- Il fallait que je le vois pour le croire...

Cid, les yeux rivés sur une princesse endormie, blanche comme les draps qui la recouvraient, avait une terrible envie de gueuler.

Mais devant les enfants qui dormaient profondément, emmitouflés dans d'épaisses couvertures, de part et d'autre de Tifa, il se retint et sortit de la chambre, d'un pas rapide.

Ses lèvres n'en finissaient pas de réduire en cendre, la misérable brindille qui remplaçait sa blonde habituelle. Lui qui voulait arrêter de fumer! Quelle connerie. Là, ici et maintenant, c'était tout un paquet qu'il se grillerait bien, pour se calmer les nerfs.

Revenu dans le salon, il attrapa Barret par le col, alors que ce dernier discutait avec Nanaki et Yuffie, et le traina jusqu'à l'extérieur de la maison. Etonnement, le chef n'opposa aucune résistance, et se laissa jeter dans la poudreuse.

- Expliques! Putain!

Le pilote bouillonnait de rage. Cette situation n'avait que trop durée.

- Que je t'explique quoi? Je vous ai déjà tout dit!

- Papi...

Yuffie voulut s'interposer, mais fut retenue par une patte amicale. Le lion sage regardait la scène, assit sur le pas de la porte. Lui aussi voulait comprendre.

- Je te parle pas de ce gâchis débile. Je te parle de ta putain d'obsession à vouloir protéger Tifa, au point de l'enfermer dans une prison qui va finir par la tuer!

Barret, qui époussetait la neige de ses vêtements, resta interloqué quelques secondes, à l'entente des dernières paroles de son ami.

- Qu'est ce que...

- Pourquoi... Bordel...

Cid tremblait, de rage et de colère, les yeux rivés dans ceux de son imbécile d'adversaire.

- Pourquoi tu la retiens ici!? Pourquoi ne l'as tu pas laissé rentrer, quand elle le voulait!? Pourquoi as tu décidé de tout leur caché, l'un à l'autre!?

L'homme en face de lui, n'en revenait pas de se faire reprocher le simple souhait de protéger une amie. Son regard chercha un peu de soutien auprès du lion et de la jeune femme derrière lui, mais aucun d'eux ne lui vint en aide. Ils restèrent simplement silencieux.

- T'as pas vu dans quel état elle est? Tu voulais que je fasse quoi? Dis le moi?! Ils sont incapables de se faire face sans sombrer!

Le blond cracha le cadavre de sa brindille et s'approcha, en l'espace d'une foulée, au plus près de Barret, avant de lui décrocher un uppercut. Le brun cilla, sous la douleur, la tête levée, mais son regard revint rapidement se planter dans celui de Cid, le défiant de recommencer.

- Est-ce que tu as déjà aimé quelqu'un...? Je te parle d'amour passionné, fou, déraisonnable et absolu...

Barret ne répondit pas. Non, il n'avait jamais connu ce sentiment car il n'en avait jamais vraiment eu le temps. Et il s'était retrouvé avec un bébé sur les bras dans des circonstances qui lui avaient juste fait passer l'envie de rechercher une telle symbiose.

Cid avait remis les bras le long de son corps et baissé les yeux vers l'horizon enneigé.

- Moi oui.

Avant de revenir fiché son regard clair dans celui sombre de son ami.

- Et je peux te dire une chose. Séparé l'un de l'autre... On ne peut qu'en crever.

Un vent froid, glacial, vint les saisir et leur rappeler, à tous, l'amère réalité de la vie.

La liberté, la paix, le bonheur... L'amour... se payaient toujours au prix fort. Chacun d'entre eux le savait.


Le doux bruit d'une rivière, s'écoulant, calmement, non loin, lui fit ouvrir les yeux.

Cloud était allongé sur le dos, le regard dirigé vers le ciel, immense, bleu et lumineux. Inconsciemment il referma ses mains sur ce qui lui parut être de l'herbe fraiche et il en apprécia le contact.

Il était à l'extérieur, dans un endroit paisible, alors que sa mémoire défaillante lui hurlait que c'était tout simplement impossible.

Une petite brise vint souffler sur ses mèches de cheveux et caresser son visage... Depuis combien de temps n'avait-il pas ressenti une telle paix? Sa respiration était calme et son cœur apaisé. En fait, son corps tout entier lui paraissait pourvu d'une grande légèreté. Il n'avait mal nulle part...

Minute. Etait-il mort?

Si c'était le cas, alors c'était une sacré bonne nouvelle. Il n'avait que trop souffert dans cette vie.

Sans se lever, il tourna la tête, cherchant à comprendre où il se trouvait. A sa gauche, une maison se dressait au loin. Son allure lui rappelait une demeure qu'il avait déjà vu... Elle avait l'air chaleureuse, baignée dans une douce lumière. Mais il n'arrivait pas à se souvenir... Pourtant il l'avait déjà vu. Sur et certain.

Lorsqu'il tourna la tête de l'autre côté, il ne comprit pas immédiatement ce qu'il voyait.

Quelqu'un était allongé, comme lui, et semblait endormi. Suffisamment proche pour voir son corps distinctement. Suffisamment loin pour ne pas pouvoir le toucher, en tendant simplement le bras.

A ses formes, il devina qu'il s'agissait d'une femme. D'une belle femme aux cheveux noirs...

Elle ressemblait à Tifa.

Son cœur marqua un arrêt.

Elle ne ressemblait pas à Tifa.

Cloud se releva brutalement.

C'était Tifa...

D'un bond, il se rapprocha pour tomber à genoux aux côtés de ce corps, totalement inerte...

Non. Que lui meurt, ce n'était pas si grave. Personne n'avait besoin de lui. Il était devenu inutile et faisait souffrir tout le monde...

Mais Tifa... Tifa ne devait pas mourir. Elle ne devait pas...

- Tifa...

Contre toute attente, sa main traversa, littéralement, le visage dont les yeux demeurèrent fermés.

- Qu'est ce que...

Il tenta de prendre ce corps endormi dans ses bras, mais ses mains ne firent que traverser celui-ci, comme s'il n'existait pas... La panique s'infiltra en lui et, perdu, il s'assit, le regard toujours posé sur cette vision infernale.

Il hallucinait. Probablement. Forcément!

C'était ça. Il n'était pas là. Ce lieu tout entier n'existait pas et Tifa n'était pas allongée à côté de lui, le visage blanc, presque mort.

Sa poitrine se souleva de plus en plus fortement, sous les coups répétés d'un cœur en pleine rébellion. Quand, tout cela, allait-il enfin s'arrêter?

- Cloud...?

Son corps cessa de bouger, le cœur stoppé dans sa course folle.

- C'est toi...?

La jeune femme s'éveillait, devant lui, papillonnant des yeux, cherchant les siens... Tendant une main vers lui... Main qui ne fit que le traverser.

- Oh... C'est juste un rêve...

La tristesse voila son regard, et elle le détourna du sien.

- Dis moi que tu es là...

Des larmes, brillantes, dévalèrent le long des joues de Tifa, alors qu'elle s'asseyait. Elle avait l'air épuisé mais tendit de nouveau une main dans sa direction.

- Je suis là...

Sans réfléchir, il chercha à attraper cette main tendue, mais leur corps se traversèrent, sans se toucher... Sans rien ressentir.

Et ne rien ressentir était, sans aucun doute, le pire de tous les scénarios. Cloud en était désormais convaincu.

- Mais je ne peux pas te toucher...

Une peur terrible s'empara de lui, à l'idée de ne plus jamais pouvoir toucher cette femme... Cette femme qu'il aimait, à en devenir fou. Cette femme à qui il n'arrivait pas à parler, de peur de la décevoir. Il craignait tellement son regard sur lui, de lire dans ses yeux des sentiments comme la déception, la peur, l'indifférence ou même le dégout... Lui qui n'aimait pas ce qu'il était devenu.

- Si tu ne te bats pas pour elle, ce n'est pas de l'amour.

Sa vision se troubla brutalement et son cerveau vibra avec douleur. Ce démon... Il se revit, quelques secondes, face à Sephiroth, et lui... tenant Aerith dans ses bras, à jamais endormie... Sa mémoire lui renvoya toute la souffrance qui l'avait foudroyé, en perdant une partie de lui-même, arrachée avec une violence pire que la mort... Il ne voulait pas revivre ça... Il ne voulait pas dire adieu au sourire de Tifa, à son rire, à la douceur de sa voix...

Il ne voulait pas la perdre.

- Je vais mourir, Cloud... Je ne peux pas vivre sans toi...

Tifa avait dit ces quelques mots, dans un chuchotement à peine audible. Mais un cœur, brisé, à bout de souffle, avait entendu. Son regard se leva et il tomba dans celui désespéré de la jeune femme devant lui. Les battements de son cœur reprirent, tempête dans sa poitrine, soufflant sur son âme avec une fureur dont il ne se croyait plus capable.

Celle de vivre...

- Moi aussi...

Il s'approcha d'elle et tenta d'enlacer ce corps qui refusait d'être saisi, plaçant sa tête au plus près de celle de la jeune femme.

- Attends moi...

Et le rêve se désintégra, dans une lumière aveuglante, raisonnant sur ses derniers mots.

- Je viens te chercher...


Reno était un homme loyal et professionnel. Sans ces qualités, il n'aurait jamais pu appartenir au Turks. Bon. Ce n'était pas les seules qualités requises. Mais elles s'étaient avérées essentielles pour les terribles projets de la Shinra. Car oui, il fallait nécessairement faire preuve d'un grand professionnalisme pour kidnapper, assassiner et faire tout le sale boulot de son patron mégalo, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit.

Et il n'avait jamais failli à sa mission. Enfin... Presque jamais failli. La vision de l'homme devant lui ne faisait que raviver de mauvais souvenirs.

Lorsqu'Elena l'avait appelé pour lui demander de l'aide à la nouvelle clinique du centre, il n'avait posé aucune question et avait rappliqué à la vitesse de la lumière. Bien sûr, il ne trainait plus dans son magnifique costume noir, qu'il affectionnait particulièrement. Non. Cette image, à jamais associée aux responsables de la dernière guerre, était devenue bien trop négative pour une ville qui avait à cœur de se reconstruire sur de meilleures bases. Il était habillé plus normalement. Jean, pull, manteau, bottines. Un classique pour une période hivernale. Mais un classique porté avec soin. Son apparence restait très importante à ses yeux. C'était comme une marque de fabrique.

- Reno! Qu'est ce que tu fiches?! Si je t'ai demandé de venir, c'est pas pour rester là, les yeux ronds et la bouche ouverte! Bouges toi! Et viens m'aider!

Apparence qui venait de se faire éclabousser de vomi. C'était la dernière fois qu'il venait dans un hôpital avec des vêtements neufs.

- ERIK! IL CONVULSE!

Le cri d'Elena ramena brutalement Reno à la réalité, et il se jeta dans la bataille, corps et âme. Faisant fit de toutes manières, il laissa son instinct prendre littéralement le dessus et sauta sur le lit et son occupant. Avec l'une de ses jambes, il coinça celles du patient. De son autre jambe, il tenta d'immobiliser le bassin qui se soulevait avec violences. Et de ses mains, il retint autant que possible les épaules et le torse de cette pauvre âme emportée par des vagues terriblement puissantes. Les yeux livides et blancs de son adversaire resteraient assurément imprimés dans sa mémoire.

Jamais il n'avait vu le Soldat dans cet état.

En fait... Jamais il n'avait vu personne dans cet état.

- J'arrive!

Elena tentait de tenir fermement la tête du blond sur le côté, pour éviter qu'il ne s'étouffe. Elle avait réussi à caler une tige de métal entre ses dents et Reno était persuadé que si cela ne s'arrêtait pas, Cloud allait briser la tige avec ses seules canines.

Erik, quant à lui, arriva de l'autre côté, une seringue dans une main et l'autre maintenant avec force une cuisse puissante. Sans réfléchir plus longtemps, il planta dans le muscle tendu à l'extrême, au travers le tissu, la fine aiguille, qui libéra à une vitesse mesurée, le produit miracle.

- C'est bon!

Les effets se manifestèrent immédiatement. Les convulsions se stoppèrent, ses yeux se fermèrent et la respiration reprit une vitesse normale.

Toujours au dessus de lui, Reno relâcha son emprise et se dégagea prudemment. De chaque côté du lit, le Doc et Elena reprenaient leur souffle.

- Merci...

Le roux fit un petit signe de tête à sa partenaire, puis se tourna vers le Doc.

- Il s'est passé quoi, là? Qu'est ce qui lui arrive, bon sang?!

Mais Erik ne répondit pas. Heureusement que Vincent et Johnny lui avaient ramené des ampoules de Valium. Calmer une crise pareille, sans le médicament adéquat, n'aurait pas été une partie de plaisir! Sans compter les séquelles... Même si les convulsions n'avaient pas excédées une dizaine de minutes.

Là, il ne savait pas quoi répondre. Son état s'était stabilisé depuis plusieurs jours et rien n'avait laissé présager une telle rechute.

Qu'est-ce qui avait pu déclencher ce nouveau symptôme?

- Je sais pas. Pas encore.

- Il a une fièvre terrible. Et il transpire. Ses draps sont trempés...

Elena sortit de sa poche un thermomètre frontal, sur lequel avait été gravé le logo de la Shinra, et le positionna au plus proche du front en sueur de l'ancien soldat.

- 41,3 degrés... Je sais pas si ce truc dysfonctionne ou si Cloud est en train de se transformer en réacteur.

- Il faut changer les draps et lui enlever ses vêtements. Si possible, essayez de le rincer et de le sécher. Avant de remettre des draps propres et de la glace. Je vais lui installer une perfusion pour le réhydrater. Et je vais en profiter pour lui envoyer une dose de paracétamol. Ca calmera la fièvre.

En espérant qu'il n'aurait pas besoin de balancer tout son faible stock. Ce fichu patient nécessitait des doses plus fortes que la moyenne, tellement sa résistance aux drogues étaient élevées.

- Reno, aides moi. Je pense que ce sera mieux si c'est toi qui t'en occupe.

- Alors là, pas sur. Lui et moi, on est pas vraiment potes, je te rappelle.

Elena avait récupéré la tige de métal, qui portait désormais les marques d'une douleur atroce, et s'employa à enlever le T-shirt de son patient inconscient, qui n'en finissait pas de transpirer.

- Je te demande ça parce que t'es un homme, abruti!

La jeune femme tira sur le draps plat et la couverture, pour les arracher du lit et tout mettre par terre. Et Reno la regardait faire, les bras croisés, pensif.

- Je vois pas en quoi ce serait un problème que tu t'en occupes. Il dort, et il n'est pas prêt de se réveiller!

L'oreiller qu'il se prit en pleine face, manqua de le faire chavirer, vu la force avec laquelle l'apprentie médecin venait de le lui balancer.

- Ca s'appelle respecter la dignité des autres! Si j'avais été toute seule, je l'aurai fait. Mais tu es là. Alors tu vas te rendre utile!

Les poings sur les hanches, une vieille blouse blanche, qui avait connu des jours meilleurs, sur le dos, et le chignon défait, Elena regardait son ami, énervée.

- T'es belle, quand tu es en colère.

Un petit sourire aux lèvres, Reno abandonna quelques minutes sa collègue du moment, en proie à un immense bug logiciel, pour aller chercher une grande serviette propre, une bassine d'eau et un gant, dans la remise. Il appréciait vraiment Elena et sa volonté de se façonner une nouvelle vie, loin, très loin de celle qu'ils avaient connu avant. Il comprenait son désir puissant de se racheter aux yeux du monde et de se faire pardonner pour tous ses crimes... Elle allait de l'avant.

Alors que lui, restait très hésitant quant à son propre avenir.

Revenant dans ce que le Doc appelait, la "future salle de déchoquage", il trouva ce dernier aux côtés de Cloud, en train de lui installer une poche d'une solution transparente en perfusion. Elena avait disparu. Et la quasi totalité du linge de lit aussi. Ne restait qu'un patient torse nu, pieds nus, sur un draps trempé.

- Dites, si jamais il se réveille, ce serait bien que personne ne lui raconte ce passage. Il va me tuer sinon.

Erik sourit et tira un peu plus sur les rideaux du box, avant de laisser Reno seul avec leur patient.

- Bon sang... Tu m'apportes vraiment que des problèmes.

Mais Reno n'ayant qu'une seule parole, il s'employa à faire ce qu'on attendait de lui.

- Tiens. Tu lui mettras ça à la place. J'ai lancé une machine. Appelles moi quand tu as terminé, qu'on puisse refaire le lit.

Le bras qui avait traversé les rideaux, disparu rapidement, laissant à Reno des vêtements pliés, à la mode discutable, sur une chaise. La salle contenait une dizaine de box, mais tous n'étaient pas occupés. Heureusement. Aujourd'hui, ils n'étaient que deux soignants en service, avec lui comme renfort. Et les autres patients étaient des cas plus simples à traiter. Ou du moins, ils ne nécessitaient pas de mesures de contention et de traitements qui tueraient un chocobo.

Précautionneusement, il épongea d'abord le visage tendu mais endormi devant lui. La sueur semblait s'écouler de toute part, et il pouvait constater que de nombreux frissons ravageaient ce corps meurtri. Son sommeil n'était pas calme et les sensations qu'il devait ressentir était surement très contradictoires.

Il devait accélérer le mouvement. Alors, faisant abstraction de la situation, Reno enleva le dernier vêtement de son patient d'un jour et à grand renfort d'eau, lui prodigua une toilette sommaire, mais efficace.

- Oh, déesse, faites qu'il ne l'apprenne jamais...

Les corps des soldats élevés au grade de première classe l'avaient longtemps à la fois fasciné et agacé. Ils trouvaient ces soldats terriblement arrogants alors que pour une grande majorité d'entre eux, ils ne devaient leurs capacités qu'aux talents de scientifiques totalement barrés.

Mais depuis qu'il s'était cogné au mur Strife et sa bande, il avait revu son jugement.

Car il avait découvert, comme tous les autres, à quel point la Shinra avait repoussé les limites. En fait, son ex-employeur avait tout simplement détruit la frontière entre l'humanité et la monstruosité.

Et les gars, comme Cloud, avaient juste connu l'enfer.

Aujourd'hui, il savait tout ce qu'il lui devait. Et c'était bien pour ça qu'il avait accepté la demande de son ancienne collègue.

Terminant de le sécher, il lui remit des vêtements propres et appela la Doc en formation.

- Elena?!

- J'arrive... Super! T'as survécu!

Des yeux blasés se posèrent sur la brune et la défièrent d'en rajouter. Ce qu'elle ne fit pas. Minerve soit louée.

- Comment on procède?

- Tu le soulèves et je gère le reste.

Interloqué, mais obéissant, au point où il en était, il prit doucement Cloud dans ses bras, en faisant attention à la perfusion, et le souleva, pour le caler contre lui, afin que sa tête ne tombe pas en arrière. Immédiatement, Elena arracha le draps house, pour le jeter au sol, ainsi que l'alèse, et en remit des propres. L'action n'avait pas pris plus de deux ou trois minutes, et Reno pu reposer son colis.

- Il a du perdre du poids.

Elena leva un regard vers lui, curieux.

- Comment tu peux le savoir? Ce n'est pas la première fois que tu le prends dans tes bras?

La jeune femme avait dit ces mots avec un petit sourire moqueur, tout en installant un oreiller sous la tête du principal intéressé.

- Non, ce n'est pas la première fois. Et arrêtes de te payer ma tête!

- D'accord! D'accord...

Elena n'insista pas. Même si son imagination tournait à plein régime. Réno était aussi expansif que mystérieux. Il jouait continuellement un rôle, qu'il adaptait en fonction de son interlocuteur. Il n'avait jamais été possible, pour quiconque, de décrire avec certitude la personnalité du roux. Même Rude savait que son fidèle partenaire avait des tonnes de secrets.

Replaçant la couverture, à mi-hauteur sur l'ancien Soldat endormi, l'apprentie médecin remarqua qu'il semblait aller mieux. Son corps tremblait moins et la fièvre semblait baisser. Le thermomètre affichant toutefois 39,5 degré, elle vérifia la vitesse du goutte à goutte de la perfusion et installa des sacs de glaces, de chaque côté de sa tête. Dans des cas comme celui-là, la faible isolation du bâtiment était un plus.

Reno avait quitté le box en silence et Elena le rejoignit, après avoir rouvert un peu les rideaux. Des patients visibles, concentrés au même endroit, c'était plus pratique lorsqu'il y avait peu de soignants. Enfin, tant qu'ils n'auraient pas d'épidémie à gérer.

- La prochaine fois, tu me prêteras une blouse.

- Oui. Merci pour ton aide.

Sa partenaire d'autrefois lui adressa un petit sourire doux et, avec naturel, l'une de ses mains se perdit dans les cheveux roux de cet homme mystérieux, dans une caresse légère. Son regard vert et froid, était devenu plus chaleureux, après la chute de la Shinra. Mais sa gestion implacable des situations tendues restait très ancrée en lui. Elle trouvait amusant de le taquiner aujourd'hui, car c'était tout simplement quelque chose qu'elle n'aurait jamais fait avant.

- Tu es encore plus belle, quand tu n'es pas en colère.

La main d'Elena fut saisie par celle de son ami, et ce dernier déposa un baiser délicat sur le dos de celle-ci, avant de la saluer et de quitter le bâtiment.

Ainsi, aucun des deux ne pu voir la teinte rouge qui avait afflué sur le visage de l'autre.


Lorsque ses yeux s'ouvrirent, doucement, Cloud comprit qu'il était revenu.

Son corps lui faisait atrocement mal et sa tête semblait être sur le point d'exploser. Sans parler de cette envie pressante, qui lui tordait les entrailles. Il fallait qu'il se lève...

D'une main, lourde, il bascula sur le côté du lit, pour tenter de s'assoir. Ses bras ne semblèrent pas vouloir lui répondre correctement, mais il réussi. Sauf qu'un vertige le prit et il du fermer les yeux, pour ne pas s'effondrer de nouveau.

Son cerveau avait tout juste eu le temps de capter qu'il faisait nuit. Et froid.

Par ailleurs, s'il ne savait pas où il se trouvait, il savait en revanche où il devait se rendre, tout en prenant conscience que son corps allait poser un réel problème.

La nausée passa doucement et il aventura de nouveau ses yeux sur le carrelage, sa tête étant toujours baissée. Il était habillé d'une sorte de pyjama dépareillé. Une très faible lumière était allumée au delà du rideau. Une lumière très douce et chaude.

Dans un ultime effort, il posa ses deux pieds sur le sol. Mais ses jambes ne le supportèrent pas et il s'effondra. D'un réflexe tardif, une main vint se placer juste entre sa tête et le carrelage. L'autre n'avait pas suivi, retenue derrière lui. Il tira plus fort pour libérer son bras captif, jusqu'à sentir quelque chose le quitter, suivie d'une légère douleur.

- Bon sang! Tu nous les auras toutes faites!

Des bras l'attrapèrent et l'aidèrent à se relever, pour l'assoir de nouveau sur le lit. Mais la douleur qui l'avait réveillé revint plus forte. Il fallait qu'il s'en débarrasse.

- Il faut que j'aille...

- Bouges pas. Je vais te chercher... Bouges pas j'ai dit!

Mais Cloud voulait juste qu'on lui fiche la paix deux minutes, le temps de régler ce banal problème. Si ses muscles pouvaient lui répondre, même brièvement, tout serait déjà terminé.

- Raaah! Viens là. Et t'as pas intérêt à te plaindre si ça ne se passe pas comme tu veux!

L'homme, habillé d'une blouse blanche, le prit par la taille pour le soutenir dans sa marche. Ses jambes répondaient mal et son cœur se souleva devant l'effort à fournir.

Allez... Cloud, c'est ça? Tu vas voir, on va sortir d'ici...

Sa vision se troubla brusquement. Pendant un bref instant, il avait vu Zack à la place de l'homme qui le soutenait... Et cette énième hallucination eu raison de lui.

Cloud s'écroula de douleurs, les bras autour de son ventre, et rendit sur le carrelage le peu d'énergie qui lui restait, un liquide chaud inondant ses jambes.

- Merde. J'en étais sûr! Cloud! Regardes moi!

Mais il n'arrivait pas à lever la tête ou ne serait ce que bouger le moindre membre. Il se sentait fiévreux, nauséeux... Son corps tout entier tremblait.

- Attends, je vais te donner quelque chose...

- Non...

Ses yeux s'étaient péniblement posés sur son interlocuteur, alors qu'il sentait la sueur couler de son front.

- Ne m'endormez pas...

Le soignant soutint son regard, surprit. Mais stoppa son geste.

- Si je ne te donnes rien, tu vas souffrir terriblement. Et inutilement.

Un petit rire, douloureux, lui échappa, et son regard retourna en direction du sol.

- J'ai connu... Tellement pire... Et je ne veux plus... Je ne veux plus dormir...

- Je sais.

Dans un souffle absolument non retenu, son étrange acolyte dans cette nuit sans fin, se leva et s'étira.

- Allez. Viens. Tu vas prendre une douche, à défaut du reste. Et c'est pas négociable.

Cloud fut soulevé par le bras, avant de sentir une main le soutenir à la taille. Sans un mot de plus, ils se dirigèrent vers une petite pièce où se trouvait effectivement une douche, avec une chaise. C'était sommaire, mais plus que suffisant.

- Assis toi. Enlèves tout. Prends le temps qu'il faut. Je vais chercher tes affaires. Taches de ne pas te noyer.

- Attendez...

Retenant son sauveur par sa blouse, il voulait savoir à qui il avait affaire.

- Votre nom...

- Erik. Mais tout le monde m'appelle le Doc.

- Merci...

Il laissa partir Erik et entreprit d'enlever les vêtements qu'il portait. Assis, la nausée passait lentement, mais le moindre mouvement manquait de lui faire perdre l'équilibre. Son esprit devait tenir. Ne pas s'effondrer, pas maintenant. Ne pas sombrer.

Pas maintenant... Qu'elle l'attendait...

Qu'elle avait besoin de lui...

- Je te laisse ça là. Vais prendre un café. Il est trois heures du matin et je suis décalqué. Cries si tu as besoin d'aide. T'es mon seul patient cette nuit. Et franchement, c'est bien suffisant.

Le visage du Doc lui évoquait quelque chose. Mais c'était toujours quand il faisait appel à sa mémoire que celle-ci lui refusait son aide. Et à trop forcer, son cerveau se braqua, lui renvoyant qu'une salve migraineuse.

- C'est pas vrai...

Il lâcha prise, le temps que la douleur s'estompe, laissant sa tête sous l'eau, dont il appréciait le moindre contact. Rester concentrer sur une seule tâche. Ne pas sombrer.

Ne pas...

Un gémissement s'arracha à lui, sous le coup d'une nouvelle vision. Sa tête entre les mains, il la vit.

La maison.

La maison de Barret. C'était là bas qu'il devait se rendre.

C'était là bas, qu'elle se trouvait.

Seulement... Malgré tout le courage qui pulsait violement dans ses veines, son corps refusait de lui obéir. Une solution...

- Hey! T'es pas mort au moins? Si tu as fini, coupes l'eau. C'est pas une ressource illimitée.

Le Doc. Son visage apparut dans l'entrebâillement de la porte et il su. C'était donc ça. La Shinra n'en finira donc pas d'intervenir dans sa vie.

Il prit une grande respiration et coupa l'arrivée d'eau.

- Comment tu te sens?

Chacun de ses muscles hurlait de douleur, quand son crâne se faisait étau, se refermant vicieusement sur un cerveau aux connections brouillées. Il soupira.

- Vivant.

Erik lui adressa un sourire moqueur et vint l'aider à s'habiller.

- Il faut que tu m'aides...

- C'est ce que je suis en train de faire, gamin.

- Je parle pas de ça...

Le médecin stoppa son geste et le regarda, les sourcils froncés.

- Boostes moi. Fais en sorte que mon esprit et mon corps avancent dans la même direction... Au moins quelques heures...

- Ce que tu me demandes... Bon sang. T'es pas en état! Ca pourrait te tuer!

Calmement, mais fermement, Cloud attrapa le bras du soignant et l'obligea à lui faire face.

- Essayes seulement de me parler d'éthique... J'ai peut être la mémoire qui flanche, mais je sais qui tu es... Je sais ce que tu as fait.

Une tension nouvelle s'installa entre eux. Mais il n'en avait rien à faire. Une seule volonté l'animait et il était prêt à tout pour la mettre à exécution. Peu importait les risques.

Le Doc se dégagea, sans un mot, et termina de l'aider avant de s'éloigner et quitter la pièce.

- Commences déjà par me rejoindre, tout seul.

Décidément. Ce type était plein de surprises. Tachant de répondre à la demande, le soldat se leva... Avant de se rassoir. Son cœur venait de changer de rythme. Il recommença... Voilà.

- Hmm. Et tu veux aller où?

- Corel.

- Pff. Nan mais... C'est sur l'autre continent!

- Je ne te demandes pas ton avis...

Erik le regardait avec colère. Oui, il savait bien ce qu'il exigeait de lui. Et il savait aussi qu'il réussirait.

- Douzes heures. C'est sans doute le maximum que je peux te donner. Après ça... Après ça tu vas t'effondrer et je ne sais pas si, ou quand, tu te réveilleras.

Douzes heures? Il allait devoir se dépêcher pour rallier Corel. C'était vraiment limité. Mais pas impossible.

- T'es sur?

- Et quand je me réveillerais?

- T'es chiant, hein?

Le médecin se gratta l'arrière du crâne, semblant réfléchir.

- Tu vas te prendre probablement le contre-coup des effets secondaires et des efforts fournis. Ton corps et ton esprit vont bien se venger, si tu survis à tout ça.

- Je vais survivre. C'est la seule chose que je sais faire.

- Ben pousses pas trop ta chance non plus.

Erik attrapa une seringue remplit et un petit sac, avant de s'approcher de Cloud, à qui il tendit ce dernier.

- Tiens. Des médocs, pour elle et pour toi. Je t'ai mis les détails à l'intérieur. Me demandes pas pourquoi, tu le sauras bien assez tôt.

Il hocha la tête pour le remercier et attendit la suite.

- Ca... C'est un cocktail d'amphétamines. Je ne peux pas faire de miracle avec le peu de stock qu'on a, mais tu auras ce que tu veux. Par contre, Cloud... Les hallucinations... Ca risque d'être pire. Alors si ça se produit, ne résistes pas et restes focaliser sur ton objectif.

Prenant une grande respiration, il tendit son bras qui disposait encore d'un cathéter, pour que le Doc lui envoie le produit qui le conduirait à son destin.

- Merci.

- Ne me remercies pas... J'ai l'impression que je vais te tuer!

Cloud serra le poing, pendant que la seringue libéra les drogues, et tenta de rester concentrer sur ce qu'il devait faire.

Retrouver Tifa.

Il sentit une chaleur l'envahir... Sa vision se fit plus nette... Tout devint beaucoup plus clair. Il remarqua à peine lorsque le Doc lui enleva le cathéter pour lui bander le bras. Son corps tout entier vibrait sous une nouvelle énergie.

Sans une seule hésitation, ses jambes l'emmenèrent vers sa destination. Il allait y aller en moto, tiens. Ce serait plus rapide.

Franchissant la porte d'entrée, il n'entendit pas les derniers mots du médecin.

- Minerve... Faites qu'il arrive là bas, sans se tuer.


Scène bonus

- IL EST PARTI?!

- Bordel! Arrêtes de crier! J'ai la tête qui va exploser.

Erik avait le cerveau dans le brouillard et fixait d'un regard vide son verre d'eau dans lequel se dispersait un comprimé contre les problèmes. Quelle nuit épouvantable.

- Mais... Mais! Comment c'est possible?!

- Mais... Mais! Tu peux pas te taire?!

Johnny n'en revenait pas. Le Doc se foutait de sa gueule, c'était sur. Comment ça, "il est parti"?! Et ça n'avait même pas l'air de l'inquiéter! Un jour! Il s'était absenté un foutu jour! Et son pote à moitié mort avait disparu!

- Et pourquoi tu dis rien, toi?! Il faut qu'on le retrouve! Il faut qu'on...

Une main puissante vint se poser sur sa tête et le stoppa dans sa marche.

- parle.

Vincent. Fidèle à lui-même.

- Sans rire?

Blasé, Johnny leva les yeux vers le pseudo-vampire, bien sérieux tout à coup.

- J'ai reçu un message.

- Un message de Cloud?

- Non.

- De Tifa?

- Non.

- De Barret alors?

- Non.

- Mais alors qui?!

- De Yuffie.

- C'est à propos de Cloud?!

- Non.

- Mais alors quoi?!

- Cid a frappé Barret.

- Enfin une bonne nouvelle.

- Elle a fini le dernier pot de pâte à tartiner.

- Sérieux?

- Elle dit qu'elle m'aime et que moi aussi je devrais venir la chercher.

Là, Johnny commença à se demander si cette journée n'allait pas se terminer en un bain de sang.

- Mais euh, c'est plutôt cool non? Pourquoi tu tires cette tête?

Vincent enleva sa main et regarda de nouveau son téléphone, le visage inexpressif.

- J'ai soixante ans.

- Ben mon vieux, faut que tu nous files ton secret. T'es vachement bien conservé pour ton âge.

Le Doc venait de se positionner à leurs côtés, une tasse de café à la main et un petit sourire sur les lèvres. Johnny, lui, ne souriait pas. Pas du tout. Il en avait marre de cette bande de fous. Il n'était qu'un humain. Il n'avait pas les capacités requises pour suivre la vitesse de leurs conneries.

- Et c'est à cause de ça, que tu fais cette tête?

- On pourrait revenir au sujet initial?

Erik s'amusait de la situation, réellement intrigué, alors que Johnny fulminait.

- Je devrais lui dire, qu'elle se trompe. Je vais la faire souffrir.

- Tiens, ça me rappelle un de mes patients. Un blond. Avec de grands yeux bleus. Mais complétement aveugle et sourd. Il est parti ce matin. J'sais pas s'il va s'en sortir. Ça m'inquiète.

- Sans blague?! Vous savez que vous êtes lourds, hein?!

Aveugle et sourd? Vincent ne répondit pas. Cette situation le perturbait plus qu'elle n'aurait du. Il aimait beaucoup Yuffie, mais pas comme elle le souhaiterait visiblement. Et il ne comprenait pas pourquoi elle s'agrippait à lui, de cette façon. Il était un monstre. Il était immortel... Vivre normalement était un droit qui lui avait été arraché.

Non. Yuffie devait avoir une belle vie, avec quelqu'un qui la comblerait. Lui... Lui, il veillerait sur eux, sur leur descendance et retournerait dormir, quand le monde n'aura plus besoin de sa protection.

- Ah, les jeunes. Aussi puissants que vous êtes, vous restez toujours enfermés dans des prisons que vous avez vous-même construites.

Finissant sa tasse de café, le Doc s'approcha de Vincent, pour lui poser une main sur l'épaule.

- J'ai soixante ans.

- Ni ton esprit, ni ton corps, ont soixante ans, gamin. Cela fait peut être soixante ans que tu foules cette terre, mais crois moi, t'es vraiment loin d'avoir l'expérience d'un homme de soixante piges.

Pour la première fois, les yeux de Vincent brillèrent d'un éclat nouveau, presque incertain. Jamais personne ne lui avait parlé ainsi, jusqu'à présent.

- Et si tu profitait de cette paix, pour vivre un peu, toi aussi?

- Vivre...?

Erik hocha la tête, le même sourire mystérieux greffé au visage.

Décidément, il aimait bien ces gosses. Et il avait hâte, de les voir "grandir".