RON POV

Ron ouvre la marche en tenant sa baguette dans la main. Drago est encore sous le choc et il avance derrière lui en tenant son autre main. Il est inquiet. Le serpentard a toujours été maigre et pâle, mais jamais autant. Après ce qu'il vient de vivre, il aurait besoin de se reposer.

Malheureusement ils sont perdus. Il se dirige comme il peut grâce à la carte et un sort qui lui indique le nord. Mais ils avancent doucement comme ils sont tous les deux à bout. Le médecin a réussi à leur lancer quelque sorts pour les soigner. Rien d'assez puissant comme il n'est pas en état. Leurs doigts sont parsemés de coupures causées par leur escalade, leurs pieds les brûlent à force d'avoir piétiné et les chutes nombreuses leur cause des douleurs musculaires et oseuse un peu partout. Chaque pas est difficile. Ils ne souhaitent qu'une seule chose, s'allonger et dormir.

La forêt est bruyante. De nombreux oiseaux chantent au-dessus d'eux, dans les arbres. Ça les rassure. Quand le cerf ou les cannibales ne sont pas loin, la forêt est silencieuse. Ils avancent alors à leur rythme. Ron caresse de son pouce la main fine de Drago. Il sent quelque fois Drago y répondre en remuant ses doigts maigres contre sa peau sale.

Ils auraient besoin de se laver, de se changer, mais pour le moment il n'y a pas de rivière en vue et la mer est loin derrière eux. Ils pourraient utiliser un sort mais ils préfèrent préserver leur force le temps de trouver un abri.

"D'après la carte, si je me trompe pas, explique Ron en grimaçant, on devrait pas être loin de ruines. Apparemment il y avait un village ici avant. Un village de moldus.

-Il y a plusieurs siècles, si je me souviens bien de ce qu'à expliqué notre guide, ajoute Drago. On y trouvera peut être un endroit où se reposer."

Ron a peu d'espoir mais le serpentard encore moins. Alors qu'il en a dangereusement besoin. Il a l'impression que le serpentard est encore plus sur le point de sauter du haut de la première falaise qu'ils croiseront. Il le voit se passer une main sur ses yeux gonflés et rouges. Il se met donc à sourire pour le rassurer et il lui répond:

"Ne t'en fais pas Drago. Je suis sûr que l'on va trouver un coin tranquille pour reprendre des forces."

Le blond lui rend un petit sourire fatigué.

Et il a eu raison. Au bout d'un peu plus de deux heures de marche, ils arrivent aux ruines. Le village est installé autour d'une grande bâtisse au toit rond dont une partie s'est écroulée. Les maisons construites autour sont plus ordinaires, de forme rectangulaire et toutes en pierre grise. La végétation a repris le dessus et on distingue à peine certains bâtiments derrière les arbres et le lierre. Une petite maison à l'écart semble avoir encore son toit. Contrairement aux autres, il n'a pas été fait avec une charpente en bois, mais plat et en pierre. Ils décident alors de s'installer là. Ron entre le premier pour vérifier l'état de leur future habitation temporaire. La pièce mesure une dizaine de mètres. Le sol,en terre battue, est jonché de briques et de cailloux. Malheureusement, le toit s'est effondré à un endroit, laissant passer la lumière dans le logement. Ils décident quand même de s'arrêter ici.

Mais leur halte est rapide. Ils ne restent que quelques heures, jusqu'à midi. Seulement le temps de dormir un peu, avant qu'il ne se mette à pleuvoir. C'est essentiellement Drago qui en profite. Ron reste éveillé, à surveiller son état et surveiller ce qui les entoure. Il guette le moindre bruit. Son compagnon dort près de lui, le dos collé à ses jambes. Il passe sa main libre dans ses cheveux clairs. Sa colère monte à chaque fois qu'il repense aux mots de Selwyn. Comment ses parents ont-ils pu laisser Greyback toucher Drago ? Il s'en veut également de l'avoir embrassé comme il l'a fait dans l'arbre. Il comprend maintenant l'état inquiet du serpentard face à son premier baiser et à son attitude. Après ce qu'il a vécu, il devait avoir peur. Il serre ses doigts autour de sa baguette. Il voudrait revenir dans le temps et faire exploser le manoir Malfoy quand ils s'y sont trouvés. Il regarde le visage endormi de Drago. Il caresse sa pomettes. Il se calme. Maintenant il est là. Il ne laissera personne le toucher. Ron est toujours persuadé que Drago est loin d'être parfait, qu'il a des défauts, très nombreux et qu'il a eu raison de le détester à l'école. Mais les choses sont différentes aujourd'hui. Il s'en rend compte. Ils ont grandi. Ils ont changé. Ses sentiments ont changé.

Il l'apprécie. Il tient à lui. Il veut prendre soin de lui. Il veut l'entendre discuter et râler. Il veut pouvoir le regarder tous les jours en se réveillant. Il veut l'embrasser, sans limite. Ilne comprend pas exactement d'où viennent ses nouveaux sentiments mais il ne peut plus les nier. Il a eu tellement peur pour lui. Il sait qu'il lui est devenu indispensable.

Quand la pluie s'abat sur leur abri, ils sont malheureusement obligés de quitter le bâtiment. Après une fouille rapide du village, ils ne trouvent rien d'intéressant. Ils entendent au loin les cris des cannibales.

La marche est plus difficile avec la pluie. Le sol devient vite glissant. Heureusement les arbres les protègent un peu des lourdes gouttes qui tombent.

Ils sont obligés de se stopper à certains moments à cause de bruits suspects ou à cause d'animaux plus gros que la moyenne qui passent près d'eux.

L'après-midi est bien entamée quand Drago lui serre un peu plus la main en indiquant quelque chose.

C'est une maison en bois, dans une clairière, au sommet d'une petite colline. Elle est entourée d'une clôture en bambou et un arbre énorme sur sa droite la plonge dans l'ombre.

La bâtisse, anciennement peinte en bleu et dont seules quelques planches sont encore colorées, est abîmée par la pluie et le vent mais ses murs et son toit sont encore en état. Les fenêtres ont été barricadées par des planches, rendant sinistres cette maison qui devait être charmante à son origine. Ils traversent le jardin puis le ponton qui craquent sous leurs pas. A l'intérieur ce n'est pas grand. On entre dans un séjour avec une porte arrière qui donne sur une petite cuisine et sur la droite un trou dans un mur laisse entrevoir la chambre. La porte a été défoncée de l'extérieur. Comme si quelqu'un avait donné de grands coups de massue pour entrer. La maison est encore pleine d'affaires, moisies, sales et cassées.

"Des gens ont dû essayer de survivre ici, grimace Ron en regardant des boîtes de conserve éparpillées dans le salon. Regarde."

Il montre sur un mur des traits de crayons faits par un survivant pour compter les jours.

"On a pas été si contentieux, dit Drago avec un léger sourire. Je ne sais plus depuis combien de jours nous sommes ici. J'ai perdu le compte depuis un moment."

Le Serpentard récupère la baguette de Ron qu'il ne retient pas.

"Je vais essayer de faire une barrière autour de la maison.

-D'accord, lui répond l'auror en le regardant sortir. Fais attention."

Ron en profite alors pour leur installer un endroit confortable. Il va dans la cuisine et arrange les planches à la fenêtre pour être sûr d'être bien dissimulé. Il sort ensuite les détritus et installe le matelas abîmé et taché entre le mur et les meubles de cuisine. Il l'a récupéré dans la chambre où il ne reste plus rien, sauf le mobilier brisé. Des gens se sont battus ou se sont défendus dans cette pièce. Il ne veut pas que Drago dorme là bas. Il regarde la cuisine exiguë. Ils seront en sécurité ici. Il tourne la tête pour regarder Drago entrer.

"Je n'ai pas réussi. Je n'ai pas assez de force, lui explique-t-il très calmement.

-C'est pas grave. On va faire attention.

- Et…. J'ai besoin de me laver, annonce le serpentard d'une voix lasse. Ça te dérange pas qu'on aille à la salle d'eau ?

-Pas du tout, lui répond Ron un peu mal à l'aise de voir son compagnon avec un air si épuisé. Vas-y, je prends de quoi nous changer."

Il laisse Drago passer devant. Il est très inquiet à son sujet. Son état est de pire en pire. Il récupère rapidement des vêtements et il va rejoindre son ami qui est en train de se déshabiller. La salle d'eau est sale et désordonnée. Mais ils n'en tiennent pas rigueur. Ce qui est étonnant de la part de Drago. Ron utilise sa baguette pour lancer un aguamenti et il la met au-dessus pour lui faire une douche. Le jet d'eau est très faible comme ce sort ne fonctionne pas bien sur cette île. Il observe en fronçant les sourcils, tous les bleus et les cicatrices sur le corps du médecin. Il a une marque particulièrement inquiétante en bas du dos. Est ce que c'est là où Selwyn lui a donné un coup de pied ? Où est-ce que c'est lorsqu'il lui l'a plaqué contre la paroi de la grotte ? Où est-ce que c'est au moment de leur chute qu'il s'est fait ça ? La peau de Drago est presque devenue noire et ça semble gonflé. Il faudra soigner ça quand ils seront en état. Ils n'ont pas de savon mais l'eau permet d'évacuer le plus gros. Quand c'est son tour, Ron ne demande pas d'aide à Drago et il l'envoie plutôt se mettre au lit.

Lorsqu'il vient le rejoindre dans la cuisine après s'être lavé, changé et avoir fermé la porte, il prend un sac de couchage et il s'installe à côté du médecin qui le regarde faire.

"Approche toi vite, demande Drago dans un murmure. J'ai froid."

Il le voit sortir une main maigre pour lui faire signe de venir contre lui. son corps tremble et il claque des dents. Il obéit rapidement et s'allonge sur le drap installé pour éviter d'être à même contre le matelas. Il sourit à Drago alors qu'il écarte les bras pour venir le prendre contre lui. Il passe son bras sous lui et pose sa joue contre les cheveux humides du serpentard. Il lui caresse doucement le dos.

"On est bien ici, chuchote Drago. Dommage que ça sente la mort."

Il a ajouté ça en riant un peu.

"Pas faux, lui répond Ron avec un sourire amusé. Ça serait bien si on aménageait un peu plus notre arbre.

-Tu voudrais une cuisine équipée ?

-Pourquoi pas. Surtout si on reste ici plus longtemps, ajoute le gryffondor en essayant de rester jovial malgré la tournure de la discussion. Et faudrait que je monte un peu le plafond. Et que je nous fasse une vraie salle de bain… avec de vraies toilettes.

-Oh, soupire Drago, ça serait le rêve. J'en ai marre de devoir aller derrière un rocher.

-Je m'en occuperai quand on sera de retour, alors.

- Bientôt, j'espère."

Drago relève un peu la tête et les yeux pour observer Ron qui le regarde. Ils se sourient puis, naturellement, alors que la pluie tombe à nouveau avec force sur le toit de la maison, ils s'embrassent. Le baiser est chaste. Au début, leurs lèvres ne font que se presser l'une contre l'autre. Jusqu'à ce que Ron demande l'entrée au serpentard et qu'elle lui soit accordée. Lentement, dans un silence agréable, leurs langues se rencontrent et se caressent. Leurs nezs se touchent, se cognent et leurs mentons se pressent l'un contre l'autre pendant que leurs mains se découvrent doucement. Elles se laissent glisser le long des bras, des épaules, du dos et de la nuque.

Ron aime le corps de Drago. Il aime sentir les os sous ses mains et les courbes de ses muscles. Il prend le temps d'apprécier sa longue nuque et ses épaules carrées à travers le toucher de ses doigts. Son propre corps se réchauffe quand celui de Drago se tend et se rapproche contre le sien.

Mais le baiser est coupé par le rire du médecin:

"Tu me chatouilles, avec ta barbe, Ron.

-Je crois que je t'aime, lui répond Ron sans même se rendre compte de ses mots."

Ils se regardent en silence quelques secondes. Puis il s'empresse d'ajouter:

"Je sais que c'est bizarre. Que c'est peut être cette île et… Et ce qu'on a vécu. J'ai du mal moi même à comprendre comment j'en suis arrivé à t'apprécier autant. Mais… Je blague pas, Drago. Je crois que… je crois que je t'aime."

Le visage du serpentard est pourpre et il balbutie en demandant:

"Tu crois ?

-...Non. J'en… j'en suis sûr, le rassure Ron. j'en suis sûr."

Il se sent soulagé d'un poids soudain. Avoir avoué ça à Drago et à lui-même est un apaisement. Et il se sent encore plus détendu quand son compagnon lui répond avec un sourire étonnement très tendre et très doux :

"Moi aussi. C'est peut être à cause de l'île. Mais je suis sûr de ce que je ressens. Je n'ai jamais autant compté sur quelqu'un. Je n'ai jamais pu faire autant confiance à quelqu'un également. Et c'est étrange, mais j'apprécie nos discussions et nos disputes et… Je… j'aime quand tu m'embrasses. Je suis tombé amoureux de toi, Ronald Weasley."