Drago se réveille avec un mal de crâne. Il ne sait pas l'heure qu'il est mais il a l'air de faire encore jour. Il entend des bruits à l'extérieur mais il n'y prête pas attention. Il prend le temps d'émerger. Il se rend petit à petit compte qu'il est au chaud. Et il se sent « protégé ». Il ouvre les yeux et il tombe immédiatement sur le bras de Ron qui tient son torse. Et son autre bras est sous la nuque de Malfoy. Il referme les yeux alors que leurs baisers lui reviennent en mémoire. Il a embrassé Weasley. Enfin... Weasley l'a embrassé. Il a dû mal à y croire. Pourtant c'est arrivé. Il a encore la sensation de ses lèvres sur les siennes. C'était étrange. Agréable. Ça lui a donné des frissons et ça a serré son ventre.

Mais ce n'était rien pour le Gryffondor. Et comment on peut ne pas être gay mais vouloir embrasser un autre garçon ? C'est pas du tout logique. Il ne ressemble pas du tout à une fille et encore moins à Granger. Weasley a dû se recevoir un coup lors de l'attaque du cerf qui a détraqué son cerveau.

Il soupire et pose une main sur le bras de Ron. Il commence à lui relever mais au lieu de l'éloigner de lui, ça le fait se rapprocher. Il sent le torse du rouquin se coller à son dos. Il rougit. Le corps contre lui est chaud. Et maintenant, le souffle de Ron est dans sa nuque. Il sent ses poils se dresser comme il frissonne. Il devrait s'écarter rapidement. Mais il ne peut pas. Drago reste immobile à profiter égoïstement et sournoisement du gryffondor. Il avait besoin d'une étreinte et encore plus d'une étreinte qui fait frissonner son corps. Il serre ses cuisses alors qu'il sent le plaisir monter doucement. Ses pieds se frottent doucement l'un contre l'autre et il tourne un peu la tête pour sentir le souffle chaud contre son oreille. Il a l'impression d'être soudain dans une bulle. Il ne connaît pas vraiment tout ce qu'il ressent. Son corps n'a jamais été dans cet état avant et encore moins alors qu'on le tenait ainsi. C'est la première fois qu'il ressent du plaisir. Il ouvre soudain les yeux quand il entend la voix de Ron dans son oreille. Ça le fait un peu sursauter. Le griffon ne s'est pas réveillé mais ça lui a fait assez peur pour calmer son excitation. Il repousse plus directement le bras et il se redresse. Il se met debout et passe au-dessus de Ron pour sortir. Il referme bien le rideau avant d'aller se prendre une bouteille d'eau. Il boit de longues gorgées jusqu'à l'avoir presque finie. Il repose la bouteille en soupirant. Il ne doit plus laisser Weasley s'approcher autant de lui. Il doit mettre de la distance.

Il entend encore du bruit dehors alors il va ouvrir doucement le volet. Il se fige en voyant des cannibales près de leur point d'eau. Il fronce les sourcils et observe ce qu'ils font. Il les voit marcher à quatre pattes en reniflant et cherchant. Ils ont dû sentir leur odeur. Ils ont laissé le savon près de l'eau. Il retourne dans la chambre sans un bruit et il récupère la baguette de Ron. Il revient à la fenêtre. Les trois monstres sont encore là. Ils grattent la terre et grimpent sur les rochers en fouillant les alentours. Ils ne les voient pas. Le sort de protection fonctionne. Aucune des créatures ne regarde vers eux. C'est rassurant. Par contre à cause de la pluie qui tombe encore avec force, il ne les voit pas bien. Il se dit qu'il y en a peut-être d'autres. Il serre plus fort la baguette dans sa main.

Il sursaute quand Ron parle dans son dos.

« Ils sont dehors ? »

Le Gryffondor vient se coller derrière lui pour regarder aussi par la fenêtre. Il ajoute rassuré :

« Heureusement le cerf est pas là.

-Tu crois que je l'ai tué ? Demande Drago.

-Um. Je pense pas. Mais il doit être sacrément blessé. A mon avis, on va pas le revoir de si tôt.

-J'espère que tu as raison. »

Tout en disant ça, il referme le volet. Il veut être sûr que personne ne puisse les voir, ni les atteindre. Il regarde Ron avec inquiétude.

«Je devrais peut-être sortir et refaire le sort...

-Non, il devrait tenir au moins deux jours. T'en fais pas Malfoy. »

Il le sent poser une main sur son épaule puis s'écarter. Il l'observe prendre de quoi manger. Il le laisse alors tranquille et il descend. Il n'a pas envie de rester près de lui et de devoir parler de ce qui s'est passé le matin. Il va s'asseoir devant l'ouverture à l'opposé de leur pont. Il a une vue directe sur la mer et la forêt. De là il peut observer sans craindre d'être vu depuis la falaise. Il s'assit en croisant les jambes. Il voit entre les autres troncs, la forêt de chênes plus bas, puis des plaines, encore de la forêt et enfin la mer. Il se rend compte qu'il y a quelque chose qui brille dans la plaine. Ça doit être un village. La nuit va tomber. Ils doivent allumer un feu. Il fronce les sourcils. Et si c'était plutôt la lumière de quelqu'un ? C'est sûrement pas possible. Ça n'a pas l'air de bouger. Mais ça pourrait être le feu de leur campement. Il entend Ron descendre les escaliers et il le sent s'asseoir à côté de lui.

« Wealsey. Regarde. »

Il lui montre le point de lumière.

« Un village, demande le Gryffondor. Tu veux qu'on aille voir ?

-je sais pas. Ça a l'air loin. Et si c'est vraiment un village, j'ai pas envie de me retrouver avec une horde de monstres derrière nous.

-on pourrait y trouver des choses intéressantes.

-Comme des cadavres et notre propre mort Weasley. C'est du génie. »

Le ton de Ron est plus sec comme il se vexe.

« Je suis sérieux Malfoy. On pourrait y trouver des choses vraiment utiles. »

Drago détourne les yeux du point de lumière pour regarder le rouquin. La lumière du soleil est grise et faible mais il parvient sans problème à remarquer l'air gêné de Ron. Il sent bien qu'il n'est pas à l'aise mais qu'il fait semblant. Il sait qu'il n'a pas arrêté de le regarder et qu'il ne doit pas arrêter de penser à leur baiser. Et à la marque.

Il hoche lentement la tête et il acquiesce.

« Très bien. On ira voir. Mais ça risque d'être très dangereux. Alors...

-j'ai pensé à quelque chose, le coupe Ron. Tu devrais prendre ma baguette. Et moi je vais prendre la hache qu'on a récupéré de l'avion. Ça me servira d'arme.

-La hache ?

-Ouais. C'est pas grave si j'ai pas ma baguette. Ils se battent pas à distance. Ils ont besoin de venir au corps à corps alors je me débrouillerai.

-Tu es sérieux Weasley ? Tu... Tu t'es sûrement jamais servi d'une arme blanche. Et maintenant tu voudrais utiliser une hache ? C'est de la folie. Tu vas juste te blesser.

-Hey ! J'ai l'air si nul que ça que tu... ne réponds pas Malfoy ou tu risques de recevoir mon poing dans la figure. »

Le visage de Ron est rouge de colère et de honte. Effectivement il allait dire quelque chose qui lui aurait mérité un coup. Il voit bien que l'auror est tendu mais il l'entend continuer :

« Je vais super bien gérer. Je suis pas comme toi. J'ai pas grandi dans un palais, je sais un minimum utiliser des outils. Et entre nous deux, on sait très bien que je suis le plus fort physiquement.

-Comment ça, se vexe Drago.

-Tu veux peut être qu'on se batte au corps à corps pour prouver que j'ai raison ? »

Malfoy reste silencieux. Il regarde juste Ron en plissant les yeux et en retroussant le nez. Il n'aime pas du tout ça. Sa fierté en prend un coup. Mais il sait qu'il n'a pas tort. Il le voit déjà à leurs carrures qui sont opposées. Il n'est pas maigre mais il est beaucoup plus fin que Weasley. Ou plutôt, Weasley est bien plus costaud que lui. Ça se voit à la taille de ses poignets, des ses bras, à la largeur de son torse et l'épaisseur de ses cuisses. Ça l'énerve mais il se ferait très certainement battre s'ils devaient se battre avec les poings. Il souffle alors par le nez et il capitule :

« C'est vrai que je mets avant tout la force intellectuelle avant la force brute.

-Dis plutôt que tu sais que t'es plus faible que moi Malfoy, se met à rire Ron. Avoue le. Ça te fera pas cracher du sang.

-On sait jamais Weasley. Je préfère ne pas prendre le risque. »

Il entend l'abruti de Gryffondor continuer à rire alors qu'il fait à nouveau face au paysage.

Il passe ensuite leur soirée à discuter et à se disputer sagement devant leur fenêtre. Quand la nuit est tombée depuis plusieurs heures, ils montent et préparent les affaires pour leur expédition du lendemain. Puis ils se mettent au lit.

Drago se sent gêné d'être à nouveau allongé avec Ron. En plus comme le Gryffondor lui parle, il se met face à lui. Ils ont tous les deux un bras replié sous leur tête. La discussion semble se terminer quand soudain l'auror lui demande en semblant un peu gêné :

« Je peux la voir ? … La marque. »

Il n'ose pas lui répondre immédiatement. Il aurait envie de dire non. Il a peur de lui montrer. Il a peur de son regard sur lui. Il a peur de sa réaction et de l'écart que cela pourrait créer à nouveau entre eux. Mais il prend sur lui. Ce n'est plus rien. C'est sensé être le passé. C'est derrière lui. Il se redresse un peu et il allume la lampe de poche moldus qu'ils utilisent pour s'éclairer le soir. Il revient ensuite se remettre en face de Ron et il tend son bras.

« Vas-y. Mais il n'y a rien d'intéressant à voir Weasley. »

Il observe le Gryffondor lui prendre doucement le bras, analyser les traits épais du serpent, puis il le voit poser ses doigts sur ses cicatrices. Il semble les compter. Ça lui fait bizarre. C'est la première fois qu'on touche ainsi cette marque, cette chose dont il a eu si peur et dont il a si honte.

« Pourquoi ? »

C'est tout ce que demande Ron. Mais lui il ne comprend. Pourquoi quoi ? Qu'est ce qu'il veut savoir ? Il se demande sûrement comment il a pu devenir un mangemort. Comment il a pu devenir un de ces êtres pitoyables et apeurés qui suivait le seigneur des ténèbres.

« Parce que je n'ai pas eu le choix. Il vivait chez moi, il retenait mes parents. Tu pen...

-Non pas ça, explique Ron avec la voix basse et toujours en fixant la marque. Pourquoi est-ce que tu t'es fait ça ? »

Il le sent toucher avec son pouce les cicatrices. Son propre cœur bat vite. Il ne s'y attendait pas. Il sent les larmes monter sans pouvoir les arrêter. C'est la première fois qu'on lui demande ça aussi. Même sa mère n'a pas osé.

« Parce que... Parce que j'avais besoin d'aide. »

Il ne sait pas comment l'expliquer à Ron. Mais il a envie d'essayer.

« Je ne savais pas comment faire... J'étais... J'avais l'impression d'être sans issu. Mais personne ne le voyait... Alors... Alors je sais pas ce que je croyais... J'avais pas vraiment envie de mourir. J'espérais juste être assez proche de la mort pour qu'on fasse attention à moi. Mais ça n'a jamais fonctionné. Je finissais toujours par revenir à moi et j'étais toujours aussi seul. »

Les sanglots l'empêchent de parler normalement. Ses phrases sont coupées. Mais il veut continuer. C'est la première fois qu'il en parle. C'est la première fois qu'il peut mettre des mots dessus. Alors il parle malgré ses larmes :

« Et le faire sur la marque, c'était comme me rebeller... à ma façon. Mais j'ai dû arrêter... Quand... Quand IL l'a vu. J'ai vraiment cru que j'allais mourir... Le cauchemar est devenu encore pire... Je... »

Il ne peut pas continuer. Il cache son visage dans sa main alors qu'il pleure si fort que sa gorge est nouée. Il a l'impression de manquer d'air. Il n'arrive pas encore à parler du reste. C'est trop dur. Il n'est même pas sûr de vouloir le dire.

Tout le long, Ron est resté silencieux, à l'écouter. Les seuls signes qui prouvaient son attention étaient sa poigne sur son bras qui s'est petit à petit resserrée. Mais soudain il l'entend parler. Sa voix est rauque, serrée aussi mais par la colère :

« Ton père a passé ta vie à se mêler des choses qui ne le concernaient pas, mais il a même pas été fichu de prendre soin de toi quand tu en avais le plus besoin. C'est par fierté qu'il t'a pas envoyé auprès des gens qui auraient pu t'éviter ça ? Ça m'énerve. Il avait peut-être choisi de rejoindre Voldemort mais pas toi. Il aurait jamais dû le laisser te faire tout ça. »

Il ne voit pas Ron comme son visage est toujours caché mais il le sent s'approcher un peu plus de lui tout en serrant son poignet.

« Mais c'est fini tout ça. Et.. t'es plus là bas, dans votre manoir. Et Harry a tué Voldemort. Les mangemorts sont presque tous arrêtés et toi... regarde toi. T'es plus le petit con que t'étais. Maintenant tu es libre. Tu peux être ce que tu veux Mal... Non. Drago. Tu peux être ce que tu veux Drago. La preuve, on arrive bien à se parler et à... à s'embrasser. Pour moi c'est bien la preuve que tu es déjà loin de ce qui t'empêchait d'être toi même. Non ? »

Il hoche la tête. Il ne sait pas trop quoi penser de ce que lui dit Ron. Mais ça lui fait quand même du bien. C'est vrai qu'il est libre. Maintenant, quand il rentre chez lui, après le travail, il n'a plus peur. Il se sent en sécurité dans son appartement. Il n'a plus non plus peur d'échouer, d'être un mauvais fils, d'être un mauvais Malfoy, un échec pour sa famille. Il n'a plus peur d'être un mauvais Serpentard. Il sait qu'il aura toujours son caractère. Il est comme ça. Mais il n'est plus obligé de chercher chez les autres la reconnaissance qu'il est bien un Malfoy, un Serpentard et un mangemort. Plus personne ne l'observe. Il est libre. Ce qui est arrivé dans le manoir de ses parents n'arrivera plus. Il répond alors à Ron, malgré sa voix cassée par les pleures :

« C'est vrai. C'est fini et j'ai plus besoin d'appeler à l'aide. De toutes façons, plus personne n'est là pour entendre mon appel. Et... l'ancien Drago est mort. »

Il rit un peu de lui même et il continue.

« C'est sûr qu'il ne t'aurait jamais embrassé. Jamais. »

Ron lui a pris son autre bras. Ses mains tremblent un peu et il l'entend s'énerver :

« Putain... Drago, dis pas ça. Dis pas que personne est là pour entendre ton appel. Harry t'a proposé...

-Tu penses vraiment que Potter a pas d'autres choses plus importantes à faire que venir me voir et se soucier de moi ? Après tout ce que je lui ai fait.

-Tu l'as aidé comme t'as pu. Je voulais pas y croire quand il m'en avait parlé. Mais quand j'te vois aujourd'hui, je comprends qu'il avait raison. Au final t'as subit les décisions de ta tarée de famille et t'étais juste un gamin, comme nous. »

Drago a envie de pleurer encore. Il n'arrive pas à croire qu'il a cette discussion avec Ron. Il n'arrive pas à croire qu'il l'entende lui dire toutes ses choses. Est-ce qu'il a une chance de pouvoir avoir leur attention ? Son attention ?

« Mais Ron, ça ne change pas qu'il a d'autres...

-Je serai là moi maintenant, le coupe vivement Ron. Je te laisserai pas faire de connerie. T'aura même pas le temps d'appeler à l'aide. Je serai là. »

Ses mains tremblent alors que le Gryffondor vient le prendre contre lui. Il le serre dans ses bras avec force. Il sent l'intensité et le besoin d'exprimer ce qu'il n'arrive pas à dire dans cette étreinte. Et il l'accepte. Il enroule aussi son bras autour de la taille de Ron pendant que l'autre repose entre leur torse. Il ne sait pas quoi dire. Ron a dit exactement ce qu'il avait besoin d'entendre. C'est maladroit, mais les mots sont là. Et ils resteront ancrés en lui. Il ferme les yeux et reste ainsi sans bouger de longues minutes. Il ne parle pas. Il respire simplement calmement comme son corps s'est calmé et qu'il ne pleure plus. Son compagnon doit croire qu'il s'est endormi parce qu'il le sent bouger pour éteindre la lumière. Il revient ensuite le reprendre bien contre lui en lui remontant la couverture jusqu'aux épaules. Puis il sent quelque chose qui lui redonne les larmes aux yeux. Ron a posé ses lèvres dans ses cheveux. Il le tient ainsi, en l'embrassant.