- NON!

Le cri, déchirant, réveilla soudainement Tifa. Son cœur battait si fort qu'elle posa une main sur sa poitrine, par réflexe.

- Laisses-moi...

Tournant la tête vers l'origine de ces mots, elle découvrit Cloud, assis à côté d'elle, dans le lit, le regard rivé sur un point invisible, en face de lui. Il tremblait et ses poings étaient refermés sur les draps.

- Cloud...

Elle se releva pour lui parler, mais il n'entendait pas.

Alors que sa main se posa délicatement sur l'épaule de son meilleur ami, celui-ci se retourna brutalement, les yeux luminescents, et la saisit violemment à la gorge, avant de la plaquer de nouveau sur le lit. Sa respiration se coupa nette, et, le regard plongé dans celui aveugle de l'homme qu'elle aimait, elle sentit la peur serrer son cœur.

Il n'était pas là.

- Cloud... Je ne peux plus... Respirer...

Et il allait la tuer.

Ses forces n'étaient pas complétement revenues après l'incident. Il lui fallait encore du temps. Elle aurait pu se débattre, mais Cloud s'était placé au dessus d'elle, bloquant tout son corps. Ses mains tentaient désespérément de repousser cette force démoniaque, mais la poigne de fer ne faisait que se refermer sur elle, plus féroce que jamais.

- CLOUD! ARRETES! TU VAS LA TUER!

Un secours inattendu surgit dans la chambre et sauta sur le dos de Cloud.

Denzel, du haut de ses douze ans, s'agrippa avec rage au bras qui retenait Tifa, pour lui faire lâcher sa prise.

- LACHES LA! CLOUD!

Et cela fonctionna, car ce dernier se détourna de Tifa, qui prit une grande inspiration, pour s'en prendre directement au jeune garçon. L'électricité dans ses yeux sembla se répandre sur tout son corps, et d'étranges flammes bleues apparurent sur sa peau. D'un geste si rapide qu'il en fut presque invisible, il attrapa l'enfant par un bras et le projeta au bout de la pièce.

- DENZEL!

Marlène vint au secours de son frère et se plaça entre lui et Cloud, le visage ravagé par les larmes et sa peluche mog serrée contre elle.

- ARRETES! S'il te plait...

A ce cri, Cloud se stoppa, les yeux rivés sur la jeune fille terrorisée, qui lui faisait front. Et cette vision fut un véritable déclencheur pour Tifa.

Elle dégagea l'une de ses jambes et mit un coup violent dans la poitrine de cet homme, qu'elle allait réveiller de force.

Cloud fut projeté hors du lit et tomba à la renverse, sur le parquet de la chambre. Avant même de pouvoir se relever, Tifa était sur lui, le maintenant au sol, et les deux mains sur son visage pour l'obliger à la regarder.

- Cloud! Réveilles toi, s'il te plait...

Avec toute la douceur du monde, elle maintint sa tête entre ses mains, le regard planté dans le sien qui ne semblait pas la voir. Elle pouvait distinguer ses pupilles qui ne cessaient de s'agrandir et se rétrécir rapidement, comme s'il luttait pour revenir. Sa respiration était saccadée, violente... C'était insoutenable.

- Cloud... Je t'en prie... Tu es en sécurité... Je...

Elle ne pouvait plus retenir ses larmes et celles-ci tombèrent sur le visage livide, face au sien.

- Tu es avec des gens qui t'aiment... Cloud... Reviens...

Les flammes devinrent violentes, agressives et Tifa pu sentir leur chaleur dangereuse, contre sa peau, qui brula à ce contact.

- Je t'en prie...

Avant de disparaitre totalement, dans un souffle. Le corps sous le sien se détendit d'un seul coup, ne cherchant plus à l'écarter. Les paupières de son amour s'étaient refermées, pour tenter de retenir des larmes qui le quittaient malgré tout.

Il était revenu. Et il pleurait. Comme elle. Comme Marlène et Denzel. Quel merveilleux matin...

- Tifa... Tu n'as rien?

Denzel, debout, s'était approché des deux adultes au sol et en mauvais état, lui-même se massant la nuque douloureuse. Sa tête avait heurté le mur et son dos lui faisait mal. Il allait encore avoir des bleus.

La jeune femme relâcha le visage du blond et essuya ses larmes avec l'une de ses manches. Elle était toujours assise sur Cloud qui ne bougeait pas. Il avait simplement mis ses deux mains sur son visage, qui demeurait caché.

- Non.. Ca va. Et toi? Tu vas bien?

Elle tendit une main vers le visage de Denzel et essuya l'une de ses larmes, dans une caresse douce. Le jeune garçon avait eu peur, mais avait été incroyablement courageux. Sans son intervention, et celle de Marlène, la situation aurait pu connaître une fin bien plus dramatique.

- Merci... Pour votre aide, à tous les deux.

Tifa se releva, libérant les jambes de son ami, et prit les enfants dans ses bras. Marlène pleurait en silence et Denzel ne cessait de regarder Cloud, avec inquiétude. Elle embrassa leur front et essuya les larmes de la jeune fille.

- Ca vous dirait un chocolat chaud?

Marlène leva des yeux fatigués vers Tifa, surprise.

- Mais... Il est trois heures du matin...

Un petit sourire sur les lèvres de Tifa apparut, contrastant cruellement avec son regard épuisé.

- Et alors? On fait ce qu'on veut! Mais si vous préférez retourner dormir...

- Non.

- Non.

Les enfants avaient parlé ensemble, d'une même voix. Personne ne pouvait se rendormir après avoir vécu une épreuve pareille.

- Vous vous occupez de préparer tout ça? Je vous rejoins dans quelques minutes. D'accord?

Hochant la tête, Denzel et Marlène attrapèrent la main de l'autre et quittèrent la chambre, non sans un regard triste vers l'homme toujours couché sur le sol.

Depuis qu'il était revenu, tel un zombie, il y avait plus d'une semaine, les jours comme les nuits se succédaient, avec leurs lots de difficultés. C'était éprouvant pour tout le monde et heureusement qu'ils pouvaient compter les uns sur les autres. Mais le pire avait été deux jours après son retour.

Cloud n'avait fait que dormir après son voyage. Son long sommeil avait été ponctué de nombreux cauchemars et Tifa était restée constamment à ses côtés, s'occupant de lui du mieux qu'elle le pouvait. C'était resté gérable, jusqu'à son réveil.

Tifa avait comprit trop tard que ce n'était pas le cas, en réalité.

Pourtant, elle aurait du le savoir. Le Doc l'avait prévenu, quand elle l'avait appelé au téléphone. Il avait laissé son numéro dans le sac, avec des consignes et des médicaments. Et il lui avait bien dit que Cloud risquait d'avoir des hallucinations encore plus fortes, après ce qu'il lui avait donné, pour faire le trajet. Il allait être dans un état second et potentiellement violement. C'était pour cela qu'il lui avait laissé deux seringues, à utiliser en cas d'urgence.

Cette fois-là, elle avait du en utiliser une.

Lors de ce premier réveil, Cloud n'avait ni parlé, ni crié, ni pleuré... Rien. Il s'était levé, tel un automate, et s'était dirigé hors de la chambre. C'était uniquement lorsque le cri de Marlène avait transpercé la maison, que Tifa s'était réveillée et levée d'un bond, prête à défendre sa progéniture, malgré la faiblesse de ses muscles. Sauf que rapidement, ses yeux lui avaient montré le lit anormalement vide. Et la peur s'était insufflée dans ses veines.

Un nouveau hurlement, suivi d'un fracas effrayant, et Tifa s'était ruée dans les escaliers, à la poursuite de cette autre voix. Celle de Denzel.

Et elle avait vu une scène, qu'elle n'aurait jamais voulu voir.

Une cuisine dévastée, un enfant qui rampait vers un recoin, pour rejoindre le second qui ne cessait de pleurer, en tendant des mains tremblantes vers lui.

De l'autre côté de la pièce, se tenait, absent, statique, Cloud. Il regardait alors dans la même direction qu'elle, mais ne semblait rien voir. Non préparée à cette situation, elle s'était jetée sur le jeune homme, lui demandant ce qu'il avait fait, lui intimant de se reprendre, le bousculant pour qu'il lui réponde...

Quelle erreur monumentale.

Elle n'avait conservé aucun souvenir de ce qui était arrivé immédiatement ensuite. Seule une douleur tenace se rappelait à elle, et une large marque violacée sur son ventre. Il l'avait frappé si fort, qu'elle s'était effondrée, inconsciente.

Lorsqu'elle était revenue à elle, quelques minutes plus tard, Denzel et Marlène pleuraient et la secouaient vivement. Ils criaient son prénom, désespérés.

Et Cloud était parti.

Denzel lui avait alors dit que son comportement avait brutalement changé, lorsqu'il avait vu tombé. Son corps tout entier s'était mis à trembler et il s'était approché d'eux, visiblement perdu. Mais dans un ultime élan de courage, le jeune garçon s'était interposé entre Tifa, Marlène et lui. Et il avait hurlé à Cloud de partir. Il avait crié que tout était de sa faute, que tout ce qui arrivait... arrivait à cause de lui...

Denzel s'en voulait encore tellement d'avoir dit cela.

Entendant du bruit à l'extérieur de la maison, Tifa s'était relevée, malgré la douleur et avait récupéré une seringue posée sur un meuble encore debout, avant de se diriger dehors, le cœur battant.

Cloud était assis dans la neige, dos à sa moto, ouverte, cabossée, recouverte d'une couche de poudreuse. Il était pieds nus et tenait une dague, de ses deux mains, la lame tranchante sur la peau de son cou. Leurs yeux s'étaient alors croisés, brillants de larmes, et elle avait vu, sur ses lèvres, ces mots douloureux qui raisonnaient encore dans sa mémoire...

Je suis tellement désolé...

Avant que la première goutte de ce sang si rouge tombe sur la neige immaculée, Tifa s'était jetée sur lui et avait planté l'aiguille de la seringue dans cette gorge insupportablement ouverte.

Le temps s'était alors suspendu.

Et Tifa su que ce jour là était devenu, assurément, le pire de toute sa vie.

S'en était suivie une période d'urgences, où il fallu sauver une vie qui n'aspirait qu'à quitter ce monde. Tifa regarda ses mains, et elle se revit les mettre sur cette gorge qui n'en finissait pas de saigner, en appuyant de toutes ses forces. Les enfants lui avaient apportés tout ce qu'ils avaient trouvé, pour tenter de comprimer cette plaie mortelle... Mais la neige s'était obstinée à devenir plus rouge quand le visage de Cloud était devenu encore plus blanc.

Et puis, depuis la chambre des enfants, comme une réponse, une gemme rouge s'était mise à projeter une intense lumière blanche.

Un mog soigneur était apparu et avait guéri cette plaie béante.

La neige était longtemps restée porteuse de ce profond désespoir. Jusqu'à ce qu'un autre nuage blanc ne se dépose à cet endroit, effaçant un peu, cet horrible souvenir.

Depuis ces tragiques retrouvailles, Cloud n'avait plus eu d'hallucinations aussi violentes. Ni commis l'irréparable. Parfois, il lui arrivait de se statufier brutalement, cherchant des yeux quelqu'un ou quelque chose à quoi se raccrocher, et demandant faiblement où il se trouvait. C'était sa façon d'alerter son entourage. Il suffisait alors de lui prendre la main et de lui dire que tout allait bien, qu'il était en sécurité, à la maison, avec eux, pour que la crise passe.

Parfois, il se débattait, sans pour autant se montrer volontairement violent vis à vis d'eux. Il cherchait simplement à se dégager de leur prise, en les suppliant de le laisser seul.

Car souvent, il était conscient pendant qu'il hallucinait. Il percevait des choses, que seul lui pouvait voir. Mais il savait aussi qu'il se trompait, que son cerveau lui mentait. Alors il luttait. Même s'il lui arrivait de confondre l'un d'entre eux avec l'un de ses agresseurs invisibles. D'où les hématomes qu'ils avaient tous.

Heureusement que Barret avait été mis à la porte de sa propre maison par Cid. En découvrant leur état... Il aurait massacré l'ancien soldat. Tifa en était certaine. Et le pire était que Cloud se serait certainement laissé faire.

Se positionnant à genoux, aux côtés de cet homme qu'elle refusait d'abandonner, elle tendit une main vers lui, pour saisir l'une des siennes et l'attirer contre elle.

- Cloud... C'est fini...

Mais il refusait de la regarder. De sa main libre, il se frotta la moitié du visage. Son autre main, quant à elle, serra fermement celle de Tifa.

- Je vous ai... Je vous ai encore fait mal...

Cette fois-ci, ce fut Tifa qui refusa de lui répondre. Elle se contenta de lui sourire tristement, avant de lever la main de Cloud contre ses lèvres, pour l'embrasser. C'était tellement dur, de le voir comme ça. Elle ne voulait qu'être heureuse avec lui. Lui qu'elle savait si aimant, si gentil... Si courageux... Le voir se faire dévorer par ses démons était insupportable.

Pour autant, elle ne voulait pas qu'il disparaisse. Elle ne voulait plus le laisser partir.

De cette main qu'elle refusait de lâcher, il lui caressa le visage, la regardant enfin, de ses grands yeux sans lumière.

- Tu aurais du me laisser...

- Non... S'il te plait...

Ses mains tremblèrent et elle serra encore plus celle de cet amour douloureux, ne pouvant retenir de nouvelles larmes.

- Je ne peux pas... Vivre sans toi... Tu as oublié?

Ecarquillant les yeux, Cloud fit non de la tête et, silencieusement, s'assit pour prendre dans ses bras, la jeune femme qui était toujours à ses côtés, malgré ce terrible naufrage qu'était leur vie.

Il la serra contre lui et ils pleurèrent tous les deux.


En bas, Marlène et Denzel buvaient leur chocolat chaud, en silence. Le jeune garçon s'était mis un peu de crème pour traiter ses nouveaux hématomes. Il était cruellement partagé entre la peur et l'envie d'aider Cloud. Et la peur commençait à prendre sérieusement le dessus. Ce qui lui retournait les entrailles.

- Faut qu'on devienne plus fort...

Marlène avait dit ces mots, le visage contre la table, à côté de sa tasse.

- Je ne vois pas comment... On est trop petits... Même Tifa a du mal contre lui...

Mais elle avait raison, ils devaient devenir plus forts. Denzel aimerait tellement pouvoir gérer ce genre de situation et mieux protéger les gens qu'il aime...

- On a qu'à demander de l'aide.

- A qui? Ton père? Tu sais ce qu'il va se passer le jour où il apprendra tout ça?

La jeune fille grimaça. Elle était convaincue que son père allait "pêter un câble" comme il disait. Et que ce serait sanglant.

- Faut pas qu'il sache. Jamais.

- Tu m'étonnes...

- Mais je parlais pas de papa.

Denzel resta interloqué et dévisagea sa petite sœur, bien mystérieuse tout à coup.

- Je parlais de Choco et Moguie.

- Si t'invoques ton "poussin" ici, il va détruire la maison.

La jeune fille se redressa, un petit sourire diabolique aux lèvres.

- Je suis sure que je peux maitriser sa taille! Et imagines, Cloud ne pourrait rien lui faire! On pourrait le soigner à coup de calinoux tout doux!

Le grand frère lâcha un petit rire à l'idée que Cloud puisse se retrouver tout simplement écrasé par un gros chocobo en colère. Tous ne verraient alors qu'une main dépassant du plumage du gros fessier de ce poussin monstrueux, appelant à l'aide.

- Et toi, il faudrait que t'apprennes à faire venir Mogta! En plus de Moguie! Ce serait pratique! L'un pourrait nous protéger et l'autre pourrait l'endormir! Paf!

Moguie, le mog guerrier, avait expliqué aux enfants qu'il n'était qu'un membre d'une troupe plus grande, où chacun d'eux avait un rôle bien particulier. Et plus Denzel maitriserait leur appel, plus il pourrait en faire venir pour l'aider, peu importe les situations auxquelles serait confronté leur maitre.

- Aujourd'hui, tu devrais essayer de l'appeler. Le mog soigneur. T'as mal partout et Tifa aussi. Je suis sure qu'il serait plus efficace que cette fichue crème périmée!

Barret, sachant les médicaments rares, depuis la disparition de la plupart des matérias, s'était tranquillement constitué un stock de secours, au fur et à mesure de ses livraisons. Stock que la petite famille avait été bien contente de trouver depuis qu'elle avait pris possession de la maison. Mais beaucoup de ces traitements étaient périmés. Heureusement qu'Erik, le Doc, avait pu aider Tifa à trier. C'était comme ça qu'ils avaient du en jeter une partie, comme les antibiotiques. Périmés, ils pouvaient devenir dangereux par leur manque d'efficacité. Un mal non éradiqué ne pouvait que s'adapter et devenir plus fort...

A ce sujet, Denzel s'était trouvé une nouvelle passion. Il était fasciné par la science et le savoir qu'Erik possédait. Et quand il avait vu Mogta, le mog soigneur, usé de sa magie pour refermer la blessure de Cloud, cela avait été pour lui une révélation. Lors de ce terrible moment, il avait par exemple appris l'effet du froid sur la coagulation, le rythme cardiaque, mais aussi celui des tranquillisants qui avaient été administrés par Tifa. Ces facteurs cumulés avaient contribué à faire ralentir le cœur et donc de limiter la perte de sang. Ce qui avait sans doute favoriser la récupération du blond. Le mog avait expliqué tout cela, tranquillement, à un trio sous le choc. Et avant de disparaître dans un "Mogta-Mogta" lumineux, il avait ajouté que la magie avait ses propres limites. Elle ne pouvait défaire les pires tourments.

Alors, la dernière fois que Denzel avait eu le père de Marlène au téléphone, il avait demandé s'il pouvait lui trouver un livre sur la médecine. Il voulait apprendre. Il voulait comprendre.

Il voulait, lui aussi, sauver Cloud. Avec ou sans magie.

- Oui. Tu as raison. On essaiera tout à l'heure.

Retenant un gémissement douloureux, il se leva de sa chaise et attrapa un plateau. Contrairement à ce qu'avait dit Tifa, elle ne descendrait pas les rejoindre. Il en était certain. Alors il plaça deux tasses, du chocolat en poudre et le lait chaud sur le plateau.

- Tiens.

Marlène plaça de la brioche maison et du beurre, avec des couverts.

- Je vais jamais réussir à monter tout ça à l'étage.

- Mais si.

Tout en souriant, la jeune fille plaça, en surplus, deux verres de jus de fruits fraîchement pressés.

- Tu te fous de moi, en fait.

Marlène ne se défit pas de son sourire, et attrapa sa peluche, pour remonter à l'étage. Denzel soupira. Mais, vaillant, il s'employa à suivre sa sœur avec le plateau chargé à bloc.

Lorsqu'ils entrèrent dans la chambre, ils découvrirent les deux adultes, assis par terre, serrés l'un contre l'autre. Ils ne parlaient pas, semblant se contenter de cette paix retrouvée. Tifa était de dos, mais Cloud faisait face à la porte. Et ce fut son regard, à lui, qui se posa en premier sur les enfants.

Un regard céruléen qui les fit frémir. Ce qui n'échappa pas à son propriétaire, dont le chagrin voila les yeux, avant de les baisser et de reposer la tête sur l'épaule de la jeune femme.

Cette dernière se retourna légèrement, obligeant Cloud à la relâcher un peu, et elle adressa un sourire chaleureux aux deux enfants.

- Vous nous avez apporté le petit déjeuner?

La tension retomba brutalement et les joues de la petite fratrie se mirent à chauffer. Hochant la tête, Denzel s'approcha et posa le plateau par terre, à côté d'eux. Marlène, quant à elle, s'avança vers Cloud en serrant sa peluche très fort contre elle.

Le blond, prostré, lui adressa un regard furtif et méfiant, comme s'il avait peur de ce qu'elle allait dire ou faire. Et il savait que, quoi qu'elle fasse, quoi qu'elle dise, elle aurait raison.

Mais contre toute attente, il se retrouva avec une peluche mog collée sur le visage. Peluche toute douce, qu'il saisi précautionneusement, d'une main, avant de plonger son regard, incertain, dans celui de Marlène... Si proche de lui.

- Pour que... Tu guérisses.

A cet instant, il ne vit plus qu'une petite fille, se tordant les mains et pleurant silencieusement. D'un geste, qu'il voulu le plus tendre possible, il posa une main sur ce petit visage fatigué, humide et tremblant. Et à ce contact, Marlène s'écroula dans ses bras, contre son torse, et s'agrippa à son t-shirt qu'elle mouilla de ses larmes.

Cloud était totalement perdu et ne comprenait pas comment il pouvait être entouré de tant d'affection... lui qui ne provoquait que la douleur...

A côté de lui, Tifa s'écarta et lui rendit sa main, qu'elle plaça elle même sur le petit corps tremblotant. Il referma alors son étreinte sur Marlène et sa peluche guérisseuse, la berçant doucement et lui demandant pardon.

C'était pour des moments comme celui-ci, arc-en-ciel après la pluie, que Tifa se battait et voulait croire en leur avenir.

Elle était sûre, en le voyant ainsi, que Cloud avait sa place dans ce nouveau monde.

Même si pour cela, elle avait du déclencher l'apocalypse.

S'éloignant de quelques pas, elle s'approcha de Denzel, resté silencieux, et lui caressa les cheveux. Il se montra hésitant, puis leva une main vers la marque rouge sur le cou de Tifa. Elle encaissait tellement sans rien dire... Mais la jeune femme attrapa sa main avant qu'il ne l'atteigne et le serra dans ses bras.

- Ne t'inquiètes pas.

Elle chuchota à son oreille, pendant qu'il cachait ses larmes dans cette douce étreinte.

- Je voudrais tellement...

Tifa savait. Elle savait à quel point Denzel voulait les aider. A quel point il se sentait faible, incapable de les protéger... Et elle n'avait pas de bonnes réponses à lui donner pour le moment, si ce n'est la chaleur de son amour.

- Elle s'est endormie.

Cette voix, qui se voulait presque inaudible, fit tourner la tête de Tifa et Denzel.

Effectivement. Marlène dormait profondément, entre les bras de Cloud, incrédule. Malgré tout ce qui s'était passé, la petite fille continuait d'avoir une telle confiance en ce père bancal qu'elle pouvait s'endormir, dans ces mêmes bras qui l'avaient terrorisé un peu plus tôt.

A cet instant, bien que la vision soit charmante, Tifa ne pu s'empêcher de penser que Cloud n'était pas le seul à avoir besoin d'une aide psychologique. Et qu'il lui fallait trouver cette aide, au plus vite.

Spontanément, Cloud se leva avec son précieux chargement, qu'il installa dans leur lit, juste à côté, avant de rabattre l'épaisse couverture sur la petite fille endormie. Il était épuisé. Et il s'en voulait tellement... Lui qui n'arrivait plus à croiser son propre regard dans le miroir, comment pouvait il supporter celui des autres? Il savait ce qu'ils pensaient. Il savait qu'ils avaient peur de lui.

Et quand leurs amis découvriront ce qu'il s'est passé dans cette maison...

Alors que ses mains tremblèrent de nouveau, elles furent saisies par deux autres, dans une infinie douceur. Tifa était revenue près de lui, pour se faufiler tout contre son torse, la tête posée contre son cœur.

- On va s'en sortir... D'accord?

Hochant la tête légèrement, il se promit d'appeler Erik au levé du soleil. Il n'en pouvait plus de perdre l'esprit et de s'en prendre ainsi à ceux qu'il aimait... A celle qu'il aimait... Mais qu'il avait déjà frappé, avant même de l'avoir embrassé...

Ils s'étaient rapprochés, incontestablement. Mais la perception qu'il avait de lui-même ne cessait de s'obscurcir. Et il redoutait de plus en plus le regard de Tifa sur lui. Désormais, il craignait plus que tout de lire la peur dans ses yeux et de poser les mains sur elle...


- Clinique du centre?

La voix qui decrocha n'était pas celle qu'il espérait. C'était une voix de femme, qu'il ne reconnaissait pas.

- Euh... Je... Erik est là?

- Il est en soin. Je peux lui laisser un message.

Cloud souffla et se frotta le visage de sa main libre. Bêtement, il avait cru que le médecin decrocherait et que cette pénible conversation aurait eu lieu.

La terre trembla soudainement, avec violence, et un "Kwaaaaa!" bruyant retentit dans son dos.

Il se détourna un peu pour discerner au loin, l'origine de ce vacarme.

Marlène s'entraînait dans le pré à côté de la maison, à appeler son énorme poussin préféré. Denzel était avec elle, et il les vit tous deux disparaître dans l'epais plumage d'une chimère amusée.

Un fin sourire se dessina sur ses lèvres à cette vision, et sans quitter les enfants des yeux, il répondit.

- Dites lui que Cloud a appelé. J'ai besoin de lui parler au plus vite.

- Oh... oui, sans problème!

La tonalité de la voix avait changé mais il ne s'attarda pas sur ce détail et raccrocha, en la remerciant.

Assis sur son rocher, à l'écart de la maison dont la cheminée évacuait une chaleureuse fumée, il se sentit, pour la première fois depuis longtemps, assez bien.

Il faisait froid, mais son corps le ressentait à peine. Et c'était un matin d'hiver vraiment agréable. Les rayons du soleil sur son visage avaient l'effet d'une douce caresse et il aurait voulu que cet instant ne se termine jamais.

Mais son téléphone vibra dans ses mains et il s'empressa de décrocher.

- Gamin? Tu vas bien?

Aussi étrange que cela puisse paraître, Cloud fut tellement soulager d'entendre cette voix que ses nerfs se brisèrent .

- Erik?... Non, je...

Il essuya ses yeux qui le trahissaient encore et se frotta vivement le visage pour tenter de se reprendre.

- il faut que tu m'aides...

- Qu'est ce qui s'est passé?

A l'autre bout de la ligne, le Doc était calme, patient. Ce dernier venait de terminer d'apporter des soins à un nourrisson né trop tôt, et à sa mère epuisée. La suite était entre les mains d'Elena, qui voulait se spécialiser dans la prise en charge médicale des femmes. Et c'était une bonne chose. Erik n'arriverait jamais à tout faire et à tout faire bien.

Devant le silence de son patient favori, il reprit.

- Racontes. Je te jugerai pas, tu sais.

- N'en parles à personne... S'il te plait...

La supplique du jeune homme le surprit et renforça son inquiétude.

- J'emporterai tes secrets avec moi, dans ma tombe, gamin.

Le Doc entendit son interlocuteur soupirer. Il lui fallait un café. Ça allait être long.

- J'ai... J'ai vu des choses qui m'ont rendu fou... Erik... J'ai...

Mais c'était trop dur à dire, à avouer. Cloud n'arrivait plus à retenir ses tremblements et les larmes qui coulaient sur son visage. Ce qu'il avait fait était impardonnable, effroyable...

Erik, quant à lui, commençait à sérieusement paniquer et à imaginer les pires scénarios. D'une voix la plus douce et la plus calme possible, il posa la question qui le taraudait.

- Cloud. Est-ce que Tifa et les enfants vont bien?

- Hein? Euh... Oui... Bien, autant qu'ils le peuvent...

- OK. Ils sont vivants. Mon café. Balances tout sans t'arrêter, je ne te couperais pas.

La voix soulagée du médecin fut un declic et Cloud raconta tout ce qu'il s'était passé. Absolument tout. Donc même les coups qu'il avait porté.

Ensuite, il s'était tut, n'osant plus parler, trop honteux désormais pour demander de l'aide.

Ses yeux brûlé par le froid et les larmes s'étaient de nouveau posés sur le gros chocobo, qui battait de ses petites ailes pour se maintenir en un vol stationnaire, à côté de la maison. Les enfants étaient sur son dos et il pouvait entendre Marlène crier qu'il était temps d'aller "casser du monstre". Un jour, il faudrait qu'il dise à Barret et Cid de surveiller leur langage devant les enfants.

- De quoi tu te souviens de ton arrivée à la clinique?

La question le prit de court et son esprit embrouillé eu du mal à trouver une réponse.

Entendant son hésitation, Erik précisa.

- Tu hallucinais. Tu voyais des choses terribles et tu tenais des propos incohérents. Mais quelque chose s'est produit et tu es passé de terrorisé à très agressif. Ton regard s'est tourné vers Vincent. T'avais une de ces rages... Et tu l'as saisi à la gorge. C'est là que je t'ai endormi.

Cloud sentit son cœur se comprimer dans sa poitrine. Il avait attaqué Vincent?

Le regard flou, il distingua à peine Tifa, sortie de la maison, qui s'était dirigée vers les enfants pour leur hurler de descendre du chocobo. Elle disait que c'était dangereux...

Dangereux...

- Tu n'as pas de nom...

Sa tête vrilla à l'entente de cette voix et il ne pu retenir un gémissement de douleur.

- Cloud? Tu m'entends? Quoi que tu aies pu voir, ce n'était pas réel...

Réel... Qu'est ce qui était réel et qu'est ce qui ne l'était pas?

- Ce que je t'ai montré est la réalité, Cloud... Ce dont tu te souviens, n'est qu'illusion.

Sa respiration se coupa et face à lui, le ciel était devenu sombre, presque noir.

De la fumée s'élevait dans le ciel. La maison...

La maison brûlait...

- Cloud! Ne laches pas le téléphone. Ecoutes ma voix! Cloud! Parles... Que vois tu?

- La maison... Elle brûle...

- Je t'interdis de bouger.

Pour Erik, cette téléconsultation virait au cauchemar.

- ELENA! APPELLES TIFA, MAINTENANT!

Il avait hurlé depuis la pièce où il se trouvait. Rien à battre des patients à côté. Il y avait urgence.

- Cloud? Tu es toujours là? Parles moi?!

A son oreille, n'était portée que le bruit d'une respiration saccadée et de gémissements douloureux.

- Tifa? Oui désolée, c'est Elena. Je sais pas... attends. Erik! J'ai Tifa, elle...

- Est-ce que sa maison brûle? Est ce qu'il y a un feu quelque part?

Elena le regarda, les yeux blasés, se disant qu'elle connaissait déjà la réponse, vu la voix calme et enjouée à l'autre bout du fil. Mais, devant le visage tendu de son professeur, elle optempera.

- Euh... oui. T'as entendu? Tout va bien chez vous?

Elle hocha la tête pour rassurer le Doc.

- Cloud? Tout va bien d'accord? Ta maison ne brûle pas. Respires.

- Euh, Tifa?

Erik tourna la tête vers son apprentie, toujours en ligne, à priori.

- Je l'entend. Elle cherche Cloud.

Effectivement, la proximité entre Elena et Erik avait permi à Tifa de comprendre la situation. Elle savait que Cloud devait appeler le medecin ce matin, et visiblement... il était en pleine crise.

Là. Elle vit le jeune homme, debout, en haut d'une petite colline, les yeux rivés sur leur maison.

- Cloud!

Courant aussi vite qu'elle pouvait, malgré un corps douloureux, et sans lâcher son téléphone, elle rejoignit son ami. Mais cette fois-ci, elle s'arrêta à quelques mètres de lui, prudente.

- Cloud...

- Gamin!

- Cloud...

Les images se succédèrent à grande vitesse dans son esprit, et cela en fut trop à supporter. Le ciel bascula violemment, puis tout devint noir.

Tifa se rua sur son amour, le rattrapant avant que sa tête ne percute le sol. Son cœur battait à se rompre encore, mais elle refusa le droit à celui-ci de lâcher maintenant.

Assise par terre, et tenant fermement Cloud contre elle, elle activa le haut parleur de son téléphone.

- Elena?! Erik?! Vous êtes là?... Dites moi que vous...

- Oui, Tifa. On est là. Qu'est ce qui...

- Il est inconscient... Il est tombé... D'un seul coup...

Tifa tremblait de tout son corps, mais ne pleurait pas. L'inquiétude lui commandait d'agir face à l'urgence.

- Erik... Il faut que tu viennes... Je t'en supplie...

Elle porta l'une de ses mains sur le visage endormi de cet homme qui la rendait dingue. Dégageant l'une de ses mèches de cheveux, un souvenir lui revint... Et elle ne pu s'empêcher de sourire tristement.

Elle lui avait dit qu'il ressemblait à un chocobo.

- Erik...

- Oui. Je serais là ce soir.

Tifa sentit un soulagement la traverser et elle resserra sa prise, laissant les larmes couler sur ses joues gelées, la voix brisée.

- Merci... Merci...


Toutes mes excuses pour ces scènes, mais je devais aller au bout de mon idée. J'espère toutefois ne pas avoir été maladroite dans leur écriture.

A bientôt pour la suite!