La lame fendit le bois avec l'aisance d'un fil à beurre. Sans aucun bruit ni résistance. Seuls les deux morceaux de la buche, ainsi fendue, provoquèrent un petit son mat lorsqu'ils percutèrent le sol enneigé.

Cloud ramassa l'un d'entre eux et le replaça sur la souche de l'arbre sacrifié, pour le diviser encore.

Il aurait pu, en quelques mouvements rapides, réduire en petits morceaux égaux, le tronc d'arbre choisi, rien qu'avec son épée. Mais cette dernière n'avait pas bougé de son fourreau, toujours encastrée dans sa moto, elle-même abandonnée sous la neige. Les tempêtes se succédaient sur le mont Corel, et la neige s'accumulait désormais par plusieurs mètres. Rien que pour sortir de la maison, il avait du creuser, oui creuser, un chemin. Et ce ne fut rien à côté de ce qu'il du faire pour se rendre à la lisière de la forêt. Un bonhomme de neige, voilà ce qu'il allait devenir.

Bref, sa moto, était le cadet de ses soucis, pour le moment.

Et user d'une hache lui faisait le plus grand bien. Ses muscles avaient terriblement besoin de se défouler sur quelque chose, tellement ils étaient nimbés de rage, de colère et de peur.

Suite à sa dernière crise hallucinatoire, Erik avait débarqué le soir même, avec un énorme sac à dos, et des valises à la place des yeux.

La buche se fendit en un coup et Cloud regarda les deux blocs se détacher en silence.

Le silence. De ses lèvres s'échappa un souffle, telle une fumée légère et il posa le regard sur le mur naturel devant lui. La forêt s'étendait si loin, qu'en son cœur, n'était visible qu'une profonde obscurité. Avec pour seul bruit, celui des flocons qui s'accumulaient sur un matelas blanc.

Cette vision contrastait violemment avec ce qu'il ressentait, dans chaque parcelle de son corps fatigué.

Il plaça un nouveau morceau de bois et recommença son manège, le regard menaçant, posé sur sa cible.

Le soir de son arrivée, Erik lui avait imposé la prise de somnifère, pour dormir d'un sommeil sans rêves, et donc sans risque de se réveiller sous le coup d'une hallucination. Il avait d'abord refusé, bien sûr. Il ne supportait plus la prise de médicaments qui lui faisaient perdre le peu de contrôle qui lui restait. Mais Tifa, épuisée, s'était approchée de lui et l'avait pris dans ses bras, pour finalement lui demander de faire ça pour elle.

Et il avait cédé.

Le lendemain, son réveil avait été difficile, mais lucide. La découverte du lit vide l'avait brutalement inquiété, lui qui normalement, se levait toujours le premier... Et l'inquiétude s'était renforcée, devant l'absence de certitude d'avoir vu Tifa le rejoindre cette nuit.

Il avait alors découvert que la jeune femme avait dormi avec les enfants et non avec lui.

La lame s'abattit avec une telle force, tranchant l'air puis le bois ciblé, qu'elle détruisit la souche et fissura le sol.

Même s'ils ne faisaient que partager un lit et que les seuls gestes intimes qu'ils avaient eu ensemble, avaient été de pleurer, se prendre dans les bras ou de se donner des coups... Il était rassuré de la savoir à côté de lui.

En la voyant dans le lit des enfants, il avait ressenti un profond sentiment de rejet.

Regardant son tas de buches, sans vraiment le voir, il dégagea sa hache du sol, d'un geste sûr, dans lequel elle s'était enfoncée.

Erik, qui avait dormi dans l'une des chambres disponibles, était, lui, frais comme jamais. Paradoxalement, il ne s'était pas aussi bien reposé que cette nuit là, avait il dit.

Il y en avait au moins un qui était content, dans cette maison.

Ensemble, ils avaient pris leur café, et le médecin lui avait expliqué son plan de bataille, pour apaiser son esprit qui partait en vrille. Mais ça l'avait complétement effrayé. Et pour réfléchir, il était sorti, couper du bois.

L'hypnose.

C'était la solution du soignant. Qui n'était pas psychiatre, lui avait-il bien précisé. Mais en l'absence de moyens plus sophistiqués, et pour ne pas le bombarder de médicaments, c'était la seule réponse qu'il avait à lui proposer.

Sauf que ça le terrifiait. Pour retrouver le contrôle de son esprit, de ses émotions, il faudrait qu'il le perde? Et surtout, qu'il laisse le contrôle à une tierce personne? Alors que c'était exactement ce qui l'avait fait le plus souffrir, par le passé?

Cloud s'assit un instant, sur la moitié du tronc d'arbre qui lui restait à découper.

Son regard se posa sur la maison, non loin, d'où s'élevait une douce fumée, signe de la chaleur qui devait régner à l'intérieur. Les murs de neige se dressaient tout autour d'elle, la cachant à moitié, et les rayons du soleil peinaient à atteindre les fenêtres du rez-de-chaussée.

Il n'avait pas le choix. Il ne l'avait plus, pour être honnête.

La glace qui entourait son cœur, ne cessait de s'épaissir, comme les congères qui ne cessaient de s'élever autour de son foyer, à chaque tempête. Et se frayer un chemin, devenait, chaque jour, de plus en plus difficile.

- Je te trouve enfin.

Le froid engourdissant ses muscles au repos, aucune tension ne l'envahit à l'entente de cette voix. Voix qu'il n'avait pas entendu depuis longtemps. Sa tête tourna légèrement pour se poser sur l'animal massif qui venait de faire irruption, au détour d'un virage blanc. En creusant dans la neige pour se rendre à la forêt, il avait un peu serpenté. Et la hauteur des murs de neige était suffisamment haute, pour l'empêcher de voir les personnes qui s'aventuraient sur le chemin de fortune.

- Et moi je ne t'aurai pas reconnu, si tu n'avais pas parlé.

Le lion, habituellement revêtu d'une musculature fine et puissante, et d'un pelage de feu, plutôt ras, ressemblait, en ce moment même, à une grosse peluche toute duveteuse dans laquelle Cloud eut très envie de mettre les mains. Ce qu'il ne fit évidemment pas.

- Je fais avec ce que la planète m'a offert. Et cela me plait assez. Je suis bien moins effrayant.

Le blond ne releva pas les derniers mots de son ami, et se concentra sur les raisons de sa visite.

- Comment as tu fais pour venir? Ton village est à l'autre bout du continent...

Nanaki ne pu retenir sa queue enflammée de remuer vivement, trahissant sa joie.

- Oh, c'est grâce à Cid. Si j'ai bien compris, il veut mettre en place des vols commerciaux, en ralliant plusieurs villes importantes. J'ai cru comprendre que le Shera lui coûtait cher en entretien et qu'il lui fallait trouver une solution pour pouvoir continuer à piloter.

- Je vois...

Cloud baissa les yeux sur le sol devant lui, le cœur frappant lourdement dans sa poitrine. Ses amis continuaient leur route, quand la sienne s'obstinait à se fendre sous ses pieds.

Devant le regard triste de son ami, le lion s'approcha doucement et vint se placer entre les jambes du jeune humain, comme un chien le ferait pour son maitre. Dos à son interlocuteur, il tourna la tête sur le côté pour mieux le voir.

- Tu devrais en profiter. Je ne permet pas à tout le monde de me prendre pour une bouillotte.

Un petit sourire aux lèvres, appréciant sincèrement le geste, Cloud laissa ses mains plonger dans le doux et très épais pelage de son ami. Le contraste de température entre le corps du félin et le sien était énorme. Mais le lion ne dit rien au contact gelé de sa peau contre la sienne, et laissa son humain d'ami se serrer contre lui, sentant sa tête disparaitre dans son dos.

Nanaki percevait bien plus de choses que les êtres qui peuplaient cette terre avec lui. Gaia l'avait doté d'un talent particulier, ancien, qui lui permettait de ressentir jusqu'aux vibrations de la rivière de la vie, qui circulait dans les profondes entrailles de la planète. Même s'il ne pouvait toutefois pas entendre sa voix, comme Aerith et son grand-père en avaient eu le pouvoir.

Il était toutefois aisé pour lui de voir à quel point son ami était troublé, fatigué, anxieux... Tellement d'émotions, enchevêtrées les unes aux autres, que cela était difficile pour le lion de déterminer laquelle de ces ficelles devaient être tirées en premier.

- J'ai voulu venir te voir plus tôt. Mais cela m'a été déconseillé.

Cloud ne répondit pas, même pas étonné. Il comprenait cependant mieux pourquoi aucun de leurs amis n'avaient débarqué depuis son retour. Il ne savait, en revanche, toujours pas pourquoi Cid avait mit Barret à la porte de sa propre maison. Ni les enfants, ni Tifa n'avaient voulu dire quoi que ce soit à ce sujet.

- Je m'en veux, d'avoir attendu. J'aurai du venir comme mon cœur me disait de le faire.

Se contentant de l'écouter, les mains du blond se refermèrent en poing, sur les poils doux et chauds de son ami. Ce simple contact physique, sincère, entier... Sans crainte ni jugement... Tel qu'il en partageait un, en ce moment même, lui avait terriblement manqué.

- Te souviens tu, de ce que disait mon grand-père?

Sentant la tête du jeune homme hocher de droite à gauche, il continua.

- Lorsque le chemin de notre vie disparait, le seul moyen de le retrouver est de rentrer en communication avec nous-même. Il y a toujours quelque chose, au plus profond de nos cœurs. Quelque chose d'enterré, ou quelque chose d'oublié. Quoi que cela puisse être, c'est forcément ce que nous recherchons.

Le silence qui suivit était apaisant, et Cloud maintint sa tête contre le dos de son ami, les yeux fermés.

- Grand-père avait vraiment un don pour sortir des phrases énigmatiques.

Un petit rire, discret, et très bref, atteignit ses oreilles, et il poursuivit. Faire la conversation tout seul n'avait jamais été un problème, surtout avec le soldat.

- Mais ce qu'il voulait dire, était qu'il suffit parfois de simplement s'arrêter, et de prendre le temps de s'écouter, sincèrement. Ecouter son cœur, qui murmure doucement. Entends tu le tien, Cloud?

Ce dernier soupira et ouvrit les yeux. Son cœur? En ce moment, lui et son palpitant étaient dans une relation compliquée. Ils se battaient constamment l'un contre l'autre et se faisaient plus de mal que de bien. Etait-ce une forme de communication?

- Plus jeune, lorsque j'étais en colère, parfois même en rage, Grand-Père m'invitait à méditer avec lui. Je trouvais ça d'un ennui mortel et m'endormais à chaque séance. Mais c'était reposant. Hélas je passais complétement à côté de l'exercice. Et mes émotions revenaient toujours plus fortes. Cela devenait infernal, pour moi, mais aussi pour lui.

Nanaki modulait sa voix de façon étrange. Il parlait lentement, doucement, laissant le silence s'introduire entre chaque phrase, comme si c'était là, sa place naturelle. Le front collé contre le dos du lion, Cloud pouvait sentir les vibrations provoquées par les mots qu'il prononçait, sur un ton presque monocorde.

Pour la première fois, depuis longtemps, son cœur sembla ralentir sa course et retrouver un rythme calme, se faisant invisible.

- Alors, il me parlait de la planète, des mots qu'elle lui adressait et des maux qu'elle ressentait. Et bout d'un moment, il me disait...

Se taisant quelques instants, il reprit, dans un chuchotement.

- Ecoutes... Cloud... L'entends-tu?

Alors, fermant les yeux, Cloud écouta. Il entendit le vent, circuler entre les feuillages, souffler sur ses cheveux, dans une caresse légère... La neige, qui semblait crépiter autour de lui, à chaque flocon qui se déposait sur le sol...

Le cœur de Nanaki, battant doucement, calme et confiant...

Sa propre respiration fut la première chose qu'il analysa vraiment. Il prit conscience de l'air, glaciale, qui entrait en lui, le traversant, trouvant son chemin jusqu'à son cœur, avant d'être renvoyé. Il eu l'impression de voir une sorte de flux, de rivière, qui s'écoulait selon un chemin défini, captant sur son passage, tout ce qui pouvait entravé sa course, pour l'emmener avec elle, jusqu'à la sortie.

Ses yeux s'ouvrirent et il se redressa, laissant le lion se retourner pour lui faire face.

- Qu'est ce qu'il s'est passé...?

Son ami inclina la tête sur le côté, le fixant d'un œil brillant.

- Grand-Père appelait ça, la transe. Un état qui permet de se détacher de son corps, un bref instant, pour voir le monde sous un autre angle.

- C'est...

Nanaki acquiesça à ce qu'hésitait de prononcer son humain préféré.

- Oui, c'est une forme d'hypnose.

Un fin sourire se dessina sur le visage du blond. Si ce n'était que ça, il fallait reconnaitre que ce fut une expérience agréable. Même s'il doutait fortement que ce serait la même chose avec le médecin, qui l'attendait. Les souvenirs qu'il allait devoir affronter le terrifiait.

- Tu ne revivras pas ces tristes moments. Tu ne feras que les regarder de loin, de façon détachée. Et tu ne perdras pas le contrôle.

- Arrêtes de lire dans ma tête.

Le lion se contenta de sourire, son unique œil fermé, ravi d'avoir vu juste.

- Rentrons. Même si tu es coriace pour un humain, ne pas sentir la morsure du froid ne veut pas dire que tu n'en subis pas les effets.

D'un coup de tête, il désigna les mains de Cloud, qui ne portait pas de gants. La couleur rouge sang de ses articulations contrastait fortement avec le reste de sa peau particulièrement blanche. Il était effectivement temps de rentrer.

Récupérant quelques buches fraîchement découpées, Cloud s'engagea sur le chemin du retour. En passant devant Nanaki, il s'arrêta.

- Tu restes un peu ...?

Le lion le fixa de son œil brillant, se voulant mystérieux. Mais, rien à faire, sa queue le trahissait complètement.

- Autant qu'il te plaira.


- Hmm...

Erik n'aimait vraiment pas ce qu'il voyait. Toutes les blessures étaient, par définition, moches. Mais certaines étaient pires que d'autres simplement en raison de ce qui les avait provoqué. Dans la catégorie pire, le Doc avait déjà soigné des plaies causées au nom de la recherche, celles faites sous la torture, par pure sadisme, ou la guerre... Il avait donc déjà vu quelques saloperies.

Seulement, de part son ancien travail et sa reconversion récente, plus basée sur les urgences médicales, il n'avait pas encore été confronté à cette situation.

- C'était il y a combien de temps?

Sa patiente, allongée dans un lit un peu trop petit pour elle, avait tourné la tête à l'opposé de lui, pour ne pas avoir à croiser son regard. Ce comportement là aussi, il n'aimait pas. Elle lui répondit dans un chuchotement.

- Je ne sais plus vraiment... Il y a huit ou dix jours...

Le médecin posa ses deux mains sur le ventre tendu devant lui et toucha avec beaucoup de précaution le large hématome violacé, tendant encore trop au rouge à son goût, et vraiment mal placé. Il s'étendait sur le flanc gauche, et était descendu jusqu'à la cuisse. Au contact, il vit nettement Tifa se crisper, signe d'une douleur encore évidente. Vu la largeur et l'emplacement il suspectait sérieusement un hématome souscapsulaire avec lacération de la rate. Une lésion splenique, peu profonde, toutefois. En soit, c'était une blessure presque banale.

Il se souvint brutalement de quelque chose.

- Tu prends toujours les comprimés que je t'ai donné?

La jeune femme hocha doucement la tête.

C'était sans doute ça. Il avait prescrit notamment un anti-coagulant à Tifa, de façon préventive, suite à l'infarctus qu'elle avait eu. Il a certainement ralenti sa cicatrisation et la résorption de l'hématome.

- Je vais refaire le point sur ce que je t'ai donné. Il y en a au moins un qu'on va arrêter...

Il remonta légèrement le bas du pyjama de sa jeune patiente, qu'il avait du baisser un peu pour voir l'étendu des dégâts.

- Est-ce que... Ca va partir? Mon corps guérit plus vite d'ordinaire...

Elle n'avait pas de fièvre et ne se plaignait de douleurs uniquement lors de mouvements un peu trop intenses. Le tableau clinique n'était pas inquiétant.

- Tes muscles ont souffert mais ont été un précieux rempart. Je pense qu'il y a une lésion d'organe mais rien de grave. L'hématome est en train de se résorber. Il faudra quand même te surveiller.

Tifa s'assit au bord du lit, un petit sourire triste au lèvre, une bras contre son ventre, et les yeux posés dans le vide.

- Il a vu vos blessures?

Erik savait pertinemment que ce n'était pas un malheureux et horrible cas de violences intrafamiliales. Un cerveau malade pouvait aussi faire beaucoup de dégâts involontairement. Mais la façon dont Tifa encaissait, sans se plaindre, fermant les yeux sur sa propre souffrance, comme si... Comme si elle le méritait. Voilà. C'était ça qui lui tordait les entrailles.

- Non... Il souffre assez comme ça.

- Et toi?

- Je peux encaisser.

Le regard tremblant qui croisa le sien fut un complément de réponse à lui tout seul.

Il ne voulait pas la brusquer mais il aimerait qu'elle prenne conscience de la route qu'elle était en train de prendre.

- Je sais que ce n'est pas sa faute. Mais toi... Sais-tu que ce n'est pas la tienne, non plus?

Tifa resta silencieuse, les yeux baissés et les bras autour de son ventre. La marque rouge autour de son cou dessinait nettement les doigts d'une main, dont la puissance avait écrasé le larynx. Mais heureusement, l'intervention rapide de Denzel avait évité la rupture de l'os hyoïde, et la jeune femme n'avait pas perdu connaissance. Seulement la voix, qui n'avait pas supporté les cris de désespoirs quelques heures plus tard.

- Si je n'étais pas partie... Rien de tout cela ne serait arrivé...

Ben voyons. Erik soupira.

- Je ne connais pas les détails de votre relation, mais il faut que tu comprennes quelque chose. Tôt ou tard, il aurait décompensé. C'est comme cela que fonctionne la dissociation traumatique. Les personnes atteintes compensent cette mauvaise gestion de leur mémoire, en s'isolant, doucement, du reste du monde. Ils évitent ainsi toute forme d'évènement déclencheur. Mais c'est totalement illusoire. A moins de virer ermite, c'est impossible de vivre dans l'évitement permanent.

Sa jeune patiente d'un jour osa de nouveau croiser son regard, les yeux brillants. Elle était fatiguée et incertaine. Mais l'éclat nouveau qu'il voyait était un espoir.

- Dernière chose. Ne te laisses pas mourir de faim. Guérir ça passe aussi par l'assiette. Evites les aliments solides, le temps que ta gorge soit moins sensible et les températures trop chaudes.

Il avait peur de la voir rentrer dans une spirale auto-destructrice, alors qu'elle mangeait visiblement de moins en moins à mesure que son corps devenait, lui, de plus en plus, douloureux.

- Si Denzel arrive à appeler son petit mog, demandes lui de te guérir cette blessure abdominale. De toutes, c'est celle qui m'inquiète le plus et pour laquelle on manque encore de moyens thérapeutiques. Surtout si vous restez dans ce trou paumé. Autant s'en débarrasser dès que l'occasion se présentera. M'enfin. Je ne veux pas mettre la pression au môme non plus.

Quelqu'un frappa à la porte, et une petite voix se fit entendre.

- Erik? Cloud est rentré. Nanaki est avec lui.

Tifa lui fit un signe de tête pour le remercier, et se leva pour ouvrir au jeune garçon qui attendait. Lorsqu'ils se virent, Denzel leva à peine les yeux et se calla immédiatement contre la jeune femme, la tête contre son ventre.

La vision arracha un sourire à Erik. Famille de bras cassés. Mais famille quand même.

Le Doc s'éclipsa et rejoignit l'étrange duo qui l'attendait au rez-de-chaussée.

Nanaki. Une espèce de lion qui parlait. Très intelligent au passage. Son pelage rouge feu évoquait chez Erik une cruelle et délirante expérimentation du Professeur Hojo et le lien entre les deux était plus que probable. Mais il s'abstint de poser la moindre question à ce sujet, préférant le silence en maitre de la prudence. Nul besoin de réveiller d'autres démons. Il y en avait bien assez dans cette petite maison.

- Alors? Qu'est ce qu'on fait?

Il avait posé cette question en déposant son sac sur le canapé. Cloud était en train de raviver le feu de la cheminée et avait ramené un peu de bois, qui séchait à côté du poêle. Aucun stock n'avait été fait en prévision de l'hiver, sans qu'il n'en connaisse la raison. Le jeune homme allait devoir sérieusement s'occuper de ce problème s'il ne voulait pas que cette petite famille ait froid au cours des mois à venir. D'autant que la maison ne semblait pas bénéficier d'un réseau de chauffage plus moderne. Erik n'avait pas vu de radiateurs installés, hormis dans la salle de bain.

Malgré tout, tant que le feu était actif, la température intérieure restait agréable. La maison était construite tout autour du conduit d'évacuation, permettant la diffusion de la chaleur dans les chambres.

- Comme tu as dit... Je n'ai pas vraiment le choix, de toute façon.

Le Doc s'abstint de répondre le classique "bien sûr que si, on a toujours le choix", même si ça le démangeait sérieusement. Sans le percevoir, le gamin faisait le choix de vivre, plutôt que de se laisser mourir. Mais il comprenait aussi son impression d'être forcé de prendre une décision qu'il n'aurait jamais voulu avoir à prendre un jour.

- Je voudrais faire appel au mog du petit.

Les mains dans les poches, Erik vit le regard surprit de Cloud se poser sur lui. Surprit et anxieux.

- Si tu fais ça... Denzel devra...

Son patient commençait à trembler et ça ne présageait rien de bon.

- Il devra l'invoquer? C'est quoi le problème, gamin?

Le lion s'approcha de Cloud, devenu silencieux, et se cala contre l'une de ses jambes, pour faire face à Erik.

- Si vous faites cela, Denzel devra rester. Et on sait tous les trois que ce qu'il risque de voir ou d'entendre, ne va pas arranger son état mental.

- Je sais oui, mais Tifa ne veut pas que quelqu'un d'autre utilise la matéria. Sans compter le fait que Cloud ne peut pas invoquer une chimère pour qu'elle lui inflige un tel sort et que je suis nul à ce jeu. Quant à toi, t'as pas ton équipement.

- Je n'ai pas besoin d'équipement, dans l'absolu.

A discuter tous les deux calmement, ils ne captèrent pas l'apparition d'une petite veine sur la tempe du blond, et la tension que subissait son corps tout entier. Sans un bruit, Cloud se dirigea vers les escaliers, d'un pas étrangement calme.

- Où vas tu?

L'absence de réponse surprit les deux amis, qui regardèrent, sans comprendre, le jeune homme disparaitre en direction de l'étage. Quand, soudain, Nanaki grogna, les oreilles baissées et les yeux réduits en une fente prédatrice.

La maison trembla violemment, faisant rater un battement à Erik. Sans avoir le temps de demander ce qu'il se passait, il vit une éclair rouge passée devant lui pour se rendre vers les chambres. Puis, il perçu des pleurs d'enfants et le cri de Tifa. Et ses jambes le menèrent lui aussi en zone de guerre, alors qu'un nouveau tremblement fit vibrer le bâtiment.

- Cloud. Tu te calmes. Maintenant.

En arrivant dans la chambre des enfants, le médecin découvrit le jeune homme, les coudes légèrement relevés, plaqué au sol par un lion clairement en colère. Sa queue était devenue brasier et s'agitait doucement, menaçante. Les crocs, effrayants, de Nanaki étaient visibles et frôlaient dangereusement la nuque du blond, alors qu'il lui parlait d'une voix effroyablement basse. Sans compter les griffes, démesurées, qui enserraient les épaules de sa victime, la défiant de faire le moindre geste inconsidéré.

A l'autre bout de la pièce, était assise Tifa qui serrait contre elle Denzel et Marlène. Tous les trois regardaient la scène, comme lui, complétement tétanisés.

Et à terre, Cloud se montrait visiblement très tendu. Il paraissait ravagé par une colère noire, mais s'employait à se contenir, sous la menace de son ami. A cet instant, Erik eu envie de penser que le jeune homme se contenait par lucidité, que son ami lui rappelait, et non sous la menace de ce dernier. D'après ce qu'il savait, peu de monde rivalisait en terme de puissance avec ce fichu soldat. Et ça expliquerait pourquoi ni Tifa, ni les enfants, ne semblaient particulièrement soulagés par l'intervention du lion.

Le Doc s'approcha prudemment, faisant un signe à Tifa pour lui demander des explications, mais celle-ci hocha négativement de la tête, les yeux perdus. Elle ne savait rien. Il s'accroupit alors aux côtés du jeune homme, qui avait la tête baissée, le regard caché par ses cheveux définitivement trop longs, et les poings serrés à s'en faire exploser les articulations.

- Cloud...

Erik tendit une main pour la poser, doucement, sur l'avant-bras devant lui. Bordel. C'était de la pierre.

- Parles. Avec des mots. S'il te plait.

Son corps exprimait sans ambiguïté sa rage. Mais personne ne semblait savoir pourquoi il était dans cet état. Le silence pour seule réponse, il se repassa en mémoire leur conversation au rez-de-chaussée. Quelque chose avait visiblement déclenché cette colère...

- C'est à l'idée de savoir Denzel présent, pendant la séance?

Pas de réponse. Il vit toutefois Nanaki se rapprocher du corps de son ami comme si, sous ses pattes, il pouvait lire dans les muscles de sa victime. Il l'encouragea à continuer.

- Tu voudrais que quelqu'un d'autre utilise la matéria?

Les bras de Cloud se refermèrent un peu plus autour de sa tête et Erik sentit la manche du pull devenir brulante sous ses doigts.

- Mais je t'ai dit que... Ah.

Nanaki grogna légèrement. Sa crinière, qui courait jusque sur son dos, se fit immense et incandescente, quand ses griffes traversaient nettement le vêtement de son ami. Le lion était sur le point d'attaquer et Erik ne su plus lequel des deux il devait calmer. Tout en se disant qu'il était vraiment mal barré face à des monstres pareils.

Cloud avait relevé la tête, doucement, pour planter son regard électrique dans celui de la jeune femme.

- Ok. Gamin. Faisons d'abord sortir les enfants, tu veux bien?

Encore une fois, tout ce qu'il reçu, comme réponse, fut un vent intersidéral. S'il avait su, il aurait plus écouter son professeur en psychiatrie. Mais lui, tout ce qu'il intéressait à l'époque, c'était la plomberie du corps humain. A l'occasion, il mettrait des tartes à sa version étudiante.

Prudemment, il retira sa main du bras de Cloud, devenu bouillant, littéralement, et se leva pour se diriger vers les enfants. Mais ces derniers se montrèrent autant effrayés que protecteurs. Cherchant leur regard, il s'adressa à eux de la voix la plus douce possible.

- Je suis désolé. La situation n'avancera pas si vous restez là.

- Mais...

Erik s'approcha de l'oreille du garçon, et chuchota.

- Descend dans le salon avec ta sœur, et appelles ton mog, s'il te plait.

Denzel écarquilla les yeux avant d'hocher la tête positivement. Adressant un dernier regard inquiet à Tifa, qui lui fit un petit sourire rassurant, l'ainé tendit une main à sa petite sœur, qui la saisit, pour le suivre sans discuter. Ils contournèrent l'étrange duo au centre de la pièce, les évitant autant que possible, et disparurent dans le couloir.

Le Doc préféra rester aux côtés de la jeune femme, devenue la proie d'une colère démesurée, avant de reprendre.

- Gères ta colère, Cloud.

- Pourquoi...

L'intonation de la question surprit tout le monde. La voix était étrange, brisée, partagée entre colère et chagrin. Elle contrastait complétement avec l'apparente violence que son corps tout entier dégageait.

- Pourquoi... Pourquoi tu...

Des étincelles, bleues ou noires, impossible à dire, apparurent de façon erratiques, aléatoires, courant sur le corps du blond ou sur le sol à proximité. Comme pour se défendre, les flammes de Nanaki se firent plus violentes et plus grandes, entourant l'animal telle une armure. Jamais il n'avait vu une chose pareille. Et pourtant, des effets secondaires de la Mako, il en avait vu des centaines.

- Pourquoi tu me fais ça!?

La vision n'en finissait pas d'être inquiétante, alors que les pupilles de Cloud se réduisirent en une fente quasi reptilienne.

- Parce que... Tu n'es pas le seul à aller mal...

D'un faible chuchotement, la voix de Tifa balaya toute la colère face à elle. Les flammes du lion diminuèrent en constatant que son adversaire avait basculé sur un tout autre champs d'émotions et que l'électricité présente avait disparu.

Les pupilles s'agrandirent et ses yeux s'ouvrirent d'étonnement. Cloud sembla relâcher tous ses muscles car Nanaki manqua de perdre l'équilibre et dû poser une patte au sol. De manière inopinée, le cerveau d'Erik se demanda combien pouvait bien peser le lion?

- Denzel n'a plus confiance en lui et a perpétuellement l'impression de te décevoir... Tu nous fuis constamment... Tu refuses de nous parler...

Tifa continuait de chuchoter, assise par terre, adossée au mur derrière elle, dans un silence absolu.

- Je sais pourquoi tu agis comme ça... Nous le savons tous... Mais toi, Cloud... Aveuglé par ta souffrance, tu ne nous vois plus...

Nanaki s'écarta doucement de Cloud, qui ne bougeait plus du tout. Totalement statufié.

- Je... Je suis désolée... Je ne pouvais pas te demander de faire un effort supplémentaire, et... Si j'avais dit à Denzel que ce n'était pas à lui de le faire...

- Il n'a que douze ans...

La voix du jeune homme était grave, dangereuse, mais calme.

- Il en a gagné le droit.

- Quoi...?

La suite des évènements prit complétement de courts, les deux autres humains de cette pièce.

Sans détacher son regard de celui du blond, Tifa déboutonna sa chemise de pyjama, dévoilant une poitrine généreuse, avant d'enlever complètement ce haut et de croiser ses bras sur ses seins pour tenter de les cacher.

- J'ai gagné ce droit.

Elle venait de dévoiler toutes les marques, honteuses, qu'elle s'employait de lui dissimuler, depuis son retour. La première, large, violette, douloureuse, qui envahissait tout son bas ventre. Défigurante. De multiples autres, dont la couleur tendait au vert, réparties principalement sur les bras, les épaules ou les cotes. Et la dernière, rouge, nette, emprisonnant son cou, telle une entrave.

- Je sais que... Tu n'as jamais voulu ça... Que tu t'en veux terriblement...

La situation avait totalement échappée au contrôle d'Erik. Quand il avait demandé à la jeune femme si Cloud avait vu ses marques, il ne pensait pas qu'elle choisirait un moment comme celui-là pour le faire. Après, c'était peut être justement le moment. Mais franchement, le visage livide du jeune homme lui faisait encore plus peur que sa colère précédente.

- Mais... Cloud... Ne crois tu pas que tu pourrais nous faire confiance... et nous laisser t'aider? Ou sommes nous...

Il aurait du arrêter cet échange trop brutal entre les deux jeunes gens. Il aurait du faire sortir Cloud de cette pièce depuis le départ... Oui... Il aurait du... Malgré la sensation puissante que Tifa était en train de révéler deux semaines de sentiments retenus.

- Sommes-nous juste bons... A subir tes...

- Euh... Stop? Stop. On va s'arrêter là.

Erik ramassa la chemise de Tifa, les lèvres tremblantes mais scellées, et lui remit sur les épaules.

- Rhabilles-toi s'il te plait. Tu vas attraper le mort à te balader comme ça...

Nanaki, lui, ne disait rien. Son regard était posé, intensément, sur chacune des blessures de Tifa, alors qu'elle remettait son haut de pyjama, les yeux baissés. Cid avait eu tort. Il aurait du se rendre dès que possible auprès de son ami... Il n'aurait jamais laissé faire une chose pareille... Il aurait pu prendre ces coups à la place de Tifa... Il aurait évité au soldat cette affreuse situation. Maintenant, hélas, il comprenait mieux l'état des habitants de cette maison.

Cloud se leva sans rien dire. Ses tremblements trahissaient les émotions qui le submergeaient, mais il se détourna, froidement, absent, et quitta simplement la pièce, sous les regards surpris des autres occupants.

Il laissa ainsi derrière lui, un médecin qui s'en voulait de ne pas s'être documenté suffisamment sur la santé mentale, un lion au feu éteint, abasourdi par ce qu'il venait de voir et honteux de n'avoir rien fait pour aider son couple d'amis, et la femme qu'il aimait, en larmes, persuadée que son corps meurtri l'avait dégouté et qu'il avait préféré la fuir que de la prendre dans ses bras.


Au rez de chaussée, les enfants se raidirent à la vue de Cloud qui descendait les escaliers. Ses yeux aciers se posèrent sur eux et il les vit se prendre la main, visiblement apeuré. Sans prévenir, un mog se dressa entre lui et les enfants, et frappa fermement le sol de son bâton, se faisant rempart. Cloud s'arrêta, mais ne montra aucun signe d'étonnement. Il dévisagea simplement la boule de poils devant lui, plus grande que les enfants, plus petite que lui toutefois, mais très imposante et l'air déterminé. Le mog avait un accoutrement un peu ridicule en regard de sa morphologie, mais le blond n'avait pas envie de rire. Toute forme de joie était morte en son cœur.

Désormais vide de sens, il contourna la chimère et alla s'installer à la table de la cuisine, la tête entre les mains. Sa voix porta tout de même, comme une fissure dans le silence qui régnait.

- Denzel...? Est-ce que tu peux aller soigner Tifa... S'il te plait?

Le garçon sentit son cœur battre si vite qu'il serra d'avantage la main de sa sœur.

- Oui, je... Oui bien sûr.

Le bruit de pas dans les escaliers, lui fit comprendre que le jeune garçon était parti rejoindre le groupe à l'étage.

Il n'avait plus envie de rien et de penser à quoi que ce soit. Les mots, pourtant calmes de la jeune femme, l'avait foudroyé et chaque impact avait été insoutenable. La vision de ce corps qu'il avait meurtri, blessé, abimé... Dans sa folie... Ce terrible constat avait tué, en lui, tout espoir de rédemption. Sans oublier que, désormais, Nanaki savait...

Même si aucune larme ne vint, toute son âme souffrait. C'était indescriptible comme sentiment. Il ne ressentait que de la douleur. Ni honte, ni colère, ni tristesse... Juste la douleur.

Cloud releva légèrement la tête à l'entente d'une tasse qu'on déposait à ses côtés. Marlène s'était assise à côté de lui, et versait du lait chaud dans deux tasses, avant d'attraper le cacao et d'en mettre plusieurs cuillères dans son mug.

Découvrant qu'il la regardait faire, la petite fille adressa une question muette à Cloud, lorsqu'elle commença à remplir, ce qui devait être, donc, son mug à lui, de cacao.

- Plein...

Une petite lueur maligne brilla dans le regard de Marlène et cette dernière ne se retint pas de noircir son lait chaud, de cacao.

- Merci...

La compagnie de l'enfant était apaisante. Elle ne lui posait aucune question, se contentant de deviner ses besoins.

- Aveuglé par ta souffrance... Tu ne nous vois plus...

Il serra la tasse chaude entre ses deux mains au très frais souvenir qui raisonnait encore dans sa tête.

- Je t'ai vu... Hier, dans le pré... Tu as invoqué le gros chocobo. Tu l'apprécies?

Se demandant brutalement depuis combien de temps il n'avait pas vraiment parler à Marlène pour qu'elle décide de stopper la dégustation de son chocolat chaud et le regarder avec des yeux brillants, Cloud esquissa un petit sourire en voyant la trace de chocolat que la petite fille avait au dessus des lèvres.

- Je l'adore! Il est tout doux! Trop gentil! Et il vole! Et il est trop fort! Et il a mit une tarte à papa! Paf!

- Il a frappé ton père?

- Ouiiiii! Papa a volé loin! C'était trop marrant!

- J'aurai bien voulu voir ça...

Marlène voulu clairement renchérir, mais s'arrêta, à l'entente du grincement des escaliers. C'était Erik, suivi de Denzel et du mog. Son regard redevint vide et fatigué, lorsqu'il croisa celui, étonné, du médecin. Visiblement, il ne s'attendait pas à le trouver là.

L'homme s'assit en face de lui, refusant gentiment la tasse de chocolat chaud proposé par la petite sœur de Denzel, alors que ce dernier s'octroyait une dose déraisonnable de cacao.

- Notre ami le mog... Comment tu t'appelles déjà?

- Mogta, Sir!

- M'appelles pas Sir! Bref. Notre ami Mogta, ici présent, avec l'aide de Denzel, ont guéri toutes les blessures de Tifa. Mais ces émotions l'ont épuisé. Je l'ai remise dans son lit, pour qu'elle dorme un bon coup.

Cloud fit un signe de tête au Mog pour le remercier, et adressa un petit sourire triste à son jeune maitre. Face à tout ce monde, il n'avait plus la force de parler, les mots mourant dans sa gorge.

- Nanaki est resté près d'elle, pour lui tenir chaud et la rassurer.

Il acquiesça en silence, à cette information.

- Cloud...?

La petite voix timide qui l'interpella lui fit relever la tête. Denzel cherchait à capter son regard, mais aussi celui d'Erik, comme soutien. Ce dernier l'encouragea à continuer.

- Je... J'ai pensé qu'on... Qu'on pourrait, Marlène et moi, restés ici... Dans la cuisine et... Et toi tu irais dans le salon, avec Erik et Mogta pour essayer de...

Voyant que Cloud détournait le regard pour le poser, plus triste encore, sur sa tasse fumante, Denzel s'empressa de finir.

- On pourrait fermer la porte! On entendra rien... Et je serais à une distance correcte pour que Mogta puisse t'aider!

- C'est un bon compromis je trouve. Et tu es toujours là. Le mog aussi...

- Renvoies le mog, Denzel.

La réponse désarçonna les enfants et le Doc. Cloud avait pourtant parlé d'une voix très calme, presque détachée...

- Mais...

- C'est seulement la deuxième fois que tu invoques cette chimère. Tu as douze ans. Tu es fatigué car tu viens déjà de faire appel à beaucoup d'énergie pour soigner Tifa et tu as probablement faim car il est midi passé. Il faut donc que tu manges et que tu te reposes, si tu veux pouvoir... M'aider. Je suis peut être devenu fou et dangereux pour tout ce qui n'est pas un meuble dans cet maison, et encore, mais je connais très bien les pouvoirs de la mako sur les êtres vivants. Si tu en abuses alors que tu n'es pas en état, ça va te détruire. Et même si toutes les apparences sont contre moi à ce sujet... Croyez moi... Je n'ai absolument pas envie qu'il vous arrive quelque chose de mal...

Figée, la petite assemblée écoutait religieusement ce flot de paroles miraculeux.

- Sans compter que... J'ai sans doute beaucoup de choses à raconter, alors... Ce serait bien que tu ne tombes pas d'évanouissement pendant que je suis sous hypnose et perdu dans un souvenir épouvantable... Mon esprit ne le supporterait pas.

Erik regardait Cloud, les yeux ronds, cherchant encore à intégrer toutes les paroles qu'il venait de prononcer et à en chercher tous les sens cachés. Marlène, qui n'avait pas détacher ni ses yeux, ni ses oreilles, de son papa tout cassé, continuait de boire son chocolat chaud, oubliant toutefois de respirer.

Denzel, quant à lui, descendit de sa chaise totalement bouleversé et s'empressa de se jeter, en larmes, contre Cloud, qui leva un bras, surprit, pour l'accueillir.

Au milieu des pleurs, le mog disparu, silencieusement, laissant derrière lui, qu'une pluie d'étoiles, tombant sur le toit enneigé de la maison.