Désolééééé ! Je n'ai vraiment aucune excuse pour le temps qu'a prit ce chapitre à sortir ! Je suis juste beaucoup trop flemmarde... Alors merci à toutes vos sublimes reviews qui m'ont fait avancer, augmentant ma culpabilité et m'obligeant à me reprendre en main !

Au fait, rien à voir, mais je relisais mes notes vis-à-vis de cette histoire, et j'avais écrit un résumé potentiel, malheureusement trop long pour être utilisé, et la relire m'a donné envie de la partager :

« Barbe Blanche venait de subir une trahison. Barbe Noire avait tenté d'assassiner un de ses frères. Alors, pour lui remonter le moral, le ciel lui envoya un cadeau.
Du moins, c'est ce que Barbe Blanche pensait. Mais, finalement, ce chapeau de paille avec une croix sur le torse ressemblait plus à une plaie. »

Je vous laisse profiter de ce nouveau chapitre, en espérant qu'il vous plaira !

Bonne lecture !


« RELEVEZ LA GRANDE VOILE OU ELLE VA SE DÉCHIRER ! » Hurla un pirate.

« QUE CEUX QUI ONT FINI D'ATTACHER LES TONNEAUX RENTRENT IMMÉDIATEMENT À L'INTÉRIEUR ! » Cria un autre.

L'océan était enragé. Boudant les lois de la physique, de gigantesques vagues s'élevaient, essayant d'atteindre les cieux, avant de s'effondrer sur leurs voisines et de les emmener dans leur chute. Mais de nouvelles montagnes d'eau se créaient en même temps, remplaçant celles tombées précédemment. Au-dessus, le ciel grondait, enragé par l'insolence de son voisin inférieur et déversait des étoiles en plombs pour punir l'outrage.

Perdue dans cette guerre bien plus grande qu'elle, la Moby Dick oscillait au gré des flots, tâchant vainement de poursuivre sa route et de traverser l'ouragan sans être engloutie.

« TOUT LE MONDE A BIEN ATTACHÉ SES SANGLES ? QUI N'A PAS DE BOUÉE ? »

À son bord, les pirates de Barbe Blanche se débattaient pour protéger leur navire. La Moby Dick était leur maison, et nul n'était autorisé à la détériorer. Nul n'était autorisé à la leur enlever. Pas même la terre et les cieux.

« LES SHURIKENS ONT PERCÉ MA BOUÉE ! »

« CE NE SONT PAS DES SHURIKENS ! ET SI TU N'ES PAS CAPABLE DE PROTÉGER TA BOUÉE, RENTRE À L'INTÉRIEUR ! »

« En métal et avec des piques, ce sont forcément des shurikens ! » Bouda le pirate en attrapant son mousqueton pour le décrocher. « Et ce n'est pas juste d'être éliminé juste parce que l'un d'eux a percé mes défenses… »

En ruminant, le pirate aperçut une des étoiles plantées à quelques centimètres de son pied. Malgré la folie ambiante et le vacarme de ses frères, une idée germa dans sa tête. Il se baissa, ramassa l'étoile en plomb et se tourna vers son voisin le plus proche avec un sourire sadique sur les lèvres.

« Si je dois perdre la partie, je compte bien emporter au moins un de mes frères avec moi ! »

Fermant un oeil, il se concentra sur sa cible et lança l'étoile de toutes ses forces. Celle-ci, tirée dans le dos du pauvre voisin, se planta dans sa bouée et la dégonfla, à la plus grande surprise de son propriétaire.

« Mais… Mais… »

« Pas de chance ! » Ricana le responsable. « On dirait que, toi aussi, tu vas devoir rentrer ! »

Comprenant immédiatement la situation, le voisin s'énerva.

« Ce n'est pas ma faute si tu es un bon à rien ! Tu n'es pas obligé de rabaisser tout le monde à ton niveau ! »

Son frère en perdit son sourire.

« Je ne suis pas un bon à rien ! Je suis bien meilleur que toi au tir à distance ! Regarde ! » Extirpant une autre étoile des planches du navire, il tira sur un voisin bien plus lointain et parvint à atteindre sa bouée. Fièrement, il se retourna vers sa victime. « Tu vois ? Peux-tu faire ne serait-ce qu'aussi bien ? »

Relevant le défi, son voisin attrapa une étoile qui tombait près de lui et tira sur un autre de ses frères, perçant son flotteur.

« Aussi bien ? Je dirais même mieux ! »

Sa réplique enflamma son frère et les deux pirates entamèrent une compétition pour celui qui détruirait la plus lointaine bouée, jusqu'à ce que deux poings s'écrasent sur leurs têtes.

« MAIS VOUS ALLEZ CESSER DE METTRE NOS FRÈRES EN DANGER ?! » Hurla Joz en les attrapant par le col, des étoiles rebondissant sur son dos en diamant. Il fixa son regard sur celui de gauche. « Et pourquoi ton câble n'est-il pas attaché ? »

Le fauteur de trouble, une grosse bosse sur la tête, murmura.

« Je devais rentrer à l'intérieur… »

« Je vous y ramène tous les deux ! » Décida le commandant. « Et toi, Blamenco ! » Cria-t-il au lointain. « Tu pourrais surveiller tes hommes ! »

Blamenco, allongé sur une chaise longue, un parasol en acier pour se protéger, cligna des yeux.

« Mais je les protège. Regarde, personne n'est mort. »

« CE N'EST PAS CE QUE J'APPELLE SURVEILLER ! » S'énerva Joz.

Avec un calme olympien malgré la tempête, Blamenco sortit un dictionnaire d'une de ses poches. Il l'ouvrit à la page S et lut quelques lignes avant de le refermer.

« Le dictionnaire ne me donne pas tort. »

« JE ME FICHE DU DICTIONNAIRE ! » Cria Joz. « Fais ton boulot correctement ! »

« Moi, tu me connais, » assura Blamenco, « je suis les ordres à la lettre. »

« Voilà pourquoi on lui a offert un dictionnaire. » Commenta le perturbateur.

Une gigantesque vague déferla alors sur le pont, immergeant momentanément les pirates. Joz s'agrippa à ses deux frères et la seule sangle attachée des trois frères résista miraculeusement et les retint sur le pont.

Après son passage, Joz recracha un poisson.

« Ce n'est pas un temps pour les propriétaires de fruits du démon. »

« Pour personne. » Assura un de ses deux fardeaux en toussant.

Seul Blamenco ne semblait pas déphasé, uniquement inquiet pour son dictionnaire qui n'avait pas apprécié la baignade forcée.

« Il va m'en falloir un autre. »

« TRAITEZ AVEC PLUS D'ATTENTION NOS CADEAUX ! » Hurlèrent les deux hommes de sa flotte.

Joz était trop fatigué pour leurs inepties familiales.

« Je rentre et je ramène ces deux-là. » Lâcha-t-il, épuisé. Il décrocha le mousqueton du deuxième agitateur et se pressa à l'intérieur.

Il eut à peine franchi la porte menant aux couloirs intérieurs de la Moby Dick, qu'un pirate de la deuxième division se jeta sur lui.

« Commandant ! Vous n'auriez pas vu le petit frère du commandant Ace ? Il n'est nulle part ! »

Derrière lui, un autre pirate abordant le numéro 61 apparut, essoufflé.

« Il n'est pas non plus dans la cale ! »

Joz, les pieds dans la pellicule d'eau de mer qui remplissait le navire, lâcha sans douceur ses deux paquets.

« Vous avez perdu le petit frère d'Ace ? »

Il était trop fatigué pour s'en occuper. Même ses bottes en caoutchouc ne le protégeaient pas suffisamment de son pire ennemi : l'eau salée. Elle avait même profité de la vague précédente pour s'infiltrer à l'intérieur de ses chaussures. La sournoise.

« Vous êtes sûrs que vous avez assez cherché ? Il ne peut pas être bien loin. »

Un brusque mouvement du navire déséquilibra tout le monde et les renversa. Mais rien ne pouvait arrêter l'inquiétude de la deuxième division.

« Il n'est nulle part ! Et s'il lui était arrivé malheur ? Peut-être qu'un commandant ne l'a pas reconnu, l'a pris pour un intrus et l'a jeté à l'eau ! »

Joz n'avait plus la force de se relever. Il avait besoin d'une petite pause.

« Personne ne le ferait. Et avec la tempête extérieure, le petit frère d'Ace ne peut pas être bien loin. Cessez de vous inquiéter et aidez-moi à me relever. »

Les deux hommes de la deuxième division ne semblaient pas convaincus, mais obtempérèrent. Ils avaient enfin fini de redresser la carcasse du commandant quand la porte menant à l'extérieur s'ouvrit brusquement, dévoilant un pirate de la deuxième division, un casque enfoncé sur la tête et ruisselant d'eau de mer, le souffle court.

« J-Je… J-Je l'ai trouvé ! L-Le petit… L-Le petit frère du commandant ! I-Il prend l'air sur un bord du mât principal ! »

Ses deux compagnons en lâchèrent le commandant de surprise, laissant l'homme-diamant qui reprenait enfin des forces s'écrouler sur les planches du navire.

« Il prend l'air ?! »

Le nouveau venu acquiesça avec vigueur.

« Oui, ce sont ses mots ! »

Le numéro 61 enfonça ses auriculaires dans sa bouche et siffla de toutes ses forces, rameutant de nombreux hommes de sa division.

« On a retrouvé le petit frère d'Ace ! Et il est en danger ! TOUS AVEC MOI ! »

N'écoutant que leur panique, la deuxième division enjamba le commandant Joz en ignorant ses sommations et se déversa à l'extérieur.


La tempête qu'avait traversée la Moby Dick n'avait rien d'extraordinaire pour le Nouveau Monde. Bien sûr, il ne s'agissait pas d'une partie de plaisir, mais l'équipage de Barbe Blanche, vieux de plusieurs décennies, en avait affronté de nombreuses autres. Pourtant, celle-ci était l'une de celles qui avaient le plus effrayé Barbe Blanche et avait failli coûter de bien trop nombreuses vies.

Les bras croisés sur son fauteuil, Barbe Blanche était en colère.

Près de son fauteuil, Marco, Joz, Namur et Rakuyou regardaient le spectacle des 98 hommes de la deuxième division agenouillés en signe de pardon, leurs fronts collés aux planches de la Moby Dick.

« On est désolé. » Assura la division en cœur.

« Vous êtes allés, sans attache et sans aucune protection, sur le pont au milieu de la tempête. » Tonna Barbe Blanche. « Vous avez la moindre idée des risques que vous avez pris ? Vous avez la moindre idée de l'inquiétude que vous m'avez causée ? De l'inquiétude que vous nous avez tous causée ? »

La deuxième division resta silencieuse.

« Votre manque de jugement sera puni. Vous serez en charge de la cuisine pour le mois à venir et responsables de la sécurité du navire pour toutes les escales jusqu'à ce que j'en avise autrement. La prochaine fois, vous aurez le bon sens de rester à l'abri à l'intérieur de la Moby Dick sauf si vous recevez un ordre différent. »

La deuxième division resta silencieuse un moment, jusqu'à ce que l'un d'eux lève la tête avec frayeur.

« M-Mais, Père, le petit frère d'Ace était en danger. On ne pouvait pas le laisser seul à l'extérieur. S'il lui était arrivé malheur, notre commandant ne nous l'aurait jamais pardonné ! »

« Et on n'aurait plus jamais pu le regarder en face ! » Ajouta un autre avec le chiffre 24 écrit sur le front.

Marco en profita pour noter mentalement que la deuxième division s'était rangée dans l'ordre de leurs numéros. Assez amusant pour le mémoriser. Ils prenaient vraiment leur numérotation à cœur.

« Le petit frère d'Ace était dehors pendant la tempête ? » Reprit Barbe Blanche en fronçant les sourcils. Nulle âme censée ne sortirait avec pareil ouragan. Ses fils devaient se tromper. Un tour à l'infirmerie ne leur ferait pas de mal. Il s'apprêta à les raisonner, quand le petit chapeau de paille apparut en traînant un tonneau derrière lui.

Ignorant les personnes réunies, il avança jusqu'au centre du pont, se postant entre les hommes de la division de son frère et Barbe Blanche. En un coup de main, il mit son tonneau à la verticale, et dévoila le couvercle en bois rangé sous son autre bras.

Ignorant probablement qu'il était devenu le centre d'attention de tous les pirates en s'invitant au centre même de leur dispute interne, il agita son bras pour demander l'attention de Barbe Blanche qu'il avait déjà.

« Vieil homme ! »

« CE N'EST PAS UNE FAÇON DE S'ADRESSER À PÈRE ! » Réagirent instantanément ses enfants rassemblés.

Mais Luffy les ignora purement. Il mit en avant son tonneau et leva les yeux vers Barbe Blanche.

« J'ai trouvé un tonneau vide sur le pont, puis-je l'emprunter, s'il te plaît ? »

En un regard à son visage arrosé de jus de framboise, Namur pouvait deviner que le tonneau n'était pas vide lors de sa fameuse rencontre avec le chapeau de paille. Mais il s'abstint de tout commentaire. Personne n'avait besoin d'aide pour le deviner.

« Que veux-tu faire avec ce tonneau ? » S'étonna Barbe Blanche. Un tonneau rempli de saké, il aurait deviné, mais un tonneau vide ?

Luffy, dont le jus de framboise devait coller au menton puisqu'il essaya vainement de s'essuyer avec la manche de son cardigan, indiqua l'océan du pouce.

« Je compte prendre la mer pour rechercher mes compagnons. »

Barbe Blanche et son équipage s'offrirent une minute de réflexion pour comprendre les paroles du chapeauté.

« Non. » Avoua finalement Joz. « Je ne vois pas le rapport. » Pas avec un tonneau vide, en tout cas.

« Et on avait décidé que tu resterais à bord jusqu'à ce qu'on retrouve tes compagnons, yoi. » Rappela Marco.

Luffy fit une petite moue.

« Mais ils sont longs ! Je m'ennuie ! Je préfère partir à leur recherche. »

« TU N'ES LÀ QUE DEPUIS UNE JOURNÉE ET DEMIE ! » Hurla la deuxième division.

« Je ne pense pas qu'en naviguant tout seul, tu les retrouveras plus vite. » Avoua Rakuyou. « Et, de toute façon, le Nouveau Monde est beaucoup trop dangereux pour voyager seul. »

« Hors de question qu'on te prête un bateau pour aller couler avec, yoi. » Commenta Marco. « On tient à nos navires. »

« ET AU PETIT FRÈRE D'ACE AUSSI ! » Corrigea la deuxième division en sentant que ce détail avait échappé au premier commandant.

Ce dernier entreprit de se nettoyer l'oreille en ignorant les jérémiades de ses sous-fifr—frères.

« Pas de soucis à ce sujet-là. » Assura Luffy, pas déphasé d'être moins important qu'un petit bien matériel. « Je compte naviguer dans le tonneau. » Indiqua-t-il en levant le récipient.

« Dans le tonneau ? » Répétèrent tous les pirates incrédules.

« Tu es au courant que tu es sur Grand Line, yoi ? » S'étonna Marco.

« Ce n'est pas un moyen de transport ! » S'exclama Rakuyou.

« Ce n'est pas très confortable. » Avoua Luffy. « Mais c'est extrêmement simple à manœuvrer. »

« TU NE MANOEUVRES RIEN DU TOUT ! »

« TU TE LAISSES JUSTE PORTER PAR LE COURANT ! »

« En plus, » continua Luffy, comme s'il n'avait pas été interrompu, « c'est extrêmement résistant. »

Au moment où il termina sa phrase, un objet volumineux s'écrasa à l'emplacement de son tonneau, le réduisant en morceaux.

« Ah. » Nota simplement Luffy. « Il va m'en falloir un autre. »

« C'EST TOUT CE QUE TU AS À DIRE ?! » S'énerva la deuxième flotte.

Les commandants de Barbe Blanche se mirent en garde, attendant que la fumée créée par l'impact de l'objet inconnu se disperse et dévoile ce qui venait de s'écraser sur leur pont. Ce ne pouvait pas être un boulet de canon, il n'y a avait aucun navire aux alentours. Une bombe, peut-être ?

« Devrais-je garder le couvercle ? » Se demanda ouvertement Luffy en le fixant, ignorant l'accident qui l'avait frôlé et aurait pu lui coûter la vie. « Il y a peu de chance que je trouve un tonneau de la même taille. Mais ce serait du gâchis de le jeter… »

Une main sur le menton, Luffy se mit à réfléchir, très fort, au sort du malheureux disque de bois.

« C'EST TOUT CE QUI TE PRÉOCCUPE ?! » Continua à rugir la deuxième division. « ÉCARTE-TOI DU TROU ! »

Ils ignoraient ce qui venait de tomber du ciel, mais, par nature, les pirates étaient méfiants. Ils levèrent leurs armes et se préparèrent à fondre sur la menace pour protéger le petit frère de leur vénérable commandant, au péril de leurs vies.

Puis le nuage de poussière s'éparpilla, laissant voir une main qui sortait de la cavité créée par la collision. Cette main disparut rapidement, laissant apparaître un homme qui sauta sur le pont. Il était un peu plus grand que Luffy, avec des cheveux verts, une cicatrice sur l'œil gauche, trois boucles d'oreilles et trois katanas sur les hanches. Bien qu'il s'agissait là d'une apparence coutumière dans la piraterie, la deuxième division l'étiqueta immédiatement comme 'homme peu fréquentable', ignorant leurs propres balafres, blessures et accoutrement des plus douteux. Le numéro 4 prit même la liberté d'attraper le bras de Luffy et de l'inciter discrètement à s'éloigner de l'inconnu qui venait d'apparaître.

« Doucement. » Murmura le numéro 3, craignant que le chapeau de paille ne s'aperçoive de la machinerie et lève la tête de son intense réflexion ou que le vert se retourne en sentant le mouvement.

D'abord, mettre le petit frère d'Ace à l'abri. Après, régler son compte à l'intrus.

Ce dernier jeta un vague coup d'œil sur le pont, peu intéressé. Il passa les pirates en revue, jaugeant vaguement leur niveau, avant d'étouffer un petit rire supérieur.

« POUR QUI TE PRENDS-TU ?! » S'énervèrent les numéros 20 à 30 en se sentant insultés.

L'inconnu continua son inspection en se tournant vers Barbe Blanche et prit la peine de s'arrêter un instant.

« NE NOUS IGNORE PAS ! » S'exclamèrent les numéros 20 à 30.

Puis l'étranger continua son inspection en fronçant les sourcils sur les commandants avant d'atterrir sur un chapeau de paille extrêmement familier.

Le numéro 4, qui était en train d'écarter discrètement le petit élastique, s'immobilisa, espérant que la perception du vert soit basée sur le mouvement et que la tache jaune et rouge que représentait le petit frère d'Ace passe inaperçue.

Il pria extrêmement fort et ses vœux semblèrent se réaliser lorsque le petit brun ouvrit finalement les yeux et s'interrogea sur son environnement. Il jeta un bref regard à la flotte de son frère et suivit leur ligne de vision, rivée sur quelque chose derrière lui.

Ou plutôt, quelqu'un.

« Zoro ! » Reconnu Luffy en se tordant le cou à 180 degrés.

« Tu le connais ? » Demandèrent la deuxième division et Namur.

« C'est un de tes camarades ? » S'étonna Joz, le nez dans la liste des membres d'équipage. « Le membre 1, peut-être ? »

« Il est tombé du ciel, c'était hautement probable, yoi. » Nota Marco avec suffisance.

Luffy relâcha alors l'élasticité de ses muscles et se retourna, présentant son couvercle en bois à son ami.

« Tu penses que je devrais le garder ? »

« Attends. » Demanda Rakuyou. « FAIS AU MOINS SEMBLANT D'ÊTRE HEUREUX DE RETROUVER TON AMI ! »

« Non, après, ils pourraient penser qu'on souhaite les voir, yoi, comme ce vieux cafard de Karma. » Murmura Marco.

Mais les deux jeunes les ignorèrent purement. Le vert avait d'autres priorités. Il pointa le disque de bois.

« Tu peux le transformer en alcool ? »

« Non. » Confessa Luffy.

« Alors, jette-le. » Décida Zoro.

« CE N'EST PAS UN CRITÈRE POUR JUGER DE L'UTILITÉ D'UN OBJET ! »

« Moi, je le trouve très bien. » Commenta Vista en arrivant, escorté par Blamenco.

« Parce que tu es un ivrogne. » Critiqua son frère en mordant à pleines dents dans un merlan fumé. « D'ailleurs, si on suivait ce critère, ne devrions-nous pas te jeter ? »

Vista se retourna rapidement.

« Mais je ne suis pas un objet ! »

« Malheureusement pour nous. » Soupira Blamenco. « Père n'aurait probablement pas autant insisté pour qu'on te garde… »

« Il est vrai qu'être un être humain est l'une de mes qualités les plus impressionnantes ! » Se flatta Vista.

« Si l'on conçoit qu'il s'agit là d'une qualité, » concéda Blamenco, « ce serait surtout la seule. »

« De la part d'un placard ambulant, je te trouve bien hautain. Serais-tu jaloux ? »

Sentant le début d'une joute verbale interminable, la deuxième division se désintéressa des deux commandants pour reporter son attention sur le fruit de son inquiétude. Et ce, juste à temps. Zoro, comme semblait se prénommer l'indésirable intrus, fit un pas vers son capitaine pour la plus grande horreur de la deuxième flotte.

« La menace se rapproche ! » S'affola le numéro 2. « Alerte ! »

« Protégez le petit frère d'Ace avec votre corps s'il le faut ! »

« Mais, vous ne voyez pas que c'est son ami, yoi ? » S'étonna Marco, impressionné par les chevaliers-servants qu'avait créés Ace. Cet idiot enflammé avait fait de la vraie magie. Mais la prochaine fois, Marco préférerait qu'il en fasse des travailleurs accomplis.

« Luffy. » Appela Zoro en jetant un regard circulaire, alors que le brun faisait ses adieux à son couvercle de tonneau. « Je crois que… » Il prit une mine suspicieuse en plissant les yeux. « …ce n'est pas notre navire. »

La deuxième division, surexcitée, cessa son état d'urgence et sa tentative d'exfiltration du chapeau de paille par le plancher.

« NON ?! TU CROIS ?! »

Même Luffy relâcha l'attention de son couvercle pour se moquer de son ami.

« Shishishi, tu es trop stupide Zoro ! Bien sûr que non, ce n'est pas notre navire ! » Il lâcha partiellement son disque de bois et indiqua le sol à ses pieds. « Il n'y a pas d'herbe sur le sol. »

« C'EST COMME ÇA QUE TU RECONNAIS TON NAVIRE ?! »

« Vous avez de l'herbe sur votre navire ? » S'étonna Rakuyou. « Le sol doit devenir tout boueux lors des tempêtes, non ? »

« On pourrait planter des fleurs. » Réfléchis Barbe Blanche en faisant ruisseler son saké dans sa gigantesque chope. « Pourquoi ne pas faire une allée centrale dégagée, avec des parterres fleuris sur le côté ? Qu'en pensez-vous, mes filles ? »

Les trois infirmières de service, en collant léopard, émirent de petits gloussements.

« Ce serait magnifique, Père. »

« J'aimerai beaucoup des jonquilles. »

« La Moby Dick n'en serait que plus majestueuse. »

Une veine poussa sur le front de Zoro. Il n'aimait pas être traité de benêt, et encore moins par son, plus que limité, Capitaine.

« Comment pouvais-je faire la différence, il y a une aussi grande concentration d'imbéciles au mètre carré. » Déclara-t-il en pointant du doigt la deuxième division, armée d'un Breath Dial, qui essayait d'éloigner le chapeau de paille grâce à la force du courant d'air.

« TU OSES NOUS QUALIFIER D'IMBÉCILES ?! TU T'ES DÉJÀ REGARDÉ DANS UN MIROIR ?! »

« Et ils sont aussi bruyants qu'au Sunny. » Termina Zoro, pour le plus grand amusement de son capitaine.

« NOUS, AU MOINS, ON NE TOMBE PAS DU CIEL POUR DÉTRUIRE LES NAVIRES DES AUTRES ! » Cria le numéro 25 en indiquant le trou creusé par Zoro.

Le vert suivit la direction du doigt et admira la brèche qu'il avait causée avant de se retourner vers la deuxième division.

« Pourquoi avez-vous fait un trou ici ? C'est dangereux. J'aurais pu tomber dedans par accident. »

« TU L'AS CRÉÉ ! »

Luffy fixa le trou, puis son couvercle.

Trou. Couvercle.

Trou. Couvercle.

N'écoutant que son incroyable intelligence, il s'avança vers le trou, s'accroupit et posa son disque de bois qui recouvrit parfaitement l'ouverture. Brillant de fierté, il se retourna vers les spectateurs, attendant certainement des félicitations et l'acclamation de son génie.

Mais la pâle tentative de réparation ressemblait plus à une blessure fatale faite à la beauté de la Moby Dick et ne méritait aucune ovation.

Faute de recevoir l'accueil qu'il désirait, Luffy se tourna vers son camarade.

« Tu vois qu'il est utile. »

Zoro croisa les bras, et prit un air hautain.

« Si ces pirates aux goûts douteux n'avaient pas mis cet affreux trou ici, il ne l'aurait jamais été. »

« PUISQU'ON TE DIT QUE C'EST TOI QUI L'AS CRÉÉ ! » Se défendit la deuxième division.

« Et si mal coupé, en plus. » Continua à critiquer le vert.

« Et dans le chemin. » Ajouta Luffy.

« C'EST VOUS QUI N'ARRÊTEZ PAS DE DÉTÉRIORER LA MOBY DICK ! »

« D'ailleurs, à ce sujet, » coupa Marco en enfilant des lunettes. « Je vous les mets sur votre note. À côté des frais de nourriture. »

Luffy et Zoro tournèrent leurs têtes vers le blond et firent leurs plus belles grimaces d'horreur.

« Tu ne vas pas leur faire payer leur séjour parmi nous ! » S'écria Rakuyou en entendant son frère, par-dessus les rires de son Père.

« Nous ne sommes pas un hôtel ! » Continua Joz.

Mais Marco persista à griffonner sur sa feuille.

« Non, mais nous devrions. Cela renflouerait nos caisses, yoi. »

Luffy tapota ses vêtements avec réflexion avant de relever la tête.

« Je n'ai pas d'argent. »

« Moi non plus. » Ajouta Zoro sans prendre la peine de vérifier. Tout l'argent de l'équipage était entre les mains de Nami, comme d'habitude. Elle était la seule à en voir la couleur.

Barbe Blanche continua à rire et se tourna vers son fils.

« Faut-il donc que nous les jetions par-dessus bord ? »

Mortifiés, plusieurs hommes de la deuxième division s'effondrèrent.

« Père ! »

Mais Marco rangea son stylo.

« Non, pas la peine. Ace s'occupera de payer la note quand il rentrera. »

La deuxième division relâcha sa respiration.

« Il ne pouvait pas jeter à la mer une aussi bonne source de revenu. » Commenta Blamenco en croquant la brochette où était suspendue auparavant sa nourriture.

Tous les équipages avaient-ils donc une Nami à bord ? S'étonna Zoro. Cette seule pensée lui envoyait des frissons dans le dos. D'ailleurs, en parlant d'elle, où était-elle ? Et où étaient tous les autres membres d'équipage ?

Zoro jeta un nouveau coup d'œil circulaire, sans trouver la moindre trace de la bande.

« Où sont les autres ? » Demanda-t-il à son capitaine.

« Je ne sais pas. » Avoua ce dernier. Il fit un tour sur lui-même en détaillant les têtes de toutes les personnes présentes. « Pas ici. »

« Tu avais vraiment besoin de vérifier ? » Demanda le numéro 14. « On les attend depuis ton arrivée. »

Dans un commun accord, Luffy et Zoro levèrent leurs têtes pour scruter le ciel.

« Tch. » Cracha entre ses dents Zoro. « Même pour tomber, ils sont lents ! »

« Dans le jargon des intellectuels, on appelle cela la gravité. » Expliqua doucement Vista pour ne pas perdre le vert.

« Je suis étonné que tu connaisses ce mot et quand l'utiliser. » Critiqua Namur. « Serais-tu tombé par hasard sur le dictionnaire de Blamenco ? »

Zoro fusilla du regard le cinquième commandant, mais celui-ci était trop occupé à se disputer avec son frère homme-poisson pour le remarquer.

Zoro resta encore un instant le nez levé vers le ciel avant de baisser son menton.

« Ils ont dû se perdre. Continuons sans eux, ils nous rejoindront plus tard. »

Luffy baissa sa tête.

« Shishishishi, mais pour aller où ? »

Les deux hommes se fixèrent. Nami avait le Trilog Pose. Même s'il fallait avouer que l'équipage n'avait encore jamais essayé de le suivre. Seule Nami savait où ils devaient aller.

En fait, Nami avait la direction et l'argent de l'équipage. Zoro en avait la chair de poule.

« Et si nous profitions de cette opportunité pour assembler un nouvel équipage ? » Proposa le vert. « Mais cette fois-ci, tu n'invites pas tous les imbéciles que l'on croise. »

Luffy pencha sa tête sur le côté avec innocence.

« Mais dans ce cas, je ne pourrais pas te recruter. »

Cette remarque sortait du cœur. Ce qui n'énerva pas moins Zoro dont une veine apparut sur le front.

« Tant mieux, je pourrais avoir des vacances. Mais tu auras de plus gros problèmes, tu ne pourras même pas te recruter toi-même ! »

« Si vous voulez, vous pouvez rejoindre notre équipage. » Proposa Vista en apparaissant entre les deux jeunes. « Tout le monde est bienvenu chez nous ! »

Il se figea avec un grand sourire, puis monta dans les airs, soulevé par le bisento de son Père.

« Vista, » appela doucement le géant avec autorité, « qu'avions-nous dit à propos de recrutement, la dernière fois ? »

« C'est autorisé ! » Lança énergiquement le commandant.

Son père continua à le fixer, attendant la suite. Vista commença à transpirer, peu volontaire pour continuer.

« Si l'on a l'accord de Père. » Termina-t-il avec une petite voix.

« Bon garçon. » Sourit Barbe Blanche en le reposant sur les planches. « Maintenant, à table, je meurs de faim. »

Sans plus attendre, il quitta son fauteuil et se dirigea vers le réfectoire, sous les yeux exorbités de ses fils.

« Quelqu'un a préparé le repas ? » Demanda à haute voix Namur, exprimant la question de tous.


Tout l'équipage fixait l'étrange ragoût qui leur avait été servi. Un des pirates plongea même sa main dans son assiette pour ressortir une bague qu'il astiqua avec sa serviette et mit à son doigt.

« Moi, j'aime bien ces menus surprises. »

Son voisin le foudroya du regard en retirant le morceau de couteau qui était planté dans sa viande.

« Il y en a qui sont favorisés. »

« Arrêtez de vous plaindre ! » Les gronda Izou. « Regardez, le petit frère d'Ace mange tout. »

Et, en effet, à trois tables de là, malgré ses grimaces, Luffy avait englouti sa part, celle de Zoro et les restes de la marmite géante.

Barbe Blanche, quant à lui, regardait son assiette sous tous les angles, se demandant si ces enfants lui faisaient une blague ou si sa famille avait vraiment chuté si bas. Il comprenait soudainement la grève de la faim d'Haruta et hésitait à en entamer une.

« Combien des cuisiniers sont à l'infirmerie ? » Demanda-t-il à ses infirmières.

« Vingt-cinq, Père. » Répondit l'une d'entre elles en retirant des cheveux de sa sauce.

« Ce qui signifie qu'il devrait en rester près de soixante-dix pour cuisiner. Où sont-ils ? »

« Je dirais qu'une dizaine est occupée à essayer d'entrer en douce dans l'infirmerie, une vingtaine programme des accidents et une quarantaine joue à attraper des frères et sœurs. »

À ces mots, la porte du réfectoire s'ouvrit en grand et huit cuisiniers entrèrent, en tenue d'infirmières, cintrés dans leurs collants léopards.

L'un d'eux se posta devant les autres, bomba le torse, et annonça :

« La mission Caméléon-léopard est… un échec ! »

Le réfectoire lâcha une lamentation.

« Mais pas d'alarme ! » Continua le chef de groupe en levant ses mains pour rassurer ses frères rongés d'inquiétude. « La prochaine mission Erudit-avant-tout est en route ! » Il se voulait réellement rassurant, inconscient que nul autre que les hommes de sa division n'était intéressé par le sujet.

« Et quand aura-t-on la mission Ventre-bien-rempli ? » Demanda Blamenco.

Le chef de groupe en perdit sa mâchoire.

« Mais c'est une excellente idée ! On surnourrit les infirmières, elles en attrapent des douleurs d'estomacs et on profite de l'occasion pour envahir leur territoire ! »

« J'ai une autre proposition. » Se leva Atmos. « Et si vous arrêtiez de dévoiler vos plans à voix haute ? »

Tous les pirates réunis en restèrent médusés.

« Ils ont pris des cours chez les meilleurs, » commenta Izou, « mais ils n'ont rien retenu.»

« Vous n'allez rien faire du tout. » Tonna la voix de Barbe Blanche alors qu'il se levait, sa carrure ombrageant les premières tables. « Vous allez choisir une division chacun et leur enseigner la cuisine. Je ne veux pas vous revoir avant. Et retirez ses uniformes, vous allez les déchirer. »

« Je trouve pourtant qu'il me va bien. » Commenta l'un des cuisiniers.

« Tu sais ce qui te va bien ? » Demanda un de ses frères en s'approchant. « Une toque sur la tête et une louche à la main. »

« C'est de l'esclavagisme ! » Se plaignit le cuisinier. « Pour la peine, attrape ta flotte, vous serez mes sous-fifres, ordre de Père ! »

Une vague de lamentation traversa la salle et une partie des pirates se leva pour suivre le cuisinier. Ils prirent tous soin d'accidentellement frapper leur camarade de division qui avait attiré le courroux du cuisinier. Les autres membres de la quatrième division jetèrent leurs dévolus sur sept autres divisions qui délaissèrent leurs gamelles, et le réfectoire se vida de moitié.

Namur lança un dernier coup d'œil à son ragoût.

« Espérons que le prochain repas aura meilleur goût. »


« Luffy. »

Le susnommé, une main profondément enfouie dans un tonneau de raisin qui avait malencontreusement croisé son chemin, se retourna.

« Qu'y a-t-il, Zoro ? »

Zoro se rapprocha et fixa le tonneau.

« Tu comptes épuiser leurs réserves de nourriture pour les forcer à accoster sur une île ? »

L'idée fit rire son capitaine. Il ressortit une main pleine de raisins du tonneau et l'ouvrit sous les yeux de Zoro.

« Tu en veux ? »

Le sabreur ne se fit pas prier. Il se servit largement sous les gros yeux de l'élastique, voyant la moitié de son butin disparaître.

« Ne prends pas tout ! »

Habitué à la goinfrerie du chapeau de paille, Zoro goba sa part avant qu'elle ne puisse lui être enlevée.

« Tu m'as dit de me servir ! » Se défendit le vert.

« Non, je t'ai demandé si tu en voulais. Pas si tu pouvais toutes les manger ! »

Le vert s'apprêta à répondre, mais une troupe de la deuxième division le coupa dans son élan.

« Petit frère d'Ace ! »

Avec des tee-shirts et des capes flambants neufs numérotés, une quinzaine d'enfants de Barbe Blanche se précipitait vers eux.

« On t'attrape enfin ! » Souffla l'un en agrippant son bras.

« Tu as vu nos beaux uniformes ? » Ajouta un autre en prenant la pose. « Ils ont été faits d'après les uniformes du Germa 66 ! On a la classe, pas vrai ? »

« Mais on n'a pas pu avoir une couleur chacun. » Bouda un autre.

« On sera sublimes quand on battra la marine ! »

« Le Germa 66 ne se fait pas toujours battre à plat de couture par le Guerrier des Mers dans la bande dessinée ? » Demanda l'un d'entre eux en nettoyant son uniforme.

« Rabat-joie ! » Hurlèrent ses compères.

« Ce n'est que mensonge ! » Ajouta un autre. « Il ne gagne que parce que les gentils le laissent gagner ! »

« Il triche ! Le robot géant fait tout le travail ! »

« Qui sont les gentils ? »

« Reconcentrez-vous ! » Appela le numéro 22, tenant fermement un bras de Luffy pendant que l'élastique engloutissait des raisins de l'autre. « On est venus prendre les mesures du petit frère d'Ace ! »

Zoro fronça les sourcils.

« Ses mesures ? »

Se rappelant soudainement leur mission, les pirates de Barbe Blanche dégainèrent des mètres et des règles en papier et se jetèrent sur le jeune capitaine.

« Ne bouge pas ! »

Une infrastructure se mit rapidement en place. Les pirates de Barbe Blanche s'étaient séparés en groupe de trois, une personne tenant un morceau du chapeau de paille, une personne mesurant cette partie et une troisième notant les résultats.

« Bras droit, cinquante virgule deux centimètres. »

« Jambe gauche, quatre-vingt-un virgule cinq centimètres. »

« Des pieds à la tête, un mètre soixante-quatorze. »

« Bras droit étiré… »

Une dizaine de pirates tenaient Luffy de toute part. L'un d'eux avait attrapé sa main droite et s'éloignait avec. Étonné par tout ce remue-ménage autour de lui, et incapable d'attraper plus de raisins, Luffy tourna légèrement la tête pour être nez à nez avec l'un d'eux.

« Pourquoi vous prenez mes mesures ? »

Armé d'une règle en papier, le pirate qui mesurait la distance entre son épaule et son cou releva la tête.

« Pour le commandant Ace ! »

« Mais, Ace n'a pas besoin de mes mesures. » Répondit calmement Luffy, dont le cœur battait à la chamade. Il était si étrange de parler de lui comme s'il était vivant. De parler de lui tout court d'ailleurs.

Pas seulement pour le chapeau de paille, Zoro aussi fronçait les sourcils.

« Bien sûr que si ! » Assura le fils de Barbe Blanche. « Quatorze virgule sept centimètres. »

« Je n'entends pas ! » Cria le numéro 47 à son groupe au loin. « Parle plus fort. »

« Je t'emprunte ta jambe. » Prévint le numéro 68 en attrapant son pied droit et en partant rejoindre son ami à l'autre bout du pont qui monopolisait déjà la main droite.

« Dix mètres ? » Essaya d'entendre le numéro 47. « Non, douze ? »

Zoro se tourna vers lui, fatigué de les regarder faire les andouilles.

« Si vous voulez, je peux le couper en morceaux pour le raccourcir. »

Les hommes de la deuxième division ouvrirent des yeux exorbités et se jetèrent sur l'élastique pour le protéger.

« ÇA NE VA PAS LA TÊTE ?! » Crièrent-ils de concert avec Luffy.

« Je voulais juste vous aider. » Assura Zoro, une main sur la poignée d'un de ses sabres.

« Fais-le sans essayer de me découper en rondelles ! » Cria Luffy avec frayeur.

Comprenant ce qui était attendu de lui, Zoro soupira et s'approcha du tonneau de raisins. Il en piocha quelques-uns et les déposa dans la bouche ouverte de Luffy qui attendait avec impatience.

Zoro aurait préféré aider en utilisant ses talents de sabreur.

Luffy mâcha et avala ses raisins puis rouvrit la bouche pour en avoir davantage.

Zoro, qui se sentait relayé au poste le moins glorieux, en profita pour irriter son capitaine. Il piocha plusieurs raisins et les mangea doucement sous les yeux de l'élastique, en prenant soin d'en apprécier toute la saveur.

« Très bon. »

« ARRÊTE DE LES MANGER ET DONNES-MOI-EN ! »

« Pas bouger. » Rappela Zoro avec un doigt levé. « Ils prennent tes mesures. »

« ILS SONT À MOI ! » Cria Luffy, les yeux enflammés, en fixant les raisins.

Zoro avala un autre raisin.

« Alors, viens les prendre. »

Il n'en fallait pas plus. Luffy allait bouger son torse pour récupérer sa nourriture, mais le numéro 22 l'attrapa solidement et hurla.

« On t'a dit de ne pas bouger ! Et toi, donne-lui ses raisins ! Arrête de l'énerver ! Et ce qui est sur ce navire est à nous ! »

« Je ne reçois pas d'ordres de vous. » Se défendit Zoro.

« Non, mais des bouteilles d'alcool, oui. » Nota distraitement le numéro 55, se rappelant la vitesse à laquelle Zoro avait vidé celles du repas.

Son eau-de-vie. Ces pirates menaçaient Zoro de le priver de son liquide salvateur. À contrecœur, il cessa d'agacer son capitaine et lança des raisins en l'air vers lui. L'après-midi allait être longue.

« Bras gauche, cinquante virgule deux centimètres. »

« Était-il vraiment nécessaire de mesurer les deux bras ? » Demanda le numéro 47.

« Nous ne sommes jamais sûrs ! » Assura le numéro 68. « Mais félicitation petit frère d'Ace, tu es bien équilibré. »

« Je n'entends toujours pas ! » Cria de nouveau le numéro 47. « Comment ? Ta grand-mère brique des robes en papiers ? »

Fatigué, le numéro 22 cessa de mesurer le talon de Luffy.

« Ne veux-tu pas aller le rejoindre pour entendre la mesure ? »

« Mais, il est loin ! » Gémit le numéro 47. « Je vais devoir marcher jusqu'à tout là-bas ? »

« Oui ! » Coupa le numéro 55. « Tu nous casses les oreilles ! Dépêche-toi ! »

Sortant un baluchon de nulle part, le numéro 47 le jeta sur son dos avant d'essuyer une petite larme.

« Si… Si je ne reviens pas, dites à Père que je l'aimais ! »

« VAS-Y ! » Ordonnèrent ses frères.

Le numéro 47 obtempéra et commença sa route, des larmes coulant sur ses joues à l'idée du périple qui l'attendait.

« Attends ! » Appela le numéro 78. « Ramène-moi la longueur de sa jambe aussi ! »

Des pleurs flottant autour de lui, le numéro 47 se retourna dans sa marche et fit un sublime sourire à son frère en levant son pouce. Puis il le retourna vers le sol en grimaçant de haine.

« Non, débrouille-toi tout seul. »

Et reprit sa route sans se retourner.

« Alors, attends-moi ! » S'écria le numéro 78. « Allons-y ensemble ! »

Le numéro 47 ne semblait pas attiré par cette idée, car il se mit à courir aussi vite que ses jambes pouvaient le porter pour le semer.

« Non ! Ne t'en va pas si vite ! »

Il ne restait plus qu'une dizaine de pirates s'affairant autour de Luffy et Zoro qui lançait aléatoirement des raisins pour voir si celui-ci parviendrait à les attraper. Pour le moment, le chapeau de paille avait fait un sans-faute.

« Tour de taille, un mètre dix… onze… douze… »

« Il est en train de grossir à vue d'œil ! » Remarqua le numéro 28. « Il va exploser ! »

« Je vais écrire un mètre cinq. » Décida le numéro 31. « Et je vais gonfler ses bras, sinon le commandant risque d'être triste. »

« NE MODIFIE PAS LES MESURES PARCE QUE ÇA TE CHANTE ! » S'énerva le numéro 22 en lui confisquant sa feuille. « Il n'a pas besoin d'être parfait ! Il faut juste qu'il soit élastique et ait un chapeau de paille. Et, de toute façon, ses mensurations sont déjà bien meilleures que les tiennes. »

Zoro plongea sa main dans le tonneau à ses côtés et ne rencontra que du vide. Étonné, il le souleva et le secoua, mais il était bien vide. Délaissant le contenant maintenant inutile, il s'éloigna à la recherche d'une autre source de nourriture. Ou d'alcool. Il avait un peu soif.

« De quel droit critiques-tu mes mensurations ?! J'ai été félicité par le commandant Vista, moi, monsieur ! » Se défendit le numéro 31.

« Forcément, tu es aussi mal proportionné que lui ! » Rétorqua le numéro 22.

Le numéro 31 en resta gelé d'effroi.

« Tu critiques le physique de monsieur Vista ?! »

Il fit un quart de tour et prit ses jambes à son cou.

« Commandant Vista ! »

Le numéro 22 partit à sa suite.

« Je t'interdis de me dénoncer ! »

Et ils laissèrent les quelques pirates restant finir de mesurer Luffy.


« Croyez-vous que l'on sera libérés un jour ? »

Dans les cales de la Moby Dick, les nombreux captifs du grand jeu « Attraper le plus de frères » attendaient que leurs frères consentent à les relâcher.

« Je ne sais pas. » Avoua son voisin de la seizième division. « Mais je ne suis pas mécontent que l'on ait terminé les uniformes. Je n'en pouvais plus de coudre à la lumière d'une bougie. »

« On est bien ici. Pas de corvées, pas d'ordres, pas de devoirs. Et tout ce qu'on demande. Je ne vois pas pourquoi vous voulez partir. »

« Pour avoir un peu d'air frais ? »

« Voir le soleil ? »

« Bouger ? »

« Vous êtes difficile ! Maintenant, taisez-vous, je veux dormir. »

Il ferma les yeux et ronfla de toutes ses forces.

« Tu es le plus bruyant ! » Critiquèrent ses frères.


Barbe Blanche regarda le colis qui venait de lui être livré. Ce n'était pas la première fois qu'il recevait un aussi gros paquet, mais il était assez distrait par le nom écrit à l'encre noire sur sa fiche de livraison.

Portgas D Ace.

Ace avait commandé un colis et se l'était fait livré sur la Moby Dick. Normalement, la poste ne se trompait jamais. Aux ordres de Morgans, sa poste secrète savait retrouver quiconque attendait du courrier. Or, Ace n'était pas sur le navire. Soit il était parvenu à échapper aux espions de Morgans, soit il avait expressément demandé à le recevoir sur la Moby Dick.

Peut-être parce qu'il était influencé par les souvenirs très bruyants de ses enfants, hurlant toute la journée avec ou sans raison, mais Barbe Blanche penchait plutôt pour la deuxième possibilité.

Mais qu'avait pu commander son fils pour tenir à le recevoir sur la Moby Dick, et ne pas aller lui-même le chercher ?

Les enfants de Barbe Blanche avaient besoin de peu de choses. À manger, de quoi s'habiller, et des armes.

L'équipage se chargeait du premier. Ace n'avait pas besoin du deuxième et ne semblait changer de short que lorsque celui qu'il portait se déchirait au combat. Il ne restait donc qu'une arme.

Mais le paquet était trop gros pour être une arme. À moins qu'Ace ait décidé de se promener avec un petit canon. Auquel cas, Barbe Blanche aurait préféré que l'arme soit effectivement entre les mains de son fils.

Devait-il l'ouvrir, juger de son contenu et l'envoyer à Ace si son contenu était mieux entre ses mains ? Mais ce serait irrespectueux pour l'intimité de son fils.

Les infirmières étaient parties, laissant leur Père sans surveillance. Quoi qu'il fasse, il n'y aurait nul témoin.

Barbe Blanche se sentait poussé dans ses retranchements. Sa conscience l'empêchait d'ouvrir le colis, mais sans en connaître le contenu, comment savoir s'il devait l'envoyer à son fils ?

Ne pouvant consentir à ouvrir le colis et à attirer la potentielle colère d'Ace, Barbe Blanche suivit la meilleure idée qu'il pondit.


« Merci d'être venu si nombreux à cette réunion 'Le Petit Frère d'Ace'. » Remercia un pirate dont la belle cape blanche arborait le numéro 1.

Devant lui, assis sur des tonneaux, des caisses, des tables, des chaises éparses et sur le sol, se trouvaient ses camarades de la deuxième division dans leurs flamboyantes nouvelles tenues.

« Je vous ai demandé de vous réunir ici pour plusieurs raisons. » Tonna le numéro 1, présidant la réunion. « La première, j'ai la déception de vous annoncer que la première tentative de faire revenir notre commandant à la maison a échoué lamentablement. »

La salle lâcha une grande expiration déçue, sous le regard critique de Zoro qui buvait une bouteille au goulot. Était-il vraiment nécessaire de le préciser ? Ses camarades auraient remarqués si la tentative avait fonctionné. Ace aurait été là pour le prouver. Alors pourquoi semblaient-ils surpris ?

Une petite main se leva de l'assistance.

« Quelle était la première tentative ? »

Le numéro 1 fit voler sa cape derrière lui, les yeux brûlant de volonté, peu surpris que ce qui devait apparement être une connaissance générale soit méconnu d'au moins un de ses frères.

« Appâter le commandant sur le navire avec son petit frère ! Mais… » Les flammes dans ses pupilles s'éteignirent. « …il semblerait que son radar de grand frère soit soit éteint, soit cassé. »

Il laissa l'assistance tristement digérer l'information.

« Cependant, » reprit le numéro 1 en s'agitant théâtralement, « nous avons plus d'une carte dans notre manche ! Que dis-je, dans notre cape ! Nous allons pouvoir passer à la deuxième tentative de ramener notre commandant à bord en utilisant son petit frère comme appât ! »

« On pourrait peut-être essayer de tuer son petit frère ? » Proposa une voix.

Elle appartenait à un gringalet armé d'un fouet.

« Peut-être que son radar ne fonctionne que lorsque son petit frère est en danger ? Je veux dire, si le commandant pensait que son petit frère était sur le point de mourir, il accourrait sans réfléchir, non ? Moby Dick ou Mariejoie, je suis sûr qu'il viendrait ! »

Zoro avait une main sur ses sabres. Si ces hommes avaient l'intention d'assassiner son capitaine, il ne les laisserait pas franchir le seuil de la salle vivant.

Les pirates de la deuxième division se mirent à peser le pour et le contre.

« Mais si on le tue vraiment, » s'éleva une nouvelle voix bourrue, appartenant à un mastodonte moustachu, « le commandant aura notre peau ! »

« Il va nous détester ! » Continua un autre. « On ne pourra même pas plaider l'innocence ! »

« Il ne faut juste pas que l'on réussisse. » Rappela le numéro 27.

« Si nous n'y mettons pas tout notre cœur, le radar du commandant ne va jamais s'allumer ! En plus, son petit frère est résistant, non ? Il le répétait sans cesse. »

« Il disait aussi que c'était un faiblard pleurnicheur. »

« Il disait tellement tout et son contraire que je croyais qu'il s'était inventé un petit frère. » Avoua le numéro 44. « Quelqu'un a eu des nouvelles de la lettre du commandant Joz ? Peut-être qu'elle suffirait à le faire revenir. »

« On pourrait lui envoyer un courrier en lui disant qu'on retient son petit frère en otage. » Réalisa son voisin, le numéro 29.

« J'ai du mal à voir pourquoi il reviendrait. Il sait que son petit frère est en sécurité avec nous. »

« Et si on lui donnait une date limite après laquelle on le jette par-dessus bord ! » Ajouta le numéro 29 précipitamment. « Et on signe Marco ! »

« Bien ! » Nota un de ses frères plus loin. « Reporter l'accusation sur quelqu'un d'autre ! Très bien comme plan ! »

« S'il vous plaît ! » Appela le numéro 1 en frappant sur le sol avec une carabine. « Votre attention ! On ne va pas essayer d'assassiner le petit frère de notre commandant ! »

Un soupir de déception et de résignation parcourut les rangs.

« Mais je prends, toutefois, note de cette idée pour une opération ultérieure. » Assura-t-il en posant des lunettes sur son nez et en griffonnant dans un vieux carnet. Plusieurs de ses frères poussèrent des cris de victoires pendant qu'il rangeait son matériel. « Je disais donc, la deuxième tentative ! Je propose que nous partions à la recherche d'un adolescent correspondant trait pour trait à son petit frère, — j'ai ses mensurations sous le bras —, que nous le déguisions en son petit frère, — il suffira de lui ajouter un chapeau de paille et un tee-shirt rouge, cela semble facile —, et que nous l'agitions devant notre commandant. Regardez, j'ai fait des marionnettes pour vous expliquer… »

« Tu as fait faire des marionnettes. » Corrigea le numéro 5.

« J'ai fait faire des marionnettes. » Répéta le numéro 1 avec le nez retroussé et un mépris limpide. « Et tu as failli être beau. Effectivement, tous les mots sont importants. Je disais donc, voici le commandant Ace. » Il sortit de sa poche une chaussette orange avec deux boutons noirs pour faire les yeux et un amas de laine noire collé au-dessus, qu'il enfila par-dessus sa main gauche.

« Le commandant a des cheveux plus beaux ! » Critiqua le numéro 8.

« Il manque ses taches de rousseurs ! »

« Elle peut s'enflammer ? »

« Silence ! » Demanda le numéro 1. « Je n'ai pas terminé. Et voici son petit frère. » Il sortit une deuxième chaussette orange avec deux boutons noirs et un amas de laine noire qu'il enfila sur sa main droite.

« C'est la même ! » Remarqua un petit futé.

« Ils ont la même tête ! »

« , je comprends pourquoi elle n'a pas de taches de rousseur. »

« On peut l'étirer ? »

« Oui, c'est la même ! » Hurla avec rage le numéro 1, irrité que le subterfuge ne soit pas passé inaperçu. « Je n'allais pas gâcher plus d'une de mes paires de chaussettes ! »

« Il n'y a que toi pour manquer assez de goût pour avoir des chaussettes orange. » Critiqua avec suffisance un costaud.

« J'ai sacrifié une paire de mes précieuses chaussettes pour vous expliquer ! » Rappela avec force le numéro 1. « Alors on cesse de critiquer et on écoute ! Et heureusement que j'ai des chaussettes orange ! Ils auraient eu l'air fin, les deux frères, en bleu. Donc—»

« Je ne me souviens plus, lequel est le commandant ? »

« C'est le problème avec deux marionnettes totalement identiques. »

« Chaussette. Utilisez le bon mot. »

« Du coup, celle du petit frère, elle s'étire ? »

« Oui ! Elle s'étire ! » Cria le numéro 1. « C'est une chaussette ! Regarde ! » Il attrapa avec sa main droite et tira sur le tissu de sa main gauche. « Content ?! »

Le jeune pirate hurla d'effroi.

« Tu viens d'étirer le commandant ! »

« Ah ! Je ne suis pas le seul à les confondre ! » Sourit le numéro 24.

« Assez ! » S'énerva le numéro 1. « Toi ! » Il pointa un de ses frères assis sur une paillasse. « Donne-moi ton coussin ! Et dépêche-toi ! »

Son frère s'exécuta et lui lança son matelas.

Sans honte, le numéro 1 le déchira et attrapa un morceau de paille à l'intérieur avant de jeter le reste du coussin derrière lui.

« Maintenant, le petit frère du commandant a un morceau de paille. Vous arrivez à les différencier ?! »

« Oui, le petit frère d'Ace est le meurtrier de ma paillasse et se promène avec les preuves. » Grommela le propriétaire du coussin.

« Le plan ! » Annonça avec un volume surélevé le numéro 1 pour s'assurer que l'attention de son audience ne dérive pas une fois encore. « Le commandant se promène tranquillement. » Il agita sa main gauche, prétendant qu'elle marchait et regardait autour de lui. « Il cherche un dîner. Un restaurant de préférence, mais un vendeur de fruits ferait l'affaire. »

« Je pense qu'il préférerait un boucher. » Commenta le numéro 47, à cheval sur le réalisme.

« Non ! » Se défendit le numéro 1. « Il fait un régime, alors il cherche des fruits ! »

À cette annonce, la foule pâlit.

« Il fait un régime ?! »

« Il est malade ?! »

« Par Davy Jones, il doit être à l'article de la mort ! »

« LA FOULE EST PRIÉE DE SE TAIRE ! » Hurla le numéro 1, incapable de garder son audience concentrée plus d'une minute. « Et ne commente pas les choix scénaristiques de votre serviteur ici présent ! »

« Pas très complaisant comme serviteur… » Commenta le numéro 12, recevant un regard noir du premier.

Décidant de passer outre cette remarque, le numéro 1 reprit sa pièce.

« Mais où vais-je manger ? » Demanda-t-il avec une petite voix en prétendant que sa chaussette réfléchissait.

« On n'entend rien au dernier rang. » Lâcha une voix.

« Mais où vais-je manger ? » Reprit l'interprète, plus fort, ruinant tout le réalisme de sa pièce à son opinion. Tant de sacrifice pour que tout le monde suive le plan. Il prit le temps, pour le plus grand malheur de son public, de bien poser les bases de son histoire, laissant Ace errer dans les rues d'une ville imaginaire une éternité, au point que certains craignaient que leur ami ne commence à leur raconter la quête d'Ace, avant de venir au point important qui avait coûté la vie de sa sublime paire de chaussettes.

« Peut-être des courgettes ? » Le numéro 1 pointa sa chaussette vers le sol, pour qu'elle puisse choisir celle de l'étale qui lui convenait le plus. « C'est alors, » reprit avec une voix plus forte le narrateur, montrant le changement soudain dans l'histoire, « qu'une silhouette ressemblant trait pour trait à celle de son petit frère apparut dans son champ de vision ! »

Il releva sa main droite où trônait Luffy et l'agita de manière à attirer l'attention dessus.

« Ace la vit tout de suite ! »

Sa main gauche se releva, en alerte.

« Suivant son instinct de grand frère, il court vers elle, » sa main gauche avança en direction de la droite, « mais, trop tard, la silhouette s'enfuit avant que le commandant n'ai pu la voir de plus près ! » Sa main droite s'éloigna à la même vitesse. « Alors le commandant la poursuit ! » Ne pouvant bouger ses mains plus loin, le narrateur marcha sur son estrade pour garder l'impression de mouvement des marionnettes. « Il courut ! Il courut jour et nuit ! »

« Je pense que le commandant court plus vite. » Critiqua le numéro 44, écrivant, sans le savoir, son nom sur la liste des futures victimes du numéro 1.

Tenant compte de cette critique importune, le marionnettiste trottina dans la salle, suivant les murs et n'hésitant pas à écraser ses camarades de division.

« Il court ! » Lâcha-t-il entre deux respirations haletantes. « Il court ! Et finalement… » Le numéro 1 finit son tour de la salle, le souffle coupé. « Et finalement… »

« Il a amélioré son cardio ! » Proposa le numéro 32.

« …il arrive sur la Moby Dick ! » Corrigea le numéro 1.

« Waw, il a traversé Grand Line en courant ? »

« Je savais qu'il était vigoureux, mais pas à ce point ! »

« Il sait courir sur l'eau ? J'espère qu'il voudra bien m'apprendre ! »

« Mais quel est l'intérêt de son Striker alors ? »

« Voulez-vous bien vous concentrer sur le plan ! » Demanda le numéro 1. « Tout le monde a suivi ? »

« Il y a quelque chose que je n'ai pas compris ! » Avoua le numéro 67 en levant la main. « Pourquoi ne prend-on pas le vrai petit frère d'Ace pour jouer l'appât ? Par chance, on le tient justement. »

Le numéro 1 resta silencieux un moment. Le plan avait été imaginé avant l'arrivée du petit frère et la seule mise à jour à laquelle il avait pensé, était d'utiliser les mensurations du vrai chapeau de paille pour rendre leur appât plus réaliste.

« Père risque de s'en apercevoir. » Expliqua le numéro 6.

« Tout à fait. » Acquiesça avec urgence le numéro 1, sautant sur l'occasion pour se sauver.

« Et, en cas de problème, on aura toujours le petit frère en otage. » Continua le numéro 6, devenant le sauveur et héros de son frère numéro 1.

« Logique. » Concéda le numéro 67.

« Bien, maintenant que tout le monde a compris le plan, » reprit le numéro 1, « il ne reste plus qu'à désigner les volontaires. Les numéros commençants par sept se chargeront de trouver un appât similaire au petit frère d'Ace. »

Le numéro 7 agita sa main.

« Je rentre dans cette catégorie ? »

« Tu commences par sept ? » Renvoya le numéro 1.

« Je ne suis que sept. »

« Donc tu commences par sept, prépares ta valise. Les numéros commençant par 8 se chargeront de retrouver le commandant et de l'attirer vers la Moby Dick. »

« Pourquoi ces numéros spécifiquement ? »

« J'ai lancé un dé. » Mentit le numéro 1. « Maintenant que cette affaire est réglée, nous allons pouvoir passer au deuxième point de notre réunion. » Il retira ses chaussettes des mains et les rangea dans ses poches pour une potentielle utilisation ultérieure. Après tout, elles étaient tellement belles, numéro 1 comptait bien les réutiliser. « Que faire du sabreur qui colle le petit frère d'Ace ? Devons-nous le protéger ou nous en débarrasser ? »

Zoro avala une autre gorgée d'alcool. Parlaient-ils de lui ?

« Je trouve qu'il a une mauvaise influence sur lui ! » Commenta le numéro 17, sous les approbations de ses voisins. « Tomber du ciel sans préavis sur un navire pirate et détruire leur plancher montrent un manquement incroyable de bienséance. »

« Et avez-vous vu son allure ? » Demanda un gros costaud couvert de cicatrice, aux dents jaunes déchaussées et désordonnées, avec un anneau sur la lèvre inférieure auquel était rattaché un œil humain. « Il n'inspire pas confiance. »

Ses camarades approuvèrent vivement.

« Votons ! » Proposa le numéro 1. « Qui est pour s'en débarrasser discrètement ? »

Tous les bras se levèrent.

« Qui est pour qu'on le laisse importuner et montrer le mauvais exemple au petit frère d'Ace ? »

Un bras se leva. Celui de Zoro.

La salle le fixa intensément.

Impossible.

Il ne pouvait pas être là.

Mais si. Une bouteille vide dans les mains, Zoro, non seulement espionnait les membres de la seconde division, mais en plus, participait aux votes. Comme si la deuxième division était intéressée par son opinion.

« Je vous avais dit qu'il était malpoli. » Chuchota le numéro 17.

« QU'EST-CE QUE TU FAIS LÀ ?! » Rugit le numéro 1.

« J'étais là avant. » Assura Zoro. Il pointa une montagne de bois. « Je dormais derrière les caisses. »

« La moindre des choses aurait été de faire connaître ta présence ! » Cria le chef de bande.

« Je n'osais pas vous interrompre. » Ricana Zoro. « Ce serait vous manquer de respect. »

« Il se moque de nous ! » Remarqua un petit malin.

« Très jolies chaussettes. » Continua le vert, hautement amusé.

« Il était là depuis le début ! » Comprit l'une des flèches de la division en portant une main à sa joue, épouvantée.

Le grand chef pencha sa tête en avant, cachant la partie supérieure de son visage.

« Puisque tu es là, loin de tout témoin… » Il releva la tête avec un sourire perfide. « Personne ne le saurait s'il t'arrivait quelque chose. »

Les yeux de l'assistance se mirent à briller avec des éclats meurtriers.

« Tuez-le ! » Commanda le meneur.

Et la deuxième division se jeta sur l'épéiste.


Vista rentra joyeusement dans sa chambre, comblé par les évènements de la journée. Leurs hommes faisaient n'importe quoi, comme d'habitude, et parvenaient à surpasser toutes ses attentes. Il n'aurait pas pu créer pire désordre en étant aux commandes. Vista essuya une larme solitaire. Il était si fier de ses frères !

Mais ses pensées furent soudainement interrompues par la vue d'un immense colis sur son lit. Était-ce les fameux pots de peinture d'Atroce-Ville qu'il avait commandés la veille ? La peinture qui, selon la légende, devient transparente quand elle est nettoyée, pour ensuite réapparaître dans les vingt-quatre heures ? Une peinture à rendre fous les maniaques ! (Et ses frères responsables du nettoyage.)

Vista enjamba rapidement la distance le séparant de sa surprise et attrapa le papier d'emballage, le déchirant partiellement.

Mais sa peinture ne devait-elle pas arriver le mois suivant ? Et puis, il n'en avait pas commandé tant. Certes, assez pour repeindre tout le dortoir de sa flotte et qu'ils, à leur tour, repeignent les chambres de toutes les personnes qu'ils soupçonneront avoir repeint leurs murs. (Vista prendra, bien évidemment, soin de verrouiller la porte de sa chambre.) Mais ce colis avait l'air très gros. Trop gros.

Vista se stoppa. Il fixa le colis légèrement déchiré sur son lit d'où un peu de tissus blancs dépassaient.

Cette histoire était louche. Il inspecta rapidement le paquet et trouva une étiquette qui pendait sur le côté. Vista l'attrapa et la détacha.

Ah. Le colis n'était pas pour lui. Il était pour Ace. Vista œilla le colis partiellement détruit sur son lit.

Avec un peu de ruban adhésif, il serait comme neuf ! Et puis, pour la défense de Vista, ce n'était pas sa faute si un de ses frères s'était trompé de chambre en déposant le colis d'Ace. À moins, bien sûr, que le fameux frère soit de sa division. Passons sur les détails. Ace n'avait pas qu'à commander un colis en même temps que lui. Ou, au moins, être là pour le réceptionner ! La Moby Dick n'était pas un centre postier. D'ailleurs, il ne devait pas tant tenir à ce colis pour ne pas le rediriger vers lui.

Vista, le menton levé, fixa le colis.

Ce colis ne devait pas être si important. S'il l'était, Ace n'aurait jamais eu la stupidité de le faire livrer sur la Moby Dick, là où n'importe qui aurait pu le réceptionner. Là où n'importe quel frère malintentionné aurait pu l'ouvrir dans son dos. Là où la curiosité pouvait prendre le dessus sur le respect de la vie privée de chacun à n'importe quel moment.

Ace n'était pas si stupide malgré les bruits qui courraient.

Et puis, s'il l'était, était-ce de la faute de Vista ?

Enfin, heureusement pour Ace, Vista était un grand frère honorable. Il n'oserait jamais toucher à ce qui ne lui appartenait pas. Vista était au-dessus de ces enfantillages. Mieux, il allait réparer ses bêtises.

Il se retourna et marcha jusqu'à son bureau. La couleur du bois était invisible sous le tas de paperasse que les hommes de sa division avaient jeté dessus. Aucun respect pour les affaires des autres ! Heureusement que Vista était là pour améliorer le niveau. Il souleva trois feuilles tatouées du mot « URGENT » en rouge, et attrapa le ruban adhésif et la paire de ciseaux qui se trouvait en dessous. Au moins, les affaires qu'il avait volées à Joz étaient restées à leur place. Autrement, Vista aurait pu passer la journée à les chercher ! Ou piquer celles de Blamenco, étant donné qu'il avait déjà égaré celles d'Atmos.

Bref. Armé des ciseaux et du ruban adhésif de Joz, il retourna près de son lit pour réparer son malencontreux impair. Le colis d'Ace l'y attendait sagement. Vista tira sur le ruban adhésif, ouvrit sa paire de ciseaux, et allait couper le ruban quand il perdit malencontreusement son équilibre et découpa le reste du papier d'emballage.

Mais quel maladroit ! Sa paire de ciseaux en main, Vista était dévoré par la culpabilité. Il ne s'en remettrait jamais !

Il secoua la tête en regardant le tissu plié qu'avait dévoilé le colis. Probablement une robe qu'Ace avait achetée pour leur Père. Un cadeau de fête des Pères ou d'anniversaire, pas que quiconque ait réussi à obtenir la date de naissance de Barbe Blanche à bord. Ils avaient cependant décidé de fixer une date pour l'évènement. Malheureusement, tout le monde voulait que Père soit né le même mois qu'eux. Il avait donc été décidé que l'anniversaire de Barbe Blanche changerait de mois chaque année. Si Vista se rappelait bien, cette année, son anniversaire était le douze juin. Le nombre exact était tiré au dé par le pirate tiré au chapeau par le commandant ayant trouvé le plus beau papillon, lui-même élu par Père et les infirmières.

Ce système avait été un peu difficile à choisir. Et il n'avait même pas été suivi l'année où Vista avait ramené le plus beau papillon (cent dix pour-cent des voix avaient voté pour lui !) et qu'il avait coïncidentalement pioché son nom dans son chapeau. Ce magnifique système avait alors été jeté à l'eau sous le prétexte d'un soupçon de triche. Vista avait été écarté de la compétition, et le droit d'élire le chançard qui lancerait le dé avait été délégué à Curiel. Injustice !

Mais ils avaient encore le temps avant juin. Vista allait devoir attendre quelque temps pour enfin voir la merveilleuse robe qu'Ace et ses goûts vestimentaires indéniables avaient pu choisir. Vista allait, bien sûr, être patient.

Il attrapa les morceaux découpés du papier d'emballage pour les rassembler sur le lit et les coller ensemble, quand sa main glissa et renversa le tissu sur le sol. Vista se précipita pour sauver le tissu. Il l'attrapa et le souleva, le dépliant fâcheusement dans le processus. Qu'il pouvait être gauche parfois !

Ne pouvant détourner les yeux de sa sottise, il regarda le tissu face à lui avec effarement.

Ce n'était pas une robe pour Père.

C'était mieux.


Je n'ai rien trouvé de mieux que l'italique pour le sarcasme...

Alors ce chapitre vous a plû ? Toutes mes excuses pour la lenteur de sa sortie. Et merci de m'avoir secouée pour que je me prenne en main et sorte la suite ! J'aime vraiment ce que j'écris, mais j'ai toujours tellement de mal à reprendre quand je m'interromps, que mes pauses durent toujours une éternité... N'hésitez pas à me secouer si vous voyez qu'un chapitre tarde à sortir ! Surtout maintenant, vous pouvez envoyer des pm, ils ont remit l'envoie des mails associés !

Merci beaucoup pour votre soutien !

À la prochaine !