Si les commandants étaient responsables de leurs flottes, ses dernières se sentaient également responsables d'eux. Toute la douzième division campait devant la chambre d'Haruta, criant par intermittence qu'ils ne mangeraient pas avant leur commandante. Mais les menaces étaient restées sans succès. Haruta déprimait toujours dans sa chambre, meurtrie. Étant l'une des premières à avoir été alerté, elle avait vu toute la scène de crime et son cœur avait été déchiqueté. Elle qui passait le plus clair de son temps avec le cuisinier et Ace, elle se retrouvait détruite, l'un étant dans le coma et l'autre, seul dans une poursuite folle, assoiffé de vengeance.

Mais Izou n'était pas très inquiet. Elle était une pirate. Elle surmonterait son choc. Il n'y avait que la mort qui pouvait arracher pour toujours leur sourire. D'autant qu'ils étaient les pirates les plus forts qui naviguaient sur ces océans.

« Je suis Fernand. » se moqua un homme de la quatrième division en faisant une grimace à son copain. Aussitôt, un pirate de la sixième division, sûrement le fameux Fernand, se jeta sur lui :

« Je vais t'apprendre à me manquer de respect ! »

Mais l'homme de la quatrième division esquiva et courut sur le pont avant de s'arrêter brusquement :

« Attrape-moi si tu peux ! » lança-t-il à sa victime de la sixième division, qui venait juste de se casser la figure.

Celui-ci se releva et fonça sur lui, quand un filet s'éleva à ses pieds. Il avait été capturé par ses frères.

« Yeah ! », cria de joie l'homme de la quatrième division. « Et de vingt-cinq ! »

Il serra la main d'un de ses camarades qui s'approcha, sûrement celui qui avait posé le filet.

« Mais il n'est que de la sixième division, donc il ne compte que six points, non ? », demanda son ami.

« Mais c'est déjà bien six points ! », contra un troisième homme, « Qu'en dis la deuxième division ? », sourit-il avec sournoiserie en se tournant vers un pirate de la deuxième division qui déprimait dans un coin.

« Oh, regarde~ », se moqua, sans méchanceté réelle, l'un des hommes de la quatrième division, « Il broie du noir ! Si leur commandant les voyait, je suis sûr qu'il serait déçu. »

Un nerf apparu sur le front du pirate de la deuxième division. Il se retourna, les yeux légèrement humidifiés et les pointa du doigt.

« On va vous montrer de quoi la deuxième division est capable ! Et quand notre commandant Ace reviendra, vous devrez vous incliner devant lui ! On va le rendre fier !

— Vraiment ? », sourit avec un air de défi la bande de la quatrième division, « On en est à vingt-cinq prisonniers.

— Vingt-sept en fait », surgit un quatrième pirate qui se joignit au groupe, « Et vous ?

— Vingt-neuf ! » Hurla un pirate de la deuxième division lancé à pleine vitesse avec une brouette dans laquelle hurlait d'horreur un pirate de la seizième division.

« C'EST NOTRE PRISE ! » Courraient derrière lui une dizaine de pirates de la quatrième division. « ET NOTRE BROUETTE !

— Bien sûr ! », sourit le voleur en leur faisant un clin d'œil séducteur, « Passe ! » Ajouta-t-il en lançant la brouette à son camarade de flotte. Celui-ci, qui venait juste de se décider à joindre le jeu, attrapa les poignets de la brouette et se joignit à la course, attrapant trois poursuivants supplémentaires qui voyaient un des gros lots (un homme de la seizième division !) disparaître au loin.

« Je comprends mieux pourquoi on ne rentre pas tous dans l'infirmerie. » Commenta avec une goutte sur la tête Izou. Si la deuxième et la quatrième division étaient insupportables avec leurs commandants, ils réussissaient l'exploit d'être encore pire sans. Ce qui était fort, très fort.

Izou s'apprêtait à retourner dans sa chambre, il avait quelques papiers à remplir, quand un bruit sourd s'éleva sur le pont principal de la Moby Dick. Quelque chose venait de s'écraser sur les planches. Automatiquement, tous les hommes se mirent en garde. Mais il n'y avait aucun navire visible.

Toujours sur leurs gardes, plusieurs pirates, parmi lesquels Izou, Joz et Rakuyou, s'approchèrent de ce qu'ils croyaient être un boulet de canon, caché sous une fine couche de fumée, pour voir s'ils pouvaient en déduire sa provenance. Mais ce n'était pas un boulet de canon. Quelque chose venait de s'écraser sur le pont. Et cette chose s'avéra être un humain. Un jeune garçon si on en croyait la silhouette visible.

« Probablement un gamin qui est monté dans le ciel puis est tombé de son navire », proposa Joz, « On devrait soulever son cadavre et le jeter à la mer. »

Rakuyou acquiesça avec tristesse. Il se baissa pour attraper les épaules du jeune homme quand ses membres bougèrent, à la plus grande surprise de l'équipage. Izou sortit ses pistolets par précaution, comme leurs hommes. Le fléau de Rakuyou rampa jusqu'à son maître, alors que le jeune brun encastré dans leur plancher extirpait sa tête du trou qu'il avait créé.

Les pirates eurent alors un sursaut.

Le visage du garçon était tellement jeune ! Il ne devait pas avoir la vingtaine ou dépassée depuis peu. Sous son œil gauche se trouvait une cicatrice, pourtant, il n'avait pas l'air d'être un bagarreur. Il n'avait pas les sourcils froncés d'un délinquant, et ses orbes noirs ne reflétaient qu'un grand calme, chose inattendue de la part d'un garçon tombant du ciel sur un vaisseau inconnu. Il ne semblait pas avoir la moindre égratignure due à sa chute.

Izou maintint ses pistolets levés et vit le regard du jeune garçon survoler ses hommes avant de s'arrêter assez longuement sur les commandants. Il essayait probablement de se souvenir où il les avait vus. Izou doutait que lui donner leurs avis de recherches soit le meilleur moyen de résoudre ce mystère ; il donna donc un coup de coude à son voisin qui fouillait ses poches pour faire de magnifiques présentations. Ce dernier, comprenant le message sous-jacent, fit une moue. Ce n'était pas tous les jours qu'il pouvait introduire ses commandants à quelqu'un qui ne semblait pas les connaître, et il avait déjà tout un texte préparé. Alors, maintenant que l'occasion lui était offerte, il allait devoir la laisser passer ? Injustice !

Izou, vigilant, retira les crans de sécurité de ses revolvers.

« Qui es-tu ? »

Le garçon, assis à terre, cligna des yeux et tapota le sol à côté de lui. Il sembla pris de surprise et se retourna à la recherche de quelque chose.

« C'est ça que tu cherches ? » Demanda un pirate en lui tendant un chapeau de paille.

« Mon chapeau ! » Sourit le brun en attrapant l'objet, bougeant si brusquement que son cardigan s'ouvrit, dévoilant une gigantesque cicatrice en forme de X sur son torse.

Izou fronça les sourcils. Comment un gosse si jeune pouvait avoir une telle cicatrice ? C'était mauvais signe. Seuls les monstres qui apprenaient à se battre dès la naissance avaient ce genre de cicatrice si tôt dans leurs vies. Comme les gosses surentraînés du CP9. Il n'était jamais bon de tomber sur l'un d'entre eux. Ils étaient généralement prêts à se suicider en déclenchant le plus gros massacre de la décennie.

Il regarda ensuite le garçon enfoncer son chapeau sur sa tête avec un doux éclat de rire. Izou baissa ses armes.

Rayez ce qu'il avait dit précédemment, les machines de guerre de la Marine ne pouvaient pas rire avec autant de légèreté.

« Oï », s'approcha Marco en descendant de l'estrade sur laquelle siégeait leur capitaine, « Tu ne nous a pas dit qui tu étais. »

Le jeune brun, ses deux mains sur son vieux chapeau de paille malmené par les aléas de la vie, tourna ses pupilles noires vers le Phénix. Une nouvelle fois, il resta immobile, détaillant le blond.

Puis il tourna son regard vers le capitaine du navire et ses pupilles rétrécirent, tout comme son teint pâlit.

Il ramena alors son regard sur le Phénix.

« D-Depuis combien d'années Gol D Roger est-il mort ? »

Le Phénix leva un sourcil à la voix cassée du jeune homme.

« Tu as perdu la mémoire, yoi ? Tu t'es cogné sacrément fort, je comprendrais. Je crois bien que cela va faire vingt et un ans maintenant. »

— Vingt et un ? », bredouilla le brun en essayant maladroitement de calculer dans sa petite tête. Ace était né approximativement un an après la mort de son père et Luffy avait trois ans de moins. Son cerveau chauffait alors qu'il regardait ses doigts dans une brève tentative de tout calculer. Tentative qui échoua lamentablement.

Luffy mordit sa lèvre inférieure. Peu importait au fond, si le vieil homme qu'Ace aimait tant était en vie, Ace devait l'être aussi. Il se réfréna de sauter dans les airs, n'oubliant pas qu'il était sur un navire étranger, et, malgré sa force, était incapable de battre tout l'équipage du Yonko à lui tout seul.

« Oï ! », reprit le blond à la coupe d'ananas, les sourcils plus froncés en voyant le panel d'émotions traverser les traits du jeune homme, « Tu ne nous as toujours pas dit ton nom. »

Luffy sortit de ses pensées.

« Oh. »

Joz fixait le chapeau de paille. Et la cicatrice sous l'œil du garçon. Il savait que ces caractéristiques lui disaient quelque chose, mais il ne se souvenait plus quoi.

L'élastique se tourna vers le capitaine, une main sur son chapeau.

Puis un éclair traversa le cerveau de Joz.

Le jeune homme retira son couvre-chef et le mit sur son cœur.

« Je suis Monkey D Luffy, le futur Roi des Pirates ! » Sourit-il jusqu'aux oreilles.

« Tu es le petit frère d'Ace ! » S'écria Joz en le pointant du doigt, sous les regards incrédules de l'équipage.

« Shishishi, oui », confirma le chapeauté en remettant son chapeau sur sa tête.

Un silence envahit le pont avant que Rakuyou s'écrie, fou de joie :

« Préparez une fête ! Le petit frère des légendes d'Ace est parmi nous ! »

À l'entente du mot "fête", tous les pirates lancèrent leurs affaires dans un cri de joie général.

Marco se retint de se frapper le visage avec sa main, mais Izou n'hésita pas. Ils allaient lancer une fête pour un gamin qu'ils ne connaissaient pas du tout, pour une relation de fraternité avec l'un de leurs frères qui était actuellement absent. Les excuses derrière leurs fêtes empiraient chaque jour. Enfin, une fête ne leur ferait pas de mal.

Luffy regarda l'équipage s'affairer, et se souvint des derniers mots de son frère aîné. Il traversa la barrière des commandants qui l'entouraient et se posta aux pieds de celui qui avait offert une famille à l'adolescent perdu qu'était son frère. Il regarda le géant moustachu dans les yeux et déclara, d'une voix où transperçait la reconnaissance.

« Merci pour tout ce que vous avez fait pour Ace. Et merci pour tout ce que vous êtes prêt à faire pour lui. »

Sans l'équipage de Barbe Blanche, Luffy savait qu'il serait juste mort à MarineFord avec son frère et tous les évadés. Ace n'aurait pas eu ces quelques secondes de liberté, pourtant si importantes. Il était mort en homme libre. Et non pas exécuté froidement comme il l'avait craint toute sa vie. Il était mort chaleureusement entouré par tous les siens. Puis pleuré et enterré avec les honneurs. Pour Luffy, ça importait énormément. Il savait que c'était aussi le cas de son frère.

Car il était mort avec le sourire.

Luffy sentit alors une main se poser sur son épaule. Il ne fut pas surpris, sachant que le commandant l'avait approché grâce à son haki.

« Je suis désolé, petit frère d'Ace », s'excusa Joz, « mais Ace n'est pas là. Il est...

— Partit en mission », coupa Marco. Dans une première mesure parce que c'était la version officielle, mais également parce qu'il ne voulait pas effrayer le petit frère d'Ace. Lui dire que ce dernier était parti dans une chasse folle ne semblait pas une bonne idée.

« En mission ? », répéta Luffy en essayant de rassembler ses souvenirs de sa rencontre avec son frère à Alabasta. Mais son cerveau restait blanc.

À la place, il sonda les alentours. À vue, aucune trace de Teach.

« Yoï, le petit frère d'Ace », appela Marco en agitant sa main devant les yeux de l'élastique pour le ramener sur Terre, « On peut savoir comment tu es arrivé ici ?

— Et tu es venu tout seul ? », ajouta, inquiet, Rakuyou, son fléau appuyant ses propos en gesticulant dans un son de ferrailles. Si Ace apprenait que son petit frère voyageait seul dans le Nouveau Monde, il allait faire une crise cardiaque.

Même s'il était accompagné d'ailleurs.

Tous les commandants présents rétablirent leur cercle autour du petit chapeau de paille par curiosité, laissant une ouverture pour leur père.

« Huh ? », Luffy pencha sa tête, « Non. J'étais avec mon équipage puis il y a eu une super tornade ! Et pouf, boum, je me suis retrouvé ici », expliqua-t-il en agitant ses mains pour illustrer ses propos.

Des gouttes apparurent sur les fronts des commandants, comprenant ce qu'Ace voulait dire quand il disait que son petit frère était un aimant à ennuis. Mais aussi face au niveau de l'explication.

« Je vois. Donc tu as été séparé de ton équipage », résuma Izou, « La moindre idée d'où ils auraient pu atterrir ? »

Luffy secoua sa tête.

« J'espère qu'ils n'ont pas atterri en plein milieu de l'océan », s'inquiéta Joz, tout pâle.

« Ne t'inquiète pas », sourit Luffy, « ce sont des durs à cuire, shishishi ! »

Une goutte apparut de nouveau sur la tête d'Izou.

« S'ils ont atterri dans l'assiette de Big Mom, j'espère au moins qu'ils seront craquants. Autrement, elle serait capable de chasser le reste de l'équipage en représailles. »

Luffy rit de plus belle au commentaire. Il ne semblait pas le moins du monde inquiet pour ses camarades.

« J'espère juste qu'on retrouvera Zoro », avoua-t-il, « Il se perd déjà sur le Sunny...

— Votre navire ? » Devina Izou, confirmé par le chapeauté.

« Bon, qu'allons-nous faire de toi ? », demanda Marco en se grattant la tête, « Si on te jette par-dessus bord, Ace ne nous le pardonnera jamais...

« Marco ! », s'offusqua Rakuyou, « Même si ce n'était pas le petit frère de l'un des nôtres, on ne l'aurait pas jeté par-dessus bord ! »

Marco leva un sourcil, l'air de dire 'tu doutes que je l'aurais fait ?'

Et Rakuyou évita de rétorquer quoi que ce soit, il craignait trop la réponse du Phénix.

« On pourrait peut-être l'aider à retrouver ses camarades », proposa généreusement Joz, « Je veux dire, ce n'est pas comme si on avait quoi que ce soit de mieux à faire. »

Puis les commandants se tournèrent vers leur père, car, quoi qu'il arrive, il aurait toujours le dernier mot de toute façon.

Barbe Blanche abaissa sa coupe de saké et croisa le regard innocent de Luffy.

En arrière-plan, des pirates, de la quatrième division, évidemment, déposèrent un drap sur les planches cassées par l'élastique, avec des sourires sournois.

Le Yonko fixa le jeune homme qui supportait parfaitement son regard avant d'éclater de rire.

« Gurarara ! Bien sûr qu'il peut rester s'il veut ! Il n'aura qu'à dormir dans la chambre de son frère, je suis sûr qu'Ace n'y verrait aucun inconvénient ! Quant à tes amis, on va garder un œil sur l'actualité ! S'ils sont aussi dévastateurs que mes fils, on ne devrait pas tarder à en entendre parler !

— Ils le sont. », clama avec fierté l'élastique en se frottant le nez.

Izou vira au blanc. « Je n'ai pas hâte de les voir sur la Moby Dick. »

Son père rit à son commentaire, faisant trembler tout le navire, « J'espère qu'ils le seront. »

Puis il but une rasade de saké sous les plaintes de l'infirmière de service.

« Euh, excusez-nous », osa un pirate en tapotant sur l'épaule de Joz. L'homme-diamant le reconnut comme un membre de la deuxième division.

« Oui ?

— L-Le garçon », continua un autre, « c-c'est bien le petit frère de notre commandant Ace ? »

Joz regarda le regroupement qui s'était fait dans leurs dos. Une vingtaine de pirates étaient agglutinés plusieurs mètres derrière eux.

« Oui, c'est lui », lâcha l'homme-diamant et il vit des expressions surprises parcourir leurs visages. Puis les personnes regroupées se plièrent en deux.

« Merci beaucoup pour tout ce que tu as fait pour le commandant Ace ! » Clamèrent-ils à l'unisson.

Puis ils se redressèrent.

« Il n'arrête pas de parler de toi !

— Et quand il le fait, ses yeux scintillent de mille feux !

— Si ce n'était pour nous raconter des histoires sur toi, je suis sûr qu'il ne nous aurait jamais approchés !

— C'est vrai que tu t'es fait avaler par un alligator ?

— Ton pouvoir est toujours aussi inutile ?

— Tu peux étirer tes bras jusqu'à combien de mètres ? »

Dans un coin, un pirate transportant des vivres pour la fête mit le pied sur le drap qui recouvrait le trou causé par Luffy. Il y coinça son pied comme pour un piège à loups quand deux pirates se jetèrent sur lui avec des filets à papillons pour lui attraper la tête.

« Trente-deux ! », hurlèrent ensuite ses ravisseurs avant de l'aider à se dégager pour le mettre avec le reste de leurs points.

Luffy fixa le flot de pirates que Rakuyou tentait de calmer et étira son bras le plus loin possible sur la Moby Dick.

« Je ne connais pas ma longueur maximum, mais je me suis beaucoup amélioré depuis mon dernier combat avec Ace ! », sa voix craqua sur la fin de sa phrase, mais les hauts gradés n'émirent aucun commentaire. Son frère lui manquait probablement. Les pirates de bas rang, quant à eux, hurlèrent de joie, et attrapèrent l'élastique par le bras.

« Viens ! On va mesurer ! Je suis sûr qu'Ace sera bluffé d'apprendre la hauteur de tes progrès !

— On va chercher des mètres ! », se dévoua un groupe de quatre avant de se séparer pour fouiller toutes les cachettes du navire.

Pendant ce temps-là, une délégation des hommes de la quatrième division qui n'étaient pas encore à l'hôpital, se rapprocha du groupe.

« Comment on fait pour les commandants et le petit frère d'Ace ? Ils comptent combien de points ?

— Et les hommes de l'équipe adverse ? C'est plus rentable pour nous de nous enfermer dans nos propres filets que de vous capturer... »

Occupés par ces problèmes de la plus haute importance, les hommes de la deuxième division relâchèrent leur attention de Luffy.

Izou en profita pour attraper le jeune homme : « Viens, je vais te montrer la chambre de ton frère où tu resteras. »

Joz et Rakuyou se joignirent à lui. Marco hésita, mais son père le poussa pour s'associer avec les autres. Cela faisait trois bons jours que le premier commandant ressassait ses idées noires. Ce n'était pas bon du tout. Et Barbe Blanche se sentait plus tranquille lorsque Marco veillait sur les plus turbulents. Immédiatement, il avait abandonné le cas de la deuxième et de la quatrième division, alors, d'après les histoires d'Ace, Luffy se trouvait le plus gros aimant à problème du navire. Le fait qu'il venait juste de tomber du ciel corroborait assez bien les propos du deuxième commandant.

Il n'y aurait pas trop d'yeux pour veiller sur lui.

« Et là, tu dois prendre à droite », expliqua clairement Izou.

« Après le tonneau noir », acquiesça Luffy pour montrer qu'il suivait.

« Non », démentit avec une grimace le commandant, « Ce tonneau n'a rien à faire là, ne commence pas à t'en servir comme un point de repère. Bien, on tombe maintenant sur une porte foncée. »

Derrière l'élastique qui évitait de s'endormir, Joz n'hésitait pas à bâiller.

« Un peu de concentration dans les rangs ! », hurla Izou en frappant dans ses mains, « Donc, notre porte foncée, elle mène dans les couloirs des commandants. Bon, aujourd'hui, notre couloir est assez peuplé alors fait attention où tu mets les pieds. Mais d'habitude, il est plutôt vide. »

L'amateur de kimono se décida alors enfin à ouvrir la porte, aveuglant le regroupement qui avait élu domicile dans le passage.

« Mes yeux !

— Je meurs !

— N'avez-vous donc aucune pitié ?!

— Est-ce la lumière de l'autre monde qui est descendue nous chercher ?!

— Je ne la suivrais pas sans me battre !

— Ça suffit ! », gronda Izou, les poings sur les hanches, « Vous êtes des pirates ou des veuves éplorées ?! Vous passez votre temps à vous faire brûler par le soleil, alors ne râlez pas pour trois pauvres rayons ! »

Remis à leurs places, les pirates firent une moue. Pour une fois qu'il se passait quelque chose, ils n'avaient même pas le droit de s'agiter.

« Bonjour, Commandant Izou », saluèrent alors en cœur, sur un ton monocorde, les pirates rassemblés.

« Bien, je préfère ça. Et maintenant, laissez-moi vous présenter notre petit invité. »

Izou se retourna, cherchant le chapeau de paille qui somnolait derrière Joz. Ce que le travesti pouvait être ennuyeux. Pire que Nami quand elle leur expliquait un phénomène météorologie.

Izou attrapa sans vergogne le petit pirate et le poussa devant lui.

« Voici Luffy ! Le petit frère d'Ace ! », déclara joyeusement le dernier commandant.

Les pirates réunis, affalés sur le sol, se redressèrent d'un coup.

« Le petit frère d'Ace ?!

— C-Celui qui s'est fait avaler par un crocodile ?! », hurla un moustachu.

« Celui qui a le pouvoir le plus pourri de l'histoire de l'humanité ?! », cria un barbu avant de se prendre un coup de poing dans la figure.

« Si le commandant Ace t'entendait, tu en prendrais pour ton grade.

— C'est bon ! », assura son ami avec le pouce levé et un sourire brillant, « Je suis tout en bas de l'échelle sociale, personne ne sait que j'existe !

— Lui-même ! », proclama Izou en tirant la joue élastique du nouveau venu.

« KYAAAAA ! », cria sans aucune classe un des pirates, « M-Mais c'est horrible ! Il faut vite le remettre à sa place avant que le commandant Ace ne s'en aperçoive ! Qu'on attèle un navire, direction South Blue ! Ou c'était North Blue ?

— Nan. C'était East Blue. », contredit son voisin.

« Que nenni ! C'était West Blue ! », jura leur voisin d'en face.

« Ça suffit ! », calma Izou, « On ne va le renvoyer nulle part. Il reste avec nous, jusqu'à ce qu'il ait retrouvé son équipage.

« Il a un équipage ?! », s'étrangla un pirate, « Il a eu l'accord d'Ace avant de le former ? Parce que sinon, je ne veux pas que le deuxième commandant nous accuse d'avoir encouragé son petit frère dans la mauvaise voie. »

Izou soupira, montrant qu'il était fatigué par ses hommes.

« Quelqu'un a pensé à envoyer une lettre au deuxième commandant ? Ça devrait le faire revenir, non ? »

Izou cligna des yeux, toujours plus étonné par le comportement des hommes d'équipage.

« Mais c'est une excellente idée ! », encouragea Joz, heureux qu'un de leurs hommes montre un peu de bons sens.

Izou le fixa un instant, incrédule.

« Et tu comptes l'envoyer à quelle adresse ? »

Joz, lumineux, s'arrêta dans sa marche pour rejoindre sa chambre.

« À Portgas D. Ace. Avec tout le bordel qu'il laisse après son passage, la poste ne devrait pas avoir de mal à le retrouver ! »

Izou se prit la tête dans les mains. Si ça marchait, il mangera son foulard.

« Bon, qu'importe. Viens, Luffy. »

Il emmena son petit protégé vers la chambre du deuxième commandant, évitant les pieds qui traînaient sur son passage. Derrière lui, Rakuyou s'arrêta pour prendre des nouvelles.

Apparemment, Jiru avait forcé l'entrée de leur commandante et n'était pas ressorti depuis. Impossible de savoir s'il s'agissait d'une bonne nouvelle.

Izou ouvrit une porte qui menait à une petite chambre comportant un lit simple un peu plus grand que la moyenne et un bureau. Bureau qui prenait la poussière. Ace n'aimait pas trop gérer la paperasse et se retrouvait souvent à la faire avec Haruta dans le bureau de Marco sous le regard insistant du Phoenix. À plusieurs reprises, Curiel avait proposé de déménager directement son bureau dans la chambre de Marco pour faciliter le travail, mais Marco avait activement refusé. Faire leur paperasse par terre faisait partie de la punition qu'Ace et Haruta recevaient presque chaque mois. Mais ils n'étaient pas les seuls. Presque tout le monde avait, à un moment ou à un autre, fini par recevoir cette punition. Ace et Haruta était juste les seuls à avoir pris un abonnement.

« Ce n'est pas très grand, mais ça devrait te suffire », commenta Izou, « On passe très peu de temps dans nos chambres de toute façon. »

Il se tourna et put admirer l'expression de pur bonheur sur le visage de Luffy. Le lit était assez grand pour accueillir deux personnes si elles se serraient, et les filles seraient heureuses de découvrir un bureau en arrivant. Même si elle devrait se le partager jusqu'à nouvel ordre, Luffy était sûr qu'elles seraient heureuses d'avoir leur petit espace personnel. Partager faisait partie de leur lot quotidien. En plus, il y avait plein de livres pour Robin.

« C'est parfait », commenta l'élastique en souriant.

Izou retourna son visage vers la chambre.

Il voyait vraiment la même chose que le brun ? Pourquoi il était si heureux ? En plus, cette chambre servait de bibliothèque secondaire à Marco qui n'avait pas assez de place dans la sienne ; rien pour réjouir l'élastique si on tenait compte des histoires qu'Ace racontait sur lui.

« Hé bien, qu'est-ce qu'il se passe ici ? », intervint une nouvelle voix avec un petit sourire.

Jiru venait juste d'émerger triomphalement de la chambre d'Haruta, paradant gaiment avec son plateau vide, quand les pirates de la douzième division lui avaient annoncé la présence d'un visiteur inattendu.

Pour une fois, ils avaient tenu leurs langues sur son identité.

« Jiru ! », s'exclama Rakuyou en se frayant un passage dans le couloir bondé, « On te présente Luffy ! Le petit frère d'Ace !

— Qui s'est écrasé sur notre navire », senti nécessaire de préciser Izou.

Jiru ouvrit des yeux grands comme des soucoupes.

« Vous rigolez ?

— Non, c'est bien lui ! », s'écria Izou en tirant sans vergogne sur la joue du chapeau de paille, « En élastique et en os ! »

Jiru en perdit la mâchoire. Il observa Luffy qui articula une présentation incompréhensive à cause du dernier commandant.

« Mais qu'est-ce qu'il fait ici ?! »

Puis il se reprit. Il se redressa et tendit une main amicale au chapeau de paille alors qu'Izou lâchait sa joue.

« C'est un plaisir de te rencontrer, petit frère d'Ace. Je m'appelle Speed Jiru, je suis le commandant de la quinzième flotte. Si tu as le moindre problème, n'hésite pas à venir me voir ! »

Luffy sourit en lui serrant la main.

« Justement, à ce propos... », coupa Izou, « Le petit a perdu son équipage. Dans une tempête apparemment. »

Speed Jiru prit soudainement un air grave.

« Non, non ! », s'écria Rakuyou en agitant ses mains, « Perdu comme dans 'séparés'. Ils ne sont pas morts. Enfin, on ne croit pas…»

Speed Jiru soupira de soulagement. Cela aurait fait beaucoup de désastres du côté des deux frères dans une même semaine.

« Je vois. Et comment c'est arrivé ? »

Luffy allait expliquer quand Izou le coupa.

« Tu vois quand Atmos raconte une bataille ? Son histoire est du même niveau. Absolument incompréhensible. »

Luffy sourit fièrement en se grattant la tête, s'attirant un regard perçant du dernier commandant.

« Et ce n'était pas un compliment.

— Je vois », acquiesça Jiru en abandonnant sa curiosité, « Du coup, j'imagine qu'on le garde jusqu'à ce qu'il les retrouve.

— En somme, c'est cela. », confirma Izou.

« Dans ce cas », commença Jiru, « Peut-être pourrait-on commencer par faire des fiches sur ton équipage. On possède toute une montagne d'avis de recherche, peut-être que les membres de ton équipage y apparaîtront.

— Mais c'est une excellente idée ! », s'exclama Rakuyou, « En plus, ce sont des pirates, non ?! »

Luffy mit une main sur son chapeau.

« Shishishi, oui, mais vous n'aurez pas leurs avis de recherche. »

Apparemment, les pirates de Barbe Blanche n'avaient jamais vu celle de Luffy puisqu'ils ne l'avaient pas reconnu immédiatement après sa chute. Or, s'ils n'avaient pas la sienne, ils ne pouvaient avoir que celles de Brook et Robin, mais l'un était beaucoup trop vieux et disparu depuis trop longtemps, quand l'autre n'avait probablement aucun intérêt pour des pirates, ils ne l'avaient certainement pas gardée. Et puis, Robin était trop jeune sur son ancien avis de recherche pour pouvoir l'identifier avec.

Oui, Luffy avait des moments de brillance. Ou plutôt, il avait un bon instinct.

« Dans ce cas », proposa Jiru, « Tu pourrais peut-être nous indiquer leur signalement ? Ma chambre n'est pas loin, on peut y aller, il va me falloir des feuilles et un crayon.

— Jiru dessine bien », Annonça Rakuyou avec fierté.

« Oui, c'est beaucoup mieux que les graffitis de notre commandante ! », commenta un des pirates de la douzième division, vautré sur le sol.

« Commandante~ ! », appela son voisin, « Prhuis vous a critiqué ! Il a dit que vous dessiniez mal !

— C'est pas vrai, commandante ! », se redressa un autre pirate, « Commandante, vous dessinez super bien ! Vous ne voulez pas me faire un dessin ?!

— J'ai gardé celui que vous m'avez fait sur mon tee-shirt ! », ajouta un autre avant de murmurer dans sa barbe, « Il ne part pas au lavage.

— Commandante ! »

Toute l'allée se mit à gémir le titre de leur supérieure, essayant de capturer son attention au travers de la porte.

Jiru était touché, mais il avait d'autres affaires sur le feu.

« Viens, petit frère d'Ace. »

Il amena Luffy, Izou, Rakuyou et Marco, qui avait pris quelques nouvelles des hommes de la douzième flotte, dans sa chambre, et prit place à son bureau en indiquant à ses amis de s'installer sur son lit.

Luffy, qui n'avait pas dû bien comprendre la gesture, s'assit par terre, jouant avec le fléau de Rakuyou.

Jiru dû tousser dans sa main pour attirer l'attention de l'élastique.

« Luffy ? Alors, décris-moi un de tes compagnons, n'importe lequel. »

Luffy fit mine de réfléchir avant de décider de commencer par Zoro.

« Zoro est grand, il a une cicatrice sur l'œil gauche et se promène avec trois sabres. »

Rakuyou remonta ses jambes pour s'asseoir en tailleur sur le lit.

« Super, en voilà un qui va être facile à identifier.

— Et il a une grande cicatrice sur le torse

— Il a aussi son nom d'écrit sur son front ? », ricana Izou, « Parce que sinon, connaissant nos hommes, ils vont nous ramener tous les balafrés de la région.

— Finalement », Jiru se leva avec son papier, « Je pense que ce sera plus rapide si tu les dessines toi-même, petit frère d'Ace. Pas besoin de faire des œuvres d'art. Mets juste les cicatrices au bon endroit, et, si tu veux, je m'occuperais des épées. »

Luffy prit sa langue entre ses dents et entreprit de dessiner son second. Une fois son travail réussi, il le montra aux commandants.

« Tu ne nous avais pas dit que c'était un homme-poisson », s'étonna Rakuyou, son fléau sur les genoux, « C'est un homme-poulpe ?

— Rakuyou ! », interpela Izou, « Tu ne vois pas que c'est un homme-endive ? Mais où tu nous l'as trouvé, petit frère ?

— Je pense que vous tenez le dessin à l'envers », s'ajouta Vista, sortant de dessous le lit, surprenant tout le monde.

« Mais qu'est-ce que tu faisais là ?! », s'exclama Jiru en voyant l'épéiste s'extraire de sa cachette.

« Je voulais te faire une petite blague. Mais c'est vrai ? C'est le fameux, le célébrissime, le légendaire, le—

— On a compris, yoi », coupa Marco.

« —petit frère d'Ace ?!

— Ça va devenir lassant au bout d'un moment », commenta Izou.

Mais Luffy semblait apprécier.

« Shishishi, oui.

— Mais c'est un immense honneur ! », s'exclama l'épéiste à la lame fleurie en attrapant sa main pour la serrer bien fort, « Je suis Vista, le meilleur frère et ami d'Ace.

— Non, Vista, je doute qu'Ace fasse un classement », calma Jiru.

— Et puis, si c'était le cas », continua Izou, « Je serais avant toi. Sans aucun doute. »

— Yoi, vous n'allez pas commencer », les stoppa Marco avec un regard. Ils étaient devant un invité, ils pouvaient faire l'effort de se comporter correctement.

« Désolé Marco », s'excusèrent les deux pirates, Vista commençant à s'installer par terre.

« Bon, alors, à quoi ressemble tes autres camarades ? », s'intéressa la lame fleurie.

« On peut peut-être arrêter les dégâts là », proposa Izou, « Visiblement, il a sauté l'étape de l'enfance où on apprend à utiliser un crayon. Tu es sûr que ta main dominante ce n'est pas l'autre ?

— Ce n'est pas grave », rassura Jiru avec une voix paternelle, comme pour protéger son enfant, « On veut un signalement, c'est tout.

— Soyez sûr que si je rencontre ce type dans la rue, je le ramènerais directement ! », clama Vista, « Même sans son dessin ! Je veux dire, qui n'a jamais rêvé d'avoir un unijambiste à trois pattes de Phoenix dans son équipage ?

— Ce sont ses bras et ses jambes ! », s'exclama Rakuyou, « Et excuse-toi !

— Tu as raison. Désolé Marco, tes pattes ne sont pas aussi affreuses.

Le blond, qui le fusillait du regard, le lâcha enfin.

Rakuyou prit sa tête dans ses mains.

« Mais non ! C'est au petit frère d'Ace que tu devais des excuses ! »

— Et écrire », s'intéressa Izou, « Tu sais faire ? »

— Izou ! », rappela à l'ordre Rakuyou, « Marco, ce n'était pas ton travail de les tenir ? »

Marco tourna sa tête vers lui.

« Tu le fais très bien, yoi.

— On ne va pas avancer. », déprima soudainement Rakuyou.

— Allons, allons », calma Jiru, « On peut le faire. Je vais juste écrire les caractéristiques sur une feuille et on va s'en sortir. Luffy, un autre de tes camarades. »

Luffy leva ses yeux aux plafonds. C'était bizarre de lui demander de présenter ses amis un à un. D'habitude, il suivait juste le mouvement et présentait tout le monde en même temps.

« Le musicien ! », demanda Vista avec excitation. Impossible de comprendre d'où toute son énergie venait.

« Brook ? », interrogea Luffy, « C'est un squelette avec une coupe afro. »

Jiru, qui était à deux doigts de prendre des notes releva la tête avec incompréhension.

« Pardon ?

— Il a dit que c'était un squelette avec une coupe afro », rapporta Vista, pas le moins du monde dérangé à cette idée. Ils étaient sur Grand Line après tout.

Jiru n'était pas vraiment de cet avis, mais il n'avait pas totalement tort.

« Bien, je note. »

Il griffonna quelques traits sur sa feuille avant de rediriger son attention vers l'élastique.

« Suivant.

— L'épéiste ! », demanda Vista en s'agitant sur place.

« Mais on a déjà fait Zoro », commenta Luffy en riant, amusé par la conduite du sabreur.

« Mais oui, suis-je bête ! Tu as bien sûr commencé par le meilleur ! »

La tête d'Izou prit une teinte rouge.

« Vista, ta tête va exploser. Petit frère d'Ace, il y a bien un tireur dans ton groupe ? »

Luffy renversa sa tête en arrière dans un angle improbable pour regarder Izou dans les yeux.

« Oui ! Usopp ! Il a un long nez et raconte plein d'histoires !

— C'est court comme description », nota Jiru, le fléau de Rakuyou sautant tout autour de lui dans un cliquetis de métal.

« Et un médecin, yoi ? », questionna Marco, « Tu as un médecin dans ton équipage ? »

Luffy hocha sa tête.

« Oui ! Chopper, c'est un renne qui a mangé le fruit de l'humain ! Il adore la barbe à papa. »

Jiru regarda une nouvelle fois Luffy de travers.

« Un renne ? »

L'animal ? Oui, ce n'était pas si extraordinaire, mais ils avaient déjà un squelette et un sabreur homme-endive à trois lames dans la liste. Tous les équipages avaient quelques insolites, mais là, il n'y avait que des insolites.

Izou leva une main.

« Je propose qu'on arrête cet interrogatoire ici. Il faut juste qu'on attrape tous les farfelus qu'on rencontre et on sera bon !

— C'est une excellente idée ! », s'écria Vista en se levant, « Et si on y allait de ce pas ? Une chasse aux excentriques, qu'en dites-vous ?

— Mais ! », s'exclama Jiru pour être purement ignoré.

Et, comme si la situation n'avait pas suffisamment dérapé, le ventre de Luffy se mit à grogner.

Tout le monde s'arrêta dans la salle.

« Rappelez-moi », chuchota Rakuyou, « Il a le même appétit que son frère ? »

Izou devint blanc en acquiesçant.

« Il me semble.

— Et nos cuisiniers sont tous à l'infirmerie, au chevet de Thatch », continua Rakuyou en observant l'élastique du coin de l'œil.

Immédiatement, les cerveaux enfantins des trois commandants arrivèrent à la même conclusion et ils s'enfuirent dans le couloir.

« Ce n'est pas moi qui lui ferais son sandwich ! »

Marco cligna des yeux deux fois avant que son cerveau n'assimile leurs disparitions. Sincèrement, comment avaient-ils pu être nommés commandants ? Ils étaient censés être les pirates les plus responsables de l'équipage. Heureusement, Jiru était resté.

« Je n'ai pas beaucoup de mérite », rougit le quatorzième commandant en devinant les pensées de son frère, « C'est ma chambre. »

Marco fit un soupir interne en se levant.

« Viens, petit frère d'Ace, on va te trouver quelque chose à grignoter. »

Immédiatement interpellé par la mention de nourriture, Luffy sauta sur ses pieds et suivit Marco vers la cafétéria, avec Jiru à sa suite.

Ils eurent à peine mis un pied dans le réfectoire qu'ils furent attaqués par une odeur de viande.

« Il est là ! », cria une voix.

Étonnés, les trois pirates se tournèrent vers la personne qui avait hurlé. Il s'agissait en fait d'une sentinelle qui s'approchait maintenant d'eux.

« Commandants », salua-t-il respectueusement, « On s'occupe de tout, ne vous en faites pas. »

Puis, il se tourna vers Luffy : « Petit frère d'Ace, je m'appelle Toitit, et je suis celui qui ait perdu à la courte paille. Comme notre commandant n'est pas là pour s'occuper de toi, je me chargerais de ton encas aujourd'hui. On m'a dit que tu avais une mauvaise mémoire des noms, alors tu peux m'appeler 'Numéro Onze'.

— DOUZE ! » Hurla une voix depuis les cuisines. « ONZE, C'EST MOI !

— Oui, 'Douze'. Mais ne t'inquiète pas, la seizième division est en train de nous coudre des tee-shirts avec nos numéros dessus pour que tu puisses t'y repérer.

— Ils n'ont rien de mieux à faire ? », commenta Marco en soupirant. Ces derniers temps, il ne savait pas si c'était lui, mais il avait l'impression que son équipage devenait de plus en plus cinglé chaque jour.

« Non, pas ceux qu'on a capturés et enfermés dans la cale », répondit sincèrement Toitit, « Maintenant, si tu veux bien me suivre, petit frère d'Ace. »

Ce faisant, Numéro Douze mena le groupe à une petite table avant de s'excuser pour disparaître dans les cuisines. Il revint peu de temps plus tard, les bras chargés de mets.

« Je te préviens, petit frère d'Ace, ce n'est qu'un encas. Tu auras ton dîner en même temps que tout le monde ce soir. »

Luffy ne fit rien pour indiquer qu'il l'avait écouté et se jeta sur son assiette pour en dévorer le contenu qui disparut en un clin d'œil.

« Je vous avais dit qu'il fallait lui apporter en plusieurs fois ! », murmura une voix dans les cuisines.

« Mais ça fait plus de vaisselle à faire ! », s'écria une autre, « On a déjà du boulot jusqu'au dîner ! Les cuisiniers vont nous tuer !

— Il aurait pu s'étouffer !

— Mais non, il est élastique.

— C'est à quel moment qu'on lui demande pourquoi il a quitté son île natale où le commandant Ace l'avait laissé ?

— Chut ! », s'écrièrent plusieurs voix, « Ce doit être un événement traumatisant ! Tu ne peux pas lui demander comme ça !

« On lui a donné de la nourriture, c'est bon, non ? Il nous reconnaît comme des amis maintenant, non ? En plus, il y avait de la viande dedans.

— Mais tu le prends pour quoi ?! Un animal sauvage ?!

— Ben... Tu sais qu'une fois, on a détruit trois vaisseaux de la marine parce qu'une grand-mère avait donné son sandwich à notre commandant ? S'il marche pareil, on devrait être considérés comme des amis. »

Un jour, Marco essayera d'apprendre les bases de la discrétion à son équipage.

Un jour.

Les chuchotements se firent plus étouffés et incompréhensifs alors que Numéro Douze suait devant eux. Il ne savait pas quoi faire. Avec une petite voix, il essaya d'appeler ses frères à l'aide.

« Euh... les copains ? Je dois faire quoi ? »

Mais, rapidement, les membres de la seconde division qui occupaient les cuisines se dévoilèrent, tenant chacun une cuisse de poulet dans leur main.

Ils se mirent en rang à côté de Numéro Douze, et tendirent chacun leur cuisse de poulet à tour de rôle en donnant leur numéro, espérant que Luffy les retienne.

Ce qui était peine perdue.

Mais au moins, Luffy devait maintenant tous les reconnaître comme des alliés parce qu'ils lui avaient donné à manger.

Du moins, d'après le plan.

« Et maintenant ? », questionna Jiru, « Il y a quelque chose que tu veux faire Luffy ? »

Luffy, qui jouait avec les os de son assiette, se tourna vers Jiru. Qu'est-ce qu'il pourrait bien vouloir faire ?

Heureusement, Marco le sauva.

« On peut peut-être voir si le journal est arrivé. Il y aura peut-être des nouvelles de tes amis. »

Ses deux compagnons approuvèrent et se levèrent, laissant les pseudo-cuisiniers de la seconde division pantois.

« Ben... prenez soin de lui. Nous, on va faire la vaisselle. En route mes amis !

Youpi », lâchèrent, faussement ravis, ses amis.


Marco, Jiru et Luffy étaient en route vers la proue du navire quand ils aperçurent une délégation de pirates, des pelles aux mains, prêts à prendre le large.

« Vous faites quoi, yoi ? », les interrompit Marco en les regardant partir.

« On va chercher un des camarades du petit frère d'Ace ! », déclara l'un des meneurs de l'expédition.

« Avec des pelles ? », s'inquiéta Jiru.

« Ouais ! », sourit le meneur, « On va chercher le squelette à la coupe afro. J'ai le plan d'un cimetière pas loin, je sens qu'on devrait en trouver un là-bas !

— Sinon », coupa un autre des membres de l'expédition, « On pourrait ne déterrer qu'un seul cadavre et acheter une perruque afro qu'on lui mettrait dessus !

— Mais c'est une excellente idée ! », s'écria le meneur, « On gagnerait énormément de temps ! Et d'énergie !

— Yoi », les interrompit Marco, « Vous êtes conscients que vous ne devez pas trouver un squelette à la coupe afro, mais le squelette à la coupe afro de l'équipage du petit frère d'Ace ? »

Les membres de l'expédition plissèrent les yeux, essayant vainement de comprendre le sous-entendu dans la phrase de leur commandant.

« Oh, je vois ! », comprit un pirate en frappant dans la paume de sa main, « C'est comme les doudous ! Il ne faut pas lui ramener un doudou, mais son doudou.

— Tu n'avais pas une meilleure allégorie ? », cligna des yeux son voisin.

« De toute façon, je suis sûr qu'il ne fera pas la différence.

— Brook parle », les informa Luffy en se balançant sur le bord de la Moby.

— Il parle ?! », s'exclamèrent les membres de l'expédition, « Mais voilà qui complique tout.

— On peut lui mettre un Tone Dial dans le crâne.

— Yoi », coupa Marco avec fatigue, « Arrêtez vos idioties et remontez à bord. On va s'occuper des compagnons du frère d'Ace une fois qu'on aura vu Père et qu'on aura lu les nouvelles du journal.

— Oui, commandant Marco. »

Avec une petite moue, les pirates attrapèrent leurs cordages pour remonter leur navire de fortune.

Les commandants et Luffy reprirent alors leur route, débouchant sur un grand pont où se trouvait Barbe Blanche, le nez dans le journal du jour arrivé quelques minutes plus tôt.

« Des choses intéressantes, Père ? », demanda Marco sur le ton de la conversation.

Barbe Blanche ne prit même pas la peine de baisser son journal, trop petit pour que ce dernier puisse lui couvrir la vue. Pourtant, cela faisait des années, sinon des décennies, qu'il tannait Morgans, le président du journal, pour qu'il fasse des exemplaires plus grands. Mais l'oiseau géant avait pertinemment refusé. Trop lourd à porter pour ses camarades, et non viables économiquement. En revanche, il avait eu l'extrême gentillesse de joindre une paire de lunettes à l'édition suivante. Barbe Blanche l'avait très mal pris et avait juré de plumer l'Empereur de la pègre et de le donner à manger à ses enfants. Seulement, il n'était pas sûr que le vieux piaf offre une nourriture très saine à ses petits pirates. Alors il avait laissé passer l'insolence jusqu'à trouver une sentence appropriée, qui ne mettrait pas en danger la santé de ses chers enfants.

« Rien qui ne sorte de l'ordinaire », résuma le vieux capitaine. Il ferma le journal et le jeta sur Luffy.

« Jette donc un œil dedans, si tu reconnais l'un de tes amis. »

Bien que cela soit très peu probable, Luffy étant arrivé à peine une heure plus tôt et les capacités du journal restant limitées aux lois physiques et temporelles malgré les légendes, l'élastique y jeta un coup d'œil. Il passa rapidement sur les textes, se contentant de décortiquer les images, ignorant parfois des pirates qui avaient croisé sa route, mais que la mémoire trop courte du chapeau de paille n'avait jamais pris la peine d'enregistrer.

« Je t'avais dit qu'il ne savait pas lire », chuchota Izou en apparaissant à leurs côtés avec Rakuyou et Vista.

Marco leva sur eux des yeux froids comme de la glace, les transperçant de toutes parts. Izou fit un petit pas en arrière, la tête haute en se cachant derrière Vista, alors que la culpabilité forçait Rakuyou à regarder ses pieds.

« Jaloux de ne pas avoir fui assez vite ? », se moqua la lame fleurie sans une once de honte, « Tu feras peut-être mieux la prochaine fois !

— Et vous ferez vous-même les corvées de votre division ce mois-ci », se vengea le Phénix, « Votre comportement est indigne de votre titre de commandant, yoi. »

Derrière eux, quelques pirates de la cinquième et de la onzième division explosèrent de joie et crièrent leurs remerciements à leurs supérieurs alors qu'Izou se transformait en statue. Pourquoi lui ?! Il n'avait rien fait ! Il avait juste été au mauvais endroit au mauvais moment ! S'il n'avait pas été là lorsque le petit chapeau de paille s'était écrasé sur le pont, il aurait pu continuer ses journées grandement constructives. Après tout, n'était-ce pas le travail d'un commandant de donner des ordres et de se contenter d'inspecter les travaux finis ?

Rakuyou réprima une grimace, en réaménagement mentalement son emploi du temps à venir. Il n'avait plus qu'à prier pour que ses hommes aient fini la majorité du travail qui leur avait été attribué. Et puis, il avait beaucoup plus de chance que Vista. Sa division avait déjà deux ou trois mois de corvée en retard et Marco allait sans nul doute demander au moustachu de tout terminer.

Fuyez une corvée et vous en ferez cent autres.

Telle était la nouvelle devise de Marco. Bien, non ? Il venait de la trouver.

— Big Mom a marié une de ses filles ! », nota Luffy, assis en tailleur sur les planches.

Il n'aimait pas trop lire le journal, laissant cette corvée à Nami et Robin qui laissaient ensuite le papier tourner entre les mains de l'équipage, mais en cherchant les visages familiers de ses compagnons, il n'avait pas pu s'empêcher de s'arrêter sur le gros visage rond de Big Mom qui occupait une page entière. Son chapeau n'avait, lui, pas trouvé la place de se glisser dans l'image, tant sa propriétaire occupait l'espace disponible. Mais ce qui intéressait Luffy davantage, ce fut la photo suivante, celle du gâteau du mariage, tant désiré et attendu par l'Empereur pirate. Luffy saliva juste en admirant la photo.

« Intéressé par l'actualité ? », s'étonna Jiru en se penchant, cherchant à lancer une conversation avec le petit chapeau de paille, « Alors, avec qui a-t-elle fait une alliance cette fois-ci ? »

Luffy leva sa tête vers le quatorzième commandant, dévoilant de la bave coulant tout le long de sa mâchoire.

« Framboise-amande-chocolat-blanc-pistache. »

Jiru cligna rapidement des yeux de manière répétée.

« Pardon ?

— Le gâteau », précisa Luffy avec des étoiles dans les yeux, « Il a l'air immense sur la photo ! Vous croyez qu'elle l'a terminé ? Elle a peut-être besoin d'aide. On devrait aller voir. »

Barbe Blanche lâcha quelques éclats de rire.

« Si elle détruit le navire », chuchota Izou, « Il n'y aura plus besoin de le nettoyer. »

Il se redressa, plus énergique que jamais.

« C'est une excellente idée ! Allons-y !

— J'espère qu'ils auront assez d'alcool », ajouta Vista en tripotant la poignée de son sabre.

« Yoi ! », hurla Marco pour retrouver l'attention de tout le monde, « On n'ira pas rendre visite à Big Mom. »

Izou, Vista et Luffy lâchèrent des soupirs de déceptions.

« Oh.

— Et à Kaido ? », quémanda avec espoir Izou.

« Il a toujours de l'alcool », renchérit Vista.

« Dans son sang », ajouta à voix basse Rakuyou.

« On ne va rendre visite à personne, yoi ! », calma Marco, «Trêve de bavardages. Luffy, y a-t-il la moindre mention des membres de ton équipage dans le reste du journal ? »

Luffy, bavant allègrement sur le papier, baissa son regard dessus et tourna les pages légèrement collées et floutées par sa salive.

Rien d'intéressant ne croisa son regard. Dépité, il secoua sa tête pour répondre à Marco et lui tendit le journal. Ce dernier le récupéra en grimaçant, ayant préféré que le jeune chapeau de paille évite de saliver dessus.

« Yoi, on fait quoi maintenant ?

— On pourrait finir d'écrire les signalements de ses compagnons », proposa Jiru, « J'ai pris un carnet et un crayon. Mais juste, avant, rassure-moi, ils sont combien ? »

Luffy, assis en tailleurs par terre où il avait lu le journal, leva ses yeux vers le quatorzième commandant. Puis il leva une main et commença à compter. Zoro, Sanji, Nami, Usopp, Chopper, Robin, Franky, Sunny et Brook.

« Neuf. Je recherche neuf de mes compagnons.

— Neuf ? », s'étonna Izou, «Tu t'es perdu dans le Nouveau Monde avec neuf de tes compagnons ?! Tu as pris la mer avec seulement neuf personnes ?! Mais Ace va faire un arrêt cardiaque ! Rassure-moi, ils sont bien plus forts que toi et peuvent te protéger en cas de problème ? »

Un gigantesque sourire s'étala sur les lèvres de Luffy.

« Non ! C'est moi le plus fort !

— Et ce n'est pas moi qui le racontera à Ace ! », annonça rapidement Vista, « Je ne suis pas fou.

— Attendez, yoi », les calma Marco, "Vous ne savez même pas si le petit frère d'Ace est fort. Il peut sûrement se débrouiller tout seul, sans nounou. Autrement, il serait déjà mort. »

Mais Vista l'attrapa par le tee-shirt et le tira vers lui pour passer son bras sur ses épaules.

« Mais Marco, ce gamin a le fruit du Gomu Gomu no Mi ! Le jour où il l'a mangé, il a abandonné toute chance d'être fort ! Tu te souviens des histoires d'Ace ? Il racontait que le marmot lançait son bras et que sa main tombait mollement à terre ! Ce petit est fichu ! »

Marco attrapa la main de son frère et la repoussa pour se libérer les épaules.

« Vista, un fruit du démon ne peut pas affaiblir son propriétaire, sauf dans l'eau. Si c'est le cas, c'est juste que son détenteur ne sait pas l'utiliser. »

Sur ces mots, il s'éloigna de son frère et vit sa route barrée par un papier. Jiru, fier, exhibait sa liste des caractéristiques physiques des coéquipiers du petit frère d'Ace qu'il avait eu le temps d'extraire du chapeau de paille pendant la discussion des deux frères.

« Membre 1 : un homme-endive avec une cicatrice sur l'œil gauche et le torse qui se promène avec trois sabres.

Membre 2 : un squelette avec une coupe afro.

Membre 3 : un type avec un long nez qui raconte des histoires.

Membre 4 : un renne médecin qui adore la barbe à papa.

Membre 5 : un cyborg en slip.

Membre 6 : un bateau en forme de soleil.

Membre 7 : un cuisinier pervers.

Membre 8 : une archéologue qui aime les livres.

Membre 9 : une navigatrice qui aime l'argent. »

« Moi aussi j'aime bien l'argent », nota Vista, « Ça nous fait un point commun, Membre 9 !

— Tout le monde aime l'argent », grogna Izou.

« Comment peut-on naviguer sur un navire en forme de soleil ? », demanda Rakuyou, « Il doit tourner en rond avec les courants, non ? Ils n'ont pas le tournis à la longue ? »

Avant que Marco puisse commenter la liste et ses informations pour certaines des plus utiles (comme l'archéologue qui aime les livres, à moins de questionner tout le monde sur une île, cette information ne servait à rien. C'était des caractéristiques physiques que le chapeau de paille était censé fournir.), le carnet disparu de sa vue.

« Il n'y a plus qu'à la distribuer à tout le monde ! », sourit Jiru, « Avec tout notre équipage à leur recherche, aucune chance qu'ils nous échappent, tu ne crois pas Marco ? Je vais aussi prévenir nos alliés, on ne sait jamais. On va tous s'amuser ! »

Marco avait du mal à comprendre ce qui amusait et enchantait tellement Jiru, si ce n'était l'idée d'avoir une bonne excuse d'appeler les équipages alliés et de papoter avec eux, mais il laissa couler. Si ses frères pouvaient faire les corvées et s'en réjouir, Marco comptait bien en profiter. Il se fit une note mentale de chercher un moyen de rendre la corvée de patates plus intéressante, avant de regarder son frère partir.

Frère qui les laissait avec le chapeau de paille, abandonnant totalement sa mission de surveillance que Marco lui avait mentalement donnée. Peut-être que si Marco avait pensé à l'informer qu'il lui avait brusquement attribué la garde du petit frère d'Ace, Jiru serait resté. Mais il était trop tard. Jiru était parti, laissant le chapeau de paille qui se curait le nez derrière lui.

Le petit frère d'Ace ne savait vraiment pas se tenir. Marco commençait à se poser de sérieuses questions sur les personnes qui les avaient éduqués.

« Du coup ? », questionna Rakuyou, « Que faisons-nous ? On a le signalement des amis du petit, mais on est totalement perdu sur l'océan, je ne sais pas à quoi cela pourrait bien nous être utile. Quelqu'un à la moindre idée de par où commencer ?

— Ils pourraient être sur des îles proche, yoi », remarqua Marco, « Si le petit frère d'Ace a atterri ici, ils n'ont pas dû voler bien loin non plus. Mais comme je n'ai toujours pas compris ce qui lui est arrivé, nous ne sommes sûrs de rien.

« Petit frère d'Ace », interrompit Vista, « Tu n'aurais pas un moyen de localiser tes amis ? Par Den Den ou avec une Vivre Card ? »

Luffy sortit finalement son doigt du nez et secoua la tête.

« Non. Mais ce n'est pas grave, on finit toujours par se retrouver. Mais peut-être que si j'attaquais une base de la Marine, ce serait plus simple.

— J'ai dû mal à voir comment attaquer une base de la Marine pourrait rendre vos retrouvailles plus simples », avoua Rakuyou en se grattant la tête.

« C'est facile », sourit Luffy, « Dès que je ravage quelque chose, ils me retrouvent !

— TU RAVAGES DES BASES DE LA MARINE SI SOUVENT ?! », s'étonnèrent Rakuyou et Izou.

Luffy haussa les épaules avec légèreté.

« De temps en temps. Pas vous ?

— Si, bien sûr ! », se dépêcha de lancer Vista. L'honneur de sa famille était en jeu !

« Non, non », Coupa Rakuyou, « Ce n'est pas un sport. Et puis, nous sommes en quelque sorte en paix avec la Marine. Ils ne nous attaquent pas, on ne les attaque pas. Une paix quelque peu douteuse, mais une paix quand même.

— Commandants ? », coupa un subalterne torse nu avec le numéro 54 peint en noir sur son torse, son dos et son front, « On se demandait avec mes frères, est-ce que la fête est toujours d'actualité ? Parce que comme la moitié de nos frères sont soit en train de faire les andouilles pour attraper les autres, soit prisonniers des premiers, il ne reste plus grand monde pour la préparer. En plus, un bon quart de la quatrième division monopolise l'infirmerie, —ce qui nous arrange, moins d'adversaires pour notre jeu d''Attrape-attrape tes Frères et Enferme-les Dans la Cale'— mais il n'y a plus personne en cuisine. Et les capacités culinaires du reste de l'équipage sont quelque peu… limitées. D'ailleurs, avez-vous des objections contre un dîner de poissons crus ?

— Yoi, doucement », demanda Marco, « De un, un dîner de poissons crus ? Ne me dites pas que vous ne savez même pas faire tout simplement cuire de la viande ? Comment avez-vous survécu jusqu'à maintenant ? De deux, y a-t-il qui que soit sur ce navire qui fasse effectivement son travail ? Et de trois, pourquoi vous êtes tous torses nus soudainement ?! »

Derrière le numéro 54, plusieurs de ses frères venaient d'apparaître, venant tous aux nouvelles, sans la moindre trace de tee-shirt et avec leur propre chiffre écrit trois fois sur la peau.

« C'est-à-dire que d'habitude, c'est le commandant qui se charge de cuire la nourriture », expliqua Numéro 54, « Il a inventé une super technique qu'il appelle la Pyrocuisson. La chaire est chaude à l'extérieure et tendre à l'intérieur. Il s'est beaucoup entraîné pour la perfectionner ! Il peut maintenant s'occuper de n'importe quelle quantité de viande ou de poisson. Mais le résultat est un peu sec. »

Les pirates de la deuxième division réunis tirèrent leurs langues dans une grimace.

Vista nota qu'il voulait absolument voir cette technique en action. Couplé avec ses talents au sabre, peut-être qu'ils pourraient faire un excellent duo de cuisinier, qui sait ? Si Ace ne mangeait pas toute leur production, bien évidemment.

« Ensuite », continua le Numéro 54, « Je crois avoir croisé, à un moment de la journée, un navigateur qui relevait la pression atmosphérique avant que je ne l'attrape et ne l'enferme dans notre cale, il compte ? »

Marco s'apprêtait à sermonner gentiment le pirate pour avoir osé capturer le visiblement seul pirate travaillant à bord de leur navire, mais 54 enchaîna rapidement.

« Enfin, nous sommes tous torses nus parce que nos escl–frères de la seizième division n'ont pas encore fini de nous coudre nos nouveaux tee-shirts numérotés ! Alors, en attendant, on a peint nos chiffres sur nos torses ! », annonça fièrement le bas gradé.

« En plus », poursuivi 54, « On s'est dit qu'en se promenant torse nu comme notre commandant, son petit frère allait plus facilement nous identifier à lui ! N'est-ce pas une idée géniale ? On pensait également se teindre les cheveux en noir et se rajouter des taches de rousseurs, qu'en pensez-vous, Commandant Marco ? »

Marco pensait qu'il aimait bien Ace, mais qu'il n'avait clairement pas envie de voir une centaine d'Ace numérotés se promenant sur le pont et se tournant les pouces.

Car, manifestement, la deuxième division voyait l'absence de leur commandant comme des vacances. Bien qu'ils fassent des efforts pour s'occuper du petit frère de ce dernier.

« Je pense que vous devriez vous couvrir avant d'attraper tous la grippe, yoi. Je n'ai pas envie de devoir supporter une nouvelle épidémie et d'être encore le seul à devoir faire tout le boulot sous prétexte que je suis immunisé. Alors, retournez tous dans votre dortoir et allez vous couvrir. Puis rendez-vous en cuisine, Rakuyou vous apprendra les bases de la cuisine.

— Oui, commandant », acceptèrent sans énergie les pirates. Ils étaient tellement fiers de leur super idée, pourquoi Marco ne reconnaissait-il pas qu'elle était géniale ?

« Rakuyou ? », chuchota Vista en s'approchant au plus près de son frère pour leur messe basse, « Tu sais cuisiner ?

« Apparemment », répondit dans un murmure son frère, « Pour tout te dire, cela fait si longtemps que je n'ai pas mis les pieds dans une cuisine que je ne me souviens plus. Mais Marco avait l'air tellement sûr de lui, il a probablement raison.

— Hâte de le découvrir ! », sourit Vista, impatient de se régaler de nouveaux plats.

« Moi aussi », avoua Rakuyou en blanchissant, espérant qu'une idée lui traversera l'esprit devant les fourneaux, sinon les pirates de Barbe Blanche allaient devoir entamer une période de diète sévère.

Sur ce, il se retira, se dirigeant vers l'infirmerie pour obtenir quelques recettes faciles de la part des cuisiniers qui y résidaient dernièrement. Et augmenter leur culpabilité pour qu'ils reviennent s'occuper de l'équipage.

Vista voulut saisir ce moment pour se retirer également et réaliser la dernière merveille que son cerveau lui avait pondue, mais le bisento de son père toucha le chapeau de paille, comme si son père voulait lui parler. La situation était bien trop intéressante pour partir maintenant. Il réaliserait sa stupide idée plus tard. D'abord, le spectacle.

« Gamin », appela Barbe Blanche pour attirer l'attention du chapeau de paille qui somnolait à ses pieds, « Ne reste pas là. Va donc explorer le navire. Je suis sûr que nombre de mes fils veulent te rencontrer. Et puis, il serait préférable que tu sois capable de te repérer ici rapidement, je ne vais pas t'affecter des nounous dix ans, mes enfants ont mieux à faire. »

Légèrement, Luffy se leva avant de sourire au vieil homme.

« Tu as raison grand-père ! C'est l'heure de l'exploration ! L'exploration ! »

Les yeux de Luffy se mirent à briller de mille feux. De quels mystères la Moby Dick pouvait-elle bien receler ? Le Sunny avait au moins de quoi occuper un visiteur pendant une semaine, alors la Moby Dick qui faisait près de cent fois sa taille ? Luffy n'osait l'imaginer !

« Allons-y, et on pourra te présenter aux autres, yoi », nota mollement Marco. Le navire était grand et cette présentation s'annonçait profondément longue. Surtout que passer quatre heures à montrer tous les dortoirs de chaque division n'était pas des plus plaisants.

Mais ni Marco, ni Izou, qui voulut s'enfuir, mais se fit attraper par le kimono, n'avaient quelque chose de mieux à faire. Autant s'assurer que le petit frère d'Ace ne réitère pas l'accident de ce dernier, quelques jours après son arrivée, quand il s'était égaré dans les bas fonds du navire et aurait pu mourir de faim là-bas s'il n'avait pas, après trois jours, finalement trouvé un chemin vers la surface. Le pyromane semblait revenir d'une expédition en territoire rival. Les fois suivantes, il prit soin de partir avec une torche (pour le style) et un gigantesque sac de provisions.

À se demander comment il avait pu obtenir le titre de commandant si vite après.

Attrapant de sa main libre le chapeau de paille qui faillit partir en trombe, Marco retint un soupir et se mit en route vers le couloir des commandants.

« On partira de la chambre d'Ace, ce sera plus facile pour que le petit puisse se repérer. »

Barbe Blanche regarda ses fils partir avec le chapeau de paille et mit une main dans sa poche avant d'en ressortir un papier. Il le déplia, regarda la figure souriante du chapeau de paille et son cœur se serra.

Une semaine plus tôt, au même endroit, Ace était arrivé en courant, souriant de toutes ses dents et criant « Père ! Père ! ». Comme toutes les fois où ce scénario arrivait, Barbe Blanche s'était senti si heureux que plus rien ne pouvait l'atteindre. L'âge et ses vieilles blessures avaient disparu pour laisser place à de la joie pure.

« Que se passe-t-il, Ace ? Thatch a encore fait un gâteau avec un Marco provocateur en jupe courte ? »

Le brun avait lâché un éclat de rire en se remémorant l'événement et la tête du Phoenix quand Thatch l'avait apporté à table comme un dessert normal.

« Non, Père ! »

Il avait ralenti à l'approche du siège massif de son capitaine et levé sa main gauche dans laquelle se trouvait un poster.

« Regarde ça, Père ! », avait-il demandé, rayonnant de joie, « Ce gamin est mon petit-frère ! »

Il s'était alors redressé, le dos droit, le torse bondé par la fierté.

« Il est devenu un pirate ! Il a enfin un nom ! Je n'arrive pas à le croire ! »

Il l'avait ensuite retourné pour le regarder avec un énorme sourire que sa figure peinait à contenir.

« Il a tellement grandi ! Et il vaut déjà trente millions ! Regarde comme il est heureux ! »

Il avait agité l'avis de recherche sous le nez de son Père.

Pour faire plaisir à son fils, Barbe Blanche avait alors gentiment lancé :

« S'il atteint le Nouveau Monde, il va falloir le recruter dans notre équipage ! »

Ace avait continué à sourire de toutes ses dents.

« Il l'atteindra. Mais il ne voudra jamais rentrer dans notre équipage, après tout, il veut devenir le Roi des Pirates ! »

Barbe Blanche ne se rappelait pas avoir déjà vu son fils aussi fier. Dès que son petit frère rentrait dans la discussion, Ace débordait d'amour et faisait fuir tous ses frères et sœurs qui ne parvenaient plus à le supporter. Plus aucune information ne semblait irriguer son cerveau et il était sourd et aveugle aux protestations de ceux qui se plaignaient avoir déjà entendu chacune de ses histoires un millier de fois. Seuls Barbe Blanche et Marco semblaient le supporter. Mais beaucoup accusaient le Phoenix de laisser seulement Ace tourner en bruit de fond et de continuer ses besognes sans prêter gare à ses paroles.

Barbe Blanche le soupçonnait également.

Mais avec l'avis de recherche de son petit frère dans les mains, personne ne pourra réchapper à Ace.

« Tu vas aller le présenter à tes frères et sœurs ? », s'amusa le géant, impatient de voir son navire entrer en code rouge 'Grand frère Ace'.

Ace l'avait regardé avec des yeux débordants de malice.

« Je voulais au début, mais j'ai eu une bien meilleure idée ! »

Une aura perverse l'avait entouré et Ace avait laissé s'échapper un petit ricanement du fond de sa gorge.

Son équipage ne voulait plus entendre parler de son petit frère ? Ace allait s'assurer qu'ils n'oublieraient jamais le jour où était apparu son premier avis de recherche.

Un coup de vent agita la moustache de Barbe Blanche et le ramena au présent. Quelle était cette idée qu'avait eue Ace ? Quelle sottise avait-il planifiée ? Il ne le saura probablement jamais.

Ace n'avait pas pu concrétiser son plan. Et Barbe Blanche savait que le brun n'était pas de taille à affronter Barbe Noire et son nouveau fruit. Reverrait-il un jour son cher fils ?

Et Ace reverra-t-il un jour son cher petit frère, plus important que la prunelle de ses yeux, qui se promenait maintenant joyeusement sur le pont ?

Barbe Blanche ne le savait pas, mais l'opinion de son instinct ne lui plaisait pas.


Fin du chapitre ! J'espère qu'il vous a plu et que vous vous êtes bien amusés ! N'hésitez pas à laisser des commentaires, ça me fait toujours très plaisir ! X) Et me donne du courage pour taper les chapitres suivants ! (Vous n'imaginez pas, je suis obligée de réveiller mes deux neurones pour qu'ils viennent me donner un coup de main ! Ils n'ont pas l'habitude, c'est horrible !)

À la prochaine !