Tifa n'arrêtait pas de se retourner dans le lit. De s'étaler. Et de se retourner encore. D'étendre les bras. Mais non. Rien à faire. Il lui manquait quelque chose.
Ou plutôt quelqu'un.
A part elle, personne d'autre n'était dans la chambre. La lumière du jour filtrait à travers la fenêtre, signe que la fin d'après midi approchait.
Au souvenir de ce qu'il s'était passé quelques heures plus tôt, son sang pulsa et elle sentit ses joues rougir. Sans compter tout ce que cela réveillait au plus profond de son corps.
Elle se retourna, face au matelas, et le frappa mollement avec ses mains et ses jambes, mécontente et frustrée.
Son blond lui manquait.
Blond qui s'était absenté depuis peu de temps, tout en lui ayant ramené toutes les couvertures des autres chambres. Pour qu'elle n'ait pas froid.
Mais voilà. Elle marmonnait dans son oreiller.
- J'ai froid...
C'était pas possible. Son cœur battait à se rompre une artère à chaque fois qu'elle pensait à lui. Ce merveilleux moment passé ensemble n'avait rien calmé du tout. Comment allait elle bien pouvoir faire? Le cosmos était contre eux. Forcément. Il leur fallait rentrer dans un lieu où ils ne seraient pas aussi libres qu'ici et où ils devraient composer avec le reste du monde.
Alors que, à cet instant même, tout ce qu'ils désiraient était de rester l'un contre l'autre... Si ce n'était pas jouer de malchance, qu'était-ce?
Sortant la tête de son igloo de couvertures, elle essaya de repérer des vêtements. Cloud avait du récupérer les siens, car il n'y avait plus rien au sol, et c'était totalement regrettable. Mais la température froide de la maison ne permettait nullement de se promener dans le plus simple appareil.
Armée d'une couverture, elle se leva pour découvrir une partie de ses vêtements sur une chaise. A savoir, son pull, son jean et ses sous-vêtements. Il lui avait ramené ses affaires et rougit de nouveau en se rappelant où elle les avait laissé. Entendant du bruit au rez-de-chaussée, elle décida de s'habiller rapidement car le besoin de retrouver le contact de Cloud se faisait dès plus urgent.
Sortie de la chambre, elle constata que l'électricité avait été réactivée, les escaliers étant allumés. Son ventre se manifesta alors qu'elle arrivait au seuil de la cuisine, les yeux posés sur une scène qu'elle voulut graver dans sa mémoire.
A son grand regret, son amant s'était rhabillé lui aussi. Mais ses cheveux blonds détachés ondulaient sur ses épaules, à chaque mouvement de ses muscles puissants et provoquèrent en elle une irrésistible envie de le toucher. Il tournait le dos à l'entrée, cuisinant quelque chose. Cela sentait terriblement bon...
Tifa s'approcha de lui pour l'enlacer, le menton posé sur une épaule. Bien entendu, il ne montra aucune surprise, continuant ce qu'il était en train de faire, les yeux rivés sur les deux poêles disposées sur la plaque de cuisson.
- Je croyais que le frigo avait été vidé et que toute la nourriture avait été embarquée sur le Shera...
- C'est le cas.
Sauf que deux tranches de poisson étaient en train de cuire, libérant un fumet particulièrement appétissant, à côtés de ce qui semblaient être des pommes de terre et des carottes.
Resserrant sa prise sur la taille de cet homme qui n'en finissait pas de la surprendre, elle rapprocha ses lèvres de son oreille.
- Et par quel miracle tu nous prépares ceci?
Ses mains se glissèrent doucement sous le pull de son amant, caressant son ventre dans un geste presque inconscient. Elle ne vit pas la tension qui s'emparait doucement de lui.
- Grâce aux voisins. Ils sont très aimables.
Le plus calmement du monde, il remua de nouveau les légumes avant de baisser le feu au minimum et de couvrir le tout.
Ses mains libérées, il attrapa celles de Tifa pour se retourner et lui faire face.
Cette dernière fut instantanément captivée par ce regard or, qu'il avait toujours, et qui semblait vouloir sonder son âme. Avant ces derniers jours, jamais elle n'avait vu une telle couleur dans ses yeux. C'était intrigant. Et magnifique.
Hypnotisée, elle laissa le jeune homme se rapprocher et se serrer contre son corps. Une main passa délicatement derrière sa nuque, réveillant son attention et il vint à sa rencontre, ses lèvres au plus près des siennes.
- Je peux?
La question prit légèrement au dépourvu la jeune femme alors que son cœur repartait dans une danse endiablée.
Toujours le regard plongé dans le sien, elle combla la distance et l'embrassa chastement, pour toute réponse. Puis se recula, jusqu'à s'appuyer sur la table derrière elle, une lèvre pincée entre ses dents et des yeux de feu posé sur lui.
N'opposant aucune résistance, amusé par le comportement de sa brune, Cloud vint placer ses mains de chaque côté de la jeune femme, sur la table, et l'embrassa, en souriant, joueur.
L'échange devint rapidement plus passionné quand Tifa s'agrippa à la nuque de son blond, alors qu'il la soulevait légèrement pour l'assoir sur le meuble. Ouverte, elle l'accueilli au plus près, cherchant un contact qui lui manquait cruellement et qui arriva bien vite.
Ne pouvant retenir un gémissement, elle s'écarta un peu de ses lèvres pour chercher de l'oxygène, alors que Cloud se jetait sur sa gorge, affamé.
Ce fut à cet instant, les yeux embués de désir... qu'elle vit une étrange fumée noire s'élever depuis la cuisinière.
- Cloud...Ça brûle...
- Oui...
Elle comprit qu'il ne l'entendait pas lorsqu'elle sentie ses mains se glisser sous son pull.
- Je crois que c'est...
Mains qui étaient désormais parties dans son jean, qu'il avait ouvert, pour se diriger tout droit vers un petit bouton de chair qui ne manqua pas de la faire crier de plaisir.
- Cloud!
Complètement à la merci de ses caresses, elle se laissa allongée doucement sur la table, alors qu'il continuait à la fois de la toucher et de l'embrasser .
- Il y a... Le feu...
- J'arrive...
Son cerveau se tapa la tête contre les murs de sa boîte crânienne, alors que ses pensées se firent de plus en plus décousues sous la traitement qui lui était infligé. Ils n'allaient quand même pas mourir dans un incendie et, ou, totalement asphyxiés, au milieu d'un hiver terrible, juste à cause d'une bande d'hormones ingérables? Si?
- Poissons... feu...
- Quoi?
Cloud se redressa légèrement aux paroles de Tifa, essoufflée sous lui. Elle était allongée, les yeux brillants, les cheveux en bataille, le pull relevé jusqu'au niveau de ses seins et le jean ouvert... Cette vision lui donna juste envie de la prendre, là tout de suite, sans sommation.
Mais pourquoi parlait elle de poissons...?
Poissons...
Ses yeux s'agrandirent d'effroi et il se retourna brutalement, abandonnant un brasier pour en retrouver un autre, bien moins réjouissant.
- Non! Non, non et non!
Tifa reprit péniblement son souffle, toujours allongée sur la table, les jambes pendantes. Se relevant en position assise, elle vit son amant traverser la cuisine pour se rendre à la fenêtre, l'ouvrir et poser sur le rebord la poêle qui n'en finissait pas de se noircir sous son couvercle en verre. Couvercle qu'il souleva pour libérer la fumée.
Elle ne put retenir un petit rire et s'empressa de le rejoindre, une fois ses vêtements remis, pour constater les dégâts. Un brin prudente, tout de même. Lui qui était si perfectionniste dans tout ce qu'il entreprenait, allait possiblement se mettre en colère face à cette erreur.
- Ça m'apprendra.
- Quoi donc? Les galipettes pendant qu'on cuisine, c'est une mauvaise idée?
Le regard qui se posa sur elle était redevenu bleu. Un bleu toutefois sombre, orageux, qui se voulait sans doute menaçant. Mais, l'amour rendant quelque peu inconscient, Tifa le trouva juste encore plus séduisant.
- Moques toi et je t'interdis l'accès à la cuisine.
Elle se rapprocha de lui et s'employa à décroiser ses bras qu'il serrait pourtant fermement contre son torse, visiblement agacé, pour se coller tout contre lui, le regard toujours plongé dans le sien.
- Oh? Parce que c'est ma faute, à moi, si tu n'arrives pas à te contrôler...?
Cloud choisit de se taire, alors que Tifa se lovait entre ses bras, victorieuse. Il détourna les yeux pour les poser sur son malheureux plat et leur unique source de protéines jusqu'au lendemain matin. Pourvu qu'il puisse sauver quelques morceaux... Ils n'allaient pas tenir, sinon.
Leurs ventres choisirent ce moment pour gronder à l'unisson. La jeune femme pouffa contre lui et cela eut raison de sa soudaine mauvaise humeur. Un fin sourire se dessina sur ses lèvres alors qu'il enlaçait amoureusement la raison de ce massacre.
La fraîcheur était agréable, mais il du refermer la fenêtre en sentant la jeune femme frissonner. Cette dernière avait récupéré la poêle qu'elle déposa sur le plan de travail.
- On dirait que seule la peau a brulé! Nous sommes sauvés!
Tifa leva les poings en signe de victoire, alors qu'il porta sur elle un regard blasé. Elle le connaissait vraiment trop bien. Mais il eut plaisir à penser que c'était sans doute réciproque. Et cela rendait incontestablement leur nouvelle aventure plus facile.
La seule chose qu'ils ne maitrisaient pas, c'était la sexualité de l'autre. Savoir que leur confiance mutuelle allait assurément révéler petit à petit, sans encombre. Comme aujourd'hui.
Alors qu'il regardait la jeune femme sortir deux assiettes, celle-ci releva les yeux vers lui, curieuse.
- A quoi penses-tu?
Il détourna le regard, le cœur serré.
- Je pense à ce vol que tu as prit, pour me quitter...
Pour le reporter de nouveau sur elle et la découvrir envahie d'une grande tristesse.
Il s'approcha alors, au plus près de cet amour incontestable, prenant délicatement son visage entre ses mains.
- Et je pense à celui que tu n'as pas prit... Pour rester avec moi.
Devant ses yeux qui n'en finissaient pas de s'agrandir, il déposa un baiser amoureux sur ses lèvres avant de le rompre pour simplement poser son front contre le sien.
Les yeux dans les yeux, ils se sourirent en silence, intimement persuadés que le bonheur s'installait enfin dans leur vie.
Dans le salon, où des flammes dansaient à l'intérieur du foyer, deux manteaux avaient été posés sur le bord du canapé.
Par intermittence, des petites vibrations pouvaient se faire entendre, depuis les poches. Deux téléphones brillaient sous les nombreux appels, dans l'ignorance la plus totale.
Sur l'un des écrans s'affichait pourtant pour la dixième fois, un nom agaçant.
Rouquin perfide.
- Alors? Quelqu'un a des nouvelles?
- Non. Rien. Silence total.
- Je tombe sur son répondeur sans arrêt. Ce gars n'a jamais enregistré un seul message d'accueil! Si ça se trouve, j'appelle un mauvais numéro depuis le début!
Elena sourit malgré leurs échecs répétés et la vision des corps présents dans la chambre froide. S'ils ne répondaient pas, peut être que les choses allaient pour le mieux, de leur côté. Le groupe Avalanche et les Turks avaient un passif commun de conflits et de trahisons qui ne leur permettaient pas d'être, aujourd'hui, de véritables amis. Pourtant, elle voulait croire au pardon. Tifa avait été la première à leur porter une attention amicale, puis à leur offrir sa confiance. Avec elle, ce fut Barret, puis Cid et Vincent qui vinrent à leur contact, en paix. Sans parler du lion qui, malgré toutes les horreurs qu'il avait vécu, avait choisi de ne rien leur reprocher.
Seule la gamine du Wutai et Cloud continuaient de se méfier d'eux, avec une certaine férocité.
Alors apprendre que le Soldat allait mieux, et que c'était un peu grâce à ses anciens ennemis, la comblait de joie.
- Je vous avais dit que ça ne servirait à rien. On verra avec eux quand ils rentreront.
- Ce qui menace de sortir, ne va pas les attendre. Sans compter que deux de leurs amis ont disparu.
La voix qui s'exprima ramena les deux anciens Turks à l'écoute, par réflexe. Erik avait été contraint d'appeler Rufus Shinra, pour lui faire part de son inquiétude et lui demander de l'aide. Malgré les séquelles de ses récentes batailles, le jeune homme restait un atout considérable dans la reconstruction de la capitale, pour laquelle il se dévouait sans restriction. Il en était à l'origine et agissait continuellement dans l'ombre, en raison de son passé, mais aussi parce que cela lui permettait d'éviter le dernier Soldat en vie, alors que celui-ci lui vouait toujours une haine féroce.
Son ancien patron en pleine réflexion, Reno reporta son regard sur son téléphone.
- Le secteur a été entièrement barricadé, d'après Rude et Tseng. Par contre, ils en ont encore trouvé, près du cratère. Un vrai carnage. Mais pas de traces de Vincent et de John.
- Patron... Qu'est ce qu'il y a, là dessous?
Elena avait posé la question que ses deux acolytes se posaient également. Erik et Reno se firent attentifs, devant le regard sombre de l'héritier. Ce dernier n'arrêtait pas de fixer le reste de corps installé sur la table, au milieu de la petite pièce. Encore une fois, ni tête ni membres, si ce n'est que la jambe gauche à laquelle il manquait, tout de même, toute la partie sous le genou. Et ce qui manquait avait été, visiblement, arraché avec une très grande violence, par quelque chose qui ne correspondait à aucun animal répertorié. Sans compter qu'aucune affaire avait été retrouvée avec la victime. Ni vêtement, ni sac, ni bijoux, rien. L'identification allait être terriblement complexe.
- Surement un dernier cadeau de mon père...
Mais Rufus n'était pas prêt à en dire davantage. Pour lui, tout cela n'était que pure folie. Après l'impact de Sacre et du Meteor, et le nettoyage du Deepground, rien ne devait plus jamais sortir du sous-sol de la tour. Seulement, le doute ne cessait de grandir en lui. Depuis que Strife avait quitté la capitale, les corps, à priori ceux des disparus, refaisaient surface. Et l'héritier n'avait jamais cru au hasard.
Il y avait autre chose, forcément. Les quelques bêtes échappées et inconscientes, trouvé par Valentine, auraient certainement pu faire pareilles dégâts. Mais le fait que les corps réapparaissent après des jours de disparition n'avait aucun sens. Tout ça puait la mise en scène.
Ou la mise en garde.
Ce qui attaquait les citoyens étaient assurément bestiale, vu les blessures listées par Erik et Elena. Aucune arme, si ce n'étaient des crocs d'une taille démesurée, avait été utilisée. Les bêtes, si elles étaient plusieurs, devaient être énormes! Et pourtant, ils n'en avaient jamais vu une seule en surface. Pour Rufus, il était plus qu'évident qu'elles agissaient en suivant un plan bien particulier. Mais d'après ce que lui avait dit le Professeur Hojo, aucun des monstres créés en laboratoire n'était doté d'une intelligence suffisante pour planifier quoi que ce soit.
- Boss?
Il soupira.
- Écoutez, gardez tout ça secret. Inutile d'affoler la population. Pour les familles, on verra plus tard. Et, Reno...
- Oui?
- Prends un hélico et vas le chercher.
Le roux resta silencieux quelques secondes, sous la sentence prononcée. Avant d'exploser.
- QUOI?! Mais il va me tuer!
Elena vint à son secours.
- Patron! Nous devrions le laisser tranquille! Si cela concerne la Shinra, alors... C'est à nous de nous en occuper!
Le blond adressa un regard bleu acier à ses deux anciens subordonnés, les réduisant instantanément au silence.
- Je vous rappelle que ni vous, ni moi, n'avons la force nécessaire pour faire front à ce qui se trouve là dessous. Et Valentine est introuvable. Il nous faut le Soldat.
- Elena a raison. Hors de question que vous le rameniez de force.
Cette fois-ci, Rufus dû affronter les yeux gris d'un homme plus âgé que lui, en proie à une profonde colère. Erik fulminait, les bras croisé contre son torse, le regard sombre.
- On en a bavé pour le remettre debout, et on ne l'a pas fait pour vous. Ce n'est plus un Soldat. Il ne vous doit rien quand vous, vous lui devez tout. Donc s'il ne rentre pas, tant mieux pour lui! Qu'il reste à distance de tout ce merdier, dans lequel, vous et votre connard de père nous ont tous mis!
Il s'apprêta à sortir de cette pièce dans laquelle il ne respirait déjà plus, avant de se stopper sur le seuil.
- Une dernière chose. L'ex-Soldat a un nom. Si vous voulez qu'il vous aide, il serait peut être temps de vous en souvenir.
Et il quitta la pièce en claqua la porte, de colère.
Après ce qu'il avait vu à Corel, Erik n'avait pas du tout envie que son patient préféré retourne en enfer. Cet imbécile de Rufus allait devoir trouver une autre solution pour sécuriser le secteur zéro et retrouver ces deux imbéciles.
La faim apaisée par un diner frugal, Cloud caressait les cheveux de Tifa, qui s'était assoupie sur lui. Tous les deux étaient allongés sur le canapé, sous une épaisse couverture, à proximité de la cheminée. La nuit était tombée et ils avaient décidé de partir à la première heure du jour demain.
- Je peux te poser une question?
Ah. La jeune femme ne dormait pas du tout en fin de compte.
- Hmm?
- Où as-tu appris... Tout ça?
Arquant un sourcil, à la question particulièrement vague, il fit tout de même un effort pour deviner.
- La cuisine?
Le soupir exagéré de sa brune fut le signe, sans ambiguïté, de son échec.
- Mais non... Je sais que tu as appris à cuisiner depuis que je me suis mise en grève. Je ne parlais pas de ça...
Devant l'étrange manque de clarté de la jeune femme, et son ton quelque peu agacé, il renchérit.
- Quoi, dans ce cas?
- Tu sais très bien...
Cette fois-ci, ce fut lui, qui soupira. Non. Il ne savait pas de quoi Tifa lui parlait de façon si soudaine. Les yeux fixés sur le plafond, il chercha des réponses. Mais, rien à faire. Qu'avait-il pu faire, ces derniers temps, qui l'avait surprise à ce point? A part la cuisine, il ne voyait pas.
- Non, je ne sais pas.
- Tu le fais exprès.
Il allait répliquer, quand il sentit le corps contre lui se redresser et s'écarter. La jeune femme avait ce regard contrarié qu'il n'avait pas vu depuis longtemps. Elle poussa un peu ses jambes pour s'assoir plus confortablement, réclamant la couverture au passage.
- Tifa... De quoi tu parles?
S'asseyant à son tour, comprenant que le sujet semblait difficile à aborder pour elle, il attendit qu'elle éclaircisse le problème. Sauf que ses yeux le fuyaient, à chaque fois qu'elle les posait sur lui. Il décida de se lever pour remettre du bois dans le feu.
- Est-ce que... Est-ce qu'il y en a eu d'autres...
Assis sur un tabouret, juste à côté du foyer qu'il réalimentait, il tourna la tête dans sa direction, à mesure que les mots atteignaient son cerveau.
- Est-ce qu'il y en a eu d'autres... Avant moi?
Il pouvait voir la jeune femme se ronger les ongles, les jambes repliées contre elle, sous l'épaisse couverture. Elle avait peur. Elle avait peur, mais il ne savait pas de quoi.
- C'est important?
Oui. C'était important, vu comme le visage de sa douce se ferma encore plus, visiblement en proie à un doute immense. Sans lui répondre, elle se retourna pour s'allonger face au dossier du canapé, emmitouflée sous la couverture.
Soupirant, il retourna vers le canapé pour exiger la place contre le dossier, lorsqu'il s'allongea à son tour, faisant face à la jeune femme. Il se faufila du mieux possible sous la couverture, croisant ses jambes avec les siennes, faute de place, et l'entourant de ses bras, pour la serrer contre lui.
- Et toi? Où as-tu appris ton petit numéro de strip-tease?
Répondre à une question par une autre question était très pratique en cas de discussion compliquée. Un petit sourire aux lèvres, il attendit qu'elle réagisse. Ce qui ne tarda pas d'arriver. Un poing se serra et vint cogner son torse, d'énervement. Tifa le frappait mollement, la tête cachée dans son pull.
- Si tu ne veux pas en parler...
Une petite voix émergea doucement, le surprenant.
- A cause d'Avalanche. J'ai été amenée, plusieurs fois, à m'infiltrer dans des clubs ou des réseaux affiliés à la Shinra. Parfois, il a fallu que... Je donne un peu de moi. Comme cette fois là, avec Don Cornéo...
Cloud tiqua sous le nom de cet homme immonde, les souvenirs affluant dans son esprit. Lui qui avait voulu sortir Tifa des griffes de ce gros pervers, s'était lui-même retrouvé dans une situation qu'il voulait oublier.
Minute. Elle sous-entendait tout de même pas...
- Attends. Cet imbécile... Ce n'était pas la première fois que tu faisais ça?!
La jeune femme soupira contre lui, devant son affolante naïveté.
- Cloud... Je t'apprend vraiment quelque chose si je te dis que les hommes, même les plus puissants, sont faibles face à une paire de seins? Avalanche a obtenu beaucoup d'informations, par ce moyen là... Mais je te rassure, je n'étais pas la seule à réaliser ce type de mission. Et si j'ai toléré beaucoup de choses... Je n'ai jamais laissé personne...
- Barret était au courant?
Devant la tonalité grave et dangereuse de la voix du blond, Tifa releva la tête.
- Je t'interdis de t'en prendre à lui. Chacun a eu sa dose de déception et d'humiliations, pendant cette guerre stupide. Barret autant que les autres.
Il lui fallu rivaliser avec des yeux électriques, signe d'une colère flagrante. Mais elle refusa de se démonter. Barret n'avait jamais donné son accord pour ces missions et c'était toujours Jessie ou elle qui s'imposaient comme solution, lorsque l'espionnage et les enquêtes ne donnaient rien.
- A toi maintenant. Confession pour confession.
Remettant sa tête contre son torse, elle le sentit se tendre nettement.
- Oui... Quelques unes, pas beaucoup. Je ne me rappelle même plus de leur prénom...
- Goujat.
Etait-il possible de gagner des niveaux en blasitude? Parce que là, Cloud était certain qu'il allait crever le plafond de ce sentiment. Que voulait-elle, exactement?
- Et Aerith...?
Son cœur fit un bond, à l'entente de ce prénom, et se mit à agiter le drapeau blanc pour demander l'arrêt des combats. Il n'était pas du tout sur de pouvoir assurer la suite de cette conversation sans déraper.
Préférant fermer les yeux, pour cacher son trouble soudain, il ne vit pas Tifa le chercher du regard.
- On est obligé... d'en parler?
Et il ne vit pas le cœur contre lui, se fendre d'incertitude.
- Non... Bien sûr que non...
Soulagé, il resserra sa prise sur la jeune femme, les yeux toujours fermés. Il ne voulait plus penser à tout cela, ou il n'était pas encore prêt à en parler sereinement. Il n'en savait rien.
Hélas, aveuglé par sa souffrance encore bien présente, il ne vit pas le doute, l'angoisse et le chagrin, ravagés silencieusement et vicieusement, la femme qu'il aimait.
Ce fut les tremblements du corps contre lui, qui l'obligèrent à rouvrir les yeux.
Tifa pleurait, les mains refermées contre son pull.
Et son cœur se retourna.
- Tifa!
Avec douceur, il l'enlaça avec la certitude qu'elle allait se briser, comme du cristal.
- Je suis désolé... Je ne comprends rien... Mais même si c'est douloureux, j'essaierai de te répondre...
La main qui se posa sur son visage, le surprit. Et ce fut rien à côté du regard qui plongea dans le sien. Elle était terrifiée...
- Si... Si elle était toujours vivante...
Sa voix se brisa quand son cœur, a lui, explosait.
- Est-ce que... tu m'aurais quand même... choisi...?
Non. Elle ne pouvait pas lui demander ça. Elle ne pouvait pas.
Elle ne pouvait pas...
Tifa était anéantie, alors qu'elle voyait ses yeux se figer et qu'elle sentait son cœur accéléré contre sa main.
Elle n'aurait jamais du lui poser cette question, mais...
Mais elle avait cruellement besoin de savoir...
Car n'être que la deuxième, le choix par défaut... était en réalité...
Insupportable.
Encore une fois, son égoïsme allait tout détruire. Pourquoi n'était elle pas capable de se contenter des cadeaux que l'univers lui faisait? Pourquoi était-ce si douloureux de passer après Aerith... Alors que cette dernière avait été la perfection incarnée?
Son propre cœur n'avait aucune réponse à donner.
La seule chose qu'elle savait avec certitude, était qu'elle ne serait jamais à la hauteur de cet homme.
Tout ce qu'il entreprenait, il le réussissait. Comme Aerith qui avait eu ce talent avec tout et tout le monde.
Elle ne sentit pas les larmes couler le long de ses joues, à l'instant où elle pensa qu'ils auraient fait un couple merveilleux...
- Je suis désolée... Je...
Ses larmes se firent incontrôlables. Il fallait qu'elle s'écarte et qu'elle retrouve son calme... Mais cela faisait tellement mal!
Cherchant à se défaire de ses bras, elle tomba en arrière, avec la couverture sur le tapis. Sa respiration se coupa. Elle avait besoin d'air!
La porte... L'extérieur... Le froid...
Alors que sa main se posait sur la poignée de la porte d'entrée, deux bras puissants l'entourèrent fermement, et un souffle vint réchauffer sa nuque.
- Sois attentives, car je ne suis pas certain d'avoir la force de le répéter...
Ses entrailles se tordaient de terreur. A aucun moment dans sa vie elle n'avait ressenti pareil sentiment. Le désespoir, la peur, le chagrin, ou la rage, oui. Mais jamais elle n'avait été terrorisée devant qui ou quoi que ce soit. Jamais. Et pourtant, ici et maintenant, elle était terrorisée par la réponse qu'elle lui avait demandé.
- Aerith est morte... Pour nous offrir un futur... Elle avait compris que je survivrai à son absence... Parce que tu étais là.
A mesure que les mots touchaient sa peau, les tremblements envahirent son corps.
- Si elle m'avait aimé, autant que je l'imaginai, elle serait restée... Et si je l'avais aimé, autant que je le croyais... Je serais déjà mort...
Ses jambes flanchèrent mais les bras de Cloud continuèrent de la soutenir, la saisissant par la taille.
- Tifa... Elle savait que ton amour était plus fort que le sien... Et moi... Par Minerve, Tifa... Pardonnes moi... Pardonnes moi de ne pas te l'avoir dit cette fois là... quand je suis parti pour Midgar...
Ils tombèrent tous les deux, à genoux devant la porte d'entrée, l'un maintenant fermement l'autre contre lui, pour l'empêcher de partir...
- Depuis le début... Depuis qu'on s'est rencontré sur la place du village... Tifa... C'est toi que j'ai choisi...
Les deux mains sur ses bras, elle n'arrivait pas à croire ce qu'elle entendait...
- Personne ne sait à quel point je t'aime... Mais toi, Tifa...
Il la relacha pour qu'elle puisse le regarder, de ses yeux embués de larmes.
- Tu ne dois plus jamais en douter.
Était-il possible de souffrir de bonheur et de joie? De s'effondrer, foudroyé par un amour immense?
Oui. Hélas.
Tout comme un cœur pouvait se briser de chagrin, il pouvait aussi éclater de joie.
La voix de Cloud devint soudainement que murmure, alors qu'il ne cessait de l'appeler et de la serrer contre lui.
Puis tout ne fut que bourdonnement à ses oreilles, avant qu'un voile doré, délicat, ne se dépose sur son cœur épuisé.
Des ténèbres dans lesquels Tifa venait de sombrer, elle ne pouvait voir l'or déferler autour d'elle, tel une vague puissante et incandescente.
Sa limite brisée, Cloud berçait doucement ce qu'il avait de plus précieux, entre ses bras. Les flammes pulsaient autour d'eux, comme une réponse à ses émotions contenues. Elles exprimaient, avec violence et passion, tout ce qu'il ressentait, à cet instant.
Nées de son puissant désir de la protéger, de la guérir, les flammes s'infiltrèrent en elle, comme pour lui insuffler cette vie qui la quittait de façon insupportable.
La tornade diminua à mesure qu'elle entrait dans ce corps au bord du gouffre, jusqu'à devenir une brise légère.
Et le monde bascula, quand la dernière étincelle dorée, disparue...
La poitrine de Tifa se soulevant à nouveau.
Ouverture du bureau des plaintes.
C: A ce rythme là, on ne rentrera jamais. *mode Marlène, mains sur les hanches, ventre qui gargouille*
T: Je croyais que tu n'avais pas envie de partir de toute façon. *se lime les ongles après les avoir dévoré en long en large et en travers*
C: Oui. Mais pour survivre, me faut un frigo plein et toi. L'un sans l'autre, c'est impossible *ventre qui gargouille*
T: Je note que je viens après le frigo... *se dit qu'en fait, son vrai rival, c'est le frigo, et non Aerith*
C: Plein. Un frigo plein. *ventre qui gargouille*
R: Je peux venir vous chercher, si vous... *parafoudre activé*
C: Si j'entends les pales d'un hélicoptère approchées, je te les fais bouffer. C'est clair? *ventre qui gargouille*
R: Boss! Vous voyez! Il va me tuer je vous dis!
C: A qui tu parles...? *regard mauvais, un chouia meurtrier, ventre qui gargouille*
R.S. en mode camouflage sous une couette, talkie-walkie sur on : Mayday. CO demande RTB. Je répète. CO demande RTB.
E et E combinés : ARRETEZ DE MONOPOLISER LA LIGNE DE LA CLINIQUE POUR VOS CONNERIES!
Bref. Vont-ils rentrés?
Que se passe t-il dans le secteur 0?
Où sont passés nos petits fantômes?
Mais est-ce que quelqu'un pense aux enfants?!
La suite au prochain épisode!
