Ils descendent les parois rocheuses de la montagne. Grâce à l'ombre fournie par les arbres géants, la pierre est recouverte d'herbe et de mousses. De nombreux petits animaux se cachent entre les rochers et il peut en apercevoir tout le long de leur descente. C'est très agréable. Il en oublierait presque les monstres qui pourraient être cachés aussi, à les observer. Contrairement à lui, Malfoy est rapidement déconcentré par l'environnement. Il le voit s'arrêter, observer des plantes, récupérer des fleurs et surtout regarder ses pieds. Le serpentard n'est pas très adroit. Du haut de ses longues jambes fines, il ressemble à un homme sur échasse. Le véritable souci, c'est qu'il ne veut pas s'appuyer contre la roche et toucher la mousse humide et les potentiels insectes qui y vivent. Au lieu de ça, il se retrouve à glisser et à descendre sans pouvoir regarder autre chose que le sol.

« C'est pas comme ça que tu vas repérer des campements Malfoy. Et tu vas encore te péter la cheville.

-Il est pas question que je touche ces... trucs. Ça me dégoûte !

-T'es vraiment une chochotte. »

Même avec sa peur des araignées, il préfère s'appuyer contre les arbres, les branches et les rochers. Il craint plus le cerf et les cannibales que ses anciennes ennemies à huit pattes.

Ils parviennent enfin à un plateau. Il lui semble voir de là où il est, que ça descend à plusieurs mètres d'eux.

« Bon, commence-t-il, il faut qu'on voit si on trouve rien d'utile par ici. Cherche de ce côté, moi de celui là. Si on a besoin de s'appeler, on utilise les noms de code et pas nos prénoms.

-Comme convenu Weasley. J'ai pas une mémoire de troll.

-Je dis ça par habitude ! En mission, on doit juste rappeler les... »

Il ne finit pas sa phrase comme le crétin de serpentard s'éloigne déjà. Il soupire. Ça doit vraiment être une caractéristique de cette île. Des fois il a envie de frapper Malfoy et d'autres fois, il voudrait juste l'embrasser. C'est très frustrant. Hermione doit vraiment beaucoup lui manquer pour qu'il ait ce genre de désir pour un homme et surtout pour Malfoy. Bien sûr, il est capable de dire si un autre garçon est beau, il s'est déjà surpris à admirer le corps de Krum ou de Dean. Mais c'est parce qu'ils sont bien battis. Tous les garçons doivent les observer. C'est quelque chose de normal. Il n'est pas gay. Alors pourquoi Drago ? Il est pas particulièrement beau. Il est maigre, sans muscle, son visage est creux et son nez pointue, ses yeux sont peut être clairs mais ils ne sont pas aussi grand que ceux d'Hermione. Ses lèvres sont roses mais trop fines. Et ses cheveux sont presque blanc, on dirait juste un vieux !

Il serre les poings en réalisant qu'il pense à Malfoy. Il doit se concentrer sur leur objectif. Il est sensé s'occuper pour ne plus l'avoir en tête. Il repart alors en restant assez près du serpentard pour ne pas le perdre de vue. Il cherche entre les arbres et sous les feuilles s'il n'y a rien. Mais évidemment, il ne trouve rien d'intéressant. Il se stoppe soudain et s'accroupit quand il voit une biche plus loin dans la forêt. Il l'observe attentivement. S'il voulait, il pourrait sûrement la tuer et la ramener pour manger. Mais ils n'en ont pas besoin pour le moment. Ils ont encore assez de nourriture. Il regarde vers Drago qui est en train de ramasser quelque chose sur le sol. Aucun d'eux n'est pour le moment capable de préparer cet animal. Il a bien cuisiné des lapins avec sa mère ou des poulets. Mais là ça serait complètement différent. Il soupire et se remet debout. Un pas et le biche s'en va. Il sait qu'il faudra pourtant le faire quand ils auront faim.

Il retourne vers son compagnon d'infortune comme il ne trouve rien.

« Tu as des choses ?

-des champignons, répond Drago, et quelques feuilles qui pourront être utiles. Mais rien d'autre. »

Il regarde le sac ouvert que lui présente le serpentard. Effectivement, ils ne vont pas aller bien loin avec ça.

« Faut qu'on se déplace. On continue par là. On aura peut être plus de chance si on se rapproche de la mer.

-ou on devrait plutôt commencer par suivre la cascade à côté de chez nous. Les gens ont plus tendances à s'installer près de l'eau. Comme nous.

-... pas bête Malfoy. »

Ils se rapprochent alors de la cascade sur leur gauche et ils continuent de descendre. Ils sont encore loin de son point de chute, mais ils décident d'aller de plateau en plateau le long de l'eau.

Malheureusement, ils ne trouvent rien. Après plusieurs heures et comme ils craignent que le soleil ne se couche, ils remontent. L'ascension est plus difficile que la descente.

Quand enfin, ils arrivent à leur arbre, le soleil se couche de l'autre côté de la montagne et déjà il commence à faire sombre.

Ron confie à son ancien ennemi sa baguette et il le laisse lancer le sort de protection autour de la maison.

Ils n'ont rien trouvé aujourd'hui. Ça le déçoit. Mais cette excursion a été utile tout de même. Drago a raison : ils ont besoin de faire des choses pour ne pas penser à l'autre. Ce soir là, il s'endort rapidement après avoir manger et pour la première fois depuis plusieurs jours, sans prendre la main du serpentard.

Quand il se réveille le lendemain, il pleut. Drago pose des biscuits sur la table et du café qu'il a fait chauffer avec difficulté dans un des paquets vides de nourriture.

« Bonjour, commence le serpentard. Prends ton petit déjeuner. Je pense que notre excursion va être compliquée aujourd'hui. Vu la pluie qui tombe.

-Hum. Faudra faire gaffe. »

Il prend un paquet de biscuit.

« Merci. »

Il mange et boit sans rien dire. Il observe son compagnon de voyage en plissant un peu les yeux. Il a quelque chose de changé. Il l'observe en détails mais il n'arrive pas à savoir quoi. Puis soudain, il remarque qu'on dirait qu'il est maquillé.

« Mal... Malfoy. Tu t'es maquillé ?

-Pardon ?

-Tes lèvres, lui dit Ron en pointant du doigt sa bouche, elles sont rouges. »

Il hausse les sourcils en voyant le blond poser ses doigts fins sur ses lèvres.

« Ah bon ? »

Soudain Drago le regarde en semblant comprendre. Il lui annonce avec un air désespéré par lui même :

« J'ai tenue des feuilles dans ma bouche. Elles ont du me tacher les lèvres. C'est rien. C'est pas du maquillage. »

Il se met à rire avant d'essayer de se nettoyer les lèvres.

« C'est bon ? J'en ai plus, demande Drago.

-Si. là. »

Comme Malfoy n'arrive pas à l'enlever, il se rapproche de lui. Il se penche un peu pour mieux regarder les lèvres.

« En fait c'est descendu même sous tes lèvres. Tu te rends compte que c'est débile ? Et si c'était du poison ? »

Il lui frotte les lèvres avec le pouce tout en lui tenant la joue avec son autre main. Ce crétin est vraiment pas doué. Il fait n'importe quoi. Il peut pas le laisser seul une minute. Il se demande comment il a fait pour survivre jusque là. Il ne s'était pas rendu compte à l'école qu'il était si maladroit. Il a l'air pourtant du contraire. Est-ce qu'il faisait semblant ? Est ce qu'il arrivait si bien à se maîtriser ? Ou est ce que c'est lui qui ne le voyait pas ? Mais maintenant qu'il y pense, Drago a toujours été très entouré. Il a toujours eu des gros bras à ses côtés. Est ce que c'était pour le protéger ? Pour l'aider ? Lui éviter des dangers ? Ou est ce que c'est simplement parce que c'est adorable d'être si tête en l'air. Peut être qu'ils voyaient en Drago autre chose qu'un gamin de riche.

Il met son pouce à la bouche, machinalement, et il revient sur les lèvres de Drago pour enlever la tâche. Mais à peine son doigt touche la lèvre fine du serpentard qu'il est repoussé brusquement.

« Ça va pas Weasley ? Qu'est ce qui te prend ?

-Qu... Quoi ? »

Il est assit sur les fesses comme on l'a poussé. Il regarde son ancien ennemi sans comprendre. Il ne s'est pas rendu compte de ce qu'il faisait.

« Qu'est ce qu'il y a ?

-Comment ça « qu'est ce qu'il y a », s'offusque Drago, tu viens de mettre de ta sa... de ta sal...

-Quoi ?

-Tu viens de mettre de ta salive sur ma bouche, rougit le serpentard.

-Non j'ai... Je voulais, bégaye Ron, je voulais juste nettoyer... C'est pas du tout ce que tu crois ! »

Il se lève rapidement et il avale vite son café. Il va ensuite dans la chambre. Il change de t-shirt, il enfile un jeans et une chemise et il descend. Au passage il récupère ses chaussures.

Ça l'énerve ! Il arrête pas de faire n'importe quoi avec Drago. Il a l'impression de se saboter lui même. C'est 'est ce qui lui a pris de regarder ces lèvres d'abord ? Et pourquoi il a voulu lui nettoyer ? Et pourquoi mettre sa salive pour le faire ?

Il traverse le pont et sort sous la pluie. Il donne un coup de pied dans un morceau de bois mais ça lui fait perdre l'équilibre comme il pleut. Il glisse alors et il s'étale sur le dos, dans la boue.

Derrière lui, il entend un éclat de rire. Il se retourne en se redressant, pour voir Drago à la fenêtre qui rit en se moquant.

« Toi... S'énerve Ron en se mettant debout. Tu vas voir ! »

Il a à peine le temps de faire un pas qu'il glisse à nouveau pour se retrouver, cette fois ci, le ventre dans la boue. Les éclats de rire sont encore plus fort. Il va le tuer. Il ne perd rien pour attendre. C'est de sa faute s'il est dans cette situation. Il essaie de se mettre debout mais il glisse trop. Il retourne alors sur le pont à quatre pattes. Une fois dans l'arbre, il retire ses chaussures et monte rapidement. Il est plein de terre. Il entend toujours les rires de Malfoy alors qu'il gravit les marches. Quand il arrive dans leur pièce à vivre, il le voit, allongé sur le dos, rire à s'en tenir le ventre.

« Malfoy !

-Attends, parvient à articuler le serpentard entre deux éclats de rire, à ma place tu aurais ri aussi ! Si tu t'étais vu !

-c'est pas un raison pour se foutre de ma tête ! »

Il vient vers lui. Il lui tire la cheville pour l'attirer et il grimpe sur son ventre sans savoir ce qu'il compte faire.

« Ah non ! Weasley ! T'es dégoûtant ! T'es plein de boue ! »

Tout en riant, Malfoy essaie de le repousser. Mais il est bien plus fort que lui.

« Tu as peur d'être sali ? Bah tiens ! »

Il prend de la boue sur son haut et il soulève celui de Drago pour lui mettre sur le torse et sur le ventre. Il est à califourchon sur lui ce qui empêche sa victime de se redresser. Il le sent se débattre et essayer de le pousser, en vain. Il prend d'autres boues et il vient en mettre dans la nuque de Drago. Il est stoppé par une main sur sa cuisse. Il baisse les yeux sur les doigts fins posés sur son jeans. Puis il regarde le visage de Drago qui est rouge.

Son cerveau s'est éteint.

Il se penche sur le garçon sous lui. Leurs lèvres ne sont qu'à quelques centimètres. Le temps est comme figé. Il n'y a plus de rires, ni de mouvements. Il entend juste leurs respirations rapides.

Drago murmure dans un souffle, tout en essayant sans conviction de le retenir :

« C'est mon premier baisé. »

Il ne sait pas pourquoi mais ça le motive encore plus à poser ses lèvres sur celles de Drago. Le gémissement de surprise du blond, lui serre le ventre d'excitation. Il pose ses coudes de chaque côté du visage de Malfoy et ses mains viennent dans ses cheveux fins. Il sent alors les lèvres venir goûter les siennes et les découvrir. Le baiser est maladroit et il le devient encore plus quand Ron ouvre ses lèvres pour venir pincer celles du médecin. La bouche de Drago s'ouvre un peu plus alors que ses mains viennent s'accrocher à la chemise de l'auror.

Leurs cœurs battent vite. Ils ne savent pas trop ce qu'ils font, mais le baiser devient de plus en plus intenses, jusqu'à ce que leurs langues se touchent et s'unissent. Ron peut sentir sous lui, le corps de Drago se tendre et ses jambes se serrer et se replier un peu. Sa chemise est aussi tirée un peu plus par les mains tremblantes.

Mais le baiser doit se terminer. Ils ne peuvent pas rester ainsi pendant des heures. Malheureusement. Leurs bouches se séparent alors dans un dernier gémissement. Ils s'observent dans les yeux sans saisir totalement ce qu'ils viennent de faire. Surtout Drago remarque l'auror. Il semble perdu. Ses joues sont encore rouges et ses pupilles dilatées. Ses lèvres sont également encore gonflées par le baiser. Il descend alors une de ses mains pour venir caresser du dos de son doigt, la bouche de Malfoy. Il a envie de l'embrasser encore.

Mais il est coupé par Drago qui détourne la tête pour dire en grimaçant :

« Eurk ! Tes mains sont sales Ron ! Me touche pas la bouche avec ! »

Il rougit mais lance avec un léger sourire :

« Tu préférais mes lèvres ? »

Il pose à nouveau une main sur la joue de Drago et il lui tourne la tête pour venir encore l'embrasser. Le baiser est rapide mais intense. Il a le temps de venir faire rencontrer sa langue avec celle de Malfoy. Mais le serpentard tourne à nouveau la tête. Il l'entend murmurer tout en cachant son visage avec ses mains rouge :

« Bien sûr. Mais c'est pas une raison pour m'embrasser encore. »

Ses mots sont étouffés par ses mains mais il continue de parler.

« tu m'as mis de la boue partout. »

Ron baisse alors les yeux et il le regarde, il les regarde tous les deux. Ils sont plein de boue et débraillés. Il s'écarte doucement et sort de sur Drago. Ils vont devoir se laver. Mais il a d'autres choses en tête pour le moment : leur baiser. Il se sent mieux et pourtant encore plus bizarre. Il est heureux d'avoir pu l'embrasser. Ça lui a fait du bien. Mais d'un autre côté, ça lui fait se poser encore plus de questions d'avoir apprécié. Il laisse alors le temps à Drago de s'asseoir et de retirer un peu de la boue pour parler :

« Je sais pas pourquoi j'ai fait ça, explique Ron. Mais, j'en avais envie.

-J'en avais envie aussi, avoue Drago alors qu'il ne le regarde pas dans les yeux. Mais qu'est ce que ça veut dire pour toi Weasley ? »

Il a peur de penser à ça, alors il préfère répondre rapidement, la chose la plus évidente qui lui vient :

« Je suis pas gay. Mais j'avais juste besoin d'embrasser quelqu'un.

-Je vois. »

C'est tout ce que lui répond Drago. Rien de plus. Il y a un long silence où personne ne bouge et où il ne parvient pas à voir l'expression du serpentard comme sa tête est baissée. Il le regarde ensuite se lever et descendre. Il soupire et se lève aussi. Il vient d'embrasser Malfoy. Il a aimé ça. Mais il est pas gay. Il n'aime pas Malfoy. Il ne peut pas se le voir ! Alors pourquoi est ce qu'il a le cœur serré de le voir s'éloigner de cette façon ? C'est pas comme ça qu'il aurait dû réagir.

Il descend en suivant et il se stoppe pour observer Malfoy se déshabiller.

« Qu'est ce que tu fais, demande Ron.

-Je vais me rincer sous la pluie. Et je me remets au lit. Ça sert à rien de sortir aujourd'hui. On va juste se mettre en danger. »

Il l'observe alors aller sur le pont et laisser les gouttes de pluie couler sur son corps fin. Et, pour la première fois, il voit la marque des mangemorts sur son bras. A chaque fois qu'ils se sont lavés, il était positionné d'une façon qui l'empêchait de la voir. Mais cette fois-ci son bras est tourné vers lui. Sa marque est là. Elle est dissimulée sous tout une série de blessures. Malfoy a essayé de se couper les veines. Ça le fige. Il ne bouge pas sous la révélation. Il avait déjà vu les nombreuses blessures. Il avait bien remarqué les griffures sur son corps. Mais il n'avait pas vu ça. Il relève les yeux et croise ceux de Drago. Il a vu qu'il regardait. Il baisse alors les yeux quand il le voit revenir. Il ne dit rien. Il le laisse passer près de lui et il l'entend dire avec du dédain et de la peine dans la voix :

« Ça t'a refroidi on dirait Weasley. Je sais que tu l'as vu. Tu l'avais oublié pendant le baiser, avoue. Mais elle est bien là et c'est un ancien mangemort que tu as embrassé. »

Il ne répond rien. Il le laisse monter. Il ne sait pas combien de temps il reste là, debout, devant le pont ouvert à laisser la pluie entrer dans leur arbre. Il finit par sortir de ses songes à cause d'un éclair qui gronde. Il se déshabille aussi et il sort se laver. Il revient et remonte le pont. Il retourne ensuite à l'étage. Drago a fermé le volet et il est dans l'obscurité de leur chambre. Il va enfiler un caleçon et un t-shirt et il vient le retrouver. Il entre dans le lit. Le blond lui tourne le dos. Mais il l'entend pleurer. Sans réfléchir, il vient contre lui pour entourer son corps de ses bras larges. Les mains fines de Drago saisissent ses bras et il l'entend pleurer plus bruyamment. Il ne sait pas quoi faire de plus, ni quoi dire. Il ne sait même pas pourquoi il fait ça. Pourquoi il a eu tant de peine pour lui. Pourquoi il a eu si peur de le perdre encore. Il se contente alors de le serrer contre lui, jusqu'à le sentir sombrer dans le sommeil. Il ne tarde pas à le suivre alors que l'orage gronde dehors.