Cet OS a été écrit pour la 157e nuit du FoF, en une heure pour le thème « projet ». Le FoF est un forum rassemblant tous les francophones de FFnet (lien sur mon profil et dans mes auteurs favoris) où l'on peut discuter de fanfiction et s'amuser au travers de jeux d'écriture. Vous serez toujours les bienvenu.e.s si vous souhaitez nous rejoindre !


Lorsque, embarqué dans cette guerre qui l'avait si vite dépassé, Regulus avait réfléchi à ses alternatives, son frère avait malheureusement été la première personne qu'il avait écartée de ses options pour aller chercher de l'aide. Il avait caressé l'envie de lui écrire une lettre et de lui ouvrir son cœur, en espérant que quelque part, quelques-uns de ses mots puissent traverser le mur qui s'était érigé entre eux mais il avait finalement renoncé. Le rejet serait pire que de ne même pas essayer.

Parfois, Regulus tentait de refaire l'histoire et de se demander à quel moment leur lien fraternel s'était inexorablement tari. Contrairement à ce que racontait la rumeur sorcière, ça n'était pas lorsque Sirius avait été admis à Gryffondor. Bien sûr, cette répartition avait fait des remous au sein de la famille mais Sirius restait son grand frère et Regulus ne voulait rien plus fort que d'avoir son attention.

Ça fonctionnait, la plupart du temps. Sirius adorait jouer les aînés et abreuver son petit frère d'un tas de leçons sur la vie, puisqu'il en savait forcément davantage du haut de son année d'écart. Mais puisque Regulus adorait écouter, tout était en ordre.

À la fin de sa première année à Poudlard, Sirius avait passé son été à inonder Regulus d'un tas d'histoires sur le château et Regulus n'en pouvait plus d'attendre.

« Tu sais », chuchotait-il à l'oreille de son petit frère lorsque leurs parents n'écoutaient pas « c'est très cool aussi à Gryffondor, faut pas avoir peur d'y aller. Ce serait trop bien que tu sois avec moi à Gryffondor, Reg, non ? »

Et Regulus, contre tout ce qu'il avait cru possible jusqu'à quelques semaines auparavant, avait espéré avec force durant tout le mois d'août qu'il irait à Gryffondor.

Jusqu'au moment où le Choixpeau avait été posé sur sa tête et la voix lui avait demandé s'il en était bien sûr. Il avait douté d'un coup, avait pensé à ses parents… Puis à son frère, puis à ses parents à nouveau… Jusqu'à ce que le Choixpeau ne crie « Serpentard ! », le sortant d'une transe anxieuse dans laquelle il n'avait même pas eu conscience de s'être plongé.

Sirius était déçu, il l'avait vu à l'instant où ses yeux avaient croisé les siens alors qu'il se dirigeait vers la table opposée à la sienne. Sirius était déçu mais ses parents étaient fiers, et Regulus avait très mal dormi cette nuit-là.

Dès le lendemain, dans la grande salle au petit déjeuner, Regulus avait pris son courage à deux mains et s'était dirigé vers la table des Gryffondors. Ignorant les regards désapprobateurs de ses camarades de promotion, il avait lancé un « salut, Sirius », timide.

« Reg ! » Avait souri son grand frère et ça avait suffi à réparer toutes les angoisses qui l'avaient privé de sommeil. « Alors c'est comment, chez les petits serpents ? » Son meilleur ami, James, l'avait bien dévisagé mais puisque Sirius avait réussi à l'ignorer, Regulus n'avait eu aucun mal à en faire de même.

Non, ce n'était pas cette différence de répartition qui les avait éloignés, selon Regulus. Durant sa première année ils se voyaient plutôt régulièrement et, bien que leur maison fussent ouvertement reconnues comme les meilleures ennemies, les frères Black semblaient s'être implicitement entendus pour une politique confinant au « tous des pourris chez les voisins d'en face, sauf mon frère » et cela fonctionnait. Leurs amis respectifs ignoraient simplement ces instants de retrouvailles et cela fonctionnait.

Non, ce n'était pas ces satanées maisons de Poudlard qui les avaient séparés, selon Regulus. C'était un… PROJET (à prononcer avec un air mystérieux de circonstance), dans lequel son frère s'était jeté à corps perdu à compter de la fin de sa deuxième année. Il ne parlait que de ça, ne jurait que par ça, sans jamais dire de quoi il s'agissait. C'était énorme, c'était absolument fou mais non, il ne pouvait rien dire. Il en parlait tout le temps mais il ne pouvait pas en parler, voyez-vous. Et ça rendait Regulus absolument furieux. Sirius aurait voulu lui faire ressentir ce qu'était l'exclusion de la façon la plus brute, il n'aurait pas pu s'y prendre autrement.

À chaque vacances, il s'enfermait dans sa chambre pendant des heures, arguant qu'il avait des lectures à faire… Était-ce scolaire ? Pas vraiment… Et il s'enfuyait avec un clin d'œil qui ne voulait rien dire, si ce n'est que personne ne pouvait comprendre et qu'il s'enorgueillissait qu'il en soit ainsi.

Bien sûr, ils continuaient de partager des moments ensemble. Parfois. De moins en moins. Sirius n'avait pas le temps, comprenez-vous. Était-il devenu ministre ? À Poudlard, lorsqu'ils se voyaient, il n'était pas rare qu'il le plantât là, justifiant d'avoir quelque chose d'urgent à dire à ses amis… Et, tandis que Regulus regardait, Sirius se mettait en scène, fourmillant de messes basses complices avec d'autres que lui. Il n'était plus le détenteur de ses secrets, alors qu'il les avait toujours gardés avec un sérieux militaire, conservant sa bouche fermée même lorsqu'il était si tenté de faire le fier en racontant quelles histoires incroyables son grand frère lui avait confiées.

Regulus n'avait jamais su quel était ce projet mais il avait toujours su, avec certitude, qu'il le détestait de tout son être. Ce projet lui avait appris une leçon douloureuse : lorsque les liens se renforcent quelque part, ils se distendent ailleurs.

Apparemment, ce projet n'avait pas laissé de place pour lui et maintenant, alors qu'il cherchait désespérément une issue pour se défaire d'un engagement chez les mangemorts qui le rongeait chaque jour et que tout le monde le regardait comme le dépositaire de la fierté des Black, Regulus ne s'était jamais senti aussi seul.