Quatre jours sont passés depuis leur mésaventure. Ils sont restés enfermés tout le long. Ils se sont contentés d'ouvrir seulement le volet pour vérifier que personne ne soit près de leur arbre. Et ils sont seulement sortis rapidement pour se soulager.

La cheville de Drago va beaucoup mieux et les blessures de Ron se soignent bien.

Ils ont passé leur journée à discuter, à parler du lycée, de leurs disputes, de leurs enfances, de leur logement actuel, de leurs affaires qui les attendaient, de ce qu'ils souhaiteraient installer ici s'ils devaient rester plus longtemps. Drago s'est également entraîné avec la baguette de Ron. Ils ont décidé dans un commun accord que Drago devait pouvoir être sûr de l'utilisation de la baguette. D'autant plus qu'ils se sont également décidés à créer une barrière magique autour de leur camp pour se protéger. Mais Ron ne connaît pas « protego maxima ». Seul Malfoy sait le faire, comme Hermione.

Évidemment ces quelques jours sont aussi agrémentés de dispute entre eux pour des choses sans importances mais qui leur rappelle qu'ils sont toujours bien eux : un serpentard et un gryffondor qui cohabitent.

La seule chose supplémentaire et qui n'est pas des moindres c'est leur rituel chaque nuit. Ils entrelacent leurs doigts et collent leur paumes. Ils savent qu'ils sont l'un à côté de l'autre. Et tous les bruits extérieurs semblent être plus loin. Ça rassure Drago et ça donne du courage à Ron.

Quand vient le cinquième jour, ils décident de sortir. Malfoy maîtrise assez la baguette de l'aurore pour pouvoir faire le sort de protection. Ils sortent sous la cape, presque accroupis comme ils sont trop grands. Et il lance le sort. Cela met du temps. Il faut rester concentrer et ne pas se tromper d'une seule syllabe. Mais Drago l'a déjà utilisé une fois dans sa chambre, chez ses parents, pour fuir Greyback. Il peut y arriver. Surtout que cette fois il n'est pas seul. Ron est là. Après de longues minutes, la protection est mise. Ils devront malheureusement attendre un événement pour être sûr qu'elle fonctionne et seront dans l'obligation de la refaire plusieurs fois pour l'entretenir. La barrière n'est pas définitive.

« On s'en sort bien, ose Drago. On va pouvoir se laver et récupérer notre linge qui sèche depuis plusieurs jours.

-Je rêve d'un bain ! »

Sans plus attendre, il voit le rouquin s'éloigner vers leur point d'eau. Il le suit avec un sourire, se déshabillant aussi. Une fois tous les deux nus, ils entrent dans l'eau. Ron rapidement et Drago, très lentement. Il prend le temps de se mouiller la nuque, le ventre. Il frissonne et grimace en entrant entièrement dans l'eau. Il doit être assit pour avoir de l'eau jusqu'au ventre. Ils utilisent le shampoing et le savon qu'ils avaient laissé caché dans les rochers près de la fissure.

« Ça fait tellement de bien, s'esclaffe Ron avec un énorme sourire.

-Ne m'en parle pas. Je revie. »

Tout en disant ça, Drago se lave les jambes et les pieds. Il fait mousser son corps. Il relève les yeux sur le gryffondor qui le regarde.

« Oui ? »

Il hausse les sourcils en voyant Ron rougir et bafouiller. Il a l'air de chercher quelque chose à dire. Il finit par dire sans articuler :

« Tu peux me laver le dos ? »

Ça ressemble à une excuse bizarre mais ça ne le dérange pas. Il va en profiter pour regarder et nettoyer les plaies. Il se met debout et vient vers lui.

« Pas du tout. Tournes toi. »

Comme Weasley obéit, il prend du savon et il vient frotter son dos. Il fait d'abord tourner le produit au milieu de son dos. Puis il remonte. Il retire les bandages et vérifie que tout va bien. Il nettoie les plaies alors que le corps de Ron se tend. Il redescend ensuite pour frotter encore le milieu du dos. Et enfin il descend. Il en profite pour observer sa carrure, sa peau. Il est parsemé de tâches de rousseurs et de quelques grains de beauté. Il en a vraiment partout. Il passe ses doigts aux endroits où il en a le plus. C'est comme une nuée d'étoiles. Il suit la constellation de ses grains de beauté pour s'arrêter au plus bas. Celui au-dessus de sa fesse droite.

Un gémissement le fait sortir de sa contemplation. Il relève la tête et regarde l'arrière de celle de Ron. Ses oreilles et sa nuque sont rouges.

« Tu peux te rincer, s'empresse de dire Drago en reculant. »

Il ne dit rien de plus et il va sous la source qui s'échappe de la fissure dans la falaise pour se mouiller les cheveux. Il entend l'aurore derrière lui qui patauge dans l'eau. Il essaie de ne pas penser à ce qu'il vient de faire. Ses joues le brûlent déjà assez de honte. Il se lave les cheveux et se les rince. Quand il sort de l'eau, son compagnon est déjà en train de se sécher plus loin. Il ne le regarde pas. C'est accompagné d'un long silence, qu'ils s'habillent de vêtements propres et qu'ils récupèrent toutes les affaires laissées dehors pour les rentrer. Mais au lieu de rester dedans, Ron reprend sa baguette et sort de l'arbre. Il reste dans le camp mais il utilise le bois qui lui restait pour faire des coffres et un énorme bac.

Drago ne lui demande pas ce qu'il fait et surtout pourquoi. Il le regarde depuis la fenêtre, surveillant les alentours, tout en pliant le linge. Il vérifie la nourriture et range leur habitat.

Une heure plus tard, il apporte à Ron une bouteille de jus d'orange dilué avec de l'eau.

« Tiens. Le soleil commence à monter, s'explique-t-il, tu dois commencer à avoir chaud.

-Merci. »

L'aurore prend la bouteille sans le regarder. Il boit. Il regarde sur le côté, laissant Drago observer son profil. Puis, comme le serpentard ne bouge pas, Ron tourne la tête et leurs yeux se croisent enfin.

« Pourquoi tu as fait ça, demande brusquement le rouquin.

-Fait quoi, joue à l'imbécile Drago.

-Drago, persiste le gryffondor. Tu sais très bien de quoi je parle. Ce que tu as fait tout à l'heure. A mon dos. »

C'est au tour du blond de ne pas oser le regarder cette fois-ci. Il baisse les yeux, cherchant quoi dire, puis quand il trouve, il croise à nouveau ses yeux.

« Pourquoi tu m'as regardé quand j'étais assit ?

-Je... Commence en rougissant à nouveau Ron, je t'ai pas... »

Aucun d'eux ne parle. Ils se regardent simplement avec le visage écarlate. Drago s'écarte d'un pas tout en reprenant la bouteille que lui tend Ron. Mais au lieu de la ramener à l'intérieur il la laisse par terre, à côté du griffon.

« Garde là. »

Il retourne à l'intérieur. Sa tête tourne dans tous les sens. Il se demande à quoi il joue. Il n'a jamais ressenti des choses comme ça. Il pose une main sur son ventre alors qu'il a la sensation d'avoir des papillons dedans. Il ne pensait pas un jour pouvoir ressentir ce genre d'émotion, d'envie. Il n'a jamais été intéressé par personne au lycée. Et il pensait encore moins que ça puisse lui arriver après que les mains de Greyback l'aient touché.

Pourtant, ses envies sont bien présentes. Tout à l'heure, alors qu'il frottait le dos de Weasley, il a eu envie de lui caresser.

Cette révélation le glace.

Il pose une main sur ses lèvres alors que ses yeux sont écarquillés. Ça ne peut pas être ça. Certainement pas. C'est cette île. Ce sont les derniers événements. Ça lui a retourné la tête.

Il s'égare sur un chemin qu'il a peur d'emprunter. Il doit prendre ses distances. Il doit ne plus penser au gryffondor. Il doit s'occuper.

Il va récupérer ses plantes séchées et il décide de les écraser et de les ranger bien ordonnées dans des petits sachets qu'il fabriquent avec le t-shirt troué que Ron portait lorsque le cerf l'a blessé. Il n'a pas assez d'ingrédients pour faire des potions dignes de ce nom. Mais il verra avec Ron à trouver ce qu'il faut s'ils restent plus longtemps que prévu.

Ce qui est déjà le cas. Ils n'ont toujours aucune nouvelle des autres. Ils n'ont rien. Aucun signe, aucun espoir. Est-ce que Potter et Granger auraient oublié leur ami ? Ça lui semble impossible. Mais il y a peut être des difficultés. Leur mission était secrète et périlleuse. Peut être que le ministère a peur d'envoyer une autre équipe pour qu'elle disparaisse aussi.

Cela doit faire plus de dix jours qu'ils sont ici. Et pour l'instant, ils n'ont vraiment aucun indice. Mais il garde espoir. Comme il le pensait, c'est impossible que les amis et la famille de Ron l'oublient. Même si le gouvernement craint d'envoyer un autre groupe sur l'île, les deux gryffondors feront tout pour retrouver leur ami. Quitte à venir ici seuls.

Mais cela risque de prendre du temps. Ils doivent commencer à penser à l'éventualité de rester sur cette île plus longtemps. Ça lui fait peur de penser à ça. Il en a des frissons. Mais il faut s'y préparer.

Il regarde leur valise de nourriture. Ils ne pourront pas continuer à tenir avec ça. Ils doivent trouver un autre moyen de se nourrir.

Mais il n'y connaît rien à la survie. Ça ne l'a jamais intéressé. Il a toujours su que, quoi qu'il arriverait, il aurait assez d'argent pour vivre sans avoir besoin de travailler. Il est en terrain vraiment inconnu. Mais heureusement, il s'y connaît assez en botanique pour au moins savoir faire pousser quelque chose. Il doit juste se préparer mentalement à mettre les mains dans la terre.

Il regarde par la fenêtre Weasley qui finit la création d'un bac. Il croit comprendre ce qu'il est en train de faire. Il vient alors rapidement à la fenêtre et il l'appelle :

« Weasley !? C'est un bac pour des plantations ? »

Il hausse les sourcils en voyant le regard étonné de Ron avant qu'il réponde tout penaud.

« Bah... Si tu veux. Je sais pas trop ce que j'étais en train de faire. Mais je peux te mettre de la terre dedans.

-Il faut que l'on aille explorer, acquiesce Drago avec regret. On a besoin de choses à planter. »

Il quitte la fenêtre et descend. Il allait sortir de la cabane quand son compagnon lui rentre dedans. Le gryffondor vient lui prendre les bras pour l'empêcher de tomber.

« Malfoy. Je croyais que tu voulais rester ici. »

Il sent son cœur s'affoler aux gestes du rouquin. Il s'empresse alors de se libérer de ses mains avec un air de dégoût face à sa propre réaction.

« Weasley. Je ne sais pas si tu as remarqué, mais ça fait plus de dix jours qu'on est coincé ici. Et il nous reste de quoi manger pour quinze jours, si on fait attention. Et trente, si on ne fait qu'un repas par jour. Mais il faut penser à après. Il est possible que le ministère n'envoie personne.

-J'y ai pensé, avoue Ron avec désespoir et une pointe de colère dans la voix. Tu es seul alors ils ne t'ont rien dit. Mais on m'a demandé de donner aucun détails à mes proches et de ne pas leur dire pour combien de temps je partais. Et j'ai dû aussi leur dire que je pourrais pas les contacter là bas. Pour éviter de laisser fuiter des infos. Donc personne ne sait que c'est pas normal qu'on ne soit pas rentré si le ministère ne leur a rien dit. »

Cette révélation retourne l'estomac de Drago. Il avait peur de penser à cette éventualité. Mais c'est logique. Comme ça, si quoi que ce soit arrive, le ministère a le temps d'essayer d'arranger la situation sans tomber sur Potter et Granger. Il doit paraître au bout de sa vie, parce qu'il sent une main se poser sur son épaule, timidement. Et quelques mots maladroits quittent les lèvres de Ron :

« Malf... Drago. Si ça se trouve le ministère va pas tarder. Il sera p't'être là demain. Faut pas tirer cette tête... »

Il relève les yeux et regarde l'aurore. Il prend une grande inspiration et déclare en ayant l'air le plus possible sûr de lui :

« On doit partir explorer. Il faut absolument trouver de quoi survivre si on reste ici plus de quinze jours.

-Sinon j'utilise accio.

-Pour attirer les monstres jusqu'ici quand ils suivront les objets volants dans la forêt ? Non Weasley. Sers toi de ta tête. On peut pas. Faut y aller.

-Dans tous les cas, tu peux rester ici, Malfoy. Façon, sans baguette, tu sera pas utile. Sers toi de ta tête aussi, envoie pour se venger Ron.

-Qui t'a sauvé la vie la dernière fois ? Demande, en plissant les yeux et en retroussant le nez, le serpentard.

-J'aurais pu m'en sortir.

-Oh sûrement. En tout cas, ça en avait tout l'air, répond sarcastiquement Drago. Je tiens d'ailleurs à te féliciter d'avoir gentiment accepté ces souvenirs du cerf. »

il montre d'un signe de main les blessures à ces épaules.

« C'est bon Malfoy. Ferme là. »

Les joues de Ron s'empourprent de colère. Mais le serpentard continue :

« Ou tu parles peut être de juste avant ? Quand tu as voulu jouer au prince charmant en croyant m'entendre hurler alors qu'au final c'est moi qui t'ai sorti de... »

Il se retrouve soulevé par le col et plaqué contre l'une des parois de l'arbre.

« La ferme je t'ai dit ! »

La voix de Ron est pleine de frustration et son visage est déformé par la honte et la colère.

« Je te propose de rester parce que t'as l'air terrifié ! Tu crois que j't'entends pas gémir et pleurer la nuit ? »

Sa colère s'adoucit et il détend un peu sa prise sur Malfoy, sans le lâcher.

« Je t'ai déjà mis en danger parce que j'ai pas été assez prudent. C'est ma faute ce qui est arrivé l'autre jour. Je veux pas que ça arrive encore. Alors je préfère que tu reste ici Drago. Attends moi. J'irai chercher ce qu'il faut. Reste en sécurité. Tu es médecin et je suis aurore. C'est à moi de prendre les risques. C'est mon métier. »

Ils se regardent longuement sans rien dire. Puis Drago déglutit et parle doucement, à voix basse :

« C'est vrai, j'ai la trouille. Et je fais des cauchemars. Ça me fait peur cette île. Mais on sera plus efficace ensemble. On... On va veiller l'un sur l'autre. D'accord, ton métier c'est d'avoir l'habitude du danger. Mais, je suis médecin aux urgences magiques. Je fais face à des situations de stress intense.

-Drago tu...

-Non. On y va ensemble. De toutes façons, tu es incapable de reconnaître les plantes et à deux on ramènera plus de choses. »

Il pose ses mains sur les poignets de Ron pour lui faire lâcher son col, mais ça ne fonctionne pas. Le rouquin le tient toujours contre le tronc. Il ajoute alors :

« Et je ne te crois pas responsable. Tu as été un crétin, mais c'est pas nouveau Weasley, lance Drago avec un faux sourire moqueur. On est encore en train de découvrir comment fonctionne cette île et ces créatures. Alors c'est normal de tomber dans les pièges. Et je te rappelle que tu reste un gryffondor, tu es du genre à foncer sur le danger sans réfléch... ! »

Il se fait à nouveau plaquer contre le tronc avec force alors il gémit de surprise et de douleur. Il essaie de pousser Ron en plaquant sa main contre son torse. Il s'attend à l'entendre lui crier dessus pour ses derniers mots mais c'est une chose qui le laisse sans voix qui sort des lèvres du rouquin :

« Drago ! Comment tu fais ? Qu'est ce que tu fais pour me rendre comme ça alors qu't'es toujours un petit con ? C'est cette île c'est ça ? Pourquoi j'ai envie de te prendre dans mes bras ? Pourquoi j'ai envie de t'em... »

Il le voit se mordre les lèvres en grimaçant. Comme s'il retenait le dernier mot avec difficulté. Puis il le relâche soudainement. Ils restent tous les deux sans bouger, sans se quitter des yeux et sans un mot. Leurs visages sont rouges et le cœur de Drago bat à mille à l'heure. Alors ça doit être l'île. Si Weasley ressent la même chose, c'est que cela doit être l'île. Il ne voit pas d'autres explications. Ron semble avoir du dégout et de la peur pour ce qu'il vient d'annoncer. L'ancien mangemort choisit alors de calmer la situation d'une voix calme :

« On est tous les deux retournés par ce qu'on a vécu. On est désespéré et c'est un comportement naturel chez l'homme de se rapprocher et de s'accrocher aux autres qui vivent la même chose que nous. Ne t'en fais pas, tu n'es pas le seul à avoir ce genre d'envie. Moi aussi. C'est à cause de l'île.

-Comment faire, demande inquiet Ron, pour plus avoir ce genre d'envie ?

-On doit s'occuper. Je pense que c'est la meilleure chose à faire. Si on arrête pas la journée, on aura pas envie de penser à l'autre. On voudra juste se reposer et penser à sois.

-Je vois. Alors commençons par l'exploration. Ça devrait pas mal nous occuper.

-Je suis d'accord Weasley. »

Sur ces derniers mots, ils préparent leur expédition et sortent de l'arbre. Ils ferment tout et brisent la barrière pour sortir. Ils décident de descendre pour essayer de trouver les restes d'un campement dans la forêt ou quelque chose d'approximatif. Pour leur première sortie, ils préfèrent ne pas aller trop loin.